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« Axe arabo-hébreu-occidental »

15 September 2026 at 18:04
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Dans les médias officiels iraniens tout comme dans la rhétorique gouvernementale, cette expression désigne l'ennemi du moment, à savoir la coalition formée par de nombreux pays occidentaux, dont les États-Unis, Israël et plusieurs régimes arabes, notamment les signataires des accords Abraham (Émirats arabes unis, Bahreïn, Maroc et Soudan), qui normalisent leurs relations avec Tel-Aviv. Cette expression avait déjà cours durant la guerre contre l'Irak (1980-1988), Bagdad étant alors soutenu par Washington et les monarchies du Golfe.

Voir en ligne : /mav/209/A/69927

Les thuriféraires de la monarchie

15 September 2026 at 18:03

Depuis le mouvement « Femme, vie, liberté » de 2022, le fils de l'ancien chah s'appuie sur de nombreux relais médiatiques pour s'imposer comme la figure la plus crédible de l'opposition à la République islamique.

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Le message est largement relayé par des médias persanophones comme Iran International ou Manoto : M. Reza Pahlavi, fils de l'ancien monarque déchu, serait la meilleure solution pour tourner la page de la République islamique. Bénéficiant du soutien de plusieurs cercles politiques aux États-Unis, sa progression médiatique s'appuie aussi sur les réseaux sociaux. Une enquête de l'université de Toronto (1) a mis en évidence une opération d'influence numérique, probablement orchestrée par Israël, reposant sur de faux profils, des contenus générés par l'IA et des comptes automatisés.

En France, l'héritier bénéficie de l'entregent de son conseiller diplomatique, M. Alexandre Fatemi, grâce auquel il a multiplié les apparitions médiatiques (2). Interviewé sur TF1 (16 février 2026), il faisait la « une » de l'hebdomadaire Le Point dix jours plus tard. M. Jean-Baptiste Doat, ancien membre de l'équipe de M. Bruno Retailleau au ministère de l'intérieur, facilite aussi l'accès de M. Pahlavi aux médias. Le fils du chah dispose d'un réseau de partisans très actifs qui affichent aussi des positions favorables à Israël, hostiles à la gauche française, et revendiquent, à travers leurs prises de parole, une forme de représentation de l'ensemble de la diaspora iranienne. Emmanuel Razavi, journaliste franco-iranien spécialiste de la géopolitique du Proche-Orient, en est l'illustration : « La réalité, c'est qu'on [les Iraniens] est contre l'islamisme et contre le communautarisme, explique-t-il. On considère que l'Iran, débarrassé des mollahs, devrait être à nouveau allié à Israël. Donc on ne correspond pas du tout à l'image que l'extrême gauche véhicule sur les gens d'origine orientale, pour ne pas dire sur les musulmans » (Valeurs actuelles, 25 janvier 2026).

La sociologue franco-iranienne Mahnaz Shirali tient elle aussi un discours particulièrement critique envers la gauche française : « La situation iranienne sort des cases préétablies de la gauche française qui domine les médias. [Comme] les Iraniens sont antimusulmans, anti-islam et qu'ils brûlent les mosquées, ça ne plaît pas à la gauche mélenchoniste et à la gauche française, parce qu'ils sont devenus des pro-islamistes » (Sud Radio, 12 février 2026).

De son côté, Abnousse Shalmani, écrivaine et chroniqueuse au Point, aimerait « dire merci à Israël et aux États-Unis » pour avoir attaqué l'Iran (« 24 h de Pujadas », LCI, 2 mars 2026). Elle a surtout raconté son émotion à l'idée de rencontrer le fils du chah : « Lorsque j'ai su que j'allais rencontrer Reza Pahlavi, une émotion, à mes yeux irrationnelle, incontrôlable, a jailli » (Le Point, 25 février 2026).

Voir en ligne : /mav/209/LEVY/69943

(2) . Daniel Bernard et Pierre Gastineau, « Du Quai d'Orsay au' “20 heures'', la longue marche de Reza Pahlavi pour s'imposer à Paris », Intelligence Online, 16 février 2026.

Tous américains

10 September 2026 at 23:00

L'Amérique, c'est le monde. En deux propositions d'un enchaînement logique audacieux, le président George W. Bush a en effet expliqué : « Maintenant que la guerre nous a été déclarée, nous conduirons le monde à la victoire. » Le 11 septembre 2001, en tout cas, les Etats-Unis ont essuyé des pertes supérieures à celles causées par toutes leurs opérations militaires menées successivement depuis vingt ans contre la Grenade, la Libye, le Panama, l'Irak, la Somalie, Haïti, l'Afghanistan, le Soudan et la Yougoslavie. Un tel événement — et la destruction d'une aile du Pentagone — méritait peut-être mieux que le traitement médiatique presque exclusivement compassionnel auquel il a d'abord donné lieu.

