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Revue des livres et des idées

Cette nouvelle publication entend proposer de longues recensions critiques. Elle consacre son premier numéro aux tensions du système-monde, de l'effacement de Gaza à l'ascension de la Chine. Au même sommaire, « En finir avec le cycle du seum » de Nathalie Quintane ou un portrait de Dionys Mascolo. (N° 1, septembre-novembre, trimestriel, 15 euros. — Paris.)

Voir en ligne : /revues/rdli
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Une « guerre totale »

Le 7 septembre, un colon a été blessé à l'arme blanche dans le nord de la Cisjordanie occupée. Le ministre israélien de la défense, M. Israël Katz, a alors menacé l'Autorité palestinienne d'une « guerre totale » si une attaque de grande ampleur venait à se produire contre l'armée ou une colonie. « Dans l'éventualité où (…) nous apprendrions avec certitude qu'ils s'apprêteraient à lancer une attaque “terroriste'' similaire à celle du 7 octobre [2023] contre les forces de “Tsahal'' et la population juive des implantations [nom officiel donné aux colonies], le premier ministre Benyamin Netanyahou et moi-même avons donné pour instruction à l'armée de se préparer à une guerre totale contre les dirigeants et les mécanismes de l'Autorité palestinienne », a ainsi déclaré le ministre, en ajoutant que, sous cette hypothèse, les représailles comprendraient aussi l'« assassinat de personnalités de premier plan » et l'« évacuation des habitants de villes ou de villages d'où des activités “terroristes” sont menées » (AFP, 7 septembre 2026).

L'inquiétude des Palestiniens s'est aggravée deux semaines plus tard après qu'un colon a été tué par balle à quelques heures de la fête de Yom Kippour. Israël a alors été placé en état d'alerte maximale, et l'armée a annoncé le renforcement de ses troupes. « Ils n'attendent qu'une occasion pour transformer la Cisjordanie en Gaza », nous confie un cadre de l'Autorité palestinienne craignant qu'un acte isolé contre une colonie — scénario maintes fois évoqué depuis les attaques du Hamas le 7 octobre 2023 — n'embrase la situation. Pour lui, les Israéliens ne s'attaqueraient pas forcément à toutes les villes en même temps, mais en viseraient une en particulier afin de la vider de ses habitants. Laquelle ? « Je crains beaucoup pour Jénine ou Naplouse, mais Ramallah et surtout Al-Khalil [Hébron] ne sont pas à l'abri. »

Quoi qu'il en soit, de nombreux habitants de Cisjordanie ont retrouvé des réflexes qui remontent aux deux Intifadas en stockant de l'eau et des denrées de première nécessité dans la perspective de combats, de bouclages empêchant les déplacements ou de longs couvre-feux imposés par l'armée à la population.

C'est dans ce contexte que l'Autorité palestinienne, présidée par M. Mahmoud Abbas, prépare les élections législatives du 28 novembre prochain. Ce scrutin, le premier depuis 2006, est censé avoir lieu en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et dans la bande de Gaza. Pour mémoire, le Conseil législatif palestinien (CLP), qui fait office de Parlement, ne s'est plus réuni depuis 2007. Le Hamas a fait savoir qu'il participera à ces élections et qu'il tentera de former une large coalition afin de battre le Fatah, la formation de M. Abbas. Nombre d'observateurs estiment que le scénario de 2021 pourrait bien se reproduire avec une annulation sine die du scrutin, cette fois en raison des tensions en Cisjordanie et la situation à Gaza. La tenue de l'élection présidentielle annoncée pour 2027 — la première depuis 2005 — paraît quant à elle des plus improbables.

Voir en ligne : /2026/10/BELKAID/70057
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Le dernier espoir

À Gaza, l'exiguïté des lieux et le poids écrasant des jours qui passent sans rien changer à notre situation m'obligent sans cesse à chercher le calme, même s'il ne dure que quelques minutes. Me voici sur le front de mer. Le bruit est omniprésent. Comment pourrait-il en être autrement dans un périmètre de quelques kilomètres carrés où s'entassent plus de deux millions de personnes, au cœur de l'une des tragédies les plus cruelles au monde ?

Mais ce n'est pas le grondement de la mer ou les vibrations des groupes électrogènes qui assaillent mes oreilles. C'est une discussion animée entre quatre jeunes hommes avachis sur des chaises en plastique. Ils parlent de la guerre. De ceux qui nous ont oubliés. De ceux qui font mine de nous aider mais qui n'ont rien à offrir si ce n'est quelques gesticulations. L'Iran ?

Hassan, 22 ans, a obtenu son diplôme universitaire il y a quelques mois. Il a perdu plusieurs membres de sa famille pendant les bombardements. Il s'est longtemps accroché à l'idée que l'Iran restait le dernier espoir capable de renverser la situation en modifiant le rapport de forces avec Israël. Il n'a pas perdu espoir. Pour lui, cela vaut encore la peine d'attendre. En infligeant une défaite aux Israéliens, la République islamique pourrait contribuer à ce que l'étau sur Gaza se desserre. « Téhéran, dit-il, n'a jamais abandonné ses alliés lors des crises précédentes. » Hossam et Rifât, à peine plus âgés, voient les choses différemment. Ils n'attendent rien de personne. Pas plus de l'Iran que des pays arabes. « Chacun son bât », disent-ils. « Gaza paye seule le prix lourd », dit l'un pour qui, même s'ils sont bombardés tous les jours, les Iraniens sont loin d'éprouver les mêmes souffrances que les Palestiniens. L'autre ne veut pas parler de géopolitique. Pour lui, la seule chose qui compte, c'est « la fin de cet enfer » que nous vivons depuis des années. La discussion se prolonge. Elle ne diffère guère de ce que j'ai pu entendre ici ou là. Tout tourne autour de ce que nous avons subi et de cette question lancinante : pourquoi le monde a-t-il laissé faire ça ? Comment en sommes-nous arrivés à espérer que l'Iran, pays auquel nombre d'entre nous ne se sont jamais intéressés, puisse voler à notre secours ? Le quatrième jeune homme, silencieux jusque-là, me dit que l'Iran est juste l'un des derniers espoirs auxquels on peut se raccrocher. Rifât n'est pas d'accord et se lève en maugréant : « Ces trois dernières années, Israël a démontré qu'il imposait sa volonté au monde entier. Il est vain d'attendre des miracles », lâche-t-il avant de s'en aller d'un pas traînant. Hossam acquiesce : « Après des années de guerre, le fossé entre ce que nous vivons et ce que nous espérons s'est considérablement creusé, et les vœux ne changent pas la réalité. » Pour nous tous, la situation en Iran nous apparaît tragique à double titre. Nous savons ce que la guerre fait aux peuples. Et nous craignons de ne plus avoir le moindre espoir.

Voir en ligne : /mav/209/AABED/69911
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