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L'OTAN se rapproche-t-elle d'une guerre « chaude » avec la Russie ?

13 October 2026 at 10:10

Par Thibault de Varenne

Le 26 juillet 2025, à Pabianice, Donald Tusk annonçait qu'il fallait se préparer à un affrontement majeur avec la Russie dès 2027 (Blue News, d'après PAP). Le 5 novembre, devant le Sénat, le chef d'état-major des armées, le général Fabien Mandon, demandait de « se préparer à un choc d'ici trois, quatre ans » (Public Sénat). Le 11 décembre, à Berlin, Mark Rutte, secrétaire général de l'OTAN, était plus net encore : « Nous sommes la prochaine cible de la Russie », qui « pourrait être prête à employer la force militaire contre l'OTAN d'ici cinq ans » (Anadolu). En juin dernier, l'inspecteur général de l'armée allemande assurait que les trente-deux alliés s'accordaient sur une date : 2029 (National Security Journal).

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Hier, à Varsovie, le commandant suprême des forces alliées en Europe a présenté publiquement le plan par lequel l'Alliance briserait une invasion russe. En quinze mois, la guerre avec la Russie a reçu un calendrier. Elle a désormais un plan de bataille.

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Le calendrier des avertissements

Ces avertissements ne viennent pas de nulle part, et il faut commencer par le reconnaître. La Russie a tiré près de deux mille missiles balistiques sur l'Ukraine cette année, selon le commissaire européen à la défense (EU Perspectives). Des drones ont franchi l'espace aérien polonais et roumain. Des sabotages ont été signalés en Estonie et en Allemagne, que Moscou dément.

Le 24 septembre, le service de renseignement militaire danois, le FE, a publié l'évaluation la plus précise du lot. Il prévoit une escalade de la guerre hybride « dans les mois qui viennent » et juge « faible mais croissant » le risque d'une attaque militaire limitée contre un pays de l'OTAN voisin de la Russie : frappes isolées à longue portée contre des infrastructures qui servent à soutenir l'Ukraine, attaque sous faux drapeau avec des drones de fabrication ukrainienne, petites unités sans insignes franchissant une frontière (Nordic Defence Sector).

Le même service ajoute qu'il ne voit aucun signe de préparation d'une invasion, laquelle demanderait au moins six mois. Mark Rutte lui-même a reconnu, début octobre, qu'aucun élément ne laissait présager une invasion conventionnelle imminente (Business AM). Le général Grynkewich ne juge le conflit « ni imminent ni inévitable ».

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Pouvoir n'est pas vouloir

Toute la difficulté tient dans un verbe. Les évaluations sérieuses parlent de ce que la Russie pourra faire en 2029. Le discours public dit ce qu'elle va faire. Le passage de l'un à l'autre ne se fait dans aucun rapport ; il se fait à la tribune, entre la note des services et la phrase du ministre. On ne prépare pas un budget de défense avec un conditionnel.

Je ne soupçonne personne de mentir. Une capacité qui se reconstitue est une menace réelle, et un gouvernement qui ne s'y préparerait pas manquerait à son premier devoir. Mais une date annoncée à voix haute produit des effets que la prudence aurait dû peser. Elle fixe un horizon aux budgets : être prêt en 2030, dit l'Union. Elle en fixe un aussi à l'adversaire. Si l'Europe sera prête en 2030, celui qui veut l'éprouver sait qu'il a intérêt à le faire avant. En 1914, l'état-major allemand raisonnait exactement ainsi devant le réarmement russe annoncé pour 1917. La prophétie d'une guerre à date fixe travaille à se réaliser.

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Ce que prévoit la riposte

Le plan présenté hier tient en trois verbes : bloquer l'invasion au point d'attaque, l'émousser par les drones et les capteurs, puis la briser en frappant « tout ce qui soutient, alimente et commande cette force » (Stars and Stripes). Il est présenté comme défensif, et il l'est dans son déclenchement : rien ne bouge avant une attaque.

C'est la troisième phase qui change la nature de l'affaire. Selon Meduza, elle prévoit des missiles à longue portée contre les postes de commandement et les défenses aériennes russes de la région de Kaliningrad, des environs de Saint-Pétersbourg et de Biélorussie. Il s'agit du territoire russe. Or la doctrine nucléaire russe, révisée en novembre 2024, admet l'emploi de l'arme en cas de « menace critique » contre la souveraineté ou l'intégrité territoriale de la Russie ou de la Biélorussie, et range parmi les situations dangereuses l'isolement d'une partie de son territoire (Carnegie). Kaliningrad est une enclave. Le plan de l'OTAN vise précisément les lieux que la doctrine adverse a désignés comme intolérables.

