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« Quelqu'un qui ne ressemble à personne »

Forough Farrokhzad (1935-1967) est une célèbre poétesse iranienne qui parvint à obtenir la reconnaissance de ses contemporains, malgré une tradition poétique persane largement dominée par des auteurs masculins. Dans ses derniers recueils, elle se tourne vers la description de la vie quotidienne et une critique sociale qui l'inscrivent dans l'avant-garde littéraire de son époque. Quelqu'un qui ne ressemble à personne est issu de son recueil Croyons à l'aube de la saison froide, publié en 1974 à titre posthume. Dans une langue enfantine baignée de références mystiques et religieuses, le poème évoque l'arrivée d'une figure messianique, à la croisée de la promesse et du songe. Extraits.

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J'ai rêvé que quelqu'un allait venir (…)
J'ai rêvé de cette étoile rouge
alors que je ne dormais pas
Quelqu'un va venir
Quelqu'un va venir
Quelqu'un d'autre
Quelqu'un de meilleur
Quelqu'un qui ne ressemble à personne, qui ne ressemble pas à père, pas à Ensi, pas à Yahya, pas à mère
Et qui ressemble à celui à qui il doit ressembler (…)
Quelqu'un va venir
Quelqu'un va venir
Quelqu'un qui est avec nous en son cœur
Avec nous en son souffle
Avec nous dans sa voix
Quelqu'un dont la venue ne peut être arrêtée,
menottée et jetée en prison
Quelqu'un qui a enfanté sous les vieux arbres de chez Yahya
Et qui jour après jour
Grandit et grandit encore
Quelqu'un qui vient de la pluie, du fracas de la pluie
Du chuchotement au cœur des fleurs de pétunias
Quelqu'un va venir
Du ciel de la place Toupkhaneh (…)
Et partager le Bagh Melli (1) (…)
Et partager les films de Fardine (2)
Et partager les vêtements de la fille de Seyyed Djavad
Et partager tout ce qui est en trop
Et donner notre part à nous aussi
J'ai rêvé…

Traduction et présentation de Sepideh Nikoukar

Voir en ligne : /mav/209/A/69923

(1) Le « Parc national », lieu très en vue situé au centre de Téhéran, au nord des quartiers populaires.

(2) Acteur de films populaires dans les années 1960.

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Quatrains, amour, « sabk-e hindi », babisme

Quatrains

D'aucuns réfléchissent à la voie de la religion,
D'aucuns s'égarent sur le chemin de la certitude.
Je crains qu'un jour une voix ne s'élève,
« Ô ignorants, la voie n'est ni celle-ci, ni celle-là ».

Omar Khayyam (1048-1131). Poète, mathématicien, astronome et philosophe, il participa à la réforme du calendrier persan, dont la précision est remarquable. Dans ses Ruba'iyat, des quatrains mêlent réflexion philosophique, scepticisme, méditation sur la brièveté de la vie et interrogation sur la connaissance. Son œuvre invite à se défier des certitudes, qu'elles soient religieuses ou philosophiques, et à reconnaître les limites de la condition humaine. ❦


Amour

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Hors de ton visage, quelle autre source de joie ?
Hors de ta demeure, nul refuge pour le peuple.
Le seul couple qui ne fasse qu'un,
c'est ta taille et son ombre ;
La seule arche qui soit double,
ce sont tes deux sourcils.

Mahsati Ganjavi (1089-1159) est l'une des premières grandes poétesses de langue persane dont le nom nous soit parvenu. Originaire de Gandja (dans l'actuel Azerbaïdjan), elle vécut à l'époque seldjoukide et fut réputée pour son esprit, son érudition et son talent poétique. La tradition lui attribue de nombreux ruba'iyât (quatrains), où se mêlent amour, plaisir de vivre, humour, liberté de ton et regard critique sur les conventions sociales. Si une partie des poèmes transmis sous son nom fait l'objet de débats d'attribution, elle demeure une figure emblématique de la poésie persane médiévale et l'une des rares voix féminines de cette époque à avoir traversé les siècles. ❦


« Sabk-e hindi »

J'ai connu cent pièges et me suis évadé de maintes cages.
Pourtant, je n'ai vu la liberté prendre son envol
que sur les ailes du « ne-plus-être ».

