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Taïwan ou la grande bascule

27 September 2026 at 19:25
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M. Trump en visite à Pélin avec M. Xi en mai 2026
cc0 Daniel Torok

Le sommet qui a réuni les présidents américain et chinois lors de la visite de M. Xi Jinping aux États-Unis, du 23 au 25 septembre, invite à mesurer un renversement géopolitique – et à s'interroger sur un autre.

Au milieu des années 1980, la question de Taïwan ne figure pas au rang des priorités géopolitiques de la planète. Depuis 1979, Washington a établi des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine (RPC). La priorité est alors d'affaiblir l'Union soviétique en jouant des tensions qui l'opposent à la Chine. Dans le grand jeu planétaire, Taïwan ne représente qu'« un problème insignifiant », selon un document du Congrès américain daté de février 1982.

Le « problème insignifiant » d'hier se trouve désormais tout en haut de la liste des questions brûlantes qui opposent Washington et Pékin. Le statut de l'île offre depuis longtemps à Washington une marge de manœuvre : si le traité de San Francisco établit que le Japon « renonce » à Taïwan, il ne précise pas à qui elle doit revenir. Après l'effondrement du bloc soviétique, alors que la Chine apparaît comme un rival possible des États-Unis, cette ambiguïté prend une nouvelle valeur stratégique.

M. Xi aurait sans doute aimé acter un nouveau renversement, à l'occasion de sa visite officielle, en obtenant des États-Unis qu'ils « adhèrent à la position correcte consistant à s'opposer à “l'indépendance de Taïwan” » — ce qui aurait, de nouveau, renvoyé l'île au rang de question géopolitique « insignifiante ». Que M. Trump se soit gardé de répondre publiquement, à M. Xi comme aux journalistes, pourrait signifier qu'il compte toujours sur l'île comme atout de négociation.

Dans nos archives

Washington et Pékin jouent avec le feu

26 September 2026 at 23:00

Que cherchait Mme Nancy Pelosi, troisième personnage de l'État américain, en se rendant début août à Taipei ? Un simple coup de publicité ? Ou voulait-elle provoquer Pékin, obligeant M. Joseph Biden et son gouvernement à accélérer le changement de la politique historique des États-Unis ? Celle-ci combine la reconnaissance d'« une seule Chine » et une certaine protection de Taïwan.

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Chou Tai-chun. — « Détails triviaux dans l'incident », 2021
© Chou Tai-chun - www.choutaichun.com - Liang Gallery, Taipei

Bien avant que l'avion de la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi ne touche le sol taïwanais le 2 août dernier, les relations sino-américaines se trouvaient déjà dans une spirale négative. M. Joseph Biden et son gouvernement s'étaient attachés à tisser un réseau d'alliances hostiles pour encercler la Chine ; de son côté, Pékin multipliait les manœuvres militaires agressives en mer de Chine orientale et en mer de Chine méridionale. Il reste que leurs relations bilatérales ne s'étaient pas détériorées au point de rendre impossible tout dialogue de haut niveau sur le changement climatique ou sur d'autres questions vitales. Pour preuve, les présidents Biden et Xi Jinping ont discuté de ces sujets, lors de leur entretien par visioconférence, le 28 juillet.

En fait, la visite de Mme Pelosi a créé une nouvelle faille dans la relation entre les deux puissances, balayant toute perspective de coopération. Ne subsiste qu'une rivalité militaire exacerbée.

Depuis le rétablissement des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine (RPC) en 1978, sous l'administration de James Carter (1977-1981), les dirigeants américains ont toujours adhéré (au moins publiquement) au principe d'une « Chine unique », Taïwan et le continent constituant un seul pays bien que ne dépendant pas nécessairement d'une même entité politique. Ce que résume la célèbre formule adoptée un peu plus tard « Une Chine, deux systèmes ». Dans le même temps, avec le Taiwan Relations Act (TRA) voté par le Congrès en 1979, les États-Unis sont tenus de livrer des armes défensives à Taipei selon ses besoins et de considérer toute tentative chinoise de modifier le statut de l'île par la force comme un fait « extrêmement préoccupant » — une formulation connue pour son « ambiguïté stratégique », dans la mesure où elle ne dit pas clairement si Washington interviendrait ou pas.

