« Notre ami » Thaçi, criminel de guerre
Les chambres spécialisées pour le Kosovo ont condamné le 16 septembre dernier l'ancien président de la République Hashim Thaçi et son principal comparse, M. Jakup Krasniqi, à 25 ans d'emprisonnement pour « crimes de guerre ». Elles ont également condamné deux autres anciens hauts responsables de l'Armée de libération du Kosovo (UÇK en albanais), MM. Kadri Veseli et Rexhep Selimi, à des peines un peu plus courtes (18 et 13 ans de prison). Tous plaidaient non coupables et peuvent faire appel.
Des magistrats internationaux composent ce tribunal de droit kosovar, délocalisé à La Haye. L'acte d'accusation visait la période du conflit armé qui a opposé l'UÇK aux forces de la République de Yougoslavie, entre avril 1998 et août 1999. À l'issue d'une très longue enquête, après l'audition de 156 victimes et 30 000 pages de procédure, les juges ont conclu que les quatre accusés « sont pénalement responsables, en raison de leur contribution significative à une entreprise criminelle commune, de crimes de guerre pour détention arbitraire à l'encontre [d'au moins] 385 personnes, traitements cruels à l'encontre de 49 personnes, torture à l'encontre de 303 personnes et meurtre à l'encontre de 96 personnes. »
Reprenant la formule de l'historien Howard Zinn, « aucun drapeau n'est assez grand pour couvrir la honte de tuer des innocents », les magistrats ont souligné qu'une cause ou un contexte de guerre ne saurait justifier de s'en prendre à des civils, en l'occurrence essentiellement de supposés opposants d'autres partis albanais et des membres de minorités (Serbes et Roms pour l'essentiel). Les chambres relèvent aussi que « ce procès s'est déroulé dans un climat permanent d'intimidation des témoins ».
Âgé de 58 ans, M. Thaçi a participé à la fondation de l'UÇK dont il fut commandant en chef. Après l'intervention de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) et le retrait des forces serbes, il a été premier ministre de la province à plusieurs reprises, puis président de la République du Kosovo de 2016 à 2020, un État non reconnu par les Nations unies.
Présenté comme son « ami » par Bernard Kouchner, alors ministre des affaires étrangères, M. Thaçi a été très longtemps soutenu par les Occidentaux, et particulièrement les Français, en dépit des graves accusations dont il faisait l'objet depuis longtemps. En mars 2018, il était à Paris pour remettre la « médaille présidentielle du jubilé » à l'ancien président Nicolas Sarkozy et « la médaille de l'Ordre de la liberté » à l'ancien premier ministre Alain Juppé. Il indiquait à l'époque sur son compte Facebook : « L'avenir du Kosovo est assuré grâce à des amis issus de tout l'échiquier politique français qui, au fil des décennies, ont soutenu et encouragé la consolidation et le renforcement de l'État kosovar. » Lors des cérémonies du centenaire de l'armistice de novembre 1918, à Paris, il fut placé tout près du président Emmanuel Macron, dans la tribune principale des personnalités, tandis que le président serbe — un pays allié de la France pendant la première guerre mondiale — était relégué à une tribune secondaire.
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