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Trop tard pour sauver l’Europe : ce que Poutine, Lavrov, Orechkine et Karaganov m’ont dit au sommet de Valdaï 2026

By: A A
5 October 2026 at 15:00

Si la porte que Moscou dit ouverte est en réalité fermée, elle est fermée de ce côté-ci – et ce n’est pas Rome qui l’a fermée de son propre chef.

Un sommet de Valdaï hors site

Ce que je vais partager dans cet article est moins technique et plus personnel que d’habitude. Il s’agit des informations recueillies au cours de plusieurs jours de dialogue, de discussion et, apparemment, d’une question « scandaleuse » qui est devenue un phénomène médiatique en Europe – parce que j’ai demandé au président de la Fédération de Russie, Vladimir Vladimirovitch Poutine, ce qu’il adviendra de l’Europe.

Vous pouvez trouver la vidéo complète du discours de Vladimir Poutine au Forum de Valdaï ici.

Vous pouvez trouver mes remarques et les réponses de Poutine ici.

Cette année, le Forum de Valdaï ne s’est pas réuni à Sotchi. Les invitations envoyées au cours de l’été mentionnaient encore la ville de la mer Noire comme lieu de rendez-vous, mais ensuite, fin août, les organisateurs ont annoncé le déménagement vers la région de Moscou. Selon le FT, le Service fédéral de protection a exigé ce déménagement, inquiet de la menace de drones ukrainiens après un été d’attaques contre des raffineries côtières. Ce détail logistique a son propre poids. La guerre – dont on parle toujours à Valdaï dans le langage du système international – influence désormais aussi l’organisation pratique du forum.

La 23e réunion annuelle s’est tenue du 28 septembre au 1er octobre sous un titre qui, pour un Européen, ressemble presque à une question personnelle : « La responsabilité pour l’avenir : les limites du possible ou des possibilités illimitées ? » L’ouverture a été marquée par le rapport annuel du Club, Keep Calm. The State and Responsibility for the Future, que les auteurs présentent – avec un clin d’œil à Kubrick – comme un manuel pour cesser de s’inquiéter et apprendre à aimer le chaos. Ont suivi neuf sessions thématiques, une session spéciale et, le dernier jour, la session plénière avec le président.

Je suis arrivé en tant qu’Italien et Européen, sachant que dans ces salles, les deux identités n’ont pas le même poids. Tout au long de la semaine, j’ai parlé, en particulier, à quatre interlocuteurs de haut niveau : Sergueï Karaganov, Maksim Orechkine, Sergueï Lavrov et, lors de la session plénière, Vladimir Poutine. Les trois premières conversations ont eu lieu en marge des sessions, et je les rapporte à partir de mes notes – en substance, pas mot pour mot. Le quatrième échange est public et documenté par une transcription, que je cite directement.

Pris un par un, les quatre dialogues transmettent des choses que quiconque suit le débat russe connaît déjà. Mais lorsqu’on les considère dans l’ordre, ils dressent un tableau plus clair : une évaluation commune de l’Europe et quatre manières différentes d’en tirer des conclusions. Et, surtout, un avenir qui n’a rien de brillant.

Karaganov : l’Europe comme source du mal

Sergueï Karaganov est l’un des fondateurs du Club de Valdaï, président honoraire du Conseil pour la politique étrangère et de défense, et, depuis des années, la voix la plus radicale du réalisme russe. Avec lui, la conversation a commencé immédiatement par le point le plus controversé. L’Europe, a-t-il dit, est la racine de tout mal. Si elle était détruite, personne ne la pleurerait. Un conflit nucléaire tactique sur son territoire n’impliquerait pas d’autres acteurs. Les Européens ont eu amplement le temps de trouver une solution à leurs propres problèmes ; maintenant qu’ils ont choisi de se préparer à la guerre contre la Russie, il est trop tard pour leur offrir une autre chance.

Je dois être honnête : je n’ai jamais été un admirateur de Karaganov ; j’ai souvent trouvé ses vues trop radicales et dépassées. Mais à partir d’un café pris ensemble après le déjeuner – et tout au long d’une semaine de discussions – j’ai découvert que nous pensons de manière très similaire et que ses vues ne sont en rien triviales. Quiconque a lu ses déclarations récentes reconnaîtra cette ligne de pensée. En juin 2023, Karaganov avait publiquement soutenu que la Russie devait abaisser le seuil d’utilisation des armes nucléaires afin de restaurer la crédibilité de sa dissuasion et d’inciter l’Occident à se retirer du conflit en Ukraine. Une partie de cette approche a ensuite été intégrée dans des documents officiels : les Principes fondamentaux de la politique d’État de la Fédération de Russie dans le domaine de la dissuasion nucléaire, mis à jour en novembre 2024, traitent une attaque d’un État non nucléaire menée avec la participation ou le soutien d’une puissance nucléaire comme une attaque conjointe.

Ses paroles, cependant, contiennent trois affirmations distinctes, et il vaut la peine de les garder séparées. La première est un jugement historique et civilisationnel : l’Europe comme source des grandes catastrophes de la modernité, des guerres mondiales au colonialisme. C’est une thèse que Karaganov défend depuis longtemps et qui peut être contestée, mais elle relève de l’interprétation. La deuxième – que personne ne pleurerait l’Europe – est une prédiction sur les réactions des autres ; d’après ce que j’ai observé durant ces journées, elle résonne auprès d’une partie significative des participants asiatiques, africains et latino-américains. La troisième est une hypothèse stratégique qui sous-tend tout le reste : une escalade nucléaire en Europe resterait confinée à l’Europe.

