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Ukraine : le front tient, c'est la table qui cède

22 October 2026 at 09:51

Par Thibault de Varenne

Le 16 octobre, Vladimir Poutine a dressé lui-même le bilan de son année de guerre. Pris au mot, ses chiffres décrivent une avance lente, pas un effondrement ukrainien. Cinq jours plus tard, à Saint-Pétersbourg, la suite se négociait loin du front, et sans l'Europe.

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Le 16 octobre, en visite au poste de commandement de ses troupes, Vladimir Poutine a donné trois chiffres. Depuis le 1er janvier, l'armée russe aurait pris 6 500 kilomètres carrés et 310 localités. La région de Louhansk serait entièrement conquise. Dans celle de Donetsk, l'Ukraine ne tiendrait plus qu'environ 10 % du territoire ; dans celle de Zaporijia, 16,5 %. C'est l'agence russe Sputnik qui rapporte ces chiffres.

Ce papier ne s'appuie que sur des sources russes, chinoises et indiennes. Il ne les discute pas. Il les prend au mot. Et, pris au mot, elles racontent autre chose que la victoire qu'elles annoncent.

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Qui parle, et de quoi

Trois lieux commandent l'affaire. Le Donbass d'abord, c'est-à-dire les deux régions de Louhansk et de Donetsk, à l'est de l'Ukraine, frontalières de la Russie : leur conquête est l'objectif officiel de Moscou depuis février 2022. Kramatorsk ensuite, grande ville de la région de Donetsk restée aux mains de Kiev, que l'armée russe cherche à atteindre. Zaporijia enfin, au sud, région dont le chef-lieu, sur le Dniepr, est toujours ukrainien.

Quatre hommes parlent. Vladimir Poutine, qui conduit la guerre. Volodymyr Zelensky, qui la subit et cherche à l'arrêter sans perdre davantage. Steve Witkoff, promoteur immobilier new-yorkais devenu l'envoyé spécial de Donald Trump pour l'Ukraine, qui fait la navette entre les deux. Iouri Ouchakov, conseiller diplomatique de Poutine, qui rend compte au public russe de ce qui se dit dans les salons du Kremlin.

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Ce que disent les chiffres de Moscou

Six mille cinq cents kilomètres carrés en 289 jours, cela fait 22 kilomètres carrés par jour. C'est un peu plus de 1 % du territoire ukrainien en dix mois. C'est, pour un lecteur parisien, la surface de Paris intra-muros tous les cinq jours. Ce n'est pas rien. Ce n'est pas une percée.

Les 310 localités sont, pour l'essentiel, des villages. Le ministère russe de la

Gaz russe : Bruxelles dit non à Washington, nos ports disent oui aux méthaniers

21 October 2026 at 16:27

Par Thibault de Varenne

Lundi, à Bruxelles, une porte-parole de la Commission répond aux émissaires de Donald Trump : « Notre position reste inchangée. » Pas de reprise des achats de gaz russe. En septembre, la France a importé pour 446 millions d'euros de gaz liquéfié russe, deux fois plus qu'en août. Le gaz européen coûte trois fois ce qu'il coûtait en février.

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Lundi 19 octobre, Paula Pinho, porte-parole de la Commission européenne, a été interrogée sur une proposition américaine. Elle a répondu en une phrase : « Notre position reste inchangée. » Ursula von der Leyen, a-t-elle ajouté, ne lèvera aucune restriction contre la Russie « tant que la guerre ne sera pas complètement terminée ». La phrase est nette. Elle a le mérite de la constance. Elle a aussi un prix, que la porte-parole n'a pas mentionné.

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Qui propose quoi

La proposition vient de Steve Witkoff et de Jared Kushner, les deux envoyés spéciaux que Donald Trump a chargés de négocier la fin de la guerre en Ukraine. Selon le New York Times du 17 octobre, repris par Meduza, ils ont soumis aux Européens deux idées liées : que l'Union recommence à acheter du gaz russe en quantité, et que l'Ukraine rouvre le transit par ses gazoducs, fermé depuis 2025. Kiev y retrouverait environ un milliard de dollars de droits de passage par an. Moscou y trouverait une raison de cesser le feu. Et les gouvernements européens, observent les deux émissaires, y gagneraient des électeurs moins exaspérés par leurs factures.

Ce n'est pas un geste isolé. Le 16 octobre, Donald Trump a suspendu une série de sanctions énergétiques contre la Russie quelques jours avant leur entrée en vigueur. Le Trésor américain avait déjà autorisé jusqu'en avril 2027 la vente de gazole russe. Washington a changé de pied ; il demande à l'Europe de le suivre.

En face, la Commission, qui propose les sanctions que les États votent, tient la ligne fixée au début de la guerre. À Berlin, un conseiller du chancelier Merz a répliqué que le gaz russe reste russe, même quand il passe par des

Rima Hassan ? ou la définition introuvable du terrorisme, sauf à Paris

19 October 2026 at 19:23

Par Eric V.

Un tweet du 26 mars, effacé depuis. Vingt-six morts dans le hall d'un aéroport, le 30 mai 1972. Deux jours d'audience et trois juges, à Paris. Depuis décembre 1972, l'ONU cherche ce qu'est un acte de terrorisme et n'a toujours pas trouvé. Le tribunal correctionnel de Paris, lui, n'a pas eu besoin de chercher. Pour combien de temps cette hybris parisienne ?

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J'ai passé mon après-midi de lundi dans la salle où l'on juge Rima Hassan. L'eurodéputée LFI est poursuivie pour apologie du terrorisme à cause d'un tweet du 26 mars, supprimé depuis, qui citait le Japonais Kozo Okamoto : « J'ai consacré ma jeunesse à la cause palestinienne », et « tant qu'il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir ». Okamoto est l'un des trois hommes de l'Armée rouge japonaise qui, le 30 mai 1972, ont ouvert le feu dans le hall de l'aéroport de Lod, près de Tel-Aviv : vingt-six morts, dont dix-sept pèlerins portoricains. Condamné à perpétuité en Israël, libéré en 1985 dans un échange de prisonniers, réfugié au Liban, il est mort à Beyrouth le 23 juillet, à 78 ans. Signalement du ministère de l'Intérieur, puis de l'Organisation juive européenne et de la Licra. Peine encourue, parce que c'était en ligne : sept ans de prison et 100 000 euros d'amende.

La prévenue a choisi de se taire. Elle a fait citer un témoin, Alexis Deswaef, avocat bruxellois, élu il y a un an président de la FIDH, qui plaide aussi devant la Cour pénale internationale. Il a dit la chose la plus simple de la journée. Le terrorisme, a-t-il expliqué à la barre, n'est pas une notion de droit international. Ce qui s'est passé à Lod en 1972 n'est pas un « attentat » : c'est un crime de guerre, commis dans un conflit armé contre des civils, et un crime de guerre est plus grave qu'un attentat. Je suppose que les parties civiles n'ont pas aimé le mot « guerre » : il suppose deux camps, là où elles veulent un assassin et des victimes. Le témoin, lui, parlait d'un texte qui n'existe pas.

À ne surtout pas manquer : le journal de jerusalem

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Le mot que 193 États cherchent depuis l'année de Lod

Au passage, il a même dit moins que la vérité. Le droit international n'ignore pas le terrorisme : il en cherche la définition depuis 1972, précisément. Quatre mois après Lod, trois jours après la prise d'otages de Munich, le secrétaire général Kurt Waldheim inscrit le terrorisme à l'ordre du jour de l'Assemblée générale. Le 18 décembre 1972, la résolution 3034 crée un comité spécial de trente-cinq membres chargé de définir le terrorisme — et, dans le même texte, « réaffirme le droit inaliénable à l'autodétermination » des peuples sous régime colonial et « la légitimité de leur lutte, en particulier celle des mouvements de libération nationale ». Soixante-seize voix pour, trente-cinq contre, dix-sept abstentions. Le comité s'est réuni jusqu'en 1979. Il n'a jamais rendu de définition.

En 1996, l'Inde a relancé le chantier : une convention générale sur le terrorisme international, que la Sixième Commission de l'ONU négocie depuis trente ans. Elle bute toujours sur le même article 18 : faut-il exclure du champ de la convention les armées des États, et les peuples qui luttent contre une « occupation étrangère » ? Les pays de l'Organisation de la coopération islamique disent oui, les Occidentaux disent non, et en octobre 2025 l'Inde parlait encore de « divergences étroites ». Cinquante-quatre ans après Lod, 193 États, pas une ligne.

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Trois juges, deux jours, aucune hésitation

Le tribunal correctionnel de Paris, lui, n'a pas ce problème. Le Code pénal français a sa définition à lui depuis 1986 : est terroriste tout crime ordinaire — meurtre,

Zelensky est-il en train de jouer avec le feu ?

15 October 2026 at 09:47

Par Thibault de Varenne

« Le verrou a sauté. C'est fini. » Ce matin, dans le Financial Times, Volodymyr Zelensky a annoncé que l'Ukraine reprenait ses frappes sur les raffineries russes. Elle les avait suspendues trois jours, après le « cessez-le-feu énergétique » proclamé dimanche par Donald Trump. Moscou ne l'a jamais accepté. Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a répondu par une question : « A-t-il été précisé ? » Pendant la pause, une attaque russe sur Kiev a mobilisé, selon la même source, 39 missiles balistiques et environ 120 drones. Six morts. Plus de 600 000 personnes privées d'électricité.

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Le 13 octobre, j'écrivais ici que trois choses rapprochaient l'Europe d'une guerre chaude avec la Russie : une date de guerre répétée à toutes les tribunes, un plan de riposte qui frapperait le sol russe, et l'absence de tout traité. J'ajoutais qu'ensemble, elles permettaient qu'un incident de frontière déclenche la guerre sans que personne l'ait décidée. Depuis ce matin, cet incident est devenu plus probable. Il faut dire pourquoi, et à qui revient l'allumette.

L'OTAN se rapproche-t-elle d'une guerre « chaude » avec la Russie ?
Tusk 2027, Rutte « cinq ans », l'Allemagne 2029 : l'Europe a donné une date à la guerre avec la Russie, et l'OTAN un plan pour frapper Kaliningrad. Comment un incident pourrait tout déclencher.
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Ce que Kiev a perdu en trois jours

Le Financial Times rapporte la version de Zelensky. Pendant la pause, les alertes américaines qui signalent le départ des missiles balistiques russes ont cessé d'arriver. Le réseau Starlink, par lequel communiquent une grande partie des unités ukrainiennes, a été ralenti dans tout le pays. Des militaires américains auraient prévenu : « Si vous n'arrêtez pas, nous bloquerons le renseignement. » On a parlé ensuite à Kiev d'une panne technique. « Ce n'était pas un problème technique, c'était une volonté », répond Zelensky.

La Maison-Blanche dément avoir coupé quoi que ce soit. Elon Musk, propriétaire de Starlink, a fait observer que le réseau militaire Starshield appartient au gouvernement américain, qui en fixe le débit. Chacun tirera de cette précision ce qu'il voudra. Le service a été depuis partiellement rétabli, selon les autorités ukrainiennes.

Retenons le fait, qui ne dépend d'aucune version : l'Ukraine reprend ses frappes à longue portée au moment où elle voit moins bien, communique moins bien, et ne sait plus si les yeux qu'on lui prêtait resteront ouverts demain.

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La route des drones longe l'OTAN

Il faut maintenant regarder une carte. Les cibles les plus rentables de Kiev sont les ports pétroliers russes de la Baltique, Ust-Luga et Primorsk, à l'ouest de Saint-Pétersbourg. Ils sont à quelques dizaines de kilomètres de l'Estonie et de la Finlande. Pour les atteindre, les drones partis d'Ukraine passent à proximité de la frontière de l'Alliance atlantique.

