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1 800 agents de plus, dont 765 pour remplacer les absents : la chambre des comptes chiffre la mairie de Marseille

Le rapport d’observations définitives de la chambre régionale des comptes (CRC) Provence-Alpes-Côte d’Azur, débattu au conseil municipal des 15 et 16 octobre , révèle qu'entre 2018 et 2024, les effectifs municipaux ont gonflé de 1 800 agents, dont 765 équivalents temps plein (ETPT) recrutés pour compenser l’absentéisme. Dans le même temps, les recettes de la ville ont progressé de plus de 286 millions d’euros, essentiellement par l’impôt local. La mairie n’a pourtant toujours pas mis en place le dispositif de prévention de la corruption que la loi lui impose depuis 2017. Le maire, Benoît Payan, conteste le rapport « qui ne retient pratiquement aucun des progrès accomplis depuis 2020 ».

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Le contribuable marseillais a donc payé. Et cette hausse quasi intégrale a été absorbée par des charges de gestion en forte augmentation, dont la progression des effectifs est « la cause principale » selon les magistrats financiers.

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Les recrutements compensent les absences plutôt qu’ils ne les résolvent

Entre 2018 et 2024, les effectifs municipaux sont passés de 14 426 à 16 188 agents. La hausse représente 1 762 personnes, soit environ 1 800, et 968 équivalents temps plein. Mais la répartition de ces renforts retient particulièrement l’attention . Dans son rapport, selon la chambre, 765 équivalents temps plein servent à compenser l’absentéisme, contre 142 consacrés au renforcement de certains services. L’absentéisme municipal dépasse de 43 % le taux national. Certes, il a reculé de deux points en 2023 et 2024, mais les magistrats financiers estiment qu’il n’est toujours « pas pleinement diagnostiqué ». Aucun plan d’action global n’a été élaboré pour en réduire les causes. La municipalité recrute donc pour maintenir ses services en fonctionnement, sans avoir suffisamment établi pourquoi tant d’agents sont absents. Ce mécanisme entretient une spirale coûteuse : les absences appellent des remplacements, lesquels alourdissent les dépenses de personnel sans faire disparaître les causes initiales.

Depuis 2018, les produits de gestion de la commune ont progressé de plus de 286 millions d’euros, principalement grâce à la fiscalité locale. Or, cette hausse a été presque intégralement absorbée par les charges. Pour les contribuables, la question est simple : quels bénéfices tangibles les dépenses supplémentaires ont-elles permis d’obtenir ? La réponse ne peut se limiter au nombre d’agents recrutés ou aux crédits mobilisés. La chambre relève également une stratégie financière peu lisible, une programmation pluriannuelle insuffisamment claire et une fiabilité des comptes jugée nettement insuffisante. Elle pointe enfin le manque de coordination entre les huit mairies de secteur et les services centraux, qui complique le pilotage de l’administration municipale. Le rapport couvre plusieurs mandatures : les responsabilités ne sauraient donc être imputées indistinctement à la seule équipe actuelle.

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La prévention de la corruption reste un chantier inachevé

La chambre formule sept recommandations. La première est sans ambiguïté : « réaliser une cartographie des risques à laquelle adosser un plan d’action de prévention de la corruption comportant un volet dédié à la formation des agents ». Dans sa synthèse, les magistrats constatent que « la commune n’est pas pourvue d’un dispositif anticorruption complet, et contrevient par conséquent, encore, aux exigences de la loi Sapin II, pourtant entrée en vigueur le 1er juin 2017 ». La ville a bien mis en place un « dispositif d’alerte éthique » en 2021, mais celui-ci ne couvre pas l’ensemble des obligations légales, notamment la cartographie des risques et le plan d’action structuré. Des travaux ont été « engagés » par l’Inspection générale des services, mais « interrompus au motif d’un sous-effectif de ce service ». L’ironie administrative est là: le service chargé de contrôler l’usage des deniers publics est lui-même victime de la pénurie qu’il est censé surveiller.