Combinés, ces deux préceptes ont jusqu'ici contribué à garantir une forme de stabilité : en laissant supposer l'existence d'un lien intrinsèque entre Taïwan et le continent, le principe d'« une seule Chine » dissuade Pékin de toute tentative précipitée de s'emparer de l'île ; de son côté, l'« ambiguïté stratégique » laisse les Taïwanais comme les Chinois dans l'incertitude sur la réponse américaine en cas de déclaration d'indépendance des premiers ou de projet d'invasion des seconds. De quoi dissuader les uns et les autres de toute prise d'initiative irréfléchie (1).

Degré de tolérance abaissé

Même si les dirigeants américains assurent toujours adhérer à ces deux principes, les plus hauts responsables du gouvernement et du Congrès ont donné l'impression ces derniers mois qu'ils s'en étaient éloignés, au profit d'une politique suggérant l'existence de deux États : la Chine d'une part, Taïwan de l'autre (« one China, one Taïwan ») et en faveur d'une plus grande « clarté stratégique ». M. Biden lui-même y a contribué : interrogé sur Cable News Network (CNN) pour savoir si Washington défendrait Taïwan en cas d'attaque chinoise, il a répondu clairement. « Nous sommes tenus de le faire (2) », a-t-il déclaré, bien que ce ne soit pas la ligne officielle.

Le président comme d'autres dirigeants ont aussi suggéré un changement de politique, en cherchant à obtenir de leurs alliés dans la région — l'Australie, le Japon et la Corée du Sud — qu'ils s'engagent à assister les forces américaines, dans le cas où celles-ci seraient impliquées dans une guerre contre la Chine. De plus, le Congrès a encouragé ce processus en apportant un soutien bipartite aux livraisons d'armes à Taïwan, en y organisant à de nombreuses reprises des visites de délégations de niveau élevé et en projetant de modifier le TRA de 1979 pour en finir avec l'« ambiguïté stratégique », laquelle serait remplacée par un engagement ferme à aider l'île à se défendre (3). La Chine a observé ces développements avec un désarroi grandissant. Pour ses dirigeants — et particulièrement pour M. Xi, qui brigue un troisième mandat de cinq ans au poste suprême de premier secrétaire du Parti communiste et de président de la RPC —, la réunification s'est imposée comme l'objectif ultime de la politique gouvernementale, une condition sine qua non de la « renaissance » nationale (4). « Le peuple chinois, fort de plus de 1,4 milliard de personnes, est déterminé à défendre résolument la souveraineté de la Chine et son intégrité territoriale, a-t-il déclaré à M. Biden lors de leur échange du 28 juillet, selon le communiqué chinois. Nul ne peut s'opposer à la volonté du peuple, et quand on joue avec le feu, on finit par se brûler (5). »

Mme Pelosi savait parfaitement que sa visite ne pourrait conduire qu'à aggraver la situation. Les responsables du Pentagone comme ceux de la Maison Blanche l'ont avertie que l'effectuer à ce moment-là susciterait l'ire des dirigeants chinois et provoquerait d'une façon ou d'une autre une réaction cinglante de leur part. Elle a malgré tout fait le choix de se rendre à Taipei — tout en s'assurant d'attirer au maximum l'attention internationale en faisant planer le doute sur sa visite. On ne peut pas ne pas se dire qu'elle a fait le voyage avec la ferme intention de provoquer et d'accélérer le processus d'inflexion de la politique américaine vers la doctrine « la Chine d'une part, Taïwan de l'autre », avec tous les risques que cela comporte.

