How proposed cuts to this major national health survey could disadvantage Americans with disabilities



Des sirènes hurlantes, des embouteillages monstres étendus sur des kilomètres, des forces de l'ordre déployées dans les rues pour dissuader émeutes, manifestations et pillages tandis que quatorze millions d'habitants évacuent Téhéran et sa banlieue. Ces scènes dignes d'un film dystopique auraient pu avoir lieu. Ce n'est pas la menace du président américain Donald Trump de faire disparaître la civilisation iranienne en une nuit (lire « Une journée comme une autre ») qui en aurait été la cause, mais un ordre des autorités de la République islamique. En novembre 2025, les pluies d'automne ne sont pas au rendez-vous. L'Iran connaît la pire sécheresse depuis un siècle. Les cinq barrages qui approvisionnent la capitale sont presque à sec et les coupures d'eau sont quotidiennes, surtout la nuit. La tension est identique dans la ville de Machhad (nord-est), que quatre barrages environnants sont bien en peine d'alimenter. Le président Massoud Pezechkian met alors en garde ses compatriotes. Si la situation ne s'améliore pas, il faudra évacuer la mégapole et ses environs (1). Pour le long terme, il évoque même un possible transfert définitif de la capitale surpeuplée vers la région de Makran, près du détroit d'Ormuz. Un projet jugé irréalisable par nombre d'experts mais dont l'évocation frappe tout de même les esprits, tant elle conforte l'idée d'un choc environnemental majeur à venir.
Des villages entiers sont privés d'eau potable, l'exode rural s'aggrave, les équilibres sociaux et territoriaux sont bouleversés
La hausse, toute relative, de la pluviométrie au premier semestre 2026 a conjuré le scénario de l'évacuation forcée, mais le problème de fond demeure. Trente-cinq millions d'Iraniens sont confrontés quotidiennement à la pénurie d'eau. Les réserves totales ont diminué de 211 kilomètres cubes entre 2003 et 2019 — l'équivalent de deux années de consommation nationale —, tandis que le niveau moyen des nappes souterraines a fortement baissé (2). Dans certaines régions, notamment dans l'Est et dans le Sud, l'eau potable n'est accessible aux habitants que via des camions-citernes payants, ce qui provoque de longues files d'attente. Une centaine de zones humides ont disparu, et l'assèchement des rivières contribue à l'aggravation des tempêtes de poussière qui sévissent à partir du printemps.
Contrairement au discours officiel, la sécheresse et le réchauffement climatique, présentés comme une fatalité, ne sont pas les seuls responsables de cette crise. C'est aussi, et avant tout, une affaire de mauvaise gestion et de politiques environnementales erratiques depuis les années 1970. « La pénurie d'eau en Iran, particulièrement à Téhéran, n'est pas un phénomène passager ou le résultat d'une seule année de sécheresse, écrit ainsi le très critique quotidien économique de Téhéran Jahan-e Sanat. C'est le signe d'un déséquilibre profond et structurel du système national d'approvisionnement et de consommation » (17 février 2026).
Autrement dit, l'Iran manque d'une politique centralisée et cohérente de l'eau qui arbitrerait entre les besoins. Les efforts consentis en faveur de l'agriculture — laquelle représente 90 % de la consommation des ressources hydriques — sont pointés du doigt. Afin de procurer des revenus décents aux populations rurales, mais aussi pour garantir la sécurité alimentaire d'un pays exposé aux sanctions internationales, les autorités ont multiplié les mesures pour doper la production agricole. Des dizaines de barrages et de retenues plus modestes ont été construits un peu partout, le plus souvent sans planification ni études préalables, déplaçant des populations et affectant les écosystèmes. Faute d'entretien, nombre de ces structures sont délabrées ou connaissent des taux d'envasement élevés. Le gouvernement est tout aussi incapable de contrôler la consommation d'eau des sites industriels, surtout quand ils sont liés à des dignitaires du régime ou à la galaxie interlope des gardiens de la révolution.
Dans le même temps, les forages illégaux se multiplient et contribuent à la diminution des ressources. Un comble quand on sait que l'Iran s'enorgueillit de techniques plurimillénaires de gestion rationnelle de l'eau souterraine — tels les fameux qanat ou galeries. La corruption et le népotisme endémiques ont ainsi engendré des passe-droits qui génèrent le gaspillage et des inégalités d'accès. Tout le contraire de la traditionnelle « justice de l'eau » garantissant sa répartition équitable.
« Des groupes paraétatiques et paramilitaires contrôlent les ressources naturelles, notamment l'eau, à travers la construction et la gestion de barrages », confirme la chercheuse Dorna Javan (3). Tout cela a un coût. Des villages entiers sont privés d'eau potable, l'exode rural s'aggrave, et ce sont les équilibres sociaux et territoriaux qui sont bouleversés.
Jusqu'à présent, le régime a minimisé, pour ne pas dire nié, l'importance des problèmes écologiques. La recherche sur ces thèmes est entravée, comme l'a montré la répression subie par les personnes qui ont lancé l'alerte, il y a plus de dix ans, concernant le brutal assèchement d'Ourmia, qui fut le plus grand lac du Proche-Orient et qui a quasiment disparu. Mais la réalité risque fort de rattraper un pouvoir de plus en plus contesté. On le sait, l'absence de libertés individuelles et politiques, la corruption, la crise économique, l'effondrement de la monnaie, les sanctions internationales et les attaques américano-israéliennes sont autant de dangers pour la pérennité du régime islamique. Mais, avec la crise de l'eau, c'est l'avenir d'un pays et de son peuple qui se joue.
(1) Agence France-Presse (AFP), 22 novembre 2025.
(2) Peyman Saemian, Mohammad Tourian, Amir AghaKouchak, Kaveh Madani et Nico Sneuuw, « How much water did Iran lose over the last two decades ? », Journal of Hydrology : Regional Studies, vol. 41, Amsterdam, juin 2022.
(3) « Dorna Javan : En Iran, les crises environnementales agissent comme un puissant accélérateur du mécontentement social », entretien accordé à Eva Sammadar, Reporterre, 21 janvier 2026.
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