En délocalisant leur production dans les pays les plus pauvres, les entreprises multinationales ne recherchent pas seulement une main-d'œuvre à bon marché. La faiblesse des lois sociales et environnementales les protège des poursuites judiciaires. Cette impunité prospère aussi faute d'instances internationales ou de tribunaux compétents en la matière dans les pays consommateurs.
Du 29 mai au 1er juin 2014, la ville de Montréal accueillait la première session canadienne du Tribunal permanent des peuples (TPP) relative à l'industrie minière. Lors d'un procès fictif, des militants et des personnalités de la société civile ont « jugé » de grandes entreprises accusées de violer les droits humains et de détruire l'environnement. Cette démarche à la fois théâtrale et sérieuse visait non seulement à mettre en lumière les dégâts liés à l'extraction de matières premières, mais également à dénoncer l'impunité dont bénéficient les multinationales implantées dans les pays pauvres.
En droit international, la notion de crime économique contre les peuples ou contre l'environnement n'existe pas. La « communauté internationale » n'est pas dépourvue d'instruments juridiques, à l'image de la Cour internationale de justice ou de la Cour pénale internationale, mais ces derniers ne s'appliquent pas aux activités économiques que les entreprises mènent à l'étranger. Les marées noires, les accidents industriels ou la corruption de fonctionnaires locaux ne méritent pas, semble-t-il, de juridiction compétente. Mieux, les pays occidentaux n'ont pas estimé judicieux de doter leurs tribunaux des moyens de juger les agissements de leurs multinationales à l'étranger : il s'agirait d'une forme de violation de la souveraineté nationale des pays qui accueillent lesdites entreprises.
La loi française, par exemple, précise qu'un crime ou un délit commis hors du territoire sera jugé en France si et seulement si « le crime ou le délit est puni à la fois par la loi française et par la loi étrangère, et s'il a été constaté par une décision définitive de la juridiction étrangère ». En somme, pour que les dirigeants de Total soient sanctionnés en France pour leur soutien à la junte birmane, il faudrait qu'ils aient été préalablement condamnés, pour les mêmes faits, par le tribunal de… Naypyidaw, la capitale de la Birmanie. Une perspective qui, jusqu'ici, n'a pas privé de sommeil les « créateurs de richesse » français, et pour cause : grâce au chantage aux délocalisations et aux moyens gigantesques dont disposent les multinationales, une condamnation dans un pays aussi pauvre et corrompu s'avère le plus souvent utopique.
Auchan au banc des accusés
Certaines organisations non gouvernementales (ONG) ne désespèrent toutefois pas de trouver une faille dans ce système d'impunité. C'est le cas de Sherpa, une association de juristes fondée en 2001 à Paris, de Peuples solidaires ou du collectif De l'éthique sur l'étiquette. Ces trois associations ont porté plainte contre Auchan dans l'affaire de l'effondrement de l'usine textile du Rana Plaza, le 24 avril 2013, au Bangladesh (1). « Auchan inscrit son action dans les principes de droit issus de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, de la déclaration relative aux principes et droits fondamentaux de l'OIT [Organisation internationale du travail] de 1998 et des principes directeurs de l'OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques], explique la société sur son site Internet. Ces textes forment un corpus de droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels qu'Auchan applique à ses partenariats. » Les mille cent trente-cinq morts du Rana Plaza partageront-ils l'analyse ? Des étiquettes d'In Extenso, une marque d'Auchan, ont été retrouvées dans les ruines de cette usine de confection. Mais le groupe a refusé d'indemniser les victimes en contestant tout lien direct ou indirect avec cet établissement. En plaidant la « pratique commerciale trompeuse », les ONG sont parvenues à obtenir l'ouverture d'une enquête préliminaire. Pour M. Gérard Mulliez, fondateur du groupe Auchan et troisième fortune de France, les menottes sont encore loin, mais il s'agit malgré tout d'un coup de semonce.
Au sein des Nations unies, certains Etats tentent également d'infléchir le droit international. En juin 2014, le Conseil des droits de l'homme a examiné un projet de résolution déposé par l'Equateur et l'Afrique du Sud portant sur la responsabilité sociale et environnementale des multinationales. Le texte propose de créer un groupe de travail chargé d'élaborer un « instrument international juridiquement contraignant pour réglementer, dans le cadre du droit international des droits de l'homme, les activités des sociétés transnationales et autres entreprises ». Soumise au vote, cette résolution a été adoptée en dépit de l'opposition des nations les plus riches : l'ensemble des pays de l'Union européenne, le Japon et les Etats-Unis se sont prononcés contre. « La France a préféré une approche progressive qui s'appuie sur les travaux engagés depuis 2011, de façon à pouvoir appliquer concrètement ces mesures plus rapidement », a tenté de justifier Mme Annick Girardin, secrétaire d'Etat chargée du développement et de la francophonie (2). Si les grands patrons du CAC 40 venaient à défiler sur le banc des accusés, les pouvoirs publics soutiendraient-ils les plaignants ?
La voie « plus concrète et plus rapide » voulue par le gouvernement se nomme « principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme ». Rédigés en étroite concertation avec les sociétés privées, ils sont non contraignants et tout à fait inoffensifs. Le onzième principe indique d'ailleurs que « les entreprises devraient respecter les droits de l'homme », un conditionnel qui en dit long sur la motivation politique des rédacteurs.
Tout en repoussant ces assauts contre l'impunité des multinationales au niveau des Nations unies, M. François Hollande, M. Manuel Valls et leurs équipes doivent aussi répliquer à des attaques intérieures. En novembre 2013, des députés écologistes et socialistes ont déposé un projet de loi relatif au « devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d'ordres ». Le texte, qui tarde à être examiné, introduirait un devoir de prévention des dommages écologiques et des atteintes aux droits fondamentaux, ainsi qu'un régime de responsabilité des maisons mères françaises. Verra-t-il le jour ? C'est peu probable. Le Mouvement des entreprises de France (Medef) s'y oppose déjà avec vigueur, de même que le ministère de l'économie. Selon toute vraisemblance, le sujet sera renvoyé devant la Commission européenne, dont on connaît la grande fermeté — pour ne pas dire la cruauté — envers les lobbies économiques…
Proclamant avoir été élu pour les réformes qu'il préconise, et non contre l'extrême droite, le président de la République française entend déréglementer un peu plus le marché du travail. Devant la montée de la contestation dans la rue, même les syndicats les plus proches du pouvoir jugent le projet déséquilibré au détriment des salariés. Adapter le droit aux nouvelles formes d'organisation du travail en prenant réellement en compte les aspirations humaines conduirait à de tout autres réformes.
Marylin Cavin. – « La Marche circulaire des mutations », 2010
Il faudrait être aveugle pour disconvenir de la nécessité d'une profonde réforme du droit du travail. Toujours, dans l'histoire de l'humanité, les mutations techniques ont entraîné une refonte des institutions. Ce fut le cas des précédentes révolutions industrielles, qui, après avoir bouleversé l'ordre ancien du monde en ouvrant les vannes de la prolétarisation, de la colonisation et de l'industrialisation de la guerre et des massacres, entraînèrent la refonte des institutions internationales et l'invention de l'État social. La période de paix intérieure et de prospérité qu'ont connue les pays européens après guerre est à mettre au crédit de cette nouvelle figure de l'État et des trois piliers sur lesquels il reposait : des services publics intègres et efficaces, une Sécurité sociale étendue à toute la population et un droit du travail attachant à l'emploi un statut garantissant aux salariés un minimum de protection.
