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Trump : ni mondialiste, ni isolationniste, simplement impérialiste

par Thibault de Varenne

Le 22 septembre, à la tribune des Nations Unies, le président des États-Unis a annoncé qu'il lui restait « une grande décision à prendre » : conclure un accord avec l'Iran, ou « anéantir la République islamique ». Il a précisé que l'accord viendrait sans doute après les élections de mi-mandat. Le mot qui manque au débat français n'est ni mondialiste ni isolationniste.

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Il a dit : j'ai une grande décision à prendre. Le verbe est au singulier et le sujet est un homme.

Sept mois après avoir engagé son pays dans une guerre contre l'Iran, Donald Trump est venu la défendre devant l'Assemblée générale des Nations Unies. Il a posé une alternative en deux branches : un accord qui permettrait à l'Iran de se reconstruire et de devenir, a-t-il dit, l'un des plus grands pays du Moyen-Orient, ou l'anéantissement de la République islamique, et rapidement. Il a ajouté qu'il croyait l'accord probable juste après les élections de mi-mandat de novembre. Il a appelé les nations à isoler Téhéran, répété qu'il ne laisserait jamais l'Iran disposer de l'arme nucléaire, présenté son plan en vingt points pour Gaza et le conseil de paix qui doit l'appliquer, et refusé toute régulation internationale de l'intelligence artificielle, qu'il préfère appeler superintelligence, comparant les inquiétudes qu'elle suscite à celles du climat.

Dans la journée, il a signé avec le Danemark et le Groenland un accord élargissant les pouvoirs américains de défense sur le territoire arctique.

Voilà les faits. Reste à trouver le mot.

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Ce que les deux mots disponibles ne recouvrent pas

Le débat français dispose de deux étiquettes et les use jusqu'à la corde.

La première est l'isolationnisme, c'est-à-dire la doctrine qui veut qu'une puissance se tienne hors des affaires du monde et s'en remette à ses propres frontières. On l'attribue à Trump depuis dix ans. Elle ne résiste pas à l'énoncé de sa semaine. Un homme qui conduit une guerre depuis sept mois sur un autre continent, qui somme les autres nations de rompre avec un État tiers, qui rédige un plan de paix pour un territoire qui n'est pas le sien et institue un conseil chargé de l'administrer, qui étend enfin ses droits militaires sur une dépendance danoise, n'est pas en train de se retirer du monde. Il en occupe davantage qu'il n'en occupait.

La seconde est le mondialisme, mot plus flou, qui désigne dans l'usage courant

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Rwanda : la Cour de Cassation clôt le mythe de la complicité française...

par Elise Rochefort

La chambre criminelle de la Cour de cassation a rejeté, le 9 septembre 2026, les pourvois formés par des parties civiles contre l'arrêt de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris du 11 décembre 2024. Cet arrêt avait confirmé deux ordonnances du 17 octobre 2023 : un refus de mesure d'instruction complémentaire et un non-lieu. L'information judiciaire portait sur des faits de complicité de génocide et de complicité de crimes contre l'humanité susceptibles d'être reprochés à des membres des forces françaises déployées au Rwanda dans le cadre de l'opération « Turquoise ».

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La décision clôt une procédure ouverte il y a vingt et un ans.

La procédure

Le 16 février 2005, six ressortissants rwandais — Mme Auréa Mukakalisa, MM. Innocent Gisanura, François Bagirubwira, Eric Nzabihimana, Bernard Kayumba et Aaron Nshymiryayo — ont porté plainte et se sont constitués partie civile auprès du doyen des juges d'instruction au tribunal aux armées de Paris, contre personne non dénommée. Ils relataient les massacres commis au Rwanda du 6 avril à la fin juin 1994, notamment dans les collines de Bisesero, et soutenaient que des militaires français n'étaient pas intervenus à Bisesero entre le 27 et le 30 juin 1994. Ils faisaient également état d'exactions commises dans le camp de réfugiés de Murambi.

Le procureur de la République a requis l'ouverture d'une information judiciaire le 23 décembre 2005. Plusieurs associations — la Ligue française des droits de l'homme, la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme, Survie et Ibuka — se sont constituées partie civile par voie d'intervention.

Cinq officiers ont été placés sous le statut de témoin assisté : MM. Jean-Rémi Duval, Marin Gillier, Jacques Rosier, Jean-Claude Lafourcade et Etienne Joubert. Le statut de témoin assisté, en procédure pénale française, est intermédiaire : il concerne une personne contre laquelle existent des indices rendant vraisemblable sa participation, sans que les charges soient suffisantes pour une mise en examen.

L'opération « Turquoise » avait été autorisée par la résolution 929 du Conseil de sécurité des Nations unies du 22 juin 1994.

Comment le dictateur Kagamé a construit le narratif anti-français du génocide rwandais avec Glucksmann et Gourevitch
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Pourquoi les Anglo-Saxons investissent autant dans le narratif géopolitique des génocides
Mémorial britannique, scénographie américaine, chaires anglophones : enquête sur l’appareil occidental de la mémoire des génocides et sur son rendement.
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Le premier moyen : le refus d'actes complémentaires

Les parties civiles demandaient deux auditions. Celle de M. Vincent Duclert, président de la commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi, dont le rapport a été remis le 26 mars 2021, afin qu'il s'explique sur les conditions d'accès aux documents classés secret défense. Celle de M. Hubert Védrine, à l'époque des faits secrétaire général de la présidence de la République, afin d'établir les responsabilités dans la chaîne de commandement politique. Elles invoquaient le droit à un procès équitable et l'obligation d'enquête approfondie, sur le fondement des articles 3 et 6 de la Convention européenne des droits de l'homme.

La chambre de l'instruction a répondu par le constat du caractère approfondi de l'enquête déjà menée : un dossier de trente et un tomes, des réquisitions adressées à la direction de la surveillance du territoire, à la direction générale de la sécurité extérieure, à l'état-major des armées, à l'Assemblée nationale, au service historique de la défense, aux ministères des affaires étrangères et de la défense, à la présidence de la République et aux services du Premier ministre, plusieurs commissions rogatoires internationales, et l'audition de nombreux responsables militaires.

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Poutine, le RN et le dévoilement des contradictions mises sous le tapis depuis trop longtemps

Par Thibault de Varenne

Le 17 septembre, Vladimir Poutine signe un décret plaçant les filiales russes d'Auchan, de Leroy Merlin et de Nestlé sous administration d'une société tierce. Le 19, Marine Le Pen et Jordan Bardella publient sur Moscou le communiqué le plus dur de leur carrière politique. Le 21, le Kremlin leur répond qu'il est en désaccord. Trois dates, et une question que personne ne pose : qu'est-ce qui a changé, au juste ?

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Quatre ans de guerre en Ukraine n'y avaient pas suffi. Il aura fallu un décret sur des hypermarchés.

Le 17 septembre, un décret signé de Vladimir Poutine transfère les actifs russes de trois groupes européens — le distributeur Auchan, l'enseigne de bricolage Leroy Merlin, le suisse Nestlé — à une société d'« administration temporaire » nommée L.E.V. Management. Le Kremlin invoque l'appartenance de ces entreprises à des pays « inamicaux ». En clair : l'État russe prend la main sur des biens français sans les acheter. Roland Lescure dénonce la mesure le lendemain.

Le 19, Marine Le Pen et Jordan Bardella publient un communiqué commun. Le Kremlin, écrivent-ils, ne peut « espérer dicter directement ou indirectement la politique de la France par l'intimidation, la menace, la déstabilisation ou la pression psychologique ». Le même jour, dans l'Oise, Bardella qualifie la démarche russe d'hostile et parle, à propos de l'Ukraine, d'un bain de sang.

Le 21, Dmitri Peskov, porte-parole de la présidence russe, se déclare en désaccord catégorique : la Russie ne menace ni la France ni aucun pays européen.

On a appelé cela une brouille. Le mot est mal choisi, et il faut reprendre l'affaire de plus haut pour voir pourquoi.

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Ce qui lie le Rassemblement national à la Russie, et ce qui ne l'y lie pas

Trois choses distinctes sont continuellement confondues dans ce dossier. Les démêler est la condition pour en juger.

Il y a d'abord une dette. En septembre 2014, le Front national obtient un prêt de neuf millions d'euros auprès de la First Czech Russian Bank, établissement fondé à Prague puis installé à Moscou, réputé proche du pouvoir russe. L'affaire est révélée par Mediapart deux mois plus tard. La banque fait faillite en 2016 ; la créance est cédée à une société russe de location de véhicules, puis à Aviazaptchast, une entreprise russe d'aéronautique. Le parti a donc eu, des années durant, un créancier russe. Entendue par la commission d'enquête parlementaire sur les ingérences étrangères, Marine Le Pen a toujours tenu la même ligne : si cela l'avait engagée à quelque chose, elle n'aurait pas signé.

Il y a ensuite une image. En mars 2017, à quelques semaines du premier tour de l'élection présidentielle, la candidate se rend au Kremlin et y serre la main de Vladimir Poutine. La photographie existe. Elle est ressortie à chaque échéance depuis, et elle ressortira.

Il y a enfin une doctrine, et c'est la seule des trois qui relève du débat politique légitime. Le RN conteste le soutien financier français à l'Ukraine au nom de la priorité donnée aux intérêts français. Le 3 septembre, sur BFMTV, Louis Aliot, vice-président du parti et maire de Perpignan, proposait de « couper le robinet » de l'aide à Kiev : tout le monde est à l'os, disait-il en substance, et l'on trouve encore de l'argent pour financer des armes. La formule a valu au parti une volée de bois vert — Gabriel Attal parlant de soumission à des puissances dictatoriales.

Ces trois choses ne pèsent pas du même poids. Une dette est un fait, une photographie est un symbole, une doctrine est une position que l'on peut soutenir ou combattre. Les additionner produit un procès facile ; les distinguer produit une analyse.

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Pourquoi ce n'est pas une brouille

Une brouille suppose une relation, et un différend qui la rompt. Ici, rien de tel.

Le RN n'a rien révisé de son jugement sur la guerre. Il n'a pas annoncé qu'il soutiendrait l'aide à l'Ukraine, ni désavoué son vice-président, ni changé une ligne de son programme. Il a réagi à un acte précis : la saisie de biens français par un décret étranger. Sa doctrine est demeurée exactement la même — la défense des intérêts français d'abord — et c'est précisément cette doctrine qui, appliquée cette fois, l'a conduit à parler dur.

Il y a là une cohérence qu'on refuse de lui reconnaître et qu'il faut pourtant lui

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Pourquoi sortir de l'assurance-vie en unités de compte ?

Par Vincent Clairmont

Un lecteur me demande pour quelles raisons je conseille de sortir de l'assurance-vie en unités de compte. La question est légitime et mérite une réponse complète, parce que je répète cette position depuis mai sans l'avoir jamais démontrée d'un seul tenant.

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Elle tient en quatre raisons, dont trois sont arithmétiques et une juridique. Et elle appelle une réserve importante, que je place à la fin parce qu'elle change la portée pratique de tout ce qui précède.

Première raison : les frais s'empilent sur cinq étages

Un contrat multi-supports peut prélever cinq niveaux de frais : frais sur versement, frais de gestion annuels du contrat, frais d'arbitrage entre supports, frais internes des unités de compte elles-mêmes, et frais d'éventuelles options de gestion pilotée.

Les deux qui comptent sont récurrents. Les frais de gestion annuels du contrat sur la poche UC se sont établis en moyenne à 0,88 % en 2025, au même niveau qu'en 2024. À cela s'ajoutent les frais internes des fonds sous-jacents — le TER, pour total expense ratio, c'est-à-dire le coût total de fonctionnement du fonds, prélevé avant que la performance ne vous soit affichée. Pondéré par les encours sur plus de quatorze mille fonds, il ressort à 1,60 %.

Additionnez : 2,48 % par an, avant même le moindre arbitrage. Le chiffre est celui de la fédération professionnelle elle-même, publiée le 6 mai dernier. Ce n'est pas une estimation de contradicteur.

Ce chiffre paraît modeste parce qu'on le compare à une performance annuelle. Il faut le composer. Deux et demi pour cent prélevés chaque année pendant vingt ans consomment près de quarante pour cent du capital. Sur la même durée, un support à 0,15 % de frais annuels en consomme moins de quatre. La différence n'est pas un détail de gestion : c'est la moitié de ce que vous espérez gagner.

Et ces frais sont prélevés sur l'encours. Vous les payez que le support monte ou qu'il baisse.

Sept semaines après « Faut-il toucher au Barbell ? » : je vous ai fait gagner 19.500€ en deux mois
Sept semaines après « Faut-il toucher au Barbell ? », Vincent Clairmont confronte le papier du 20 juillet aux cours du 4 septembre, poche par poche, et fixe la suite.
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Deuxième raison : vous n'êtes pas le client

C'est le point que je tiens pour le plus structurant, et il n'est pas moral, il est mécanique.