Ce printemps, l'Ukraine les a frappés à répétition. Entre le 23 mars et le 8 juin, on a compté une quinzaine d'incidents où des drones ukrainiens égarés sont tombés en territoire allié. Le 25 mars, l'un d'eux a touché la cheminée de la centrale électrique d'Auvere, en Estonie. Le 30 mars, un autre s'est écrasé près de Kouvola, en Finlande, avec une charge qui n'avait pas explosé. Le 7 mai, un troisième a explosé sur un dépôt pétrolier de Rēzekne, en Lettonie ; des écoles ont fermé, et le ministre letton de la Défense a démissionné. Le 19 mai, un F-16 roumain a abattu un drone au-dessus de l'Estonie. Le 8 juin, c'est un Rafale français qui en a détruit un au-dessus de la Lettonie. Kiev s'est excusé auprès d'Helsinki et a mis en cause le brouillage russe. Le 31 mars, le Kremlin avait menacé de riposter contre tout pays qui « prêterait » son espace aérien à ces frappes.

Un pilote français a donc déjà tiré, cette année, sur un engin entré dans le ciel de l'OTAN. Personne ne s'en souvient. C'est ainsi que les choses commencent.

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L'incident que les services ont décrit

Le 24 septembre, le renseignement militaire danois décrivait les formes que pourrait prendre une attaque russe limitée contre un pays de l'OTAN. L'une d'elles est une attaque sous faux drapeau avec des drones de fabrication ukrainienne. L'hypothèse est précise, et elle est terrible. Le jour où un drone tombera sur une

L'OTAN se rapproche-t-elle d'une guerre « chaude » avec la Russie ?

13 October 2026 at 10:10

Par Thibault de Varenne

Le 26 juillet 2025, à Pabianice, Donald Tusk annonçait qu'il fallait se préparer à un affrontement majeur avec la Russie dès 2027 (Blue News, d'après PAP). Le 5 novembre, devant le Sénat, le chef d'état-major des armées, le général Fabien Mandon, demandait de « se préparer à un choc d'ici trois, quatre ans » (Public Sénat). Le 11 décembre, à Berlin, Mark Rutte, secrétaire général de l'OTAN, était plus net encore : « Nous sommes la prochaine cible de la Russie », qui « pourrait être prête à employer la force militaire contre l'OTAN d'ici cinq ans » (Anadolu). En juin dernier, l'inspecteur général de l'armée allemande assurait que les trente-deux alliés s'accordaient sur une date : 2029 (National Security Journal).

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Hier, à Varsovie, le commandant suprême des forces alliées en Europe a présenté publiquement le plan par lequel l'Alliance briserait une invasion russe. En quinze mois, la guerre avec la Russie a reçu un calendrier. Elle a désormais un plan de bataille.

Ce que contient le très important discours de Poutine à Valdaï
Discours de Poutine à Valdaï, 1er octobre 2026 : ce qu’il a dit - c’est très important.
Poutine a-t-il raison de dire que l’ordre de 1945 est mort ?
À Valdaï, Poutine dit l’équilibre de 1945 effondré. Il a raison sur le constat, il en garde le siège et le veto. Pourquoi la France n’a pas intérêt à signer.
La nation contre la « communauté mondiale » : ce qu’a dit Marco Rubio à Athènes
À Athènes, Marco Rubio oppose la loyauté envers la nation à la « communauté mondiale ». Ce que dit le discours du 7 octobre, et comment il est lu.

Le calendrier des avertissements

Ces avertissements ne viennent pas de nulle part, et il faut commencer par le reconnaître. La Russie a tiré près de deux mille missiles balistiques sur l'Ukraine cette année, selon le commissaire européen à la défense (EU Perspectives). Des drones ont franchi l'espace aérien polonais et roumain. Des sabotages ont été signalés en Estonie et en Allemagne, que Moscou dément.

Le 24 septembre, le service de renseignement militaire danois, le FE, a publié l'évaluation la plus précise du lot. Il prévoit une escalade de la guerre hybride « dans les mois qui viennent » et juge « faible mais croissant » le risque d'une attaque militaire limitée contre un pays de l'OTAN voisin de la Russie : frappes isolées à longue portée contre des infrastructures qui servent à soutenir l'Ukraine, attaque sous faux drapeau avec des drones de fabrication ukrainienne, petites unités sans insignes franchissant une frontière (Nordic Defence Sector).

Le même service ajoute qu'il ne voit aucun signe de préparation d'une invasion, laquelle demanderait au moins six mois. Mark Rutte lui-même a reconnu, début octobre, qu'aucun élément ne laissait présager une invasion conventionnelle imminente (Business AM). Le général Grynkewich ne juge le conflit « ni imminent ni inévitable ».

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Pouvoir n'est pas vouloir

Toute la difficulté tient dans un verbe. Les évaluations sérieuses parlent de ce que la Russie pourra faire en 2029. Le discours public dit ce qu'elle va faire. Le passage de l'un à l'autre ne se fait dans aucun rapport ; il se fait à la tribune, entre la note des services et la phrase du ministre. On ne prépare pas un budget de défense avec un conditionnel.

Je ne soupçonne personne de mentir. Une capacité qui se reconstitue est une menace réelle, et un gouvernement qui ne s'y préparerait pas manquerait à son premier devoir. Mais une date annoncée à voix haute produit des effets que la prudence aurait dû peser. Elle fixe un horizon aux budgets : être prêt en 2030, dit l'Union. Elle en fixe un aussi à l'adversaire. Si l'Europe sera prête en 2030, celui qui veut l'éprouver sait qu'il a intérêt à le faire avant. En 1914, l'état-major allemand raisonnait exactement ainsi devant le réarmement russe annoncé pour 1917. La prophétie d'une guerre à date fixe travaille à se réaliser.

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Ce que prévoit la riposte

Le plan présenté hier tient en trois verbes : bloquer l'invasion au point d'attaque, l'émousser par les drones et les capteurs, puis la briser en frappant « tout ce qui soutient, alimente et commande cette force » (Stars and Stripes). Il est présenté comme défensif, et il l'est dans son déclenchement : rien ne bouge avant une attaque.

C'est la troisième phase qui change la nature de l'affaire. Selon Meduza, elle prévoit des missiles à longue portée contre les postes de commandement et les défenses aériennes russes de la région de Kaliningrad, des environs de Saint-Pétersbourg et de Biélorussie. Il s'agit du territoire russe. Or la doctrine nucléaire russe, révisée en novembre 2024, admet l'emploi de l'arme en cas de « menace critique » contre la souveraineté ou l'intégrité territoriale de la Russie ou de la Biélorussie, et range parmi les situations dangereuses l'isolement d'une partie de son territoire (Carnegie). Kaliningrad est une enclave. Le plan de l'OTAN vise précisément les lieux que la doctrine adverse a désignés comme intolérables.

Il faut y ajouter un mot prononcé à Bruxelles. En décembre 2025, l'amiral Giuseppe Cavo Dragone, qui préside le comité militaire de l'Alliance, envisageait qu'une « frappe préemptive » puisse être tenue pour une « action défensive » face aux attaques hybrides, tout en concédant que l'idée s'écartait « de notre façon normale de penser » (Kyiv Independent, d'après le Financial Times). La préemption frappe une attaque imminente. La prévention frappe une menace future, et la Charte des Nations unies l'interdit. Dans la guerre hybride, où personne ne sait dire le jour où une invasion commence, la frontière entre les deux tient à l'appréciation d'un état-major.

Le scénario qui devrait inquiéter

Rapprochons les pièces. Le scénario que le renseignement danois juge le plus

« Touche ton nez devant tout le monde » : à 71 ans, il a obtenu 1 000 $ de l'hôpital qui l'avait humilié

13 October 2026 at 08:20

Au Canada, le 2 septembre 2025, Alain Dupuis sort d’une séance d’inhalothérapie à l’Hôpital de Saint-Georges, en Beauce ( Québec). Deux agents de sécurité le retiennent, menacent d’appeler la police et lui font toucher son nez devant des passants. Il faudra un an, deux recours et un juge pour obtenir 1 000 $ canadiens sur les 5 000 réclamés. Et surtout pour faire reconnaître une atteinte à sa dignité, ce patient aura dû affronter l’institution censée le soigner.

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L’affaire révèle les rapports de force qui peuvent s’installer entre un usager et un établissement public lorsque des agents outrepassent leurs prérogatives présumées, puis que la hiérarchie tarde à reconnaître les faits.

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Un contrôle improvisé dans un couloir d’hôpital

Le 2 septembre 2025, Alain Dupuis sort d’un rendez-vous d’inhalothérapie à l’hôpital de Saint-Georges, en Beauce. Consommateur de cannabis à des fins médicales, il est intercepté après qu’une inhalothérapeute s’est plainte d’une odeur.

Deux agents de sécurité l’empêchent alors de partir et menacent d’appeler la police s’il quitte les lieux. Ils lui demandent ensuite de toucher son nez avec son doigt, un exercice de coordination effectué devant des passants. La scène s’apparente à un contrôle d’aptitude improvisé, sans que les agents disposent nécessairement des pouvoirs policiers correspondants.

Autre élément troublant : aucun rapport d’événement n’est rédigé le jour même. Le document ne sera établi que 21 jours plus tard. Ce délai soulève une question élémentaire de traçabilité : comment garantir un examen impartial des faits lorsque leur consignation n’est pas immédiate ? L’institution s’auto-blanchit.

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L’institution se dédouane, le juge tranche

«Humilié», le patient poursuit Santé Québec, le commissariat aux plaintes de l’établissement conclut d’abord que les allégations sont « non fondées ». Il faut attendre juin 2026 pour que le Protecteur du citoyen donne raison au patient et recommande de rappeler aux agents les limites de leurs pouvoirs.

Le 24 septembre 2026, la cour des petites créances lui accorde finalement 1 000 dollars canadiens, sur les 5 000 réclamés pour atteinte à sa liberté, à sa dignité et à sa vie privée. Cette indemnisation ne couvre qu’une partie de sa demande, mais la décision marque une reconnaissance judiciaire du préjudice invoqué.

Le coût de cette reconnaissance dépasse toutefois le montant obtenu : une année de démarches, plusieurs recours et la nécessité de solliciter une autorité extérieure pour faire examiner une plainte initialement rejetée par l’établissement lui-même.

Cette décision ne répare pas l’humiliation. Elle rappelle surtout que dans un hôpital public, le patient est présumé coupable par ceux qui le soignent. Quand le monopole de soins confond sécurité et discipline, la liberté ne se négocie plus dans le soin, mais devant un juge. Le Québec donne une leçon de droit ; la France, qui connaît les mêmes administrations sanitaires, ferait bien de regarder.

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Trump s'apprête-t-il à débrancher Zelensky ?

12 October 2026 at 09:49

Par Thibault de Varenne

Samedi et dimanche, des responsables américains de la défense ont téléphoné à Kiev et à plusieurs capitales européennes. Selon le Financial Times, qui cite des officiels européens, le message tenait en deux menaces. Si l'Ukraine continue de frapper les raffineries russes, Washington bloquera les armes que les Européens achètent pour elle aux États-Unis. Il cessera aussi de lui transmettre son renseignement. « Ils appellent Kiev. Ils appellent tout le monde en Europe », a résumé l'un des destinataires. La Maison-Blanche n'a ni confirmé ni démenti.

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Le même week-end, Donald Trump a déclaré que l'Ukraine devait « se trouver un nouveau président ». Dimanche, il a annoncé seul un « cessez-le-feu énergétique » dont Kiev n'avait pas entendu parler. La question du titre se pose. Elle en appelle une autre, plus utile : dans quel état est l'homme qu'on menace de débrancher ?

