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Ce que contient le très important discours de Poutine à Valdaï

3 October 2026 at 11:16

Par Thibault de Varenne

Le 1er octobre 2026, Vladimir Poutine a pris la parole en séance plénière de la 23e réunion annuelle du club de discussion Valdaï, sur le thème « Responsabilité pour l'avenir : limites du possible ou possibilités illimitées ? ». La séance, animée par Fiodor Loukianov, directeur de recherche de la fondation du club, a duré trois heures vingt selon l'enregistrement vidéo du Kremlin ; elle a comporté un discours, puis des questions du modérateur et de la salle. Le club indique 120 participants venus de 40 pays. La réunion, tenue à Sotchi depuis 2014, a été déplacée cette année dans la région de Moscou. La transcription anglaise a été mise en ligne par le Kremlin le 1er octobre à 21 h 30, avec la mention « à suivre » pour la fin des questions ; sa dernière mise à jour datait du 2 octobre à 20 h 31. Le rapport annuel du club, présenté par le modérateur, s'intitule « Don't Panic ».

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Le discours, dans l'ordre du texte

Diagnostic. Le monde est « à un tournant décisif de son développement ». Les transformations touchent « pratiquement tous les domaines de la technologie », les structures sociales, le climat, la médecine, la science militaire, la bioéthique, l'énergie, la démographie, la numérisation et l'intelligence artificielle. « Nous entrons dans une réalité entièrement nouvelle et sans précédent. »

Instabilité. Pour tout État, « la stabilité intérieure est toujours plus importante que tout le reste » ; pour la préserver, des gouvernements peuvent « exporter l'instabilité ». « Quel que soit le scénario, les conflits internationaux vont malheureusement probablement se poursuivre. »

Thèse centrale. « À long terme, à mesure que le monde s'éloigne de l'hégémonie occidentale, la situation internationale s'améliorera progressivement, vers un ordre international multipolaire plus stable, plus démocratique et plus libre. » Plus loin : « L'ancien hégémon devra inévitablement reconnaître les réalités d'un monde multipolaire » et « apprendre à coopérer avec les pays de la majorité mondiale ».

Institutions. Les mécanismes de régulation existants « ne remplissent plus pleinement leur fonction », « non parce qu'ils seraient mauvais, mais parce que les conditions dans lesquelles ils ont été créés ont changé ».

Sur l'ONU : « un groupe étroit de pays occidentaux exerce une influence disproportionnée », « une minorité mondiale » qui « cherche à s'approprier des fonctions d'administration ». La Russie « continue de soutenir l'idée d'une réforme équitable des Nations unies », mais « une telle réforme est impossible sans consensus interne, difficile à atteindre aujourd'hui » ; elle plaide pour « un rôle bien plus important » des pays d'Asie, d'Afrique, d'Amérique latine et du Moyen-Orient, et pour une réforme qui porte aussi sur « la substance de l'Organisation, ses priorités ». « Les institutions qui ont bien fonctionné après la Seconde Guerre mondiale ne reflètent plus la réalité du deuxième quart de ce siècle. Est-il possible de les réformer ? La question reste ouverte. »

Les BRICS et les associations régionales ont « de grandes perspectives », mais « beaucoup de travail à faire pour définir leur fonctionnalité » et « les limites de leurs propres capacités ». Le monde n'est pas pour autant « condamné au chaos » : « un monde régulé par des normes clairement définies et des institutions qui les soutiennent est une invention récente, née au siècle dernier. Tous les siècles précédents s'en sont passés. »

Normes. L'absence de « règles universellement reconnues » et d'une « compréhension partagée du principe de sécurité égale et indivisible » encourage « des comportements égoïstes ». « Tous les tabous concevables et inconcevables sont violés. » Les relations internationales exigent « la prudence et le respect non seulement des lois établies mais aussi du droit coutumier, c'est-à-dire non seulement de la lettre mais de l'esprit de la loi ». Le principe de la « raison du plus fort » guide « certains acteurs convaincus de leur exceptionnalisme » ; « l'histoire montre que cela ne finit jamais bien ».

