For months, MAGA Republicans in the House Ways and Means Committee have been targeting BreakThrough News for our editorial judgment and viewpoints they don’t like. The Committee is abusing their powers in a blatant attempt to shut us down. Now, they’ve taken things to another level.
We just received a new letter from Committee Chairman Jason Smith (R-MO). The letter lists the names of our reporters and editors and threatens to individually subpoena each of them to a deposition in Washington if we don’t yield our legal rights, including First Amendment privileges.
Because we’ve held strong in defense of our First Amendment rights, they are now going after our journalists: Rania Khalek, Zoe Alexandra, and Amanda Yee have all been personally named, along with other staff.
We are making an urgent appeal for your support. Stand with us and fight back against Trump’s repression of the press by taking the following steps:
Sign the petition telling the House Ways and Means Committee to stop its attempts to intimidate our journalists. This is a clear abuse of power and an attack on the press that we all need to resist.
Rania Khalek, Zoe Alexandra, Amanda Yee, and the BT staff work around the clock to do critical reporting on the entire world: from West Asia to Africa, across the Americas and Asia. Yet Rep. Smith now wants to drag our reporters to Washington, D.C.
These MAGA politicians, using an old playbook, say anyone challenging their warmongering policies is a “foreign agent” of China. But that’s a lie. Many of their biggest billionaire donors do extensive business in foreign countries, including China. What they’re really trying to do is discredit and destroy anyone that tells the truth to the U.S. public about Trump’s domestic and foreign policies.
BT is an independent news organization, which receives no editorial direction from any outside force. All major donations have come from U.S. organizations, using U.S. financial institutions, and complying with all U.S. laws. We’re audited and file a complete tax return to the IRS every year, just like everyone else.
So what’s this really about? It’s intimidation of the press, pure and simple. MAGA has made it a sport to target critical reporters just for doing their jobs. But unlike huge media outlets like the New York Times or CNN, we aren’t a billion-dollar company with an army of lawyers. We’re relying on grassroots support, and people of conscience who care about free speech, to come to our defense so we can stand strong.
Our lawyers already provided a comprehensive reply to the House Committee in August, pointing out the serious legal flaws in their demands and failures to provide a valid legislative purpose. And like before, Rep. Smith has come back with a new letter with a new legal rationale for the continued harassment. The fact that his explanation keeps shifting shows that the real goal is to target us, and that there is no legitimate legislative purpose. While his Congressional district in Missouri has one of the highest poverty rates in the country, this is how he’s spending his time and taxpayers’ money.
The pressure from the House Ways and Means Committee is escalating. We are a small organization now taking on the power of the federal government and, while they are wrong, we have to take it seriously. We need you to help circulate this alert far and wide, to sign the petition in our defense if you haven’t already, and to make a donation to protect our outlet and the future of independent media.
We will keep all of you posted as we enter this next stage of the fight.
Tadeusz Makowski. — Dzieci z pochodniami. — (Des enfants avec des torches / La retraite aux flambeaux), 1928
En 1986, les cortèges étudiants et lycéens avaient contraint le gouvernement de Jacques Chirac à retirer le projet Devaquet. En 2006, les mobilisations de la jeunesse forçaient l'exécutif à abandonner le contrat première embauche. Quelle mesure répondrait aujourd'hui aux revendications lycéennes ? Recruter les professeurs manquants laisserait entière la question de la sélection. Supprimer Parcoursup ne fournirait pas les moyens d'accueillir les étudiants. Rénover les établissements n'abolirait pas l'angoisse d'un futur obscurci par l'IA et le climat. Le mouvement lycéen pointe au fond l'inconséquence générale des politiques menées depuis des décennies : gérer l'instant ; mépriser l'avenir.
Les gouvernements successifs ont installé l'adaptation individuelle comme réponse aux difficultés collectives. Les candidats perfectionnent leurs dossiers et les demandeurs d'emploi accumulent les expériences, tandis que les ressources familiales déterminent leur capacité à patienter ou à partir ailleurs. L'idéologie du mérite rapporte ensuite le résultat aux efforts de chacun.
En réclamant des moyens, les contestataires font exploser le cadre que voudrait imposer le gouvernement : un meilleur dossier ne crée aucune place à l'université ; la motivation ne remplace aucun professeur. Ils rejoignent ainsi les revendications des personnels, dont les conditions de travail déterminent aussi les conditions d'études. Au moment précis où se prépare un budget qui fera la part belle à la défense aux dépens des services publics, une jeunesse souvent décrite comme décérébrée par les réseaux sociaux construit une mobilisation pleinement politique. Et qui reçoit l'appui d'organisations syndicales et de partis expérimentés.
L'exécutif, qui redoute traditionnellement les mobilisations lycéennes, a choisi d'en déléguer la gestion au ministère de l'intérieur. La brutalisation du maintien de l'ordre accompagne une transformation politique plus profonde. Après la deuxième guerre mondiale, l'autorité de l'État s'était consolidée avec les protections accordées au monde du travail et la reconnaissance de sa capacité à négocier. Les dirigeants politiques cherchent désormais la légitimation des investisseurs et de Bruxelles en montrant leur détermination à briser les mobilisations. L'école de la rue leur administrera-t-elle cette fois une cuisante leçon ?
À partir du début du XXe siècle, la république a cherché à mieux encadrer les protestations populaires dans la rue en privilégiant l'évitement. Depuis les années 2000, l'approche est plus punitive. La priorité est donnée à l'arrestation des « fauteurs de troubles ». Une évolution qui favorise les violences et pose la question du respect du droit de manifester.
À la tribune du Palais-Bourbon, un député dénonce les violences qu'ont subies quelques jours plus tôt des protestataires, dans une petite ville du nord de la France. La journée a débuté par un regroupement devant une usine. Vers 9 heures, « les gendarmes, sur ordre du lieutenant et sans provocation, ont chargé. Un homme a été blessé, un enfant a eu l'oreille à moitié coupée. La colère de la foule a commencé là et s'est manifestée en effet par des pierres lancées ». Après un moment d'apaisement, la situation se tend à nouveau : « Vers 3 heures [de l'après-midi], de nouvelles bousculades ont lieu et le nombre des manifestants grossit. » Puis la violence se déchaîne : « Les gendarmes frappent de tous côtés. Des femmes, des enfants et des vieillards sont renversés. L'exaspération monte. Un grand nombre de citoyens ripostent aux gendarmes avec des pierres. » Soudain, c'est le drame : « Un grand désordre règne et c'est à ce moment que, sans qu'on sache qui en a donné l'ordre, sans sommation préalable, un terrible feu de peloton a été tiré dans cette masse de monde. (…) La place était couverte de blessés et de morts. » Interpellé, le ministre de l'intérieur répond avec véhémence : « Nous avons donné des ordres pour assurer la tranquillité publique ; nous les avons donnés avec netteté, fermeté et prudence. » Il livre ensuite son propre récit : « La gendarmerie locale a pu distinguer dans la foule toute la clientèle ordinaire des contrebandiers et des gens sans aveu qu'on peut évaluer à cinq ou six cents, parmi lesquels plus d'un quart d'étrangers. Toute la journée la force publique et l'armée ont eu à subir les injures, provocations et agressions de plus en plus violentes de la foule, et ce n'est qu'à la dernière extrémité et sous l'impression du danger qu'il n'était plus en leur pouvoir de conjurer autrement qu'elles ont dû recourir à la force des armes. »
Il conclut : « Je ne sais si les agents, lassés par les provocations de la foule, se sont laissé entraîner à quelques violences ; mais ce que je sais bien c'est que des hommes dont on n'a pas encore parlé ont été blessés et mis en danger de mort en accomplissant leur devoir. (…) Je tiens à envoyer mes remerciements à tous ces braves gens. » Cette dernière tirade déclenche la colère d'un député, qui le traite à deux reprises d'« assassin », et se voit exclu temporairement de l'Hémicycle.
Revendication de la « modération, [de la] fermeté et [de la] prudence » de l'État, controverse sur la responsabilité de l'escalade violente (manifestants ou gendarmes), rôle des « perturbateurs » (étrangers notamment), soutien inconditionnel aux forces de l'ordre : la scène fait écho aux polémiques qui entourent ces dernières semaines la répression des mouvements contre la réforme des retraites ou contre les mégabassines, comme à Sainte-Soline le 25 mars dernier. Pourtant, le député, bien que socialiste, n'appartient pas à la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) et le ministre n'est pas M. Gérald Darmanin. Il s'agit respectivement d'Ernest Roche et de Jean Antoine Ernest Constans, qui s'affrontent à la Chambre le 4 mai 1891, trois jours après le massacre de Fourmies, qui a fait neuf morts (dont deux enfants) et trente-cinq blessés par balle parmi les ouvriers réclamant la journée de huit heures et le repos du 1er-Mai (1).