Mirza Abdolqader Bedil Dehlavi (1644-1720) est l'un des plus grands poètes de langue persane et la figure majeure du style indien (sabk-e hindi). Né et mort à Delhi, sous l'Empire moghol, il a composé l'essentiel de son œuvre en persan. ❦


Babisme

Si ton regard venait à croiser le mien, face à face, les yeux dans les yeux,
je t'expliquerais ma peine, mot à mot, mèche après mèche.
Pour contempler ton visage, telle la brise du matin, je me suis élancée,
de maison en maison, de porte à porte, de ruelle en ruelle, de quartier en quartier.
À force d'être séparée de toi, le sang de mon cœur s'écoule par mes yeux,
de fleuve en fleuve, de mer en mer, de source en source, de ruisseau en ruisseau.

Tahereh Ghorrat-ol-Eyn, née Fatemeh Baraghani (1817-1852), est une poétesse originaire de Qazvin, figure majeure du babisme, schisme de l'islam chiite, qui a donné naissance à la foi baha'ie. Au cours de la répression du mouvement babi, elle fut arrêtée puis exécutée à Téhéran. Son œuvre poétique, mêlant mystique, amour et aspiration à la liberté, continue d'inspirer les lecteurs. Le poème traduit ici a été chanté par Mohammad-Reza Shajarian, personnalité emblématique de la musique traditionnelle persane, ce qui a permis sa diffusion. ❦

Présentations et traductions de Marmar Kabir. Les titres sont de la rédaction.

Voir en ligne : /mav/209/A/69956
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Un jour…

Hafez (vers 1315-1390) est assurément l'un des plus grands poètes persans. Il vécut à Chiraz, où il composa l'essentiel de son œuvre, réunie dans le Divan. Sa poésie, d'une extraordinaire richesse musicale et symbolique, célèbre l'amour, le vin, la beauté, la liberté intérieure et la quête du divin. Son langage, nourri de références soufies, dénonce aussi l'hypocrisie des puissants et des faux dévots, tout en exaltant la joie, l'amitié et la liberté de l'esprit. Son Divan demeure l'un des livres les plus lus en Iran et fait traditionnellement l'objet du fal-e Hafez, une pratique consistant à ouvrir le recueil au hasard pour y chercher une inspiration ou une réponse symbolique.

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Un jour…
Le souffle du zéphyr répandra le musc, un jour
Le monde devenu vieux retrouvera la jeunesse, un jour
L'arbre de Judée tendra à la fleur la coupe couleur rubis
Les yeux du narcisse, le cœur battant, regarderont le coquelicot, un jour
Cette tyrannique douleur dont le rossignol a souffert dans la séparation
Au pavillon rouge de la rose, elle se dira en cris, un jour
Si j'ai quitté la mosquée pour la maison du vin, songes-y
L'homélie est bien longue et le temps, trop court, passera un jour
La rose est précieuse, reconnais sa valeur
Car par ce chemin, elle est venue au jardin et par là, elle s'en ira, un jour
Ô beau chanteur, c'est la fête de l'intime proximité, entonne tes odes et tes chants !
Cesse d'évoquer les choses passées et ce qui se passera un jour
C'est pour l'amour de toi qu'un jour Hafez est entré au pays de l'existence
Fais un pas pour lui dire adieu, car il repartira, un jour.