Pourquoi Trump a un besoin crucial du pétrole de Poutine
Le 9 octobre, Trump a obtenu de Poutine du gazole russe malgré les sanctions. Prix records, raffineries saturées, élections du 3 novembre : les chiffres qui expliquent l’accord.
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Qui tient quoi

Washington. Donald Trump affronte le 3 novembre les élections de mi-mandat avec un gazole à plus de six dollars le gallon. Le 9 octobre, il a obtenu de Vladimir Poutine des livraisons de gazole russe, et suspendu pour cela une partie des sanctions. Élise Rochefort a détaillé ce matin, dans ces colonnes, les chiffres de cet accord. Une seule chose compte ici : chaque raffinerie russe en feu retarde le gazole promis aux électeurs américains.

Kiev. Volodymyr Zelensky dispose de drones à longue portée qui frappent les raffineries russes depuis des mois. Ils ont contraint Moscou à interdire ses propres exportations de gazole en juillet. C'est la seule arme ukrainienne qui coûte de l'argent au Kremlin chaque jour, loin du front.

Moscou. Vladimir Poutine frappe de son côté le réseau électrique ukrainien. Samedi, un bombardement russe sur Zaporijia a tué 23 personnes, dont quatre enfants. L'accord du 9 octobre lui rapporte des recettes et un interlocuteur attentif à la Maison-Blanche.

Les Européens. Ils paient. Le PURL, la liste des besoins prioritaires de l'Ukraine, est le mécanisme par lequel des pays européens achètent des armes américaines livrées à Kiev. Il a fourni 6,7 milliards de dollars d'armement en un an. L'Europe règle la facture, et Washington décide de la livraison. Kaja Kallas, chargée de la diplomatie de l'Union, a répondu samedi que « ce n'est pas le moment de relâcher la pression sur la Russie ».

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La menace a déjà servi

Washington a déjà mis ce chantage à exécution. Le 28 février 2025, Volodymyr Zelensky avait été éconduit du Bureau ovale. Le 3 mars, l'aide militaire américaine était suspendue, et le partage de renseignement le fut à son tour. Le 11 mars, à Djeddah, Kiev acceptait le principe d'un cessez-le-feu, et l'aide reprenait. La suspension avait duré huit jours.

Le renseignement est le levier qui compte. Une arme se rachète ailleurs, plus cher et plus tard. Les images satellites et les interceptions américaines qui guident une partie des frappes ukrainiennes n'ont pas d'équivalent à vendre.

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Panique de Zelinsky ou pas ?

Les raisons de paniquer existent. Selon l'Institut international de sociologie de Kiev, qui a interrogé 1 002 personnes du 12 au 21 septembre, 53 % des Ukrainiens

Pourquoi Trump a un besoin crucial du pétrole de Poutine

12 October 2026 at 09:15

Par Élise Rochefort

Le vendredi 9 octobre 2026, Donald Trump a annoncé sur son réseau social qu'il avait conclu un accord avec Vladimir Poutine lors d'un appel téléphonique. La Russie s'engage à livrer du gazole aux États-Unis et au reste du monde. Le jour même, le Trésor américain a autorisé ces livraisons malgré les sanctions. Le Kremlin a confirmé être « prêt à fournir du pétrole et des produits pétroliers aux marchés américain et mondial ». Le pétrole dont il est question est donc avant tout du gazole, le carburant appelé diesel aux États-Unis. Cette fiche explique pourquoi le président américain en a besoin, et ce que l'accord peut réellement changer.

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Ce qui a été annoncé

Selon le message de Donald Trump rapporté par The National, la Russie livrera immédiatement plus de 300 000 tonnes de gazole. Elle en livrera ensuite 500 000 tonnes en novembre, puis un million de tonnes. Le président américain évoque trois millions de tonnes « dans un court délai », selon l'état des raffineries russes. Une raffinerie est l'usine qui transforme le pétrole brut en carburants. Les comptes rendus ne disent pas tous la même chose : selon les journaux, ces trois millions de tonnes sont soit le total, soit une livraison supplémentaire.

Le Trésor américain a publié une licence, c'est-à-dire une exception écrite aux sanctions. Elle autorise jusqu'en avril 2027 la vente, la livraison et l'importation de gazole russe aux États-Unis. Elle n'autorise aucun mouvement sur les comptes de la banque centrale russe. Les États-Unis n'avaient plus importé de carburant russe depuis mars 2022. Le lendemain, 10 octobre, Moscou a levé en partie l'interdiction d'exporter du gazole qu'elle s'était imposée en juillet. La levée porte sur 500 000 tonnes.

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Le gazole, carburant de ceux qui produisent

Aux États-Unis comme en France, le gazole fait rouler les camions, les tracteurs, les moissonneuses, les trains de marchandises et les bateaux. Quand il augmente, le prix du transport augmente, puis celui de presque tout ce qui est transporté.

Le 9 octobre, le gazole coûtait en moyenne 6,23 dollars le gallon aux États-Unis, selon l'association d'automobilistes AAA. Un gallon fait 3,785 litres. Cela fait environ 1,65 dollar le litre. Les taxes sur le carburant sont beaucoup plus faibles aux États-Unis qu'en France. Le prix avait atteint un record de 6,52 dollars le 22 septembre. Un an plus tôt, il était de 3,67 dollars, soit une hausse d'environ 70 % en un an.

La hausse arrive pendant les récoltes. Dans le sud-est du Missouri, l'agriculteur Tory Meyr a payé son gazole 60 % plus cher que l'an dernier. Il possède trois camions semi-remorques, et faire le plein de chacun lui coûte environ 1 500 dollars. Donald Trump vise directement ce public : « Faire baisser les prix pour les Américains, en particulier nos grands agriculteurs, éleveurs et routiers, est ma plus grande priorité. »

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Pourquoi l'Amérique manque de gazole alors qu'elle produit un record de pétrole

Washington sanctionne la Cour pénale internationale. La France y a un juge, et il n'a plus de carte bancaire

10 October 2026 at 09:11

Par Thibault de Varenne

Le 9 octobre au matin, le comité Nobel a donné le prix de la paix à Navi Pillay, ancienne juge de la Cour pénale internationale. L'après-midi, Marco Rubio a inscrit la Cour elle-même sur la liste des entités sanctionnées par le Trésor américain. Un juge français y siège. Depuis le 20 août 2025, il n'a plus de carte Visa, plus de compte PayPal, plus de compte Amazon. Paris a « condamné ». C'est tout.

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Le 9 octobre, à Oslo, vers onze heures, le comité Nobel a nommé Navi Pillay, juge sud-africaine qui siégea à la Cour pénale internationale de 2003 à 2008. Le même jour, à Washington, en fin d'après-midi, le secrétaire d'État a désigné la Cour comme entité sanctionnée. Les deux nouvelles ne se répondaient pas officiellement. Elles tiennent dans la même journée.

Marco Rubio a dit la phrase qui compte : « Ou bien la Cour cesse ses menaces, ou bien nous mettrons fin à la Cour. » Il a ajouté « tribunal voyou », et « brique par brique » s'il le faut.

Les États-Unis n'ont jamais adhéré à cette Cour. Ils entendent pourtant décider de sa fin.

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Ce qu'est cette Cour, et ce que fait une sanction

La Cour pénale internationale siège à La Haye. Elle est née d'un traité signé à Rome le 17 juillet 1998, par cent vingt États contre sept ; parmi les sept, les États-Unis, la Chine et Israël. La France l'a ratifié en juin 2000. Cent vingt-cinq États en sont aujourd'hui parties. Ni Washington ni Jérusalem.

Tout le différend tient dans une clause. La Cour se dit compétente pour les crimes commis sur le territoire d'un État partie, quelle que soit la nationalité de l'accusé. C'est ainsi qu'elle a pu enquêter sur des soldats américains en Afghanistan, et délivrer en novembre 2024 des mandats d'arrêt contre Benjamin Netanyahou et Yoav Gallant pour des faits commis à Gaza. Washington répond qu'un traité n'engage pas ceux qui ne l'ont pas signé. Les deux positions se défendent en droit. Elles ne se départagent pas en droit.

Elles se départagent par le dollar. Le 6 février 2025, Donald Trump a signé le décret 14203, fondé sur une loi d'urgence nationale conçue pour l'Iran, la Corée du Nord et Al-Qaïda. Un nom inscrit sur la liste voit ses avoirs gelés aux États-Unis ; toute personne ou entreprise américaine qui traite avec lui commet un délit ; tout étranger qui lui apporte un « soutien matériel » peut être inscrit à son tour. Dix-sept juges et procureurs y figuraient déjà. Depuis vendredi, la Cour entière. Le Trésor a accordé des licences de cent quatre-vingts jours pour que l'institution continue de fonctionner, « afin de laisser aux États parties le temps de présenter une solution ». La loi de 2002 qui autorise le président à employer « tous les moyens nécessaires » pour libérer un Américain détenu à La Haye s'appelle, au Congrès même, le Hague Invasion Act.

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Ce que cela fait à un Français

Nicolas Guillou est né à Vannes en 1975. Magistrat de l'ordre judiciaire, il a été élu juge à la Cour en 2023 sur présentation de la France. Il a siégé dans la chambre qui a délivré les mandats contre Benjamin Netanyahou. Le 20 août 2025, Marco Rubio l'a inscrit sur la liste, avec une Canadienne, une Fidjienne et un Sénégalais.

Bruxelles: sept milliards d'euros mal dépensés, et les auditeurs disent non pour la septième année de suite

La Cour des comptes européenne refuse, pour la septième année consécutive, de certifier les dépenses du budget de l’Union. Taux d’erreur : 3,8 %, au-dessus du seuil de 2 %. Près de 7 milliards d’euros ont été engagés irrégulièrement sur 176,3 milliards d’euros de dépenses.

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Le 8 octobre 2026, le rapport annuel sur l’exercice 2025 est publié. Il ne qualifie pas ces faits de fraude. Il établit que le contrôle reste défaillant, année après année, sans correction à la hauteur.

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Sept années d’erreurs, sans amélioration notable

Dans son rapport annuel sur l’exercice 2025, la Cour des comptes européenne estime le taux d’erreur à 3,8 %, contre 3,6 % en 2024. Ce niveau dépasse largement le seuil de signification de 2 % retenu par les auditeurs pour apprécier la régularité des dépenses. Sur 176,3 milliards d’euros de dépenses budgétaires, près de 7 milliards sont ainsi concernés par des irrégularités.

Annemie Turtelboom, membre belge de la Cour, résume cette stagnation : « c'est vrai qu'on constate chaque année que le taux d'erreur est assez élevé et que ça ne diminue pas ». Les irrégularités atteignent 6,6 % pour la cohésion et 3,9 % pour les ressources naturelles et l’environnement, deux domaines qui représentent ensemble environ les deux tiers du budget européen.

La Cour précise toutefois que son taux d’erreur n’est « pas un indicateur de fraude, d’inefficience ou de gaspillage ». Il mesure des manquements aux règles de dépense, sans établir à lui seul une fraude ou une mauvaise utilisation économique des fonds. Les auditeurs ont également examiné 750 opérations et 37 paiements du plan de relance aux États membres, dont neuf n’étaient pas conformes aux règles.

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Des marchés publics aux justificatifs introuvables

Les marchés publics et les subventions représentent 26 % des cas d’irrégularité, contre 16 % l’année précédente. L’absence de pièces justificatives constitue la deuxième cause, avec 19 % des cas, contre 9 % auparavant. Autrement dit, une part importante des anomalies tient à l’incapacité de produire les documents nécessaires pour établir la régularité des dépenses.

La Cour précise que son taux d’erreur n’est « pas un indicateur de fraude, d’inefficience ou de gaspillage ». Les 17 cas de fraude présumée transmis aux autorités sont un chiffre distinct. Annemie Turtelboom, membre belge de la Cour, le reconnaît : « c’est vrai qu’on constate chaque année que le taux d’erreur est assez élevé et que ça ne diminue pas ».