Si telle était son intention, son entreprise a largement été couronnée de succès. En dépit des efforts déployés par les responsables de la Maison Blanche pour assurer leurs homologues chinois de la séparation des pouvoirs au sein du système politique américain, Pékin a eu du mal à croire que Mme Pelosi ne représentait qu'elle-même — et non le gouvernement des États-Unis. Aux yeux des dirigeants chinois, cette visite n'est que l'aboutissement d'une campagne conjointe du Congrès et de la Maison Blanche pour répudier le principe d'une seule Chine, un premier pas vers la reconnaissance de Taïwan comme État indépendant. L'administration Biden a bien tenté de sauver la situation en soulignant avec insistance qu'« aucun changement » n'était intervenu dans sa politique, mais ces déclarations n'ont pas semblé convaincre.

Le 10 août, une semaine seulement après le voyage de Mme Pelosi, le Bureau d'information du Conseil des affaires d'État (gouvernement) a publié un nouveau Livre blanc sur « la question de Taïwan », réaffirmant la volonté de Pékin de réaliser la réunification de l'île par des moyens pacifiques, sans exclure le recours à des moyens militaires afin de briser toute résistance de la part des forces indépendantistes taïwanaises ou de leurs soutiens étrangers : « Nous sommes prêts à créer un vaste espace [de coopération] afin de parvenir à une réunification pacifique, mais ne céderons pas le moindre pouce de terrain aux activités sécessionnistes, quelle que soit la forme qu'elles puissent prendre, peut-on lire. La question de Taïwan est une affaire intérieure qui concerne les intérêts fondamentaux de la Chine (…), aucune ingérence extérieure ne sera tolérée (6). »

Les déclarations officielles ont été accompagnées de toute une série d'opérations militaires et diplomatiques, visant à démontrer que les dirigeants avaient abaissé leur degré de tolérance à l'égard des « ingérences extérieures » comme celle de Mme Pelosi. Ils ont haussé le niveau de préparation du pays en vue d'un éventuel blocus de l'île ou même de son invasion si celle-ci s'engageait plus loin dans la voie de l'indépendance. Plusieurs mesures préoccupantes reflètent cette nouvelle position.

• Le 4 août, l'Armée populaire de libération (APL) a tiré onze missiles balistiques DF-15 dans les eaux situées à l'est, au nord-est et au sud-est de Taïwan — ce qui laisse entrevoir son intention d'organiser un blocus en cas de crise ou de conflit. Cinq d'entre eux ont atterri dans la zone économique exclusive du Japon, signe que toute guerre liée à Taïwan pourrait s'étendre rapidement à l'archipel nippon, qui abrite de nombreuses bases militaires américaines (7).

• Le 6 août, des représentants du gouvernement chinois ont annoncé que le dialogue entre les responsables de l'APL et ceux de l'armée américaine visant à prévenir toute confrontation involontaire entre leurs forces navales et aériennes respectives était interrompu. Les discussions sur des questions aussi vitales que le changement climatique et la santé mondiale sont, quant à elles, suspendues (8).

• Le 7 août, plusieurs médias d'État chinois ont annoncé que l'APL mènerait désormais « régulièrement » des exercices militaires à l'est de la ligne médiane du détroit de Taïwan (côté taïwanais), alors que les forces chinoises avaient jusqu'ici principalement mené leurs opérations à l'ouest de cette ligne (côté chinois). De quoi accentuer la pression psychologique sur l'île, tout en se donnant la possibilité d'effectuer des simulations d'une invasion.