Présentation et traduction de Leili Anvar

Voir en ligne : /mav/209/A/69919
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Nous deux

Jalal Ad-Din Rumi est un poète, théologien et maître spirituel persan (1207—1273), considéré comme l'une des plus grandes figures du soufisme. Il est réputé pour ses poèmes qui célèbrent l'amour, la spiritualité et la quête de Dieu. Son œuvre la plus connue, le « Masnavi », est un chef-d'œuvre de la littérature persane qui continue d'inspirer des lecteurs dans le monde entier. Extrait :

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Bienheureux l'instant où nous serons assis à la terrasse, toi et moi
Deux images et deux formes, mais une seule âme, toi et moi
Les bruissements des bosquets et le chant des oiseaux donneront l'eau de la vie
Lorsque nous entrerons ensemble au jardin, toi et moi
Les étoiles du ciel viendront nous contempler
Et nous leur montrerons cette lune que nous sommes, toi et moi
Toi et moi sans toi et moi serons réunis par la joie
Heureux et libérés des illusions éparses, toi et moi
Les perroquets célestes se régaleront de sucre
Lorsque nous rirons ensemble, toi et moi
Mais le plus étrange, c'est que toi et moi soyons ici dans cet infime espace
Alors que nous sommes l'un en Occident et l'autre en Orient, toi et moi
Une image sur cette terre et sous une autre forme
Au paradis éternel et au pays du miel, toi et moi.

Traduction de Leili Anvar, écrivaine, traductrice et spécialiste de la littérature persane, auteure de Rûmi, Entrelacs, Paris, 2014.

Voir en ligne : /mav/209/A/69920
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« Il fait nuit »

Nima Youshidj (1895-1960), surnommé « le père de la poésie nouvelle », est le pionnier d'une rupture avec la tradition poétique dite classique, qui marque un tournant dans l'histoire de la littérature persane. Cette rupture touche avant tout à la forme, avec l'abandon des codifications classiques. Mais Nima, d'une sensibilité de gauche, innove également au niveau des thèmes abordés. Dans une langue sophistiquée et chargée de métaphores, il met la critique sociale et politique au cœur de sa poésie, bien connue des Iraniens. Cette double révolution du langage et des horizons de la littérature rappelle des poètes français comme Paul Éluard et Stéphane Mallarmé, qui ont probablement inspiré ce francophone. She'r-e Nimayi, l'école de Nima, a ouvert la voie à une évolution dynamique de la poésie moderne et du langage, qui se perpétue encore aujourd'hui.

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Il fait nuit
Il fait nuit. Une nuit nébuleuse et la terre
a pâli.
Le vent, fruit des nuages, du sommet de la montagne,
cavale dans ma direction.
Il fait nuit,
Elle est un corps boursouflé dans l'air chaud et immobile
Et c'est pour cela que l'errant
ne parvient plus à reconnaître son chemin
La chair tiède, l'étendue longue du désert ressemble à un mort
à l'étroit dans sa tombe.
Il ressemble à mon cœur en cendres
et à mon corps épuisé qui brûle devant l'épouvante de cette fièvre !
Il fait nuit. Oui, il fait nuit.

Traduction et présentation de Sepideh Nikoukar

Voir en ligne : /mav/209/A/69924
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La fille, son chauffeur, Dieu et Marx

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J'ai cessé de croire en Dieu à l'âge de 7 ans, en 1977, sur le chemin de l'école. C'était durant le long trajet en voiture que je faisais chaque matin sous une voûte de platanes pour rejoindre le centre de Téhéran. Mon chauffeur, qui était marxiste, m'expliquait le matérialisme dialectique. Et comme tout Iranien qui se respecte, il utilisait la poésie pour me convaincre. Je ne me souviens plus des termes exacts, ni même de la teneur de son raisonnement, la conversation avait lieu en persan. Mais je me rappelle qu'il était question d'une rose réduite en poussière.

Aujourd'hui, ce qui me frappe bien sûr dans cette scène est que les petites filles de 7 ans avaient droit à leur chauffeur personnel en Iran.

