AprĂšs le 17 octobre, qui a demandĂ© plus dâĂtat ?
Par Elise Rochefort
En trois jours, les candidats Ă la prĂ©sidentielle ont proposĂ© lâĂ©tat dâurgence, le blocage des rĂ©seaux sociaux, lâarmĂ©e dans les rues, lâinterdiction des manifestations et le report dâune Ă©lection. Presque tous ont rĂ©clamĂ© de lâordre ; un petit nombre seulement a rĂ©clamĂ© des pouvoirs dâexception. Câest cette diffĂ©rence que mesure la carte des forces politiques du Courrier, recalculĂ©e au 20 octobre.
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JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.frLe Courrier des StratĂšges publie depuis le 12 octobre une carte qui place une trentaine de partis et de personnalitĂ©s sur deux axes. Lâaxe horizontal mesure le lieu oĂč se prend la dĂ©cision, de Bruxelles Ă Paris. Lâaxe vertical mesure ce que chacun attend de lâĂtat, de la planification (+5) Ă lâordre spontanĂ© (â5). La journĂ©e du 17 octobre et ses suites ont produit, en trois jours, plus de dĂ©clarations sur le rĂŽle de lâĂtat que les trois mois prĂ©cĂ©dents. La carte a Ă©tĂ© recalculĂ©e sur cette base. Seul lâaxe vertical a bougĂ©.

La rÚgle appliquée
Les déclarations retenues sont datées du 17 au 20 octobre et rapportées par la presse ou publiées par leurs auteurs. Elles ont été classées en trois catégories.
La premiĂšre regroupe les mesures dâexception qui suspendent des libertĂ©s : Ă©tat dâurgence, blocage des rĂ©seaux sociaux, recours Ă lâarmĂ©e pour le maintien de lâordre, interdiction gĂ©nĂ©rale de manifester, internement prĂ©ventif, report dâune Ă©lection. Chacune dĂ©place lâacteur dâun demi-point vers le haut.
La deuxiĂšme regroupe des mesures plus limitĂ©es : couvre-feu, dissolution dâassociations, sanction par les prestations sociales, prix fixĂ© par lâĂtat. Chacune compte pour un quart de point. La troisiĂšme regroupe les rĂ©serves explicites sur ces mesures au nom des libertĂ©s publiques : un quart de point vers le bas.
Le reste est tenu pour neutre. La fermetĂ© pĂ©nale, la demande de moyens policiers supplĂ©mentaires ou la mise en cause du ministre de lâIntĂ©rieur relĂšvent des fonctions rĂ©galiennes de lâĂtat, que personne ne conteste. Un candidat qui rĂ©clame des condamnations rapides ne demande pas plus dâĂtat ; il demande que lâĂtat fasse ce qui lui revient. La variation est plafonnĂ©e Ă un point par acteur.
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S'ABONNER lecourrierdesstrateges.frCeux qui montent
Bruno Retailleau a demandĂ© le 18 octobre la rĂ©union du Conseil des ministres « sans dĂ©lai » pour dĂ©clarer lâĂ©tat dâurgence, « comme cela a Ă©tĂ© fait en 2005 » (Les Surligneurs). Il a ensuite proposĂ© de modifier les dates de lâĂ©lection prĂ©sidentielle et la dĂ©chĂ©ance de nationalitĂ© des binationaux auteurs de pillages (Europe 1). Il passe de +4 Ă +5, la note la plus haute de lâĂ©chelle.
Gabriel Attal a proposĂ© sur RTL un blocage des rĂ©seaux sociaux « temporaire, ciblĂ© sur les territoires oĂč se dĂ©roulent les Ă©meutes » (Public SĂ©nat), puis le recours « temporaire » aux forces armĂ©es. Il passe de +2,8 Ă +3,8. Câest la plus forte progression du bloc central.
Ă Nice, Ăric Ciotti a instaurĂ© avec le prĂ©fet un couvre-feu pour les mineurs jusquâau 26 octobre et demandĂ© la dissolution dâassociations ainsi que la suspension des aides des parents des auteurs (Nice Premium). LâUDR passe de +2,6 Ă +3,6. Les RĂ©publicains, dont le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral a rĂ©clamĂ© lâĂ©tat dâurgence, passent de +3 Ă +3,5.