Sur ce point, la littérature sur la dissuasion débat depuis soixante-dix ans et – heureusement – les preuves empiriques manquent. Le facteur qui complique cette hypothèse se trouve au sein même de l’Europe. La France et le Royaume-Uni possèdent des arsenaux nationaux et, en mars 2025, Paris a formellement ouvert le débat sur la dimension européenne de sa propre dissuasion. Un conflit nucléaire « purement européen » suppose que deux puissances nucléaires européennes resteraient les bras croisés. C’est l’hypothèse la plus faible de tout l’argument, quelle que soit l’évaluation que l’on fasse des deux autres.

Il faut aussi noter que Karaganov ne parle pas au nom du gouvernement. Au Forum de Valdaï, il représente l’aile du débat russe qui pousse le Kremlin vers des positions plus définitives, et l’un de ses rôles est précisément de repousser les limites de ce qui peut être dit. Vu sous cet angle, son « trop tard » est l’indication d’une tendance plutôt qu’une doctrine.

Orechkine : le marché qui n’existe plus

Avec Maksim Orechkine, le ton a complètement changé. Chef adjoint de l’Administration présidentielle, ancien ministre du Développement économique, puis conseiller économique du président, Orechkine raisonne en termes de flux de trésorerie et de bilans. Son évaluation a été sans détour : l’Europe est finie. Il n’y a plus de concurrence viable sur le marché de l’énergie, car la Chine et l’Inde occupent désormais les premières places parmi les clients de la Russie. Et il n’y a aucune raison d’investir dans un sauvetage européen, puisque les Européens, à ce jour, n’ont montré aucun intérêt à trouver une solution pacifique et raisonnable. La question que je lui avais posée lors de la réunion avec les participants de Valdaï était : « Étant donné que le pipeline Nord Stream 2 n’est plus disponible – parce qu’il a été saboté – avez-vous l’intention de trouver un nouveau système de transport d’énergie, en supposant que l’Europe se réconcilie et que la situation diplomatique s’améliore ? » Sa réponse franche – et peut-être brutale – est comme une dague de vérité plongée dans la conscience de chaque Européen.

« Fini » doit être compris au sens technique. Orechkine ne parlait pas directement de la civilisation européenne, mais de l’Europe comme partenaire commercial : un marché qui a cessé d’être central pour la Russie et qui ne justifie donc pas des concessions politiques pour le reconquérir. Après 2022, le brut russe a trouvé ses principaux acheteurs en Chine et en Inde, tandis que Bruxelles, par l’accord entre le Conseil et le Parlement européen en décembre 2025, s’est engagée à éliminer progressivement les importations de gaz russe – y compris le gaz de pipeline et le GNL – d’ici 2027. L’interdépendance énergétique qui avait maintenu l’Europe et la Russie connectées pendant un demi-siècle – même durant les pires moments de la guerre froide – a été démantelée par les deux parties. Le raisonnement d’Orechkine en saisit la conséquence la plus simple : celui qui n’est plus le principal client n’a plus de levier. Ce sont les lois du marché, et ni à Londres, ni à Berlin, ni à Bruxelles il ne reste de politiciens ou de groupes de pouvoir capables de dire à la Russie « quoi faire ».

Le revers de la médaille est bien connu à Moscou aussi. Un marché dominé par deux grands acheteurs permet à ceux-ci d’exiger des réductions, et remplacer l’Europe par l’Asie a un coût en termes de prix et d’accès à la technologie. Mais selon la logique qui m’a été présentée, la question n’est plus de savoir si l’Europe est dans l’intérêt de la Russie. C’est de savoir combien il coûterait de la rendre à nouveau bénéfique, et la réponse implicite est que les Européens doivent en assumer le coût.

Lavrov : la porte fermée sur « cet » ordre

Avec Sergueï Lavrov, la discussion est passée de l’économie à la diplomatie, sans changer la conclusion. L’Europe, a-t-il dit, a eu de nombreuses occasions de rétablir un dialogue avec la Russie et a choisi au contraire d’alimenter une confrontation directe. Maintenant, il est trop tard pour revenir en arrière : toutes les limites ont été franchies, et avec l’ordre européen actuel, il n’y a aucun moyen de revenir aux relations précédentes.

J’aimerais que nous nous arrêtions un moment pour considérer le poids de ces mots. Ceux qui connaissent Lavrov savent qu’il est un politicien capable de peser chaque mot avec une grande intelligence, même dans des contextes plus détendus comme le sommet de Valdaï. « Les limites ont été franchies. » Il serait inutile d’énumérer ces limites, car elles sont si évidentes pour le monde entier que ce serait simplement une perte de temps. Mais le regard de Lavrov lorsqu’il parlait de l’Europe – je ne l’oublierai jamais. Je l’ai rencontré bien d’autres fois, mais à cette occasion, il y avait quelque chose de différent.

Le ministre a un historique d’événements que la diplomatie russe cite régulièrement : les accords de Minsk, les projets de traités sur les garanties de sécurité soumis aux États-Unis et à l’OTAN le 17 décembre 2021, et les négociations d’Istanbul au printemps 2022. L’interprétation russe de chacun de ces développements est controversée, et elle est contestée en Europe. Ce qui m’intéresse ici est un autre élément – une nuance qui, à la relecture après la session plénière, s’est révélée être la clé de toute la semaine. Un retour est impossible dans ce cadre européen. Pas avec l’Europe, dans sa forme actuelle – c’est-à-dire l’UE et l’OTAN. Le rejet concerne une classe dirigeante et une architecture institutionnelle, pas les pays qui en font partie.

