2 397 interpellations, 997 policiers et gendarmes blessés, et ce dimanche soir encore des pillages au Châtelet. Dans les commissariats, une autre alarme circule : l'argent manque pour les munitions. Le budget 2027 réduit de 7 % les crédits d'équipement de la police. La charge de la dette, elle, prend 10 milliards.
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Dimanche, 20 heures. Au lendemain d'une journée où l'hôtel de ville de Limoges a brûlé, où la résidence de la préfète de Bordeaux a été saccagée, où des magasins ont été pillés à Paris et à Marseille, Emmanuel Macron parle aux Français. Il promet que « ceux qui ont détruit doivent payer, ceux qui ont cassé doivent rembourser ». Il annonce une cellule de crise pour les victimes, promet la « transparence » sur le dispositif de samedi, demande au ministre de l'Intérieur de tirer les leçons en matière de renseignement et d'anticipation. Pas un mot sur les effectifs. Pas un mot sur les moyens. Au même moment, CNews signale des pillages en cours au Châtelet, forces de l'ordre en route.
Plusieurs sources internes à la police nationale, interrogées par le Courrier, décrivent la même chose : des alarmes lancées en interne depuis des mois sur
Samedi, l’Hôtel de ville de Limoges a brûlé. Dimanche, l’Unsa-Police avoue n’avoir pas tenu les centres-villes. Le Parisien titre « Scènes d’insurrection » ; le parquet de Paris poursuit pour recel de vol. J’y étais. Il manque bien quelque chose, et ce n’est pas de la violence.
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Vendredi, j’écrivais ici que le pouvoir avait pris ses précautions et que ses auxiliaires avaient pris les leurs. Les précautions ont tenu jusqu’à la place de la République : le cortège déclaré s’y est dispersé dans les rues sans pouvoir rejoindre la place. Derrière lui, la ville brûlait. Je retire la précaution. Je garde le verdict, en trois manques.
Il manque d’abord un fauteuil occupé. L’Hôtel de ville de Limoges est parti en fumée ; à Marseille, Lille, Angers et Bordeaux, des manifestants sont entrés dans les mairies ou les préfectures pour les saccager. Chez nous, en 1830, en 1848, en 1870, on prend l’Hôtel de Ville, on monte au balcon, on y proclame un gouvernement. Samedi, on y a mis le feu et on est reparti. Les policiers décrivent eux-mêmes ce qui les a submergés : de petits groupes très mobiles, courant d’une rue à l’autre. Lundi matin, le maire de Limoges retrouvera ses murs noircis. Personne n’y a installé quoi que ce soit.
Une police qui réclame des renforts n’a pas changé de camp
Il manque ensuite une défection. Les forces de l’ordre ont été, de leur propre aveu, complètement débordées ; François Hollande constate que l’État n’a pas été capable d’assurer partout l’ordre public ; les maires de Paris, Lyon et Marseille réclament des moyens et un rendez-vous à Matignon. Tout cela est vrai. Rien de cela n’est une défection. Six cents blessés, et pas un bouclier posé. Un syndicat qui se plaint du sous-nombre demande plus de force, pas moins. Aucun préfet n’a démissionné, aucun commissaire n’a refusé d’engager. La force publique a flanché quelques heures, dans quelques centres-villes, et personne ne s’est baissé pour la ramasser.
Faut dire que la foule qui aurait pu la ramasser était rentrée chez elle. Samedi, j’ai marché dans un cortège qui avait un nom à crier, et ce n’était ni Parcoursup ni le gazole : c’était celui du président, devenu, jusque sur un oreiller brandi place de la République, le symbole de ce qui bloque. Cette foule-là est rentrée à la nuit tombée. Ceux qui sont restés, et ceux qui sont revenus dimanche, voulaient casser du flic et vider des vitrines, et je ne leur prête rien d’autre. Dimanche, plus de pavés que samedi, et plus un seul nom crié.
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L’État dit « insurrection » et poursuit pour recel
Il manque enfin un nom et une date. Le mot, à le bien regarder, n’a été prononcé que d’un côté. Le Parisien titre « Scènes d’insurrection » et son éditorialiste attribue dans la foulée ce climat « quasi-insurrectionnel » à une minorité qui n’a rien à voir avec les manifestants ; Laurent Nuñez parle d’un désordre semé « de manière concertée » ; Sébastien Lecornu met en garde ceux qui voudraient faire de ces violences un « tour de chauffe » avant la présidentielle. Dans le même temps, le parquet de Paris place en garde à vue pour recel de vol, groupement en vue de commettre des violences et dégradations — l’échelle de l’émeute, pas l’article 412-3 du Code pénal et son « mouvement insurrectionnel ». La CRS 8 engagée à République est l’unité spécialisée dans les violences urbaines : la grammaire de 2023.
Le droit français n’écrit pourtant le mot qu’à deux endroits. Dans cet article 412-3, que personne ne vise. Et à l’article L2121-1 du code de la défense, qui réserve l’état de siège de l’article 36 de la Constitution au péril imminent résultant d’une guerre étrangère ou d’une « insurrection armée ». L’état d’urgence, lui, relève de la loi du 3 avril 1955 et vise les « atteintes graves à l’ordre public » : le texte de novembre 2005. Le président va s’adresser aux Français. Je suppose qu’il dira le mot et qu’il signera la loi de 1955. Insurrection à la télévision, émeute au Journal officiel : l’État aura qualifié lui-même, contre son propre vocabulaire.
Et vous, qui réclamez depuis samedi soir de l’ordre à n’importe quel prix ? Vous demandez à l’État de finir par décret ce que les casseurs n’ont pas réussi dans la rue : faire disparaître les 800 000 personnes du samedi après-midi derrière les 2 000 interpellés de la nuit.
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Un samedi de vacances scolaires a montré une vacance. Pendant quelques heures, dans quelques villes, la force publique n’appartenait plus à personne. Ni la CGT, dont la prochaine date est fixée au 5 novembre depuis le 6 octobre, ni La France insoumise, qui préfère l’urne de 2027 à un fauteuil de mairie, ni les casseurs, qui ne veulent pas de fauteuil, ne se sont présentés pour l’occuper.
Ce qui manque, donc : quelqu’un assis à Limoges, un préfet qui refuse, un appel à une journée de semaine signé d’un nom. Rien de tout cela n’est là ce soir. Ce qui est là, en revanche, c’est un président qui va parler. Le seul candidat au fauteuil vide, ce soir, c’est lui.
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Beaucoup, à tort, répétons-le, réduisent le mouvement du 17 octobre à des pillages. Des pillages, des dégradations, il y en a eu, d'une violence jamais égalée, à mon avis, depuis plusieurs années, voire plusieurs décennies. Nous en montrons une infime part ici. Mais...
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Ce serait une erreur (largement commise par les conservateurs et réactionnaires de tous poils) de réduire ce mouvement à des violences urbaines. Je l'ai souligné hier : le mouvement est beaucoup plus "nombreux" que la police, et même les organisateurs, l'ont soutenu hier. Le cortège parisien, s'il avait pu se tenir comme prévu, aurait largement dépassé les 100.000 personnes. Et ces personnes n'avaient rien à voir avec des meutes islamistes. Il y avait des jeunes, des quadragénaires, des vieux, des riches, des pauvres, des moyens, des gens de gauche et de droite. L'influence du mouvement dépasse largement le simple fait d'une émeute urbaine.
Voici quelques images offertes par Paris aujourd'hui :