Ukraine. Le texte présente ce passage comme une « digression ». « La vérité est que nous ne voulions pas et que nous n'avons pas été ceux qui ont commencé à se battre. En fait, ce sont eux qui ont commencé à se battre contre nous. » Suit une liste de ce qui « n'aurait pas dû » être fait : encourager « le nationalisme agressif et la russophobie », étendre « l'espace militaire » de l'OTAN aux « territoires historiques » russes, « pousser les radicaux de Kiev à un coup d'État », armer « le régime de facto illégal ». « Je suis convaincu qu'il s'agissait d'un effort intentionnel pour placer la Russie dans une situation où elle était simplement forcée de se défendre les armes à la main. » Sur l'objectif de « défaite stratégique » de la Russie : « Personne ne l'a oublié. En tout cas, pas nous. »

Histoire. L'effondrement de l'URSS est « une véritable tragédie pour des dizaines de millions de personnes ». Il est attribué à « des déséquilibres internes » et aux « erreurs de générations successives de dirigeants », mais aussi à « une certaine naïveté, un idéalisme, voire une insouciance » et à « une confiance aveugle dans les partenaires occidentaux » et dans « les accords de gentlemen ». Le discours cite Egon Bahr, dirigeant social-démocrate ouest-allemand, pour des propos de février et juin 1990 tirés, selon l'orateur, « des archives » de ses entretiens avec la direction soviétique : la crainte que « les cercles de l'OTAN peu désireux de suivre la voie de la coopération paneuropéenne » ne l'emportent, et que l'URSS ne soit « condamnée à l'isolement international ». Après 1991, « ils ont tout fait pour isoler la Fédération de Russie et la démembrer davantage ».

Escalade. « Le point de non-retour peut survenir très vite et de manière inattendue pour tous. » Les grandes puissances possèdent « des armes capables de détruire toute vie » ; « pouvons-nous garantir qu'elles ne seront jamais utilisées ? Nous ne le pouvons pas, bien sûr. » Référence au fusil accroché au mur au premier acte. « Plus l'objectif de "défaite stratégique" de l'adversaire est clairement déclaré, plus grandes sont les chances que la bataille entre dans sa phase la plus violente. »

Intelligence artificielle et guerre. Il existe « des cas documentés d'intelligence artificielle prenant des décisions sur la base de sa propre appréciation ». Récit du 26 septembre 1983 : le lieutenant-colonel Stanislav Petrov, de service dans un centre d'alerte, doute d'un signal annonçant cinq missiles américains et a raison ; « si une intelligence artificielle avait été à sa place, les choses auraient pu tourner très différemment ». « Les limites de l'usage de l'IA dans la sphère de la sécurité sont une question de survie de l'humanité. » Rappel de la conférence de La Haye de 1899, proposée par la Russie. Affirmation : les militaires russes « n'ont jamais été les premiers à attaquer des installations sans lien avec l'infrastructure militaire de l'adversaire ».

Eurasie. Les problèmes globaux (climat, pauvreté, inégalités) sont « mis de côté ». « Notre maison au sens large est l'Eurasie. » Le « Grand partenariat eurasiatique » prend « une signification particulière ». Annonce : la rédaction d'une « Charte eurasiatique de la diversité et de la multipolarité au XXIe siècle », initiative russo-biélorusse, dont « le travail pratique » a été lancé « la semaine dernière » par les ministres des Affaires étrangères de Russie, de Biélorussie, du Kazakhstan, du Kirghizistan « et de nos autres partenaires », en marge de l'Assemblée générale des Nations unies. L'Eurasie est « largement autosuffisante ».

Conclusion du discours. Le souhait que les manuels d'histoire retiennent le deuxième quart du XXIe siècle comme un tournant positif, « car si cela n'arrive pas, il y a un risque qu'il ne reste personne pour utiliser ces manuels, ni personne pour les écrire ».

