Lundi, Mediapart attribue à Jordan Bardella des propos antisémites écrits il y a plus de dix ans. Mardi, un média d'extrême droite diffuse vingt secondes où le maire de Saint-Denis danse près d'une poubelle en feu. Deux camps, deux dossiers ouverts, et déjà deux verdicts.
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Un homme se penche, saisit une poubelle qui brûle, la traîne loin des grilles d'un lycée, se relève et danse avec les élèves qui l'applaudissent. Un peu plus tard, il applaudit les pompiers. C'est la séquence complète, publiée par L'Humanité. Celle qui a tourné d'abord, diffusée par le site militant Frontières, commence après le geste : on y voit un élu s'écarter d'un feu et danser. Vingt secondes, et l'affaire était faite.
La veille, lundi, Mediapart publiait des dizaines de conversations écrites datées de 2013 à 2015, qu'il dit avoir vérifiées de façon indépendante, et qui attribuent à Jordan Bardella des propos antisémites. Le président du Rassemblement national parle de « propos parfaitement délirants », de faux grossiers, et a chargé son avocat d'engager les actions nécessaires. Marine Le Pen dénonce des manigances. Aucune expertise technique extérieure des pièces n'a été rendue publique à ce jour.
Disons-le sans détour, parce que c'est la ligne de ce journal et non une précaution d'écriture : si ces écrits sont authentiques, rien ne les excuse, aucune position diplomatique ne les rachète, et il n'y a pas d'indulgence à négocier. Mais nous ne le savons pas encore. Et « nous ne le savons pas encore » est exactement ce que plus personne ne supporte d'entendre.
Car les deux camps ont fait le même calcul en vingt-quatre heures. D'un côté, le clip a valu constat. De l'autre, le fichier vaut condamnation. Chacun a reconnu dans la pièce ce qu'il savait déjà, et s'est épargné la peine de l'ouvrir.
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On m'objectera que le journalisme ne peut pas attendre les tribunaux, et c'est vrai : un journal qui ne publierait qu'après un arrêt définitif ne publierait jamais rien. Mais publier une pièce et prononcer une sentence sont deux actes distincts, et ce ne sont pas les mêmes gens qui les commettent. Mediapart a publié et dit avoir vérifié — c'est son métier, et il en répondra. Frontières a coupé. Ceux qui ont conclu, dans les deux affaires, ce sont ceux qui regardaient.
Or une accusation et sa rectification ne circulent pas à la même vitesse, pour une raison qui n'a rien de mystérieux : la rectification n'est pas amusante. La séquence longue de Saint-Denis existe, elle est datée, elle est accessible à quiconque veut cliquer — elle ne fera pas le tiers du chemin des vingt secondes. Et si les conversations publiées lundi sont un jour écartées par un juge, dans dix-huit mois, à la page des brèves, qui le lira ?
Nous avons donc deux régimes de preuve pour un seul pays. Quand la pièce accuse l'adversaire, elle suffit. Quand elle accuse les nôtres, on demande une expertise, un contradictoire, un délai. Et chacun trouve l'autre partial, ce qui est la seule chose sur laquelle les deux camps aient raison.
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Il faudrait se demander ce que nous avons fait, nous, pendant ces vingt-quatre heures. Pas les médias, pas les partis : nous, qui avons regardé, partagé, tranché. Le test est simple et il ne coûte rien à passer : sommes-nous aussi pressés de vérifier lorsque la pièce accuse quelqu'un de notre bord ? Si la réponse est non, nous ne sommes pas des citoyens informés. Nous sommes des supporters avec une connexion.
Voilà ce que la liberté demande de plus banal et de plus difficile : accepter de rester vingt-quatre heures sans avis. Ce n'est pas de la prudence, c'est un exercice, et il se pratique contre soi.
En France, le verdict ne suit plus l'enquête. Il l'attend, déjà rédigé.
Le 16 novembre 2016, un homme qui n'avait jamais été élu à quoi que ce soit annonçait sa candidature à la présidence de la République. Dix ans plus tard, le bloc central aligne quatre candidats et pas un présidentiable. Il lui reste une carte, et elle est à Francfort.
