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Les données commerciales permettent de comprendre pourquoi l’Ukraine a besoin de capitaux occidentaux et comment la Russie peut payer son effort de guerre

By: A A
22 October 2026 at 16:00

Cela fait un certain temps que je voulais écrire un article sur les destins de la Russie et de l’Ukraine depuis le début du conflit en 2014. Le fil conducteur est que l’Ukraine a drastiquement réduit ses échanges commerciaux avec la Russie, depuis 2014, sans jamais les compenser par une augmentation des échanges commerciaux avec l’Europe. Cela a eu comme conséquence involontaire que l’Europe a dû injecter des sommes importantes en Ukraine juste pour empêcher sa monnaie de s’effondrer alors que la guerre se poursuivait. Pendant ce temps, la Russie a diversifié ses échanges commerciaux avec les pays non-européens, de sorte que sa balance extérieure est aussi solide aujourd’hui qu’elle l’était en 2014, ce qui lui procure les liquidités dont elle a besoin pour soutenir l’effort de guerre.

Ian Proud

Points importants :

  • L’Ukraine a exporté 24% de moins et importé 46% de plus en 2025 qu’en 2014. La guerre a fait grimper les importations alors que les exportations ne se sont jamais remises de la signature de l’ALECA et ont été entravées par l’effort de guerre.
  • Le déficit commercial béant que l’Ukraine a creusé depuis le début de la guerre a exercé une pression accrue sur les sponsors européens pour qu’ils fournissent le capital dont l’Ukraine a besoin pour empêcher l’effondrement de sa monnaie, en plus de fournir des fonds pour répondre à ses besoins budgétaires.
  • Ce défi de financement pour l’Europe persistera après la fin de la guerre, tant que l’Ukraine ne sera pas autosuffisante en stimulant ses exportations et/ou en attirant suffisamment d’investissements étrangers pour compenser ses déficits commerciaux.
  • La force des exportations russes et ses excédents commerciaux constants n’ont pas été affectés par la guerre. Après le début de la crise ukrainienne, la Russie a commencé à diversifier ses principales exportations d’énergie hors d’Europe, ce qui lui a permis de résister à la réduction progressive de ses exportations vers l’Europe. En effet, la Russie a tiré une énorme manne, en 2022, de la flambée des prix de l’énergie. Il n’y a aucune preuve que les sanctions aient eu un impact significatif sur le modèle d’exportation russe.
  • La Russie avait déjà commencé à réaccumuler des réserves de change après l’effondrement des prix du pétrole fin 2014, jusqu’avant le début de la guerre. Suite à l’immobilisation des 300 milliards de dollars de réserves russes en Europe, la Russie a commencé à accumuler des réserves en or, pour sanctionner les bénéfices futurs. La Russie dispose désormais de réserves liquides de plus de 420 milliards de dollars, ce qui signifie que l’immobilisation de ses réserves de devises étrangères n’est plus un facteur limitant sur le plan économique.

Analyse détaillée

Le modèle d’exportation de la Russie, dans lequel elle enregistre constamment d’importants excédents commerciaux, lui a permis de générer les réserves de devises étrangères et d’or qui ont sans aucun doute contribué à financer la guerre en Ukraine. Le déficit commercial de l’Ukraine s’est creusé depuis le début de la guerre, nécessitant des injections continues de capitaux européens pour empêcher l’effondrement de sa monnaie.

Cela aide à expliquer que la Russie puisse soutenir la guerre plus longtemps ; elle n’a pas besoin de contracter de nouvelles dettes importantes, sa dette restant faible, à 20%. L’Ukraine ne peut financer la guerre et maintenir ses comptes nationaux en équilibre qu’avec de l’argent européen qui ne peut être garanti à long terme et qui, de toute façon, a augmenté la dette ukrainienne de 20% du PIB en moyenne chaque année depuis le début de la guerre. Ce n’est pas durable.

L’Accord de libre-échange approfondi et complet de 2014 a désavantagé l’Ukraine car il forçait le pays à ne plus commercer avec la Russie.

Le point de départ est la signature par l’Ukraine d’un Accord de libre-échange approfondi et complet avec l’Europe, le 27 juin 2014.

Herman van Rompuy, alors président du Conseil européen, déclarait alors que « des liens politiques et économiques plus forts apporteront plus de stabilité et de prospérité à l’ensemble du continent européen ».