Toutes ces mesures ont été qualifiées d'« irresponsables » et de « provocatrices » par les Américains. « Nous ne devons pas prendre en otage la coopération sur des sujets d'intérêt mondial, au nom des divergences entre nos deux pays, a déclaré le secrétaire d'État Antony Blinken lors d'une conférence de presse, à Manille, le 6 août. Les autres [pays] attendent de nous, à juste titre, que nous continuions à travailler sur les questions qui touchent à l'existence et aux moyens de subsistance de leurs peuples tout comme des nôtres (9). »

Malheureusement, les propos de M. Blinken comportent une grande part de vérité. Mais il serait erroné de tenir Pékin pour seul responsable de l'impasse dans laquelle se trouve la relation entre les deux pays. Le secrétaire d'État lui-même a consacré la plus grande partie de l'année dernière à nouer des alliances pour tenter de contenir la montée en puissance de la Chine, et à adresser aux dirigeants chinois des ultimatums sur un large éventail de problèmes internes, tels que la persécution des Ouïgours du Xinjiang ou la répression politique à Hongkong — ultimatums auxquels ils ne pouvaient céder. Certes, M. Blinken a aussi appelé à une coopération accrue en matière de changement climatique, mais toujours dans un second temps. Du point de vue chinois, c'est Washington qui prend en otage les discussions sur les sujets à enjeu crucial pour la planète.

N'est-il pas temps de mettre fin à ce petit jeu consistant à rejeter sur l'autre la responsabilité de la situation, et de reprendre des discussions sur les mesures permettant de réduire le risque d'un conflit violent ? Les États-Unis devraient s'engager à ne plus faire transiter leurs navires de guerre par le détroit de Taïwan, et Pékin à ne pas en franchir la ligne médiane avec leurs forces militaires. S'il est impossible de revenir à l'ère de l'avant-visite de Mme Pelosi, tout doit être fait pour empêcher que cette nouvelle configuration ne dégénère en conflit armé.

Voir en ligne : /2022/09/KLARE/65064

(1) Lire Michael J. Green et Bonnie S. Glaser, « What is the US “one China” policy, and why does it matter ? », Centre d'études stratégiques et internationales, Washington, DC, 13 janvier 2017.

(2) John Ruwitch, « Would the US defend Taiwan if China invades ? Biden said yes. But it's complicated », National Public Radio (NPR), Washington, DC, 28 octobre 2021, www.npr.org

(3) Cf. Olivier Knox, « Senate looks to update and deepen US-Taiwan relationship », Washington Post, 1er août 2022.

(4) Lire Tanguy Lepesant, « Taïwan, pièce manquante du « rêve chinois » », Le Monde diplomatique, octobre 2021.

(5) « President Xi Jinping speaks with US president Joe Biden on the phone », ministère des affaires étrangères de la RPC, Pékin, 29 juillet 2022.

(6) « The Taiwan question and China's reunification in the new era », Bureau d'information du Conseil des affaires d'État, Pékin, août 2022.

(7) Sam LaGrone et Heather Mongilio, « 11 Chinese ballistic missiles fired near Taiwan, US embarks USS America from Japan », US Naval Institute News, Annapolis (États-Unis), 4 août 2022.

(8) Vincent Ni, « China halts US cooperation on range of issues after Pelosi's Taiwan visit », The Guardian, Londres, 6 août 2022.

(9) « Blinken : China should not hold global concerns “hostage” », Associated Press, 6 août 2022.

Los-Anjelesi

15 September 2026 at 18:04
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Désigne un membre de l'importante communauté iranienne (environ 500 000 personnes) installée à Los Angeles et dans ses environs. « Téhérangeles » est le mot-valise qui désigne cette diaspora (1), souvent aisée et majoritairement opposée au régime islamique même si ce dernier peut y compter des soutiens actifs. Pour nombre d'Iraniens, les « Los-Anjelesi » se distinguent par leur caractère « bling-bling » et leur goût prononcé pour le commerce et les affaires.

Voir en ligne : /mav/209/A/69925

(1) Lire Cédric Gouverneur, « “Téhérangeles'', terre d'exils iraniens », Le Monde diplomatique, septembre 2023.