Nées de la seconde révolution industrielle, ces institutions sont aujourd'hui déstabilisées et remises en cause. Elles le sont par les politiques néolibérales, qui entretiennent une course internationale au moins-disant social, fiscal et écologique. Elles le sont aussi par la révolution informatique, qui fait passer le monde du travail de l'âge de la main-d'œuvre à celui du « cerveau d'œuvre (1) », c'est-à-dire du travailleur « branché » : on n'attend plus qu'il obéisse mécaniquement à des ordres, mais on exige qu'il réalise les objectifs assignés en réagissant en temps réel aux signaux qui lui parviennent. Ces facteurs politiques et techniques se conjuguent en pratique. Il ne faut cependant pas les confondre, car le néolibéralisme est un choix politique réversible tandis que la révolution informatique est un fait irréversible, susceptible de servir des fins politiques différentes.
Cette mutation technique, qui alimente les débats actuels sur la robotisation, la fin du travail ou l'uberisation, peut tout aussi bien aggraver la déshumanisation du travail engagée sous le taylorisme que permettre l'établissement d'un « régime de travail réellement humain », comme le prévoit la Constitution de l'Organisation internationale du travail (OIT), c'est-à-dire un travail procurant à ceux qui l'exercent « la satisfaction de donner toute la mesure de leur habileté et de leurs connaissances et de contribuer le mieux au bien-être commun (2) ». Un tel horizon serait celui du dépassement par le haut du modèle de l'emploi salarié, plutôt que du retour au « travail marchandise ».
Tel qu'il s'est consolidé jusqu'aux années 1970, l'emploi désigne un échange : l'obéissance contre la sécurité (3). Le salarié renonce à toute espèce d'autonomie dans son travail moyennant la limitation de sa durée, la négociation collective de son prix et la protection contre les risques de sa perte. Mis en œuvre sous des formes juridiques diverses dans tous les pays industriels, ce modèle a réduit le périmètre de la justice sociale aux termes quantitatifs de l'échange salarial ainsi qu'à la sécurité physique au travail et aux libertés syndicales. En revanche, le travail en tant que tel — son contenu et sa conduite — s'en est trouvé exclu, car, en terre capitaliste comme en terre communiste, on a considéré qu'il relevait d'une « organisation scientifique » — ce que l'on a appelé le taylorisme. L'autonomie n'y avait donc aucune place ; elle est demeurée l'apanage des cadres dirigeants et des indépendants.
La révolution informatique offre une chance de conférer à tous les travailleurs une certaine autonomie, en même temps qu'un risque de les soumettre tous — y compris les indépendants, les cadres ou les professions intellectuelles — à des formes aggravées de déshumanisation de leur travail. Cette révolution ne se limite pas en effet à la généralisation de l'usage de techniques nouvelles, mais déplace le centre de gravité du pouvoir économique. Ce dernier se situe moins dans la propriété matérielle des moyens de production que dans la propriété intellectuelle de systèmes d'information. Et il s'exerce moins par des ordres à exécuter que par des objectifs à atteindre.
À la différence des précédentes révolutions industrielles, ce ne sont pas les forces physiques que les nouvelles machines épargnent et surpassent, mais les forces mentales, ou plus exactement les capacités de mémorisation et de calcul. Incroyablement puissantes, rapides et obéissantes, elles sont aussi — comme aime à le répéter le savant informaticien Gérard Berry — totalement stupides (4). Elles offrent donc une chance de permettre aux hommes de se concentrer sur la part « poïétique » du travail, c'est-à-dire celle qui exige imagination, sensibilité ou créativité — et donc celle qui n'est pas programmable.
Des hommes forts aux idées faibles
Mais la révolution informatique s'avère aussi source de dangers nouveaux si, plutôt que mettre ainsi les ordinateurs au service des hommes, on cherche à organiser le travail des hommes sur le modèle de celui des ordinateurs. Au lieu que la subordination laisse place à plus d'autonomie, elle prend alors la forme d'une gouvernance par les nombres (5), qui étend aux cerveaux l'emprise que le taylorisme exerçait seulement sur les corps.
Cette quête chimérique d'une programmation des êtres humains les coupe de l'expérience de la réalité ; elle explique la montée en puissance des risques pour la santé mentale (6) et l'augmentation des fraudes, identiques à celles jadis suscitées par la planification soviétique lorsque, pour assurer la quantité de bottes requise par le Gosplan sans disposer du cuir nécessaire, on ne fabriquait que des bottes de taille enfantine. Sommé d'atteindre des objectifs inatteignables, un travailleur n'a en effet guère d'autre choix que de sombrer dans la dépression ou de donner le change en satisfaisant à des indicateurs de performance déconnectés de la réalité.
L'imaginaire cybernétique dont procède la gouvernance par les nombres est en accord parfait avec la promesse néolibérale de la globalisation, c'est-à-dire d'une autorégulation de la « grande société ouverte » par les forces d'un marché devenu total. C'est pourquoi ce type de gouvernance se généralise, au détriment de ce que la Déclaration universelle des droits de l'homme nomme un « régime de droit ».
Marylin Cavin. – « Plus haut que le toit du monde », 2008
Ce n'est donc pas dans les recettes éculées du néolibéralisme qu'on peut espérer trouver les outils juridiques propres à domestiquer l'outil informatique, à en civiliser l'usage, afin qu'il libère l'esprit des hommes au lieu de l'aliéner. Administrées à doses massives dans tous les pays depuis quarante ans, ces recettes ont contribué à façonner le monde où nous vivons : celui de la surexploitation des ressources naturelles, de la prédation de l'économie par la finance, de la montée vertigineuse des inégalités de toutes sortes, des migrations massives de populations fuyant la guerre ou la misère, du retour des fureurs religieuses et des repliements identitaires, du déclin de la démocratie et de l'arrivée au pouvoir d'hommes forts aux idées faibles. La plus élémentaire sagesse voudrait qu'au lieu de persévérer dans l'erreur, en appliquant mécaniquement en France les « réformes structurelles » prescrites par les responsables de ce bilan désastreux, on commence par en tirer les leçons, notamment sur le plan juridique.
Le propre du néolibéralisme — ce qui le distingue du libéralisme à l'ancienne — consiste à traiter le droit en général et le droit du travail en particulier comme un produit législatif en compétition sur un marché international des normes, où la seule loi qui vaille est la course au moins-disant social, fiscal et écologique. À l'État de droit (rule of law) est ainsi substitué le marché du droit (law shopping), en sorte que le droit se trouve placé sous l'égide d'un calcul d'utilité, au lieu que le calcul économique soit placé sous l'égide du droit. Pareille métamorphose s'avère lourde de conséquences et éclaire l'obésité et l'instabilité de nos codes, au premier rang desquels le code fiscal et celui du travail.