Dans un contrat multi-supports classique, une partie des frais internes des fonds remonte vers le distributeur sous forme de rétrocessions de commission. Autrement dit, celui qui vous conseille un support est rémunéré par celui qui le fabrique.

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Sanctions UE contre la Russie : deux oligarques réhabilités, trente-six mois consentis

Par Thibault de Varenne

L'échéance tombe cette nuit. Faute d'unanimité avant minuit, les sanctions européennes visant près de trois mille personnes et entités disparaissent d'un coup. Deux d'entre elles doivent en sortir, à la demande de la France et du Luxembourg. Le compromis proposé pour dénouer l'affaire mérite plus d'attention que les deux noms.

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Il est huit heures à Bruxelles et les ambassadeurs des Vingt-Sept se rasseyent. Ils ont déjà échoué lundi soir. Ils avaient déjà échoué le 15 septembre, ce qui leur avait valu une semaine de délai, jusqu'à cette nuit. Passé minuit sans accord, il n'y a plus de sanctions du tout.

On observe rarement d'aussi près le fonctionnement réel d'une machine.

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Ce qui se décide, et par qui

Le régime européen de sanctions individuelles — gel des avoirs, interdiction d'entrée — frappe aujourd'hui près de trois mille personnes et entités. Il ne vaut que six mois. Il faut le renouveler par unanimité : vingt-six oui et une abstention ne suffisent pas, et un seul gouvernement peut donc laisser tout tomber.

Ce pouvoir-là, la Slovaquie le brandit depuis des mois pour obtenir la radiation de deux hommes d'affaires russes, Alicher Ousmanov et Mikhaïl Fridman, inscrits en 2022 comme soutiens du régime. Le 11 septembre, la France s'est jointe à elle sur le premier nom ; le Luxembourg a réclamé le second. La présidence irlandaise, qui

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Et si l'essence atteignait 3 €, que se passerait-il ?

En octobre 2018, le gazole était à 1,52 € et le gouvernement annonçait six centimes et demi de plus. Le pays s'est arrêté. Il est aujourd'hui à 2,39 €, soit quatre-vingt-sept centimes au-dessus, et nous remplissons un formulaire avant le 30 septembre. La question du titre a donc déjà reçu une réponse : elle est désagréable.

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En octobre 2018, le litre de gazole valait un euro cinquante-deux, le sans-plomb 95 un euro cinquante-six. Le gouvernement avait programmé pour le 1er janvier suivant une hausse de la composante carbone : six centimes et demi sur le gazole, deux centimes neuf sur l'essence. Six centimes et demi. Le pays s'est couvert de gilets jaunes, les ronds-points ont été tenus pendant des mois, la hausse a été annulée, et l'on discute encore de ce que cet épisode a fait à la Ve République.

Le gazole est aujourd'hui à deux euros trente-neuf. Quatre-vingt-sept centimes de plus qu'en 2018 — treize fois la hausse qui avait mis le feu. Il n'y a pas de ronds-points.

Voilà le vrai sujet. Mais puisque la question porte sur trois euros, répondons-y d'abord, sérieusement, parce que personne ne le fait.

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Ce qu'il faudrait, exactement

Trois euros le litre, c'est soixante et un centimes au-dessus du prix d'aujourd'hui. Il y a trois routes pour y arriver, et elles n'ont rien à voir entre elles.

Par le baril. Ôtez la TVA : soixante et un centimes au détail font cinquante centimes de produit. Un baril contient cent cinquante-neuf litres ; à l'euro actuel, cela représente environ quatre-vingt-treize dollars de brut supplémentaires. Le Brent cote aujourd'hui autour de cent trois dollars, dans une fourchette qui oscille entre quatre-vingts et cent vingt depuis l'escalade iranienne de février. Il faudrait donc un Brent à cent quatre-vingt-quinze dollars — près du double d'aujourd'hui, et le tiers au-dessus du record historique de l'été 2008, qui n'a jamais été approché depuis.

Par la monnaie. À baril inchangé, il faudrait que l'euro tombe autour de soixante cents pour un dollar. Ce n'est pas une dépréciation, c'est un effondrement, et si nous en sommes là le prix du gazole ne sera pas notre préoccupation principale.

Par l'impôt. C'est la route courte, et elle ne dépend de personne d'autre que de nous. Cinquante centimes d'accise supplémentaires suffiraient — l'accise sur le gazole est aujourd'hui de soixante centimes et demi ; il s'agirait donc de la doubler, à peu près.

Retenez les deux chiffres et mettez-les côte à côte. Six centimes et demi ont suffi à arrêter la France en 2018. Il en faudrait cinquante pour atteindre trois euros.

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La réponse que personne n'aime

Alors, que se passerait-il ?

Rien. C'est la réponse honnête, et je voudrais qu'on la regarde en face avant de la refuser.

Aucun gouvernement ne prendra la route fiscale. Non par sagesse : par réflexe. 2018 les a vaccinés, et la vaccination a été si profonde qu'aucun ministre depuis huit ans n'a osé toucher à l'accise autrement que pour la baisser temporairement. La route fiscale est morte, et elle est morte d'une peur, pas d'une conviction.

Reste le choc extérieur. Et là, nous savons précisément ce qui se produirait, parce que cela s'est déjà produit en 2022 : l'État emprunterait, et il paierait. Remise à la pompe, chèque ciblé, plafonnement négocié avec les distributeurs, indemnité conditionnée à un seuil de revenu et à un nombre de kilomètres — le catalogue est écrit, il est prêt, il a déjà coûté plus de huit milliards d'euros que nous n'avions pas. À trois euros le litre, il coûterait le double, et nous ne l'aurions pas davantage.

Ce qui se passerait, donc : une ligne de plus au déficit, un formulaire de plus à remplir, et un pays qui s'ajuste en silence.

Le vrai chiffre de cet article

Car il s'est déjà passé quelque chose, et nous n'y avons pas pris garde.

Entre octobre 2018 et septembre 2026, le prix du gazole a augmenté de cinquante-sept pour cent. Dans le même temps, la réaction a diminué. En 2018, une hausse annoncée de six centimes et demi a produit une insurrection. En 2026, une hausse réalisée de quatre-vingt-sept centimes produit une démarche en ligne sur impots.gouv.fr, à effectuer avant le 30 septembre sous peine de forclusion — et dont la date limite a déjà dû être repoussée deux fois, faute de demandeurs assez empressés.

Le prix a monté. Le seuil de tolérance a monté plus vite.

C'est cela, le fait de la décennie, et il ne concerne pas le pétrole.

L'objection, et elle est sérieuse

On me dira que je vais vite, et que l'appel du 17 octobre est précisément là pour me contredire. Une vidéo publiée le 7 septembre sur un réseau social, trois cent mille mentions d'approbation, des appels qui se multiplient, un gouvernement qui a tenu ce lundi deux réunions de crise à Matignon. La colère serait donc intacte, simplement plus lente à s'organiser.

L'objection est bonne et je ne vais pas la balayer d'un revers de main. Il est parfaitement possible que je me trompe, et je n'ai aucun moyen de le savoir avant la date.

Mais je note une chose. En 2018, le mouvement est né sur des ronds-points, c'est-à-dire dans un lieu. On s'y rendait, on y restait, on y rencontrait des gens qu'on ne connaissait pas et avec qui l'on découvrait avoir quelque chose en commun. Un rond-point produit une durée et une assemblée. Une vidéo produit une audience. Ce n'est pas la même chose, et ce n'est pas une nuance : c'est toute la différence entre un mouvement et un chiffre.

Où est passée la colère

Elle n'a pas disparu. Elle a changé de destination.

Devant une dépense qui devient insupportable, un homme dispose de deux ressources : la voix et la sortie. Il peut protester, s'organiser, exiger — ou bien partir, contourner, se retirer de l'échange. La France de 2018 a choisi la voix. La France de 2026 choisit massivement la sortie, et elle le fait sans le dire à personne.

Cela ne se voit pas, parce que la sortie est silencieuse par nature. On ne bloque pas un dépôt pétrolier : on refuse le poste à quarante kilomètres, on renonce au déplacement chez les parents, on regroupe les courses sur une seule sortie, on déménage plus près, on achète une occasion plus sobre, on passe indépendant pour facturer ses trajets. Chacun de ces arbitrages est rationnel. Aucun n'est collectif. Et un million d'arbitrages rationnels et solitaires ne font pas un rapport de force — ils font un pays qui se replie sans bruit et qu'aucun ministre n'entend, puisque personne ne crie.

Il y a là une liberté réelle, et je ne vais pas la mépriser : sortir vaut mieux que subir, et c'est même, à mes yeux, le commencement de tout. Mais il faut voir l'autre face. Un peuple qui n'use plus que de la sortie a désarmé la voix. Il ne négocie plus rien. Il s'adapte à tout. Et un pouvoir qui ne rencontre plus d'obstacle finit par confondre l'absence de résistance avec l'assentiment.

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Nous avons fait le calcul

Il serait commode de s'arrêter ici, le lecteur bien rangé du bon côté.

Mais nous l'avons fait, ce calcul. Moi compris. Nous avons regardé le prix affiché, nous avons soupiré, et nous avons modifié discrètement notre semaine. Nous n'avons écrit à personne. Nous n'avons signé aucune pétition, appelé aucun élu, rejoint aucune assemblée. Nous avons ajusté, et nous nous en sommes plutôt bien tirés — ce qui est exactement le problème : nous nous en tirons, individuellement, assez bien pour n'avoir jamais à nous en occuper ensemble.

Et pendant ce temps, quatre-vingt-sept centimes.

Le seuil que plus personne ne connaît

En 2018, le seuil était connu de tous, y compris du gouvernement qui l'a franchi par mégarde : six centimes et demi de trop.

Aujourd'hui, personne ne sait où il est. Ni Bercy, qui empile des dispositifs en espérant ne pas le trouver. Ni ceux qui appellent au 17 octobre, et qui le sauront le jour même. Ni nous, qui répondons chaque mois à la question par un ajustement privé, sans jamais nous demander à quel prix nous cesserions d'ajuster.

C'est peut-être trois euros. C'est peut-être quatre, et c'est peut-être qu'il n'y en a plus. Je ne le sais pas, et je me méfie beaucoup de ceux qui affirment le savoir.

Ce que je sais, c'est qu'un pouvoir qui ignore où se trouve le seuil continuera d'avancer vers lui.

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Quels sont les enjeux de l'AGONU qui se tient en ce moment ?

Par Thibault de Varenne

Emmanuel Macron parle demain à New York. Ce sera vraisemblablement sa dernière fois, et il est le seul chef d'État du Conseil de sécurité à faire encore le déplacement chaque année. On y verra de la constance. On pourrait aussi y voir le signe d'une puissance à qui il ne reste que la tribune.

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Emmanuel Macron est arrivé à New York hier. Il parlera mardi 22 septembre, dans la matinée, à la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies — l'AGONU, dans le jargon du Quai d'Orsay. Ce sera selon toute vraisemblance son dernier discours à cet endroit : son mandat s'achève au printemps prochain. Les commentaires porteront sur l'Ukraine, sur le Proche-Orient, sur l'énergie, peut-être sur l'intelligence artificielle. On mesurera les applaudissements. On comptera les sièges vides.

Pendant ce temps, à quelques étages de là, se joue autre chose.

Il faut commencer par dire ce qu'est cette institution, parce qu'on en parle beaucoup sans jamais préciser ce qu'elle peut.

Ce que l'Assemblée peut, et ce qu'elle ne peut pas

L'Organisation des Nations unies compte deux organes qui comptent, et ils ne se ressemblent pas.

L'Assemblée générale réunit les cent quatre-vingt-treize États membres. Chacun y dispose d'une voix, le Vanuatu comme les États-Unis. Elle vote le budget de la maison, élit les membres non permanents du Conseil de sécurité, et adopte des résolutions qui n'obligent personne : elles recommandent, elles constatent, elles déplorent. Sa session s'est ouverte le 8 septembre. Elle est présidée cette année par Khalilur Rahman, du Bangladesh — la présidence tourne par région et ne confère aucun pouvoir propre, sinon celui de fixer l'ordre du jour des grandes réunions.

Le Conseil de sécurité compte quinze membres. Cinq y siègent à demeure depuis 1945 — la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Russie — et disposent chacun d'un veto, c'est-à-dire du pouvoir de bloquer seul n'importe quelle décision. Dix autres y passent deux ans à tour de rôle ; pour 2026 et 2027, ce sont Bahreïn, la Colombie, la République démocratique du Congo, la Lettonie et le Liberia. Le Conseil, lui, prend des décisions qui obligent. Il est le seul à le faire.

Le débat général est la semaine de discours qui s'ouvre demain et court jusqu'au 26 septembre, avec une séance de rattrapage le 28. Les chefs d'État s'y succèdent à la tribune dans un ordre réglé par la coutume. C'est la partie visible, celle qu'on filme. Le reste de la semaine est occupé par des réunions de haut niveau — le climat et le droit au développement le 23, l'élévation du niveau des mers le 24, la préparation aux pandémies le 25.