Notche-ye Amrika

15 September 2026 at 18:04
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« Larbin de l'Amérique ». La formule est lapidaire et méprisante. La presse proche de l'aile dure du régime l'utilise parfois pour discréditer M. Reza Pahlavi, le fils du chah d'Iran et candidat au pouvoir à Téhéran en cas de chute de la République islamique. L'expression désigne aussi certains dignitaires du Golfe, notamment ceux de Bahreïn — île longtemps revendiquée par Téhéran —, jugés comme étant aux ordres de Washington.

Voir en ligne : /mav/209/A/69926

« Axe arabo-hébreu-occidental »

15 September 2026 at 18:04
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Dans les médias officiels iraniens tout comme dans la rhétorique gouvernementale, cette expression désigne l'ennemi du moment, à savoir la coalition formée par de nombreux pays occidentaux, dont les États-Unis, Israël et plusieurs régimes arabes, notamment les signataires des accords Abraham (Émirats arabes unis, Bahreïn, Maroc et Soudan), qui normalisent leurs relations avec Tel-Aviv. Cette expression avait déjà cours durant la guerre contre l'Irak (1980-1988), Bagdad étant alors soutenu par Washington et les monarchies du Golfe.

Voir en ligne : /mav/209/A/69927

Padafand

15 September 2026 at 18:04
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Terme qui signifie « défense » ou, par extension, « contre-attaque ». D'étymologie indo-européenne, ce mot fut très employé durant la guerre contre l'Irak (1980-1988) afin de décrire les mouvements du front, y compris lorsque les troupes iraniennes devaient céder quelques centaines de mètres — rarement plus — à leurs adversaires. Depuis l'attaque israélo-américaine, son usage est redevenu fréquent dans le discours officiel.

Voir en ligne : /mav/209/A/69954

Rodomontades et pirouettes

15 September 2026 at 18:03

Depuis les attaques lancées le 28 février, les propos du président des États-Unis n'aident guère à comprendre l'état du conflit et des négociations, tant ses revirements donnent le tournis. La presse américaine a dénombré des dizaines de volte-face, dont voici un florilège :

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« Nous gagnons la guerre haut la main. Nous avons décimé tout leur empire du mal. » Propos aux journalistes à bord de l'avion présidentiel Air Force One, 7 mars 2026.

« Je pense que la guerre est pratiquement terminée. » « Ils ont tiré tout ce qu'ils avaient à tirer, et ils feraient mieux de ne pas tenter de coup fourré, sinon ce sera la fin de ce pays. » CBS, 9 mars.

« C'est une excursion qui nous préserve de la guerre. » Réponse à des journalistes dans l'Ohio, 11 mars.

« Si l'Iran ne rouvre pas complètement le détroit d'Ormuz, sans menace, dans les quarante-huit heures suivant précisément cet instant, les États-Unis d'Amérique frapperont et anéantiront leurs diverses centrales électriques en commençant par la plus grande ! » Truth Social, 22 mars.

« J'ai le plaisir d'annoncer que les États-Unis d'Amérique et l'Iran ont eu dans les deux derniers jours des conversations très fructueuses et productives concernant une résolution complète de nos différends au Proche-Orient. (…) J'ai donné pour instruction au ministère de la guerre de reporter toute frappe militaire contre les centrales électriques et les infrastructures énergétiques iraniennes pour une durée de cinq jours. » Truth Social, 23 mars.

« Une civilisation entière va mourir ce soir pour ne plus jamais renaître. » Truth Social, 7 avril.

« À la suite d'entretiens avec le premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif et le maréchal Asim Munir (…) et sous réserve que la République islamique d'Iran accepte l'ouverture complète, immédiate et sécurisée du détroit d'Ormuz, je consens à suspendre les bombardements et toute attaque contre l'Iran pour une durée de deux semaines. » Truth Social, 8 avril.