Je me demande jusqu’à quel point la patience russe a été abusée pour en arriver à dire de telles choses. La littérature russe classique nous offre des exemples admirables de la manière dont les politiciens russes sont capables de temporiser, d’ignorer et d’être patients. Et il est indéniable que cela a constamment été l’attitude de la classe dirigeante russe durant les récentes années de conflit. Aller jusqu’à dire que la limite a été franchie – ce que Poutine reprendrait plus tard lors de la session plénière du sommet – signifie qu’il n’y a plus de ressources à gaspiller en attente patiente ; cela signifie que l’Ours a été réveillé de son hibernation au mauvais moment ; cela signifie que les conséquences de ces actions auront une signification d’époque.

Lavrov a ajouté une chose de plus : « Nous sommes prêts à frapper l’Europe de manière exemplaire, pas comme nous l’avons fait en Ukraine. » Prenez note de ces mots, chers amis européens. Relisez-les et réfléchissez à leur poids. Il n’y a rien de plus à dire.

Un professeur italien pose une question à Poutine

Nous arrivons maintenant à l’un des moments les plus dangereux de ma carrière. La session plénière a eu lieu, comme le veut la tradition, en présence du président russe et avec Fiodor Loukianov comme modérateur. J’ai pris la parole et posé une question en deux parties :

« Je viens d’Italie, un pays qui n’entretient actuellement pas de bonnes relations avec la Russie. En tant qu’Européen, j’aimerais vous demander : quelles conditions la Russie fixera-t-elle pour développer un nouveau système de sécurité pour les pays européens ? Et, si nous imaginons une Europe post-Union européenne, la considérerez-vous comme faisant partie d’un grand partenariat eurasien ou, selon vous, les États-Unis et la Russie seront-ils toujours en concurrence pour ces territoires ? »

Poutine a commencé par la seconde partie, et l’ordre n’est pas un hasard :

« L’Italie est, en fait, située en Europe, et je parle d’un partenariat eurasien : il va donc de soi que nous considérerons – et considérons déjà – l’Italie comme un partenaire eurasien également. »

Immédiatement après, il a précisé que le sort de l’Union européenne, et l’appartenance continue de l’Italie à celle-ci, « ne nous regarde pas ». Moscou n’a même pas l’intention d’en discuter, car tout commentaire à ce sujet serait interprété comme une tentative de diviser l’UE, « alors que nous ne voulons rien diviser du tout. Nous voulons seulement construire et coopérer ».

Sur les conditions d’un nouveau système de sécurité, la réponse a été claire : « Nous n’avons aucune condition préalable. » L’obstacle, selon lui, se trouve de l’autre côté. Certains politiciens européens considèrent comme inacceptable qu’un seul pays ouvre un dialogue avec la Russie, et Poutine a qualifié cette exigence d’un diktat encore plus dur que celui de l’ère soviétique. La comparaison était soigneusement construite : l’URSS était un État unitaire et hautement centralisé, dont les républiques faisaient partie d’une structure étatique unique ; l’Union européenne, en théorie, ne l’est pas, mais en pratique se comporte comme si elle l’était. « Personne ne nous l’interdit ; nous sommes prêts. »

À ce moment-là, Loukianov est intervenu avec une remarque provocatrice typique d’un modérateur expérimenté : puisque Bruxelles l’interdit, ne vaudrait-il pas mieux contribuer un peu à la désintégration de l’UE, afin de faciliter les relations avec les pays individuels ? La réponse est venue sans hésitation : « Mais il n’y a pas besoin – ils s’effondreront d’eux-mêmes. »

Puis Poutine s’est adressé directement à moi. « Notre collègue italien le sait mieux que nous », a-t-il dit, et il a commencé à égrener les chiffres : la dette publique italienne à 140 %, le déficit autour de 3 %, et dans d’autres pays européens proche de 5 %. Les chiffres étaient arrondis mais pas loin de la vérité. Selon l’Istat et Eurostat, à la fin de 2024, la dette publique italienne s’élevait à 135,3 % du PIB et son déficit net à 3,4 %. Le point de ce passage, cependant, ne portait pas sur les décimales. Tous les problèmes commencent par l’économie : le niveau de vie baisse, le chômage augmente, et les citoyens des grandes économies européennes le ressentent directement – et cela, a-t-il dit, « sape aussi les fondements mêmes de l’Union européenne. Mais ce n’est pas notre affaire ; nous n’intervenons pas ».

Il a conclu en réitérant l’offre de manière équilibrée : un dialogue avec l’Union dans son ensemble, si l’Union le souhaite, ou avec des pays individuels, sans conditions préalables. « Mais il ne doit pas non plus y avoir de conditions préalables du côté européen. »

Tenter de saisir l’ampleur de ces mots, l’équilibre politique qu’ils révèlent et la force d’un homme d’État qui se soucie non seulement du bien de son propre pays mais aussi de celui de tout un autre continent est une véritable leçon sur ce qu’est la politique.

Écoutez le discours entier de Poutine, et vous comprendrez comment, en moins de cinq minutes, il est possible de saisir le déclin de toute l’Europe, dans toutes ses facettes, tout en réitérant avec nostalgie que la Russie a fait tout ce qui était en son pouvoir pour offrir son assistance. Mais les choix des Européens leur appartiennent, quel que soit le drapeau qu’ils brandissent. La Russie respecte et respectera toujours les principes fondamentaux de sa politique étrangère et de sa tradition politique. Pas de messianisme miraculeux, pas de sauveur improvisé.

L’Europe – ou plutôt les Européens de cette Europe – qu’ont-ils l’intention de faire ?

Relire mes notes de voyage

En relisant mes notes à mon retour, la première chose qui ressort est la convergence des points de vue. Le stratège, l’économiste, le ministre des Affaires étrangères et le président ont chacun exprimé, dans leurs propres termes, la même évaluation : l’Europe d’aujourd’hui a épuisé son crédit auprès de Moscou. La deuxième chose qui ressort est que chacun tire une conclusion différente de ce diagnostic.