Au même moment, le président Porochenko déclarait « au cours des derniers mois, l’Ukraine a payé le prix le plus élevé possible pour réaliser son rêve européen ».

Car le véritable cout de cet accord a été supporté par l’Ukraine qui a vu ses exportations s’effondrer et ses importations augmenter, car elle avait fait le « choix souverain » de ne plus maintenir ses liens commerciaux avec la Russie.

Ce fut un choix catastrophiquement mauvais. La Russie représentait environ 25% des exportations ukrainiennes avant 2014 et ce chiffre était tombé à moins de 5% en 2021, avant le début de la guerre. L’Ukraine n’a pas comblé cet écart en augmentant le volume de ses exportations vers l’Europe, qui sont restées en grande partie inchangées.

De plus, le même schéma peut être observé en Géorgie, qui n’a également connu aucune augmentation réelle de ses exportations vers l’UE après la signature de l’ALECA. L’UE utilise un certain nombre de mécanismes de règlement des différends commerciaux et d’autres barrières non tarifaires pour bloquer la croissance des importations en provenance des pays partenaires de l’ALECA.

Ainsi, en encourageant l’Ukraine à commercer avec l’Europe et non avec la Russie, l’Europe a imposé une perte économique sèche à l’Ukraine qui avait pris la décision souveraine de renoncer à une relation commerciale auparavant rentable, pour poursuivre un objectif politique d’intégration à l’UE.

De plus, depuis le début de la guerre, les importations ukrainiennes ont augmenté, entraînant une augmentation progressive de son déficit commercial. Cette augmentation des importations a été causée par le fait que l’Ukraine achète des armes aux États-Unis en utilisant des fonds européens et nationaux empruntés. Ainsi, l’Ukraine emprunte de l’argent pour créer un déficit commercial qui doit être comblé par de nouveaux afflux de capitaux.

Entraînée dans un déficit commercial persistant et croissant par la guerre, l’Ukraine a besoin d’injections continues de fonds étrangers pour empêcher l’effondrement de sa monnaie.

Le graphique ci-dessous montre la croissance du déficit commercial de l’Ukraine avec la croissance correspondante des recettes classées comme « Revenu secondaire » dans sa balance des paiements trimestrielle. Ces entrées de capitaux classés comme « Revenus secondaires » sont des injections en provenance d’Europe (principalement) qui sont vitales pour renforcer les réserves de change de l’Ukraine et ainsi éviter une ruée sur la devise. Le point clé est que le financement étranger à l’Ukraine est plus qu’un simple événement fiscal. Il s’agit d’un mécanisme de soutien essentiel dans les circonstances où l’Ukraine est incapable d’attirer suffisamment d’investissements étrangers en temps de guerre.

La Russie n’a tout simplement pas été confrontée au même défi, choisissant plutôt de diversifier ses exportations vers d’autres pays alors que l’Europe fermait progressivement ses échanges commerciaux. Les sanctions n’ont pas entamé son commerce.

Le graphique ci-dessous illustre de manière élégante comment le commerce de la Russie a changé et évolué depuis. Les exportations russes ont connu des pics et des creux depuis 2014, bien que les creux aient souvent été causés par des événements mondiaux tels que les effondrements des prix du pétrole de 2014 et 2016 et le COVID.

Le déclenchement de la guerre en Ukraine a provoqué une énorme manne de revenus d’exportation car le prix du pétrole a bondi. Malgré l’imposition de milliers de sanctions par les pays occidentaux après le début de la guerre, les exportations russes sont restées très résistantes. Cela est dû à la diversification par la Russie de ses exportations vers les pays d’Asie.

En bref, malgré les nombreux gros titres dans les médias occidentaux traditionnels sur les sanctions « entravant l’économie de guerre de la Russie« , il n’y a aucune preuve substantielle que cela ait été le cas.

Le modèle d’exportation russe continue d’être une salle des machines qui lui fournit les liquidités dont elle a besoin pour financer la guerre sans contracter de nouvelles dettes importantes. Cela lui donne un avantage significatif sur l’Ukraine et ses soutiens européens dans cette « guerre d’usure« .

La Russie a accumulé des réserves depuis le début de la guerre pour compenser l’immobilisation de 300 milliards de dollars en devises par les pays occidentaux. La Russie investit désormais dans l’or pour protéger ses actifs.