« Le détroit d'Ormuz est entièrement ouvert et opérationnel pour le trafic, mais le blocus naval restera en vigueur envers l'Iran uniquement, jusqu'à ce que notre transaction avec ce pays soit finalisée à 100 %. Ce processus devrait être très rapide, dans la mesure où la plupart des points ont déjà été négociés. » Truth Social, 17 avril.

« Ils étaient gentils à gérer. C'étaient des gens forts, des gens intelligents. Mais ils ne sont pas radicalisés, et ils cherchent, vous savez, à aider leur pays. » Lors du G7 à Évian, 16 juin.

« T'es complètement cinglé. Tu serais en prison sans moi. Je te sauve la mise. Tout le monde te déteste maintenant. Tout le monde déteste Israël à cause de ça. » Échange avec le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou rapporté par un officiel américain à Axios, 1er juin.

« C'est pour eux une dernière chance de signer un bon document. » PBS, 3 août.

« Si Oman [allié des États-Unis depuis un traité de 1833] se met en travers de notre chemin, on les bombarde jusqu'à les réduire en miettes. » Entretien avec Fox News, 17 août.

Déclarations compilées par Éléonore Guillemin-Baulny et Emma Lévy.

Voir en ligne : /mav/209/A/69941

Une folle guerre, asymétrique et intermittente

Avec l'agression militaire du 13 juin 2025, relancée le 28 février 2026 par Israël et les États-Unis, éclot une guerre restée larvée depuis 1979. La tournure insolite que prend le conflit au fil des mois nécessiterait d'ouvrir un nouveau chapitre dans les ouvrages de polémologie. Amateurisme viriliste d'un côté, art de la dissimulation et de la survie de l'autre, les évidences ne dispensent pas d'identifier les impasses.

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Hossein Norouzian ////
Trois livres sont représentés sur l'affiche : en arrière-plan se trouvent le Coran avec la couverture bleue et la Constitution, tandis qu'au premier plan le « Livre de la liberté » est entre les mains d'une personne portant une épingle à nourrice, symbole de la pauvreté du peuple. En bas sont reproduits des slogans révolutionnaires tagués à la craie ou à la bombe sur les murs de Téhéran. De haut en bas : « Mort à Bakhtyâr, laquais inféodé », « Vive les moudjahidins de l'armée de l'air », « Technicien de l'aviation, tu es la lumière de nos yeux », « Mort au sionisme » figurant près d'une étoile de David, « Fruit de l'impérialisme » attaché au drapeau des États-Unis et enfin « Mort au chah » pour lequel le mot « roi » est écrit à l'envers afin de montrer qu'il est déchu, 1978. © Hossein Norouzian

De « triomphe » en « triomphe », l'Amérique s'enlise une nouvelle fois au Proche-Orient. Toute escarmouche dans la région prenant une dimension géopolitique majeure — compte tenu des réserves d'hydrocarbures qu'elle recèle —, les combats intermittents et le blocage du détroit d'Ormuz entraînent une tempête dans l'économie mondiale. Et la circonspection dans le restant du monde.

La supériorité militaire apporte rarement de bons conseils. L'ivresse de la force, doublée d'une vanité hors du commun, a conduit le président Donald Trump à s'affranchir de toute expertise non martiale, à ignorer les leçons de l'histoire contemporaine qu'il prétendait naguère enseigner et à oublier la géographie. Le 24 août 2026, quatorze mois après avoir lancé ses premiers bombardiers pour détruire les installations nucléaires iraniennes, il avouait à sa manière la déroute : retour à la politique de sanctions économiques pratiquées depuis la révolution islamique de 1979… Le secrétaire au Trésor Scott Bessent menaçait même de sanctions secondaires les partenaires commerciaux de Téhéran.