Droit de réponse de M. Usmanov
Droit de réponse d’Ulisher Usmanov.
L’ordre occidental s’affaiblit-il ? Le G7 a répondu vendredi, en barils
Le pape dit multilatéral, Poutine multipolaire. Menacé d’embargo par Washington, le G7 a cédé en deux jours. L’ordre occidental s’affaiblit, mais par le centre.
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Les questions-réponses : points saillants

OTAN et origine du conflit (au modérateur). « Cinq ou six vagues d'élargissement » malgré la promesse de ne pas s'étendre vers l'est. « Où tout a-t-il commencé ? Avec l'attaque de l'OTAN contre la Yougoslavie », « sans décision du Conseil de sécurité ». Sur 2014 : Viktor Ianoukovitch « avait tout accepté, y compris des élections anticipées », et « il a été jugé absolument nécessaire d'organiser un coup d'État ». Sur les accords de Minsk : « personne n'avait l'intention de les honorer ». Récit d'un échange avec le secrétaire général de l'ONU lors de sa visite à Moscou : « Bon, d'accord… mais c'est quand même vous qui avez attaqué. »

Kaliningrad. La déclaration et les lettres du ministère russe des Affaires étrangères sont « une réponse à des tentatives de nous intimider ». En cas d'« attaque directe contre la Fédération de Russie », « la question de l'emploi de toutes les armes à sa disposition se poserait inévitablement et immédiatement ». Précision : « ni cette lettre ni la déclaration du ministère ne mentionnent l'emploi d'armes nucléaires ». « La France et le Royaume-Uni sont des puissances nucléaires. Nous le comprenons parfaitement. Mais personne d'autre ne possède les capacités de frappe que la Russie possède aujourd'hui. » L'adversaire potentiel aurait « deux fois notre population ».

Europe. L'escalade verbale européenne est « alimentée par la grave détérioration de leur situation économique et politique intérieure ». « Nous n'avons aucune intention d'attaquer qui que ce soit, ni en 2029, ni en 2030, ni en 2050. » Selon la compilation de TASS, les grands pays européens sont « beaucoup plus hostiles à la Russie que les États-Unis » ; les pays de l'Union européenne « s'effondreront d'eux-mêmes » du fait de leurs erreurs économiques ; la Russie n'a « aucune précondition » à la reprise des relations avec l'Europe.

Usines européennes d'armement. Les livraisons d'armes « ne sont pas nouvelles » et ne préoccupent pas Moscou ; « l'implication d'autres pays dans des opérations de combat directes », notamment par le renseignement spatial, « est une source de préoccupation ». « Je ne dis pas que nous avons l'intention de frapper demain le territoire ou les installations des pays qui fournissent des armes à l'Ukraine. Mais c'est une menace que nous devons comprendre, évaluer et garder à l'esprit. »

Front et économie de guerre. L'Ukraine « perd des éléments de sa souveraineté étatique » et « est gouvernée de l'extérieur ». Selon TASS, plus de 1 300 km² auraient été pris « au seul mois de septembre », soit « 2,5 fois plus » que les mois précédents. Mer Noire : Kiev aurait frappé « 40 de nos navires dans les dix premiers jours » et « plus de 100 » au total ; raffineries : « nous avons perdu environ 1 % du PIB » ; en retour, l'Ukraine n'aurait « effectivement plus d'industrie métallurgique ». Le gazole russe « n'atteindrait pas les marchés mondiaux » du fait des sanctions.

États-Unis. Sur le sommet d'Anchorage d'août 2025 : « Je suis arrivé là-bas pour exprimer notre consentement » aux propositions américaines ; « maintenant, les États-Unis ont demandé du temps pour réfléchir ». Proposition de reprendre le dialogue sur la limitation des armes stratégiques : « il n'y a pas de réponse ». « J'ai d'assez bonnes relations, de longue date, avec le président Trump. »

Iran. « Nous espérons que le détroit restera ouvert et que les sanctions contre l'Iran seront levées. » La proposition de transférer de l'uranium enrichi iranien en Russie « reste sur la table » ; « au départ, tout le monde était d'accord, les Iraniens, les Américains et les Israéliens », puis Washington a exigé un transfert vers les seuls États-Unis. Mention de M. Larijani, « qui a perdu la vie par la suite », venu proposer une coentreprise de dilution en Iran.

Chine, Inde, Japon. Aucune « barrière » avec Xi Jinping ; anecdote d'un tête-à-tête sans interprète dans la salle d'attente du sommet de New Delhi. Déclaration conjointe sur le « dialogue des civilisations » signée à Pékin. Narendra Modi a « de très bonnes idées » sur l'Ukraine. Envers le Japon, « rien n'a changé dans les approches russes ; c'est l'attitude du Japon envers la Russie qui a changé ».

