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Mouvement lycéen : comment le parti de l'ordre a perdu la bataille mondiale de l'image

9 October 2026 at 18:42

Par Renaud Jacobs

Un CRS de trois mètres de haut. Un maire en costume gris qui écarte les bras devant lui : « Laissez ces jeunes tranquille. » Un lycéen à capuche qui saute un mur sous le nez d'un policier : « Trop facile ! » Puis un carton, « Au même moment dans Paris », et quatre hommes en costume sombre dans un salon doré. L'un d'eux ressemble trait pour trait au président de la République. Il lâche : « Débrouillez-vous. »

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C'est une vidéo de deux minutes dix-huit, publiée sur X par le compte @LesRorschach, dessinée dans le style des mangas japonais. Elle se termine sur un dernier carton : « Prochain épisode : Les spores de la mort. »

Les images des manifestations qui touchent la France ont été adaptées en manga et font des millions de vues sur les réseaux.
Attendez de voir la suite...😨

Crédit : Madara9314 sur TikTok pic.twitter.com/QuSpda0ntm

— The Rorschach's Chronicles (@LesRorschach) October 8, 2026
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D'où vient la scène

Le maire en costume gris, c'est Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, et le dessin animé reprend une scène réelle. Le mardi 6 octobre, dans le cortège lycéen parisien, il s'est placé entre les manifestants et les forces de l'ordre en criant : « Arrêtez ! Reculez ! Arrêtez de pousser ! » En deux jours, une douzaine de rédactions étrangères ont diffusé les images : la BBC, y compris dans sa version en chinois, CNN, Al Jazeera, El Mundo, La Stampa, G1 au Brésil, Al-Arabiya.

Une semaine plus tôt, le même élu était au centre d'une autre histoire. Le 29 septembre, il avait déclaré sur BFM que « la violence, à un moment donné, peut être légitime », en ajoutant qu'il valait mieux l'éviter quand c'était possible. Le lendemain, le préfet de police annonçait avoir saisi le procureur de Bobigny pour « provocation à commettre un délit ».

Ma lecture est simple. Le camp de l'ordre a voulu que l'histoire soit celle d'une phrase, et il l'a portée devant un juge. Le reste du monde a retenu une image. Et quelques jours plus tard, cette image était devenue un feuilleton.

Première observation : ce dessin animé n'a presque rien coûté

Cette vidéo porte toutes les marques d'une production par intelligence artificielle générative, c'est-à-dire par un logiciel qui fabrique des images à partir d'une simple description écrite. Le style est parfaitement homogène d'un plan à l'autre, les décors parisiens sont génériques, et un sous-titre laisse passer une coquille qu'aucun studio n'aurait gardée : « Pefect Plano », pour perfect plan. Je ne peux pas le prouver, et je le signale comme tel. Mais tout l'indique.

Il y a cinq ans, deux minutes d'animation de cette qualité demandaient une équipe et des semaines. Aujourd'hui, elles demandent un abonnement et une soirée. C'est le point technique que les communicants n'ont pas encore intégré : l'image n'est plus seulement captée par des téléphones dans la rue. Elle est fabriquée, à la demande, par n'importe qui.

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Deuxième observation : la fiction écrit la suite que personne n'a écrite

Regardez ce que raconte le dessin animé, au-delà de la scène du 6 octobre. Il invente des héros : une petite bande de lycéens en sweat à capuche et en salopette. Il invente des méchants : « L'État », quatre hommes dans un palais, dont l'un dit « nous donnent du fil à retordre » et l'autre « débrouillez-vous ». Et il relie les blocages à la suite du calendrier : « Le 17 octobre arrive bientôt. Et les gilets jaunes aussi. » Une dernière scène montre des hommes en gilet jaune : « C'est bientôt l'heure. Soyez prêts les amis. »

Aucun syndicat lycéen, aucun parti n'a écrit ce récit dans un texte officiel. C'est une fiction qui le propose, sous forme d'épisodes, avec un prochain épisode annoncé. Pour un adolescent qui la regarde entre deux cours, c'est peut-être la seule version des événements qu'il retiendra.

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Troisième observation : en face, des documents

Le camp de l'ordre, lui, s'est battu avec des textes. Un signalement au procureur. Un communiqué de préfecture. Ils peuvent être solides en droit. Ils sont invisibles pour qui ne lit pas les communiqués de préfecture, c'est-à-dire pour presque tous les lycéens et pour le monde entier.

L'objection est sérieuse, et je la prends. Ce dessin animé est une fiction : il ne prouve rien, il caricature, et la scène réelle elle-même, quinze secondes de vidéo, ne montre pas ce qui s'est passé avant. C'est un point de méthode que je fais vérifier à ceux à qui j'apprends à lire une source : une image prouve ce qu'elle cadre, rien de plus. Seulement, avoir raison sur le contexte ne sert à rien quand le contexte ne circule pas. Et les outils qui ont produit ce feuilleton sont à la disposition de tout le monde, y compris de ceux qui voudraient raconter l'autre version. Personne ne l'a fait.