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L’encours constaté de la dette de l’Union atteint 738,9 milliards d’euros. La projection d’un montant proche de 1 000 milliards pour 2027 ne relève pas d’un encours observé. À Bruxelles, les irrégularités dans l’attribution et l’usage des fonds sont devenues une routine comptable. Les élites européennes demandent toujours plus de ressources, mais refusent de rendre des comptes certifiables. Pour la France, rester dans ce cadre signifie financer un budget que les auditeurs eux-mêmes ne valident pas. Le Frexit devient une condition de ce contrôle.

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Poutine a-t-il raison de dire que l'ordre de 1945 est mort ?

8 October 2026 at 09:51

Par Thibault de Varenne

Le 1er octobre, devant le club de Valdaï, Vladimir Poutine a déclaré que l'équilibre né de la Seconde Guerre mondiale s'était effondré avec l'Union soviétique et que ses institutions ne reflétaient plus le monde. Six jours plus tard, à Athènes, le secrétaire d'État américain concluait au même endroit. La France tient son rang de cet ordre-là.

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Le 1er octobre, près de Moscou, Vladimir Poutine a parlé devant le club de Valdaï. Le 7, à Athènes, Marco Rubio a parlé face à l'Acropole. Les deux discours ne se répondaient pas. Ils arrivent pourtant au même point : le monde réglé en 1945 a cessé de l'être.

Quand Moscou et Washington tombent d'accord sur un décès, il est prudent de demander qui hérite.

Ce que contient le très important discours de Poutine à Valdaï
Discours de Poutine à Valdaï, 1er octobre 2026 : ce qu’il a dit - c’est très important.
La nation contre la « communauté mondiale » : ce qu’a dit Marco Rubio à Athènes
À Athènes, Marco Rubio oppose la loyauté envers la nation à la « communauté mondiale ». Ce que dit le discours du 7 octobre, et comment il est lu.
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Ce qu'il a dit, et de quoi il parlait

Le club de Valdaï est un cercle de réflexion russe qui réunit chaque automne des universitaires et d'anciens diplomates de tous pays ; le président russe y prononce son discours de doctrine de l'année. C'était la vingt-troisième réunion.

Le compte rendu publié par le Kremlin donne les phrases. Les institutions qui ont bien fonctionné après la Seconde Guerre mondiale « ne reflètent plus la réalité ». Beaucoup de normes établies ont été « mises au rebut », et les nouvelles ne sont pas apparues. Puis, en réponse à une question : « Le système qui s'est formé après la Seconde Guerre mondiale reposait sur l'équilibre des forces entre les pays vainqueurs. Puis l'Union soviétique a été abattue, et cet équilibre s'est effondré. » La formation d'un nouvel ordre mondial, a-t-il conclu, est inévitable.

L'ordre dont il parle tient en un texte : la Charte des Nations unies, signée à San Francisco le 26 juin 1945. Elle pose une règle et une exception. La règle interdit à un État d'employer la force contre un autre, sauf pour se défendre. L'exception confie au Conseil de sécurité le pouvoir de l'autoriser, et donne à cinq vainqueurs un siège permanent et un droit de veto : les États-Unis, l'Union soviétique, la Chine, le Royaume-Uni, la France.

Il y a donc deux choses dans ce qu'on appelle l'ordre de 1945. Un équilibre entre puissances, et une règle. Le président russe a parlé du premier. C'est sur la seconde que tout se joue.

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Sur l'équilibre, il a raison

L'équilibre est mort en décembre 1991, et personne ne le conteste sérieusement.

Ce qui a suivi lui donne raison plus qu'on n'aime le dire à Paris. En mars 1999, l'OTAN a bombardé la Yougoslavie sans autorisation du Conseil de sécurité ; il l'a rappelé à Valdaï, et c'est exact. En 2003, les États-Unis ont envahi l'Irak dans les mêmes conditions. En 2011, un mandat voté pour protéger des civils libyens s'est achevé sur la chute d'un régime. En février dernier, les États-Unis et Israël ont engagé une guerre contre l'Iran sans autorisation du Conseil.

Deux fois sur quatre, la France en était. Une fois, en 2003, elle a refusé, et sa voix a porté ce jour-là plus loin qu'elle n'avait porté depuis longtemps. Elle défendait la règle contre son allié.

Ceux qui ont enterré la règle les premiers sont mal placés pour reprocher à un autre de constater le décès.

Ce qu'il garde de l'ordre défunt

Reste que le constat est sélectif.

La nation contre la « communauté mondiale » : ce qu'a dit Marco Rubio à Athènes

8 October 2026 at 09:36

Par Élise Rochefort

Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a prononcé le 7 octobre 2026 un discours sur la colline de la Pnyx, à Athènes, face à l'Acropole. C'est sur cette colline que se réunissait l'assemblée des citoyens athéniens. Le discours s'inscrit dans une tournée de trois pays membres de l'OTAN, l'Islande, la Grèce et le Portugal. Le matin, Marco Rubio avait rencontré son homologue Giorgos Gerapetritis et signé un accord d'échange de renseignements sur le terrorisme et le trafic de drogue. Cette chronique repose sur les extraits diffusés par le département d'État et repris par les agences. Le texte intégral n'a pas pu être consulté.

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Le diagnostic

Marco Rubio décrit l'Occident à un « point d'inflexion ». La dépêche de l'agence Belga traduit ainsi le passage : « Aujourd'hui, nous nous trouvons à la croisée des chemins. La voie que nous emprunterons déterminera si l'Occident conservera sa place à la tête du monde. » Il cite le retour de la compétition entre grandes puissances, le terrorisme et la concurrence technologique. L'alternative est formulée en une phrase : choisir d'agir maintenant, ou perdre la possibilité de choisir. L'autre voie est décrite par trois mots : atrophie, servitude, déclin.

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La nation et la « communauté mondiale »

C'est le passage dont le titre est tiré. Selon les extraits remis à l'avance à l'agence Associated Press, Marco Rubio conteste l'idée, qu'il dit en vogue, selon laquelle une politique étrangère éclairée ferait passer la « communauté mondiale » avant son propre peuple. Il affirme que les Grecs de l'Antiquité savaient qu'il n'y a « rien d'égoïste ni de répréhensible dans la loyauté envers sa nation ».

Le discours dresse ensuite une liste de renoncements. Les extraits publiés en donnent six : le mot « nationalisme » est devenu « un gros mot » ; les enfants ont appris à avoir honte des pays dont ils hériteront ; l'Occident a condamné sa propre histoire ; il a ouvert ses frontières ; il a délocalisé son industrie ; il a laissé dépérir ses armées. Un septième vise les institutions : des décisions ont été transférées à des « bureaucraties mondiales » situées hors du contrôle des nations.

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Le choix américain

« Sous le président Trump, les États-Unis ont fait leur choix », déclare Marco Rubio. Il le nomme : la poursuite « sans complexe » de la puissance nationale. Il en énumère le contenu : reprise du contrôle des chaînes d'approvisionnement,

7 octobre : Nétanyahou avait-il été prévenu ? ou les 45 minutes qu'il nie

6 October 2026 at 09:00

Par Thibault de Varenne

Dix jours avant le 7 octobre 2023, le président des Émirats aurait appelé Benyamin Nétanyahou pendant quarante-cinq minutes pour le prévenir que le Hamas préparait « un événement majeur ». Trois journaux l'écrivent depuis septembre. Lui répond qu'il n'a pas parlé à cet homme pendant cette période. Un appel entre deux chefs d'État laisse un registre. Depuis trois ans, il refuse la seule commission qui pourrait l'ouvrir.

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Le 8 septembre, le quotidien israélien Haaretz a publié les bonnes feuilles d'une enquête de deux journalistes, Shlomi Eldar et Ruth Yuval. On y lit qu'à la fin de septembre 2023, une dizaine de jours avant l'attaque, le président des Émirats arabes unis, Mohammed ben Zayed, a téléphoné à Benyamin Nétanyahou. L'appel aurait duré quarante-cinq minutes. Un conseiller présent le résume ainsi : « L'émir a expliqué que, selon son évaluation, Sinwar préparait un événement majeur. Il a dit à Nétanyahou qu'Israël devait se tenir prêt. » Yahya Sinwar était alors le chef du Hamas à Gaza.

Selon le même récit, le chef du gouvernement a rassuré son interlocuteur et n'a transmis l'avertissement ni à son ministre de la Défense, ni au chef d'état-major, ni aux directeurs du Shin Bet et du Mossad, les deux services de renseignement du pays. Le New York Times a confirmé l'appel le 25 septembre.

Le bureau du Premier ministre a répondu : « Un mensonge absolu. » Puis : Nétanyahou « n'a pas parlé au président des Émirats arabes unis pendant la période en question et n'a reçu aucun avertissement de sa part ».

Israël vote le 27 octobre. Les témoins qui parlent aujourd'hui ont presque tous un compte à régler avec lui, et plusieurs ont eux-mêmes failli ce jour-là. Je m'en tiendrai donc aux dates, aux documents, et à ce que lui-même a répondu chaque fois.

7 octobre : Nétanyahou avait-il été prévenu ? ou les 45 minutes qu'il nie
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Août 2018 : les valises du Qatar

Il faut commencer cinq ans plus tôt, avec l'enquête que la cellule investigation de Radio France a publiée le 2 octobre.

Le 5 août 2018, Nétanyahou annonce à ses ministres qu'un émissaire qatari, Mohammed Al-Amadi, atterrira désormais chaque mois à l'aéroport Ben-Gourion et gagnera Gaza avec des valises de billets. Trente millions de dollars par mois : un

Ce que contient le très important discours de Poutine à Valdaï

3 October 2026 at 11:16

Par Thibault de Varenne

Le 1er octobre 2026, Vladimir Poutine a pris la parole en séance plénière de la 23e réunion annuelle du club de discussion Valdaï, sur le thème « Responsabilité pour l'avenir : limites du possible ou possibilités illimitées ? ». La séance, animée par Fiodor Loukianov, directeur de recherche de la fondation du club, a duré trois heures vingt selon l'enregistrement vidéo du Kremlin ; elle a comporté un discours, puis des questions du modérateur et de la salle. Le club indique 120 participants venus de 40 pays. La réunion, tenue à Sotchi depuis 2014, a été déplacée cette année dans la région de Moscou. La transcription anglaise a été mise en ligne par le Kremlin le 1er octobre à 21 h 30, avec la mention « à suivre » pour la fin des questions ; sa dernière mise à jour datait du 2 octobre à 20 h 31. Le rapport annuel du club, présenté par le modérateur, s'intitule « Don't Panic ».

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Le discours, dans l'ordre du texte

Diagnostic. Le monde est « à un tournant décisif de son développement ». Les transformations touchent « pratiquement tous les domaines de la technologie », les structures sociales, le climat, la médecine, la science militaire, la bioéthique, l'énergie, la démographie, la numérisation et l'intelligence artificielle. « Nous entrons dans une réalité entièrement nouvelle et sans précédent. »

Instabilité. Pour tout État, « la stabilité intérieure est toujours plus importante que tout le reste » ; pour la préserver, des gouvernements peuvent « exporter l'instabilité ». « Quel que soit le scénario, les conflits internationaux vont malheureusement probablement se poursuivre. »

Thèse centrale. « À long terme, à mesure que le monde s'éloigne de l'hégémonie occidentale, la situation internationale s'améliorera progressivement, vers un ordre international multipolaire plus stable, plus démocratique et plus libre. » Plus loin : « L'ancien hégémon devra inévitablement reconnaître les réalités d'un monde multipolaire » et « apprendre à coopérer avec les pays de la majorité mondiale ».

Institutions. Les mécanismes de régulation existants « ne remplissent plus pleinement leur fonction », « non parce qu'ils seraient mauvais, mais parce que les conditions dans lesquelles ils ont été créés ont changé ».