Enfin, je commente depuis un certain temps que la Russie a entamé le processus d’accumulation de réserves de change en 2017 alors qu’elle modifiait sa politique monétaire pour adopter un rouble faible afin de maximiser les revenus en roubles tirés des exportations et qu’elle entreprenait un certain nombre d’achats en dollars via le ministère des Finances. Vous pouvez voir cette accumulation de réserves dans le graphique ci-dessous.

Après le début de la guerre, après l’importante manne de revenus tirés des exportations en 2022 et des chiffres commerciaux toujours solides par la suite, la Russie a continué à accumuler des réserves. Cependant, suite au gel de ses avoirs en devises, elle a plutôt choisi de stocker ses réserves en or, pour les protéger des sanctions.

Si la Russie souhaite évidemment récupérer ses avoirs immobilisés après la fin de la guerre (gros point d’interrogation), elle a néanmoins constitué un important coussin financier à hauteur de plus de 420 milliards de dollars de réserve en plus de celle qui reste gelée.

Ces importantes réserves contribuent sans aucun doute à garantir l’effort de guerre russe sans avoir besoin de gros emprunts. La dette de la Russie représente aujourd’hui environ 20% de son PIB.

En 2021, la dette de l’Ukraine s’élevait à environ 49% de son PIB. Aujourd’hui, elle représente environ 110% de son PIB.

Publié à l’origine par The Peacemonger.
Traduction:
Le Saker Francophone

Why trade is vital to understanding how Ukraine needs western capital to stay afloat and how Russia can pay for its war effort without new debt

By: A A
22 October 2026 at 12:52

Four graphs that tell a bigger story

By Ian PROUD

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I have wanted to write an article for sometime about the differing fates of Russia and Ukraine since the onset of the conflict in 2014. The headline is that Ukraine has never made up the difference in increased trade with Europe having cut its trade with Russia to the bone since 2014. This has inadvertently meant that Europe has had to inject significant sums of capital into Ukraine just to prevent its currency from collapsing as the war has gone on. Russia has diversified its trade away from Europe such that its export model is as strong today as it was in 2014, giving it the liquidity it needs to underwrite the war effort.

Key finding:

  • Ukraine exported 24% less and imported 46% more in 2025 than in 2014. The war has driven up imports while exports never recovered from the signing of the DCFTA and have been hampered by the war effort.
  • The yawning trade deficit Ukraine has built since the war started has placed greater strain on European sponsors to provide the capital Ukraine needs to prevent its currency collapsing, in addition to providing funding to meet its fiscal requirements.
  • This funding challenge for Europe will persist after the war ends until Ukraine can become self-sufficient in boosting exports and/or attracting sufficient foreign investment to offset its trade deficits.
  • Russia’s export strength and consistent surpluses have been unaffected by war. After the Ukraine crisis started, Russia started to diversify its major energy exports away from Europe, allowing it to weather the progressive reduction of exports to Europe. Indeed, Russia gained a huge windfall in 2022 from surging energy prices. There is no evidence that sanctions have impacted Russia’s export model in a significant way.
  • Russia has already started to reaccumulate FX reserves after the oil price collapse of late 2014, until before the war started. Following the immobilisation of $300bn in Russian FX reserves, Russia started to accumulate reserves in monetary gold, to sanction-proof future earnings. Russia now has liquid reserves of over $420bn meaning the immobilisation of its foreign currency reserves is no longer an economically limiting factor.

Detailed analysis

Russia’s export model in which it runs consistently large trade surpluses has ensured it can generate the reserves of foreign currency and gold which have undoubtedly helped to bankroll the war in Ukraine. Ukraine’s trade deficit has yawned since the war started, requiring continual injections of European capital to prevent its currency from collapsing.

This helps to explain by Russia can sustain the war for longer; it doesn’t need to take on significant new debt, its debt remaining low at 20%. Ukraine can only fund the war and keep its national accounts in balance with European money that cannot be guaranteed long-term and which, in any case, has increased Ukrainian debt by an average of 20% of GDP each year since the war started. This is not sustainable.

The Deep and Comprehensive Free Trade Agreement of 2014 has disadvantaged Ukraine because it forced a choice away from trading with Russia.