Le thème retenu cette année est : « Restaurer la confiance, gérer la transformation : une Organisation des Nations unies au service de tous. » Une institution qui annonce vouloir restaurer la confiance a déjà répondu à la question de savoir si elle l'avait perdue. Passons.

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Premier enjeu : le nom qu'on ne prononcera pas à la tribune

António Guterres achève son second mandat le 31 décembre. Son successeur prendra ses fonctions le 1er janvier 2027. C'est le seul poste au monde dont le titulaire parle au nom de l'humanité entière sans avoir jamais été élu par personne — et la manière dont on le désigne mérite qu'on s'y arrête.

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Faut-il quitter le Livret A pour un fonds monétaire ?

Par Vincent Clairmont

L'écart de taux entre la dette française et la dette allemande à dix ans a franchi 105 points de base le vendredi 18 septembre, pour la première fois depuis 2012. L'OAT dix ans s'établit autour de 4,55 %, le Bund allemand autour de 3,50 %. Une lectrice m'écrit qu'elle en tire la conclusion suivante : elle ne veut plus laisser sa réserve de précaution sur des livrets qui financent la Caisse des dépôts, elle conserve deux mois de dépenses en liquide et bascule les six autres sur un compte-titres, en fonds monétaires. Elle observe, à raison, que ces fonds rapportent aujourd'hui autant qu'un Livret A.

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Ma réponse : non, et pas pour la raison que vous croyez.

Spread à 100 points de base, BCE à 2,50 % : la revue patrimoniale du dimanche
Spread OAT-Bund à 100 pb, BCE à 2,50 %, PLF 2027 à 54 milliards : la revue patrimoniale du dimanche, chiffres datés et allocation par poste.

L'arithmétique, faite jusqu'au bout

Le Livret A sert 1,70 % depuis le 1er août 2026. Ce chiffre est net — ni impôt sur le revenu, ni prélèvements sociaux. C'est tout son intérêt, et c'est ce qu'on oublie en le comparant à un rendement brut.

En face, un fonds monétaire suit l'€STR (le taux auquel les banques de la zone euro se prêtent au jour le jour, référence du marché monétaire), qui s'établissait autour de 2,19 % fin août et converge vers 2,40 % après le relèvement du taux de dépôt de la BCE de 2,25 à 2,50 %, décidé le 10 septembre et applicable le 16. Retranchez les frais de gestion du fonds, de 0,10 à 0,50 % : vous obtenez entre 1,90 et 2,30 % bruts.

Puis appliquez le PFU — le prélèvement forfaitaire unique de 30 %, qui additionne 12,8 % d'impôt et 17,2 % de prélèvements sociaux, et qui frappe tout gain logé sur un compte-titres ordinaire. Il vous reste entre 1,33 et 1,61 % nets.

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Où est le seuil de bascule

C'est le calcul utile, et il tient en une division. Pour égaler 1,70 % nets, un fonds imposé au PFU doit servir 1,70 divisé par 0,70, soit 2,43 % nets de frais. Cela

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Affaire Charles Sapin : Sibyle Veil, manageuse au courage d'énarque...

Par Eric V.

La reculade de la direction de Radio France dans l'affaire de Charles Sapin et de sa chronique illustre une nouvelle fois le mal de notre République : l'incapacité de l'élite publique (en l'espèce celle de Sibyle Veil, patronne de Radio France) à manager correctement ses équipes, malgré les leçons de "courage" et de "responsabilité" dont elle aime si souvent à se targuer.

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Par franchise, je commence cette chronique en signalant que je suis contributeur sporadique (et bénévole) à Valeurs Actuelles. Certains pourront penser que cette collaboration (bien légère au demeurant, et sur des bases saines, puisque je ne cache pas mon mépris pour la transformation progressive du journal, comme du JDD, en chronique des chiens écrasés par les Arabo-Musulmans qui prépareraient une imaginaire guerre civile contre les Français de souche) influence les lignes qui suivent. Libre à eux de le penser...

Mais ils se trompent.

Je vais épargner aux lecteurs la diversion que je vois partout (je pense au post d'Alexandre Devecchio sur Linkedin, qui en constitue une brillante illustration) où il est de bon ton d'accabler la gauche "sectaire" qui a mené la fronde, et de louer les intentions paraît-il louables de la pourtant défaillante Sibyle Veil, patronne de Radio France.

Pour ma part, comme je n'ai nul service à demander à Sibyle Veil, et nulle intention de bénéficier des ondes de Radio France, je me permets de traiter ce qui me semble le point essentiel : l'échec managérial majeur que représente le renoncement final à une chronique hebdomadaire de quelques minutes confié à un intervenant qu'une intersyndicale a décidé de se payer.

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Reprenons les faits en quelques mots...

Avant l'été, en bouclant sa grille de rentrée, Céline Pigalle, directrice de France Inter depuis mars, cherche un éditorialiste politique qui représente « les idées et les valeurs de la droite républicaine », en pendant de Camille Vigogne, du Nouvel Obs. Elle pense à Charles Sapin, alors au Point. Entre-temps, il rejoint Valeurs actuelles comme directeur adjoint de la rédaction. Elle l'appelle ; il lui dit qu'il y va pour en changer la ligne ; elle maintient.

Le recrutement est annoncé le 26 août, à Radio France et à France Télévisions. Première chronique le dimanche 30 août. Le 2 septembre, les salariés votent la grève. Le 3, Sibyle Veil refuse tout retrait dans Le Monde. Le 10, Céline Pigalle s'explique au micro de la médiatrice et pose elle-même la clause de sortie : « s'il se produisait quoi que ce soit d'équivalent à ce qui s'est produit dans le passé dans ce journal, il faudrait arrêter ». Grève les 13 et 14 septembre. Le 19, la direction propose de transformer l'édito en séquence de débat ; Sapin refuse et s'en va. Bilan : deux chroniques, aucun incident d'antenne, et une clause de sortie actionnée sans que sa condition ait été remplie.

Il y a bien là une reculade, très différente de l'attitude suivie lors de la grève historique de 63 jours, fin 2019 et début 2020, contre 299 suppressions de postes et 60 M€ d'économies imposées par le gouvernement, ou de l'attitude lors de l'affaire Meurice, licencié en juin 2024 pour « déloyauté répétée », après une mise en garde de l'Arcom et la réitération à l'antenne, le 28 avril, de sa blague sur Nétanyahou — alors même que la plainte pour provocation à la haine avait été classée sans suite au printemps. Radio France a sanctionné au-delà de ce que la loi exigeait.

Ceci pose la question des raisons expliquant la reculade dans l'affaire Sapin.

Celle-ci illustre bien le "courage" managérial à géométrie variable en vigueur dans certains milieux parisiens - instabilité managériale qui tétanise tant de cadres intermédiaires et nourrit la méfiance quotidienne de ceux-ci dans les fonctions qui leur sont confiées. Beaucoup le savent : avoir un patron énarque (mais polytechnicien, HEC ou Saint-Cyrien, ce n'est guère mieux), dans l'administration, suppose d'apprendre un langage codé. Officiellement, le patron est un héros de guerre, dans la pratique, il est absorbé par des calculs politiques où son déroulement de carrière indique plus ou moins secrètement le Nord de sa boussole décisionnelle.

L'affaire Sapin le confirme.

L'énarque Sibyle Veil à la manoeuvre

Dans le déroulement de cette crise, la directrice générale de Radio France, Sibyle Veil, n'a guère mouillé la chemise. Pourtant, elle est un poids lourd de la caste au pouvoir en France, et l'on peut penser que son rôle, vu la dimension politique de l'affaire, consistait à prendre position et à tenir la ligne de front.

Mais cette énarque illustre bien le pourrissement de la caste par l'intérieur. Par cette expression, je ne la vise pas personnellement, et je ne pense pas en l'espèce qu'elle soit pire que les autres. C'est tout notre sujet : le management par l'énarchie est devenu une question de système, de culture, de modèle transmis à l'école, où la personnalité de ceux qui sont aux responsabilités importe au fond assez peu. Le processus managérial à suivre laisse peu de place à l'innovation individuelle, il repose tout entier sur des "marqueurs" collectifs auxquels il vaut mieux ne pas déroger, même si l'on s'appelle Sibyle Veil, née Petitjean, et que l'on est camarade de promotion d'Emmanuel Macron.

Je soutiens en revanche que le système managérial des grands corps de l'État est vicié de l'intérieur. Il consiste à prendre le moins de risque possible pour ne pas nuire à sa réputation et à sa carrière, mais à faire grief aux subalternes des risques qu'ils n'ont pas pris pour servir la notoriété du chef. Je l'ai soutenu la semaine dernière, je le confirme par l'exemple aujourd'hui.

Pourquoi les polytechniciens et les énarques n’ont aucun courage managérial mais beaucoup de mépris social
On a supprimé les grands corps en 2021 ; six cents agents y demeurent. Pourquoi un système qui retire la chute ne peut produire aucun arbitrage difficile.
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Un cas d'école presque pur

Dans l'affaire Sapin, Sibyle Veil a parfaitement déroulé le manuel de management en vigueur à l'ENA.

D'abord, elle a laissé Céline Pigalle en première ligne. Certes, Sibyle Veil a donné le change dans une interview au Monde début septembre, mais là encore, le geste mérite d'être compris.

Affaire Charles Sapin : Sibyle Veil, manageuse au courage d'énarque...

Donner une interview au Monde, ça ne se refuse pas, surtout si cela donne l'occasion de jouer aux héros des temps modernes, imposant la "pluralisme" à une maison qui n'aime pas ça, ou qui limite sa compréhension du pluralisme à la gauche bobo des beaux quartiers. Cette interview était par ailleurs l'occasion de signaler aux "politiques" que la directrice générale avait bien entendu les messages passés (souvent maladroitement et de façon contre-productive, au demeurant) par la commission Alloncle.

Bref, Sibyle Veil a pris une part d'énarque dans le conflit : elle s'est montrée dans la presse, elle a fait de belles phrases, puis elle a rangé son carquois et elle a fait machine arrière pour retrouver la paix sociale.

Pourquoi avait-elle mieux tenu en 2020 ? Parce que le plan d'économies était une commande politique.

Ce n'est pas moi qui le dis, c'est elle, au JDD, le 14 décembre 2019, au vingtième jour de grève : « Au moment où le montant des économies était décidé par l'État en 2018, je me suis battue pour défendre tout ce que Radio France apporte à la société, mais aussi pour qu'on ne me dicte pas la façon de procéder. » Le pouvoir la soutenait et avait l'initiative ; il ne lui restait qu'à tenir. Et elle tenait, dans le même entretien, avec des mots qu'on relit aujourd'hui avec intérêt : « Non, ce serait irresponsable. […] L'immobilisme, lui, n'est pas à l'ordre du jour. Ce projet prépare l'avenir de Radio France, il n'y a pas d'alternative. »

Et ceci, qui vaut pour toute grève, y compris celle des 13 et 14 septembre : « Il ne doit pas y avoir de disproportion entre mobilisation réelle et mobilisation ressentie. » Elle chiffrait alors elle-même : 25 % de grévistes le premier jour, 2 à 3 % ensuite. Quel fut le taux des 13 et 14 septembre ? 12% sur le groupe, 38% sur France Inter. C'est l'ordre de grandeur de la première semaine de 2019, celle qu'elle avait traversée sans bouger avant d'en tenir soixante-deux autres.

Quand il s'agit d'obéir à un ordre, l'énarque est toujours plus courageux que quand il s'agit de réaliser ses propres initiatives.

Pourquoi avait-elle mieux tenu dans l'affaire Meurice ? Parce que l'Arcom faisait levier et menaçait.

Courageuse comme une énarque, donc

Revenons-en au fil : nous voyons ici se dessiner le courage managérial propre à l'énarchie.

Quand il s'agit d'appliquer des décisions prises par d'autres, l'énarque peut tenir sa ligne, avec plus ou moins d'adresse. Mais si l'affaire tourne mal, il peut rejeter la responsabilité du naufrage sur les donneurs d'ordre et dégager la sienne.

Quand il s'agit d'appliquer ses propres décisions, l'énarque se montre beaucoup plus prudent. Il aime bien se montrer dans les journaux pour faire des effets d'annonce. Mais si l'affaire tourne mal, son réflexe est de chercher des lampistes pour payer à sa place, c'est-à-dire pour endosser l'échec.

Tel est le courage managérial de ceux à qui le pouvoir administratif est confié. Une seule obsession : ne jamais se mettre en danger personnellement, se dérober toujours à la responsabilité ultime de ses propres actes.

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Le PEA est devenu le premier motif de litige financier en France : comment sécuriser le vôtre, étape par étape

Par Vincent Clairmont

La médiation de l'Autorité des marchés financiers a traité 462 dossiers relatifs au PEA en 2025, contre 185 en 2024 — une hausse de près de 150 % qui fait du plan d'épargne en actions le premier motif de saisine du médiateur, devant l'épargne salariale et les SCPI. Le mouvement ne ralentit pas : 1 865 dossiers tous produits confondus au premier semestre 2026, en progression de 31 % sur un an, le PEA conservant la tête. Près des trois quarts de ces dossiers portent sur un seul acte : le transfert d'un établissement à un autre. Et 92 % des propositions du médiateur ont été acceptées par les deux parties en 2025 — autrement dit, dans la quasi-totalité des dossiers instruits, le tort n'était pas du côté de l'épargnant.