Il faut y ajouter un mot prononcé à Bruxelles. En décembre 2025, l'amiral Giuseppe Cavo Dragone, qui préside le comité militaire de l'Alliance, envisageait qu'une « frappe préemptive » puisse être tenue pour une « action défensive » face aux attaques hybrides, tout en concédant que l'idée s'écartait « de notre façon normale de penser » (Kyiv Independent, d'après le Financial Times). La préemption frappe une attaque imminente. La prévention frappe une menace future, et la Charte des Nations unies l'interdit. Dans la guerre hybride, où personne ne sait dire le jour où une invasion commence, la frontière entre les deux tient à l'appréciation d'un état-major.

Le scénario qui devrait inquiéter

Rapprochons les pièces. Le scénario que le renseignement danois juge le plus

« Touche ton nez devant tout le monde » : à 71 ans, il a obtenu 1 000 $ de l'hôpital qui l'avait humilié

13 October 2026 at 08:20

Au Canada, le 2 septembre 2025, Alain Dupuis sort d’une séance d’inhalothérapie à l’Hôpital de Saint-Georges, en Beauce ( Québec). Deux agents de sécurité le retiennent, menacent d’appeler la police et lui font toucher son nez devant des passants. Il faudra un an, deux recours et un juge pour obtenir 1 000 $ canadiens sur les 5 000 réclamés. Et surtout pour faire reconnaître une atteinte à sa dignité, ce patient aura dû affronter l’institution censée le soigner.

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L’affaire révèle les rapports de force qui peuvent s’installer entre un usager et un établissement public lorsque des agents outrepassent leurs prérogatives présumées, puis que la hiérarchie tarde à reconnaître les faits.

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Un contrôle improvisé dans un couloir d’hôpital

Le 2 septembre 2025, Alain Dupuis sort d’un rendez-vous d’inhalothérapie à l’hôpital de Saint-Georges, en Beauce. Consommateur de cannabis à des fins médicales, il est intercepté après qu’une inhalothérapeute s’est plainte d’une odeur.

Deux agents de sécurité l’empêchent alors de partir et menacent d’appeler la police s’il quitte les lieux. Ils lui demandent ensuite de toucher son nez avec son doigt, un exercice de coordination effectué devant des passants. La scène s’apparente à un contrôle d’aptitude improvisé, sans que les agents disposent nécessairement des pouvoirs policiers correspondants.

Autre élément troublant : aucun rapport d’événement n’est rédigé le jour même. Le document ne sera établi que 21 jours plus tard. Ce délai soulève une question élémentaire de traçabilité : comment garantir un examen impartial des faits lorsque leur consignation n’est pas immédiate ? L’institution s’auto-blanchit.

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L’institution se dédouane, le juge tranche

«Humilié», le patient poursuit Santé Québec, le commissariat aux plaintes de l’établissement conclut d’abord que les allégations sont « non fondées ». Il faut attendre juin 2026 pour que le Protecteur du citoyen donne raison au patient et recommande de rappeler aux agents les limites de leurs pouvoirs.

Le 24 septembre 2026, la cour des petites créances lui accorde finalement 1 000 dollars canadiens, sur les 5 000 réclamés pour atteinte à sa liberté, à sa dignité et à sa vie privée. Cette indemnisation ne couvre qu’une partie de sa demande, mais la décision marque une reconnaissance judiciaire du préjudice invoqué.

Le coût de cette reconnaissance dépasse toutefois le montant obtenu : une année de démarches, plusieurs recours et la nécessité de solliciter une autorité extérieure pour faire examiner une plainte initialement rejetée par l’établissement lui-même.

Cette décision ne répare pas l’humiliation. Elle rappelle surtout que dans un hôpital public, le patient est présumé coupable par ceux qui le soignent. Quand le monopole de soins confond sécurité et discipline, la liberté ne se négocie plus dans le soin, mais devant un juge. Le Québec donne une leçon de droit ; la France, qui connaît les mêmes administrations sanitaires, ferait bien de regarder.

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