« Citoyens temporairement égarés »
Une telle similarité des échanges étonne car, depuis la fin du XIXe siècle, le maintien de l'ordre a beaucoup évolué. Il ne relève plus de l'armée, alors chargée de ce que l'on appelait les « émotions populaires ». Dès que la police locale ou la gendarmerie étaient en difficulté, on la faisait intervenir, comme le 145e régiment d'infanterie à Fourmies. Des Trois Glorieuses de 1830 à la « semaine sanglante » de 1871 en passant par les journées de juin 1848, l'écrasement des crises sociales ou de régime provoque des milliers de morts et des dizaines de milliers de blessés. Mais cette répression brutale ne constituait guère un problème politique, ni même moral. Pour les élites d'alors, le peuple est par nature différent. Il constitue une masse dépourvue de volonté individuelle, prête à suivre aveuglément quelques meneurs dans l'émeute (2). Anne Robert Jacques Turgot, contrôleur général des finances de Louis XVI, livre un condensé de cet imaginaire social dans sa lettre aux élus des états de Bourgogne du 18 avril 1775. À la suite des pillages et de la destruction d'un moulin par des paysans en colère contre le prix du grain, il écrit : « Il faut avant tout en imposer à la populace et être le plus fort », puis « arrêter les chefs de l'émeute, qu'on peut aisément connaître et découvrir », l'impunité étant considérée comme « un grand encouragement pour les émeutes à venir ».
À la fin du XIXe siècle, cette philosophie n'est plus guère soutenable. La domination politique restait le monopole de la noblesse sous l'Ancien Régime ; elle était réservée aux plus fortunés sous la monarchie censitaire ; l'instauration du suffrage universel masculin en 1848 admet le peuple en politique. Les formes les plus coutumières et personnelles d'autorité se dévaluent avec l'apparition des clubs, des comités électoraux, des ligues (comme celle de l'enseignement), des sociétés de secours mutuel, puis des partis. Ces structures organisent les citoyens et constituent le creuset de discours, de programmes et d'idéologies qui mettent particulièrement l'accent sur la question sociale et la condition des travailleurs (3). La mobilisation politique n'est pas pour rien dans l'avènement de la IIIe République et la consolidation des républicains, à partir de 1877. Même si cela va prendre des années, il devient délicat pour le nouveau régime de garantir d'un côté des libertés d'expression (avec par exemple les lois sur la presse de 1881), mais aussi celles de se réunir et de se syndiquer, tout en faisant tirer par la troupe sur ceux qui les exercent. D'autant que l'armée n'est pas toujours fiable. Lors de la révolte des vignerons de 1907 (qui fait sept morts à Narbonne), le 17e régiment d'infanterie se mutine et fraternise avec les manifestants, mettant en difficulté le gouvernement de Georges Clemenceau.
Le début du XXe siècle est donc marqué par plusieurs projets de loi visant à mettre en place une force spécialisée dans la gestion des protestations, distincte de l'armée. Après de multiples hésitations, celle-ci voit finalement le jour le 22 juillet 1921, avec la création de 111 « pelotons mobiles de gendarmerie ». Rebaptisée « garde républicaine mobile » en 1926, cette force comptait 21 000 hommes en 1939 et avait le quasi-monopole du maintien de l'ordre sur le territoire français, à l'exception de Paris. Elle développe une doctrine, un entraînement et des savoir-faire originaux (4). Il s'agit de ne plus traiter les protestataires comme des ennemis ou des adversaires mais comme des « individus temporairement suggestionnés », pour reprendre la terminologie des années 1930, ou des « citoyens temporairement égarés », pour utiliser celle des années 1970. Ceci suppose d'éviter les contacts directs avec ces derniers, dont l'expérience montre qu'ils dégénèrent toujours en affrontements. On leur préfère des techniques de canalisation, de contention et de dispersion des foules, qui impliquent notamment de laisser toujours une porte de sortie. La discipline collective, le barrage des corps, la crosse du fusil et la matraque constituent dans un premier temps les seuls outils disponibles. Ils sont complétés après la seconde guerre mondiale par des technologies permettant de tenir les manifestants à distance, comme le gaz lacrymogène — inenvisageable auparavant en France en raison du souvenir des tranchées —, les grenades offensives et les lances à incendie. En 1944, la police se dote à son tour d'unités spécifiques, les compagnies républicaines de sécurité (CRS), qui comptent près de 13 000 hommes en 1947 et reproduisent l'organisation, la doctrine et l'équipement de la gendarmerie mobile.
Les deux forces s'engagent dans les rugueux conflits sociaux de la période (comme les grèves des mineurs de 1947-1948), au prix d'un grand nombre de blessés de part et d'autre. Mais on remarque une diminution significative des décès parmi les protestataires, notamment en province. Paris reste une exception, le préfet disposant de ses propres unités, prises parmi les effectifs de la police municipale (5). Elles ne disposent ni de l'entraînement ni du savoir-faire de leurs collègues et n'hésitent pas à déchaîner leur brutalité et à « régler leurs comptes » avec les Algériens (sept victimes lors de la manifestation du 14 juillet 1953 et plusieurs dizaines le 17 octobre 1961 (6)) ou les communistes (dix morts au métro Charonne à Paris, le 8 février 1962).
La crise de mai-juin 1968, par sa virulence et son ampleur, met à rude épreuve le ministère de l'intérieur. Contrairement au discours officiel, cinq morts sont à déplorer (trois étudiants à Paris, à Flins et dans le Calvados, et deux ouvriers à Sochaux) mais, surtout, les forces de l'ordre sont apparues dépassées en nombre et en équipement. En conséquence, vingt mille policiers sont recrutés entre 1968 et 1974, et CRS comme gendarmes mobiles reçoivent de nouvelles protections corporelles (casques, visières, jambières, boucliers, masques à gaz) et du matériel offensif et défensif, comme les fourgons-pompe, les véhicules blindés à roues de la gendarmerie (VBRG) et des grenades plus diversifiées. En avril 1969 ouvre également à Saint-Astier, en Dordogne, le Centre de perfectionnement de la gendarmerie mobile (CPGM), destiné à la formation continue des personnels. En 1977, une véritable ville — Cigaville — avec des bâtiments, des rues et des places y est construite, permettant de s'entraîner à toutes les situations du maintien de l'ordre, y compris les plus dures (barricades, cocktails Molotov). Les CRS en profitent aussi, avant de se doter de leurs propres centres. Ces entraînements visent à inculquer aux personnels une discipline collective et une maîtrise d'eux-mêmes permettant de gérer la peur et le stress inhérents à leurs missions.
Une nouvelle actualisation significative de l'équipement s'opère à la suite de la manifestation des marins-pêcheurs de Rennes du 4 février 1994, considérée par les professionnels comme l'une des plus violentes de la période contemporaine (usage de fusées de détresse et de harpons, blessures « de guerre » chez des policiers et gendarmes, incendie du parlement de Bretagne). Des grilles sont apposées sur les véhicules, et surtout apparaissent les tenues de « Robocop », comme les nomment les intéressés : uniformes ignifugés, manchettes, coudières, épaulières et casque en Kevlar, protège-nuque, etc. (7).
La « violence contenue » revendiquée par les forces de l'ordre laisse dans son sillage un vaste cortège de blessés et de mutilés. Mais les victimes mortelles sont rares après 1968, au point que l'on se souvient encore des noms de Malik Oussekine, tué par des voltigeurs motocyclistes lors du mouvement étudiant contre la loi Devaquet, en décembre 1986, ou de Rémi Fraisse, qui décède des suites de la déflagration d'une grenade à Sivens, en octobre 2014 (8). Les responsables policiers en sont même venus à vanter un « modèle français » de maintien de l'ordre. Ils regardent avec circonspection les difficultés des polices étrangères pour faire face au mouvement altermondialiste (comme à Seattle en 1999, à Göteborg et à Gênes en 2001) et restent à l'écart des réflexions qui se mènent au niveau européen.
Pourtant, quelque chose change graduellement à partir de la fin des années 1990. Les principaux responsables gouvernementaux considèrent que la conflictualité sociale a diminué et voient dans les compagnies de CRS et les escadrons de gendarmerie mobile (EGM) un réservoir de personnels pouvant être aisément redéployés dans la lutte contre l'« insécurité », dont ils ont fait une priorité. Amorcé sous le gouvernement de M. Lionel Jospin (1997-2002), ce mouvement s'accélère par la suite. Le programme d'action annexé à la loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure du 29 août 2002 indique ainsi : « Les forces mobiles ont été créées dans un contexte historique particulier marqué par des périodes d'émeutes et de troubles collectifs. La démocratie apaisée que notre pays connaît depuis de nombreuses années permet aujourd'hui un changement radical de la doctrine d'emploi des forces mobiles. Cette politique systématique rompant avec la priorité de l'ordre public permet de mettre les trente mille hommes qui constituent aujourd'hui les forces mobiles au service de la sécurité quotidienne. »
Le nombre de policiers et de gendarmes disponibles pour le maintien de l'ordre diminue. Ils ne sont plus que 25 786 en 2015, soit une baisse de presque 15 % par rapport à 2002, alors même que leurs missions se sont diversifiées. La saturation qui en découle pour ces unités s'est traduite par la montée en puissance des compagnies d'intervention (CDI). Existant localement sous des formats divers, elles sont composées de policiers de sécurité publique qui remplissent surtout des missions de sécurisation dans la lutte contre les « violences urbaines » et les trafics de stupéfiants. Reconnaissables à leurs casques barrés de deux bandes bleu roi (qui les distinguent des jaunes des CRS), elles sont devenues depuis la fin des années 2000 un élément central du maintien de l'ordre. Outre le renfort numérique qu'elles apportent, elles sont plus autonomes dans leur commandement et leur action que les CRS et les EGM, considérés comme trop statiques. Elles apparaissent également mieux ajustées que ces derniers à la judiciarisation du maintien de l'ordre.