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Ces chiffres ne décrivent pas un produit défaillant. Ils décrivent un produit dont l'avantage fiscal repose entièrement sur une variable administrative — la date d'ouverture du plan — que le titulaire ne détient pas lui-même. Ce que vous protégez dans un PEA n'est pas votre capital : c'est un compteur, tenu par un tiers, et que trois ou quatre gestes mal exécutés suffisent à remettre à zéro. Je reprends le cycle de vie du plan étape par étape, avec à chaque étape le geste défensif correspondant.

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1. À l'ouverture : démarrer le compteur avant d'avoir l'argent

Un contribuable ne peut détenir qu'un seul PEA. Le plafond de versements est de 150 000 euros, porté à 225 000 euros en cumulant avec un PEA-PME, et limité à 20 000 euros pour le PEA jeunes ouvert par un majeur de moins de 25 ans rattaché au foyer fiscal de ses parents. Un couple marié ou pacsé dispose donc de deux plans, soit 300 000 euros de versements.

Le point décisif est ailleurs : l'antériorité fiscale — les cinq années au terme desquelles les gains sortent exonérés d'impôt sur le revenu — court à compter de la date du premier versement, quel qu'en soit le montant. Un plan ouvert avec dix euros et laissé dormir cinq ans est fiscalement mûr ; un plan ouvert aujourd'hui avec 150 000 euros ne l'est pas.

Je préconise d'ouvrir un PEA dès aujourd'hui avec le versement minimal accepté par l'établissement — de 10 à 500 euros selon les enseignes — si vous n'en détenez pas encore, y compris si vous n'avez aucune intention d'investir en actions dans l'immédiat. Le coût est nul, le gain est de cinq ans d'antériorité. Et archivez immédiatement l'avis d'opération du premier versement en PDF, hors de l'espace client de la banque : c'est la seule preuve d'antériorité que vous détiendrez en propre, et vous en aurez besoin.

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2. Au fil des versements : le plafond n'est pas ce que vous croyez

Les 150 000 euros plafonnent le cumul des versements, pas la valeur du plan. Un PEA alimenté à hauteur de 150 000 euros et qui en vaut 400 000 après quinze ans

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Spread à 100 points de base, BCE à 2,50 % : la revue patrimoniale du dimanche

Par Vincent Clairmont

Chaque dimanche, je passe en revue ce que la semaine a changé pour votre épargne. Cette semaine : les taux français et la BCE, le calendrier fiscal d'octobre et de novembre, le PLF 2027, l'or et l'argent, le bitcoin, les livrets et l'euro, et l'avancement de la déclaration automatique des cryptoactifs.

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Vendredi 18 septembre, l'écart de rendement entre l'emprunt d'État français à dix ans et son équivalent allemand a franchi 100 points de base — un point de pourcentage — pour la première fois depuis 2012, l'OAT dix ans cotant 4,5502 %, un niveau inédit depuis 2008. Le 10 septembre, la BCE avait relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base, portant la facilité de dépôt à 2,50 %. L'inflation de la zone euro s'est établie à 3,2 % en août, après 2,9 % en juillet. L'once d'or s'échangeait à 4 371 dollars jeudi, le bitcoin à 81 354 dollars samedi. Je reprends ces dossiers un par un.

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Taux et dette française

Deux mouvements se superposent, et il faut les distinguer.

Le premier est monétaire : facilité de dépôt à 2,50 %, refinancement principal à 2,65 %, prêt marginal à 2,90 %, deuxième hausse de l'année, motivée par le choc énergétique (+16,7 % sur un an en France en août, après +12,6 % en juillet). Francfort projette une inflation moyenne de 3,0 % en 2026 et ne présente plus 2,50 % comme le terme du cycle : d'autres hausses sont possibles. Le second mouvement est souverain : le spread OAT-Bund, c'est-à-dire le supplément de rendement exigé pour prêter à la France plutôt qu'à l'Allemagne, ne dépend pas de la BCE mais de la trajectoire budgétaire française.

Un OAT à 4,55 % n'est pas une occasion d'achat. C'est le prix d'un risque qui se réévalue, sur un émetteur dont vous subissez déjà la fiscalité, la monnaie et la réglementation.

Je préconise 25 % du portefeuille en bons du Trésor américains à trois et six mois — les T-bills, dette d'État à très court terme, sans risque de taux si on les porte jusqu'à l'échéance — et 0 % en obligations souveraines de la zone euro.

Voici donc le récapitulatif de l'allocation Barbell que je préconise :

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Ukraine, Iran : quels sont les risques de dégradation et d'accélération des conflits ?

Par Thibault de Varenne

Le 13 septembre, un drone russe a frappé la locomotive d'un train ukrainien à cinq kilomètres de la frontière polonaise. Des responsables européens étaient à bord, dont un ancien premier ministre britannique, qui rentraient d'une conférence à Kiev. Le 16 au soir, un drone venu du Yémen a été abattu au sud de La Mecque, avant d'entrer dans l'espace aérien interdit qui entoure la ville sainte. Quatre mille kilomètres séparent ces deux engins. Ils posent la même question, et c'est celle du titre : ces deux guerres peuvent-elles s'aggraver, s'accélérer, se rejoindre — et jusqu'où ?

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Je vais essayer d'y répondre proprement, c'est-à-dire en distinguant, parce que le mot « escalade » recouvre trois choses qui ne se ressemblent pas. Mais il faut d'abord poser le terrain, pour le lecteur qui ne suit pas ces dossiers chaque matin.

Où en est-on, en Ukraine

La guerre entre dans son cinquième hiver, et la première chose à dire est que les deux camps décrivent deux fronts différents. Kiev affirme avoir repris cette année 745 kilomètres carrés dans la région de Dnipropetrovsk — vingt-six localités, a dit le président ukrainien le 12 août — puis, à la mi-septembre, 85 kilomètres carrés autour de Lyman, dans le Donbass, selon son 3e corps d'armée, dont le commandant parle d'une « pince nord » russe « défaite ». Moscou dit l'inverse. Le 28 juillet déjà, l'état-major d'un régiment de la 25e armée russe annonçait « nettoyer et consolider » Lyman même. Le 31 août, un analyste russe publié par RT tenait les 745 kilomètres carrés pour une opération de communication, la plupart des localités « libérées » montrant selon lui des images récentes de troupes d'assaut russes. Le 19 septembre, un expert militaire cité par TASS rapportait de « nouvelles lignes » prises à l'est et au sud-est de Droujkivka. Un lecteur honnête ne peut pas trancher entre ces deux cartes : chacune est dessinée par un belligérant, et le seul arbitre que la presse du Sud cite régulièrement est un institut de Washington, qui n'est pas plus neutre que les deux autres.

Ce que l'on peut dire tient en trois points que les deux camps admettent. D'abord, la « ceinture de forteresses » — Sloviansk, Kramatorsk, Droujkivka, les villes qui verrouillent le cinquième du Donetsk que l'Ukraine tient encore — n'est pas tombée : l'analyste de RT la décrit lui-même comme « le dernier bastion » que le nouveau commandant en chef ukrainien a ordre de tenir « à tout prix ». Ensuite, le rythme russe s'est effondré par rapport à l'an dernier. En décembre 2025, le chef d'état-major russe revendiquait 6 300 kilomètres carrés conquis dans l'année ; en 2026, les communiqués de Moscou annoncent des villages, des « lignes » et des « positions », et l'analyste de RT concède que l'offensive ukrainienne du printemps « a ralenti l'avance russe » et « retardé les événements décisifs » autour de Zaporijjia. Enfin, chacun affirme que l'offensive de l'autre a échoué, ce qui est la définition exacte d'un front qui ne bouge plus. Le président russe s'était fixé le 31 décembre pour prendre la ceinture ; c'est sa quinzième échéance depuis 2022. Et le Kremlin a démenti cette semaine préparer une mobilisation de 300 000 hommes d'ici la fin de l'année.

Là aussi, il faut relire ce que nous avons écrit, y compris ce qui a vieilli. Le 13 juin, je notais que les communiqués russes, à force de préciser qu'ils avançaient malgré l'adversaire, trahissaient une mécanique qui s'enraye. Le 18 juillet, je relayais — en les qualifiant de communiqués — les annonces d'une progression méthodique sur l'axe de Sloviansk et dans la région de Soumy, et je parlais d'un front qui glisse. Le 10 septembre, je concluais que la Russie n'avait pas gagné parce qu'elle n'avait pas pris ce qu'elle a inscrit dans sa Constitution, et qu'elle avançait — lentement, mais qu'elle avançait. Deux mois séparent le front qui glisse du front qui ne bouge plus, et c'est l'été qui les sépare : les annonces de juillet, à l'échelle où elles étaient faites, n'ont pas été confirmées par les cartes russes elles-mêmes. Je préfère le dire que le laisser deviner.

Ce qui change n'est pas la ligne de front, c'est ce qui vole au-dessus. Kiev affirme que la Russie a lancé environ 2 100 drones et 78 missiles en une seule semaine de septembre — chiffre ukrainien, donc à prendre comme tel. Une part croissante de ces drones sont à réaction, plus rapides que les engins à hélice ; l'Ukraine dit en intercepter neuf sur dix quand ils sont à hélice, six sur dix quand ils sont à réaction. Les Nations unies comptent 1 396 civils tués au premier semestre, en hausse de 37 % sur un an. Et l'on a enregistré ce mois-ci le premier cas documenté d'un drone d'attaque entièrement autonome, guidé par un calculateur embarqué qui choisit sa cible et frappe sans opérateur.

En sens inverse, l'Ukraine a frappé 26 raffineries russes depuis janvier, huit dans la seule semaine passée, en visant les unités de distillation qui demandent des mois de réparation. Diverses estimations évaluent à 30 % la capacité de raffinage russe mise hors service ; la gouverneure de la banque centrale russe a reconnu que l'inflation de l'été venait « d'abord de la situation sur le marché des carburants ». Le 1er septembre, le président ukrainien a déclaré que « les jours sûrs dans le ciel russe sont terminés », visant toute compagnie aérienne qui traverse l'espace russe. Le président russe a répondu que c'était « un pas vers le terrorisme d'État » et qu'il n'y aurait « pas de négociations avec des terroristes ».

Les négociations existent pourtant. L'envoyé américain a affirmé cette semaine qu'un accord entre Washington et Moscou était « largement préparé », et que l'obstacle était le refus de Kiev de céder le cinquième du Donetsk qu'elle tient encore. Moscou demande cette cession plus une zone démilitarisée au-delà. Jeudi, le Congrès américain a voté des sanctions dites secondaires — c'est-à-dire frappant non la Russie mais ceux qui lui achètent son pétrole et son gaz, Chine et Inde au premier rang.

Ukraine, Iran : quels sont les risques de dégradation et d'accélération des conflits ?
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Où en est-on, avec l'Iran

La guerre a commencé le 28 février par des frappes américaines et israéliennes sur Téhéran. Elle devait durer quelques jours ; elle en est à son septième mois. L'Iran a répondu en frappant des cibles américaines au Koweït, à Bahreïn, en Jordanie, à Oman, et en fermant de fait le détroit d'Ormuz — le goulet par où passait avant-guerre un cinquième du pétrole et du gaz liquéfié mondiaux.

En juin, un mémorandum d'entente négocié par le Pakistan et le Qatar a prolongé un cessez-le-feu : l'Iran déminait Ormuz et laissait passer les navires ; les États-Unis levaient leur blocus naval et leurs sanctions. Le texte a tenu moins de deux semaines, chacun accusant l'autre de l'avoir rompu, et il est venu à expiration en août. Le 31 août, les forces américaines ont attaqué l'île de Larak, dans le détroit ; l'Iran a riposté sur deux bases en Jordanie. Le lendemain, à Bichkek, le président iranien disait que Téhéran reviendrait au mémorandum si Washington y revenait. Le 17 septembre, le président américain affirmait avoir parlé « directement » à l'Iran et être « vers la fin de la guerre » ; le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien répondait qu'il n'y aurait pas de pourparlers tant que les conditions iraniennes ne seraient pas remplies. Ni guerre déclarée, ni paix : un cessez-le-feu qui ne cesse pas le feu.