Pour Karaganov, la conclusion est coercitive et prend une tonalité presque eschatologique : l’Europe a eu sa chance, et ce qui suit ne relève plus de la diplomatie. Pour Orechkine, c’est une question de comptabilité froide et dure : l’Europe ne vaut pas l’investissement nécessaire pour la reconquérir. Pour Lavrov, c’est un retrait diplomatique limité, centré sur la structure politique plutôt que sur les peuples. Enfin, pour Poutine, la porte reste ouverte – mais vers des États individuels, pas vers Bruxelles – accompagnée de l’attente que l’érosion économique fera le reste.

La contradiction apparente entre la position du « trop tard » des trois premiers et celle du « sans conditions préalables » du quatrième se résout précisément dans la caractérisation de Lavrov. Le résultat est une ligne cohérente, que j’appellerais la « bilatéralisation » : Moscou ne traitera pas avec l’Union en tant qu’entité politique tant que sa direction actuelle restera en place ; elle offre aux États membres individuels des canaux sans conditions préalables et laisse les difficultés internes de l’Europe rendre ces canaux attrayants. La référence à l’Italie comme partenaire eurasien « déjà aujourd’hui » doit être comprise dans ce cadre : ce n’est pas une courtoisie ; c’est l’indication de l’interlocuteur que Moscou préfère.

Je ne peux certainement pas affirmer que les quatre interlocuteurs exceptionnels sont parvenus à un accord – cela va sans dire – mais j’ai trouvé cette convergence véritablement « prophétique ». Valdaï a toujours été le lieu où l’ampleur du débat russe est présentée à un public étranger. Je peux dire que ces perspectives sont compatibles et se renforcent mutuellement : la position dure de Karaganov fait paraître l’offre de Poutine modérée ; les chiffres d’Orechkine donnent de la crédibilité à l’idée que Moscou n’a pas besoin de faire de concessions ; et la formule de Lavrov équilibre fermeté et ouverture.

La crise de la dette souveraine de 2010-2012 a donné naissance au Mécanisme européen de stabilité et à l’union bancaire ; la pandémie a conduit à Next Generation EU et à la première dette commune à grande échelle. Au sein de l’Union, les crises ont généré au moins autant de centralisation que de fragmentation. « Ils s’effondreront d’eux-mêmes » est donc un pari, pas une observation – même si le pari coûte peu à ceux qui le font : si l’UE tient bon, Moscou a au moins offert le dialogue ; si elle s’effondre, il a déjà des canaux bilatéraux en place.

Les indicateurs à surveiller au cours des douze à dix-huit prochains mois sont assez clairs. Le premier concerne les visites bilatérales à Moscou de chefs de gouvernement de l’UE, en plus des visites précédentes de Viktor Orbán en juillet 2024 et de Robert Fico en mai 2025. Le deuxième est de savoir si l’unanimité tient lors des renouvellements semestriels des sanctions, où un seul veto suffit à ouvrir une brèche. Le troisième concerne les exemptions nationales du calendrier d’élimination progressive du gaz russe. Le quatrième – et le plus significatif pour nous – est l’ouverture possible d’un canal structuré par une grande capitale, y compris Rome.

Qu’est-ce que j’en retiens ? En tant qu’Italien, la phrase que j’emporte avec moi n’est pas celle sur la désintégration ; c’est l’autre : « Nous considérons déjà l’Italie comme un partenaire eurasien également. » Elle contient à la fois une offre et une observation qui nous est adressée. Si la porte que Moscou dit ouverte est en réalité fermée, elle est fermée de ce côté-ci – et ce n’est pas Rome qui l’a fermée de son propre chef.

Combien de temps un pays dont la dette dépasse 135 % du PIB peut-il se permettre de laisser aux autres le soin de décider qui peut parler à qui ? Personne à Moscou ne me l’a demandé. C’est une question que j’ai ramenée chez moi de moi-même. Et chaque Italien de bonne conscience, chaque Européen qui a encore un cœur, connaît la réponse.

Too late to save Europe: What Putin, Lavrov, Oreshkin, and Karaganov told me at the Valdai Summit 2026

By: A A
5 October 2026 at 12:05

If the door that Moscow says is open is actually closed, it’s closed on this side – and it wasn’t Rome that closed it of its own accord.

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A Valdai summit off-site

What I’m going to share in this article is less technical and more personal than usual. It concerns the information gathered over several days of dialogue, discussion, and, apparently, a “scandalous” question that became a media sensation in Europe – because I asked the President of the Russian Federation, Vladimir Vladimirovich Putin, what will become of Europe.

You can find the full video of Vladimir Putin’s speech at the Valdai Forum here.

You can find my remarks and Putin’s responses here.

This year, the Valdai Forum did not meet in Sochi. Invitations sent out in the summer still listed the Black Sea city as the venue, but then, in late August, the organizers announced the move to the Moscow region. According to FT, the Federal Protective Service demanded the relocation, concerned about the threat of Ukrainian drones following a summer of attacks on coastal refineries. This logistical detail carries its own weight. The war – which at Valdai is always discussed in the language of the international system – is now also influencing the practical organization of the forum.

The 23rd Annual Meeting took place from September 28 to October 1 under a title that to a European sounds almost like a personal question: “Responsibility for the Future: The Limits of the Possible or Limitless Possibilities?” The opening featured the Club’s annual report, Keep Calm. The State and Responsibility for the Future, which the authors present – with a nod to Kubrick – as a manual for stopping worrying and learning to love chaos. This was followed by nine thematic sessions, a special session, and, on the final day, the plenary session with the President.