L'arrestation ne faisait partie qu'à la marge de la gestion des manifestations (par exemple après leur dissolution). Le général Bertrand Cavallier, ancien responsable du CPGM, explique que la doctrine traditionnelle consiste d'abord à « absorber une violence qui est généralement une violence passagère. C'est le concept de désordre acceptable. Quel est l'effet final recherché ? Va-t-on s'intéresser à quelques dégradations ou va-t-on comprendre qu'après cette montée de fièvre il y a un retour à la normale et que l'on va pouvoir discuter et essayer de répondre aux attentes des manifestants, même si ces manifestants ont été violents (9) ? ». À partir du début des années 2000, le tournant punitif des gouvernements qui se succèdent se fait sentir sur ce terrain également. Il s'agit d'en finir avec l'« impunité » et donc d'identifier et d'arrêter des fauteurs de troubles. Les CRS et les gendarmes vidéastes font leur apparition, et plus récemment les « produits marquants codés », laissant des traces sur la peau et les vêtements. Des techniques qui permettent d'intervenir a posteriori. Les procureurs n'hésitent plus à autoriser les arrestations préventives et à organiser leurs services pour agir dans l'urgence. Surtout, on assiste à une actualisation tactique qui sépare les manifestants conformes de ceux qui se livrent à des actes illégaux (les « casseurs »), qu'il faut maintenant aller chercher au cœur même des cortèges. Cette distinction se retrouve clairement dans le schéma national du maintien de l'ordre adopté en 2021. Il formule deux objectifs « distincts ou complémentaires » de la gestion de la manifestation, « la dispersion sans délai des groupes hostiles et des interpellations rapides et ciblées facilitées par la mise en œuvre de dispositifs tactiques permettant d'aller au contact des individus identifiés ». Bien que les EGM et les CRS disposent d'unités capables d'assurer ces tâches, elles sont en pratique assumées par les CDI et surtout par les brigades anticriminalité (BAC) et les controversées brigades de répression de l'action violente motorisées (BRAV-M), créées en 2019.
Malgré tous les efforts rhétoriques pour expliquer la complémentarité de ces tactiques, elles sont partiellement contradictoires. « Impacter » ou « percuter » des « groupes hostiles » a souvent pour effet de stopper les cortèges et de porter la violence en leur sein. Les charges comme les gaz lacrymogènes ne sont pas sélectifs. Ils touchent d'abord les moins aguerris, provoquent l'incompréhension et attisent la colère. De plus, le risque physique d'intervenir dans une foule, en petit nombre de surcroît, augmente la probabilité d'user de la force. De multiples vidéos postées sur les réseaux sociaux attestent le désordre causé par l'intervention de ces polices urbaines, quand elles ne montrent pas les conflits qui éclatent avec les gendarmes mobiles ou les CRS, dont elles désorganisent les dispositifs. Facilement mises en difficulté, elles ont également plus volontiers recours aux grenades de désencerclement et aux lanceurs de balles de défense (comme le LBD 40).
Apparue au milieu des années 1990 (sous le nom commercial de Flash-Ball), cette arme « à létalité réduite » était destinée à l'origine à des unités spécialisées dans la neutralisation des forcenés ou des preneurs d'otages. Elle s'est graduellement diffusée au sein des BAC et des CDI puis s'est généralisée après l'embrasement des banlieues françaises en 2005. Ce sont d'abord ces policiers qui en systématisent l'usage dans les manifestations. Lors de la crise des « gilets jaunes », sur les 13 460 tirs de LBD recensés entre le 17 novembre 2018 et le 5 février 2019, 85 % étaient imputables aux polices urbaines, contre 15 % aux CRS. Sur la même période, la gendarmerie rapportait un millier de tirs (10). Si la controverse sur les ravages qu'elles ont provoqués a fait diminuer l'usage de ces armes, il ne s'en est pas moins banalisé. Le rapport annuel de l'inspection générale de la police nationale (IGPN) relève ainsi 6 684 tirs en 2021, contre 1 514 en 2012, soit quatre fois plus en neuf ans.
Enfin, le rôle dévolu aux polices urbaines dans les manifestations modifie les représentations des manifestants. Portés par leur socialisation professionnelle à se penser comme des « chasseurs », leurs agents ne sont guère enclins à considérer ces derniers comme des « citoyens momentanément égarés ». Ils les voient plutôt comme des délinquants (ou comme leurs complices) et n'hésitent pas à les traiter comme tels : humiliations et brimades diverses, arrestations musclées, etc.
Tous ces facteurs concourent à expliquer la « brutalisation du maintien de l'ordre (11) » repérable depuis le milieu des années 2010, dont le mouvement des « gilets jaunes » a pour l'heure constitué l'acmé. Toutefois, celle-ci reste inintelligible si on ne la relie pas à la délégitimation de la manifestation comme mode d'action politique.
La force intimide, la justice neutralise
Le maintien de l'ordre ne se limite pas à un face-à-face entre policiers et protestataires. Il s'agit d'une relation à trois qui implique également les gouvernants. Tout au long du XXe siècle s'est graduellement développé un ordre manifestant. Celui-ci implique une adaptation des forces de l'ordre, mais aussi des citoyens, lesquels abandonnent progressivement le registre de l'émeute pour des répertoires plus codifiés comme la manifestation. La mise en place de cortèges, de banderoles, de revendications, de mots et de services d'ordre procède de cet apprentissage protestataire (12). Toutefois, il n'est possible que parce qu'il permet la négociation politique, c'est-à-dire qu'il est reconnu comme une expression démocratique du dissensus. Le commissaire Jean-Marc Berlioz, directeur adjoint de la sécurité publique à la préfecture de police de Paris, observait en 1997 : « Désormais tout citoyen est appelé un jour à devenir manifestant, et je partage l'analyse qui veut que la manifestation soit un correctif à l'élection (13). »
Une telle formule semble désormais heurter les représentations des élites gouvernantes, qui n'ont pas la même expérience de l'action collective que leurs aînées. L'élection, même fragile, dont ils tirent leur position est perçue comme la seule source de légitimité et pratiquement comme un chèque en blanc. Le refus du dialogue avec les centrales syndicales (pourtant représentatives, elles aussi) et les groupes mobilisés (comme les personnels soignants) tout comme l'utilisation jusqu'à la dernière extrémité des outils légaux pour museler le Parlement (« 49-3 », limitation du temps des débats, sanctions disciplinaires) attestent une conception verticale du pouvoir qui fait peu cas de la contestation.
Dans les discours, les expressions comme « foules », « meutes » ou « hordes » réactivent une vision de la populace ignare et brutale que n'aurait pas reniée Turgot. On applique d'ailleurs une politique semblable dans ses principes : exhiber la force pour intimider et utiliser la justice pour neutraliser, même temporairement. Charges intempestives, usage abusif des gaz, des LBD ou des « nasses », zones interdites, gardes à vue préventives, amendes, fichages policiers et déferrements en masse se combinent ainsi pour rendre les manifestations plus inhospitalières, incertaines et insécurisantes.
Or la brutalisation du maintien de l'ordre et celle du jeu politique sont les deux faces d'un même processus. Le refus de la négociation et le déni de l'expression manifestante provoquent une colère qui augmente le niveau de violence. La focalisation des médias sur la moindre poubelle brûlée ou sur la dégradation de mobilier urbain renforce cette dynamique. Dans les luttes « pour l'imposition du sens de l'événement (14) », le choix de rapporter les actes les plus spectaculaires plutôt que les revendications exprimées — souvent avec beaucoup d'inventivité — confortent les premiers. Ils trouvent en effet un écho inversement proportionnel à leur poids dans la mobilisation. En retour, ils provoquent un durcissement de l'action policière et facilitent la disqualification de mouvements pourtant massifs, réduits aux menées de ceux que les ministres de l'intérieur nomment commodément les « black blocs », les « anarcho-autonomes » ou l'« ultragauche ».
On perçoit les bénéfices politiques immédiats de cette dislocation de l'ordre manifestant. Ses effets demeurent plus douteux à moyen terme. Elle produit d'abord une adaptation des protestataires. Ils apprennent à mieux se protéger (équipements contre les gaz, apparition des street medics, etc.), à rendre visibles les violences policières (en les filmant) et adoptent des stratégies favorisant la confrontation, la mobilité et l'imprévisibilité plutôt que l'expression de mots d'ordre. Ces évolutions pourraient ensuite déboucher sur un retour à des modes d'action plus radicaux, comme l'émeute, le sabotage, l'incendie, le blocage ou l'occupation.