Sur l'ONU : « un groupe étroit de pays occidentaux exerce une influence disproportionnée », « une minorité mondiale » qui « cherche à s'approprier des fonctions d'administration ». La Russie « continue de soutenir l'idée d'une réforme équitable des Nations unies », mais « une telle réforme est impossible sans consensus interne, difficile à atteindre aujourd'hui » ; elle plaide pour « un rôle bien plus important » des pays d'Asie, d'Afrique, d'Amérique latine et du Moyen-Orient, et pour une réforme qui porte aussi sur « la substance de l'Organisation, ses priorités ». « Les institutions qui ont bien fonctionné après la Seconde Guerre mondiale ne reflètent plus la réalité du deuxième quart de ce siècle. Est-il possible de les réformer ? La question reste ouverte. »

Les BRICS et les associations régionales ont « de grandes perspectives », mais « beaucoup de travail à faire pour définir leur fonctionnalité » et « les limites de leurs propres capacités ». Le monde n'est pas pour autant « condamné au chaos » : « un monde régulé par des normes clairement définies et des institutions qui les soutiennent est une invention récente, née au siècle dernier. Tous les siècles précédents s'en sont passés. »

Normes. L'absence de « règles universellement reconnues » et d'une « compréhension partagée du principe de sécurité égale et indivisible » encourage « des comportements égoïstes ». « Tous les tabous concevables et inconcevables sont violés. » Les relations internationales exigent « la prudence et le respect non seulement des lois établies mais aussi du droit coutumier, c'est-à-dire non seulement de la lettre mais de l'esprit de la loi ». Le principe de la « raison du plus fort » guide « certains acteurs convaincus de leur exceptionnalisme » ; « l'histoire montre que cela ne finit jamais bien ».

Ukraine. Le texte présente ce passage comme une « digression ». « La vérité est que nous ne voulions pas et que nous n'avons pas été ceux qui ont commencé à se battre. En fait, ce sont eux qui ont commencé à se battre contre nous. » Suit une liste de ce qui « n'aurait pas dû » être fait : encourager « le nationalisme agressif et la russophobie », étendre « l'espace militaire » de l'OTAN aux « territoires historiques » russes, « pousser les radicaux de Kiev à un coup d'État », armer « le régime de facto illégal ». « Je suis convaincu qu'il s'agissait d'un effort intentionnel pour placer la Russie dans une situation où elle était simplement forcée de se défendre les armes à la main. » Sur l'objectif de « défaite stratégique » de la Russie : « Personne ne l'a oublié. En tout cas, pas nous. »

Histoire. L'effondrement de l'URSS est « une véritable tragédie pour des dizaines de millions de personnes ». Il est attribué à « des déséquilibres internes » et aux « erreurs de générations successives de dirigeants », mais aussi à « une certaine naïveté, un idéalisme, voire une insouciance » et à « une confiance aveugle dans les partenaires occidentaux » et dans « les accords de gentlemen ». Le discours cite Egon Bahr, dirigeant social-démocrate ouest-allemand, pour des propos de février et juin 1990 tirés, selon l'orateur, « des archives » de ses entretiens avec la direction soviétique : la crainte que « les cercles de l'OTAN peu désireux de suivre la voie de la coopération paneuropéenne » ne l'emportent, et que l'URSS ne soit « condamnée à l'isolement international ». Après 1991, « ils ont tout fait pour isoler la Fédération de Russie et la démembrer davantage ».

Escalade. « Le point de non-retour peut survenir très vite et de manière inattendue pour tous. » Les grandes puissances possèdent « des armes capables de détruire toute vie » ; « pouvons-nous garantir qu'elles ne seront jamais utilisées ? Nous ne le pouvons pas, bien sûr. » Référence au fusil accroché au mur au premier acte. « Plus l'objectif de "défaite stratégique" de l'adversaire est clairement déclaré, plus grandes sont les chances que la bataille entre dans sa phase la plus violente. »

Intelligence artificielle et guerre. Il existe « des cas documentés d'intelligence artificielle prenant des décisions sur la base de sa propre appréciation ». Récit du 26 septembre 1983 : le lieutenant-colonel Stanislav Petrov, de service dans un centre d'alerte, doute d'un signal annonçant cinq missiles américains et a raison ; « si une intelligence artificielle avait été à sa place, les choses auraient pu tourner très différemment ». « Les limites de l'usage de l'IA dans la sphère de la sécurité sont une question de survie de l'humanité. » Rappel de la conférence de La Haye de 1899, proposée par la Russie. Affirmation : les militaires russes « n'ont jamais été les premiers à attaquer des installations sans lien avec l'infrastructure militaire de l'adversaire ».

Eurasie. Les problèmes globaux (climat, pauvreté, inégalités) sont « mis de côté ». « Notre maison au sens large est l'Eurasie. » Le « Grand partenariat eurasiatique » prend « une signification particulière ». Annonce : la rédaction d'une « Charte eurasiatique de la diversité et de la multipolarité au XXIe siècle », initiative russo-biélorusse, dont « le travail pratique » a été lancé « la semaine dernière » par les ministres des Affaires étrangères de Russie, de Biélorussie, du Kazakhstan, du Kirghizistan « et de nos autres partenaires », en marge de l'Assemblée générale des Nations unies. L'Eurasie est « largement autosuffisante ».

Conclusion du discours. Le souhait que les manuels d'histoire retiennent le deuxième quart du XXIe siècle comme un tournant positif, « car si cela n'arrive pas, il y a un risque qu'il ne reste personne pour utiliser ces manuels, ni personne pour les écrire ».

Droit de réponse de M. Usmanov
Droit de réponse d’Ulisher Usmanov.
L’ordre occidental s’affaiblit-il ? Le G7 a répondu vendredi, en barils
Le pape dit multilatéral, Poutine multipolaire. Menacé d’embargo par Washington, le G7 a cédé en deux jours. L’ordre occidental s’affaiblit, mais par le centre.
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Les questions-réponses : points saillants

OTAN et origine du conflit (au modérateur). « Cinq ou six vagues d'élargissement » malgré la promesse de ne pas s'étendre vers l'est. « Où tout a-t-il commencé ? Avec l'attaque de l'OTAN contre la Yougoslavie », « sans décision du Conseil de sécurité ». Sur 2014 : Viktor Ianoukovitch « avait tout accepté, y compris des élections anticipées », et « il a été jugé absolument nécessaire d'organiser un coup d'État ». Sur les accords de Minsk : « personne n'avait l'intention de les honorer ». Récit d'un échange avec le secrétaire général de l'ONU lors de sa visite à Moscou : « Bon, d'accord… mais c'est quand même vous qui avez attaqué. »

Kaliningrad. La déclaration et les lettres du ministère russe des Affaires étrangères sont « une réponse à des tentatives de nous intimider ». En cas d'« attaque directe contre la Fédération de Russie », « la question de l'emploi de toutes les armes à sa disposition se poserait inévitablement et immédiatement ». Précision : « ni cette lettre ni la déclaration du ministère ne mentionnent l'emploi d'armes nucléaires ». « La France et le Royaume-Uni sont des puissances nucléaires. Nous le comprenons parfaitement. Mais personne d'autre ne possède les capacités de frappe que la Russie possède aujourd'hui. » L'adversaire potentiel aurait « deux fois notre population ».

Europe. L'escalade verbale européenne est « alimentée par la grave détérioration de leur situation économique et politique intérieure ». « Nous n'avons aucune intention d'attaquer qui que ce soit, ni en 2029, ni en 2030, ni en 2050. » Selon la compilation de TASS, les grands pays européens sont « beaucoup plus hostiles à la Russie que les États-Unis » ; les pays de l'Union européenne « s'effondreront d'eux-mêmes » du fait de leurs erreurs économiques ; la Russie n'a « aucune précondition » à la reprise des relations avec l'Europe.

Usines européennes d'armement. Les livraisons d'armes « ne sont pas nouvelles » et ne préoccupent pas Moscou ; « l'implication d'autres pays dans des opérations de combat directes », notamment par le renseignement spatial, « est une source de préoccupation ». « Je ne dis pas que nous avons l'intention de frapper demain le territoire ou les installations des pays qui fournissent des armes à l'Ukraine. Mais c'est une menace que nous devons comprendre, évaluer et garder à l'esprit. »

Front et économie de guerre. L'Ukraine « perd des éléments de sa souveraineté étatique » et « est gouvernée de l'extérieur ». Selon TASS, plus de 1 300 km² auraient été pris « au seul mois de septembre », soit « 2,5 fois plus » que les mois précédents. Mer Noire : Kiev aurait frappé « 40 de nos navires dans les dix premiers jours » et « plus de 100 » au total ; raffineries : « nous avons perdu environ 1 % du PIB » ; en retour, l'Ukraine n'aurait « effectivement plus d'industrie métallurgique ». Le gazole russe « n'atteindrait pas les marchés mondiaux » du fait des sanctions.

États-Unis. Sur le sommet d'Anchorage d'août 2025 : « Je suis arrivé là-bas pour exprimer notre consentement » aux propositions américaines ; « maintenant, les États-Unis ont demandé du temps pour réfléchir ». Proposition de reprendre le dialogue sur la limitation des armes stratégiques : « il n'y a pas de réponse ». « J'ai d'assez bonnes relations, de longue date, avec le président Trump. »

Iran. « Nous espérons que le détroit restera ouvert et que les sanctions contre l'Iran seront levées. » La proposition de transférer de l'uranium enrichi iranien en Russie « reste sur la table » ; « au départ, tout le monde était d'accord, les Iraniens, les Américains et les Israéliens », puis Washington a exigé un transfert vers les seuls États-Unis. Mention de M. Larijani, « qui a perdu la vie par la suite », venu proposer une coentreprise de dilution en Iran.

Chine, Inde, Japon. Aucune « barrière » avec Xi Jinping ; anecdote d'un tête-à-tête sans interprète dans la salle d'attente du sommet de New Delhi. Déclaration conjointe sur le « dialogue des civilisations » signée à Pékin. Narendra Modi a « de très bonnes idées » sur l'Ukraine. Envers le Japon, « rien n'a changé dans les approches russes ; c'est l'attitude du Japon envers la Russie qui a changé ».

Économie russe. « Notre économie est saine. » Déficit « d'environ 3 % cette année », « 2 % l'an prochain » ; inflation « presque divisée par deux » par rapport à 2025. Les territoires annexés seront reconstruits « sur la seule base de l'opportunité économique » ; de nouvelles usines de défense sont construites « dans les zones les plus sûres possible ».

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La transcription complète des questions-réponses était annoncée « à suivre » par le Kremlin au 2 octobre, 20 h 31. Les chiffres cités dans cette fiche restent ceux de leurs émetteurs tant qu'une vérification indépendante n'est pas disponible.

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L'ordre occidental s'affaiblit-il ? Le G7 a répondu vendredi, en barils

3 October 2026 at 10:32

Par Thibault de Varenne

Le pape, à l'UNESCO, a dit que le dialogue entre nations risquait de n'être plus qu'un simulacre. Poutine, à Valdaï, que les institutions de 1945 ne reflètent plus le monde. Entre les deux discours, le G7 a passé la semaine à se faire menacer d'embargo par son propre chef de file. Oui, l'ordre occidental s'affaiblit. Mais pas là où l'on regarde.

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Trois textes en huit jours, et un communiqué. Le 25 septembre, à Paris, Léon XIV parle devant l'UNESCO. Le 1er octobre, près de Moscou, Vladimir Poutine parle trois heures devant le club Valdaï. Le 2 octobre, les sept chefs d'État et de gouvernement du G7, réunis par visioconférence sous la présidence d'Emmanuel Macron, publient six paragraphes sur le gazole. Les deux discours parlent de l'ordre du monde. Le communiqué, lui, le montre.