Les autres dĂ©placements sont plus modestes. Emmanuel Macron, qui a annoncĂ© que les prĂ©fets pourraient « aller jusquâĂ interdire » certains rassemblements tout en Ă©cartant lâĂ©tat dâurgence (ĂlysĂ©e), gagne un quart de point. Jordan Bardella aussi, pour la suspension des allocations familiales des familles de rĂ©cidivistes. Nicolas Dupont-Aignan et Debout la France gagnent un quart de point pour une baisse administrĂ©e de 50 % du prix de lâĂ©lectricitĂ©.
Le cas Lisnard
David Lisnard occupait jusquâici, Ă â2, la position la plus basse de la droite. Sur TF1, il a dĂ©clarĂ© que « lâĂtat est devenu une fiction » et que « moins lâĂtat est capable de punir ceux qui cassent, plus il entrave nos libertĂ©s » (21 News). Dans la mĂȘme intervention, il a demandĂ© lâinterdiction des manifestations prĂ©vues les 24 et 31 octobre, jugĂ© lâĂ©tat dâurgence utile pour les perquisitions administratives, et refusĂ© un couvre-feu Ă Cannes faute de besoin constatĂ©. Le solde le fait passer de â2 Ă â1,5. Avec Sarah Knafo, il reste lâun des deux seuls acteurs de droite sous la ligne mĂ©diane. Ses propos ne sont rapportĂ©s que par des sources secondaires.
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REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibreCeux qui descendent, ceux qui ne bougent pas
Ă gauche, Fabien Roussel a qualifiĂ© les couvre-feux dâ« aveu dâĂ©chec », Marine Tondelier a jugĂ© quâils frappent des habitants « qui nâont participĂ© Ă aucune violence », Olivier Faure a demandĂ© une « dĂ©sescalade » (BFMTV via Yahoo ; LCP). Le PCF, le PS, les Ăcologistes et Marine Tondelier perdent chacun un quart de point. La France insoumise et Jean-Luc MĂ©lenchon ne bougent pas : leur refus de lâĂ©tat dâurgence et des couvre-feux est compensĂ© par la demande dâun blocage des prix.
Plusieurs acteurs ont tenu des propos dâune grande fermetĂ© sans proposer de mesure dâexception. Sarah Knafo rĂ©clame que les casseurs soient « enfermĂ©s » et les Ă©trangers « expulsĂ©s » ; RaphaĂ«l Glucksmann demande dâagir « de maniĂšre extrĂȘmement ferme » ; François Hollande et Ădouard Philippe mettent en cause les moyens et le renseignement. Selon la rĂšgle retenue, ces positions relĂšvent du rĂ©galien et ne modifient pas les notes. Marine Le Pen et le Rassemblement national nâont pris position, dans les sources consultĂ©es, ni sur lâĂ©tat dâurgence ni sur les couvre-feux. Aucune dĂ©claration datĂ©e nâa Ă©tĂ© trouvĂ©e pour Dominique de Villepin, François Bayrou, François Ruffin, François Asselineau ou Florian Philippot.
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La rĂšgle est un choix Ă©ditorial. Une autre pondĂ©ration donnerait dâautres chiffres, et les dĂ©clarations dâune semaine de crise ne disent pas tout dâun programme. Plusieurs sources nâont pu ĂȘtre lues quâindirectement : franceinfo, France 24 et les rĂ©seaux sociaux bloquent la consultation automatique. Le dĂ©placement de Marion MarĂ©chal, de +1,5 Ă +2, repose sur une source unique et reste Ă confirmer. Les propos Ă caractĂšre identitaire tenus pendant la pĂ©riode nâentrent pas dans le calcul, qui ne mesure que le rĂŽle attribuĂ© Ă lâĂtat.
La carte recalculée est disponible avec le tableau complet des justifications. Elle sera de nouveau mise à jour aprÚs la journée du 24 octobre.