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Et si l'essence atteignait 3 €, que se passerait-il ?

En octobre 2018, le gazole était à 1,52 € et le gouvernement annonçait six centimes et demi de plus. Le pays s'est arrêté. Il est aujourd'hui à 2,39 €, soit quatre-vingt-sept centimes au-dessus, et nous remplissons un formulaire avant le 30 septembre. La question du titre a donc déjà reçu une réponse : elle est désagréable.

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En octobre 2018, le litre de gazole valait un euro cinquante-deux, le sans-plomb 95 un euro cinquante-six. Le gouvernement avait programmé pour le 1er janvier suivant une hausse de la composante carbone : six centimes et demi sur le gazole, deux centimes neuf sur l'essence. Six centimes et demi. Le pays s'est couvert de gilets jaunes, les ronds-points ont été tenus pendant des mois, la hausse a été annulée, et l'on discute encore de ce que cet épisode a fait à la Ve République.

Le gazole est aujourd'hui à deux euros trente-neuf. Quatre-vingt-sept centimes de plus qu'en 2018 — treize fois la hausse qui avait mis le feu. Il n'y a pas de ronds-points.

Voilà le vrai sujet. Mais puisque la question porte sur trois euros, répondons-y d'abord, sérieusement, parce que personne ne le fait.

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Ce qu'il faudrait, exactement

Trois euros le litre, c'est soixante et un centimes au-dessus du prix d'aujourd'hui. Il y a trois routes pour y arriver, et elles n'ont rien à voir entre elles.

Par le baril. Ôtez la TVA : soixante et un centimes au détail font cinquante centimes de produit. Un baril contient cent cinquante-neuf litres ; à l'euro actuel, cela représente environ quatre-vingt-treize dollars de brut supplémentaires. Le Brent cote aujourd'hui autour de cent trois dollars, dans une fourchette qui oscille entre quatre-vingts et cent vingt depuis l'escalade iranienne de février. Il faudrait donc un Brent à cent quatre-vingt-quinze dollars — près du double d'aujourd'hui, et le tiers au-dessus du record historique de l'été 2008, qui n'a jamais été approché depuis.

Par la monnaie. À baril inchangé, il faudrait que l'euro tombe autour de soixante cents pour un dollar. Ce n'est pas une dépréciation, c'est un effondrement, et si nous en sommes là le prix du gazole ne sera pas notre préoccupation principale.

Par l'impôt. C'est la route courte, et elle ne dépend de personne d'autre que de nous. Cinquante centimes d'accise supplémentaires suffiraient — l'accise sur le gazole est aujourd'hui de soixante centimes et demi ; il s'agirait donc de la doubler, à peu près.

Retenez les deux chiffres et mettez-les côte à côte. Six centimes et demi ont suffi à arrêter la France en 2018. Il en faudrait cinquante pour atteindre trois euros.

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La réponse que personne n'aime

Alors, que se passerait-il ?

Rien. C'est la réponse honnête, et je voudrais qu'on la regarde en face avant de la refuser.

Aucun gouvernement ne prendra la route fiscale. Non par sagesse : par réflexe. 2018 les a vaccinés, et la vaccination a été si profonde qu'aucun ministre depuis huit ans n'a osé toucher à l'accise autrement que pour la baisser temporairement. La route fiscale est morte, et elle est morte d'une peur, pas d'une conviction.

Reste le choc extérieur. Et là, nous savons précisément ce qui se produirait, parce que cela s'est déjà produit en 2022 : l'État emprunterait, et il paierait. Remise à la pompe, chèque ciblé, plafonnement négocié avec les distributeurs, indemnité conditionnée à un seuil de revenu et à un nombre de kilomètres — le catalogue est écrit, il est prêt, il a déjà coûté plus de huit milliards d'euros que nous n'avions pas. À trois euros le litre, il coûterait le double, et nous ne l'aurions pas davantage.

Ce qui se passerait, donc : une ligne de plus au déficit, un formulaire de plus à remplir, et un pays qui s'ajuste en silence.

Le vrai chiffre de cet article

Car il s'est déjà passé quelque chose, et nous n'y avons pas pris garde.

Entre octobre 2018 et septembre 2026, le prix du gazole a augmenté de cinquante-sept pour cent. Dans le même temps, la réaction a diminué. En 2018, une hausse annoncée de six centimes et demi a produit une insurrection. En 2026, une hausse réalisée de quatre-vingt-sept centimes produit une démarche en ligne sur impots.gouv.fr, à effectuer avant le 30 septembre sous peine de forclusion — et dont la date limite a déjà dû être repoussée deux fois, faute de demandeurs assez empressés.

Le prix a monté. Le seuil de tolérance a monté plus vite.

C'est cela, le fait de la décennie, et il ne concerne pas le pétrole.