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Le 16 novembre 2016, à Bobigny, Emmanuel Macron annonçait sa candidature. Il avait trente-huit ans, aucun mandat électif derrière lui, trois mois de vie civile depuis sa démission du gouvernement, et une dizaine de points dans les sondages. Cinq mois plus tard il était élu. On a beaucoup écrit sur le personnage ; on a moins regardé le gabarit. Ni élu, ni militant, ni comptable d'un bilan devant des électeurs, mais lourd d'une excellence certifiée par des institutions — l'Inspection des finances, une banque d'affaires, un secrétariat général adjoint, un ministère par nomination.
Ce gabarit n'était pas un accident. C'était une réponse à une panne, et la panne est revenue.
Regardons l'offre. Édouard Philippe est mesuré à 19 % d'intentions de vote quand il n'a qu'un concurrent au centre, à 17 % quand il en a deux, à 14 % quand ils sont trois, selon la notice déposée le 14 septembre à la Commission des sondages par Toluna Harris Interactive. Sa cote de popularité recule de trois points en un mois chez Odoxa, à 27 %, et de dix points depuis mai 2025. Une information judiciaire a été ouverte au printemps sur la gestion du pôle numérique du Havre ; il n'a pas été mis en examen et bénéficie de la présomption d'innocence, mais le dossier existe et il pèse.
Gabriel Attal va de 8 à 15 % selon le nombre de concurrents. Il progresse — trois points et huit places au baromètre Cluster 17 de septembre — et c'est précisément son problème : à trente-sept ans, après un passage à Matignon qui aura duré huit mois, il monte dans les classements de sympathie sans jamais franchir le plafond de la crédibilité présidentielle. Bruno Retailleau ne dépasse jamais 10 % dans aucune hypothèse, et perd six points de popularité en un mois, à 20 %. Il tient une ligne, ce qui est déjà rare ; il ne tient pas un électorat.
Élargissons, puisque c'est la mode, et comptons le Parti socialiste dans le bloc central — ce que personne n'assume et que tout le monde pratique. Raphaël Glucksmann a annoncé sa candidature le 23 août, ce qui lui donne un avantage sur les trois précédents : il existe. Il est mesuré entre 9 et 12 %. On dira qu'il progresse, et c'est vrai — il est le seul du haut de tableau à gagner un point en septembre chez Odoxa. Mais une candidature déclarée qui ne décolle pas est un plafond, pas un plancher, et il lui manque les trois choses qu'on ne fabrique pas en dix-huit mois : le charisme, l'habileté de manœuvre, et cette crédibilité gouvernementale qui ne s'acquiert qu'en ayant tenu un ministère par gros temps.
Quatre hommes, quatre plafonds. Aucun n'émerge, et chacun empêche les autres.
L'arithmétique qui donne des sueurs froides
Voilà où le sujet devient sérieux. Dans l'hypothèse où le centre et la gauche non insoumise présentent trois candidats, le mieux placé d'entre eux est à 14 %. Jean-Luc Mélenchon est à 16. Marine Le Pen est à 33. Faites l'addition : le second tour se joue sans le bloc central.
Trois instruments distincts mesurent la position d'Édouard Philippe : les baromètres de popularité, les intentions de vote au premier tour et les duels de second tour. Ils ne posent pas la même question et leurs niveaux ne sont pas comparables entre eux. Les trois reculent.
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Le baromètre Odoxa-Mascaret pour Public Sénat et la presse quotidienne régionale, réalisé les 23 et 24 septembre 2026 auprès de 1 005 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus, mesure 27 % d'opinions favorables pour Édouard Philippe, en recul de 3 points. L'institut relève une baisse de dix points depuis mai 2025.
La même série le mesurait à 30 % en mai 2026, après un recul de 2 points en mai et de 4 points en avril, soit six points sur deux mois.
Le tableau de bord des personnalités de l'Ifop, réalisé les 2 et 3 septembre 2026 auprès de 1 034 personnes, mesure 46 % de bonnes opinions, en recul de 2 points, et le place au cinquième rang. Les trois premières places sont occupées par des personnalités sans mandat électif en exercice. Gabriel Attal y est mesuré à 43 %.
Les deux instruments ne donnent pas le même niveau — 27 % et 46 % — parce qu'ils ne posent pas la même question. Seules leurs évolutions respectives sont comparables. Elles vont dans le même sens.