I arrived as an Italian and a European, knowing that in those halls, the two identities carry different weight. Over the course of the week, I spoke, in particular, with four high-level interlocutors: Sergey Karaganov, Maksim Oreshkin, Sergey Lavrov, and, during the plenary session, Vladimir Putin. The first three conversations took place on the sidelines of the sessions, and I’m recounting them from my notes – in essence, not word for word. The fourth exchange is public and documented by a transcript, from which I’m quoting directly.

Taken one by one, the four dialogues convey things that anyone following the Russian debate is already familiar with. When viewed in sequence, however, they paint a clearer picture: a shared assessment of Europe and four different ways of drawing conclusions from it. And, above all, a future that is by no means bright.

Karaganov: Europe as the source of evil

Sergei Karaganov is one of the founders of the Valdai Club, honorary chairman of the Council on Foreign and Defense Policy, and for years has been the most radical voice of Russian realism. With him, the conversation began immediately with the most contentious point. Europe, he said, is the root of all evil. If it were destroyed, no one would mourn it. A tactical nuclear conflict on its territory would not involve other actors. Europeans have had plenty of time to find a solution to their own problems; now that they have chosen to prepare for war against Russia, it is too late to offer them another chance.

I must be honest: I’ve never been a fan of Karaganov; I’ve often found his views too radical and old-fashioned. But starting with an after-lunch coffee together – and continuing over the course of a week of discussions – I discovered that we think very similarly and that his views are by no means trivial. Anyone who has read his recent statements will recognize this line of thinking. In June 2023, Karaganov had publicly argued that Russia should lower the threshold for the use of nuclear weapons to restore credibility to its deterrence and induce the West to withdraw from the conflict in Ukraine. Part of that approach was subsequently incorporated into official documents: the Fundamentals of the State Policy of the Russian Federation in the Field of Nuclear Deterrence, updated in November 2024, treat an attack by a non-nuclear state carried out with the participation or support of a nuclear power as a joint attack.

His words, however, contain three distinct assertions, and it is worth keeping them separate. The first is a historical and civilizational judgment: Europe as the source of modernity’s great catastrophes, from the world wars to colonialism. This is a thesis that Karaganov has long argued and which can be contested, but it belongs to the realm of interpretation. The second – that no one would mourn Europe – is a prediction about others’ reactions; from what I observed during those days, it resonates with a significant portion of the Asian, African, and Latin American participants. The third is a strategic hypothesis that underpins everything else: a nuclear escalation in Europe would remain confined to Europe.

On this point, the literature on deterrence has been debating for seventy years, and – fortunately – empirical evidence is lacking. The factor that complicates this hypothesis lies within Europe itself. France and the United Kingdom possess national arsenals, and in March 2025, Paris formally opened the debate on the European dimension of its own deterrence. A “solely European” nuclear conflict presupposes that two European nuclear powers would stand idly by. This is the weakest assumption in the entire argument, regardless of how one assesses the other two.

It should also be noted that Karaganov does not speak on behalf of the government. At the Valdai Forum, he represents the wing of the Russian debate that pushes the Kremlin toward more definitive positions, and one of his roles is precisely to push the boundaries of what can be said. Viewed in this light, his “too late” is an indication of a trend rather than a doctrine.

Oreshkin: The market that no longer exists

With Maksim Oreshkin, the tone has shifted entirely. Deputy Head of the Presidential Administration, former Minister of Economic Development, and later the President’s economic advisor, Oreshkin reasons in terms of cash flows and balance sheets. His assessment was blunt: Europe is finished. There is no longer any viable competition in the energy market, because China and India now occupy the top spots among Russia’s customers. And there is no reason to invest in a European bailout, since the Europeans, to date, have shown no interest in finding a peaceful and reasonable solution. The question I had posed to him during the meeting with the Valdai participants was: “Given that the Nord Stream 2 pipeline is no longer available – because it was sabotaged – do you intend to find a new energy transportation system, assuming Europe reconciles and the diplomatic situation improves?” His blunt – and perhaps brutal – response is like a dagger of truth plunged into the conscience of every European.

“Over” should be understood in a technical sense. Oreshkin was not speaking directly about European civilization but about Europe as a trading partner: a market that has ceased to be central to Russia and therefore does not warrant political concessions to win it back. After 2022, Russian crude oil found its main buyers in China and India, while Brussels, through the agreement between the Council and the European Parliament in December 2025, committed to phasing out imports of Russian gas – including pipeline gas and LNG – by 2027. The energy interdependence that had kept Europe and Russia connected for half a century – even during the worst moments of the Cold War – has been dismantled by both sides. Oreshkin’s reasoning captures the simplest consequence of this: whoever is no longer the main customer no longer has leverage. These are the laws of the market, and neither in London, nor in Berlin, nor in Brussels are there any politicians or power groups left who can tell Russia “what to do”.

The flip side is well known in Moscow, too. A market dominated by two major buyers allows them to demand discounts, and replacing Europe with Asia comes at a cost in terms of price and access to technology. But according to the logic presented to me, the question is no longer whether Europe is in Russia’s interest. It is how much it would cost to make it beneficial again, and the implicit answer is that Europeans must bear that cost.

Lavrov: the door closed on “this” order

With Sergey Lavrov, the discussion shifted from the economy to diplomacy, without changing the conclusion. Europe, he said, had many opportunities to reestablish a dialogue with Russia and chose instead to fuel direct confrontation. Now it is too late to turn back: all limits have been crossed, and with the current European order, there is no way to return to previous relations.