En principe, le droit est à la vie civile ce que nos maisons sont à notre vie matérielle : un cadre ferme et stable, avec ses murs, son toit, ses portes et fenêtres, ses pièces aux fonctions différenciées. Mais l'indexer en temps réel sur des calculs d'utilité revient à lui ôter toute stabilité, comme une maison maudite dont les murs seraient mous, les moquettes colleraient aux pieds, les plafonds s'affaisseraient, les fenêtres et les portes changeraient chaque jour de place. Celui qui se trouverait piégé dans un tel édifice serait naturellement tenté de l'abattre, à la grande satisfaction du mauvais génie qui lui aurait jeté pareil sort.
Et de fait, les grands simplificateurs qui crient aujourd'hui haro sur le code du travail sont ceux-là mêmes qui, année après année, s'acharnent à l'alourdir et le compliquer. Ils n'attendent même plus que l'encre de la dernière loi soit sèche pour entamer la rédaction de la suivante. Le gouvernement s'étant privé de tous les grands leviers macroéconomiques susceptibles de peser sur l'emploi (maîtrise de la monnaie, contrôle des frontières du commerce, taux de change, dépense publique), il s'agrippe frénétiquement à celui qui lui reste entre les mains : le droit du travail, présenté comme un obstacle à l'embauche. Aucune étude sérieuse ne confirme cet argument.
Depuis la suppression de l'autorisation préalable de licenciement en 1986 (en vigueur aujourd'hui encore aux Pays-Bas, où le taux de chômage est de 4,8 %), les promesses mirifiques de création d'emplois qui accompagnent chaque nouvelle flexibilisation du marché du travail n'ont jamais été tenues. En Europe, les taux de chômage ne sont nulle part plus élevés que dans les pays du Sud (7), qui ont été les champions de cette flexibilisation. On se garde bien en revanche de revenir sur les réformes du droit des sociétés (par exemple l'autorisation du rachat d'actions, qui permet d'enrichir les actionnaires sans contrepartie de leur part, en détruisant du capital et en minant l'investissement), du droit comptable (par exemple l'abandon du principe de prudence au profit de la juste valeur (8)) ou du droit financier (par exemple l'existence de banques privées « trop grosses pour tomber » [too big to fail], c'est-à-dire jouissant de l'intangibilité, aujourd'hui refusée aux États endettés). Autant de changements dont les effets négatifs sur l'investissement et l'emploi sont avérés. Il est vrai que, dans la novlangue en vigueur, plafonner l'indemnisation pour licenciement abusif est qualifié de « réforme courageuse », tandis que plafonner le bénéfice des stock-options qu'un dirigeant peut percevoir à la faveur de licenciements serait jugé « démagogique ».
Ainsi, le droit du travail n'a pas connu de réforme digne de ce nom depuis 1982, date des lois Auroux (9). Il ne faut pas confondre en effet le réformisme avec le transformisme. Au sens que lui a donné Antonio Gramsci, le transformisme désigne une politique qui, prétendant gouverner au centre, n'a d'autre boussole que l'adaptation aux contraintes extérieures pour accéder ou se maintenir au pouvoir. Le réformisme, au contraire, désigne une action politique animée par le projet d'un monde plus juste qu'on entend faire advenir pacifiquement. Aujourd'hui, une réforme sérieuse du droit du travail aurait pour ambition d'instaurer une certaine démocratie économique, sans laquelle la démocratie politique ne pourra que continuer à dépérir. La limite idéale vers laquelle elle devrait tendre serait de conférer à chacun plus d'autonomie et de responsabilité dans la conduite de sa vie de travail, moyennant de nouvelles sécurités — sécurités actives rendant possible l'initiative et complétant les sécurités passives héritées du modèle fordiste (10). Mais elle ne saurait être approchée sans tenir compte des transformations profondes intervenues depuis 1981 dans l'organisation du travail et des entreprises.
La condition première d'une telle réforme serait d'étendre, comme son nom l'y invite, le droit du travail « au-delà de l'emploi » pour embrasser toutes les formes de travail économiquement dépendant. La révolution numérique ainsi que le modèle de la start-up donnent une nouvelle jeunesse à l'espoir d'une émancipation fondée sur le travail indépendant et les petites coopératives. Mais la réalité est plutôt celle d'un brouillage de la distinction du travail indépendant et subordonné, tout travailleur se trouvant pris dans des liens d'allégeance qui impliquent une réduction plus ou moins forte de son autonomie.
Un critère-clé, la dépendance économique
L'idée que l'intermédiation opérée par une plate-forme informatique entre des travailleurs et des utilisateurs de leurs services serait le terreau d'un renouveau du travail indépendant est démentie par les faits, comme le montrent l'organisation et les actions collectives conduites avec un certain succès par les chauffeurs d'Uber pour obtenir d'être reconnus comme des salariés. Du reste, aux États-Unis et au Royaume-Uni, plusieurs juridictions ont requalifié en contrat de travail salarié les contrats des chauffeurs Uber (11).
Face à ces évolutions, il conviendrait de faire de la dépendance économique le critère du contrat de travail, ainsi que le recommande la stimulante Proposition de code du travail que vient de publier un groupe de juristes animé par Emmanuel Dockès (12). L'adoption de ce critère serait un facteur de simplification du droit du travail, en même temps qu'il permettrait d'indexer le degré de protection du travailleur sur celui de sa dépendance. Le management par objectifs fait resurgir en effet la vieille figure juridique de la « tenure service », par laquelle un tenancier se plaçait dans l'allégeance d'un maître qui lui concédait l'exploitation d'un fonds. Ce renouveau des liens d'allégeance est rendu possible par l'outil informatique, qui permet à celui qui détient un système d'information de contrôler le travail d'autrui sans avoir à lui donner des ordres.
Marylin Cavin. – « Pour que s'approche un autre monde », 2008
Ces liens d'allégeance tissent la trame juridique de l'économie en réseaux et se retrouvent selon des modalités différentes à tous les niveaux de l'organisation du travail : depuis les chefs d'entreprise soumis aux exigences de leurs actionnaires ou donneurs d'ordre, jusqu'aux travailleurs salariés, dont on exige une flexibilité, c'est-à-dire une réactivité et une disponibilité de tous les instants. Les débats sur l'uberisation illustrent le besoin d'un cadre juridique propre à tenir les promesses (d'autonomie) et à conjurer les risques (de surexploitation) inhérents à ces situations.
Dans un tel contexte, on voit combien est datée et hors de propos une réforme qui prétend faire de la négociation d'entreprise le centre de gravité du droit du travail. Ce choix pouvait être approprié aux États-Unis en 1935, lorsqu'il a présidé à l'adoption du National Labor Relations Act dans le contexte du New Deal ; mais il ne répond pas aux problèmes posés par l'organisation réticulaire et transnationale du travail en 2017. Tenir compte des réalités de cette organisation conduirait à dresser un tout autre programme de réformes, dont on ne peut donner ici que quelques exemples.
La première question à se poser est celle des procédures permettant aux travailleurs de retrouver effectivement une certaine prise sur le sens et le contenu de leur travail. La liberté d'expression collective des salariés reconnue par les lois Auroux a ouvert ce chantier, qu'il conviendrait de reprendre en faisant de la conception et de l'organisation du travail un objet de négociation collective et d'alerte individuelle. Aujourd'hui, cette question n'est abordée que négativement, lorsque cette organisation conduit aux suicides ou aux troubles psychosociaux. Elle devrait l'être positivement et préventivement.