Économie russe. « Notre économie est saine. » Déficit « d'environ 3 % cette année », « 2 % l'an prochain » ; inflation « presque divisée par deux » par rapport à 2025. Les territoires annexés seront reconstruits « sur la seule base de l'opportunité économique » ; de nouvelles usines de défense sont construites « dans les zones les plus sûres possible ».

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La transcription complète des questions-réponses était annoncée « à suivre » par le Kremlin au 2 octobre, 20 h 31. Les chiffres cités dans cette fiche restent ceux de leurs émetteurs tant qu'une vérification indépendante n'est pas disponible.

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L'ordre occidental s'affaiblit-il ? Le G7 a répondu vendredi, en barils

3 October 2026 at 10:32

Par Thibault de Varenne

Le pape, à l'UNESCO, a dit que le dialogue entre nations risquait de n'être plus qu'un simulacre. Poutine, à Valdaï, que les institutions de 1945 ne reflètent plus le monde. Entre les deux discours, le G7 a passé la semaine à se faire menacer d'embargo par son propre chef de file. Oui, l'ordre occidental s'affaiblit. Mais pas là où l'on regarde.

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Trois textes en huit jours, et un communiqué. Le 25 septembre, à Paris, Léon XIV parle devant l'UNESCO. Le 1er octobre, près de Moscou, Vladimir Poutine parle trois heures devant le club Valdaï. Le 2 octobre, les sept chefs d'État et de gouvernement du G7, réunis par visioconférence sous la présidence d'Emmanuel Macron, publient six paragraphes sur le gazole. Les deux discours parlent de l'ordre du monde. Le communiqué, lui, le montre.

Léon XIV et Macron : la tour de Babel et l’UE
Même mot, deux projets : le multilatéralisme de Macron bâtit la tour de Babel, celui de Léon XIV tient la place de la Pentecôte. Ce qu’il faut en tirer pour 2027.
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Deux mots qui ne disent pas la même chose

Le pape a employé le mot multilatéralisme. Devant l'UNESCO, il a décrit des institutions internationales dont on attend qu'elles répondent « à des défis qu'aucun État ne peut affronter seul », et qui traversent « une crise d'efficacité », parce que le dialogue y est désormais tenu « pour un obstacle à l'action plutôt que pour une ressource », pour un simulacre plutôt que pour une occasion de chercher ensemble le bien commun. Le remède qu'il propose tient en un mot que les chancelleries n'emploient plus : la confiance. Le matin même, à l'Élysée, il avait demandé à la France de « rester une championne infatigable de la paix et du multilatéralisme », et il avait ajouté une phrase qu'on a peu relevée : « la paix n'est pas un équilibre des forces ».

Vladimir Poutine a employé l'autre mot, multipolarité. À Valdaï, il a dit que les institutions nées de la Seconde Guerre mondiale « ne reflètent pas la situation du deuxième quart de ce siècle », que les Occidentaux forment « une minorité mondiale » qui « cherche à s'arroger des fonctions de gouvernance », notamment à l'ONU, et que l'éloignement de « l'hégémonie occidentale » conduira à un ordre « plus stable, plus démocratique et plus libre ». Il a présenté les BRICS comme un

L'Amérique quitte l'Irak, et Bagdad demande à Trump la permission d'atterrir

3 October 2026 at 09:57

Par Thibault de Varenne

Le 30 septembre, le dernier soldat américain a quitté l'Irak. Bagdad s'est donné quatre jours fériés pour le fêter. Quatre jours plus tôt, le même gouvernement écrivait à Washington pour obtenir le droit de recevoir des avions iraniens. Ce que l'Irak a gagné cette semaine, ce qu'il n'a pas gagné, et ce que cela dit de nous.

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Lundi 28 septembre, à l'aéroport de Bagdad, le général Saad Maan a pris possession de l'ancien quartier général américain et a dit à la presse locale que cela ne mettait pas fin à la coopération avec les « partenaires internationaux », mais ouvrait une relation « fondée sur le respect mutuel et l'indépendance de la décision irakienne ». Le mercredi 30, le porte-parole du Pentagone, Sean Parnell, annonçait que les derniers soldats de la coalition avaient quitté la base d'Erbil « en bon ordre », avec leur matériel. Le gouvernement irakien a décrété quatre « journées de la souveraineté », du 30 septembre au 3 octobre. Donald Trump, sur son réseau, a parlé d'« une excursion en enfer très coûteuse », d'« une victoire pour les États-Unis, une victoire pour l'Irak », et il a tranché en une ligne la querelle historique de sa génération : « une très mauvaise décision nous a mis dans ce bourbier ».