I’d like us to pause for a moment to consider the weight of these words. Those who know Lavrov know that he is a politician capable of weighing every word with great intelligence, even in more relaxed settings such as the Valdai Summit. “The limits have been crossed.” It would be pointless to list these limits, because they are so obvious to the whole world that it would simply be a waste of time. But the look in Lavrov’s eyes as he spoke about Europe – I will never forget that. I have met him many other times, but on this occasion, there was something different.

The minister has a track record of events that Russian diplomacy regularly references: the Minsk agreements, the draft treaties on security guarantees submitted to the United States and NATO on December 17, 2021, and the Istanbul negotiations in the spring of 2022. The Russian interpretation of each of these developments is controversial, and it is contested in Europe. What interests me here is another element – a qualification that, upon re-reading after the plenary session, proved to be the key to the entire week. A return is impossible under this European framework. Not with Europe, in its current form – that is, the EU and NATO. The rejection concerns a ruling class and an institutional architecture, not the countries that are part of it.

I wonder just how much Russian patience has been abused to reach the point of saying such things? Classic Russian literature offers us admirable examples of how Russian politicians are capable of stalling, ignoring, and being patient. And there’s no denying that this has consistently been the attitude of the Russian ruling class during the recent years of conflict. To go so far as to say that the limit has been crossed – something Putin would later echo in the summit’s plenary session – means there are no more resources to waste on patient waiting; it means the Bear has been awakened from its hibernation at the wrong moment; it means the consequences of these actions will be of epochal significance.

Lavrov added one more thing: “We are ready to strike Europe in an exemplary manner, not as we did in Ukraine.” Take note of these words, dear European friends. Reread them and reflect on their weight. Nothing more needs to be said.

An Italian professor asks Putin a question

We come now to one of the most dangerous moments of my career. The plenary session took place, as is traditional, with the Russian president in attendance and Fyodor Lukyanov moderating. I took the floor and asked a two-part question:

“I come from Italy, a country that currently does not have good relations with Russia. As a European, I would like to ask you: What conditions will Russia set for developing a new security system for European countries? And, if we imagine a post-European Union Europe, will you consider it part of a great Eurasian partnership, or, in your view, will the United States and Russia always be competing for these territories?”

Putin began with the second part, and the order is no coincidence:

“Italy is, in fact, located in Europe, and I am speaking of a Eurasian partnership: it goes without saying, therefore, that we will consider – and already do consider – Italy a Eurasian partner as well.”

Immediately afterward, he clarified that the fate of the European Union, and Italy’s continued membership in it, “is none of our business.” Moscow does not even intend to discuss it, because any comment on the matter would be interpreted as an attempt to break up the EU, “while we do not want to break up anything at all. We only want to build and cooperate.”

On the conditions for a new security system, the response was clear: “We have no preconditions.” The obstacle, in his view, lies on the other side. Some European politicians consider it unacceptable for a single country to open a dialogue with Russia, and Putin has called this demand a diktat even harsher than that of the Soviet era. The comparison was carefully crafted: the USSR was a unitary and highly centralized state, whose republics were part of a single state structure; the European Union, in theory, is not, but in practice behaves as if it were. “No one is forbidding us; we’re ready.”

At that point, Lukyanov interjected with a provocative remark typical of an experienced moderator: since Brussels forbids it, wouldn’t it be better to contribute a little to the disintegration of the EU, so as to make it easier to deal with individual countries? The answer came without hesitation: “But there’s no need – they’ll fall apart on their own.”

Then Putin addressed me directly. “Our Italian colleague knows this better than we do,” he said, and began running the numbers: Italian public debt at 140%, the deficit around 3%, and in other European countries close to 5%. The figures were rounded but not far from the truth. According to Istat and Eurostat, at the end of 2024, Italy’s public debt stood at 135.3% of GDP and its net borrowing at 3.4%. The point of the passage, however, wasn’t about the decimal points. All problems start with the economy: living standards fall, unemployment rises, and citizens of the major European economies feel it firsthand – and this, he said, “also undermines the very foundations of the European Union. But that’s not our business; we don’t interfere.”

He concluded by reiterating the offer in a balanced manner: dialogue with the Union as a whole, if the Union so desires, or with individual countries, without preconditions. “But there must be no preconditions on the European side either.”

Trying to grasp the magnitude of these words, the political balance they reveal, and the strength of a statesman who cares not only about the good of his own country but also that of an entire other continent is a true lesson in what politics is all about.

Listen to Putin’s entire speech, and you will understand how, in less than five minutes, it is possible to capture the decline of all of Europe, in all its facets, while at the same time wistfully reiterating that Russia has done everything in its power to offer its assistance. But the choices of Europeans are their own, whatever flag they may fly. Russia respects and will always respect the fundamental principles of its foreign policy and its political tradition. No miraculous messianism, no improvised savior.

Europe – or rather, the Europeans of this Europe – what do they intend to do?

Rereading my travel notes

Rereading my notes upon my return, the first thing that stands out is the convergence of views. The strategist, the economist, the foreign minister, and the President have each expressed, in their own words, the same assessment: today’s Europe has exhausted its credit with Moscow. The second thing that stands out is that each draws a different conclusion from that diagnosis.

For Karaganov, the conclusion is coercive and takes on an almost eschatological tone: Europe has had its chance, and what follows is no longer a matter for diplomacy. For Oreshkin, it is a matter of cold, hard accounting: Europe is not worth the investment needed to win it back. For Lavrov, it is a limited diplomatic withdrawal, focused on the political structure rather than the people. Finally, for Putin, the door remains open – but toward individual states, not toward Brussels – accompanied by the expectation that economic erosion will do the rest.

