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Le peuple français existe-t-il ? ou le plébiscite de tous les jours

Par Eric V.

« Enfant, tu dois aimer la France. » Ainsi s'ouvre le manuel d'histoire distribué par millions aux écoliers à partir de 1884. Deux ans plus tôt, à la Sorbonne, Renan avait dit l'inverse : une nation se vote tous les jours. Zemmour a choisi le manuel. Les populistes, un peuple sans péché. Nous choisissons Renan.

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« Enfant, tu dois aimer la France parce que la nature l'a faite belle, et parce que son histoire l'a faite grande. » La phrase figure en tête du Petit Lavisse, le manuel d'histoire qu'Ernest Lavisse publie en 1884 et que des millions d'écoliers ont appris jusqu'en 1950. C'est un ordre, donné à un enfant, par un professeur de la Sorbonne, au nom de l'État.

Deux ans plus tôt, dans la même Sorbonne, un autre Ernest avait tenu un langage opposé. Le 11 mars 1882, Ernest Renan prononce une conférence intitulée « Qu'est-ce qu'une nation ? ». L'Alsace et la Moselle ont été annexées onze ans plus tôt par l'Empire allemand, au nom de la langue et de la race de leurs habitants. Renan répond que ni la langue, ni la race, ni la religion, ni les montagnes ne font une nation. Une nation, dit-il, existe parce que des gens veulent continuer à vivre ensemble, et elle doit être voulue tous les jours.

Ces deux textes de la Troisième République posent la question qui nous occupe. Le peuple français existe-t-il ? Deux réponses dominent aujourd'hui le débat, et toutes deux disent oui. La première fait du peuple une chose, un héritage clos qu'il faut garder sous cloche. La seconde en fait un saint, naturellement bon, trahi par ses élites. Je crois que ces deux réponses se trompent de la même façon, et que la bonne se trouve chez Renan, prolongée par deux auteurs qu'on n'associe jamais à la question nationale : un médecin hollandais installé à Londres au début du XVIIIe siècle, Bernard Mandeville, et un économiste autrichien, Friedrich Hayek. C'est aussi, sous une autre forme, la thèse de mon Traité pour le monde d'après : ce qui tient une société n'est pas l'ordre qu'on lui impose d'en haut, c'est celui qu'elle produit elle-même.

Par quoi voulons-nous remplacer la démocratie représentative?
Ce pont du 10 novembre, moment de répit dans l'agitation nationale, offre une occasion de prendre du recul sur le spectacle de notre propre impuissance. La France est paralysée. Le chaos parlementaire, les blocages institutionnels et la déconnexion béante entre le pays légal et le pays réel ne sont
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Huit jours de diligence en 1800, quelques secondes aujourd’hui : pourquoi votons-nous encore comme sous le Consulat ? Les cinq piliers de la démocratie liquide.
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I. Le peuple-chose et le peuple-saint

Zemmour, ou la France sous cloche

Le 16 septembre 2018, sur le plateau des Terriens du dimanche, Éric Zemmour s'adresse à la chroniqueuse Hapsatou Sy. Dans la séquence coupée au montage, puis révélée par Quotidien, il lui dit : « Votre prénom est une insulte à la France », et ajoute : « Vous devriez vous appeler Corinne, ça vous irait bien. » Il s'appuie sur la loi du 11 germinal an XI, qui encadrait le choix des prénoms et qui a été abrogée en 1993.

Ce n'était pas un écart de plateau. En mars 2022, candidat à l'élection présidentielle, il inscrit dans son programme un référendum pour « rétablir la loi sur les prénoms pour les futures naissances » : le prénom d'un enfant devrait être pris dans les calendriers français ou régionaux, dans l'Antiquité ou dans la Bible. Sur CNews, il précise qu'il veut obliger les immigrés à donner des prénoms français, car « il n'y a aucune raison pour que les musulmans ne le fassent pas ». Le même programme prévoit « un grand ministère de la remigration ». Et en 2025, il publie chez Fayard La messe n'est pas dite. Pour un sursaut judéo-chrétien, dont la question centrale est, selon la recension de La Nef : « voulons-nous défendre notre civilisation chrétienne ? » Le christianisme y vaut moins comme foi que comme identité et comme culture, seule capable, selon l'auteur, de résister à l'islamisation de l'Europe.