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L'enquête Toluna Harris Interactive pour M6 et RTL, dont la notice a été déposée le 14 septembre 2026 auprès de la Commission des sondages, a été réalisée du 8 au 10 septembre auprès de 2 052 personnes inscrites sur les listes électorales. Édouard Philippe y est mesuré à 14 % dans l'hypothèse qui retient également Raphaël Glucksmann et Gabriel Attal, à 17 % dans celle qui ne retient que Glucksmann, et à 19 % dans celle qui substitue François Hollande aux deux précédents.
Sur les autres enquêtes de la période, il est mesuré entre 14,5 et 18 % par l'Ifop les 24 et 25 août, entre 17 et 19,5 % par Elabe du 26 au 28 août, et à 19 % par Cluster 17 pour Politico les 15 et 16 septembre. L'enquête Odoxa-Mascaret des 20 et 21 mai le mesurait à 17 %, en recul de 4 points sur la vague précédente.
La borne basse de cette fourchette, 14 %, correspond à l'hypothèse où trois candidats du centre et de la gauche non insoumise se présentent simultanément. Dans cette configuration, Jean-Luc Mélenchon est mesuré deux points au-dessus de lui.
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Dans le même sondage Toluna, Édouard Philippe obtient 45 % face à Marine Le Pen, contre 49 % dans la vague d'août 2026 : quatre points en un mois. Gabriel Attal y est mesuré à 44 %, contre 45 % en août. Sur le second tour, l'institut annonce une marge d'erreur de 2,9 à 3,1 points selon le score visé.
En mai, l'enquête Odoxa-Mascaret donnait un second tour Jordan Bardella-Édouard Philippe à 52-48, après des vagues précédentes qui plaçaient Philippe en tête.
Le calendrier judiciaire
Une information judiciaire a été ouverte au printemps 2026 sur la gestion du pôle numérique du Havre. Les qualifications visées, telles que rapportées par la presse, sont le détournement de fonds publics, le favoritisme, la prise illégale d'intérêts et la concussion. Les faits portent sur une convention conclue en 2020 entre la communauté urbaine et l'association LH French Tech, qui a perçu 2,154 millions d'euros de compensation publique. Un signalement avait été adressé au Parquet national financier en septembre 2023, des perquisitions ont eu lieu en avril 2024, et le PNF a pris des réquisitions aux fins d'ouverture d'une information judiciaire le 7 mai 2026.
Aucune mise en examen n'a été rapportée à ce jour. Édouard Philippe bénéficie de la présomption d'innocence. Son entourage a indiqué qu'il répondrait aux questions de la justice, comme il l'a toujours fait.
Odoxa rattache explicitement le recul de mai à l'ouverture de cette enquête. L'Ifop, qui mesure un recul sur la même période, n'avance pas de cause.
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Édouard Philippe demeure le candidat du bloc central le mieux placé dans la plupart des hypothèses testées, et le seul mesuré à 19 % dans deux enquêtes de septembre. Au second tour, il conserve un point d'avance sur Gabriel Attal. L'Ifop relève qu'il garde un avantage parmi les sympathisants de Renaissance et les électeurs d'Emmanuel Macron en 2022. Son score de premier tour est le plus élevé lorsque le nombre de candidatures concurrentes au centre est le plus faible, ce qui dépend de décisions qui ne lui appartiennent pas.
Les limites de la mesure
Aucune des personnalités du bloc central n'a déclaré sa candidature. Les instituts testent des hypothèses qu'ils construisent, et ces hypothèses diffèrent d'une enquête à l'autre : une variation de score peut donc traduire un changement d'opinion ou un changement de configuration testée. Les marges d'erreur annoncées, de 1,4 à 2,9 points au premier tour, sont du même ordre que la plupart des écarts commentés. Les baromètres de popularité et les intentions de vote mesurent deux objets différents, et rien n'établit que l'un précède l'autre.
Trois séries reculent sur la même période. Elles ne disent pas si le mouvement se poursuivra.
40 milliards d'économies cumulées sur cinq ans, soit 8 milliards par an, pour une dépense de pensions à 14,1 % du PIB. Deux pour cent. Et le seul étage du projet censé sortir du régime général est garanti par l'État.