Léon XIV et Macron : la tour de Babel et l’UE
Même mot, deux projets : le multilatéralisme de Macron bâtit la tour de Babel, celui de Léon XIV tient la place de la Pentecôte. Ce qu’il faut en tirer pour 2027.
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Deux mots qui ne disent pas la même chose

Le pape a employé le mot multilatéralisme. Devant l'UNESCO, il a décrit des institutions internationales dont on attend qu'elles répondent « à des défis qu'aucun État ne peut affronter seul », et qui traversent « une crise d'efficacité », parce que le dialogue y est désormais tenu « pour un obstacle à l'action plutôt que pour une ressource », pour un simulacre plutôt que pour une occasion de chercher ensemble le bien commun. Le remède qu'il propose tient en un mot que les chancelleries n'emploient plus : la confiance. Le matin même, à l'Élysée, il avait demandé à la France de « rester une championne infatigable de la paix et du multilatéralisme », et il avait ajouté une phrase qu'on a peu relevée : « la paix n'est pas un équilibre des forces ».

Vladimir Poutine a employé l'autre mot, multipolarité. À Valdaï, il a dit que les institutions nées de la Seconde Guerre mondiale « ne reflètent pas la situation du deuxième quart de ce siècle », que les Occidentaux forment « une minorité mondiale » qui « cherche à s'arroger des fonctions de gouvernance », notamment à l'ONU, et que l'éloignement de « l'hégémonie occidentale » conduira à un ordre « plus stable, plus démocratique et plus libre ». Il a présenté les BRICS comme un

L'Amérique quitte l'Irak, et Bagdad demande à Trump la permission d'atterrir

3 October 2026 at 09:57

Par Thibault de Varenne

Le 30 septembre, le dernier soldat américain a quitté l'Irak. Bagdad s'est donné quatre jours fériés pour le fêter. Quatre jours plus tôt, le même gouvernement écrivait à Washington pour obtenir le droit de recevoir des avions iraniens. Ce que l'Irak a gagné cette semaine, ce qu'il n'a pas gagné, et ce que cela dit de nous.

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Lundi 28 septembre, à l'aéroport de Bagdad, le général Saad Maan a pris possession de l'ancien quartier général américain et a dit à la presse locale que cela ne mettait pas fin à la coopération avec les « partenaires internationaux », mais ouvrait une relation « fondée sur le respect mutuel et l'indépendance de la décision irakienne ». Le mercredi 30, le porte-parole du Pentagone, Sean Parnell, annonçait que les derniers soldats de la coalition avaient quitté la base d'Erbil « en bon ordre », avec leur matériel. Le gouvernement irakien a décrété quatre « journées de la souveraineté », du 30 septembre au 3 octobre. Donald Trump, sur son réseau, a parlé d'« une excursion en enfer très coûteuse », d'« une victoire pour les États-Unis, une victoire pour l'Irak », et il a tranché en une ligne la querelle historique de sa génération : « une très mauvaise décision nous a mis dans ce bourbier ».

Quatre jours avant la fête, le samedi 26 septembre, le bureau du Premier ministre Ali al-Zaidi avait publié un autre communiqué, moins repris. Il y annonçait des discussions directes avec Washington pour obtenir que certains aéroports irakiens soient exemptés des sanctions américaines contre les compagnies aériennes iraniennes, « pour des raisons humanitaires liées aux soins, aux études, aux visites religieuses et aux intérêts des civils ». Depuis la veille, les quatre grands aéroports du pays, Bagdad, Nadjaf, Erbil et Souleimaniye, n'acceptaient plus un seul vol vers l'Iran. Non par décision irakienne : parce que les sociétés étrangères d'assistance au sol refusaient de toucher un appareil iranien de peur du Trésor américain.

Les deux communiqués viennent du même gouvernement, à quatre jours d'écart. Le premier dit que l'Irak est souverain. Le second demande une permission. Je voudrais prendre les deux au sérieux, parce que c'est entre les deux que se loge ce qui s'est réellement passé à Bagdad cette semaine, et ce que le mot souveraineté veut dire quand on le prononce dans un pays où l'on n'a jamais eu les moyens de le vérifier.

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Qui tient quoi à Bagdad

Avant d'aller plus loin, nommons les acteurs, parce que les dépêches les supposent connus et qu'ils ne le sont pas.

Le gouvernement, d'abord. Ali al-Zaidi est Premier ministre depuis le mois de mai. C'est un homme d'affaires, nouveau en politique, que le Cadre de coordination, le bloc des partis chiites qui domine le Parlement, a sorti de son chapeau pour mettre fin à des mois de blocage après les élections de novembre 2025. Son cabinet n'est que partiel : le Parlement l'a approuvé en mai sans pourvoir plusieurs postes de sécurité, dont le ministère de la Défense. Le pays a donc fêté sa souveraineté militaire sans ministre de la Défense.

Les forces régulières ensuite : l'armée, la police fédérale, le Service de contre-terrorisme formé par les Américains, une aviation qui aligne des F-16 achetés à Washington. Le commandant de l'armée de l'air, le général Khalid al-Tamimi, a assuré lundi qu'aucune force de la coalition n'avait plus rien fait sur le sol irakien depuis le début de 2026 et que ses pilotes venaient de tenir dix jours de missions sans aide extérieure. Dix jours, a-t-il précisé.

Puis il y a le Hachd al-Chaabi, les Forces de mobilisation populaire, né en juin 2014 quand l'État islamique prenait Mossoul et que l'armée s'effondrait. Des dizaines de milices se sont levées à l'appel du clergé de Nadjaf ; une loi de 2016 les a rattachées à l'État et mises sur sa paie. Sur le papier, elles obéissent au Premier ministre, commandant en chef. Dans les faits, plusieurs ont gardé leur chaîne de commandement, leurs dépôts, leurs revenus et leurs attaches à Téhéran. Ce sont elles qui sont en cause dans l'affaire du désarmement, et trois familles s'y distinguent. Les groupes qui ont accepté de rendre les armes ou de se régulariser : Saraya al-Salam, la milice de Moqtada al-Sadr, intégrée en cérémonie à Samarra au mois de juin ; Asaib Ahl al-Haq ; les Kataib al-Imam Ali. Les groupes qui refusent : les Kataib Hezbollah et le Harakat al-Nujaba, les plus liés aux Gardiens de la révolution iraniens, qui parlent d'« armes de la résistance » et ont tiré, depuis février, sur des cibles américaines et sur des pays du Golfe. Entre les deux, l'Organisation Badr, la plus ancienne et la plus nombreuse, dont le chef Hadi al-Amiri a déclaré en août que le monopole des armes était « une décision irakienne », et qu'il n'y aurait pas d'affrontement entre l'État et « la résistance ». La formule ménage tout le monde. Ces factions se sont donné en octobre 2023 une enseigne commune, la « Résistance islamique en Irak », qui a déclaré mercredi n'être tenue « par aucun calendrier ni aucun accord ».

Au nord, la Région autonome du Kurdistan, avec son gouvernement à Erbil, ses Barzani, Nechirvan à la présidence, Masrour au gouvernement, et ses peshmergas, les combattants kurdes qui ont tenu le front contre l'État islamique en 2014. Le 21 septembre, neuf jours avant le départ américain, Erbil a annoncé la fusion en une seule force des peshmergas des deux partis rivaux, le PDK et l'UPK. C'est le Kurdistan qui perd le plus au retrait : les batteries Patriot et les systèmes anti-roquettes américains qui le couvraient sont repartis avec les soldats, selon les informations disponibles à Erbil.

Au nord encore, la Turquie, qui tient depuis décembre 2015 la base de Bachiqa, au nord-est de Mossoul, avec jusqu'à six cents soldats, et qui a accepté le 23 septembre, à New York, d'en commencer le transfert « graduel » à Bagdad, en échange d'un engagement irakien à rétablir l'autorité de l'État dans le Sinjar, où le PKK kurde s'est replié. Graduel : la souveraineté irakienne sur Bachiqa est une promesse datée, pas un état de fait.

L'Iran, enfin, et les États-Unis. L'un a ses relais armés et politiques dans le pays, et la force Qods des Gardiens de la révolution pour les tenir. L'autre conserve à Bagdad la plus grande ambassade du monde, un accord-cadre stratégique signé le 17 novembre 2008, les contrats d'armement, l'entretien des F-16, et un compte en banque dont il sera question plus bas. Reste l'État islamique, réduit selon le dernier rapport du secrétaire général des Nations unies à « quelques centaines » de combattants : assez pour tuer, plus assez pour tenir une ville.

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Ce qui est parti

Le départ est réel, et il se mesure. On comptait 169 000 soldats américains en Irak au plus fort de l'occupation, en août 2007 ; 2 500 après la fin des opérations de combat, en décembre 2021 ; 1 500 soldats de la coalition regroupés à Erbil à la fin de 2025 ; zéro le 30 septembre. Le commandement central américain a déménagé en Jordanie l'état-major de la lutte contre l'État islamique. Les bases fédérales, Aïn al-Assad, le commandement conjoint de Bagdad, avaient été rendues le 18 janvier. Le calendrier avait été arrêté le 27 septembre 2024 entre l'administration Biden et le Premier ministre d'alors, Mohammed Chia al-Soudani ; Bagdad a refusé toute prolongation, et Marco Rubio a confirmé le 23 septembre qu'il n'y en avait eu « aucune discussion ». La date a été tenue au jour près.

Ce que les Américains laissent derrière eux se mesure aussi. Selon les registres du Pentagone, 4 418 soldats américains sont morts entre 2003 et 2011, 31 994 ont été blessés, et 123 sont morts depuis 2014 ; le bureau du budget du Congrès avait arrêté en avril 2011 la dépense militaire à 752 milliards de dollars, avant la seconde campagne. Côté irakien, les décomptes qui circulent, plus de 200 000 civils tués selon les uns, plus de 300 000 morts toutes catégories selon les autres, viennent d'organisations occidentales ; je les cite pour l'ordre de grandeur, pas pour l'unité. Vingt-trois ans après le 14 février 2003, le président des États-Unis dit à sa manière, en une ligne, ce que la France disait ce jour-là au Conseil de sécurité. J'y reviendrai.

Et ce qui est parti, c'est d'abord ce qui protégeait. Le ministère des Peshmergas compte plus de mille attaques de drones et de missiles sur la Région du Kurdistan depuis le 28 février, jour où les États-Unis et Israël ont ouvert la guerre contre l'Iran. Les Patriot d'Erbil en ont intercepté une partie. Ils sont dans les soutes. Masrour Barzani a dit dimanche que laisser le Kurdistan « sans aucun système de défense » était « un sujet d'inquiétude » ; le porte-parole militaire irakien, Sabah al-Numan, répond que Bagdad est « proche » d'acheter des défenses antiaériennes à la Corée du Sud, à la Turquie et aux États-Unis. Proche. Dans l'intervalle, le ciel irakien est ouvert, et les seuls à y disposer de missiles sont ceux que l'on prie de désarmer.

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Ce qui est resté

Les partisans de la lecture souverainiste ont un argument que je veux donner dans toute sa force, parce qu'il est bon. L'Irak, disent-ils, a fixé la date du départ et l'a obtenue. Il a repris ses bases en janvier, sans incident. Son Parlement avait voté l'expulsion des forces étrangères le 5 janvier 2020, deux jours après que les Américains eurent tué le général Soleimani et le chef de milice Abou Mahdi al-Mouhandis à l'aéroport de Bagdad, et ce vote, non contraignant, a fini par s'exécuter six ans plus tard. Aucun État de la région n'a fait cela. La France de 1966 n'a pas fait autre chose quand le général de Gaulle a demandé le départ des troupes américaines : il a fixé une date, le 1er avril 1967, et elle a été tenue. Qui fixe la date du départ de l'Amérique et l'obtient a exercé la souveraineté dans ce qu'elle a de plus concret. Je l'accorde entièrement.

Mais la France de 1966 avait la bombe, le commandement de ses armées, sa monnaie et ses aéroports. Renvoyer une armée est un acte de souverain. Refuser, le lendemain, ce que l'ancien protecteur demande encore en est un autre, et c'est celui-là qui compte. Or le lendemain, pour l'Irak, est documenté jour après jour.