Œil pour œil… Devant les décombres du World Trade Center, 67 % des Américains ont admis que l'éventualité de « plusieurs milliers de victimes civiles innocentes » causées par une riposte militaire n'apaiserait pas leur soif de revanche (1). Sans doute imaginent-ils que ces victimes-là se trouveront dans le camp de leur adversaire. Ce qui compte moins. Pour eux. Et donc pour nous, puisque « nous sommes tous américains ».

Ce genre de citoyenneté ne va pas sans contraintes. Après avoir réclamé la liberté de conduire une politique étrangère dictée par leurs seuls intérêts, les Etats-Unis exigent en effet, au moment de l'épreuve, une solidarité sans faille, l'alignement de leurs alliés. « La coopération dans l'effort de guerre, prévient le Washington Post, doit être une exigence absolue. Tout refus de coopérer (…) devrait définir un adversaire de l'Amérique et entraîner des conséquences sérieuses, économiques ou militaires  (2). »

« Sur toutes nos lèvres »

On coopéra. Le 18 septembre 2001, lors d'une de ces innombrables émissions, « spéciales » à force d'être vides, réalisées en direct de New York par France-Inter, le journaliste de service crut bon d'égrener presque chaque minute l'heure de la côte Est. Elle était vraisemblablement devenue la nôtre. Tous américains, nous vivions à New York et nous parlions tous anglais. « Les attaques, précisa The International Herald Tribune, ont remis en cause l'idée que les autres pays, en particulier en Europe, pouvaient avoir des systèmes de valeur et des niveaux de confort proches de ceux de l'Amérique tout en refusant de s'impliquer dans la confrontation entre les Etats-Unis et les forces terroristes qui narguent l'Occident (3). »

Interrogé par France-Inter, le réalisateur Michael Cimino n'avait rien à dire. Mais il le disait de Los Angeles, et en anglais. La politologue-journaliste Nicole Bacharand, éblouie par son babillage, lui donna la réplique : « Thank you, Michael, and remember this : we are all Americans (4). » Et puis, le 14 septembre, sur France-Musiques : « Bonjour à tous. Aujourd'hui à midi, nous serons tous américains en faisant, trois minutes durant, silence. (…) Huit cents millions d'Européens communieront peu ou prou dans la même attitude à la même heure, rejoignant en cela vos quotidiens qui, le premier choc passé, s'arrêtent un instant ce matin pour se recueillir et réfléchir. » « Réfléchir », le mot fut donc prononcé au moins une fois pendant ces journées-là.

Peut-être inspiré par le grand instant de recueillement européen, Jean d'Ormesson adressa deux jours plus tard, par l'entremise du Figaro, une « Lettre ouverte au président Bush ». Il lui écrivait : « Vous connaissez le cri qui est sur toutes nos lèvres : “Nous sommes tous des Américains.” » Mais, pour Le Journal du dimanche, il était dit qu'on n'en resterait pas là : « Si c'est l'Amérique qui est en deuil, ce sont toutes les démocraties qui sont frappées. Et en danger. En ce sens, oui, nous sommes tous des Américains. »

« Nous » ? « Tous » ? Sans indiquer au nom de quelle autorité ils le faisaient — celle de l'information ? -, nombre de commentateurs dominants se sont ainsi jugés habilités à « nous » prescrire des appartenances collectives, des minutes de silence, des cris sur nos lèvres. Au moment où un journaliste présumé trop impertinent se voyait, lui, imposer « non pas trois minutes, mais une semaine de silence (5) », la démocratie attaquée nous valut même une revue de presse involontairement éclairante : « Lisez Jean-Marie Colombani à la “une” du Monde. Lisez Serge July, de Libération, Michel Schifres dans Le Figaro. Lisez la chronique de Jacques Julliard, l'éditorial de Jean Daniel dans Le Nouvel Observateur. Celui de Claude Imbert dans Le Point ou de Denis Jeambar dans L'Express. Lisez ces dizaines de pages, ces centaines d'articles qui expliquent finalement tous la même chose (6). » Oui, la même chose. Mais alors pourquoi tout lire ?