Le 16 septembre 2026, le Parti socialiste a suspendu à titre conservatoire le député de l'Eure Philippe Brun. La commission d'organisation de la primaire ne l'a pas retenu parmi les candidats. Ils sont cinq : Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj, Emmanuel Maurel, Ségolène Royal. Le scrutin est prévu les 9 et 10, puis les 16 et 17 octobre. Philippe Brun avait annoncé sa candidature le 30 juin.
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Il est né le 16 octobre 1991 à Rouen. Il entre à Sciences Po Paris en 2009 et y obtient un master d'affaires publiques en 2014. Il sort d'HEC Paris en 2016. Il est admis à l'École nationale d'administration, promotion Georges Clemenceau, 2017-2018. Un arrêté du 25 février 2019 l'affecte au tribunal administratif de Montreuil comme magistrat. Il enseigne le droit public à Sciences Po.
Entre 2012 et 2014, il a été assistant parlementaire d'Axelle Lemaire, députée socialiste des Français établis hors de France. Il a ensuite rejoint la direction de la stratégie du groupe Engie. Les dates de ce passage n'ont pas été rendues publiques de façon précise.
En mars 2020, il conduit une liste aux élections municipales de Louviers, commune de l'Eure où il réside. Ingrid Levavasseur, figure nationale du mouvement des gilets jaunes, y figure. La liste obtient 18,23 % des voix, soit 819 suffrages. Il devient conseiller municipal d'opposition. Il conteste ensuite l'élection du maire devant le tribunal administratif.
En 2021, il fonde l'École de l'engagement, une formation politique gratuite destinée à faire entrer en politique des personnes qui n'y accèdent pas. En 2022, il participe à la campagne présidentielle d'Arnaud Montebourg, puis, après le retrait de celui-ci, à celle d'Anne Hidalgo. En juin 2022, il est élu député de la quatrième circonscription de l'Eure sous l'étiquette de la Nupes, succédant à Bruno Questel. Il est réélu en juillet 2024 sous celle du Nouveau Front populaire.
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La loi n° 2024-330 est promulguée le 11 avril 2024, sous le titre issu de la commission. Son article 1ᵉʳ modifie l'article L. 111-67 du code de l'énergie : les mots « plus de 70 % » y sont remplacés par le taux « 100 % ». Le seuil légal de détention du capital d'EDF par l'État passe de plus de 70 % à la totalité. Le mot a été retiré du titre. Le taux a été porté à cent.
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En janvier 2023, Philippe Brun signe une tribune de quarante-cinq parlementaires soutenant la réélection d'Olivier Faure à la tête du Parti socialiste. En septembre 2024, il lance « La Ligne populaire », un mouvement qui se donne pour objet de réorienter la ligne du parti vers « ceux qui n'ont que leur travail pour vivre ». Il déclare alors ne pas vouloir constituer un courant. Au congrès de Nancy, du 13 au 15 juin 2026, son courant fusionne avec ceux de Nicolas Mayer-Rossignol et d'Hélène Geoffroy, qui s'opposent à Olivier Faure.
Le 7 janvier 2026, il annonce sa candidature à la mairie de Louviers. Au second tour, le 22 mars, sa liste obtient 45,10 % des voix et sept sièges sur trente-trois. Celle du maire sortant François-Xavier Priollaud, du MoDem, en obtient 46,79 % et vingt-cinq sièges. L'écart est de 160 voix.
Le 19 août 2026, il présente son programme économique, intitulé « Produire ». Il y propose le retour d'EDF à un monopole public, une baisse de la part de contribution sociale généralisée sur les salaires inférieurs à 4 000 euros mensuels, la création de cinq usines par département sur la durée d'un mandat, le rétablissement de l'impôt de solidarité sur la fortune et un alourdissement de la fiscalité des transmissions.
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Philippe Brun fait état de sa « stupeur ». Il déclare ignorer ce qui lui est reproché, n'avoir pas été entendu par les commissions du parti et avoir réuni l'ensemble de ses parrainages. Selon lui, une ancienne collaboratrice qu'il avait licenciée pour faute grave a saisi la direction du parti la veille à 23 h 50 de faits « pouvant être qualifiés pénalement ».