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Benoît Payan (DVG), élu en 2020 puis reconduit en 2026 à la tête de la deuxième ville de France (873.000 habitants), conteste la lecture des magistrats financiers. Lors du conseil municipal des 15 et 16 octobre, le maire a regretté que le rapport « ne retient pratiquement aucun des progrès accomplis depuis 2020 ». Il invoque notamment les investissements dans la rénovation des écoles et la remise à niveau des moyens de sécurité, ainsi que les sommes que la ville estime ne pas recevoir de la métropole et du département. Ces arguments méritent examen, mais ils ne dispensent pas la municipalité de justifier ses choix de gestion.

La CRC note d’ailleurs que « la politique de renforcement des effectifs est menée sans lignes directrices de gestion en matière de stratégie de recrutement et sans anticipation des conséquences structurelles de l’évolution du nombre d’agents sur les charges générales ». En clair : on embauche, on paie, on remplace, mais on ne pilote pas. Le rapport sera débattu au conseil municipal, et l’opposition y trouvera matière. Mais l’enjeu dépasse la querelle entre majorité et opposition : quand les recettes augmentent et que les charges les absorbent presque entièrement, les élus doivent démontrer que chaque euro supplémentaire améliore effectivement le service rendu. À défaut, le contribuable marseillais risque de financer une administration qui mobilise toujours plus de moyens pour compenser ses propres dysfonctionnements, sans fournir la preuve qu’elle s’attaque à leurs causes.

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En Corée, une multiprise payée 115 euros au lieu de 29 : des internautes débusquent des millions d’euros de surfacturations en six jours

Un téléphone filaire vendu moins de 50 000 wons dans le commerce a été acheté 182 000 wons par l’administration, soit environ 122 euros pour un appareil qui en vaut une trentaine. Une multiprise disponible autour de 10 000 wons a été payée 200 000 wons, vingt fois son prix... En Corée du Sud, une opération citoyenne met au jour des milliers de contrats suspects. Au 18 octobre 2026, les surcoûts repérés atteignaient 1 141,8 milliards de wons, soit environ 760 millions d’euros. De quoi poser une question embarrassante à notre administration: pourquoi nos citoyens ne pourraient-ils pas exercer le même contrôle sur l’argent public ?

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Le Reform Party, formation d’opposition, a lancé le 12 octobre une opération intitulée « 50 000 milliards de wons à retrouver ». Elle court jusqu’au 25 octobre. Le principe tient en une phrase : la base des marchés publics est ouverte à tous, et chacun peut l’éplucher.

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Des prix extravagants révélés par les données ouvertes

Du 12 au 25 octobre 2026, le Reform Party, parti d’opposition sud-coréen, organise une campagne baptisée « 50 000 milliards de wons à retrouver », soit environ 33 milliards d’euros. L'objectif est de permettre aux citoyens d’analyser KONEPS, la plateforme nationale des marchés publics, à la recherche de prix anormalement élevés. Dix millions de wons, environ 6 700 euros, doivent être répartis entre les participants selon la valeur de leurs découvertes validées.

Au 18 octobre à 16 heures, les recherches avaient fait ressortir plus de 18 860 contrats conclus au-dessus des prix du marché, pour un montant cumulé de 1 141,8 milliards de wons, soit près de 760 millions d’euros. Parmi les exemples cités, un téléphone filaire vendu moins de 50 000 wons dans le commerce aurait été acheté 182 000 wons, environ 121 euros. Une multiprise estimée à 50 000 wons aurait coûté près de 200 000 wons, soit 133 euros. Certains produits disponibles autour de 10 000 wons auraient été payés au moins trente fois leur prix courant.

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La transparence contre l’opacité administrative

L’initiative revient à Lee Jun-seok. Il affirme avoir passé en revue 1,05 million d’articles, 2,8 millions de demandes de livraison et environ 130 000 milliards de wons de contrats, soit près de 75 milliards d’euros. Son verdict : 562,8 milliards de wons gaspillés, environ 330 millions d’euros. Les internautes, eux, ont déjà doublé ce chiffre en quelques jours. Ces surcoûts restent à valider au cas par cas, mais l’ordre de grandeur interroge. Ces écarts de prix n’ont pas été détectés par l’administration acheteuse, qui disposait pourtant des mêmes données et de bien plus de moyens. Il a suffi de les exposer à des regards extérieurs, motivés par un prix modeste, pour que la facture apparaisse.