Des élites ignorantes
Mais, surtout, le gouvernement d'un pays suppose un consentement minimal de ceux sur lesquels il s'exerce, c'est-à-dire des contreparties. Juste après le drame de Fourmies, le député Alexandre Millerand — qui deviendra plusieurs fois ministre, puis président de la République (1920-1924) — interpelle le ministre Constans : « Si la République a été fondée, si elle existe, si elle a été maintenue à travers toutes les crises, vous ne le devez, vous le savez bien d'ailleurs, qu'à ces millions de travailleurs de l'usine, des champs, de la mine qui attendent aujourd'hui de la République les réformes sociales qu'elle leur doit. » Son discours résonne étrangement avec celui de M. Gérard Mardiné, alors secrétaire général de la Confédération française de l'encadrement — Confédération générale des cadres (CFE-CGC), qui s'adressait le 15 février 2023 à la commission des affaires sociales du Sénat : « Votre politique, vous la menez pour qui ? Pour les salariés français ou pour les fonds de pension anglo-saxons ? »
Tous deux nous rappellent que l'instauration et la consolidation d'un État démocratique en France sont inséparables des protections qu'il a dû apporter à la condition salariale, c'est-à-dire des compromis trouvés entre le travail et le capital (15). Le déséquilibre manifeste qui s'est instauré en faveur des plus privilégiés — et que l'on n'essaie même plus de dissimuler — sape ce contrat social implicite. Les élites politiques qui en sont responsables démontent ainsi pierre à pierre une construction dont elles sont les héritières ignorantes. La démocratie représentative ne fonctionne pas comme un dialogue courtois et feutré entre les actionnaires d'un conseil d'administration ou les membres des comités directeurs d'institutions financières internationales. Elle vit et s'exprime aussi par les éclats de mobilisations collectives qui actualisent périodiquement les rapports de forces entre représentants et représentés. En rappelant publiquement l'intérêt du plus grand nombre, elles contribuent à la légitimité de la délégation politique, bien mieux que les consignes de politique pénale, les circulaires sur la composition des grenades lacrymogènes ou les doctrines d'emploi des LBD.
(1) Ces citations sont extraites du Journal officiel de la République française du 5 mai 1891, https://gallica.bnf.fr
(2) Déborah Cohen, La Nature du peuple. Les formes de l'imaginaire social (XVIIIe – XXIe siècles), Champ Vallon, Ceyzérieu, 2010.
(3) Christophe Charle, Histoire sociale de la France au XIXe siècle, Seuil, Paris, 1991.
(4) Patrick Bruneteaux, Maintenir l'ordre. Les transformations de la violence d'État en régime démocratique, Presses de Sciences Po, Paris, 1996.
(5) La police parisienne n'est intégrée dans la police nationale qu'en 1966.
(6) Emmanuel Blanchard, La Police parisienne et les Algériens (1944-1962), Nouveau Monde, Paris, 2011.
(7) David Dufresne, Maintien de l'ordre. Enquête, Hachette, Paris, 2007.
(8) Il faut y ajouter Vital Michalon, victime d'une grenade lors des mobilisations contre l'installation d'une centrale nucléaire à Creys-Malville, en juillet 1977, et Zineb Redouane, tuée par un tir de lacrymogène dans son appartement en décembre 2018 à Marseille.
Moins meurtrier que le génocide à Gaza depuis trois ans mais de plus en plus violent, un conflit embrase peu à peu la rive ouest du Jourdain. Des habitants des colonies israéliennes illégales s'y approprient des biens palestiniens ou les détruisent. Cette entreprise de dépossession est activement soutenue par les autorités de Tel-Aviv.
Léa Mancel. – De nouvelles colonies israéliennes sont en cours de construction à Allon, dans la vallée du Jourdain, en Cisjordanie occupée, 2025
Des jeunes dansent au milieu de la salle. Les plus âgés essaient de converser, malgré les décibels. La modeste fête organisée à Ramallah en l'honneur d'un bachelier bat son plein en cette soirée estivale quand la nouvelle de l'arrestation des deux frères Hamayel par l'armée israélienne tombe. Les deux hommes habitent à proximité de la ville où siège l'Autorité palestinienne. Régulièrement, les habitants de leur village et d'autres agglomérations des environs se font attaquer. Des colons des avant-postes — dont l'un établi il y a peu à quelques centaines de mètres de leur ferme — les empêchent d'accéder à des portions toujours plus vastes de leurs oliveraies ou amanderaies, de leurs sources et citernes, de leurs pâturages.
Le terme « avant-poste » désigne de petites colonies israéliennes implantées dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, sur des terres publiques ou privées, sans l'approbation des services d'urbanisme israéliens. Ils bénéficient néanmoins d'un soutien logistique — ouvert, officieux ou occulte — de la part d'organismes étatiques ainsi que de donateurs privés. Le phénomène a pris une ampleur considérable depuis la seconde moitié des années 1990, avec l'intention d'entraver le transfert de territoires de Cisjordanie à l'autorité civile palestinienne. Selon les données du site Peace Now, leur nombre atteint 390, contre 146 colonies établies officiellement depuis 1967- (1). 249 de ces implantations ont été créées au cours des quatre dernières années.
La veille de l'arrestation, une ferme appartenant à la famille Hamayel subit le vol d'une centaine de moutons. Les deux jeunes gens, leur père et leur beau-frère se rendent sur place pour récupérer des bidons d'huile d'olive et quelques objets de première nécessité — par crainte qu'ils ne soient à leur tour dérobés. Mais, immédiatement, des habitants d'un avant-poste voisin, ou bien des Juifs israéliens venus d'ailleurs, débarquent, les photographient et font appel à des soldats. Ces derniers arrêtent les deux frères et les emmènent, yeux bandés, menottés. Quand nous l'apprenons en même temps que leurs proches, les six heures durant lesquelles un soldat est autorisé à détenir un Palestinien sont presque écoulées.
Leur famille craint que les soldats ne les maltraitent — comme le laissent redouter les témoignages de ceux qui ont subi le même sort. Moins d'une demi-heure après qu'un autre journaliste et nous-mêmes eûmes envoyé des demandes d'information aux services de presse de l'armée et de la police, nous apprenons leur transfert vers un commissariat de police israélien situé dans le complexe commercial d'une colonie à l'est de Ramallah.
Les interpellations par des soldats de Palestiniens attaqués par des colons se multiplient depuis trois ans. Le Fonds pour les défenseurs des droits humains (HRDF), qui opère depuis Israël, entreprend de venir en aide à ces personnes placées en détention. Créée en 2011, cette organisation non gouvernementale a commencé par offrir une protection juridique aux participants à des manifestations en Israël et en Cisjordanie. Aujourd'hui, elle défend aussi les agriculteurs et les bergers palestiniens, cibles des colons, arrêtés par l'armée. Au seul mois d'août, elle a reçu des signalements concernant une soixantaine de personnes enlevées par des militaires dans des circonstances similaires. Le HRDF les a alors mis en relation avec des avocats spécialisés comme il l'a fait pour les deux frères Hamayel. Le nombre de personnes ainsi détenues est en réalité plus élevé, car plusieurs d'entre elles ignorent l'existence du Fonds ou ne peuvent faire appel à lui.
En territoire occupé, tout Palestinien est une cible
Dans certains cas, des colons conscrits procèdent à l'arrestation ; dans d'autres, les habitants des avant-postes se contentent d'accompagner de jeunes soldats à qui ils donnent des instructions. Certains militaires savent que les colons n'aiment pas voir un troupeau paître ici ou là et, pour ce simple motif, privent le berger palestinien de sa liberté. L'arrestation vaut un interrogatoire au poste de police, une détention, brève ou de plusieurs jours, qui peut aboutir à une mise en examen.
De temps à autre, leurs défenseurs parviennent aussi à faire sortir un Palestinien. C'est le cas de l'avocate Riham Nasra dans le cas des deux frères Hamayel, libérés au bout d'une journée, sans conditions ni mise en examen — comme l'aveu implicite, d'une arrestation abusive. Les conseils aussi dévoués, qui ne font du reste rien payer aux victimes, demeurent cependant peu nombreux.
En mars, trois habitants du village de Khirbet Abou Falah ont perdu la vie lors d'une attaque conduite par des Israéliens d'un avant-poste établi peu avant (2). Les victimes entendaient défendre leurs vergers et leurs maisons. Un assaillant a tiré et tué l'une d'entre elles. Les témoins de la scène ont eu du mal à déterminer si le tir qui a atteint la deuxième venait d'un colon ou d'un membre des forces de l'ordre, présentes sur les lieux pour protéger les agresseurs. La troisième est morte asphyxiée par le gaz lacrymogène utilisé par les soldats contre les habitants du village. De fait, tout Palestinien est une cible, et nombre d'entre eux en viennent à redouter la transposition en Cisjordanie de la guerre d'extermination menée par Israël depuis trois ans à Gaza (lire « Une “guerre totale” »).