Et l'Etat opéra son retour. Désormais les marchés le réclamaient. Car, ainsi que l'annonça un de leurs plus loyaux interprètes, « la seule réponse qu'attendent les milieux d'affaires, les milieux économiques, c'est évidemment une réponse politique très forte, parce que c'est le système capitaliste même qui a été touché en son cœur (7) ». Le 17 septembre, peut-être pour rassurer les actionnaires épouvantés et conforter notre patriotisme désormais délocalisé, on annonça, à tort, que la baisse des cours avait été enrayée à Wall Street. Le correspondant de France-Inter précisa aussitôt : « Il s'agit de ne pas offrir une deuxième victoire aux ennemis de l'Amérique (8). »

Puis on s'interrogea : dans quel chaudron intellectuel et politique avait pu bouillonner autant de haine et de détermination ? La réponse ne tarda pas : « Les primates vociférateurs et casseurs de l'antimondialisation, en déshérence de maoïsme, s'en prennent en réalité à l'Amérique, synonyme de capitalisme. Cette obsession aboutit à une véritable déresponsabilisation du monde (9). » Complaisamment cité par un quotidien du matin que ce filon-là allait beaucoup mobiliser, un « décideur » économique trop longtemps bâillonné libéra enfin sa plume : « En s'attaquant à un tel symbole (le World Trade Center), les terroristes rejoignent le discours des antimondialistes, dont la parole est devenue omniprésente (10). » Très présents en effet sur les ondes pendant l'été, les « antimondialistes » se voyaient désormais sommés de rendre gorge : qui sème le vent récolte la tempête, New York permettrait d'effacer Gênes. Un journaliste américain à Paris commit ces quelques lignes : « L'horreur de ces avions détournés qui s'écrasent sur ce symbole du World Trade Center souligne l'absurdité de cette violence déplacée contre la mondialisation et renforce la main des autorités qui doivent y faire face. Diaboliser de manière violente les Etats-Unis et les organisations du commerce mondial s'apparente à présent à une entreprise potentiellement meurtrière (11). » World Trade Center ne signifiait-il pas Centre du commerce mondial… ?

Les galeux et les pelés

Quand il apparut que, quelques jours avant l'attentat, Oussama Ben Laden avait peut-être spéculé de manière à profiter de la réaction prévisible des marchés à un événement dont il aurait eu connaissance avant les autres, nul n'eut l'idée sacrilège de mettre en cause le système capitaliste, les milliardaires et les délits d'initiés. Les galeux et les pelés avaient déjà été repérés ailleurs. Ainsi, interrogeant un dirigeant d'Attac-France sur les ondes d'Europe 1 (groupe Matra-Hachette-Lagardère), la journaliste-commissaire lui demanda : « Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui disent : qui vole un œuf, vole un bœuf ? Je traduis : qui arrache un pied de maïs transgénique est capable un jour — on ne sait pas — de poser une bombe ? » Effectivement, on ne sait jamais…

On sait cependant que la pudeur qui recommandait de ne pas faire son miel de la mort de milliers de civils new-yorkais ne fut pas longtemps de mise. Des industriels profitèrent de l'émotion générale pour annoncer, en catimini, de gigantesques « plans sociaux ». Et, le 17 septembre, M. Franz-Christoph Zeitler, membre du conseil de la Bundesbank, estima que, « dans cette situation difficile psychologiquement et économiquement, la priorité est de maintenir le bon fonctionnement et la liquidité des marchés financiers. La discussion sur une nouvelle taxation des marchés internationaux des capitaux, telle que la taxe Tobin, est extrêmement contre-productive ». Ne serait-elle pas même carrément criminelle ?

Voir en ligne : /2001/10/HALIMI/7965

(1) Sondage du New York Times, réalisé les 13 et 14 septembre 2001. La question posée était : « Les Etats-Unis doivent-ils prendre des mesures militaires contre les auteurs de l'attaque même si cela signifie que des milliers de civils innocents peuvent être tués ? »

(2) Editorial du Washington Post publié dans l'International Herald Tribune du 14 septembre 2001.

(3) John Vinocur, « The New World Order Is a Clash of Civilizations », International Herald Tribune, Paris, 13 septembre 2001. Hors Occident, et en particulier dans les pays du Sud, l'émotion causée par les événements fut moindre. Au Cameroun, par exemple, le journal Le Messager estima que « cet attentat-surprise a été à la mesure de l'arrogance avec laquelle le pays de George Bush tente aujourd'hui d'affirmer sur le monde une domination de mauvais aloi ».

(4) « Merci Michael, et souvenez-vous bien que nous sommes tous américains. »

(5) Daniel Mermet, comme il en fit lui-même la révélation sur France-Inter, le 17 septembre.

(6) France Info, 13 septembre 2001.

(7) Jean-Marc Sylvestre, TF1, 12 septembre 2001.

(8) Flash de 18 heures. Ce jour-là, Wall Street perdit 7,1 %.

(9) Jean-François Revel (de l'Académie française), « Pourquoi tant de haine ? », Le Point, 14 septembre 2001.

(10) Le Figaro Economie, 13 septembre 2001. Le site de l'Acrimed a réuni nombre de citations de ce type.

(11) John Vinocur, op. cit. Lire aussi « Terrorists Exploit Anti-Globalization », International Herald Tribune, 22-23 septembre 2001.

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