Ce journal ne découvre pas cette durée. Le 8 juin, au lendemain de la reprise des frappes, j'écrivais qu'une trêve qui ne traite pas les causes ne suspend pas la guerre mais la met au repos. Le 17 juin, jour de la signature du mémorandum, que la trêve tiendrait probablement ses soixante jours et qu'elle ne deviendrait pas une paix ; le 20, que ces soixante jours ressemblaient moins à une convalescence qu'à un sursis. Le 23 juillet, qu'une guerre entre deux États était en train de devenir la guerre d'un État contre sa région, et que les guerres qui franchissent ce seuil ne reviennent pas d'elles-mêmes en deçà. Le 1er septembre, que l'Iran s'était organisé pour une guerre longue et fragmentée là où ses adversaires avaient bâti des appareils faits pour des guerres courtes. Je ne rappelle pas ces dates pour m'en prévaloir. Je les rappelle pour que le lecteur puisse vérifier, pièce par pièce, ce qui tenait — et ce qui ne tenait pas. Car une chose ne tenait pas. Le 3 juillet, le baril sous quatre-vingt-dix dollars, j'écrivais que le monde n'avait pas tremblé quand Ormuz s'était fermé, et qu'on ne fermait plus un marché. Le marché a tenu tant qu'il restait une seconde route. Depuis que la route de la mer Rouge a été frappée à son tour, il tremble. Je m'étais trompé sur la marge, non sur le mécanisme : ce n'est pas un détroit qui fait un choc, c'est le second.

Un rapport de l'inspection générale du Pentagone, publié cette semaine, chiffre les quatre premiers mois à 33 milliards de dollars, dont 22 milliards de munitions consommées, une trentaine au moins de drones Reaper — les grands appareils de surveillance et de frappe — perdus, et reconnaît des « goulets d'étranglement » dans le réapprovisionnement. C'est un document américain, pas une source du Sud, mais c'est une pièce comptable et non un communiqué.

Et puis il y a le troisième théâtre, celui que les deux autres ont fait naître. Entre le 10 et le 12 septembre, les Houthis — le mouvement issu du zaydisme, branche du chiisme propre au nord du Yémen, qui tient Sanaa depuis 2014 et qui est l'allié de Téhéran sans en être la marionnette — ont pris Moka, puis l'île de Mayoun, puis toute la côte yéménite de la mer Rouge. Ils tiennent donc physiquement Bab el-Mandeb, le détroit qui commande l'accès à Suez et la route par laquelle l'Arabie saoudite exportait son brut en contournant Ormuz. Depuis juillet, ils ont décrété un blocus de la navigation saoudienne, frappent les bases et les terminaux du royaume, et affirment avoir abattu un F-15 saoudien — revendication de belligérant. Téhéran a salué un « triomphe divin ». Le baril a repassé les cent dollars. Et Washington, sollicité deux fois par Riyad pour frapper le mouvement selon des informations reprises par Al Jazeera, a refusé, tout en recevant des émissaires houthis dans son ambassade à Mascate.

Voilà le terrain. Trois foyers, deux détroits fermés ou menacés, un garant qui compte ses munitions.

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Trois façons pour une guerre de grandir

Le 18 juillet, dans ces colonnes, j'avais distingué trois pentes possibles pour ces deux guerres — l'accord, la conflagration, le pourrissement — et tenu la troisième pour la plus probable, parce qu'elle ne demandait de décision à personne. Deux mois plus tard, c'est bien celle-là que nous descendons. Mais « pourrissement » est un mot de moraliste, non d'analyste, et il faut le décomposer. On confond, sous le mot d'escalade, trois mouvements distincts, et l'on ne peut évaluer un risque qu'après les avoir séparés.

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Faire contribuer les retraités est moral, à condition de savoir ce qu'on leur doit

Par Thibault de Varenne

À la question : est-il moral de faire contribuer les retraités, je réponds oui, et je refuse de le faire au nom de la solidarité, qui ne coûte rien à celui qui l'invoque. Je le fais au nom d'une distinction : on doit à un homme ce qu'il a gagné, on ne lui doit pas ce qu'on lui a donné. De là sortent mes deux réponses, et elles sont opposées — non au gel des pensions, oui à l'extinction de l'abattement.

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Le 18 octobre 1977, l'Assemblée nationale a voté à l'unanimité, après quelques heures de discussion, un abattement de 10 % accordé aux retraités sur les revenus qu'ils déclarent — une réduction forfaitaire de la somme sur laquelle l'impôt se calcule. 49 ans plus tard, l'avantage coûte 5,7 milliards d'euros par an et occupe le troisième rang des dépenses fiscales de l'État. Aucun gouvernement n'y avait touché.

Celui-ci s'y essaie, et propose deux instruments que l'on confond partout. Le gel, qui cesse de relever les pensions au rythme des prix : le chiffre inscrit sur le relevé ne bouge pas, ce qu'il permet d'acheter diminue. Et le remplacement de l'abattement par un forfait de 2 000 euros identique pour tous. On les défend d'un même mouvement, comme deux morceaux d'un même droit.

Ils ne le sont pas, et c'est tout mon propos.

Faire contribuer les retraités ? ou la répudiation qui n’ose pas son nom
En 2006, l’État a supprimé un abattement en rendant tout par le barème. En 2026, il retire sans rendre — et appelle contribution ce qui est une hausse d’impôt.
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Ce qu'on doit à un homme qui a travaillé 40 ans

On lui doit ce qu'il a gagné. On ne lui doit pas ce qu'on lui a donné.

Toute la question tient dans cet écart, et le débat de cette semaine consiste à ne pas le voir.

La pension est la contrepartie d'un travail. Elle a été acquise heure par heure, prélevée sur un salaire qu'on n'a pas touché, promise en échange. Y toucher, c'est reprendre à un homme ce qu'il a déjà payé.

L'abattement n'a pas été gagné. Il a été accordé, un soir d'octobre, par une assemblée à qui il ne coûtait rien ce soir-là. Aucun retraité n'a cotisé pour l'obtenir. Aucun n'a travaillé une heure de plus en sachant qu'il le recevrait.

Et il faut dire pourquoi il fut accordé, car trois raisons furent avancées ce soir-là, et pas une ne tient encore debout.

La première était le parallélisme. Les salariés déduisent 10 % de leur revenu au titre de leurs frais professionnels ; on offrit la même chose aux retraités. Mais cette déduction-là paie un costume, un trajet, un outil — des dépenses qu'on expose pour gagner sa vie. Un retraité n'en expose aucune, et le Conseil d'État l'avait jugé à plusieurs reprises entre 1965 et 1977 en refusant précisément cette extension. Le législateur est passé outre, copiant la forme sans reprendre le motif.

La deuxième était l'inégalité devant la fraude. Les pensions sont déclarées par les caisses ; le retraité ne peut pas minorer ce qu'il déclare, quand d'autres revenus se déclaraient eux-mêmes. L'argument était sérieux en 1977, du temps où l'administration recoupait à la main. Il a été traité depuis, et il l'a été deux fois dans la même année. En 2006, la déclaration préremplie est généralisée et referme l'écart. La même année, l'abattement de 20 % — celui qui était explicitement fondé sur cette inégalité, et qui couvrait les salaires, les pensions et les indépendants adhérant à un centre de gestion — est intégré au barème : tranches relevées de 25 %, taux abaissés de 20 %.

La compensation a donc été versée. Elle l'a été dans le barème de tout le monde, et les 10 % des retraités sont restés au-dessus.

La troisième raison était de circonstance. La généralisation des retraites complémentaires faisait entrer dans l'impôt des retraités qui n'y étaient pas ; on a compensé une hausse d'assiette par une déduction, au lieu d'ajuster le barème. C'était il y a 49 ans.

Trois justifications, aucune survivante. Ce qui reste n'est pas un droit mal fondé, c'est une habitude.

Et l'on ne s'indemnise pas deux fois du même préjudice.

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Deux réponses, un seul principe

Geler une pension, c'est reprendre un dû, et le reprendre sans le dire. Je réponds non. Le gel ne choisit personne : il prend à la petite pension comme à la grosse, et produit l'effet d'une baisse sans qu'aucune assemblée ait eu à délibérer d'une baisse. Ce n'est pas immoral parce que cela coûte. C'est immoral parce que cela ne choisit pas, et parce que cela n'assume pas.

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Faire contribuer les retraités ? ou la répudiation qui n'ose pas son nom

Par Eric V.

L'abattement des retraités n'est pas un droit : sur ce point, mon contradicteur a raison et je le lui accorde sans marchander. Mais une déduction n'est pas un don, et la supprimer n'est pas retirer une faveur — c'est augmenter un impôt. Un impôt se consent. Celui-là ne sera pas consenti, et c'est là que je réponds non.

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Thibault de Varenne a raison, et je le dis dès la première ligne pour qu'on ne me croie pas occupé à défendre l'indéfendable. L'abattement de dix pour cent des retraités n'est pas un droit. Aucun des trois motifs qui l'ont fait naître ne tient encore debout. Je n'ai rien à lui opposer là-dessus et je n'essaierai pas.

Seulement, il regarde un objet et j'en regarde un autre. Il demande si l'avantage était justifié. Je demande ce qu'on fait le jour où on le supprime. Ce sont deux questions distinctes, et la seconde est la seule des deux qui soit morale, parce qu'elle seule engage quelqu'un.

Pour y répondre, il faut trois dates. Personne ne les cache, elles dorment dans les archives de Bercy, et prises ensemble elles racontent une histoire que ni le gouvernement ni mon contradicteur ne racontent.

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1977

Un soir d'octobre, l'Assemblée vote à l'unanimité un abattement de dix pour cent sur les pensions. Les retraites complémentaires venaient de se généraliser ; des gens qui n'avaient jamais payé l'impôt sur le revenu allaient le payer.

Notons ce qu'on fait ce soir-là, car c'est le premier pli et tout le reste en découle. Le problème est un problème de barème : une assiette s'élargit, des ménages modestes y entrent. On ne touche pas au barème. On ajoute une déduction par-dessus.

C'est plus rapide, cela se vote en une séance, et cela ne se voit pas dans les taux. Les trois avantages du procédé sont les trois raisons pour lesquelles il ne fallait pas l'employer.

Quarante-neuf ans plus tard, l'avantage coûte cinq milliards sept cents millions d'euros par an et personne ne sait plus très bien pourquoi il existe. C'est le sort ordinaire des corrections qu'on loge à côté de la règle plutôt que dans la règle.

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2006

L'État avait alors un autre abattement sur les bras, celui de 20%, qui bénéficiait aux salaires, aux pensions et aux indépendants adhérant à un centre de gestion. Sa raison d'être était l'écart de contrôle entre les revenus qu'un tiers déclare et ceux qu'on déclare soi-même.

Il l'a supprimé. Et voici comment.

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À la place des Gilets jaunes de TikTok, que ferait Steve Bannon pour fomenter une insurrection ?

Par Renaud Jacobs

En 2014, 2 ans avant la campagne, une société de données testait déjà « drain the swamp » sur des électeurs américains. L'homme qui la dirigeait tenait la politique pour un produit de la culture. Appliquons sa méthode, poste par poste, à la France de septembre 2026.

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Commençons par une date, parce qu'elle est plus instructive que tous les commentaires.

En 2014, une société britannique d'analyse de données teste auprès d'électeurs américains une série de formules. Parmi elles, drain the swamp — assécher le marécage. Il n'y a pas encore de campagne, pas encore de candidat déclaré, pas encore de meeting. On est 2 ans avant. Ce qu'on teste, ce n'est pas un argument électoral : c'est une humeur, et la manière de la faire monter.

La société s'appelait Cambridge Analytica. Le vice-président de son conseil s'appelait Steve Bannon. Et devant le Sénat américain, le 16 mai 2018, un ancien employé nommé Christopher Wylie a expliqué ce que cherchait son patron : un arsenal d'armes informationnelles pour mener une guerre culturelle. Wylie en a tiré un livre, Mindf*ck, et une formule qu'il faut prendre au sérieux : il dit avoir contribué à fabriquer une insurrection.

La question que pose ce papier est donc simple : si l'on appliquait cette méthode-là, aujourd'hui, aux appels au 17 octobre qui circulent sur TikTok, qu'obtiendrait-on ?

Je préviens sur un point, et je n'y reviendrai pas : rien n'indique que Steve Bannon ait la moindre part à ce qui se passe en France en ce moment. Ce qui suit est un exercice de transposition, pas une accusation.

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Première observation — la machine, et elle est entièrement documentée

Il faut décrire le dispositif avant de le transposer, sinon on transpose une caricature. Et il est décrit dans une revue scientifique, ce qui règle la question des sources.

En 2013, 3 chercheurs de Cambridge — Michal Kosinski, David Stillwell et Thore Graepel — publient dans les PNAS une étude sur ce qu'on peut déduire des « j'aime » d'un utilisateur de Facebook. 58 466 volontaires américains, 170 « j'aime » en moyenne chacun, et un modèle statistique. Les résultats sont sans ambiguïté : l'affiliation politique se prédit à 85 %, la religion à 82 %, l'origine ethnique à 95 %. Sur les traits de personnalité, l'ouverture d'esprit se prédit avec une corrélation de 0,43 — soit à peu près ce qu'obtient le questionnaire psychométrique lui-même quand on le fait passer 2 fois à la même personne.

Le modèle mobilisé s'appelle OCEAN, du nom de ses 5 dimensions : ouverture, conscienciosité, extraversion, agréabilité, névrosisme. C'est un outil banal de psychologie différentielle, enseigné partout, et sans aucun mystère. Ce qui change en 2013, c'est qu'on peut le renseigner sans poser de questions, à partir de traces ordinaires.