M. Trump doit se fâcher contre son complice israélien, qui continue de bombarder le Liban à sa guise et fait détruire les habitations au sud du fleuve Litani

Déjà, la « guerre des douze jours » — du 13 au 24 juin 2025 — laissait beaucoup de questions sans réponse. Le programme d'enrichissement d'uranium était-il vraiment proche de déboucher sur une capacité à produire une bombe nucléaire, comme le serine M. Benyamin Netanyahou depuis… déjà trois décennies ? Les destructions y mettaient-elles vraiment fin ? La structure du pouvoir était-elle ébranlée au point de rendre possible un renversement ? Des échanges de bombes, de missiles et de drones remplaçaient-ils des combats et des conquêtes au sol ?

L'épisode a probablement conforté le premier ministre israélien dans sa conviction qu'il pouvait mener le président des États-Unis par le bout du nez (lire « Quand Israël entraîne les États-Unis »). L'explication fournie par le secrétaire d'État (ministre des affaires étrangères) pour justifier les bombardements « préventifs » lancés à partir du 28 février attestait le malaise : « Nous savions qu'une action israélienne allait avoir lieu, nous savions qu'elle déclencherait une attaque contre les forces américaines et nous savions que, si nous ne frappions pas de manière préventive avant le lancement de ces attaques, nous subirions davantage de pertes », avouait sans fard M. Marco Rubio le 2 mars (1).

L'Iran peut compliquer le trafic maritime

Téhéran n'avait les moyens d'intercepter ni les avions ni les missiles, ni même semble-t-il de déjouer les attaques ciblées contre les plus hauts responsables civils et militaires, et principalement le Guide suprême Ali Khamenei, tué par des bombes israéliennes dès le 28 février. Toutefois, comme le sait tout étudiant de première année en science politique, l'Iran peut sérieusement compliquer le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz… Tirant les leçons de la guerre des villes contre l'Irak dans les années 1980, Téhéran a développé un programme balistique robuste, disséminé et non négociable, dont il a tiré le meilleur parti.

L'inversion du rapport du fort au faible fut telle qu'aucune monarchie du Golfe n'osa utiliser aux côtés de l'allié américain son arsenal offensif, pourtant pléthorique et acquis chèrement auprès des Occidentaux. Quant aux moyens défensifs, et notamment les missiles américains Patriot, ils s'avèrent extrêmement coûteux et longs à fabriquer quand le voisin produit des drones légers par milliers. L'Iran a concentré ses attaques sur Israël et les bases américaines de la région. Mais ses militaires ont aussi fait comprendre que tout dérapage important visant les installations vitales (centrale électrique, raffinerie, usine de désalinisation, centrale nucléaire civile) ferait l'objet de rétorsions immédiates sur l'autre rive du Golfe, démontrant l'extrême fragilité de cette vie artificielle de gratte-ciel et de centre commerciaux construits au milieu du désert.

Le 8 avril, les deux camps acceptent un cessez-le-feu. M. Trump doit se fâcher contre son complice israélien, qui continue de bombarder le Liban à sa guise et fait détruire les habitations au sud du fleuve Litani, complétant la liste de crimes de guerre qui lui sont imputables. Les États-Unis, eux, n'ont atteint aucun des objectifs égrénés au fil des mois : Téhéran menace tout navire qui ne suit pas ses consignes ; la défense de la nation en danger consolide le pouvoir en place ; l'uranium enrichi à 60 % reste en Iran ; ses capacités balistiques paraissent peu touchées ; la prolifération nucléaire semble encouragée, et le pétrole est redevenu une arme de dissuasion. Enfin, à l'échelle régionale, houthistes, Hamas et Hezbollah demeurent aux commandes dans les zones qu'ils contrôlent. Commence alors une phase — inachevée — de « ni paix ni guerre » faite d'attaques sporadiques et de répliques immédiates entre deux annonces de progrès dans les négociations (lire ci-contre).

