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La fille, son chauffeur, Dieu et Marx

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J'ai cessé de croire en Dieu à l'âge de 7 ans, en 1977, sur le chemin de l'école. C'était durant le long trajet en voiture que je faisais chaque matin sous une voûte de platanes pour rejoindre le centre de Téhéran. Mon chauffeur, qui était marxiste, m'expliquait le matérialisme dialectique. Et comme tout Iranien qui se respecte, il utilisait la poésie pour me convaincre. Je ne me souviens plus des termes exacts, ni même de la teneur de son raisonnement, la conversation avait lieu en persan. Mais je me rappelle qu'il était question d'une rose réduite en poussière.

Aujourd'hui, ce qui me frappe bien sûr dans cette scène est que les petites filles de 7 ans avaient droit à leur chauffeur personnel en Iran.

Mes parents, tous deux universitaires, n'étaient pourtant pas parmi les plus riches. Mais nous vivions dans une tour ultramoderne située à Vanak, dans les hauteurs de cette ville construite à flanc de montagne. Nous avions une piscine. Et des séances de cinéma en plein air étaient organisées le samedi soir où on projetait des films de Woody Allen. Elsa, une aide-ménagère philippine, était payée pour s'occuper de notre appartement et me parler en anglais. Et, dans les embouteillages monstrueux que nous traversions chaque matin avec « mon chauffeur », des paysans sans le sou transportaient leurs fruits à dos d'âne au milieu des voitures américaines à la carrosserie rutilante. Quant aux gardiens d'immeubles à Vanak, je me souviens qu'ils étaient bruns, chétifs, et qu'on voyait sur leur corps les signes de la malnutrition dont ils avaient souffert dans leurs villages. C'était cela l'Iran d'avant la révolution : une société marquée par les inégalités et l'urbanisation galopante.

Comment s'appelait ce jeune marxiste qui avait entrepris de parfaire mon éducation politique ? Impossible de m'en souvenir. Quand nous n'avions pas de grandes conversations sur Dieu, on parlait de mes dessins animés préférés. Et il accueillait avec des commentaires critiques ma passion pour Spider-Man, signe pour lui d'une américanisation sans frein de son pays.

Mais, après l'avènement de la République islamique, les programmes américains disparurent rapidement des écrans de télévision, les speakerines ultramaquillées aux décolletés plongeants et aux robes à paillettes furent remplacées par des femmes portant de longs tchadors noirs, et les images des pendaisons publiques s'étalèrent dans les journaux.

Notre départ a eu lieu durant cette période chaotique où le port du voile commençait à être imposé aux femmes dans l'espace public. C'était plus d'un an après la fuite du chah et le retour triomphant de Khomeiny en Iran. Naïvement, je croyais ma mère lorsqu'elle me disait que nous n'allions passer que quelques semaines de vacances à Paris en attendant que « toute cette histoire de révolution » se termine.

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