Cambridge Analytica achète cette idée et l'industrialise. Elle déclarera détenir entre 2 000 et 5 000 informations sur chaque adulte américain. Et son directeur général énonçait publiquement le principe de l'appariement : les données permettent de savoir quel message persuasif il faut, sur quel enjeu, ajusté à quel type de personnalité — avant même d'écrire ce message.

Voilà le point que je ne veux pas laisser dans le flou, parce que c'est le cœur du sujet. Le ciblage ne consiste pas à trouver des arguments meilleurs. Il consiste à servir à chacun la version du monde à laquelle il est déjà disposé. À un profil très anxieux, on ne présente pas les mêmes faits sous le même angle qu'à un profil peu anxieux : on lui présente ce qui menace. À quelqu'un qui a peu de confiance dans les institutions, on ne démontre pas qu'elles trahissent — on lui montre une scène où elles trahissent, et on le laisse conclure. Wylie a été très clair devant le Sénat sur ce que cela cherchait à produire : déclencher de la paranoïa et activer des biais raciaux. Les profils qu'on repérait en priorité étaient ceux des personnes les plus disposées à croire qu'une explication cachée gouverne le monde — les mêmes, dit-il, que son métier précédent lui avait appris à repérer pour les détourner de la radicalisation, et qu'il s'est retrouvé à repérer pour les y conduire.

Sur la collecte elle-même, le Washington Post a établi que Bannon en avait supervisé le principe : on aspirait les données des gens qui avaient rempli le questionnaire, et celles de leurs contacts, qui n'avaient rien demandé.

Il n'y a aucune magie là-dedans, et c'est ce qui la rend inquiétante. C'est de la statistique appliquée et de la production publicitaire.

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Deuxième observation — pourquoi la méthode de 2014 est périmée, et pourquoi c'est pire

Venons-en à la France, et à ce qui a changé.

Pour faire ce qu'a fait Cambridge Analytica, il fallait 3 choses : une base de données comportementales, une équipe capable de la traiter, et de l'argent. C'est ce qui rendait l'opération rare et attribuable — il y avait un opérateur, un contrat, une facture, et c'est pour cela qu'on a fini par la découvrir.

Rien de tout cela n'est nécessaire aujourd'hui, et voici pourquoi.

Un moteur de recommandation fait le tri à votre place et gratuitement. Il ne sait rien de votre score de névrosisme et n'en a aucun besoin : il observe qui regarde une vidéo jusqu'au bout, qui la repartage, qui commente, et il en sert davantage aux mêmes. Autrement dit, il exécute exactement l'opération de segmentation que Cambridge Analytica devait acheter — trouver les gens réceptifs à un cadrage donné — sauf qu'il l'exécute en continu, pour tout le monde, sans opérateur et sans facture.

La conséquence est désagréable et il faut la dire franchement. Celui qui voudrait aujourd'hui faire ce que faisait Bannon en 2016 n'a pas besoin de profiler qui que ce soit. Il lui suffit de produire beaucoup de variantes d'un même message et de laisser la plateforme désigner celles qui prennent, et sur qui. Le ciblage psychographique est devenu une fonctionnalité de l'infrastructure.

C'est pourquoi je considère que le scandale de 2018 a été mal compris. On s'est indigné d'un vol de données. Le vol de données était le coût d'entrée d'une époque où la segmentation était chère. Elle ne l'est plus.

Et c'est dans ce contexte qu'il faut regarder notre relevé. 21 comptes TikTok se revendiquent des gilets jaunes ou du 17 octobre. Le plus suivi plafonne à 11 100 abonnés. Une vidéo du compte giletjauneofficiel atteint 652 600 vues alors que le compte n'en a que 4 034. Un autre affiche 11 100 abonnés pour une unique publication vue 506 fois.

Un mouvement sans tête, sans adhésion, sans liste — dont le symbole est un vêtement obligatoire dans chaque voiture, donc gratuit — n'a aucun moyen de distinguer un membre d'un inconnu. Ce n'est pas un défaut moral ni un soupçon : c'est une propriété de sa forme. Ajoutons une date publique, annoncée un mois à l'avance, affichée sur une carte de France avec 17 villes et leurs places de rendez-vous. En termes de dispositif, c'est un accès ouvert.

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Troisième observation — ce qu'il ferait, poste par poste

Répondons maintenant à la question du titre.

Il ne créerait pas de mouvement. Fabriquer une colère coûte cher et échoue souvent. Adopter une colère qui existe déjà ne coûte rien, et le hashtag est ouvert. La compétence ne consiste pas à allumer, elle consiste à arriver au bon moment près d'un feu allumé par d'autres.

Il ne parlerait pas de carburant. Le grief d'entrée n'est qu'une porte. La doctrine Breitbart dit cela exactement : travailler ce qui paraît évident, pas ce qui se revendique. On l'observe déjà sans qu'aucune main extérieure soit nécessaire — le rassemblement marseillais du 16 septembre, que France 3 a décrit comme un début de renaissance sans grande mobilisation, s'est tenu avec des commerçants sur le coût de la vie, et les anciens gilets jaunes qui y témoignent parlent du gasoil et des tomates, pas d'une taxe.

Il fabriquerait de la proximité. C'est le cœur du dispositif. On ne croit pas une organisation, on croit son voisin. Des comptes d'apparence locale, qui parlent la

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Gilets jaunes : en 2018 l'État pouvait payer, en 2026 il ne peut plus

Par Thibault de Varenne

En novembre 2018, le gazole était à 1,50 euro. Il est aujourd'hui à 2,312. Eric V. me demande s'il peut se passer quelque chose. La question est mal posée : ce n'est pas la colère qui a changé, c'est ce que l'État peut encore lui offrir. Controverse.

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Un litre de gazole coûte 2,312 euros, un litre de sans-plomb 95-E10, 2,133. À l'automne 2018, les seuils qui ont mis le pays sur les ronds-points étaient de 1,50 et 1,55. Nous sommes cinquante pour cent au-dessus, et l'on s'interroge encore sur l'éventualité d'un mouvement.

Des appels au samedi 17 octobre circulent depuis quinze jours. Le 11 septembre, un candidat à l'élection présidentielle a menacé d'appeler aux ronds-points si rien n'était fait ; la secrétaire générale de la CGT a parlé, le même jour, d'une « immense colère ». Les services de renseignement suivent. Rien de tout cela n'est un présage. La colère est une constante française ; elle ne prouve jamais rien par elle-même.

Ce qui a changé est ailleurs, et c'est une affaire de trésorerie.

Les Gilets jaunes reviendront-ils ? ou la sécession qui ne montera sur aucun rond-point
Appels au 17 octobre, gazole à 2,312 €. Il y aura du monde, il n’y aura pas de mouvement : la colère a quitté le rond-point pour la sortie individuelle.
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Ce que décembre 2018 a coûté, et pourquoi il ne peut pas se reproduire

En décembre 2018, le gouvernement a reculé. Il a suspendu la taxe, puis distribué. Il le pouvait : il empruntait à taux nul, et le prix du recul se payait en monnaie que personne ne comptait.

En 2022, la remise à la pompe et l'indemnité carburant ont coûté plus de huit milliards d'euros selon la Cour des comptes. C'était déjà cher. C'était encore possible.

Regardons maintenant l'état des lieux. La France emprunte à dix ans autour de 4,1 %, au taux le plus élevé depuis 2008. Huit milliards financés à ce prix représentent plus de trois cents millions d'euros d'intérêts par an, indéfiniment, pour un geste dont l'effet politique dure un trimestre. Le projet de loi de finances sera déposé le 30 septembre par un gouvernement sans majorité, auquel le Premier ministre a demandé le 14 septembre de maintenir les dépenses de l'État « strictement au même niveau » qu'en 2026, hors défense. On cherche déjà plusieurs milliards du côté des retraités.

Et le prix du carburant, lui, ne dépend plus de Paris. Le Brent a gagné vingt pour cent en un mois. L'Arabie saoudite a fermé le 11 septembre l'oléoduc par lequel elle contournait le détroit d'Ormuz, déjà bloqué depuis février. Le premier exportateur mondial n'a plus une route d'export à l'abri. Quand bien même un ministre voudrait geler les prix, il gèlerait une grandeur qui se forme à trois mille kilomètres de son bureau.

Voilà l'équation. Un pouvoir qui, en 2018, pouvait acheter la paix sociale, et qui ne le peut plus.

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L'objection, et elle est sérieuse

Eric V. soutient, dans ces mêmes colonnes et le même jour, qu'il n'y aura pas de nouveaux Gilets jaunes : la colère se serait déplacée de la place publique vers la sortie individuelle, un million cent soixante-cinq mille créations d'entreprises en 2025 valant mieux qu'un rond-point. L'argument est fort et je le prends comme tel. Il décrit quelque chose de vrai.

Il décrit surtout la sortie de ceux qui peuvent sortir.

La sécession suppose un métier transportable, un ordinateur, un carnet d'adresses,

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Les Gilets jaunes reviendront-ils ? ou la sécession qui ne montera sur aucun rond-point

Par Eric V.

Il y aura du monde le 17 octobre. Il n'y aura pas de Gilets jaunes. Et je voudrais expliquer pourquoi c'est la mauvaise nouvelle, pas la bonne. Cet article est en controverse avec celui de Thibault de Varenne sur le même sujet.

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Les appels circulent sur TikTok sous un hashtag qui dit assez l'ambition : gilets jaunes 2026. Le gazole est à 2,312 euros, le sans-plomb à 2,133. Un candidat à la présidentielle a promis le 11 septembre d'appeler aux ronds-points, une secrétaire générale de confédération a parlé d'« immense colère », et les services de renseignement, nous dit-on, suivent la chose avec attention.

L'excellent Thibault de Varenne en conclut, dans nos colonnes aujourd'hui même, que quelque chose vient. Je crois qu'il se trompe, et je vais dire sur quoi — après avoir dit sur quoi il a raison, ce qui est plus rare et plus utile.

De quelles armes Macron a-t-il doté la police pour mater une insurrection ?
VSA jusqu’en 2030, drones sans arrêté préalable, plaques conservées un an, caméras de garde à vue supprimées : l’arsenal policier assemblé en huit ans, pièce par pièce.
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Ce que réclamait un rond-point

Il faut se souvenir de ce qu'était, au fond, la colère de 2018. C'était une colère de demande.

On montait sur le rond-point pour obtenir. Une taxe retirée. Un chèque. Un référendum d'initiative citoyenne. On y montait avec des cahiers, ce détail qu'on a trop vite jugé pittoresque et qui disait tout : on écrivait au roi. Et l'on n'écrit qu'à celui dont on attend encore quelque chose.

C'est là que je place la rupture. Ce qui s'est défait entre 2018 et aujourd'hui, ce n'est pas la colère : c'est l'adresse. Les gens ne se sont pas calmés. Ils ont cessé de croire qu'il y avait quelqu'un au bout du rond-point.

Et quand la voix ne sert plus, il reste la sortie. 1.165.800 créations d'entreprises en 2025, dont 758.600 sous le régime du micro-entrepreneur. Ce n'est pas un chiffre de prospérité : c'est un chiffre de désaffiliation. Des gens qui préfèrent se débrouiller seuls, avec un statut fiscal bancal et aucune protection, plutôt que de continuer à demander.

Cela porte un nom. Albert Hirschman l'avait établi il y a plus d'un demi-siècle : dans toute organisation qui décline, on a le choix entre la voix et la sortie, et les deux s'excluent. Celui qui part cesse de protester. Il cesse aussi, et c'est le point que la caste n'a pas vu, d'être négociable.

Courage managérial ? ou l’art de déléguer le courage vers le bas
Le courage managérial est une injonction descendante : on demande aux cadres d’oser ce que les dirigeants évitent, puis on les note sur l’absence de vague.
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Où Thibault a raison, et il faut le concéder

Thibault m'oppose que la sécession est un privilège de cadre : un métier

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Affaire Lyhanna : assigner l'État pour faute lourde du service public de la justice

Par Eric V.

Le classement de la plainte contre le garde des Sceaux a fermé une porte qui n'avait jamais été la bonne. Il en reste une, ouverte, éprouvée, et qui a déjà fait condamner l'État : l'article L. 141-1 du code de l'organisation judiciaire. Reste à savoir qui a le droit de la pousser — et la réponse est proprement stupéfiante.

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Commençons par un document, parce qu'il vaut mieux que tous les commentaires.

En avril 2025, un parlementaire dépose la question écrite n° 5957. Elle alerte le ministre de la Justice sur la « situation alarmante » du service public de la justice dans le département du Gers, confronté à « une pénurie de magistrats et de greffiers ». C'est écrit, c'est daté, c'est enregistré à l'Assemblée nationale, et c'est public.

Quatre mois plus tard, le 22 août 2025, une mère dépose plainte dans ce département contre un homme qu'elle accuse d'avoir violé sa fille de dix ans une cinquantaine de fois. L'homme ne sera jamais entendu.