Encore faut-il que la négociation collective puisse être conduite à des niveaux pertinents, et pas seulement à ceux de la branche ou de l'entreprise. Deux de ces niveaux mériteraient particulièrement d'être définis et organisés : celui des chaînes et réseaux d'approvisionnement et de production, et celui des territoires. De telles négociations permettraient de tenir compte des intérêts spécifiques des entrepreneurs dépendants, qui peuvent rejoindre ceux de leurs salariés vis-à-vis des entreprises dont ils dépendent. Ou encore d'impliquer toutes les parties prenantes intéressées au dynamisme d'une région. Ici encore, le face-à-face employeur-salarié au sein d'une entreprise ou d'une branche n'est plus adéquat et exigerait la présence d'autres acteurs autour de la table des négociations.
Un troisième sujet de réformes concerne celui de la distribution des responsabilités au sein des réseaux d'entreprise. Ces derniers permettent à ceux qui les contrôlent d'exercer le pouvoir économique en se défaussant de leurs responsabilités sur des lampistes. La question se pose donc d'indexer la responsabilité de chacun des membres de ces réseaux sur le degré réel d'autonomie dont il dispose (13). Une telle réforme ferait sortir du clair-obscur l'actuelle responsabilité sociale et environnementale (RSE) (14), qui est au néolibéralisme ce que le paternalisme fut au libéralisme. Elle permettrait de rendre en tant que de besoin les entreprises dominantes solidairement responsables des dommages causés par l'organisation du travail qu'elles ont conçue et qu'elles contrôlent.
« Égalisation dans le progrès »
Au niveau international, il faudrait tirer toutes les conséquences du préambule de la Constitution de l'OIT, selon lequel « la non-adoption par une nation quelconque d'un régime de travail réellement humain fait obstacle aux efforts des autres nations désireuses d'améliorer le sort des travailleurs dans leurs propres pays ». Et aussi tenir compte du fait que la division internationale du travail et l'empreinte écologique sur la planète sont indissociables. Les normes sociales et environnementales doivent donc être dotées d'une force juridique équivalente aux normes du commerce mondial, ce qui suppose l'institution d'une instance internationale de règlement des litiges, ayant le pouvoir d'autoriser les pays qui les respectent à fermer leur marché aux produits fabriqués dans des conditions qui ne les respectent pas. Le recours à de nouvelles formes d'action collective, dont le boycott de ces produits, serait alors reconnu comme une liberté inhérente à la liberté syndicale et d'association. L'Union européenne pourrait reconquérir sa légitimité politique si elle se plaçait à l'avant-garde d'une telle réforme, et renouait ainsi avec l'objectif d'« égalisation dans le progrès » figurant encore dans ses traités, au lieu de s'employer à attiser la course au moins-disant social et fiscal entre les États membres, comme le fait sa Cour de justice.
Enfin, une réforme ambitieuse du droit du travail devrait prendre en considération le travail non marchand, notamment le travail d'éducation des enfants ou d'assistance aux parents âgés, qui est aussi vital pour la société qu'ignoré des indicateurs économiques. Depuis que l'invention de l'éclairage artificiel permet de faire travailler ses semblables jour et nuit, sept jours sur sept, c'est le droit du travail qui a édifié un cadre spatio-temporel compatible avec nos rythmes biologiques et respectueux du droit (humain) à une vie privée et familiale. Ce cadre se trouve aujourd'hui menacé par le néolibéralisme et l'informatique, qui se conjuguent pour étendre l'emprise du travail marchand en tous lieux et à tout moment (15). Le prix à payer, notamment du point de vue éducatif, est exorbitant mais jamais pris en compte par les obsédés du travail dominical et du travail de nuit, que désole la survivance de temps sociaux échappant à la marchandisation de la vie humaine.
(6) Les risques pour la santé mentale au travail ne cessent de croître, en dépit de l'affirmation du « principe de l'adaptation du travail à l'homme » par la directive européenne du 12 juin 1989. Ils peuvent conduire au suicide, à la mort subite par épuisement (karoshi) ou au burn-out. Cf. le rapport du Bureau international du travail, « Stress au travail. Un défi collectif » (PDF), Genève, 2016 (accessible en ligne), et Loïc Lerouge, La Reconnaissance d'un droit à la protection de la santé mentale au travail, Librairie générale de droit et de jurisprudence (LGDJ), Paris, 2005.
(7) Le taux de chômage atteint officiellement 11,3 % en Italie, 17,1 % en Espagne (juillet 2017) et 21,2 % en Grèce (juin 2017).
(8) Remplaçant l'ancien principe de prudence comptable, cette norme indexe la valeur des actifs de l'entreprise sur leur prix de marché supposé et permet de faire apparaître ainsi des richesses purement hypothétiques. Lire Jacques Richard, « Une comptabilité sur mesure pour les actionnaires », Le Monde diplomatique, novembre 2005.
(9) Du nom du ministre du travail Jean Auroux, ces lois visaient à introduire la « citoyenneté dans l'entreprise ». Elles ont encadré les pouvoirs de l'employeur, développé la négociation collective, reconnu aux salariés « un droit d'expression directe et collective sur l'organisation et le contenu de leur travail ». Ainsi, les comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) ont été créés.
(10) Sur la façon de concevoir ces sécurités nouvelles, cf. Au-delà de l'emploi. Transformations du travail et devenir du droit du travail en Europe, Flammarion, Paris, 2016 (1re éd. : 1999).
(11) Le suivi de cette lutte juridique est mis à jour sur le site uberlawsuit.com
(12) Emmanuel Dockès (sous la dir. de), Proposition de code du travail, Dalloz, Paris, 2017.
(13) Cf. Alain Supiot et Mireille Delmas-Marty (sous la dir. de), Prendre la responsabilité au sérieux, Presses universitaires de France (PUF), Paris, 2015.
(14) Selon la définition adoptée par l'Union européenne, la RSE désigne « l'intégration volontaire des préoccupations sociales et écologiques des entreprises à leurs activités commerciales et leurs relations avec leurs parties prenantes ».
(15) Cf. Laurent Lesnard, La Famille désarticulée. Les nouvelles contraintes de l'emploi du temps, PUF, 2009.
Depuis 1998, le nombre de logements construits en Espagne dépasse celui, cumulé, de la France, de l'Allemagne, du Royaume-Uni et de l'Italie ! Huit cent soixante-cinq mille ont ainsi été mis en chantier en 2006, à comparer avec les un million quatre cent mille dénombrés aux Etats-Unis. De fait, la croissance rapide de l'économie espagnole au cours de cette décennie est largement due à l'impulsion de l'immobilier. Le secteur de la construction a pu représenter jusqu'à 18 % du produit intérieur brut (PIB) — 30 % si l'on tient compte des impacts indirects (1).