Reste la question que le lecteur français se posera de lui-même. Chez nous, qui a le droit de consulter, d’exploiter et de croiser les données de la commande publique ? Et qui a intérêt à ce que l’on n’y regarde pas de trop près ? L’Union des groupements d’achats publics (UGAP) a ainsi refusé de communiquer des informations sur l’identité des acheteurs et le lien avec les commandes passées, couverts par ce secret. Un tribunal administratif a même dû ordonner à l’UGAP de transmettre certains documents, jugeant son refus illégal.

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Plus largement, Transparency International France dénonce la onzième hausse des seuils de publicité préalable depuis 2008, qui fait basculer toujours plus de marchés publics dans l’opacité et alimente les risques de corruption. L’argent public n’appartient ni aux administrations ni aux fournisseurs : il provient des contribuables. Lui rendre des comptes ne devrait pas être une faveur accordée aux citoyens, mais une obligation permanente. Le contribuable paie, mais n’a pas le droit de regarder. Le contribuable coréen, lui, a au moins le droit de chercher.

L'humeur de Veerle Daens : le maire qui se déclarait à lui-même

19 October 2026 at 09:07

Par Veerle Daens

Mes chers compagnons d'Absurdistan, ce lundi à midi, les maires de France vont défendre leur mairie. Pour cela, il leur faut d'abord la permission. Enfin, pas une permission : une déclaration. En France, la nuance a fait carrière.

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L'affaire est simple. Samedi, des mairies ont été saccagées, à Marseille, à Lille, à Bordeaux, et l'hôtel de ville de Limoges a brûlé. L'Association des maires de France appelle donc élus, conseils municipaux et forces vives à se tenir sur le parvis de leur mairie. C'est un geste très ancien : on se tient devant sa maison quand quelqu'un y a mis le feu.

Seulement voilà. Un rassemblement sur la voie publique est une manifestation, et une manifestation se déclare, trois jours francs à l'avance. Dans une commune sans police d'État, la déclaration se dépose à la mairie, qui la transmet au préfet.

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Récapitulons. Qui déclare ? Le maire. Où ? À la mairie. Qui reçoit ? Le maire. Qui peut interdire ? Le maire. Et s'il ne le fait pas ? Le préfet. Et le délai ? L'appel est parti dimanche pour lundi midi. Trois jours francs, cela fait jeudi dernier. Le maire est donc, à midi une, l'organisateur d'une manifestation n'ayant pas fait l'objet d'une déclaration dans les conditions fixées par la loi. Tarif théorique : six mois de prison et 7 500 euros d'amende. Pour avoir défendu sa mairie, devant sa mairie, avec son écharpe.

L'écharpe, parlons-en. Le maire la porte. L'adjoint la porte s'il le remplace ou le représente. Le conseiller municipal, seulement s'il le remplace. Trois rangs, trois règles, sur un parvis de quinze mètres. Et la banderole ? Elle doit respecter la neutralité du service public. « Non aux violences » passe. « Non à la vie chère » peut être retirée. Par qui ? Par le maire, toujours lui.

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Miljaardedju, mes amis du Pays-des-Cartésiens, vous avez inventé l'homme qui se dépose une demande, se l'instruit, se la transmet, et se surveille lui-même pendant qu'il manifeste. Breughel en aurait fait un tableau grouillant. Votre administration l'a écrite en un seul article.

Ajoutez la touche finale, apportée dimanche à 20 heures. Le président a annoncé que les préfets, en lien avec les maires, pourraient aller jusqu'à interdire certains rassemblements afin de protéger les bâtiments publics. Le rassemblement qui protège un bâtiment public est un rassemblement. Il est donc, en bonne logique, interdisable pour protéger le bâtiment qu'il protège.

Le plus beau reste l'asymétrie. Samedi, des émeutiers sont entrés dans des mairies sans rien déclarer à personne. Lundi, ceux qui veulent seulement se tenir devant doivent remplir un formulaire.