Le 29 mai 2026, à Fleurance, Lyhanna, onze ans, disparaît. On la retrouve morte le 4 juin. Le principal suspect, mis en cause et présumé innocent tant qu'il n'a pas été jugé, est le même homme.

Entre la question écrite et la disparition, treize mois. Voilà le dossier.

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Ce que le classement a décidé, et ce qu'il n'a pas décidé

Le 8 septembre 2026, la commission des requêtes de la Cour de justice de la République a classé la plainte visant Gérald Darmanin pour mise en danger de la vie d'autrui et non-assistance à personne en danger. Décision annoncée le 14 par le procureur général près la Cour de cassation. Aucun recours n'est possible.

Disons-le tout de suite, parce que la suite en dépend : sur le droit, cette décision est correcte. La mise en danger d'autrui suppose la violation d'une obligation particulière de prudence imposée par un texte, et il n'en existe pas qui vise le garde des Sceaux dans la conduite d'un dossier départemental. La non-assistance suppose la connaissance personnelle d'un péril imminent, et un ministre qui n'a jamais eu le dossier entre les mains ne l'a pas. Un procureur ordinaire aurait classé de même. Crier à l'étouffement serait à la fois faux et stupide : ça se démonte en une phrase, et ça décrédibilise tout ce qu'on dira ensuite.

Mais il faut voir ce que ce classement ne dit pas. Il ne dit pas que la justice a fonctionné. Il dit qu'un homme n'est pas pénalement responsable. Ce sont deux questions différentes, et la seconde a déjà reçu sa réponse : le rapport de l'Inspection générale de la justice relève « une perte de temps cumulative et une absence de suivi de procédure », imputables au parquet comme à la gendarmerie. Le Premier ministre a parlé d'« une succession d'erreurs, de négligences, d'inactions et de mauvaises décisions ». Le garde des Sceaux lui-même a présenté, le 5 juin, des excuses « au nom de la Justice ».

On s'excuse rarement de ce qu'on n'a pas fait. Reste à savoir si des excuses valent réparation.

La voie qui existe

Elle tient en une phrase du code. L'article L. 141-1 du code de l'organisation judiciaire dispose que « l'État est tenu de réparer le dommage causé par le fonctionnement défectueux du service public de la justice », cette responsabilité n'étant engagée que par une faute lourde ou un déni de justice.

La faute lourde a été définie par l'assemblée plénière de la Cour de cassation le 23 février 2001, dans l'affaire Consorts Bolle-Laroche — l'affaire Grégory, autrement dit. La formule est large et elle est restée : « toute déficience caractérisée par un fait ou une série de faits traduisant l'inaptitude du service public de la justice à remplir la mission dont il est investi ». Notons ce qu'elle n'exige pas. Ni intention, ni faute personnelle nommée, ni malveillance. Une série de faits suffit, et le mot inaptitude fait le travail.

Techniquement, l'action se mène devant le juge judiciaire, y compris pour les défaillances de la gendarmerie agissant en police judiciaire. On assigne l'Agent judiciaire de l'État devant le tribunal judiciaire de Paris. Le délai est de quatre ans à compter du premier jour de l'année suivant le fait générateur.

La faute lourde n'exige pas qu'on ait voulu le mal. Elle exige seulement qu'on ait été inapte au bien qu'on avait promis.

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Elle a déjà fonctionné

Ce n'est pas une construction d'école. Les décisions existent, elles sont récentes, et elles concernent des familles de victimes.

Le 3 septembre 2025, le tribunal judiciaire de Paris a condamné l'État pour les défaillances de l'enquête sur la disparition d'Estelle Mouzin, à la demande de son père. Le 4 juin 2025, le même tribunal a condamné l'État dans l'affaire Nathalie Debaillie, tuée par son ex-compagnon, en raison de l'absence de tout acte d'investigation malgré de multiples alertes. La famille de Chahinez Daoud, brûlée vive à Mérignac après trois plaintes restées sans effet, entend obtenir la même reconnaissance.

La voie n'est pas automatique pour autant : la cour d'appel de Cayenne a refusé de retenir la faute lourde le 17 février 2025. Mais sur un dossier où une inspection ministérielle a déjà écrit « absence de suivi de procédure », et où une plainte pour viol sur mineure de quinze ans n'a produit aucune audition en neuf mois, il est difficile d'imaginer quelle série de faits caractériserait l'inaptitude si celle-là n'y suffit pas.

L'obstacle, et il est proprement scandaleux

Voilà pour la théorie. Maintenant la mauvaise nouvelle, et elle est d'une brutalité particulière.

La Cour de cassation restreint le bénéfice de l'article L. 141-1 aux usagers du service public de la justice — c'est-à-dire aux parties à la procédure dont on critique le traitement. Qui n'était pas dans le dossier ne peut pas se plaindre de la façon dont le dossier a été tenu.

La jurisprudence est constante et elle est glaçante. En 2011, une femme violée et séquestrée par un homme remis en liberté à la suite d'une erreur d'un juge d'instruction a été jugée irrecevable : elle n'était pas partie à la procédure où l'erreur avait été commise. En 2020, les parents d'un enfant tué par une personne condamnée pour violence avec arme ont été jugés irrecevables, faute d'avoir été « impliqués dans la première instance qu'ils critiquaient ».

Appliquez la règle à notre affaire. La mère de la fillette dont la plainte d'août 2025 est restée sans suite est recevable : elle est l'usagère de la procédure défaillante. Elle a d'ailleurs annoncé son intention d'agir, et elle a raison.

Les parents de Lyhanna, eux, ne le sont pas. Leur fille n'était partie à aucune procédure. Elle n'a même pas eu le temps d'en être l'usagère. Sauf revirement, ils sont irrecevables à demander compte de défaillances dont leur enfant est morte.

Le droit français indemnise celui dont on a perdu le dossier. Pas celui qu'on a tué avec.

L'objection sérieuse

Il faut la prendre au meilleur, parce qu'elle n'est pas absurde. Si n'importe quel tiers pouvait attaquer l'État pour une défaillance survenue dans la procédure d'un autre, toute remise en liberté suivie d'une récidive ouvrirait un contentieux sans limite. Le service public de la justice passerait son temps à se défendre au lieu de juger, et la crainte du procès pousserait les magistrats à la détention préventive systématique. La restriction à l'usager n'est pas une méchanceté de prétoire : c'est une digue.

Elle a pourtant un défaut que ce dossier met à nu. La procureure de la République a annoncé le regroupement des plaintes visant le suspect. C'est l'aveu, par le parquet lui-même, que ces procédures formaient un seul ensemble. L'État reconnaît d'une main que les dossiers n'en faisaient qu'un, et oppose de l'autre à la famille de Lyhanna qu'elle n'était pas dans le bon. On ne peut pas soutenir les deux.

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Ce qui reste, et ce que ça vaut

Deux autres routes existent. La première : la responsabilité sans faute, sur le fondement de la rupture d'égalité devant les charges publiques, qui a déjà permis d'indemniser en 2011 la victime jugée irrecevable au titre de la faute lourde. Elle paie, mais elle n'impute rien — or ces familles ne demandent pas d'argent, elles demandent qu'on écrive que le service a failli.

La seconde : le recours structurel devant le juge administratif, dirigé non contre le traitement d'un dossier mais contre la carence de l'État à doter ses juridictions. C'est là que la question écrite d'avril 2025 reprendrait toute sa force. Mais le juge administratif répugne à s'immiscer dans la définition des politiques publiques — il l'a redit le 1er octobre 2025 à propos des déserts médicaux. On obtiendrait une déclaration, pas des greffiers.

Dernier mot

Alors oui, il faut assigner. La mère de la fillette de dix ans doit aller devant le tribunal judiciaire de Paris, assigner l'Agent judiciaire de l'État, et faire dire par un juge ce qu'une inspection a déjà écrit et qu'un Premier ministre a déjà concédé. Non pour l'argent, qui ne répare rien. Pour qu'il existe quelque part une décision revêtue de l'autorité de la chose jugée qui porte le mot inaptitude. Un rapport se range ; des excuses s'oublient ; un jugement reste, et il se cite dans le suivant.

Et il faudra bien qu'un jour un avocat aille demander à la Cour de cassation de revenir sur la règle de l'usager. Non pour ouvrir les vannes, mais pour admettre qu'une plainte classée sans suite et un meurtre commis ensuite par le même homme ne sont pas deux affaires. Le parquet l'a reconnu en regroupant les dossiers. Il serait cocasse que la seule institution à continuer de les séparer soit celle qui juge.

Reste une chose qu'aucun tribunal ne réglera, et c'est celle qui nous regarde. Le Gers manquait de magistrats et de greffiers ; on l'avait écrit noir sur blanc treize mois avant. Nous avons tous lu, cette semaine-là, autre chose. Nous réclamons un État qui protège et nous n'avons jamais fait descendre un gouvernement sur une pénurie de greffiers — ça n'intéresse personne, un greffier, tant que le dossier ne disparaît pas. Il faudra dix jours pour que cette affaire quitte les conversations, et elle les quittera. C'est à ce moment précis que le service public se remettra à fonctionner comme avant, et il aura raison : personne ne le regardera plus.

On a écrit au ministre en avril 2025. L'enfant est morte en mai 2026. Entre les deux, il ne s'est rien passé — et c'est très exactement ce qu'il faudra faire juger.

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Pour 71 % des Français, 2027 a une odeur de dégagisme

Par Eric V.

71 % des Français attendent de 2027 un vrai changement social et politique. 78 % estiment que les responsables politiques ont conduit le pays à la faillite. 48 % trouvent qu'il n'y a pas assez de radicalité dans ce pays. Ce n'est pas une humeur : c'est le reçu de trente ans de courte échelle.

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Les chiffres d'abord, puisqu'ils sont massifs et qu'ils ont été établis proprement. 13.060 inscrits sur les listes électorales, interrogés du 3 au 9 septembre par Ipsos bva-CESI pour le Cevipof, Le Monde, l'Institut Montaigne et la Fondation Jean-Jaurès, marge d'erreur inférieure au point. Ce n'est pas un sondage de trottoir, c'est un dispositif de suivi qui tourne depuis 2015.

Soixante et onze pour cent attendent de la présidentielle un véritable changement social et politique ; ils étaient cinquante et un en 2021. Quatre-vingts pour cent veulent que la société française soit transformée radicalement ou réformée en profondeur, contre cinquante-neuf il y a trois ans. Soixante-quatorze pour cent pensent que la situation du pays va se dégrader dans les mois qui viennent, et quatre pour cent qu'elle va s'améliorer.

Le jugement sur ceux qui ont tenu le volant est sans appel. Quatre-vingt-neuf pour cent trouvent que les responsables politiques parlent trop et n'agissent pas assez. Soixante-dix-sept, que le peuple n'est pas bien représenté à l'Assemblée. Soixante-dix-huit, qu'ils ont conduit le pays à la faillite.

Et puis le chiffre que personne ne citera, parce qu'il fait peur : quarante-huit pour cent des Français jugent qu'il n'y a pas assez d'idées et de comportements radicaux dans la société française. Onze points de plus qu'en avril. Chez les proches du Rassemblement national, soixante et onze pour cent. Le pays ne trouve pas qu'on va trop loin. Il trouve qu'on ne va nulle part.

Antoine Bristielle, qui a analysé la vague pour la Fondation, observe justement qu'aucun de ces indicateurs n'est neuf pris isolément, et que c'est leur accumulation qui fait le basculement. Il a raison. Reste à dire d'où vient l'accumulation, et c'est là que les commentateurs s'arrêtent.

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Trente ans de courte échelle

Ce pays est bloqué depuis une génération, et il l'est par un mécanisme qu'il faut nommer avec précision si l'on ne veut pas tomber dans le « tous pourris » qui ne mène nulle part.

Une caste n'est pas une classe sociale. C'est un ensemble sociologiquement hétéroclite dont les membres partagent un même habitus et se reproduisent par cooptation. On y trouve des fils de médecins et des fils d'instituteurs, des gens de droite et des gens de gauche, des hauts fonctionnaires, des dirigeants, des éditorialistes, des syndicalistes de sommet. Ce qui les rassemble n'est pas l'origine, c'est la manière — la même façon de poser un problème, les mêmes réflexes devant l'imprévu, le même vocabulaire pour dire qu'on va étudier la question.

La caste existe-t-elle ? ou la France mise sous séquestre
La caste n’est ni une classe ni un complot : un habitus et une fermeture. Épisode 1 de notre série — définition, généalogie, et la France mise sous séquestre.

Et c'est là que l'image de la courte échelle est exacte. Personne, dans cette affaire, ne complote. Chacun, sincèrement, tend la main à celui qui lui ressemble, parce qu'il le trouve sérieux, fiable, raisonnable — et il l'est. Le résultat n'a été voulu par personne : une élite formellement ouverte et réellement close, où les mêmes trajectoires se recyclent indéfiniment. L'échec n'y coûte rien ; il y est même une qualification, puisqu'on n'a pas d'autre vivier que les gens qui ont déjà occupé le poste. Il faut ajouter, pour être juste, que la haute fonction publique n'est pas le milieu le plus fermé du pays — les professions libérales le sont davantage. Mais aucune profession libérale ne décide du budget de la nation.