Le 30 septembre, une lettre au procureur de Bobigny. Le 6 octobre, quinze secondes de vidéo, reprises dans le monde entier. Quelques jours plus tard, deux minutes dix-huit de dessin animé, et un carton : « Prochain épisode ».

L'humeur de Veerle Daens : même les subventionnés n'en peuvent plus de Brigitte et Emmanuel

9 October 2026 at 15:32

Une pancarte passe deux fois derrière un présentateur. Personne ne donne d'ordre. Deux jours plus tard, toutes les équipes de la rédaction nationale de France 2 sont priées de surveiller les mots insultants. Mes chers libertariens de l'Absurdistan, voilà comment on tient une antenne publique sans jamais rien ordonner.

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Reprenons. Mardi 6 octobre, 13 Heures de France 2. Derrière Julian Bugier défilent les images de la manifestation lycéenne. Une pancarte vise Brigitte Macron et joue, grossièrement, sur le fait qu'elle fut la professeure de son mari. Je ne la recopie pas. Vous n'y perdez rien, et ce n'est pas le sujet.

Le sujet, c'est la suite. Mercredi, pas d'excuses à l'antenne. Et selon Le Parisien, le président n'a pas aimé, et il l'a fait savoir à la direction de France Télévisions.

Qui parle ? Un proche. L'Élysée n'a rien déclaré. Emmanuel Macron n'a rien déclaré. Le proche, lui, résume : « Évidemment que ça ne lui a pas fait plaisir. » Évidemment.

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Une consigne sans auteur

Regardez maintenant la maison se mettre en ordre toute seule.

Le médiateur de France Télévisions trouve l'image fugace, mais juge qu'elle n'aurait pas dû se retrouver à l'écran. Le directeur de la rédaction nationale, Julien Duperray, plaide sa bonne foi : « Nous ne sommes pas responsables de ce qui est écrit sur des pancartes de manifestants. » C'est exact. Puis il concède que l'usage de l'image aurait dû être maîtrisé. Et la direction rappelle à toutes les équipes de veiller aux mots potentiellement insultants.

Amis libertariens, comptons. Un agacement rapporté par un anonyme. Un médiateur contrit. Une note de vigilance pour toute une rédaction. Aucun ordre, nulle part. Amai : la consigne existe, et elle n'a pas d'auteur.

C'est la forme la plus élégante du pouvoir. Il n'interdit rien. Il laisse savoir qu'il n'a pas aimé, et le reste s'organise dans les couloirs.

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Le plus subventionné des journaux

Le plus savoureux est ailleurs. Le journal qui raconte l'affaire est celui qui reçoit le plus d'argent public en France.

En 2024, 527 titres se sont partagé 175,2 millions d'euros d'aides directes. Premier du classement par titre : Aujourd'hui en France, l'édition nationale du Parisien, avec 12,24 millions. Premier par groupe : Les Échos-Le Parisien, avec 17,97 millions.

Ce journal-là ne dénonce rien, notez bien. Il raconte. Il rapporte qu'un chef d'État s'est plaint d'une chaîne publique à cause d'une pancarte. Pour le titre le mieux nourri du pays, c'est déjà mordre la main qui donne la gamelle.

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Compagnons d'Absurdistan, faites le tableau. D'un côté, une chaîne financée par l'État qui s'excuse d'une pancarte qu'elle n'a pas écrite. De l'autre, le journal le plus subventionné de France, qui publie ce que l'entourage présidentiel aurait préféré garder dans les couloirs.

Mardi, une pancarte. Mercredi, pas d'excuses. Jeudi, une note à toutes les équipes. Ordres donnés : zéro.

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SNCF et RATP : entre 4% à 10% de votre amende va dans la poche de celui qui vous l'a mise

9 October 2026 at 13:23

À la SNCF, un contrôleur peut toucher entre 4 % et 10 % du montant d’une amende réglée sur place, selon Stéphane Vardon, chef de bord et responsable CGT. À la RATP, la direction annonce 150 euros bruts mensuels de prime, quand des contrôleurs interrogés évoquent 50 à 600 euros. Derrière la lutte contre la fraude, l’usager devient une ligne de prime.

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Le débat ne porte pas sur les agents, qui appliquent les consignes. Il porte sur le mécanisme décidé en haut : indexer une part de la rémunération sur les amendes infligées. Les deux entreprises publiques sont financées par le contribuable ; leur politique de contrôle mérite donc un examen précis.

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SNCF : un pourcentage sur les amendes, un forfait sur les paiements différés

À la SNCF, Stéphane Vardon, chef de bord et responsable syndical CGT en poste depuis vingt-sept ans, décrit un dispositif prévoyant une prime comprise entre 4 % et 10 % du montant de l’amende lorsque celle-ci est réglée sur place. En cas de paiement différé, la rémunération serait forfaitaire : 96 centimes par amende, quel que soit son montant.

Des contrôleurs interrogés évoquent des primes mensuelles comprises entre 50 et 600 euros. Ces montants rapportés ne constituent toutefois ni une moyenne nationale ni une mesure représentative de l’ensemble des agents.Même sans instruction explicite de verbaliser davantage, l'existence d'un intérêt financier crée un risque de conflit d'intérêts apparent. Le voyageur pressé, intimidé ou mal informé de ses droits devient la meilleure source de revenus.