Parallèlement à la hausse de l'offre, les prix ont grimpé rapidement : ils ont été multipliés par 2,8 entre le début de l'année 1999 et juin 2008. Enfin, la plus grande partie des crédits a été absorbée par ce secteur : le cumul des hypothèques destinées aux ménages, des crédits pour la construction et de ceux destinés aux professionnels de l'immobilier représente 60 % du total du crédit du système financier. Plus inquiétant encore, le crédit accordé aux activités immobilières représente aujourd'hui le double de celui destiné à l'industrie, contre le tiers en 1997.
Ces chiffres permettent d'affirmer que l'économie espagnole souffre d'une énorme tumeur immobilière. Mais celle-ci est-elle bénigne ou cancérigène ? La seconde option semble la plus probable.
En moyenne, il faut aujourd'hui 7,1 années de salaire complet d'un ménage pour acheter un logement, alors qu'il en fallait 3,7 jusqu'en 1999. Par ailleurs, le ratio PER (Price Earning Ratio) du logement, c'est-à-dire le prix de l'actif divisé par le loyer annuel, a atteint 50, une valeur supérieure aux ratios observés lors des grandes bulles boursières (crise de 1929, bulle technologique, etc.).
Outre les énormes bénéfices de la spéculation, les causes de la formation de ce cancer sont multiples : attentes irréelles en regard de l'évolution future des prix de l'immobilier ; pérennité d'une longue liste de croyances populaires concernant ce domaine ; subventions publiques accordées à l'achat ; et assouplissement des critères de l'octroi des crédits.
Les espoirs des acquéreurs étaient pour le moins fantaisistes quant à l'évolution des prix. En 2005, une enquête (2) auprès de plus de mille cinq cents personnes ayant acquis un logement depuis 2000 révéla que la plupart (92 %) l'avaient acheté afin d'en faire une résidence principale et non pour le revendre. Cependant, 50 % d'entre elles avouaient que la variable « investissement » avait pesé dans leur décision.
De plus, 95 % des enquêtés pensaient que leur acquisition était surévaluée mais s'attendaient, au cours des dix prochaines années, à une augmentation des prix de l'ordre de 23 % par an, en moyenne. Difficile de trouver une manifestation plus claire de ce qu'est une bulle immobilière… Enfin, 37 % des personnes interrogées avaient dans leur entourage un proche ou un ami direct (il pouvait aussi s'agir d'elles-mêmes) ayant acheté des logements « sur plan » dans le but de les revendre, au motif de la grande rentabilité de ces opérations.
Le pase (cession de contrat), consistant à verser un acompte sur le paiement d'un bien immobilier acheté « sur plan » et, une fois celui-ci construit, à revendre le droit de propriété plutôt que d'en payer le prix total, est devenu très populaire. Cette somme représente souvent une faible part de la valeur du logement. Ainsi, si ce dernier met dix-huit mois à être construit et que le prix augmente de 20 % par an, on peut s'attendre à des bénéfices supérieurs à 800 %.
La possibilité d'obtenir ces énormes bénéfices a généré une sorte de fièvre de l'or. Stimulée par un ensemble de mythes populaires, elle était renforcée de manière intéressée par les associations professionnelles immobilières. Le premier et le plus important est que le prix du logement ne saurait s'effondrer. Quand on faisait remarquer que cela était bel et bien arrivé au Japon, la réponse était le traditionnel : « l'Espagne est différente ». Pourtant, la présentation officielle des prix, quoique sujette à caution, montre des chutes, dans le passé, aussi bien dans l'ensemble du pays que dans quelques villes représentatives (3).
Parmi les autres croyances marquantes de cette période, on trouve l'idée que les prix devaient continuer à augmenter jusqu'à ce qu'ils convergent avec ceux de l'Europe ; un hypothétique « baby-boom » censé provoquer une hausse de la demande de logements ; l'afflux de migrants qui les rendrait plus chers ; le fait que tous les Européens du Nord voudraient acheter des résidences secondaires en Espagne, que payer un loyer équivaut à jeter de l'argent par les fenêtres ou encore qu'investir dans la pierre serait toujours plus rentable que de faire des placements en Bourse.
Les politiques publiques traditionnelles de subventions et d'exonérations fiscales accordées pour l'achat au détriment de la location, privée ou sociale, ont également contribué à la hausse des prix. N'importe quel étudiant en économie sait qu'une exonération publique destinée à l'achat d'un bien dont l'offre est rigide se transforme en flambée des tarifs et transfère les ressources du secteur public vers les producteurs, en l'occurrence vers les entreprises immobilières et de construction.
Mais la cause ultime de ces hausses spectaculaires reste la grande quantité de crédit disponible. Ce que démentent avec vigueur les banquiers. Le président d'un important établissement financier espagnol, rencontré lors d'un entretien en 2002, expliquait que, grâce au « travail social » des banques, les citoyens pouvaient accéder à la propriété. En obtenant des crédits hypothécaires toujours plus volumineux.
Des recherches récentes montrent que c'est l'excès de liquidités, et par voie de conséquence l'assouplissement des conditions d'octroi des crédits, qui est à l'origine de la hausse spectaculaire des prix du logement, en dépit de la chute en termes réels des coûts de la construction. Certains analystes s'obstinent à vouloir attribuer au prix du sol la hausse de celui des ventes du bâti. En réalité, le prix du terrain est fixé en fonction de celui des logements que l'on y construira. Ainsi, la hausse du foncier ne fait que refléter la tension entre le propriétaire du sol et le constructeur pour s'approprier le bénéfice attendu.
Ces dernières années, les prix ont été fixés à partir du prix maximal qu'un ménage pouvait payer, compte tenu de son revenu et des conditions du marché hypothécaire (délai de remboursement des crédits, quantité à payer par avance et type d'intérêt). Les entreprises immobilières ont été capables de fixer des tarifs à la limite de la capacité de paiement des ménages, en absorbant la totalité des améliorations des conditions de l'octroi des crédits.
Actuellement, l'économie espagnole souffre des conséquences du brusque arrêt du processus spéculatif. Les doutes croissants quant à la revalorisation des prix du logement et l'augmentation des primes de risques dans les marchés financiers, avec la raréfaction qui s'ensuit du crédit, ont mis à mal le secteur immobilier. En septembre 2008, les permis de construire chutaient de 59 % par rapport à la même période l'année précédente et, bien que les chiffres officiels ne le reflètent pas (car ils se fondent sur des prix d'évaluations immobilières et non de transactions), de nombreux observateurs s'accordent sur le fait que les prix sont en train de baisser de manière significative. Le stock accumulé de logements neufs invendus sera, fin 2008, d'un million trois cent mille unités, ce qui signifie qu'au rythme actuel des ventes il y a une offre disponible pour les cinq années à venir…
Ce sévère ralentissement a des effets désastreux sur l'ensemble de l'économie. Le chômage a augmenté de sept cent soixante-dix mille personnes cette année (+ 37 %), pour en affecter deux millions huit cent mille (près de 12,5 % de la population active). L'économie espagnole a connu une croissance négative (— 0,2 %) au troisième trimestre 2008, ce qui n'était pas arrivé depuis quinze ans.