Le 8 septembre, le Trésor américain sanctionne vingt-sept compagnies aériennes iraniennes et prévient que tout aéroport, tout avitailleur, toute société d'assistance

Droit de réponse de M. Usmanov

3 October 2026 at 09:22

Nous avons reçu ce courrier de menace du M. Usmanov, que nous interprétons comme un droit de réponse, que nous publions intégralement, en application de la loi de 1881 modifiée. L'ensemble donne une assez bonne image, n'en déplaise aux poutinolatres, de la façon dont la liberté de la presse est respectée dans les anciennes républiques soviétiques.

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To the Editorial Team of Le Courrier des Stratèges,

We are writing to address incorrect claims about Mr. Alisher Usmanov in the article “Au bon coin macroniste : "Echange parapluie nucléaire contre espion français en prison"” of 24 September 2026 published on your website.

Our concerns relate to the following sections:

• “Comme nous l'avions annoncé hier, la France a fait pression pour sortir un oligarque russe de la liste des sanctions européennes en échange de la libération d'un espion français emprisonné en Azerbaïdjan”;

• “Finalement, l'Union Européenne a accédé aux voeux français, et l'oligarque Ousmanov a disparu de la liste des sanctionnés”.

It is incorrect and unjustly damaging to refer to Mr. Usmanov as an “oligarch”. The appropriate use of the label “oligarch” presupposes individuals who became wealthy thanks to close ties with the Russian state in the 1990s, profiting from privatizations and the so-called “loans for shares” auctions. Such a scenario is entirely unrelated to Mr. Usmanov’s entrepreneurial background, as he built his wealth completely independently and did not participate in the privatization of Russian state assets or in the loans-for-shares auctions in the 1990s. On this point, it is worth noting that the EU Council, in the updated rationale (see #673), stopped using the term “oligarch” in association with Mr. Usmanov - thus recognising the previous language as incorrect - before ultimately removing him from the EU sanctions list altogether.

Please note that in 2023–2026 more than 3,200 publications in which similar false statements were made, were corrected following both out-of-court and litigation proceedings across more than 60 countries worldwide, including all 27 EU member states. These include Antena 3 CNN, Blick, Blitz, Business Insider, Corriere della Sera, Aftonbladet, Daily Finland, Deutsche Welle, Die Presse, Die Welt, DPA, BGNES, Dnesplus, Ekonomický deník, Well.pl, Euronews, European Interest, Handelszeitung, Il Messaggero, Il Post, Il Sole 24 Ore, La Nuova Sardegna, La Stampa, Lõunaeestlane, Luxembourg Times, Nordjyske, Notícias ao Minuto, RTL, Stern, The EU Reporter, The Sun, The Times, The Washington Post, Universul, ZDF and many others.

In light of the above, and as a professional courtesy before escalating this matter to our legal team, we hereby offer you the opportunity to settle these infringements out of court by deleting the publication at the following URL:

https://www.lecourrierdesstrateges.fr/au-bon-coin-macroniste-echange-parapluie-nucleaire-contre-espion-francais-en-prison/

Pourquoi BHL nie aussi farouchement le génocide à Gaza

1 October 2026 at 09:55

Par Thibault de Varenne

Mercredi soir, sur le plateau de Quotidien, Bernard-Henri Lévy venait raconter sa vie. Il a fini par défendre Israël contre plusieurs chroniqueurs, et le ton est monté. On sait ce qu'il pense de Gaza : il le répète depuis deux ans et demi. Reste à comprendre pourquoi il y met tant de force. Ses propres textes donnent la réponse.

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Séquence extrêmement tendue dans Quotidien entre BHL, qui défend Israël, et plusieurs chroniqueurs dont Jean-Michel Apathie. pic.twitter.com/o0qL1nRyi2

— Mathieu Géniole (@mathieuge) September 30, 2026

Mercredi soir, sur TMC

Mercredi 30 septembre, Bernard-Henri Lévy était l'invité de Quotidien, sur TMC. Le bandeau annonçait : « BHL raconte sa vie ». Il venait présenter ses Mémoires provisoires, en librairie cette semaine. La conversation a quitté le livre pour Israël. Elle est devenue, écrit le journaliste qui en a diffusé l'extrait, « extrêmement tendue » entre l'invité, « qui défend Israël », et plusieurs chroniqueurs, dont Jean-Michel Aphatie. Deux minutes d'images, plus de quatre-vingt mille vues en moins d'une journée.

Il n'y a là aucune surprise. M. Lévy dit la même chose depuis mars 2024. Ce qui mérite qu'on s'y arrête, c'est la vigueur. Un homme de soixante-dix-sept ans, qui a passé sa vie à prononcer le mot « génocide » plus vite que tout le monde, met aujourd'hui la même énergie à l'interdire. Pourquoi ?

Je ne sonderai pas son cœur. Je n'en ai ni le moyen ni le goût. Je regarde ses textes, leurs dates, et ce que le mot lui coûterait s'il le prononçait. Cela suffit.

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Ce que le mot veut dire, et qui l'a prononcé

Le génocide n'est pas un superlatif. C'est un crime défini par un traité de 1948, que la France a signé. La définition tient en deux éléments. Des actes, d'abord, au nombre de cinq : tuer les membres d'un groupe, leur infliger des atteintes graves, les soumettre à des conditions de vie qui doivent entraîner leur destruction, empêcher les naissances, enlever les enfants. Une intention, ensuite : celle de détruire ce groupe, en tout ou en partie. Le traité ne dit rien de la vitesse. Il ne dit rien des avertissements donnés avant un bombardement.

Sur Gaza, trois instances ont conclu. Amnesty International, le 5 décembre 2024. L'association internationale des chercheurs spécialistes du génocide, en août 2025, par une résolution votée à 86 %. Une commission d'enquête des Nations unies, le 16 septembre 2025 : elle retient quatre des cinq actes du traité.

Reste le juge. La Cour internationale de justice, le tribunal des Nations unies qui tranche les litiges entre États, a été saisie par l'Afrique du Sud fin 2023. Elle a ordonné dès 2024 des mesures d'urgence, dont l'une porte sur la privation de nourriture. Elle n'a pas jugé le fond. D'après son dernier calendrier, Israël a jusqu'au 22 mai 2029 pour déposer ses dernières écritures. Il n'y aura donc pas d'arrêt avant 2029.

Voilà l'état du dossier. Israël conteste. Le juge n'a pas parlé. Trois instances sérieuses ont parlé.

Netanyahou à l’ONU ? ou la semaine du greffier
Le point du 27 septembre 2026 sur le génocide en Palestine.

Trois phrases, et pas un article du traité

Que répond M. Lévy ? Trois choses, qu'on peut dater.

En novembre 2024 : « On ne peut pas dire d'une armée qui prévient avant de tirer […] qu'elle est une armée génocidaire. » En septembre 2025, dans le Wall Street Journal : une armée génocidaire ne mettrait pas deux ans à gagner une guerre sur un territoire grand comme Las Vegas. Le même mois : « Israël n'“affame” pas Gaza. »

Reprenez le traité. La première phrase parle d'avertissements : le texte n'en parle pas. La deuxième parle de durée : le texte n'en parle pas. La troisième contredit ce que la Cour a elle-même constaté en mars 2024, quand elle a ordonné à Israël de laisser entrer la nourriture. Aucune ne discute l'intention, qui est le seul point difficile du dossier. Ce sont des arguments de plateau. Ils portent à vingt heures. Ils ne pèsent rien devant un juge.

On me dira que M. Lévy a le droit d'attendre l'arrêt, et qu'en 2029 la Cour lui donnera peut-être raison. C'est exact. La question de droit est ouverte, et s'il disait « attendons les juges », je n'écrirais pas cette chronique. Mais il ne dit pas cela. En mai 2024, il déclarait l'accusation « infâme ». En novembre 2024, la Cour pénale internationale, l'autre tribunal de La Haye, celui qui juge les personnes, délivrait un mandat d'arrêt contre M. Nétanyahou. Il a demandé qu'on abolisse cette Cour. Vingt mois plus tôt, elle visait M. Poutine, et il applaudissait. On n'attend pas les juges quand on réclame leur suppression.

Ce que le mot lui coûterait

Je vois quatre raisons. Elles sont toutes écrites de sa main.

Il plaide pour une partie. M. Lévy défend Israël. Il l'écrit, il en a fait un livre en mars 2024, où on lit : « La mort des civils de Gaza n'est pas un massacre. C'est encore moins un génocide. » On a le droit de défendre un pays. On ne peut pas se présenter en même temps comme l'expert qui tranche. Un avocat est respectable. Personne ne lui demande de tenir aussi le greffe.

Le mot l'obligerait. Voilà trente ans qu'il enseigne que ce mot commande d'agir. Pour le Darfour, en 2007, il parlait du « premier génocide du XXIe siècle » et suggérait d'aider ceux qui défendaient les populations les armes à la main. Pour la Libye, en 2011, il plaidait la force auprès de Nicolas Sarkozy. S'il prononçait le mot pour Gaza, sa propre doctrine lui dicterait la suite : sanctions, embargo sur les armes, peut-être davantage, contre le pays qu'il défend. Il ne le peut pas. Il faut donc que le mot soit faux.

Son titre de témoin est en jeu. Son argument d'autorité tient en une phrase : « J'ai vu des génocides (Srebrenica, Darfour). » J'ai travaillé sur le Soudan dans ces années-là. Nous avions sur nos bureaux le rapport de la commission d'enquête des Nations unies, rendu en janvier 2005 : Khartoum commettait des crimes de masse, mais ne menait pas une politique de génocide. M. Lévy a écrit le contraire deux ans plus tard, sans attendre personne.

Quant au Rwanda, mon directeur de la publication a fait relire ses chroniques du Point pour le printemps 1994. Le génocide des Tutsi commence le 7 avril. Du 9 avril au 11 juin, neuf chroniques : pas une ligne. La première mention date du 18 juin, dix semaines après le début des massacres. Il faisait alors campagne pour Sarajevo. Son site assure aujourd'hui qu'il fut « parmi les tout premiers » à prendre la mesure de l'événement.

Or les spécialistes du génocide disent oui à 86 %, et lui dit non. L'un des deux se trompe. S'il leur donne raison, il n'est plus l'homme qui sait reconnaître un génocide. Il devient un écrivain parmi d'autres, qui s'est trompé sur le plus grave.

Il est allé trop loin pour reculer. Un livre, puis « infâme », puis une cour à abolir, puis l'ONU déclarée « morte » pour n'avoir pas soutenu Israël. Chaque phrase rend la suivante obligatoire. Celui qui a écrit tout cela ne peut plus dire en 2029 « je m'étais trompé » sans défaire trente ans de sermons. C'est, je crois, pourquoi le ton monte.

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Le Soudan, ou la preuve par l'ONU

Un dernier fait montre comment il choisit. En novembre 2025, M. Lévy écrit du Soudan : « Au Darfour, c'est un génocide, un vrai. » Trois mois plus tard, une mission d'enquête des Nations unies relève à El-Fasher, la grande ville du Darfour tombée aux mains des paramilitaires, les « signes distinctifs d'un génocide ». Il avait donc raison cette fois, et je le lui accorde volontiers.

Mais regardez qui le confirme : les Nations unies. La même organisation, par une autre commission, dit la même chose de Gaza. On ne peut pas citer l'ONU à Khartoum et la déclarer morte à Gaza. Il y aurait donc de vrais génocides, ceux qu'il reconnaît, et de faux, ceux que reconnaissent les commissions quand elles le gênent. C'est une justice à un seul juge.

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Ce que je demande

Je ne demande pas qu'on fasse taire M. Lévy. Je demande trois choses, et elles sont simples.

Aux rédactions : qu'on cesse de l'inviter comme l'arbitre du mot « génocide ». Sur ce dossier, il est l'avocat d'une partie. Qu'on le présente ainsi, et qu'on lui oppose le texte du traité plutôt que de l'indignation.