La nature des faits signalés n'a pas été rendue publique. Aucune juridiction n'a été saisie à la connaissance des parties à la date du 17 septembre. Une suspension à titre conservatoire est une mesure provisoire : elle interrompt l'exercice des droits attachés à l'adhésion le temps de l'examen, et ne préjuge pas de la décision au fond.
Il reste député de la quatrième circonscription de l'Eure. La primaire se tiendra sans lui.
71 % des Français attendent de 2027 un vrai changement social et politique. 78 % estiment que les responsables politiques ont conduit le pays à la faillite. 48 % trouvent qu'il n'y a pas assez de radicalité dans ce pays. Ce n'est pas une humeur : c'est le reçu de trente ans de courte échelle.
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Les chiffres d'abord, puisqu'ils sont massifs et qu'ils ont été établis proprement. 13.060 inscrits sur les listes électorales, interrogés du 3 au 9 septembre par Ipsos bva-CESI pour le Cevipof, Le Monde, l'Institut Montaigne et la Fondation Jean-Jaurès, marge d'erreur inférieure au point. Ce n'est pas un sondage de trottoir, c'est un dispositif de suivi qui tourne depuis 2015.
Soixante et onze pour cent attendent de la présidentielle un véritable changement social et politique ; ils étaient cinquante et un en 2021. Quatre-vingts pour cent veulent que la société française soit transformée radicalement ou réformée en profondeur, contre cinquante-neuf il y a trois ans. Soixante-quatorze pour cent pensent que la situation du pays va se dégrader dans les mois qui viennent, et quatre pour cent qu'elle va s'améliorer.
Le jugement sur ceux qui ont tenu le volant est sans appel. Quatre-vingt-neuf pour cent trouvent que les responsables politiques parlent trop et n'agissent pas assez. Soixante-dix-sept, que le peuple n'est pas bien représenté à l'Assemblée. Soixante-dix-huit, qu'ils ont conduit le pays à la faillite.
Et puis le chiffre que personne ne citera, parce qu'il fait peur : quarante-huit pour cent des Français jugent qu'il n'y a pas assez d'idées et de comportements radicaux dans la société française. Onze points de plus qu'en avril. Chez les proches du Rassemblement national, soixante et onze pour cent. Le pays ne trouve pas qu'on va trop loin. Il trouve qu'on ne va nulle part.
Antoine Bristielle, qui a analysé la vague pour la Fondation, observe justement qu'aucun de ces indicateurs n'est neuf pris isolément, et que c'est leur accumulation qui fait le basculement. Il a raison. Reste à dire d'où vient l'accumulation, et c'est là que les commentateurs s'arrêtent.
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Ce pays est bloqué depuis une génération, et il l'est par un mécanisme qu'il faut nommer avec précision si l'on ne veut pas tomber dans le « tous pourris » qui ne mène nulle part.
Une caste n'est pas une classe sociale. C'est un ensemble sociologiquement hétéroclite dont les membres partagent un même habitus et se reproduisent par cooptation. On y trouve des fils de médecins et des fils d'instituteurs, des gens de droite et des gens de gauche, des hauts fonctionnaires, des dirigeants, des éditorialistes, des syndicalistes de sommet. Ce qui les rassemble n'est pas l'origine, c'est la manière — la même façon de poser un problème, les mêmes réflexes devant l'imprévu, le même vocabulaire pour dire qu'on va étudier la question.
Et c'est là que l'image de la courte échelle est exacte. Personne, dans cette affaire, ne complote. Chacun, sincèrement, tend la main à celui qui lui ressemble, parce qu'il le trouve sérieux, fiable, raisonnable — et il l'est. Le résultat n'a été voulu par personne : une élite formellement ouverte et réellement close, où les mêmes trajectoires se recyclent indéfiniment. L'échec n'y coûte rien ; il y est même une qualification, puisqu'on n'a pas d'autre vivier que les gens qui ont déjà occupé le poste. Il faut ajouter, pour être juste, que la haute fonction publique n'est pas le milieu le plus fermé du pays — les professions libérales le sont davantage. Mais aucune profession libérale ne décide du budget de la nation.