La métastase du cancer immobilier s'étend également au secteur bancaire. Conséquence importante de la hausse du chômage, le nombre des pénalités de retard a augmenté significativement. Les banques ne cessent de répéter qu'il n'y a pas de crédits subprime. Ce qui, en toute rigueur, est exact puisque cette catégorie n'existe pas en Espagne. Il n'en demeure pas moins que, si l'on considère la divergence croissante entre le prix du logement et les revenus moyens des ménages, on doit conclure que ce n'est guère la prudence qui a prévalu dans la gestion du risque par les banques, et qu'une grande quantité de subprime espagnol a dû être produite.
Et, lorsque l'on parle de titrisation de crédits hypothécaires (4), l'Espagne est reine. Entre 2000 et 2007, le nombre des titres a été multiplié par plus de 17 % ; 83 % d'entre eux proviennent des crédits hypothécaires. Au niveau européen, les entités financières espagnoles sont responsables d'environ 15 % des émissions de titrisation, en deuxième position derrière celles du Royaume-Uni, qui en génèrent 52 %.
Néanmoins, deux aspects positifs différencient le système bancaire espagnol de celui des Etats-Unis : la Banque d'Espagne a été beaucoup plus active dans la régulation et la supervision (bien que les entités financières n'aient, dans bien des cas, pas suivi ses recommandations). Il est également vrai que les prêts espagnols (personnels, avec garantie hypothécaire) réduisent la propension des ménages à abandonner leur logement et à transférer le risque aux banques dès lors qu'ils ne peuvent plus rembourser leur dette simplement par la restitution de l'immeuble. Mais ce peut être une arme à double tranchant : en principe, cela réduit le rythme de prolifération des retards de remboursement (« l'hypothèque est la dernière chose que l'on cesse de payer ») ; mais, à moyen terme, cela affectera la consommation pendant un temps considérable. Ce qui pourrait prolonger la crise.
(4) La titrisation est une technique qui permet à un établissement financier de transformer n'importe quel type de créance en titres négociables sur les marchés financiers. Son objectif est de permettre à l'établissement prêteur de transférer à celui qui achète les nouveaux titres le risque de non-remboursement de la créance initiale.
Ce recueil d'une quinzaine de textes théoriques issus majoritairement du marxisme hétérodoxe (notamment de l'opéraïsme italien et de l'autonomie ouvrière) entend contribuer à éclairer l'un des domaines les plus obscurs de la théorie économique : la politique monétaire. L'analyse de différentes séquences, allant de la fin des années 1960-1970 (effondrement du compromis keynésien, fin de la convertibilité du dollar en or) jusqu'à la période récente (construction de la zone euro, crise inflationniste persistante, politique douanière de la nouvelle administration Trump), met en évidence la fonction politique que la monnaie assure dans la reproduction des rapports sociaux capitalistes. De ce point de vue, la politique monétaire doit être étudiée comme le lieu où se cristallisent non seulement la concurrence entre les États, mais aussi l'affrontement mondial entre les classes, à travers la lutte pour l'appropriation et la répartition de la plus-value par les différents capitaux nationaux.
Alors que certains analystes insistent sur l'extrémisme du gouvernement israélien actuel ou l'activité du lobby pro-Israël en Occident, les auteurs de cet ouvrage proposent d'examiner les convergences et conflits d'intérêts économiques et politiques dans la région. Ils retracent l'histoire d'une zone riche en combustibles fossiles, où l'Occident avait besoin d'un point d'appui, d'où l'importance pour les États-Unis de légitimer Israël, et pour Israël, de prendre le contrôle de l'économie palestinienne. Leur propos entend mettre au jour une continuité depuis les accords d'Oslo jusqu'à aujourd'hui : le génocide serait un moyen, extrême, mais s'inscrivant dans le sillon d'autres mécanismes visant le même résultat, comme le contrôle économique et la restriction de circulation. L'histoire d'Israël serait avant tout celle d'un colonialisme de peuplement impliquant, comme toujours, un racisme à caractère exterminateur. Dès lors, la question palestinienne apparaît moins comme une exception, et la solidarité devient « un combat commun contre les structures responsables de la dépossession, de la répression et de l'exploitation, dans la région et au-delà ».
Depuis plusieurs mois, entre « private credit » et bulle de l'intelligence artificielle, l'édifice de la finance craque de toutes parts… Voici que des lézardes apparaissent dans le compartiment réputé le plus solide, vers lequel les investisseurs se précipitaient jusque-là pour trouver refuge : le secteur des titres de la dette américaine. Qui semble désormais échapper à tout contrôle.
On regarde les taux de défaut qui montent dans le private credit. On regarde l'extravagante pyramide financière de l'intelligence artificielle (IA) — sur la pointe — qui commence à vaciller (1). Et, comme si ça n'était pas suffisant, voilà qu'un autre secteur, cette fois dans la monnaie-finance internationale, se réveille et s'agite, comme pour ne pas être en reste dans le tableau passablement dantesque en train de se former d'une crise qui, décidément, vient de tous côtés : le côté des taux d'intérêt souverains maintenant. On ne sait plus trop d'ailleurs s'il faut le ranger dans la catégorie des explosifs ou bien dans celle des détonateurs. La question n'est pas anecdotique ou vaine : elle emporte des enjeux assez cruciaux — politiques notamment. Car, lorsque les dettes souveraines déboulent au milieu d'un désastre causé en première instance par des dettes privées, c'est pour leur faire porter le chapeau.
Les taux souverains remontent sourdement mais inexorablement, un peu partout, depuis le début de l'année, spécialement sur les dettes japonaise et américaine. C'est une histoire qui commence dans un coin retiré de la monnaie-finance, une affaire obscure et technique, réservée aux milieux spécialisés : le carry trade. Le carry trade est une opération spéculative qui consiste à emprunter dans une devise à faible taux d'intérêt pour placer dans une autre avec de meilleurs rendements (des taux plus hauts), et empocher sa petite plus-value. Par exemple : le Japon, terre de taux d'intérêt nuls depuis la fin des années 1990 — formidable. Les carry traders se sont donc installés de longue date dans ce business simple et profitable : emprunter japonais, placer américain. On en était là, et puis voilà que les taux japonais se sont mis à remonter. Mais pourquoi donc ? Parce que l'économie japonaise est progressivement sortie de son long coma déflationniste, par-dessus quoi les amusements de M. Donald Trump dans le détroit d'Ormuz sont venus bien pousser la remontée d'inflation (le Japon est très dépendant du Golfe pour ses approvisionnements énergétiques), et que les autorités japonaises se mettent maintenant en devoir d'y faire quelque chose. Ceci d'autant plus que le yen est tombé à des niveaux inquiétants : de 80 yens pour 1 dollar en 2011, il est autour de 160 au milieu de l'été 2026. Or le yen faible nourrit l'inflation, par la composante des prix importés. Voilà deux raisons d'augmenter les taux d'intérêt : par action directe sur le rythme de l'économie, par action indirecte sur le taux de change.
Et c'est une catastrophe.
D'abord de ce que les investisseurs japonais sont tout bonnement les premiers créanciers de la dette publique américaine : pour 1 200 milliards de dollars (en deuxième, le Royaume-Uni, la Chine a depuis longtemps sorti les aérofreins : de 1 300 milliards en 2013, elle est descendue à 660 milliards de dollars). À des niveaux de détention pareils, un mouvement des investisseurs japonais peut entraîner des effets de grande ampleur. Or ils semblent faire mouvement, d'abord du simple fait que les rendements au Japon se redressent, encouragés également par la ministre des finances, qui en appelle au retour des capitaux au pays. Où l'on a besoin d'eux : pour soutenir le yen.