Mes parents, tous deux universitaires, n'étaient pourtant pas parmi les plus riches. Mais nous vivions dans une tour ultramoderne située à Vanak, dans les hauteurs de cette ville construite à flanc de montagne. Nous avions une piscine. Et des séances de cinéma en plein air étaient organisées le samedi soir où on projetait des films de Woody Allen. Elsa, une aide-ménagère philippine, était payée pour s'occuper de notre appartement et me parler en anglais. Et, dans les embouteillages monstrueux que nous traversions chaque matin avec « mon chauffeur », des paysans sans le sou transportaient leurs fruits à dos d'âne au milieu des voitures américaines à la carrosserie rutilante. Quant aux gardiens d'immeubles à Vanak, je me souviens qu'ils étaient bruns, chétifs, et qu'on voyait sur leur corps les signes de la malnutrition dont ils avaient souffert dans leurs villages. C'était cela l'Iran d'avant la révolution : une société marquée par les inégalités et l'urbanisation galopante.

Comment s'appelait ce jeune marxiste qui avait entrepris de parfaire mon éducation politique ? Impossible de m'en souvenir. Quand nous n'avions pas de grandes conversations sur Dieu, on parlait de mes dessins animés préférés. Et il accueillait avec des commentaires critiques ma passion pour Spider-Man, signe pour lui d'une américanisation sans frein de son pays.

Mais, après l'avènement de la République islamique, les programmes américains disparurent rapidement des écrans de télévision, les speakerines ultramaquillées aux décolletés plongeants et aux robes à paillettes furent remplacées par des femmes portant de longs tchadors noirs, et les images des pendaisons publiques s'étalèrent dans les journaux.

Notre départ a eu lieu durant cette période chaotique où le port du voile commençait à être imposé aux femmes dans l'espace public. C'était plus d'un an après la fuite du chah et le retour triomphant de Khomeiny en Iran. Naïvement, je croyais ma mère lorsqu'elle me disait que nous n'allions passer que quelques semaines de vacances à Paris en attendant que « toute cette histoire de révolution » se termine.

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« Pourpre »

Houshang Ebtehaj (1928—2022), dit « Sayeh » (« Ombre »), est l'un des grands poètes iraniens contemporains. Emprisonné à la prison d'Evine au début des années 1980 pour ses idées, il y écrivit Arghavan (« L'Arbre de Judée »), l'un de ses poèmes les plus célèbres, devenu depuis le symbole de la vie, de l'espérance et de la liberté. Extrait :

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Ô le Pourpre !
Griffes sanglantes sorties de la terre
Conjure le matin qui se lève
Et demande aux éclaireurs galopants du soleil
Quand traverseront-ils enfin cette vallée du chagrin !
Ô mon arbre grappe de sang
Le matin lorsque face à la fenêtre entrouverte de l'aube
Les colombes commencent leur vacarme
Porte mon âme ensanglantée
Pour voir le point d'envol !
Dépêche-toi, les compagnons du vol
S'inquiètent des souffrances de leur ami
Ô mon arbre pourpre étendard rouge du printemps
Reste pour toujours hissé !
Tu es mon poème qui saigne
Raconte le souvenir éclatant de mes camarades !
Chante ma chanson que je n'ai pas pu chanter,
Ô ma branche consanguine séparée de moi !

Traduction et présentation de Marmar Kabir

Voir en ligne : /mav/209/A/69931
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« La Migration des violettes »

Mohammad-Reza Shafiei-Kadkani, né en 1939, est poète, universitaire et spécialiste reconnu de la littérature classique persane. Réputé à la fois pour son travail de théorie littéraire et pour son œuvre poétique, il jouit d'une solide reconnaissance auprès de différentes couches de la population. Ce très célèbre poème, écrit en 1966, évoque la question de l'émigration et reflète l'une des préoccupations principales qui traverse l'Iran d'après la révolution de 1979. Il demeure très apprécié par la diaspora.