Une courte échelle, personne ne la décide. Chacun tend la main à celui qui lui ressemble, et au bout de trente ans l'escalier est fermé.
Cette clôture a besoin d'un entretien, et elle l'obtient à bon compte. Il n'est pas nécessaire d'interdire : il suffit que le coût d'entrée dans la conversation publique soit prohibitif pour qui ne parle pas la langue. Celui qui conteste vraiment n'est pas réfuté, il est reclassé — infréquentable, pas sérieux, dangereux. J'ai décrit ailleurs cette mécanique du bannissement français, qui ne juge pas ses cibles mais les présume. Je suppose que la plupart de ceux qui l'actionnent croient défendre la décence commune. C'est bien ce qui la rend imparable : une excommunication administrée par des gens de bonne foi ne rencontre jamais de contradicteur.
Ce que le blocage a coûté
Reste à savoir ce que trente ans de ce régime produisent, et ici il faut être précis, parce que la formule facile — la France s'appauvrit — se démonte en deux tweets. Le revenu réel des Français n'a pas baissé depuis 1995. Ce qui s'est passé est plus grave.
La France a cessé de s'enrichir, et elle a doublé sa dette pour ne pas s'en apercevoir.
Traduisons. Un pays qui double son ratio d'endettement sans accroître sa richesse par tête n'a pas investi : il a consommé son avenir pour financer son présent. Il a acheté trente ans de paix sociale avec l'argent de gens qui n'étaient pas nés. Ce n'est pas un appauvrissement, c'est un transfert — et il se trouve que les bénéficiaires votent aujourd'hui, tandis que les payeurs commencent tout juste à comprendre la facture.
Et les portes qu'on a fermées
Un pays bloqué économiquement pourrait encore se déprendre politiquement. Encore faudrait-il qu'il dispose d'une prise. Or on les a fermées, une à une, et toutes sont datées.
Le dernier référendum national remonte au 29 mai 2005. Vingt et un ans. Un électeur qui avait dix-huit ans ce jour-là en a trente-neuf et n'a plus jamais été consulté sur autre chose que sur des noms ; ceux qui ont eu dix-huit ans depuis ne l'ont jamais été du tout. On notera que le résultat de ce référendum-là fut contourné par voie parlementaire trois ans plus tard, ce qui explique peut-être qu'on n'en ait plus organisé.
Le référendum d'initiative partagée, créé en 2008 et présenté alors comme l'ouverture démocratique du quinquennat, n'a jamais abouti une seule fois en dix-huit ans. Seuil : un dixième du corps électoral, environ 4,8 millions de signatures en neuf mois. Meilleure tentative, sur les aéroports de Paris : 1 093 000. Un dispositif qui échoue systématiquement pendant dix-huit ans n'est pas exigeant. C'est une porte peinte sur un mur.
L'Assemblée a été dissoute en juin 2024 sans que le scrutin suivant produise de majorité. Et le 2 février 2026, le budget de la France est devenu loi sans qu'un seul vote ait porté sur son contenu : Sébastien Lecornu, qui s'était engagé à ne pas y recourir, a déclenché l'article 49.3 trois fois — le 20 janvier sur les recettes, le 23 sur les dépenses, le 30 après lecture au Sénat. Les deux dernières motions de censure ont été rejetées le 2 février, 260 voix sur les 289 nécessaires pour l'une, 135 pour l'autre. Les députés ont voté trois fois sur la survie du gouvernement et zéro fois sur le budget de la nation.
Rien de tout cela n'est illégal. C'est la Constitution qui fonctionne exactement comme elle a été écrite. Le problème n'est pas qu'on triche ; le problème est qu'on n'a même pas besoin de tricher.
Le dégagisme n'est pas une humeur. C'est ce qui reste quand on a fermé les autres portes.
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Voilà pour la généalogie de l'odeur. Elle serait trop confortable si l'on s'arrêtait là, car l'enquête contient aussi ce qui nous concerne.
84% des Français veulent une diminution de la dette publique, 80% une réduction du déficit, 79% une baisse des dépenses de l'État. Puis on descend vers les moyens. 25% acceptent un report de l'âge de départ à la retraite, 21% un allongement de la durée de cotisation, 59% souhaitent que les pensions augmentent. Côté recettes, aucun prélèvement testé ne réunit de majorité : l'impôt sur les bénéfices plafonne à quarante-six pour cent, la TVA recueille neuf pour cent d'adhésion, les carburants sept.