C'est le détonateur
Ensuite parce qu'il y a du désastre dans l'air si le marché des US Bonds (obligations américaines) commence à être secoué. Il l'est. En septembre, le titre à trente ans atteint son plus haut depuis 2007. Toutes choses égales par ailleurs (notamment de savantes opérations de couverture), les hausses de taux entraînent la baisse des cours des titres échangés sur les marchés secondaires. Contrairement à ce qu'on attendrait de la part du phare de la finance globalisée, la détention de la dette américaine est peu extravertie puisqu'elle est résidente à 70-75 %. Pour un encours total de 40 000 milliards de dollars tout de même. Le potentiel de perte est gigantesque. C'est l'explosif.
Le risque d'ensemble, pourtant, va bien au-delà — c'est le détonateur. Avec les taux d'intervention de la Réserve fédérale (Fed), les taux longs de la dette publique sont des taux de référence, dont le mouvement, par translation, affecte la structure entière des taux d'intérêt. Par exemple : les taux des crédits immobiliers — au moment où le déséquilibre offre-demande est le plus grand jamais enregistré sur le marché immobilier. Mais en réalité ceux de l'économie entière. Crédits plus chers : crédits découragés. Aux États-Unis spécialement, où la dette est la béquille de la dépense des ménages. Comme si la récession qui commence à se propager depuis le choc Ormuz avait besoin de ça. La combinaison de hausses de taux et de récession promet d'être meurtrière dans le secteur du private credit, dont le paramètre vital, le taux de défaut des entreprises emprunteuses, va sortir de ses moyennes admissibles — il a déjà commencé : au plus haut à 6,3 % dit Fitch, peut-être à… 19 % selon Pimco, c'est dire dans quelle rassurante opacité on navigue. Le private credit qui, au passage, est devenu, les banques commençant à trouver que ça sent le roussi, la solution de refinancement de toute la pyramide IA. Si l'on y ajoute le maquis des opérations dites « à effet de levier », qui parient sur des hypothèses de taux à ne surtout pas chahuter, c'est l'édifice entier des dettes privées qui est à la veille de déstabilisations majeures.
M. Scott Bessent, le secrétaire au Trésor, en a parfaitement conscience. Si elle n'est pas enrayée, la montée continue des taux des US Bonds peut tout déclencher — tout : l'effondrement de la finance entière. Mettons-nous un instant dans sa tête : l'enchaînement des impératifs est simple. 1) Pour que les taux américains ne montent pas, il faut dissuader les investisseurs japonais de vendre leurs titres de la dette américaine ; 2) pour les en dissuader, il ne faut pas que le taux d'intérêt remonte au Japon, où les investisseurs seraient de nouveau attirés par de meilleurs rendements ; 3) pour que le taux d'intérêt japonais ne remonte pas, il faut que le yen s'apprécie et n'ait plus à être soutenu par des taux plus élevés, précisément. Par conséquent, il faut aider le yen dans les marchés des changes. Si telle est la condition logique pour éviter l'effondrement de « tout », alors M. Bessent, lui aussi, est prêt à tout. En cet été 2026, il ne va pas y aller de main morte. Action coordonnée avec la Banque du Japon, pressions sur la Réserve fédérale pour la faire intervenir directement dans le marché des changes en faveur du yen, et surtout : opérations de buybacks. Buyback : rachat par le Trésor de sa propre dette dans les marchés obligataires.
Ces opérations ne sont pas exceptionnelles. Ce qui l'est davantage est que M. Bessent annonce soudainement à la mi-août le relèvement de leur plafond usuel : de 2 à 4 milliards de dollars. Quasi routinières jusqu'à présent, ces interventions sont en train de prendre un tout autre statut. Elles étaient destinées à régler finement la liquidité dans le marché de la dette souveraine, elles visent maintenant à y influencer directement les taux. Les investisseurs ne s'y trompent pas : M. Bessent est en train d'en faire un gros bâton. Pour les cogner. Le 9 septembre 2026, il l'annonce d'ailleurs sans ambages : « Maintenant, la banque, c'est moi (2) », déclare-t-il à la stupeur générale. Ici, il ne faut pas se tromper à propos de la « banque » : Bessent parle le langage du casino, la banque c'est l'entité contre laquelle personne ne gagne. Il est acquis que ce « la banque, c'est moi » va entrer dans l'histoire des crises de la monnaie-finance. Car il est une déclaration de guerre aux marchés obligataires, qui disent rarement non à un bon vieux fight. À ce moment précis, tout le monde a en tête celui que crut pouvoir mener la Bank of England en 1992 pour protéger le taux de change de la livre sterling. La Bank mordit la poussière, submergée par les forces du marché, et la livre finit éjectée du système monétaire européen. À l'appui de ses propos, M. Bessent annonce que le doublement du plafond des buybacks à 4 milliards de dollars ne s'arrêtera pas là et qu'il en jettera 6 dans la bataille. Ceux qui jouent la baisse (« shortent ») des US Bonds en seront pour leur frais : les bonds seront soutenus par les rachats du Treasury, leur prix ne fléchira pas, les investisseurs qui s'y seront essayés n'auront plus qu'à prendre leurs pertes — et à n'y plus revenir. Comme au poker, les marchés « appellent » le bluff. 6 milliards ? En fin de journée du 9 septembre, les taux américains continuent de monter. Les investisseurs non plus ne manquent pas de souffle : « décevant » (sic), ont-ils lâché (3), ils s'attendaient à 8, et même plutôt 10.
Monumentale raclée : le 9 septembre 2026 de l'US Bond va rejoindre le 16 septembre 1992 de la livre sterling.
Dans l'affrontement des marchés et des autorités publiques, les marchés auront eu le dessus. C'est le genre d'événement dont il ne faut pas manquer de mesurer la portée : l'événement d'une ruine invisible, en avance des autres, la ruine d'un capital symbolique.
Les investisseurs ne sont pas près de lâcher leur avantage, et d'autant moins qu'ils se font une nouvelle musique et qu'ils se la chantent : « La “dette US” est hors de contrôle, voilà la cause de tout. » C'est le mouvement tournant qui consommera la défaite de M. Bessent. Car, dans cet argument, il n'est plus question de yen, de carry trade ou de quelque autre donnée extrinsèque : on ne regarde plus que la « dette US », la dette toute seule, la dette toute nue. Dès la fin août 2026, tout ce que la finance compte de voix autorisées s'est manifesté pour sommer M. Bessent de cesser ses « bricolages » (tinkering), pour lui expliquer que ce sont les marchés à qui il revient de fixer les prix, en l'occurrence celui de la dette américaine, non aux gouvernements ni à leurs importunes interventions, n'ayant d'autre effet que de « distorsion » — « le marché » revendique le monopole de la vérité des prix et n'est pas décidé à le laisser contester. « Let the bond market speak » (« Laissez parler le marché des obligations »), enjoint le milliardaire et investisseur Stanley Druckenmiller à la « une » du Wall Street Journal (4).