Au lecteur : un test, ce soir, en dix minutes. Ouvrez l'article II de la Convention de 1948. Cinq actes, une intention. Relisez les trois phrases citées plus haut et cherchez laquelle répond au texte. Vous n'en trouverez pas. Refaites le test avec le prochain invité, quel que soit son camp.

À ceux qui nous gouvernent : la France a signé ce traité, et son article premier l'engage à prévenir, pas seulement à punir. La Cour a rendu trois ordonnances en 2024. Qu'on nous dise, par écrit, ce que Paris a fait pour qu'elles soient respectées.

L'arrêt viendra en 2029, ou plus tard. D'ici là, il existe un texte de 1948, et il se lit en dix minutes.

"11 septembre" raté contre Tel-Aviv : chronologie de 36 heures et état des sources

30 September 2026 at 15:46

Par Élise Rochefort

Israël élit sa vingt-sixième Knesset le 27 octobre. Le mardi 29 septembre, le premier ministre Benjamin Nétanyahou a déclaré depuis une base de l'armée de l'air que des indices montraient que les ennemis d'Israël chercheraient à attaquer avant le scrutin. Le mercredi 30 septembre au matin, un avion de ligne reliant Dubaï à Tel-Aviv a transmis le code détournement et s'est posé en Arabie saoudite. Cette fiche établit la chronologie des deux journées, distingue ce qui est affirmé par une autorité nommée de ce qui est rapporté par des sources anonymes, et recense ce qui n'est pas établi à l'heure de la rédaction.

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Mardi 29 septembre : l'avertissement et les démentis internes

Benjamin Nétanyahou s'exprime depuis une base de l'armée de l'air. Ses propos rapportés : « Ne vous frottez pas à nous, ni maintenant ni jamais. Notre long bras vous atteindra partout et à tout moment. » Il déclare que les services de sécurité disposent d'indices selon lesquels les ennemis d'Israël pourraient tenter une attaque avant les élections.

L'armée israélienne répond le même jour. Citée par Ynet, elle indique qu'« il n'y a eu aucun changement dans l'évaluation de la situation ces derniers jours » et qu'Israël ne dispose « d'aucun renseignement spécifique et concret indiquant que des acteurs hostiles ont l'intention de lancer une attaque particulière ». Elle précise que la déclaration du premier ministre « ne reflète pas un changement de son évaluation », et des responsables ajoutent n'avoir connaissance d'aucune préparation ni d'aucun état d'alerte renforcé au-delà de la routine.

Des responsables de sécurité déclarent au Jerusalem Post qu'« il n'y a actuellement aucun avertissement de renseignement spécifique sur la table ». Un second responsable indique que Téhéran pourrait décider à tout moment de tirer des missiles, mais qualifie cette éventualité d'« option » et non de « menace immédiate ».

Le chef de l'opposition Yaïr Lapid réagit : « Les menaces sécuritaires doivent être traitées de façon professionnelle et responsable. La sécurité d'Israël et les bases de l'armée ne sont pas des décors pour des vidéos de campagne. » Le cabinet du premier ministre répond que Nétanyahou avait informé Lapid de « possibles attaques » avant l'élection, et le Likoud met en cause le chef de l'opposition. Gadi Eisenkot, chef du parti Yashar et principal concurrent du premier ministre, demande vérification de l'alerte.

Le contexte de campagne est indissociable de cette séquence : les révélations sur les avertissements ignorés avant le 7 octobre 2023 occupaient la campagne israélienne les jours précédents.

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Mercredi 30 septembre : le vol FZ1073

Les horaires ci-dessous sont ceux rapportés par la presse israélienne, en heure locale israélienne, à l'exception de l'ancrage horaire tiré des données de vol.

7 h 05 — Le vol FZ1073 de la compagnie Flydubai décolle de l'aéroport international de Dubaï à destination de Tel-Aviv, avec 174 passagers à bord, dont 27 enfants.

Environ 8 h 35 — Au-dessus de l'espace aérien jordanien, le transpondeur de l'appareil transmet le code 7700, qui signale une urgence générale, puis brièvement le code 7500, qui signale une intervention illicite — le code dit « détournement ».

Dans les minutes qui suivent — L'appareil fait demi-tour, entre dans l'espace aérien saoudien et perd de l'altitude. CNN fait état d'une descente d'environ 17 400 pieds en deux minutes. Les données de vol situent cette descente brutale vers 5 h 21 UTC. Le contact radio avec l'équipage est perdu et l'appareil disparaît des traceurs de vol publics.

Pendant l'incident — Des avions de chasse israéliens décollent. Le premier ministre et le ministre de la Défense Israel Katz tiennent une consultation d'urgence. Les décollages sont temporairement suspendus à l'aéroport Ben-Gourion.

Fin de matinée — L'appareil se pose à l'aéroport Prince Sultan bin Abdulaziz, à Tabuk, dans le nord-ouest de l'Arabie saoudite. L'aéroport de Tabuk indique que « le pilote et le premier officier ont été blessés et transportés à l'hôpital après l'atterrissage ».

Flydubai déclare : « Tous les passagers sont sains et saufs et comptabilisés. La sécurité et le bien-être de nos passagers et de nos équipages demeurent notre priorité absolue. » La compagnie confirme une altercation violente dans le poste de pilotage. Le cabinet du premier ministre israélien indique que des dispositions sont prises pour rapatrier les passagers.

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La version des autorités israéliennes a changé au cours de la journée

C'est le point qui demande le plus de précision, et il est vérifiable à l'heure de publication de chaque dépêche.

Le matin, un responsable de sécurité israélien déclare à Ynet qu'« il n'y a pas d'information définitive sur un détournement » et que « le pilote a activé un signal de détresse ». Le commissaire de police Danny Levy indique : « Nous nous préparons à chaque scénario. » Les autorités concluent alors que l'alerte résulte d'une altercation entre les deux pilotes, et non d'un détournement. Des sources de sécurité israéliennes indiquent que l'incident n'est pas de nature terroriste.

Dans l'après-midi, la version est différente. Selon des sources citées par CNN et par le Jerusalem Post, un pilote a poignardé l'autre et tenté de prendre le contrôle de l'appareil. Des passagers israéliens assis à l'avant se sont précipités vers le poste de pilotage et ont maîtrisé l'assaillant, permettant aux pilotes de reprendre les commandes. Un responsable israélien déclare qu'« une catastrophe majeure a été évitée de justesse ». L'établissement sécuritaire israélien traite désormais l'affaire comme un probable acte terroriste.

Aucune autorité israélienne n'a publiquement expliqué ce qui, entre ces deux moments, a modifié l'appréciation.

L'assaillant : ce qui est attribué, et par qui

Aucune autorité nommée — ni Flydubai, ni l'Autorité générale de l'aviation civile des Émirats, ni les autorités saoudiennes, ni les autorités israéliennes — n'a confirmé l'identité de l'homme mis en cause.

Sa fonction est rapportée différemment selon les sources : CNN parle du copilote, qui aurait poignardé le commandant de bord ; le Jerusalem Post écrit qu'un pilote a tenté de détourner l'appareil ; Ynet, le matin, parlait d'une altercation entre les deux pilotes sans désigner d'assaillant.

Sa nationalité est rapportée comme omanaise par des sources israéliennes, sans confirmation indépendante. Le Jerusalem Post relève lui-même que cette indication soulève une difficulté, Oman n'ayant pas de relations normalisées avec Israël. D'autres nationalités ont circulé au cours de la journée sans qu'aucune source nommée les établisse.

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Ce qui n'est pas établi

  • L'identité, la nationalité et le parcours professionnel de l'homme mis en cause, ainsi que ses motifs. Aucune autorité ne s'est prononcée.
  • L'origine des « indices » invoqués par le premier ministre le 29 septembre. Aucune des sources consultées n'attribue cette alerte à un service de renseignement étranger. La mention d'un renseignement américain, qui a circulé, n'est appuyée par aucune source identifiée à l'heure de la rédaction.
  • L'état exact des deux pilotes et la nature de leurs blessures. L'aéroport de Tabuk indique une hospitalisation, sans plus de détail.
  • Le déroulement précis de l'intervention des passagers, rapportée par des témoignages et par des sources, non par un procès-verbal. Aucune source consultée n'indique que l'assaillant ait été tué.
  • Les horaires, qui varient selon les fuseaux employés par les rédactions : les trois fuseaux en présence — Dubaï (UTC+4), Israël (UTC+3) et le temps universel — diffèrent d'une heure et de quatre heures.
  • L'ouverture d'une enquête et son autorité compétente : l'appareil est immatriculé aux Émirats, l'incident s'est produit au-dessus de la Jordanie puis de l'Arabie saoudite, et l'atterrissage a eu lieu sur le territoire saoudien.
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Les documents qui trancheront

Cinq sources publiques, indépendantes des parties, sont susceptibles d'établir les faits dans les jours qui viennent.

L'Autorité générale de l'aviation civile des Émirats arabes unis, compétente sur l'appareil et sur l'équipage, et dont les conclusions engagent la compagnie nationale du pays. Les autorités saoudiennes, qui détiennent l'appareil, les enregistreurs de vol et les personnes. L'enquête judiciaire éventuelle sur l'homme mis en cause, dont la juridiction dira quel État l'a saisi. Les dossiers médicaux et l'état civil des deux pilotes, par les canaux de la compagnie. Enfin, la documentation des « indices » invoqués le 29 septembre, que ni l'armée israélienne ni les responsables cités par la presse israélienne ne confirmaient le jour même.

Le 27 octobre, jour du scrutin, est dans vingt-sept jours. L'écart entre la déclaration du premier ministre et l'évaluation publique de son armée, comme l'écart entre les deux versions israéliennes du 30 septembre, sont l'un et l'autre documentés et datés. Les enquêtes émirienne et saoudienne diront le reste.

Léon XIV et Macron : la tour de Babel et l'UE

28 September 2026 at 10:10

Par Thibault de Varenne

Le 25 septembre, à l'UNESCO, Léon XIV a raconté deux histoires. La première se passe au pied d'une tour, la seconde sur une place de Jérusalem. On a retenu du discours le multilatéralisme, l'intelligence artificielle, l'éducation. On a oublié la tour de Babel, symbole également très présent dans la franc-maçonnerie. Et c'est elle qui donne la clé de la journée, et de la matinée passée à l'Élysée.

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« La tour de Babel représente une unité imposée par la domination », a dit le pape. À la Pentecôte au contraire, chacun entend le message « dans sa propre langue maternelle », et « la communion ne supprime en rien la diversité ». La Babel moderne porte, selon lui, trois noms : « une mondialisation poursuivie sans fraternité », « des formes rapaces de néocolonialisme », « les impositions idéologiques ».

Le Pape, Babel et les lois noachides : ce que disent les textes
Talmud, Maïmonide, Congrès américain de 1991, Constitutions maçonniques, Catéchisme : les lois noachides, pièce par pièce.
« Exsules filii Hevae » : ce que 80 000 jeunes ont chanté à Saint-Denis
Vendredi, 80 000 jeunes ont clos la veillée du pape au Stade de France par le Salve Regina, chant millénaire des exilés. Ce qu’il dit d’une génération
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Ce que dit la Genèse

Après le déluge, Dieu bénit Noé et ses fils et leur ordonne de remplir la terre. Le chapitre suivant dénombre les peuples, chacun selon sa langue. Puis viennent les bâtisseurs : « Faisons-nous un nom, pour ne pas être disséminés sur toute la surface de la terre. » Babel n'est pas un péché d'architecture. C'est le refus de la pluralité : un chantier, une langue, un nom. La Pentecôte ne rétablira pas la langue unique. Elle fera comprendre sans uniformiser.

Une rencontre, et rien de plus

Les francs-maçons lisent Babel de la même façon. Dans leurs légendes, la tour est la construction manquée et le Temple de Salomon l'œuvre réussie ; les Constitutions d'Anderson font de la loge un « centre d'union ». La rencontre est

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