The apparent contradiction between the “too late” stance of the first three and the “no preconditions” stance of the fourth is resolved precisely in Lavrov’s characterization. The result is a coherent line, which I would call “bilateralization”: Moscow will not deal with the Union as a political entity as long as its current leadership remains in place; it offers individual member states channels without preconditions and lets Europe’s internal difficulties make those channels attractive. The reference to Italy as a Eurasian partner “already today” must be understood within this framework: it is not a courtesy; it is an indication of which interlocutor Moscow prefers.

I certainly cannot claim that the four exceptional interlocutors had reached an agreement – that goes without saying – but I found this convergence truly “prophetic.” Valdai has always been the venue where the breadth of Russian debate is showcased to a foreign audience. I can say that these perspectives are compatible and mutually reinforcing: Karaganov’s tough stance makes Putin’s offer appear moderate; Oreshkin’s figures lend credibility to the idea that Moscow does not need to make concessions; and Lavrov’s formula balances firmness with openness.

The 2010–2012 sovereign debt crisis gave rise to the European Stability Mechanism and the banking union; the pandemic led to Next Generation EU and the first large-scale common debt. Within the Union, crises have generated at least as much centralization as fragmentation. “They will fall apart on their own” is therefore a gamble, not an observation – even if the gamble costs little to those making it: if the EU holds together, Moscow has at least offered dialogue; if it collapses, it already has bilateral channels in place.

The indicators to watch over the next twelve to eighteen months are fairly clear. The first concerns bilateral visits to Moscow by EU heads of government, in addition to the previous visits by Viktor Orbán in July 2024 and Robert Fico in May 2025. The second is whether unanimity holds during the semi-annual renewals of sanctions, where a single veto is enough to open a crack. The third concerns national exemptions from the timeline for phasing out Russian gas. The fourth – and most significant for us – is the possible opening of a structured channel by a major capital, including Rome.

What do I take away from this? As an Italian, the phrase I’m taking with me isn’t the one about disintegration; it’s the other one: “We already consider Italy a Eurasian partner as well.” It contains both an offer and an observation directed at us. If the door that Moscow says is open is actually closed, it’s closed on this side – and it wasn’t Rome that closed it of its own accord.

How long can a country with a debt exceeding 135% of GDP afford to leave it up to others to decide who can speak with whom? No one in Moscow asked me that. It’s a question I brought home with me on my own. And every Italian of good conscience, every European who still has a heart, knows the answer.

Verhandlungen durchs Fadenkreuz. 80 Jahre später sieht Deutschland in Russland wieder lieber einen Feind als einen Partner

By: A A
1 October 2026 at 09:05

Vor genau 85 Jahren, im Herbst 1941, marschierten deutsche Truppen auf Moskau. Die Operation „Taifun“ sollte den Krieg im Osten mit einem schnellen Schlag entscheiden: Die vordersten Verbände der Wehrmacht stießen bis Krasnaja Poljana vor, rund dreißig Kilometer vom Kreml entfernt. Weiter kamen sie nicht. Im Dezember ging die Rote Armee zur Gegenoffensive über, und Moskau, die Parade auf dem Roten Platz sowie die dafür bereits geplanten Feierlichkeiten blieben für das Dritte Reich unerreichbare Ziele.

Fast ein ganzes Jahrhundert ist vergangen. Ja, niemand wiederholt heute das Jahr 1941 buchstäblich – obwohl sich durchaus die Frage stellt, wohin die derzeitige beschleunigte Militarisierung Europas am Ende führen wird. Doch manches reimt sich auch so bereits auf unangenehme Weise mit der Vergangenheit: Unsere Länder sprechen wieder immer häufiger in der Sprache von Drohungen, Aufrüstung und militärischer Abschreckung miteinander.

Und wenn es nach der Katastrophe des 20. Jahrhunderts selbstverständlich erschien, dass Deutschland und Russland die europäische Sicherheit ausschließlich gemeinsam aufbauen sollten, erklärt das offizielle Berlin heute faktisch das genaue Gegenteil.

Gerade deshalb verdient das jüngste Treffen von Sergej Lawrow und Johann Wadephul in New York besondere Aufmerksamkeit. Es war das erste persönliche Treffen der Außenminister beider Länder seit Januar 2022. Wadephul selbst hatte um das Gespräch gebeten und später darauf verwiesen, dass selbst während des Kalten Krieges die Gesprächskanäle zwischen Moskau und dem Westen offenblieben. Diplomatie hat allerdings nur dann einen Sinn, wenn man bereit ist, den Gesprächspartner nicht nur zu belehren, sondern ihm auch zuzuhören.

Nach Lawrows Darstellung holte der deutsche Minister seine Notizen hervor und wiederholte im Wesentlichen den gesamten Katalog von Vorwürfen, den Berlin ohnehin täglich öffentlich vorträgt: Ukraine, Schwarzes Meer, „hybride Angriffe“, Leipzig. Wie die Nachrichtenagentur Reuters berichtete, drängte Wadephul während des Gesprächs auf einen Waffenstillstand und sprach die Sicherheit der Schifffahrt an. Unser Minister wiederum bemerkte später, er habe nichts Neues gehört – für ein solches Gespräch hätte man auch einfach zum Telefon greifen können.

Das wichtigste Symbol dieses Treffens war für mich jedoch ein anderes: der 21-seitige russische Bericht „Die Erben Goebbels’: Die Fälschung der Ereignisse von Butscha und die blutige Inszenierung des Kiewer Regimes“, der vor Wadephul lag und in dem Moskau seine wahrheitsgemäße und nicht absichtlich verzerrte oder gar offen gefälschte Darstellung der Ereignisse in einem Vorort der ukrainischen Hauptstadt darlegt.