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Une dernière question, mes chers lecteurs sans tableur. Le maire de Limoges veut lui aussi se rassembler devant son hôtel de ville. Limoges est en zone de police d'État : sa déclaration ira donc à la préfecture. Heureusement. Le guichet de sa mairie sent encore la fumée.

Routes corses : 82 millions d’euros par an, mais une chaussée sur deux en mauvais état

19 October 2026 at 08:11

La chambre régionale des comptes a épinglé, début octobre, la politique routière de la Collectivité de Corse : plus de 82 millions d’euros par an, environ 600 agents, et 51 % des longueurs de chaussée auscultées en mauvais ou très mauvais état. Les magistrats financiers viennent de rendre leur verdict : on a dépensé sans mesurer. La Collectivité de Corse invoque la jeunesse de l’institution.

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La route corse est un réseau de près de 5 000 kilomètres, avec 2 635 ponts et six tunnels, et le premier poste d’investissement de la Collectivité. Le rapport publié début octobre 2026 par la chambre régionale des comptes décrit une gestion insuffisamment pilotée, qu’on ne savait pas dans quel état était le réseau qu’on prétendait entretenir.

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Plus de 82 millions d’euros par an, sans connaissance suffisante du réseau

La Collectivité de Corse gère près de 5 000 kilomètres de routes, 2 635 ponts et six tunnels. Ce patrimoine exige des dépenses régulières, particulièrement dans une île où le relief, la géologie et les risques naturels compliquent les travaux. Cela n’exonère toutefois pas le gestionnaire public de ses obligations de suivi et de programmation.

Dans un rapport consacré aux investissements routiers de la Collectivité de Corse depuis 2018, les constats sont préoccupants. Parmi les longueurs de chaussée auscultées, 51 % présentent un état mauvais ou très mauvais. Pour les ponts examinés, 15 % nécessitent des travaux urgents. La modernisation du réseau ne suit pas davantage le rythme attendu : au bout de huit ans, moins de la moitié des opérations sont achevées, tandis que près d’une sur cinq n’a jamais commencé.

Le rapport relève que l’entretien a été programmé « de manière empirique et au fil de l’eau », faute de connaître suffisamment l’état du réseau. Il souligne également « l’absence d’un suivi consolidé des opérations ». Autrement dit, l’administration dépense des sommes considérables sans disposer, selon les constats des magistrats, d’une vision suffisamment structurée pour hiérarchiser ses interventions et rendre compte de leur avancement. Pour une collectivité qui consacre plus de 82 millions d’euros annuels à son réseau routier, cette faiblesse de pilotage n’a rien d’anecdotique.

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Le plan 2026-2030 promet 50 millions par an, et la chambre le juge « très ambitieux »

Adopté en juillet 2025, le plan routier 2026-2030 prévoit 50 millions d’euros par an. La chambre régionale des comptes le juge « très ambitieux ». L’enjeu ne tient pas seulement aux montants annoncés : encore faut-il que les opérations soient programmées, engagées puis achevées dans des délais raisonnables. Les retards déjà constatés invitent à examiner les capacités réelles d’exécution avant de promettre de nouveaux investissements.

Le président de l’exécutif, Gilles Giovannangeli, oppose à ces critiques le contexte institutionnel. Selon lui, la période 2018-2025 a été consacrée à la construction d’une administration nouvelle, issue de la fusion de trois collectivités. Il met également en avant les difficultés propres à la Corse : relief accidenté, contraintes géologiques, risques naturels, transport maritime des matériaux et exigences environnementales. Ces facteurs sont réels et peuvent renchérir les chantiers comme allonger leur durée. Ils ne suffisent cependant pas à expliquer, à eux seuls, l’absence de suivi consolidé relevée par les magistrats financiers.

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Au-delà de la Corse, le rapport pose une question que les contribuables de toute la France peuvent se poser : qui rend des comptes quand l’argent public est voté, dépensé, puis introuvable dans les résultats ? Les élus votent des budgets, les services les consomment, et personne ne mesure. Les automobilistes, eux, mesurent chaque jour, au fond des nids-de-poule.

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