Celles-ci aboutissent le 17 juin au protocole d'accord d'Islamabad en quatorze points, signé électroniquement comme un vulgaire document immobilier par M. Trump depuis Versailles et par le président iranien Massoud Pezechkian depuis Téhéran. Très vite, même les élus républicains dénoncent une situation moins favorable qu'avant la guerre. La presse israélienne va jusqu'à évoquer une « capitulation » américaine. Le bilan humain provisoire serait de 3 400 morts en Iran à cette date (2) — sans compter les milliers de blessés —, de plus de 4 383 morts entre 2023 et juillet 2026 au Liban (3), de quelques dizaines chez leurs voisins arabes.

Israël reconnaît une soixantaine de morts après les attaques iraniennes ou du Hezbollah (4), mais censure toute information sur les dégâts matériels. L'« État juif », tel qu'il se proclame, s'est montré toujours plus fort, capable d'intervenir dans sept pays (5), mais aussi plus seul et illégitime que jamais. Les États-Unis déplorent la perte de seulement dix-huit soldats, mais le crédit de la première puissance militaire mondiale s'est fortement dégradé. Les bases américaines semblent poser plus de problèmes de sécurité qu'apporter des solutions aux pays qui les accueillent. Le marché de l'énergie reste sous tension permanente, avec des hauts et des bas rythmés par les fanfaronnades du président américain, pour le plus grand profit des spéculateurs.

Un tel fiasco stratégique, diplomatique et économique conduit certains à évoquer une victoire des dirigeants iraniens. Ce serait oublier l'affaissement du pays et les ressorts intérieurs de leur maintien au pouvoir, pas si loin de ceux du président des États-Unis dans sa politique extérieure : rodomontades, verrouillage idéologique et logique de force pure. Les conservateurs de tout poil ont plus vocation à se faire la guerre qu'à s'unir.

Le sursaut national provoqué par l'agression n'efface pas la répression des dernières années. Le système de pouvoir a, certes, prouvé sa robustesse. Et permis l'émergence d'habiles négociateurs, capables d'ouverture politique, comme le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf ou le président de la République Pezechkian (voir le schéma page 37). Mais l'assassinat de Khamenei semble avoir renforcé autour de son fils — et successeur invisible — Mojtaba le poids des plus intransigeants envers leur peuple. Soit qu'ils appartiennent à une gérontocratie qui rappelle les derniers temps de l'ex-URSS — le président de l'Assemblée des experts a 95 ans, celui du Conseil des gardiens de la Constitution a 99 ans —, soit qu'ils doivent leur ascension à une fidélité sans faille à l'appareil d'État de la République islamique, comme le nouveau secrétaire du Conseil supérieur de la sécurité nationale, M. Mohsen Rezaï, qui commanda le Corps des gardiens de la révolution de 1981 à 1997 avant d'occuper plusieurs postes de haut rang.

Le Proche-Orient est paralysé. Ses habitants guettent le moindre accrochage comme chaque promesse des médiateurs. La Chine et la Russie savonnent la planche de M. Trump et ne goûtent guère les menaces de sanctions économiques secondaires. L'Europe se tait, quand elle ne se soumet pas au « grand frère ». Les citoyens du monde hésitent entre humour noir, colère et désespoir.

L'épisode a conforté le premier ministre israélien dans sa conviction qu'il pouvait mener le président des États-Unis par le bout du nez
Voir en ligne : /mav/209/DESCAMPS/69942

(1) « Secretary of State Marco Rubio remarks to press », département d'État américain, 2 mars 2026.

(2) « Islamic Republic of Iran : Humanitarian Update No. 06 », Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), 30 juin 2026.

(3) Sources : Ministère de la santé publique (Liban), et Organisation mondiale de la santé (OMS), « Health Brief », (PDF), 26 juillet.

(4) Christine Jeavans et Matt Murphy, « Thousands killed in US-Israeli war on Iran — but experts say true total may never be known », BBC, 19 juin 2026.

(5) Irak, Iran, Liban, Qatar, Syrie, Tunisie et Yémen, sans oublier la campagne génocidaire à Gaza et des opérations militaires en Cisjordanie.

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