D'où trois chiffres qu'on ne lira jamais ensemble. 65% des Français jugent qu'il vaudrait mieux confier les décisions à des experts qu'à un gouvernement — dix-huit points de plus qu'en 2021. Soixante-cinq pour cent, le même chiffre, jugent que les décisions les plus importantes devraient être prises directement par le peuple — dix-neuf points de plus. Trente-neuf pour cent estiment qu'un homme fort affranchi du Parlement et des élections serait une bonne manière de gouverner.
Techniquement ces réponses s'excluent : le technocrate, le peuple souverain et l'homme fort ne gouvernent pas du tout de la même façon. Mais ce n'est pas la destination qui est choisie, c'est le départ. Dans les trois cas la décision quitte le représentant élu, et surtout celui qui répond au questionnaire.
Une seule des trois rapatrie la charge au lieu de l'alléger. C'est aussi la seule dont aucune campagne ne fera rien, parce qu'elle ne se transforme pas en bulletin : on peut se porter candidat à l'homme fort, on ne peut pas se porter candidat à la démocratie liquide, puisqu'elle consiste à ne plus avoir besoin de candidat. Aucune conspiration là-dedans, un conflit d'intérêts ordinaire — et il suffit.
Il existe une objection sérieuse à ce que je viens d'écrire, et Bristielle la formule lui-même : ce que les Français expriment n'est peut-être pas de l'incohérence mais une exigence d'efficacité — faites mieux avec ce que vous avez avant de me demander un effort. Vu ce que la Cour des comptes documente chaque année sans conséquence, elle est forte, et je la crois largement fondée. Elle couvre parfaitement les 79% qui veulent moins de dépense. Elle ne couvre pas les cinquante-neuf pour cent qui veulent des pensions plus élevées. On ne réclame pas moins de dépense publique et davantage du premier poste de dépense publique au nom de la bonne gestion.
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Trente ans de courte échelle, une dette qui double sans que la richesse par tête bouge, toutes les prises arrachées du mur, et une élite qui se renouvelle entre elle en toute bonne conscience : le dégagisme n'est pas une pathologie de l'électeur, c'est une réponse proportionnée. Ceux qui s'en effraient dans les colloques feraient bien de relire la liste des dates ci-dessus avant de diagnostiquer une crise de nerfs chez les autres.
Il faut pourtant dire la suite, et elle est désagréable. Dégager, c'est encore demander à quelqu'un de le faire. C'est le même geste que la procuration, en plus énervé. On chasse les uns pour appeler l'autre, et l'on croit reprendre la main alors qu'on change de mandataire — le pays a déjà fait ça en brumaire, en décembre 1851, en mai 1958, et chaque fois avec le sentiment très sincère de se ressaisir de son destin au moment précis où il le remettait.
Il y a d'ailleurs une raison de fond à cela, et elle nous ramène à nous. La caste n'est pas la cause de notre situation : elle en est le produit. Elle est ce qui a poussé dans l'espace que nous avons déserté, délégation après délégation, parce qu'il est reposant que quelqu'un d'autre s'occupe des choses sérieuses. On ne décapite pas un habitus. On peut renouveler le personnel de la capture autant qu'on veut : tant que la demande de mandataire demeure, l'offre se reconstituera dans les six mois, et les nouveaux venus apprendront la langue plus vite qu'on ne l'imagine.
Soixante et onze pour cent veulent un vrai changement. Personne, dans cette enquête, n'a été interrogé sur ce qu'il était prêt à y mettre de sa personne — reprendre une délégation, une seule, et la garder. Aucun institut ne posera jamais cette question, parce qu'elle ne se sonde pas. Elle se décide.
Nous ne voulons pas que la France change. Nous voulons qu'on nous la rende changée.
School year 2026-2027 kicked off in Greece with the traditional holy water blessing ceremony performed by a priest in front of pupils, students, teachers and parents. The new school season began today, Friday, September 11, not only in primary, middle and high schools but also in kindergartens. After the blessing ceremony, students are being informed […]