Quatre jours avant la fête, le samedi 26 septembre, le bureau du Premier ministre Ali al-Zaidi avait publié un autre communiqué, moins repris. Il y annonçait des discussions directes avec Washington pour obtenir que certains aéroports irakiens soient exemptés des sanctions américaines contre les compagnies aériennes iraniennes, « pour des raisons humanitaires liées aux soins, aux études, aux visites religieuses et aux intérêts des civils ». Depuis la veille, les quatre grands aéroports du pays, Bagdad, Nadjaf, Erbil et Souleimaniye, n'acceptaient plus un seul vol vers l'Iran. Non par décision irakienne : parce que les sociétés étrangères d'assistance au sol refusaient de toucher un appareil iranien de peur du Trésor américain.

Les deux communiqués viennent du même gouvernement, à quatre jours d'écart. Le premier dit que l'Irak est souverain. Le second demande une permission. Je voudrais prendre les deux au sérieux, parce que c'est entre les deux que se loge ce qui s'est réellement passé à Bagdad cette semaine, et ce que le mot souveraineté veut dire quand on le prononce dans un pays où l'on n'a jamais eu les moyens de le vérifier.

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Qui tient quoi à Bagdad

Avant d'aller plus loin, nommons les acteurs, parce que les dépêches les supposent connus et qu'ils ne le sont pas.

Le gouvernement, d'abord. Ali al-Zaidi est Premier ministre depuis le mois de mai. C'est un homme d'affaires, nouveau en politique, que le Cadre de coordination, le bloc des partis chiites qui domine le Parlement, a sorti de son chapeau pour mettre fin à des mois de blocage après les élections de novembre 2025. Son cabinet n'est que partiel : le Parlement l'a approuvé en mai sans pourvoir plusieurs postes de sécurité, dont le ministère de la Défense. Le pays a donc fêté sa souveraineté militaire sans ministre de la Défense.

Les forces régulières ensuite : l'armée, la police fédérale, le Service de contre-terrorisme formé par les Américains, une aviation qui aligne des F-16 achetés à Washington. Le commandant de l'armée de l'air, le général Khalid al-Tamimi, a assuré lundi qu'aucune force de la coalition n'avait plus rien fait sur le sol irakien depuis le début de 2026 et que ses pilotes venaient de tenir dix jours de missions sans aide extérieure. Dix jours, a-t-il précisé.

Puis il y a le Hachd al-Chaabi, les Forces de mobilisation populaire, né en juin 2014 quand l'État islamique prenait Mossoul et que l'armée s'effondrait. Des dizaines de milices se sont levées à l'appel du clergé de Nadjaf ; une loi de 2016 les a rattachées à l'État et mises sur sa paie. Sur le papier, elles obéissent au Premier ministre, commandant en chef. Dans les faits, plusieurs ont gardé leur chaîne de commandement, leurs dépôts, leurs revenus et leurs attaches à Téhéran. Ce sont elles qui sont en cause dans l'affaire du désarmement, et trois familles s'y distinguent. Les groupes qui ont accepté de rendre les armes ou de se régulariser : Saraya al-Salam, la milice de Moqtada al-Sadr, intégrée en cérémonie à Samarra au mois de juin ; Asaib Ahl al-Haq ; les Kataib al-Imam Ali. Les groupes qui refusent : les Kataib Hezbollah et le Harakat al-Nujaba, les plus liés aux Gardiens de la révolution iraniens, qui parlent d'« armes de la résistance » et ont tiré, depuis février, sur des cibles américaines et sur des pays du Golfe. Entre les deux, l'Organisation Badr, la plus ancienne et la plus nombreuse, dont le chef Hadi al-Amiri a déclaré en août que le monopole des armes était « une décision irakienne », et qu'il n'y aurait pas d'affrontement entre l'État et « la résistance ». La formule ménage tout le monde. Ces factions se sont donné en octobre 2023 une enseigne commune, la « Résistance islamique en Irak », qui a déclaré mercredi n'être tenue « par aucun calendrier ni aucun accord ».