Mettons ces pièces bout à bout. Le peuple français, dans cette vision, est un contenu déjà rempli : une religion devenue frontière, un calendrier de prénoms, une histoire achevée. On peut y entrer, et c'est la version la plus forte de la thèse, celle qu'il faut prendre au sérieux : Zemmour ne se dit pas racialiste, il se dit assimilationniste. La porte est ouverte. Mais elle donne sur une maison dont le

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Ukraine : le front tient, c'est la table qui cède

Par Thibault de Varenne

Le 16 octobre, Vladimir Poutine a dressé lui-même le bilan de son année de guerre. Pris au mot, ses chiffres décrivent une avance lente, pas un effondrement ukrainien. Cinq jours plus tard, à Saint-Pétersbourg, la suite se négociait loin du front, et sans l'Europe.

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Le 16 octobre, en visite au poste de commandement de ses troupes, Vladimir Poutine a donné trois chiffres. Depuis le 1er janvier, l'armée russe aurait pris 6 500 kilomètres carrés et 310 localités. La région de Louhansk serait entièrement conquise. Dans celle de Donetsk, l'Ukraine ne tiendrait plus qu'environ 10 % du territoire ; dans celle de Zaporijia, 16,5 %. C'est l'agence russe Sputnik qui rapporte ces chiffres.

Ce papier ne s'appuie que sur des sources russes, chinoises et indiennes. Il ne les discute pas. Il les prend au mot. Et, pris au mot, elles racontent autre chose que la victoire qu'elles annoncent.

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Qui parle, et de quoi

Trois lieux commandent l'affaire. Le Donbass d'abord, c'est-à-dire les deux régions de Louhansk et de Donetsk, à l'est de l'Ukraine, frontalières de la Russie : leur conquête est l'objectif officiel de Moscou depuis février 2022. Kramatorsk ensuite, grande ville de la région de Donetsk restée aux mains de Kiev, que l'armée russe cherche à atteindre. Zaporijia enfin, au sud, région dont le chef-lieu, sur le Dniepr, est toujours ukrainien.

Quatre hommes parlent. Vladimir Poutine, qui conduit la guerre. Volodymyr Zelensky, qui la subit et cherche à l'arrêter sans perdre davantage. Steve Witkoff, promoteur immobilier new-yorkais devenu l'envoyé spécial de Donald Trump pour l'Ukraine, qui fait la navette entre les deux. Iouri Ouchakov, conseiller diplomatique de Poutine, qui rend compte au public russe de ce qui se dit dans les salons du Kremlin.

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Ce que disent les chiffres de Moscou

Six mille cinq cents kilomètres carrés en 289 jours, cela fait 22 kilomètres carrés par jour. C'est un peu plus de 1 % du territoire ukrainien en dix mois. C'est, pour un lecteur parisien, la surface de Paris intra-muros tous les cinq jours. Ce n'est pas rien. Ce n'est pas une percée.

Les 310 localités sont, pour l'essentiel, des villages. Le ministère russe de la

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Assurance-vie : ce que l'article 6 du budget 2027 change, et pour qui

Par Vincent Clairmont

25 millions d'euros en 2027, puis 50 millions par an : c'est ce que le gouvernement attend de l'article 6 du projet de loi de finances (évaluation préalable, selon France Épargne). Rapporté aux 2 174 milliards d'euros d'encours de l'assurance-vie française, c'est presque rien. La mesure ne vise pas l'épargnant moyen. Elle vise un montage précis, et elle le fait avec une date d'effet qui mérite qu'on s'y arrête.

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Le contenu : trois conditions cumulatives

L'article 6 réserve le régime fiscal de l'assurance-vie aux contrats qui remplissent trois conditions à la fois.

Première condition : les primes sont versées en numéraire. Un apport de titres fait sortir le contrat du régime pour les versements effectués à compter du 1er octobre 2026.

Deuxième condition : les supports, y compris dans un contrat souscrit à l'étranger, présentent des caractéristiques similaires à ceux de la liste de l'article R. 131-1 du Code des assurances, la liste des actifs admis pour un assureur français.

Troisième condition : un fonds dédié, c'est-à-dire un fonds construit pour un seul souscripteur, ne peut pas détenir d'actifs émis, garantis ou dus par le souscripteur, l'assuré, un bénéficiaire, leur famille proche ou une société qu'ils contrôlent. Un décret fixera le seuil de détention indirecte.

Le montage visé est décrit en clair dans l'évaluation préalable : un dirigeant loge les titres de sa holding patrimoniale dans un contrat étranger. Les dividendes y sont capitalisés au lieu d'être imposés à 31,4 %, et le patrimoine sort de la succession. L'administration écrit qu'« un tel montage n'est pas permis en France ».

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Ce que coûte la non-conformité

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