L’amende payée immédiatement rapporte davantage à l’agent que l’amende différée. Cependant, il appartient à l'entreprise de prévenir ce risque par des règles transparentes et des procédures de contestation accessibles.

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RATP : 150 euros officiels, un témoignage à 1 000 euros

À la RATP, la direction annonce une prime mensuelle de 150 euros bruts. Un agent affirme avoir touché jusqu'à 1 000 euros en un mois, mais ce témoignage isolé n'a pas été vérifié : il ne permet donc d'établir ni une moyenne ni un montant habituel. De son côté, un cadre de l'entreprise reconnaît que les agents dont les primes atteignent plusieurs centaines d'euros peuvent recevoir moins de missions de contrôle les mois suivants.

Michel Babut, vice-président de la FNAUT, avance que la prime d'équipe représente 10 % du montant des amendes et estime que certaines pratiques pourraient conduire à des verbalisations trop strictes. Les exemples cités alimentent le malaise : une voyageuse aurait reçu une amende de 150 euros pour avoir transporté une plante jugée trop volumineuse dans le métro ; un jeune homme affirme avoir payé 35 euros alors qu'il possédait un pass. La RATP indique par ailleurs avoir recruté de faux voyageurs pour évaluer le professionnalisme de ses contrôleurs. Cette démarche révèle que la qualité des contrôles constitue déjà un sujet de vigilance interne.

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Selon l'article de Capital, la fraude coûterait 700 millions d'euros par an à la SNCF et à la RATP, qui chercheraient à réduire ce montant de moitié. On comprend l’enjeu financier. Mais indexer la prime sur l’amende déplace la responsabilité : le contrôleur devient comptable d’un rendement répressif, l’usager une source de recette, et le contribuable paie deux fois. Une politique libertarienne exige plutôt de supprimer l’intéressement au PV, la transparence sur les primes, leur mode de calcul et les voies de recours pour les usagers et les contribuables.

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Holdings, CIR, rachats d'actions : les députés taxent ce qu'ils ne savent pas compter

9 October 2026 at 10:39

Par Vincent Clairmont

Un milliard d'euros annoncés, cent millions votés, pas un euro encaissé : voilà ce qu'est devenue la taxe sur les holdings familiales pendant la discussion du budget 2026. Jeudi soir, la commission des finances a voté 2 % par an sur la même cible.

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Jeudi 8 octobre au soir, la commission des finances de l'Assemblée a durci la fiscalité des holdings familiales et des grands groupes. Quatre votes à retenir.

Un amendement de Charles de Courson, du groupe Liot, crée une taxe annuelle de 2 % sur une partie des placements financiers détenus par les holdings familiales. Une holding familiale, c'est la société par laquelle une famille détient son patrimoine. Un amendement d'Éric Coquerel, président de la commission, abaisse de 750 à 100 millions d'euros le chiffre d'affaires à partir duquel une entreprise paie la taxe sur les rachats d'actions. Cette taxe frappe une société quand elle rachète ses propres actions pour les annuler. Un amendement socialiste allège l'impôt des PME sur une part un peu plus large de leurs bénéfices. Un autre réforme le crédit d'impôt recherche, par lequel l'État rembourse aux entreprises une partie de ce qu'elles dépensent en recherche. Il le réserve davantage aux petites et moyennes entreprises. Et il le conditionne au maintien en France des activités financées pendant dix ans, avec remboursement en cas de délocalisation ou de nouvelle baisse d'effectifs.

Ces votes sont provisoires : la séance publique du 13 octobre repartira du texte du gouvernement, et j'ai traité cette mécanique ici le 8 octobre. Ce n'est pas mon sujet aujourd'hui.

Budget 2027 : les députés votent 4 milliards de déficit nouveau en une après-midi
Budget 2027 : la commission des finances a retiré près de 4 milliards en une séance. La plus grosse recette abandonnée du texte n’a jamais été mise aux voix.

Ma thèse, et je la tiens jusqu'au bout : la commission a cessé de taxer ce que l'on gagne pour taxer ce que l'on possède. Elle l'a fait sur une cible qu'elle avait déjà taxée l'an dernier. Elle annonçait alors un milliard d'euros de recette. Elle en a voté cent millions. Pas un euro n'a encore été encaissé.

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Premier point : personne ne sait ce que cette taxe rapportera

Quand l'impôt porte sur ce qu'on gagne, il existe un chiffre écrit noir sur blanc : un bénéfice, un dividende versé, une somme, une date. Quand il porte sur ce qu'on possède, il faut d'abord décider ce que ça vaut. Or une holding familiale détient des parts de sociétés qui ne sont pas cotées en Bourse : il n'existe aucun prix public. Le fisc doit donc fixer un prix lui-même, et le propriétaire le contestera. Personne ne peut dire à l'avance ce que la taxe rapportera.

La démonstration se trouve dans le budget de l'an dernier. L'article 7 de la loi de finances pour 2026 a créé une taxe sur les holdings familiales. Le projet du

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