Ce qui se joue cet été 2026 est une gigantomachie, et elle-même est un symptôme : l'autorité des autorités s'effondre. On ne les écoute plus. Terrible spirale dans laquelle la Bank of England avait été jadis engloutie : tout ce que fera M. Bessent pour tenir sa stratégie sera retenu contre lui. Que l'autorité de la puissance détentrice de la devise-clé soit ainsi atteinte est un événement considérable, annonciateur de très grandes bascules : celle de l'ordre dollar, ni plus ni moins. La dette américaine est maintenant questionnée. Comme celle d'un vulgaire État européen. Le statut d'hégémon, une fois installé, est cela même qui protège de ce genre de question, comme de celle de la parité d'ailleurs — dans l'histoire de sa domination, la parité du dollar a pu connaître d'amples fluctuations sans que ça lui pose le moindre problème de statut. La dette et la monnaie de l'hégémon sont le pivot du système monétaire et financier international, c'est-à-dire le lieu supérieur depuis lequel on émet les questions à l'usage des autres. Pas le lieu qu'on questionne.
Vers la grande explosion ?
De ces remaniements silencieux dans l'ordre dollar, il suit deux conséquences. La première est qu'on peut compter sur le discours des marchés pour ramener le tableau entier de la finance à l'unique problème de la « dette publique ». Alors que la situation d'extrême fragilité financière, en première instance, doit tout à la dette privée. Revoilà la dialectique de l'explosif et du détonateur — en l'occurrence du détonateur qu'on va faire passer pour l'explosif. Et l'on anticipe déjà le parfait escamotage : à la trappe les énormités du private credit et de l'IA (5), leurs invraisemblables montagnes de dettes au bord de s'écrouler, mais en attente d'un krach des US Bonds qui viendrait in extremis les sauver idéologiquement.
Les investisseurs n'emporteront pas cette malversation au paradis : car un krach dans le marché de la dette américaine aura pour effet de détruire le safe haven : l'« actif sans risque ». L'actif sans risque est celui vers lequel se tournent tous les agents de la finance quand le sinistre est général, que tous les autres actifs connaissent les dévalorisations massives du krach, qu'il faut fuir tous les compartiments car plus aucun n'est sûr — mais qu'il faut bien aller quelque part, parce que rester juste avec du cash sur les bras, c'est trop triste. Alors, dans un mouvement dit de flight to quality (« fuite vers la qualité »), les investisseurs qui ont réussi à se dégager comme ils pouvaient des compartiments en ruine se ruent vers la dernière solution de placement : l'actif sans risque.
Il n'y a pas de mystère : l'actif élu à cette dignité est toujours un titre souverain, estimé de la meilleure qualité. Peut-on imaginer meilleure qualité pour le flight que celle de la dette de l'hégémon ? Apparemment la question, qu'on ne soulevait même pas tant la réponse allait de soi, commence à se poser. Mais, alors, dans quelle situation nous retrouverons-nous au moment de la grande explosion ? Privés d'actif sans risque, le safe haven disparu. Les investisseurs à poil dans le Grand Nord, sans plus aucune idée un peu fiable d'où aller chercher abri. Puisque la finance convoque plus souvent qu'à son tour la langue anglaise, on va le dire ainsi : you can run but you can't hide (« cours toujours, tu n'as plus nulle part où te cacher »). Disparition de l'actif sans risque, mort de l'hégémon : nous entrons en territoire sérieusement inconnu.
Malgré les sanctions et les bombes, l'activité commerciale ne souffre guère de pénuries. Pour autant, les Iraniens les plus modestes s'inquiètent d'un retour à l'inflation provoquée par un effondrement de la monnaie locale face au dollar.
À Téhéran, dans cette agglomération de plus de 16 millions d'habitants, on n'observe pas de pénurie alimentaire. En dépit de la reprise des bombardements début juillet, l'agitation quotidienne semble immuable. La majorité des habitants font leurs courses dans des supermarchés semi-publics. Les marchés proposent légumes, fruits, et parfois viande rouge ou volaille. Les petites boutiques de quartier, ainsi que les boucheries et les boulangeries, restent également ouvertes.
Au moment du paiement, on demande au client s'il souhaite régler ses achats avec un kala barg (bon d'achat électronique) ou par carte bancaire. Chaque mois, l'État verse 6 euros à chaque Iranien sous la forme de kala barg, utilisables pour acheter des produits de première nécessité : huile, riz, produits laitiers, voire de la viande. Rendus dérisoires par une inflation élevée, ces bons représentent tout de même une aide bienvenue pour les familles nombreuses les plus pauvres.
Les espèces ont pratiquement disparu. Chaque Iranien détient au moins trois cartes bancaires. Plus de 400 millions d'unités seraient en circulation. Au cours de la dernière semaine de juin, une cyberattaque a paralysé les services de quatre banques, dont trois — Melli, Saderat et Tejarat — figurent parmi les plus importantes du pays. La ruée vers les distributeurs automatiques a conduit à une carence de billets durant une semaine, avant un retour à la normale.
Si le pays produit près de 95 % des médicaments ordinaires qu'il consomme, ce n'est pas le cas pour les médicaments biologiques comme l'insuline. Plusieurs traitements avancés manquent ou sont très onéreux. Leur prix dépend fortement du taux de change du dollar sur le marché. Avec l'escalade du conflit dans la semaine du 20 juillet, le cours du billet vert, qui était resté stable pendant longtemps, a connu une forte augmentation, suscitant l'inquiétude de la population. Les Iraniens ont appris que de telles hausses entraînent immédiatement une forte inflation.
Depuis le début de la guerre, métro et bus sont gratuits. La mairie avait annoncé un retour au paiement après la cérémonie d'adieu au Guide suprême, mais elle a fait marche arrière sous la pression populaire. En revanche, le prix des voitures de transport avec chauffeur (VTC) Snapp ! a considérablement augmenté. Le trajet le plus court coûte désormais plus de 100 000 tomans (environ 50 centimes d'euro), et un trajet ordinaire revient à environ 300 000 tomans (environ 1,50 euro). Le salaire de base des ouvriers et des employés est de 25 millions de tomans par mois (environ 125 euros).
Dans un pays soumis à des sanctions depuis des décennies et à un blocus maritime depuis février, l'absence de pénuries importantes peut interroger. Dans les quartiers bourgeois du Nord, les rayons des supermarchés de luxe regorgent même de produits haut de gamme fabriqués à l'étranger.
Le ralentissement des investissements liés aux nouvelles routes de la soie suggère que la Chine mise actuellement davantage sur des accords de libre-échange pour asseoir son « pouvoir structurel ».(Vol. 35, n° 161, septembre, bimestriel, gratuit en ligne. — Denver.)
Et si la diaspora ivoirienne devenait l’un des nouveaux relais de la stratégie économique nationale ? C’est l’ambition qui se dessine derrière l’initiative « Les Femmes pour le PND 2026-2030 », portée par Maître Ayssata Coulibaly-Diabi. Le 23 août à New York, investisseurs, entrepreneures et professionnelles ivoiriennes des États-Unis et du Canada sont appelés à […]