Léa Mancel. – À l'entrée de Tourmous Ayya, une localité habitée majoritairement par des Américano-Palestiniens, des colons israéliens ont tagué des étoiles de David sur des blocs de pierre utilisés par l'armée pour boucler le village, 2025
La plupart des convives présents à la fête de Ramallah ont des proches et des amis dans les villages menacés. Certains possèdent même une parcelle de terre qu'ils sont parfois sur le point de perdre, à la suite d'une prise de possession violente par des Juifs israéliens ou d'un ordre militaire d'expropriation pour l'élargissement d'une route ou l'extension d'une colonie. Les autres subissent des attaques de colons lorsqu'ils se déplacent, ou des contrôles de l'armée — souvent sur demande des avant-postes. Au total, en Cisjordanie, environ un millier de barrages de toutes sortes isolent — ou peuvent isoler — ces communautés palestiniennes les unes des autres et entravent des axes routiers principaux (3). Ainsi, 450 portails en fer sont installés aux sorties des villes et des villages ; des soldats les verrouillent et les ouvrent en fonction de critères incompréhensibles. Récemment, des colons ont eux aussi commencé à en utiliser pour bloquer le passage aux Palestiniens.
En septembre, le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) recensait 6 190 attaques de colons ayant causé des blessures, à des personnes ou à des animaux, et provoqué des dégâts matériels (cultures agricoles et biens) pour la période 2023-2026 (1 836 attaques en 2025) (4). Rien qu'au cours des sept premiers mois de 2026, 1 418 attaques similaires ont déjà été dénombrées — ce qui confirme la flambée observée depuis 2022. À titre de comparaison, en 2006, lorsque l'ONU a commencé ses recensements, ce total s'élevait à 182 attaques par an. Mi-2012, les Nations unies avaient même convoqué une conférence de presse pour tirer la sonnette d'alarme, le nombre d'attaques ayant atteint 423 en 2011. Sur la base des rapports des services de sécurité palestiniens et des informations relayées par les médias, le département chargé des négociations avec Israël au sein de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) recense, lui, 3 270 attaques entre janvier et juillet 2026. Son décompte inclut les incursions et les actes de harcèlement commis par les colons qui n'entraînent pas de dommages corporels ou matériels — comme l'incursion qui a conduit à l'arrestation des frères Hamayel.
À l'origine de ces agressions, de nombreux Juifs israéliens dont la plupart portent kippa, papillotes ou tsitsit. Certains sont identifiés comme les fondateurs et les propriétaires des avant-postes. D'autres semblent juste venir en visite le week-end. Nombre d'entre eux sont nés ou ont grandi dans des colonies reconnues par Tel-Aviv. Ils envahissent des terres palestiniennes à pied ou à bord de véhicules tout-terrain fournis par l'État et l'armée — y compris le samedi, alors que la loi religieuse juive interdit de conduire ce jour-là. Beaucoup portent des masques. L'État leur fournit une partie des armes. Ils agressent physiquement, à coups de matraques, profèrent des menaces, s'approprient des bêtes (au prétexte qu'elles leur auraient été volées), envoient les leurs paître et détruire l'orge que les agriculteurs ont semée, incendient des champs et des maisons, sabotent les sources d'eau. Ils s'emparent de celles situées à l'extérieur des villages, détruisent les canalisations et vident les réservoirs des communautés qui ne sont pas raccordées au réseau d'adduction.
De plus en plus, les agresseurs ont recours à des enfants et à des adolescents, qui semblent avoir été formés pour semer le chaos. Ceux-ci procèdent en exaspérant ou en épuisant de modestes bergers et agriculteurs. Ils ravagent champs et vergers, accompagnés d'un troupeau de moutons. Agressifs, ils n'hésitent pas à injurier ou frapper — des Palestiniens, mais aussi des volontaires israéliens et internationaux. Les personnes attaquées savent que, si elles se défendent, elles se feront interpeller pour violences contre des mineurs. À la fin du mois d'août, des colons ont ainsi enlevé un militant britannique qui se trouvait dans le village d'Oumm Al-Khair, dans le sud de la Cisjordanie, alors qu'il tentait d'y empêcher des incursions d'enfants. Accusé de pédophilie par des colons, il a été livré à la police puis expulsé (5).
Rien n'endigue ce recours à des mineurs pour harceler des Palestiniens, ni la mobilisation de militants israéliens auprès des services sociaux de leur pays, ni les témoignages relayés par des médias. Il existe des similitudes dans leurs comportements en plusieurs endroits de la Cisjordanie et dans leur « équipement » — les troupeaux de moutons, de vaches ou de chameaux qu'ils utilisent et dont chaque nouvel avant-poste est doté. À cela s'ajoute la rapidité avec laquelle l'implantation obtient ensuite le raccordement au réseau d'approvisionnement en eau d'une base militaire, ou l'aménagement d'une route d'accès. Tout suggère l'existence d'une main qui guide, planifie et organise cette pression quotidienne, avec le soutien total des autorités.
Comme la police, l'armée feint l'impuissance
De ce fait, depuis 2022, soixante-quatorze communautés et familles de bergers ont dû rassembler leurs maigres biens, quitter leurs lieux d'habitation depuis des décennies et se replier dans des territoires densément peuplés. Cela représente environ cinq mille personnes. Ceux qui s'accrochent encore à leurs terres au sein de dix-huit autres communautés ont vu partir, au total, cinq cents des leurs (6). Çà et là, les vestiges d'une tente ou d'une structure préfabriquée servant autrefois d'école rappellent que, jusqu'à récemment, des gens vivaient dans ces lieux.
Grâce aux armes dont elles disposent, à l'aide militaire et à l'inaction des autorités chargées de l'ordre public, les milices de colons ont, ces dernières années, réussi à chasser les Palestiniens de plus de mille kilomètres carrés — soit près d'un cinquième de la superficie de la Cisjordanie. Bergers, agriculteurs, promeneurs, familles parties pique-niquer : tous ont désormais peur de s'attarder dans ces lieux qui furent le paysage de leur enfance (7).
La disparition des communautés de bergers d'une zone aussi vaste confère aux milices de colons davantage de liberté pour attaquer des habitations ou des terres à la périphérie des villages et des villes, voire pour s'en emparer. Là aussi, l'armée, comme la police, feint l'impuissance. Les colons ont littéralement conquis trois maisons privées dans le village de Jaloud, après avoir harcelé les familles qui s'y trouvaient ; ils continuent d'assiéger des maisons dans le village de Qousra. Ni les critiques de l'ambassadeur des États-Unis en Israël Michael Huckabee, pourtant grand partisan de l'entreprise de colonisation, ni les condamnations de certains officiers ne convainquent l'armée d'expulser ces squatteurs — que même les juges de la Haute Cour ont qualifiés d'« émeutiers ».
Léa Mancel. – Vue sur la colonie israélienne de Shilo depuis un magasin à Tourmous Ayya. Ignorant ce village palestinien, l'ambassadeur des États-Unis en Israël, M. Michael Huckabee, s'est rendu uniquement dans cette implantation, 2025
« C'est ma maison. » La phrase revient souvent, sous différentes formes, lors de nombreuses attaques. Dans la périphérie de Ramallah, fin janvier, les Bourhane l'ont entendue, prononcée dans un arabe parfait, par un Juif israélien qui enfonçait leur porte à coups de marteau. L'une des femmes de la famille nous confie qu'un soldat accompagnait l'assaillant et qu'ils ont filé après l'avoir vue faire un signe de croix. Mais l'homme au marteau avait eu le temps de frapper sa mère de 65 ans, avec une pierre, jusqu'au sang. Sa faute ? Avoir demandé à un garçon d'éloigner le troupeau de moutons qu'il avait conduit au milieu du verger entourant la maison. Le garçon — qui « avait l'air effrayé », raconte la mère — a appelé à l'aide les habitants de l'avant-poste établi sur des terres appartenant au village voisin. Deux proches de la mère venus lui porter secours ont été interpellés par des soldats puis détenus dans un centre militaire pendant près de huit heures. Son fils, qui avait tenté de chasser les agresseurs (l'un d'eux l'avait filmé en train de leur lancer des pierres), a lui-même été arrêté par la suite. Les soldats l'ont roué de coups avant de le remettre à la police. Après cinq jours de détention, le juge militaire l'a finalement libéré moyennant le versement d'une caution élevée, à payer en espèces. Le magistrat ne pouvait ignorer ni les photographies du visage de la Palestinienne tuméfié, ni l'absence d'interrogatoire des agresseurs par la police.