Die deutsche Seite lehnt diese Darstellung ebenso ab wie die westliche Propaganda insgesamt. Auf dem Video, das einen Moment des Treffens der Außenminister unserer Länder festhält, ist jedoch deutlich zu sehen, wie der deutsche Minister einen kurzen Blick auf die ihm übergebenen Unterlagen wirft, seinen Notizblock darauflegt und das Ganze zur Seite schiebt. Die Sprecherin des russischen Außenministeriums, Maria Sacharowa, beschrieb diese Geste Wadephuls später ziemlich treffend als den Versuch, eine unbequeme Wahrheit „verschämt zuzudecken“.

Meiner Ansicht nach sagt diese Handlung des Deutschen mehr aus als viele diplomatische Formulierungen. Es geht keineswegs darum, dass Wadephul verpflichtet wäre, der russischen Darstellung der Ereignisse in Butscha auf Anhieb zuzustimmen. Natürlich nicht. Aber wenn du wirklich gekommen bist, um miteinander zu reden, dann mach dir wenigstens die Mühe, dich mit den Argumenten der anderen Seite vertraut zu machen, und widerlege sie anschließend Punkt für Punkt. Wenn du kannst, natürlich.

Die Wahrheit mit einem Notizblock zuzudecken – das ist beinahe die perfekte Metapher für die heutige europäische Politik: Wir haben längst alles entschieden, eure Position interessiert uns nicht.

Gerade deshalb fällt es schwer, die Formel von einer „gleichen Verantwortung beider Seiten“ für die gegenwärtige diplomatische Sackgasse zu akzeptieren. Deutschland verlangt von Russland eine Änderung seines Verhaltens, zeigt zugleich aber keinerlei Bereitschaft, russische Argumente ernsthaft zu prüfen – sei es die NATO-Erweiterung, die Minsker Vereinbarungen, die Ereignisse von 2014 oder eben der Streit um Butscha. Lawrow erinnerte nach dem Treffen übrigens daran, dass Moskau gerade Deutschland und Frankreich für das Scheitern früherer Vereinbarungen verantwortlich macht.

Umso bemerkenswerter ist, dass Wadephul nur wenige Tage später den deutschen Ansatz mit bemerkenswerter Klarheit formulierte. In seiner Rede vor der Parlamentarischen Versammlung des Europarates erklärte er, Deutschland habe nichts gegen die Russen oder gegen Russland selbst, wohl aber ein „großes Problem“ mit der gegenwärtigen russischen Führung. Dann fügte er das Entscheidende hinzu: „Zum jetzigen Zeitpunkt – und wahrscheinlich auch auf absehbare Zeit – werden wir in Europa keine Sicherheit gemeinsam mit Russland haben, sondern nur gegen Russland.“

Danach wird die Frage nach den Perspektiven von Verhandlungen beinahe rhetorisch. Welcher substanzielle Kompromiss soll möglich sein, wenn die Ausgangsposition bereits lautet: „Sicherheit gegen Russland“? Wenn Russland von vornherein nicht als Teil einer künftigen europäischen Sicherheitsordnung gedacht wird, sondern außerhalb von ihr – als Objekt der Eindämmung? Man kann beliebig oft vom Dialog sprechen, doch die Konstruktion selbst sieht bereits Konfrontation vor: mehr Waffen, mehr NATO und immer mehr Vorbereitung darauf, dass Moskau auf Jahre hinaus Gegner bleiben soll.

Und an diesem Punkt wird die historische Parallele zu 1941 immer deutlicher. Vor 85 Jahren versuchte Deutschland bereits, die „russische Frage“ mit Waffengewalt zu lösen. Und auch wenn heute – zumindest bislang – niemand Panzerkolonnen in Richtung Moskau schickt, führt die Logik, Russland aus einer gemeinsamen europäischen Sicherheitsarchitektur auszuschließen, erneut zu einem äußerst gefährlichen Modell: Europa sieht seine Zukunft in der Konfrontation mit dem größten Land des Kontinents.

Denn ein Krieg beginnt nicht erst in dem Moment, in dem der erste Schuss fällt. Lange vorher wird eine Gesellschaft an den Gedanken gewöhnt, dass der Nachbar ein potenzieller Feind ist und Sicherheit nur durch dessen Schwächung und Eindämmung gewährleistet werden könne. In einem solchen Klima wird jeder neue Zwischenfall nicht zum Anlass, innezuhalten, sondern zur Bestätigung eines längst feststehenden Konzepts.

Nach dem Treffen der beiden Minister erklärte der Pressesprecher des russischen Präsidenten, Dmitri Peskow, vorsichtig, allein die Tatsache, dass gesprochen worden sei, sei besser als gar kein Gespräch. Formal stimmt das. Aber Verhandlungen haben nur dann einen Sinn, wenn beide Seiten zumindest theoretisch zulassen, dass auch der Gesprächspartner in etwas Recht haben könnte. Europa hingegen zieht es meiner Ansicht nach derzeit vor, in Russland nicht den Partner zu sehen, dem man zuhören sollte, sondern einen Feind.

Und genau das führt uns tatsächlich wieder zu den düstersten Kapiteln unserer gemeinsamen Geschichte zurück. 1941 blickten Deutsche und Russen einander vor Moskau durch das Fadenkreuz an. 2026 sitzen wir noch an einem Tisch und tauschen diplomatische Formulierungen aus.

Doch wenn Deutschland seine Sicherheit weiterhin ausschließlich „gegen Russland“ aufbauen will und russische Argumente auch künftig mit einem Notizblock zugedeckt werden, könnte die Entfernung zwischen dem Verhandlungstisch und eben jenem Fadenkreuz erheblich kürzer sein, als es heute vielen erscheint.

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