L'objection, et elle est sérieuse

On me dira que je vais vite, et que l'appel du 17 octobre est précisément là pour me contredire. Une vidéo publiée le 7 septembre sur un réseau social, trois cent mille mentions d'approbation, des appels qui se multiplient, un gouvernement qui a tenu ce lundi deux réunions de crise à Matignon. La colère serait donc intacte, simplement plus lente à s'organiser.

L'objection est bonne et je ne vais pas la balayer d'un revers de main. Il est parfaitement possible que je me trompe, et je n'ai aucun moyen de le savoir avant la date.

Mais je note une chose. En 2018, le mouvement est né sur des ronds-points, c'est-à-dire dans un lieu. On s'y rendait, on y restait, on y rencontrait des gens qu'on ne connaissait pas et avec qui l'on découvrait avoir quelque chose en commun. Un rond-point produit une durée et une assemblée. Une vidéo produit une audience. Ce n'est pas la même chose, et ce n'est pas une nuance : c'est toute la différence entre un mouvement et un chiffre.

Où est passée la colère

Elle n'a pas disparu. Elle a changé de destination.

Devant une dépense qui devient insupportable, un homme dispose de deux ressources : la voix et la sortie. Il peut protester, s'organiser, exiger — ou bien partir, contourner, se retirer de l'échange. La France de 2018 a choisi la voix. La France de 2026 choisit massivement la sortie, et elle le fait sans le dire à personne.

Cela ne se voit pas, parce que la sortie est silencieuse par nature. On ne bloque pas un dépôt pétrolier : on refuse le poste à quarante kilomètres, on renonce au déplacement chez les parents, on regroupe les courses sur une seule sortie, on déménage plus près, on achète une occasion plus sobre, on passe indépendant pour facturer ses trajets. Chacun de ces arbitrages est rationnel. Aucun n'est collectif. Et un million d'arbitrages rationnels et solitaires ne font pas un rapport de force — ils font un pays qui se replie sans bruit et qu'aucun ministre n'entend, puisque personne ne crie.

Il y a là une liberté réelle, et je ne vais pas la mépriser : sortir vaut mieux que subir, et c'est même, à mes yeux, le commencement de tout. Mais il faut voir l'autre face. Un peuple qui n'use plus que de la sortie a désarmé la voix. Il ne négocie plus rien. Il s'adapte à tout. Et un pouvoir qui ne rencontre plus d'obstacle finit par confondre l'absence de résistance avec l'assentiment.

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Nous avons fait le calcul

Il serait commode de s'arrêter ici, le lecteur bien rangé du bon côté.

Mais nous l'avons fait, ce calcul. Moi compris. Nous avons regardé le prix affiché, nous avons soupiré, et nous avons modifié discrètement notre semaine. Nous n'avons écrit à personne. Nous n'avons signé aucune pétition, appelé aucun élu, rejoint aucune assemblée. Nous avons ajusté, et nous nous en sommes plutôt bien tirés — ce qui est exactement le problème : nous nous en tirons, individuellement, assez bien pour n'avoir jamais à nous en occuper ensemble.

Et pendant ce temps, quatre-vingt-sept centimes.

Le seuil que plus personne ne connaît

En 2018, le seuil était connu de tous, y compris du gouvernement qui l'a franchi par mégarde : six centimes et demi de trop.

Aujourd'hui, personne ne sait où il est. Ni Bercy, qui empile des dispositifs en espérant ne pas le trouver. Ni ceux qui appellent au 17 octobre, et qui le sauront le jour même. Ni nous, qui répondons chaque mois à la question par un ajustement privé, sans jamais nous demander à quel prix nous cesserions d'ajuster.

C'est peut-être trois euros. C'est peut-être quatre, et c'est peut-être qu'il n'y en a plus. Je ne le sais pas, et je me méfie beaucoup de ceux qui affirment le savoir.

Ce que je sais, c'est qu'un pouvoir qui ignore où se trouve le seuil continuera d'avancer vers lui.

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Quels sont les enjeux de l'AGONU qui se tient en ce moment ?

Par Thibault de Varenne

Emmanuel Macron parle demain à New York. Ce sera vraisemblablement sa dernière fois, et il est le seul chef d'État du Conseil de sécurité à faire encore le déplacement chaque année. On y verra de la constance. On pourrait aussi y voir le signe d'une puissance à qui il ne reste que la tribune.

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Emmanuel Macron est arrivé à New York hier. Il parlera mardi 22 septembre, dans la matinée, à la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies — l'AGONU, dans le jargon du Quai d'Orsay. Ce sera selon toute vraisemblance son dernier discours à cet endroit : son mandat s'achève au printemps prochain. Les commentaires porteront sur l'Ukraine, sur le Proche-Orient, sur l'énergie, peut-être sur l'intelligence artificielle. On mesurera les applaudissements. On comptera les sièges vides.

Pendant ce temps, à quelques étages de là, se joue autre chose.