Cette libération a provoqué la colère des colons, surtout après que les médias d'extrême droite ont évoqué un incident grave lors duquel des « émeutiers arabes » ont attaqué un berger qui faisait paître son troupeau. Quelques jours plus tard, l'un d'entre eux s'est présenté dans la cour de la maison. Des soldats à sa suite ont de nouveau arrêté le fils au prétexte qu'il aurait incité des voisins à jeter des pierres sur des Israéliens. Un porte-parole de l'armée israélienne nous assure que les colons n'étaient pas à l'origine de l'arrestation. Il nie également que les soldats aient pu frapper le détenu et lui demander de balayer et de nettoyer le poste militaire où il avait été détenu.
L'agressivité des autorités surpasse celle des colons
Depuis ces incidents, et comme de nombreuses habitations à la périphérie des villages et des villes, la maison des Bourhane s'est transformée en forteresse, entourée d'une haute clôture, de portails en fer et de caméras de surveillance. La famille et ses voisins n'osent plus s'aventurer sur les pentes inférieures de la colline pour s'occuper de leurs oliviers, situés à seulement quelques dizaines de mètres de chez eux.
Sur certains comptes publics des réseaux sociaux, les milices juives (connues sous le nom de « Jeunes des collines ») se vantent de leurs actes tout en se déchaînant contre les très rares arrestations de leurs membres par la police israélienne. Le 10 septembre dernier, la chaîne Anshei Shlomeinu (en hébreu, « Notre peuple ») de la messagerie WhatsApp a publié un « bilan de la lutte contre l'ennemi arabe en Terre sainte » pour l'année hébraïque qui venait de s'achever. Le message détaille la « liste des villages attaqués et le nombre d'attaques ». Au moins cent cinquante noms y figurent, classés par ordre décroissant en fonction du nombre d'assauts. La ville de Bir Zeit a été attaquée deux fois, le village voisin d'Attara cinq fois, Jaloud dix fois, tandis que Qousra et Khirbet Abou Falah ont subi quinze assauts chacun. Les auteurs de la publication se targuent également d'autres exploits : « Nombre de véhicules palestiniens incendiés (en Cisjordanie) : 436. Nombre de bâtiments incendiés : 201. Mosquées incendiées : 15. Nombre d'Arabes blessés : 409. » Ils poursuivent : « De plus, des dizaines de milliers de vitres ont été brisées, des milliers d'oliviers ont été abattus, des centaines de pneus ont été crevés et des dizaines de milliers de dounams [1 dounam = 0,1 hectare] de champs et de vergers ont été incendiés. Une bonne et heureuse année à tout le peuple d'Israël. » Une omission, toutefois : depuis le début de l'année, des civils israéliens ont assassiné — lors de leurs agressions — quinze Palestiniens. Huit autres ont été tués dans des circonstances similaires, sans qu'on puisse établir si des soldats ou des colons ont commis ces actes (8).
Entre le 1er janvier et le 8 septembre 2026, 88 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie par des tirs israéliens. Parmi eux, 21 mineurs, et le plus jeune avait moins de 1 an. À Hébron, un soldat a tiré sur une voiture dans laquelle se trouvaient un père et ses enfants. Pour sa défense, il a affirmé avoir cru sa vie en danger. La menace vitale est fréquemment invoquée — en particulier quand il est allégué que les personnes tuées avaient lancé des pierres ou des engins incendiaires, notamment lors d'incursions militaires dans des quartiers résidentiels palestiniens. À ce jour, l'organisation des droits humains B'Tselem n'a pu revenir que sur 49 de ces décès de Palestiniens (9). Les témoignages recueillis ne confirment pas systématiquement la version de l'armée, et, dans la plupart des cas, le recours à une force létale apparaît disproportionné.
L'agressivité des autorités surpasse toujours celle des colons. Au cours des premiers mois de 2025, l'armée a ainsi, sur ordre du ministre de la défense Israël Katz, expulsé de leurs foyers tous les habitants des camps de réfugiés de Jénine et de Tulkarem, soit plus de 33 000 personnes. Ces dernières errent depuis entre les maisons de proches, des appartements loués et des centres d'hébergement. La justification invoquée ? L'« élimination des infrastructures “terroristes” ».
Dans ces mêmes camps, un nombre important de maisons ont été démolies par l'armée. Celle-ci a également déraciné, et continue de le faire, des milliers d'arbres fruitiers appartenant à des Palestiniens, pour divers motifs sécuritaires et punitifs. Elle interdit à des centaines de familles d'agriculteurs d'accéder à leurs terres situées au-delà du mur de séparation. Au cours des huit premiers mois de l'année, les autorités ont démoli 1 049 constructions palestiniennes, dont la grande majorité (précisément 1 087) au motif d'absence de permis de construire. Selon l'OCHA, environ 1 380 personnes se sont retrouvées sans toit. De fait, Israël conserve le monopole de la délivrance des autorisations sur plus de 60 % du territoire de la Cisjordanie, comme dans l'ensemble de Jérusalem-Est. Depuis 1967 et le début de l'occupation, Tel-Aviv mène une politique restrictive en matière d'octroi de permis aux Palestiniens ; il en résulte des constructions sur des terrains privés, que les autorités jugent ensuite illégales.
Les médias évoquent rarement plusieurs autres formes de harcèlement quotidien subi par les Palestiniens. Chaque nuit, mais aussi de plus en plus souvent le jour, des unités militaires investissent des quartiers résidentiels dans les villages et les villes de Cisjordanie, afin de procéder à des arrestations, de montrer leur force et d'intimider la population. Les équipages des Jeep font alors irruption dans des maisons, au cœur de la nuit. À d'autres moments, ils perturbent la circulation d'un centre-ville pendant une heure, parfois plus, et se mettent à tirer grenades lacrymogènes et balles réelles. Le département de l'OLP chargé des négociations a ainsi recensé 1 358 raids et incursions de ce type pour le seul mois d'août.
Chaque rubrique de son rapport quotidien témoigne de la vie des habitants de Cisjordanie : « tués », « blessés », « détenus », « raids militaires », « tirs à balles réelles », « prise de contrôle de maisons (par l'armée) », « harcèlement des forces de sécurité palestiniennes », « attaques contre des équipes médicales », « entraves au système éducatif », « blocage permanent des points de passage et des routes », « contrôles militaires inopinés », « attaques de colons », « dégâts matériels », « confiscation de biens », « intrusion dans des lieux de culte », « attaques aériennes », « démolitions de maisons », « nivellement des terres » (déracinement de la végétation), « confiscation de terres », « couvre-feu », « détentions ».
Le plus souvent, ces préjudices s'ajoutent les uns aux autres. Un raid militaire s'accompagne de tirs à balles réelles, parfois de blessés ou de morts, souvent d'arrestations. Les contrôles routiers surprises peuvent donner lieu à un vol d'argent ou à la confiscation d'une voiture. Selon le département de l'OLP chargé des négociations, 4 485 incidents liés à l'occupation ont été recensés en août. Mais ces rapports ne rendent pas compte de la politique d'étranglement économique menée par le gouvernement israélien. Celle-ci s'exerce de trois manières — qui mériteraient chacune un examen approfondi : le vol (appelé par euphémisme « saisie » ou « retenue ») des recettes de l'Autorité palestinienne provenant des droits de douane et des taxes à l'importation — entre 60 et 70 % de l'ensemble des recettes ; l'interdiction faite à quelque 120 000 travailleurs palestiniens de reprendre leur emploi en Israël ; et les restrictions de plus en plus sévères à la liberté de circulation à l'intérieur même de la Cisjordanie. Combinées, ces entraves appauvrissent les employés du secteur public autant que les familles de la classe ouvrière ou les propriétaires de petites entreprises. Elles portent gravement atteinte aux systèmes publics de santé et d'éducation. Leur fonctionnement met en danger la vie de milliers de patients et entraîne une détérioration tangible de la qualité de l'enseignement.
Le gouvernement de M. Benyamin Netanyahou porte la responsabilité de ce garrottage économique, comme de la prolifération des avant-postes et de leur violence chronique. Et le ministre des finances, M. Bezalel Smotrich, incarne ces politiques. Soutenu par d'autres ministres et députés de son courant — le sionisme religieux (lire l'article page 3), dont la plupart des tenants sont des colons —, ce planificateur déterminé esquisse — en paroles et en actes — l'avenir des Palestiniens. Sa réflexion lancée en 2017 sous le nom de « Plan décisif » est sans ambiguïté : les Palestiniens doivent admettre qu'ils ne parviendront jamais à concrétiser leur projet national entre « la mer et le fleuve » (la Méditerranée et le Jourdain), une terre réservée aux seuls Juifs. Selon M. Smotrich, les Palestiniens souhaitant rester devront accepter les conditions imposées par Israël.
La violence des colons, que l'establishment israélien facilite et soutient, se rapporte politiquement aux desseins du plan de M. Smotrich. Mais, depuis des décennies, une mécanique militaro-bureaucratique sophistiquée restreint ou entrave l'activité palestinienne sur la majeure partie de la Cisjordanie : dans la construction, l'élevage et l'agriculture notamment. Elle se pare des atours de la légalité en s'appuyant sur un vaste système de lois et de règlements, de clauses des accords d'Oslo, de motifs de sécurité, de décisions délivrées par la Haute Cour, et tire profit du peu d'effet des protestations — au demeurant timides — de la « communauté internationale ».