Au nord, la Région autonome du Kurdistan, avec son gouvernement à Erbil, ses Barzani, Nechirvan à la présidence, Masrour au gouvernement, et ses peshmergas, les combattants kurdes qui ont tenu le front contre l'État islamique en 2014. Le 21 septembre, neuf jours avant le départ américain, Erbil a annoncé la fusion en une seule force des peshmergas des deux partis rivaux, le PDK et l'UPK. C'est le Kurdistan qui perd le plus au retrait : les batteries Patriot et les systèmes anti-roquettes américains qui le couvraient sont repartis avec les soldats, selon les informations disponibles à Erbil.

Au nord encore, la Turquie, qui tient depuis décembre 2015 la base de Bachiqa, au nord-est de Mossoul, avec jusqu'à six cents soldats, et qui a accepté le 23 septembre, à New York, d'en commencer le transfert « graduel » à Bagdad, en échange d'un engagement irakien à rétablir l'autorité de l'État dans le Sinjar, où le PKK kurde s'est replié. Graduel : la souveraineté irakienne sur Bachiqa est une promesse datée, pas un état de fait.

L'Iran, enfin, et les États-Unis. L'un a ses relais armés et politiques dans le pays, et la force Qods des Gardiens de la révolution pour les tenir. L'autre conserve à Bagdad la plus grande ambassade du monde, un accord-cadre stratégique signé le 17 novembre 2008, les contrats d'armement, l'entretien des F-16, et un compte en banque dont il sera question plus bas. Reste l'État islamique, réduit selon le dernier rapport du secrétaire général des Nations unies à « quelques centaines » de combattants : assez pour tuer, plus assez pour tenir une ville.

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Ce qui est parti

Le départ est réel, et il se mesure. On comptait 169 000 soldats américains en Irak au plus fort de l'occupation, en août 2007 ; 2 500 après la fin des opérations de combat, en décembre 2021 ; 1 500 soldats de la coalition regroupés à Erbil à la fin de 2025 ; zéro le 30 septembre. Le commandement central américain a déménagé en Jordanie l'état-major de la lutte contre l'État islamique. Les bases fédérales, Aïn al-Assad, le commandement conjoint de Bagdad, avaient été rendues le 18 janvier. Le calendrier avait été arrêté le 27 septembre 2024 entre l'administration Biden et le Premier ministre d'alors, Mohammed Chia al-Soudani ; Bagdad a refusé toute prolongation, et Marco Rubio a confirmé le 23 septembre qu'il n'y en avait eu « aucune discussion ». La date a été tenue au jour près.

Ce que les Américains laissent derrière eux se mesure aussi. Selon les registres du Pentagone, 4 418 soldats américains sont morts entre 2003 et 2011, 31 994 ont été blessés, et 123 sont morts depuis 2014 ; le bureau du budget du Congrès avait arrêté en avril 2011 la dépense militaire à 752 milliards de dollars, avant la seconde campagne. Côté irakien, les décomptes qui circulent, plus de 200 000 civils tués selon les uns, plus de 300 000 morts toutes catégories selon les autres, viennent d'organisations occidentales ; je les cite pour l'ordre de grandeur, pas pour l'unité. Vingt-trois ans après le 14 février 2003, le président des États-Unis dit à sa manière, en une ligne, ce que la France disait ce jour-là au Conseil de sécurité. J'y reviendrai.

Et ce qui est parti, c'est d'abord ce qui protégeait. Le ministère des Peshmergas compte plus de mille attaques de drones et de missiles sur la Région du Kurdistan depuis le 28 février, jour où les États-Unis et Israël ont ouvert la guerre contre l'Iran. Les Patriot d'Erbil en ont intercepté une partie. Ils sont dans les soutes. Masrour Barzani a dit dimanche que laisser le Kurdistan « sans aucun système de défense » était « un sujet d'inquiétude » ; le porte-parole militaire irakien, Sabah al-Numan, répond que Bagdad est « proche » d'acheter des défenses antiaériennes à la Corée du Sud, à la Turquie et aux États-Unis. Proche. Dans l'intervalle, le ciel irakien est ouvert, et les seuls à y disposer de missiles sont ceux que l'on prie de désarmer.