Il faut commencer par dire ce qu'est cette institution, parce qu'on en parle beaucoup sans jamais préciser ce qu'elle peut.

Ce que l'Assemblée peut, et ce qu'elle ne peut pas

L'Organisation des Nations unies compte deux organes qui comptent, et ils ne se ressemblent pas.

L'Assemblée générale réunit les cent quatre-vingt-treize États membres. Chacun y dispose d'une voix, le Vanuatu comme les États-Unis. Elle vote le budget de la maison, élit les membres non permanents du Conseil de sécurité, et adopte des résolutions qui n'obligent personne : elles recommandent, elles constatent, elles déplorent. Sa session s'est ouverte le 8 septembre. Elle est présidée cette année par Khalilur Rahman, du Bangladesh — la présidence tourne par région et ne confère aucun pouvoir propre, sinon celui de fixer l'ordre du jour des grandes réunions.

Le Conseil de sécurité compte quinze membres. Cinq y siègent à demeure depuis 1945 — la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Russie — et disposent chacun d'un veto, c'est-à-dire du pouvoir de bloquer seul n'importe quelle décision. Dix autres y passent deux ans à tour de rôle ; pour 2026 et 2027, ce sont Bahreïn, la Colombie, la République démocratique du Congo, la Lettonie et le Liberia. Le Conseil, lui, prend des décisions qui obligent. Il est le seul à le faire.

Le débat général est la semaine de discours qui s'ouvre demain et court jusqu'au 26 septembre, avec une séance de rattrapage le 28. Les chefs d'État s'y succèdent à la tribune dans un ordre réglé par la coutume. C'est la partie visible, celle qu'on filme. Le reste de la semaine est occupé par des réunions de haut niveau — le climat et le droit au développement le 23, l'élévation du niveau des mers le 24, la préparation aux pandémies le 25.

Le thème retenu cette année est : « Restaurer la confiance, gérer la transformation : une Organisation des Nations unies au service de tous. » Une institution qui annonce vouloir restaurer la confiance a déjà répondu à la question de savoir si elle l'avait perdue. Passons.

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Premier enjeu : le nom qu'on ne prononcera pas à la tribune

António Guterres achève son second mandat le 31 décembre. Son successeur prendra ses fonctions le 1er janvier 2027. C'est le seul poste au monde dont le titulaire parle au nom de l'humanité entière sans avoir jamais été élu par personne — et la manière dont on le désigne mérite qu'on s'y arrête.

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Faut-il quitter le Livret A pour un fonds monétaire ?

Par Vincent Clairmont

L'écart de taux entre la dette française et la dette allemande à dix ans a franchi 105 points de base le vendredi 18 septembre, pour la première fois depuis 2012. L'OAT dix ans s'établit autour de 4,55 %, le Bund allemand autour de 3,50 %. Une lectrice m'écrit qu'elle en tire la conclusion suivante : elle ne veut plus laisser sa réserve de précaution sur des livrets qui financent la Caisse des dépôts, elle conserve deux mois de dépenses en liquide et bascule les six autres sur un compte-titres, en fonds monétaires. Elle observe, à raison, que ces fonds rapportent aujourd'hui autant qu'un Livret A.

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Ma réponse : non, et pas pour la raison que vous croyez.

Spread à 100 points de base, BCE à 2,50 % : la revue patrimoniale du dimanche
Spread OAT-Bund à 100 pb, BCE à 2,50 %, PLF 2027 à 54 milliards : la revue patrimoniale du dimanche, chiffres datés et allocation par poste.

L'arithmétique, faite jusqu'au bout

Le Livret A sert 1,70 % depuis le 1er août 2026. Ce chiffre est net — ni impôt sur le revenu, ni prélèvements sociaux. C'est tout son intérêt, et c'est ce qu'on oublie en le comparant à un rendement brut.

En face, un fonds monétaire suit l'€STR (le taux auquel les banques de la zone euro se prêtent au jour le jour, référence du marché monétaire), qui s'établissait autour de 2,19 % fin août et converge vers 2,40 % après le relèvement du taux de dépôt de la BCE de 2,25 à 2,50 %, décidé le 10 septembre et applicable le 16. Retranchez les frais de gestion du fonds, de 0,10 à 0,50 % : vous obtenez entre 1,90 et 2,30 % bruts.

Puis appliquez le PFU — le prélèvement forfaitaire unique de 30 %, qui additionne 12,8 % d'impôt et 17,2 % de prélèvements sociaux, et qui frappe tout gain logé sur un compte-titres ordinaire. Il vous reste entre 1,33 et 1,61 % nets.

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Où est le seuil de bascule

C'est le calcul utile, et il tient en une division. Pour égaler 1,70 % nets, un fonds imposé au PFU doit servir 1,70 divisé par 0,70, soit 2,43 % nets de frais. Cela

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