Il n'est peut-être plus très loin, le jour où les colons ne se contenteront plus d'envahir les abords des villages, leurs terres et les communautés de bergers, mais s'enfonceront aussi au cœur même d'une ville ou d'un village palestinien, avec ou sans l'armée à leurs côtés, dans le but assumé de montrer qui est le maître. Ces incursions défieront les appareils de sécurité de l'Autorité palestinienne, qui a, pour l'heure, les mains liées. Les colons chercheront à provoquer une réponse palestinienne (résistance active, explosion de rage d'un individu, usages d'armes blanches ou à feu) qui permettrait à l'armée de prendre des mesures encore plus drastiques contre l'ensemble de la population. Tout cela afin d'atteindre l'objectif des agresseurs et des hauts responsables qui les soutiennent : l'expulsion des Palestiniens de leur patrie.
Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI), the country’s main opposition party, announced a long march to the capital, Islamabad, on Sunday, October 4, as part of its ongoing nationwide movement to demand the release of its leader and former Prime Minister Imran Khan.
The march, which was originally scheduled to be held on Sunday, September 27, starting from Peshawar, was postponed on Friday after the party’s top leadership decided it needed more time to mobilize to face the state’s preparations to block it.
Thousands of people have been taking to the streets in different parts of the country demanding the immediate release of Khan, his wife Bushra Bibi, and other party leaders.
Khan’s party and supporters have also accused the Shehbaz Sharif-led coalition government in the country of deliberately ignoring Khan’s bad health condition and trying to “slowly kill him in prison” by keeping him in solitary confinement.
They have also alleged that Khan has been denied access to his family members and party colleagues in Rawalpindi’s Adiala Jail for almost six months now and demanded that he be transferred out of the jail to a private hospital.
State repression
Meanwhile, the security forces have fortified the capital, blocking all the ways leading to the capital with shipping containers and large deployments after the government called the protests illegal and threatened consequences for the PTI leadership.
Pakistan’s Interior Minister Mohsin Naqvi had earlier called the march a failure and “a drama” and warned that if the PTI does not abandon its plan to go to Islamabad the state will find a “permanent solution” to stop them.
The security forces had arrested a large number of PTI leaders and workers in order to derail the protests. The PTI last week said that even its elected members of the National Assembly were arrested.
Three of Khan’s sisters Aleema, Uzma, and Noreen Khan were also arrested by the Pakistani authorities last week and jailed for 30 days on charges of being an alleged “threat to public order.”
The PTI released a statement on Monday, September 28, claiming Khan’s sisters have not been allowed to meet their family members or lawyers at Kot Lakhpat Jail in Lahore. Calling the situation of their incarceration “alarming” and a violation of their fundamental rights.
The previous mobilization to Islamabad in November 2024 had also witnessed large-scale state repression leading to clashes between the security forces and the PTI workers. Over a dozen people, including four security officials, were killed in those clashes.
Three years of incarceration
Khan, largely considered the most popular political leader in Pakistan’s politics today, was first arrested almost a year after he was ousted from his Prime Minister’s post in May 2023. He led the Pakistan government from August 2018 to April 2022.
The interim government that assumed power after his removal filed over a hundred cases against Khan, accusing him of the misuse of power, corruption, and violence against the security forces during the May 9, 2023 protests.
However, he was released after a court ruled his arrest was illegal only to be arrested again on August 5, this time after a district court sentenced him to three years in prison in the Toshakhana case, related to the state department that stores valuable gifts given to Pakistani officials by foreign dignitaries. Later his wife Bushra Bibi was also arrested.
Though a higher court later overturned his conviction, he and his wife have remained in Adiala Jail facing charges and even convictions in several other cases.
Many leaders in Khan’s party, PTI, were either arrested or forced to denounce the party and politics in public altogether.
Despite the fact that the PTI was blocked from contesting national elections in February 2024, it emerged as the largest opposition group in the country’s National Assembly after it decided to field its candidates as independents.
PTI and Khan’s supporters maintain that the cases against Khan and his wife were politically motivated and fake.
Ammar Ali Jan, leader of the Left wing Haqooq-e-Khalq Party (HKP) and a member of the Tehreek-i-Tahaffuz Ayeen-i-Pakistan (Movement to Save Pakistan’s Constitution or TTAP) formed as a broader alliance to fight for Khan’s release has condemned the continued incarceration of Khan and the repression of movements for his release.
He also questioned the state’s narrative about the failure of the movement, pointing out how it has made every effort to oppress it, including the arrests and fortification of the capital.
Dans l'après-midi du 8 janvier, je sors pour ma promenade habituelle. N'écoutant pas la chaîne Iran International, très proche d'Israël, je ne sais pas encore que Reza Pahlavi — le fils du dernier chah — appelle au renversement du régime. Il incite la population à descendre dans la rue et assure avoir le soutien de Donald Trump et Benyamin Netanyahou. Cinq jours plus tôt, l'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro a démontré la capacité des États-Unis à mener des interventions audacieuses.
Depuis le 28 décembre, la rue gronde. À la suite d'une forte fluctuation du taux de change, une partie des marchands d'or et de téléphones portables a déclenché un mouvement de grève. Soutien traditionnel du régime, le grand bazar de Téhéran tourne au ralenti. Ce matin, tous les vendeurs d'or ont baissé leurs rideaux. Certains se tenaient devant leur magasin, montant la garde, tandis que les forces de sécurité étaient présentes en grand nombre.
En approchant de la place Tajrish, dans le nord de la ville, l'air empeste les gaz lacrymogènes. Des affrontements ont commencé. Deux jeunes filles me demandent de leur commander une voiture de transport avec chauffeur, via une application baptisée Snapp !. Je constate alors que toutes les communications sont coupées : Internet, textos, appels téléphoniques.
Des jeunes scandent « Mort à Khamenei » et « C'est la dernière bataille, Pahlavi revient ». L'un d'eux m'assure que Trump a promis de faire tomber le régime des mollahs. Un autre affirme que le Guide Ali Khamenei a fui à Moscou, comme Bachar Al-Assad. Dans la zone où je me trouve, pas de tir, les heurts ressemblent à ceux d'une manifestation à Paris. Plus tard, j'apprends que des coups de feu sont entendus en périphérie de Téhéran, notamment à Fardis, ainsi qu'à Rasht, dans le nord, et dans de petites villes de l'ouest du pays.
Je sors de nouveau le lendemain. Cette fois, j'entends des coups de feu et vois des forces de l'ordre tirer sur les manifestants. Une scission intervient au sein des protestataires : certains ne veulent scander que « Mort à Khamenei » et n'ont pas envie de louer le fils du chah. Manifestations et affrontements durent jusqu'au milieu de la nuit. Pendant quelques jours encore, des gens scandent « Mort à Khamenei » depuis leurs immeubles le soir.
Une semaine plus tard, le gouvernement iranien reconnaît la mort de 3 117 personnes, dont 209 membres des forces de l'ordre et du personnel non armé (concierges de certains bâtiments administratifs, pompiers, conducteurs d'ambulance). L'organisation non gouvernementale Human Rights Activists in Iran (Hrana) estime ce nombre à 6 488. Le président Trump avance le chiffre de 32 000 morts, et le média Iran International, établi à l'étranger, plus de 33 000. Le bureau du président Massoud Pezechkian déclare que toutes les victimes de ces manifestations sont des « enfants d'Iran ». Le Guide se dit « endeuillé par le sang versé », mais prêt à « briser le dos des séditieux ». En dehors des « agents de l'étranger », il classe les manifestants en trois catégories : « défenseurs de la sécurité, passants et trompés ».
Les Iraniens sont régulièrement invités à se déplacer dans les bureaux de vote pour élire leur maire, leur député et le président de la République. Mais, outre l'interdiction de partis politiques indépendants, le système demeure verrouillé en raison de l'implacable filtrage des candidats par le Conseil des gardiens de la Constitution.
Jean Gaumy //// Agriculteurs près de Rasht, province de Guilan, Iran, 1986
Bien que la République islamique d'Iran se distingue de nombre de régimes autoritaires voisins par son origine révolutionnaire et par le maintien d'institutions électives, ses dirigeants semblent aujourd'hui guidés par deux impératifs que ne renieraient pas certains autocrates arabes. Le premier est d'empêcher la remise en cause du système institutionnel (voir la carte « Institutions de la république islamique ») et d'assurer à n'importe quel prix la pérennité de la Jomhuriye Eslamiye Iran (« République islamique d'Iran »), instaurée après la révolution de 1979. Cela se traduit par l'absence de véritables partis politiques indépendants, par l'interdiction et la répression de nombreuses organisations d'opposition, ainsi que par des vagues d'arrestations et d'exécutions de leurs militants. Ces restrictions concernent aussi les organisations syndicales et les médias.
