Le Brésil n'a pas dit son dernier mot
Dimanche 25 octobre, les Brésiliens départageront MM. Luiz Inácio Lula da Silva et Flávio Bolsonaro. Arrivé en tête du premier tour de l'élection présidentielle le 4 octobre, le troisième fils de l'ancien président d'extrême droite voit son avance se réduire. À la veille du scrutin, les deux candidats sont au coude à coude dans les sondages.
Dans les rues, les partisans de Lula se mobilisent pour favoriser la « remontada » du président sortant : étudiants, syndicats, militants des mouvements populaires (lire le reportage inédit d'Anne-Dominique Correa) et artistes multiplient les rassemblements contre Flávio Bolsonaro. À São Paulo, des livreurs de plate-forme ont même détourné les cortèges de motos popularisés par le sénateur de l'État de Rio de Janeiro. Ils soutiennent Lula tout en réclamant à son gouvernement les protections sociales qu'ils attendent toujours.
Quatre ans après sa défaite, le bolsonarisme conserve pourtant de puissants moyens pour reconquérir la présidence. La condamnation de son fondateur pour tentative de coup d'État n'a pas défait les alliances qui avaient assuré son ascension. L'agrobusiness, les églises évangéliques et une partie des forces de sécurité constituent autant de relais que l'alternance de 2022 n'a pas abolis.
Dans un pays où près de 60 % de la population ne s'informe que sur les réseaux sociaux, l'extrême droite brésilienne est puissamment organisée. Ses opposants accusent les plates-formes américaines, notamment Meta (Facebook, Instagram, Whatsapp), de favoriser par ses algorithmes le camp de M. Bolsonaro. Saisie par l'équipe de campagne de Lula, le Tribunal suprême fédéral (TSF) a exigé des explications à l'entreprise, ainsi qu'à celle détenue par M. Elon Musk, X.
Aux États-Unis, le bolsonarisme compte sur d'autres appuis avérés : celui de M. Donald Trump et de son administration. Lors du débat du 18 octobre, Lula a dénoncé les démarches de M. Eduardo Bolsonaro auprès de l'administration américaine, qui ont contribué à l'imposition de sanctions de Washington contre le Brésil pour faire pression sur sa justice. Une curieuse conception de la souveraineté, dont se réclame pourtant l'extrême droite brésilienne.
Mais la souveraineté se joue également à l'intérieur des frontières. Au Brésil, 1 % des propriétaires détiennent près de la moitié des terres agricoles. Les sans-terre poursuivent leur combat pour une réforme agraire que la résistance des grands propriétaires contribue à maintenir inachevée. Leur poids économique se traduit aussi en influence politique, notamment au Congrès. Derrière les discours sur l'indépendance nationale subsiste ainsi la question de savoir qui décide de l'usage des terres, de l'exploitation des ressources et de la répartition des richesses. Quel que soit le vainqueur dimanche, ceux qui contrôlent ces dernières conserveront de solides moyens de défendre leurs intérêts.
Une dernière question demeure au sujet de cette élection dont les enjeux concernent le Brésil, mais également l'ensemble du continent : l'administration américaine reconnaîtra-t-elle les résultats dimanche soir en cas de victoire serrée de Lula ?
Dans nos archives
-
Élections brésiliennes, ingérences américaines
Christophe Ventura, octobre 2026Washington s'est toujours immiscé dans les affaires de Brasília. La campagne des élections générales des 4 et 25 octobre l'a confirmé. Une victoire du candidat d'extrême droite (…) → -
À São Paulo, les sans-terre à la conquête des populations urbaines
Anne-Dominique Correa, octobre 2026Depuis sa fondation, en 1984, les quelque deux millions de membres revendiqués du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST) militent pour une réforme agraire au Brésil, en (…) → -
Sombres coulisses de la démocratie brésilienne
André Singer, juin 2023« Si Jésus devenait président du Brésil, même lui devrait négocier avec Judas », a un jour ironisé le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva. Son retour au pouvoir à (…) → -
Vers un bolsonarisme sans Bolsonaro
Anne Vigna, février 2023Dépourvus du soutien des médias, d'une grande partie du patronat et des élites politiques, les réseaux de l'ancien président brésilien Jair Bolsonaro ont tenté un putsch le 8 (…) → -
Stratégie de la tension au Brésil
Silvio Caccia Bava, octobre 2021Tout suggère que M. Jair Bolsonaro sera chassé du pouvoir par les urnes à la fin de son mandat, en 2022. Celui qui promettait d'en finir avec la corruption se trouve désormais (…) →