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Ce qui est resté

Les partisans de la lecture souverainiste ont un argument que je veux donner dans toute sa force, parce qu'il est bon. L'Irak, disent-ils, a fixé la date du départ et l'a obtenue. Il a repris ses bases en janvier, sans incident. Son Parlement avait voté l'expulsion des forces étrangères le 5 janvier 2020, deux jours après que les Américains eurent tué le général Soleimani et le chef de milice Abou Mahdi al-Mouhandis à l'aéroport de Bagdad, et ce vote, non contraignant, a fini par s'exécuter six ans plus tard. Aucun État de la région n'a fait cela. La France de 1966 n'a pas fait autre chose quand le général de Gaulle a demandé le départ des troupes américaines : il a fixé une date, le 1er avril 1967, et elle a été tenue. Qui fixe la date du départ de l'Amérique et l'obtient a exercé la souveraineté dans ce qu'elle a de plus concret. Je l'accorde entièrement.

Mais la France de 1966 avait la bombe, le commandement de ses armées, sa monnaie et ses aéroports. Renvoyer une armée est un acte de souverain. Refuser, le lendemain, ce que l'ancien protecteur demande encore en est un autre, et c'est celui-là qui compte. Or le lendemain, pour l'Irak, est documenté jour après jour.

Le 8 septembre, le Trésor américain sanctionne vingt-sept compagnies aériennes iraniennes et prévient que tout aéroport, tout avitailleur, toute société d'assistance

Droit de réponse de M. Usmanov

3 October 2026 at 09:22

Nous avons reçu ce courrier de menace du M. Usmanov, que nous interprétons comme un droit de réponse, que nous publions intégralement, en application de la loi de 1881 modifiée. L'ensemble donne une assez bonne image, n'en déplaise aux poutinolatres, de la façon dont la liberté de la presse est respectée dans les anciennes républiques soviétiques.

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To the Editorial Team of Le Courrier des Stratèges,

We are writing to address incorrect claims about Mr. Alisher Usmanov in the article “Au bon coin macroniste : "Echange parapluie nucléaire contre espion français en prison"” of 24 September 2026 published on your website.

Our concerns relate to the following sections:

• “Comme nous l'avions annoncé hier, la France a fait pression pour sortir un oligarque russe de la liste des sanctions européennes en échange de la libération d'un espion français emprisonné en Azerbaïdjan”;

• “Finalement, l'Union Européenne a accédé aux voeux français, et l'oligarque Ousmanov a disparu de la liste des sanctionnés”.

It is incorrect and unjustly damaging to refer to Mr. Usmanov as an “oligarch”. The appropriate use of the label “oligarch” presupposes individuals who became wealthy thanks to close ties with the Russian state in the 1990s, profiting from privatizations and the so-called “loans for shares” auctions. Such a scenario is entirely unrelated to Mr. Usmanov’s entrepreneurial background, as he built his wealth completely independently and did not participate in the privatization of Russian state assets or in the loans-for-shares auctions in the 1990s. On this point, it is worth noting that the EU Council, in the updated rationale (see #673), stopped using the term “oligarch” in association with Mr. Usmanov - thus recognising the previous language as incorrect - before ultimately removing him from the EU sanctions list altogether.

Please note that in 2023–2026 more than 3,200 publications in which similar false statements were made, were corrected following both out-of-court and litigation proceedings across more than 60 countries worldwide, including all 27 EU member states. These include Antena 3 CNN, Blick, Blitz, Business Insider, Corriere della Sera, Aftonbladet, Daily Finland, Deutsche Welle, Die Presse, Die Welt, DPA, BGNES, Dnesplus, Ekonomický deník, Well.pl, Euronews, European Interest, Handelszeitung, Il Messaggero, Il Post, Il Sole 24 Ore, La Nuova Sardegna, La Stampa, Lõunaeestlane, Luxembourg Times, Nordjyske, Notícias ao Minuto, RTL, Stern, The EU Reporter, The Sun, The Times, The Washington Post, Universul, ZDF and many others.

In light of the above, and as a professional courtesy before escalating this matter to our legal team, we hereby offer you the opportunity to settle these infringements out of court by deleting the publication at the following URL:

https://www.lecourrierdesstrateges.fr/au-bon-coin-macroniste-echange-parapluie-nucleaire-contre-espion-francais-en-prison/

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