Dans ce cadre très contraint, le second impératif relève quant à lui de la nécessité de veiller aux apparences en admettant un certain pluralisme mais uniquement au sein d'un périmètre idéologique bien défini. Ce qui exclut, par exemple, un changement des institutions. Officiellement, la « voix du peuple » compte puisque les Iraniennes et les Iraniens désignent au suffrage universel leur président, leurs députés et leurs conseillers municipaux. Mais, en réalité, le système dominé par le clergé et placé sous l'autorité du Guide suprême oriente à son gré la vie publique grâce à plusieurs mécanismes de contrôle. À cet égard, l'élection, tous les quatre ans, d'un président de la République illustre à la perfection ce formalisme démocratique puisque personne ne peut être candidat sans l'aval du Conseil des gardiens de la Constitution (texte fondateur adopté par référendum le 3 décembre 1980, et modifié le 28 juillet 1989). Composé de six clercs et de six juristes, le Conseil, ou Shora-ye negahban-e qanun-e assassi, vérifie la conformité des lois avec la Constitution ou les préceptes de l'islam, et c'est lui qui décide qui peut se présenter sans avoir à fournir d'explications publiques sur le rejet de tel ou tel postulant. En somme, cette structure joue à la fois le rôle de Conseil constitutionnel et de commission de contrôle des listes électorales.
En 2013, année de l'élection du modéré Hassan Rohani, ce Conseil fit beaucoup parler de lui en rejetant la totalité des candidatures liées au camp des réformateurs, généralement plus favorables à l'ouverture vers l'Occident, à un assouplissement des restrictions sociétales et aux privatisations (les conservateurs, quant à eux, défendent davantage les normes religieuses et se montrent plus méfiants envers l'Occident, tout en soutenant des intérêts économiques puissants liés aux oligarques). C'est ainsi qu'Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, pourtant lui-même ancien président de la République (1989-1997), fut empêché de concourir. Dans le même temps, et peut-être par souci d'équilibre, le Conseil refusa aussi de permettre au vice-président sortant, l'ultraconservateur Esfandiar Rahim Mashaei, très proche du président Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013), de se présenter. En 2017, tandis que M. Rohani allait être réélu, ce fut au tour de M. Ahmadinejad de subir l'affront d'un refus de validation de sa candidature. À l'époque, les observateurs se perdirent en conjectures. Était-ce dû à la volonté du Guide suprême de la révolution Ali Khamenei d'empêcher le retour aux affaires d'un homme aux déclarations intempestives et dont les deux mandats (2005-2009 puis 2009-2013) furent marqués par un raidissement du régime et, surtout, par la dégradation des relations avec la plupart des pays occidentaux ? Quoi qu'il en soit, M. Ahmadinejad est, depuis cette date, systématiquement candidat aux scrutins présidentiels (2017, 2021 et 2024) sans jamais pouvoir obtenir le feu vert du Conseil.
Jeunes et femmes écartés
En 2021, il ne fut pas le seul à être écarté, puisque, comme en 2013, la majorité des candidats réformateurs furent priés de rester chez eux, y compris M. Mohsen Hachemi Rafsandjani, le fils de l'ancien président. Le Conseil provoqua aussi une polémique de grande ampleur en décidant de changer les règles officielles d'admission (âge, niveau d'études, etc.) à quelques jours seulement de la clôture des listes. Seuls ceux ayant entre 40 et 75 ans étant habilités à se présenter, cette manœuvre fut interprétée par les médias proches des réformateurs comme la volonté d'exclure le très jeune ministre sortant de l'information Mohammad-Javad Azari Jahromi.
Un autre aspect du tri des candidats à l'élection présidentielle illustre le caractère non démocratique de la République islamique. À ce jour, aucune femme n'a pu obtenir l'aval du Conseil. Cette fermeture intransigeante semble même dissuader les impétrantes. En 2017, elles étaient 137, toutes orientations politiques confondues, à déposer leur candidature. Ce nombre est tombé à 40 pour le scrutin de 2021 et… à 4 pour 2024, dont la députée de Téhéran Zohre Elahian. Pourquoi une telle exclusion alors que des Iraniennes sont élues au Majlis, l'Assemblée consultative islamique, même si, en moyenne, elles n'y constituent qu'entre 4 % et 6 % de l'ensemble des députés ? La question est posée avec insistance depuis la fin des années 1980 avec l'irruption, dans le champ politique, d'Iraniennes se revendiquant à la fois de la République islamique et du féminisme. Mme Faezeh Rafsandjani, fille cadette de l'ancien président et favorable à un rapprochement avec les États-Unis, a ainsi très tôt défendu l'idée que la loi ne pouvait empêcher les femmes de se présenter à la magistrature suprême : « Quelle est la différence entre la présidence de la République et la direction d'une administration [dirigée par une femme] ? Aucune, déclarait-elle dans les colonnes du Monde diplomatique en 1996 (1) alors qu'elle venait d'être élue députée de Téhéran. Dans les deux cas, il s'agit d'une responsabilité exécutive. Alors pourquoi une femme ne pourrait-elle pas diriger le pays si elle peut être à la tête d'une administration ? (…) Ce n'est pas l'islam mais l'interprétation par le clergé de ses préceptes qui est à l'origine de l'interdiction des femmes à la magistrature. » Mme Azam Taleghani, ancienne députée et fille de l'ayatollah Mahmoud Taleghani, figure importante de la révolution de 1979, a combattu, elle aussi, cette restriction. Première Iranienne à déposer une candidature à l'élection présidentielle, en 1997, elle renouvela cette démarche à plusieurs reprises afin de contraindre le Conseil des gardiens à clarifier sa position. En 2017, elle résumait ainsi son combat : « Les femmes représentent 50 % de la population iranienne ; le pays mérite donc au moins une candidate. »
La bataille pour la licéité des candidatures féminines à l'élection présidentielle tourne autour de l'article 115 de la Constitution, qui exige que le président soit choisi parmi les rajol-e siasi. La traduction littérale de ces termes arabes équivaut à « homme(s) politique(s) ». Mais de nombreuses personnes en Iran, y compris des religieux, estiment que c'est sa définition plus large, autrement dit « personnalité(s) politique(s) », qui doit primer. Quoi qu'il en soit, le 13 septembre 2020, M. Abbas-Ali Kadkhodaei, alors porte-parole du Conseil, admettait dans une déclaration qu'il n'existe pas de disposition juridique formelle interdisant l'accès des femmes à la fonction suprême (2) : « Il ne s'agit pas à proprement parler d'interdictions légales, mais plutôt de considérations culturelles. Une femme pourrait accéder à la présidence un jour (3). » Le scrutin de 2024 n'a pas confirmé cette prédiction. Peut-être sera-ce le cas en 2028 ?
« Où est mon vote ? »
Malgré les limites politiques de l'exercice (absence de partis politiques et d'organisations indépendantes, tri des candidats, absence des femmes), les dirigeants de la République islamique ont toujours présenté l'élection présidentielle comme une preuve de la légitimité du régime. Il est vrai que le déroulement des campagnes, avec profusion d'articles, des débats parfois musclés entre candidats et une multitude de sondages, tranche souvent avec les plébiscites peu surprenants auxquels on peut assister au Proche-Orient, notamment à l'époque des régimes baasistes en Irak et en Syrie, avec des présidents élus à plus de 95 % des suffrages… Mais au fil du temps, cet argument de la légitimité s'avère à double tranchant. En 2009, c'est pour protester contre le trucage du scrutin que des millions d'Iraniens ont défilé dans la rue malgré la répression, qui, selon un bilan officiel, a provoqué la mort de 109 personnes (plusieurs milliers, selon l'opposition à l'étranger). « Où est mon vote ? », clamaient les manifestants, accusant le régime d'avoir frauduleusement œuvré à la réélection de M. Ahmadinejad, ce dernier affirmant que le scrutin avait été « totalement libre » et qualifiant ses contempteurs de « racailles ».
Ce « mouvement vert », de la couleur de M. Mir Hossein Moussavi, principal adversaire de M. Ahmadinejad, a démontré les limites du système puisque ce dernier n'a pas eu d'autre choix que de truquer le scrutin pour empêcher la défaite du président sortant. Par son usage des réseaux sociaux, notamment Twitter (aujourd'hui X), il a inspiré d'autres vagues à travers le monde : les occupations populaires de places publiques à Madrid, New York ou Athènes, sans oublier les « printemps arabes » de 2011. Mais il a surtout constitué le point de départ d'une séquence qui demeure ouverte et qui se traduit souvent par le même enchaînement dramatique : colère populaire et manifestations — souvent liées à la dégradation de la situation économique —, répression sanglante, arrestations et jugements expéditifs parfois suivis d'exécutions. L'élection présidentielle de 2009 a aussi dégoûté un grand nombre d'Iraniens de la politique. Cette année-là, le taux de participation fut de 85 %. Au second tour du scrutin de 2024, cet indicateur que les autorités ont longtemps brandi comme une preuve de légitimité du régime atteignait à peine 50 %, et seulement 40 % pour le premier.
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