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Aux derniers jours d'esfand (1)
La migration des violettes voyageuses
est belle.
Aux mi-journées lumineuses d'esfand
Lorsque les violettes sont emmenées au coin des rues
D'entre les ombres fraîches
Dans la soie des fragrances de printemps
Avec leur terre et leurs racines,
Leur patrie ambulante,
Dans des petits coffrets en bois,
Un ruisseau de mille murmures
bouillonne en moi :
Si seulement,
Oh si seulement l'humain pouvait un jour
comme les violettes
Déposer sa patrie
Dans un coffret de terre
Et l'emporter avec soi
Où qu'il aille
À la lueur de la pluie
Au soleil pur

Traduction et présentation de Sepideh Nikoukar

Voir en ligne : /mav/209/A/69932

(1) Dans le calendrier persan, mois situé entre le 21 février et le 21 mars.

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« La Mort de Vartane »

Homme de lettres et journaliste, Ahmad Shamlou (1925-2000) est avant tout reconnu comme poète. Son œuvre prolifique, marquée par un engagement politique fort et un lyrisme novateur, en font le poète de prédilection de nombreuses générations. « La Mort de Vartane » rend hommage à Vartane Salkhanian, jeune intellectuel membre du parti communiste Toudeh, issu de la minorité arménienne. Arrêté lors de la vague de répression suivant le coup d'État de 1953, Vartane est torturé pendant plusieurs mois à la prison de Qasr, mais garde le silence. L'année suivante, au printemps, la police abandonne son corps dans une rivière. Au lendemain de la révolution de 1979, Shamlou enregistre une anthologie de ses poèmes, qui sera très largement diffusée et écoutée. Le refrain de ce poème devient alors un classique de la poésie militante.

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« Vartane ! Le printemps éclate d'un rire et l'arbre de Judée bourgeonne
À la maison, sous la fenêtre, le vieux jasmin a fleuri.
Laisse ces chimères !
Renonce au bras de fer avec la maudite mort !
Être vaut mieux que n'être plus, surtout au printemps… »
Vartane ne parla point.
Tête haute
Il serra sa chair éreintée, des dents de sa fureur,
et s'en alla…
« Parle Vartane !
L'oiseau du silence couve dans son nid
l'embryon d'une effroyable mort ! »
Vartane ne parla point.
Tel un soleil
il s'éleva dans les ténèbres, se coucha dans le sang, et s'en alla…
Vartane ne parla point.
Vartane fut une étoile.
Un instant, dans cette nuit noire, il scintilla et s'en alla…
Vartane ne parla point.
Vartane fut une violette.
Il fleurit,
révéla une promesse : « L'hiver s'est brisé ! »
et s'en alla.

Traduction et présentation de Sepideh Nikoukar

Voir en ligne : /mav/209/A/69947
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« L'Hiver »

Mehdi Akhavan Sales (1928-1990), surnommé Omid (« Espoir »), est l'une des figures majeures de la poésie moderne iranienne. Son poème Zemestan (« L'Hiver »), publié en janvier 1956, exprime la déception après le coup d'État du 19 août 1953 contre le premier ministre Mohammad Mossadegh. Le texte marque profondément les esprits dès sa parution. Toujours présents dans les mémoires, les célèbres vers traduits ici sont régulièrement repris pour évoquer les périodes de répression et de découragement. Extrait :

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Ils ne voudront pas répondre à ton bonjour
Têtes enfouies dans le col,
Nul n'arrive à redresser la tête
pour répondre à un ami ou pour regarder son visage.
Nul ne parvient à voir plus loin que ses propres pas
car la route est sombre et glissante (…)
Ils ne voudront pas répondre à ton bonjour
L'air lourd,
Les portes closes,
Les têtes tapies,
Les mains cachées,
Les souffles en nuages,
Les cœurs fatigués et tristes,
Les arbres, des squelettes ornés de cristaux
La terre à l'âme meurtrie,
Le ciel bas,
et dans l'opacité,
le soleil et la lune
C'est l'hiver

Traduction et présentation de Sepideh Nikoukar)

Voir en ligne : /mav/209/A/69948
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