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La jeune fille et le pilote

By: H. T.
15 September 2026 at 18:04
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En fin d'après-midi, trois amis passent me prendre pour aller dans un centre commercial. Ce 9 janvier, le froid est bien installé sur Ispahan. Les nuits deviennent glaciales. Le réseau téléphonique et Internet fonctionnent mal, mais cela ne nous inquiète pas particulièrement. Ce genre de perturbation n'est pas rare près de notre base militaire.

Dans le parking du centre commercial, alors que nous approchons de notre voiture, un bruit étrange attire mon attention : un gémissement étouffé. Derrière un véhicule se trouve une jeune fille d'à peine 16 ou 17 ans, adossée au mur. La douleur déforme son visage. Ses cheveux sont en désordre et ses yeux injectés de sang. Les taches qui couvrent son manteau noir donnent l'impression qu'elle a reçu un seau de peinture. Ses gémissements sont presque insoutenables.

Je m'approche :

— Ma sœur, qu'est-ce qui t'arrive ? Es-tu blessée ? Laisse-moi appeler quelqu'un pour t'aider.

Elle me supplie :

— Non… Ne dites rien… Ils vont me prendre…

Mes amis nous rejoignent. L'un d'eux me regarde :

— Tu ne sais pas ? Il y a eu des manifestations aujourd'hui.

La jeune fille raconte avec difficulté que les forces de sécurité l'ont visée avec des fusils projetant des billes de peinture, afin d'identifier ultérieurement les manifestants. Elle est persuadée qu'on la recherche.

Mon ami refuse qu'on la ramène chez elle.

— Nous sommes militaires. C'est ma voiture. S'ils nous arrêtent, on est finis.

Quand elle comprend que nous sommes militaires, sa peur devient encore plus visible. Son visage pâlit. Elle remonte le bas de son pantalon pour nous montrer les impacts de plombs et de projectiles sur sa jambe.

— J'ai eu tort… Je ne recommencerai plus… Je vous en prie…

Mes amis veulent partir au plus vite. Ils ont raison. Chaque minute accroît le danger. Ils montent dans la voiture et m'appellent.

Elle refuse qu'on lui commande un taxi.

— Il me livrera aux autorités.

Puis elle me regarde.

— Va-t'en, mon frère. Merci pour tout.

Son accent d'Ispahan me brise le cœur.

En la laissant seule, j'abandonnerai non seulement une gamine blessée et terrifiée, mais aussi une part de mon pays. J'ai prêté serment de défendre tous les Iraniens.

Je lui donne mon manteau et je jette le sien à la poubelle. Puis nous sortons du centre commercial. Je lui achète un foulard et nous commençons à marcher. La ville a changé de visage. Partout, des forces de l'ordre occupent la rue. Je transpire malgré le froid. À chaque contrôle, j'essaie de paraître naturel. Je salue les agents. Une fois, je leur explique même que je suis militaire. Ils nous laissent passer.

Nous traversons plusieurs rues, plusieurs carrefours avant qu'elle me demande de la laisser.

— Ma maison est au bout de la rue, me dit-elle.

Elle disparaît dans l'obscurité. J'attends une heure qu'elle me ramène mon manteau. Le froid devient insupportable. Les tirs résonnent dans la ville. Pendant un moment, je suis froissé qu'elle ne revienne pas. Puis je comprends. Peut-être qu'à sa place, moi non plus je n'aurais pas fait confiance à un militaire.

Je commande une voiture pour rentrer à la base. Je sens encore les gaz lacrymogènes flotter dans les rues. L'air brûle mes yeux. En chemin, j'entends la foule scander : « Armée sans honneur ! Armée sans honneur ! »

Voir en ligne : /mav/209/H__T__/69929

Pasdar

15 September 2026 at 18:04
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Membre des gardiens de la révolution islamique (pasdarans), une force militaire créée après la révolution de 1979 pour protéger les nouvelles institutions contre les agressions extérieures ou l'opposition interne. Distincte de l'armée régulière iranienne, cette structure tentaculaire exerce une influence importante dans la politique, la sécurité et l'économie du pays.

Voir en ligne : /mav/209/A/69933
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