The starting point for this is the signature by Ukraine of a Deep and Comprehensive Free Trade Agreement with Europe on 27 June 2014.

Herman van Rompuy, then President of the European Council said that “stronger political and economic ties will bring greater stability and prosperity to the entire European continent.”

President Poroshenko said “over the last months, Ukraine paid the highest possible price to make her European dreams come true.”

Yet, the true price of this agreement has borne by Ukraine which saw its exports collapse and its imports increase, as it make a “sovereign choice” not to maintain trade links with Russia.

That was a catastrophically bad choice. Russia had accounted for around 25% of Ukrainian exports prior to 2014 and that figure fell to less than 5% in 2021 before the war started. Ukraine did not make up that gap by increasing the volume of exports to Europe, which have remained largely unchanged.

Indeed, this same pattern can be seen in Georgia which has also seen no real increase in exports to the EU after it signed the DCFTA. The EU uses a number of trade dispute mechanism and other non-tariff barriers to put blockages in the way of import growth from DCFTA partner countries.

So, by encouraging Ukraine to trade with Europe and not with Russia, Europe has imposed a deadweight economic loss on Ukraine which took a sovereign decision to forgo a previously profitable trade relationship, to pursue a political goal of EU integration.

Moreover, since the war started, imports into Ukraine have surged leading to a progressive ballooning of its trade deficit. This surge in imports has been caused by Ukraine purchasing weapons from the US using borrowed European and domestic funds. So, Ukraine is borrowing money to create a trade deficit that needs to be filled with further inflows of capital.

Dragged into a persistent and growth trade deficit by war, Ukraine needs continued injections of foreign funds to prevent its currency collapsing.

The graph below maps the growth in Ukraine’s trade deficit with the corresponding growth in receipts classified as Secondary Income within its quarterly balance of payments. These inflows of capital as Secondary Income are injections from Europe (principally) that are vital to shore up Ukraine’s FX reserves and so prevent a run on the currency. The key point is that foreign funding to Ukraine is more than just a fiscal event and top it. It is a vital support mechanism in circumstances where Ukraine is unable to attract sufficient inflows of foreign investment during a time of war.

Russia simply hasn’t faced the same challenge, choosing instead to diversify its exports to other countries as Europe progressively shut down trade. Sanctions haven’t dented trade.

The graph below illustrates in an elegant way how Russia’s trade has changed and evolved since. Russia’s exports have gone through peaks and troughs since 2014, although the troughs have often been caused by global events such as the 2014 and 2016 oil price collapses and COVID,

The onset of the war in Ukraine caused a huge windfall in income from exports as oil prices surged. Despite the imposition of thousands of sanctions by western nations after the war commenced, Russia’s exports have remained highly resilient. This is down to Russia’s diversification of its exports towards countries in Asia.

In short, despite many headlines in western mainstream media of sanctions ‘denting Russia’s war economy’ there is no substantive evidence that this has been the case.

Russia’s export model continues to be an engine room that provides the liquidity it needs to fund the war without taking on significant new debt. This gives it a significant advantage over Ukraine and its European backers in the ‘war of attrition’.

Russia has accumulated reserves since the war started to make up for the immobilisation of $300bn in FX by western nations. Russia now invests in monetary gold to sanction-proof its assets.

Finally, I have been commenting for some time that Russia started the process of accumulating Foreign Exchange Reserves in 2017 as it shifted its monetary policy to embrace a weak rouble to maximise rouble income from exports and as it undertook a number of dollar purchases via the Finance Ministry. You can see this reserve accumulation in the graph below.

After the war started, following the large windfall in earning from exports in 2022 and still solid trade figures after that, Russia continued to accumulate reserves. However, following the freezing of its foreign currency assets, it has chosen instead to store its reserves in monetary gold, to sanction proof them.

While Russia would undoubtedly like to see the return of its immobilised assets after the war ends (big question mark) it has nevertheless built up a significant financial buffer to the tune of over $420bn in reserve assets in addition to those assets that remain frozen.

This deep well of reserves undoubtedly helps to underwrite Russia’s war effort without the need for significant borrowing. Russia’s debt today sits at around 20% of GDP.

In 2021 Ukraine’s debt sat at around 49% of GDP. Today it sits at around 110% of GDP.

Original article: thepeacemonger.substack.com

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