Pourquoi les polytechniciens et les énarques n’ont aucun courage managérial mais beaucoup de mépris social
On a supprimé les grands corps en 2021 ; six cents agents y demeurent. Pourquoi un système qui retire la chute ne peut produire aucun arbitrage difficile.

Une courte échelle, personne ne la décide. Chacun tend la main à celui qui lui ressemble, et au bout de trente ans l'escalier est fermé.

Cette clôture a besoin d'un entretien, et elle l'obtient à bon compte. Il n'est pas nécessaire d'interdire : il suffit que le coût d'entrée dans la conversation publique soit prohibitif pour qui ne parle pas la langue. Celui qui conteste vraiment n'est pas réfuté, il est reclassé — infréquentable, pas sérieux, dangereux. J'ai décrit ailleurs cette mécanique du bannissement français, qui ne juge pas ses cibles mais les présume. Je suppose que la plupart de ceux qui l'actionnent croient défendre la décence commune. C'est bien ce qui la rend imparable : une excommunication administrée par des gens de bonne foi ne rencontre jamais de contradicteur.

Ce que le blocage a coûté

Reste à savoir ce que trente ans de ce régime produisent, et ici il faut être précis, parce que la formule facile — la France s'appauvrit — se démonte en deux tweets. Le revenu réel des Français n'a pas baissé depuis 1995. Ce qui s'est passé est plus grave.

La France a cessé de s'enrichir, et elle a doublé sa dette pour ne pas s'en apercevoir.

Les chiffres. La dette publique s'établissait à 55,8 % du produit intérieur brut fin 1995 ; elle atteint 117,5 % à la fin du premier trimestre 2026, soit 3 536 milliards d'euros. En trente ans, le ratio a plus que doublé. L'industrie manufacturière, elle, pesait 17,5 % du PIB en 1995 et n'en pesait plus qu'environ 11 % à la fin des années 2010. Quant au niveau de vie, la France se situe aujourd'hui environ 2 % sous la moyenne de l'Union européenne à vingt-sept en produit intérieur brut par habitant, quand l'Allemagne la dépasse d'à peu près vingt pour cent — et le PIB par habitant français stagne, pour l'essentiel, depuis 2008.

Traduisons. Un pays qui double son ratio d'endettement sans accroître sa richesse par tête n'a pas investi : il a consommé son avenir pour financer son présent. Il a acheté trente ans de paix sociale avec l'argent de gens qui n'étaient pas nés. Ce n'est pas un appauvrissement, c'est un transfert — et il se trouve que les bénéficiaires votent aujourd'hui, tandis que les payeurs commencent tout juste à comprendre la facture.

Et les portes qu'on a fermées

Un pays bloqué économiquement pourrait encore se déprendre politiquement. Encore faudrait-il qu'il dispose d'une prise. Or on les a fermées, une à une, et toutes sont datées.

Le dernier référendum national remonte au 29 mai 2005. Vingt et un ans. Un électeur qui avait dix-huit ans ce jour-là en a trente-neuf et n'a plus jamais été consulté sur autre chose que sur des noms ; ceux qui ont eu dix-huit ans depuis ne l'ont jamais été du tout. On notera que le résultat de ce référendum-là fut contourné par voie parlementaire trois ans plus tard, ce qui explique peut-être qu'on n'en ait plus organisé.

Le référendum d'initiative partagée, créé en 2008 et présenté alors comme l'ouverture démocratique du quinquennat, n'a jamais abouti une seule fois en dix-huit ans. Seuil : un dixième du corps électoral, environ 4,8 millions de signatures en neuf mois. Meilleure tentative, sur les aéroports de Paris : 1 093 000. Un dispositif qui échoue systématiquement pendant dix-huit ans n'est pas exigeant. C'est une porte peinte sur un mur.

L'Assemblée a été dissoute en juin 2024 sans que le scrutin suivant produise de majorité. Et le 2 février 2026, le budget de la France est devenu loi sans qu'un seul vote ait porté sur son contenu : Sébastien Lecornu, qui s'était engagé à ne pas y recourir, a déclenché l'article 49.3 trois fois — le 20 janvier sur les recettes, le 23 sur les dépenses, le 30 après lecture au Sénat. Les deux dernières motions de censure ont été rejetées le 2 février, 260 voix sur les 289 nécessaires pour l'une, 135 pour l'autre. Les députés ont voté trois fois sur la survie du gouvernement et zéro fois sur le budget de la nation.

Rien de tout cela n'est illégal. C'est la Constitution qui fonctionne exactement comme elle a été écrite. Le problème n'est pas qu'on triche ; le problème est qu'on n'a même pas besoin de tricher.

Le dégagisme n'est pas une humeur. C'est ce qui reste quand on a fermé les autres portes.

Pour 71 % des Français, 2027 a une odeur de dégagisme
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Le mandat impossible

Voilà pour la généalogie de l'odeur. Elle serait trop confortable si l'on s'arrêtait là, car l'enquête contient aussi ce qui nous concerne.

84% des Français veulent une diminution de la dette publique, 80% une réduction du déficit, 79% une baisse des dépenses de l'État. Puis on descend vers les moyens. 25% acceptent un report de l'âge de départ à la retraite, 21% un allongement de la durée de cotisation, 59% souhaitent que les pensions augmentent. Côté recettes, aucun prélèvement testé ne réunit de majorité : l'impôt sur les bénéfices plafonne à quarante-six pour cent, la TVA recueille neuf pour cent d'adhésion, les carburants sept.

D'où trois chiffres qu'on ne lira jamais ensemble. 65% des Français jugent qu'il vaudrait mieux confier les décisions à des experts qu'à un gouvernement — dix-huit points de plus qu'en 2021. Soixante-cinq pour cent, le même chiffre, jugent que les décisions les plus importantes devraient être prises directement par le peuple — dix-neuf points de plus. Trente-neuf pour cent estiment qu'un homme fort affranchi du Parlement et des élections serait une bonne manière de gouverner.

Techniquement ces réponses s'excluent : le technocrate, le peuple souverain et l'homme fort ne gouvernent pas du tout de la même façon. Mais ce n'est pas la destination qui est choisie, c'est le départ. Dans les trois cas la décision quitte le représentant élu, et surtout celui qui répond au questionnaire.

Une seule des trois rapatrie la charge au lieu de l'alléger. C'est aussi la seule dont aucune campagne ne fera rien, parce qu'elle ne se transforme pas en bulletin : on peut se porter candidat à l'homme fort, on ne peut pas se porter candidat à la démocratie liquide, puisqu'elle consiste à ne plus avoir besoin de candidat. Aucune conspiration là-dedans, un conflit d'intérêts ordinaire — et il suffit.

Il existe une objection sérieuse à ce que je viens d'écrire, et Bristielle la formule lui-même : ce que les Français expriment n'est peut-être pas de l'incohérence mais une exigence d'efficacité — faites mieux avec ce que vous avez avant de me demander un effort. Vu ce que la Cour des comptes documente chaque année sans conséquence, elle est forte, et je la crois largement fondée. Elle couvre parfaitement les 79% qui veulent moins de dépense. Elle ne couvre pas les cinquante-neuf pour cent qui veulent des pensions plus élevées. On ne réclame pas moins de dépense publique et davantage du premier poste de dépense publique au nom de la bonne gestion.

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Dernier mot

Trente ans de courte échelle, une dette qui double sans que la richesse par tête bouge, toutes les prises arrachées du mur, et une élite qui se renouvelle entre elle en toute bonne conscience : le dégagisme n'est pas une pathologie de l'électeur, c'est une réponse proportionnée. Ceux qui s'en effraient dans les colloques feraient bien de relire la liste des dates ci-dessus avant de diagnostiquer une crise de nerfs chez les autres.

Il faut pourtant dire la suite, et elle est désagréable. Dégager, c'est encore demander à quelqu'un de le faire. C'est le même geste que la procuration, en plus énervé. On chasse les uns pour appeler l'autre, et l'on croit reprendre la main alors qu'on change de mandataire — le pays a déjà fait ça en brumaire, en décembre 1851, en mai 1958, et chaque fois avec le sentiment très sincère de se ressaisir de son destin au moment précis où il le remettait.

Il y a d'ailleurs une raison de fond à cela, et elle nous ramène à nous. La caste n'est pas la cause de notre situation : elle en est le produit. Elle est ce qui a poussé dans l'espace que nous avons déserté, délégation après délégation, parce qu'il est reposant que quelqu'un d'autre s'occupe des choses sérieuses. On ne décapite pas un habitus. On peut renouveler le personnel de la capture autant qu'on veut : tant que la demande de mandataire demeure, l'offre se reconstituera dans les six mois, et les nouveaux venus apprendront la langue plus vite qu'on ne l'imagine.

Soixante et onze pour cent veulent un vrai changement. Personne, dans cette enquête, n'a été interrogé sur ce qu'il était prêt à y mettre de sa personne — reprendre une délégation, une seule, et la garder. Aucun institut ne posera jamais cette question, parce qu'elle ne se sonde pas. Elle se décide.

Nous ne voulons pas que la France change. Nous voulons qu'on nous la rende changée.

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Coma diabétique : combien ça coûte sans la sécu et sans mutuelle ?

Par Élise Rochefort

Un séjour hospitalier pour coma diabétique met en jeu trois régimes de facturation distincts, selon que le patient dispose ou non de droits ouverts à l'assurance maladie et d'une complémentaire santé. L'écart entre les trois situations va de 193 euros à plus de 18 000 euros. Les tarifs sont publics et affichés.

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La question du coût d'une hospitalisation pour coma diabétique n'appelle pas une réponse mais trois, correspondant à trois situations administratives distinctes. Les montants ci-dessous reposent (par commodité) sur les tarifs des Hospices civils de Lyon applicables au 1er avril 2026, sur l'arrêté du 27 février 2026 fixant le forfait journalier hospitalier, et sur la réglementation en vigueur au 15 septembre 2026.

L'hypothèse de séjour retenue est celle d'une acidocétose diabétique ayant nécessité trois jours de réanimation puis quatre jours d'hospitalisation en médecine, soit sept jours.

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Les tarifs de référence

Les tarifs journaliers de prestations sont fixés établissement par établissement, par arrêté de l'agence régionale de santé, et font l'objet d'un affichage obligatoire dans les chambres. Ceux des Hospices civils de Lyon, au 1er avril 2026, sont les suivants.

CatégorieTicket modérateur par jourTarif plein journalier
Médecine, autres spécialités340,61 €1 703,03 €
Médecine, gériatrie, addictologie, douleurs chroniques323,93 €1 619,63 €
Chirurgie412,31 €2 061,57 €
Spécialités coûteuses572,15 €2 860,77 €
Spécialités très coûteuses, réanimation741,19 €3 705,97 €
Obstétrique338,48 €1 692,41 €
Nouveau-nés230,39 €1 151,97 €

À ces montants s'ajoute le forfait journalier hospitalier, porté à 23 euros par jour au 1er mars 2026 contre 20 euros auparavant, et 17 euros en psychiatrie. La chambre particulière est facturée 76 euros par jour dans cet établissement, tarif inchangé depuis le 1er février 2023.

Ces tarifs sont propres aux Hospices civils de Lyon. Ils varient d'un établissement à l'autre, sans qu'une comparaison nationale homogène soit publiquement disponible.

Première situation : droits ouverts, pas de complémentaire

C'est la situation la plus fréquente parmi celles que recouvre la question.

Un séjour en réanimation comporte nécessairement un acte thérapeutique ou diagnostique dont le tarif dépasse 120 euros — pose de cathéter veineux central, intubation, ventilation mécanique. Or la réglementation prévoit que dès qu'un tel acte figure au séjour, le ticket modérateur de 20 % est remplacé par une participation forfaitaire, portée de 24 à 32 euros au 1er avril 2026. Cette participation s'applique une seule fois par séjour, pour l'ensemble des frais d'hospitalisation, et l'établissement perçoit alors 100 % du tarif de la part de l'assurance maladie.

Le reste à charge se limite donc à deux lignes :

  • forfait journalier : 7 × 23 = 161 euros ;
  • participation forfaitaire : 32 euros.

Total : 193 euros.

Si le patient est déjà pris en charge au titre de l'affection de longue durée numéro 8, qui couvre le diabète de type 1 comme de type 2, il est exonéré de la participation forfaitaire pour les soins en rapport avec l'affection et mentionnés au protocole. Le total est alors de 161 euros. L'absence d'affection de longue durée coûte donc 32 euros sur cet épisode. Elle n'a aucun autre effet sur le montant.

Le forfait journalier, lui, n'est jamais pris en charge par l'assurance maladie, quelles que soient la situation du patient et la gravité du séjour.

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Deuxième situation : pas de droits ouverts

L'affiche tarifaire des Hospices civils de Lyon comporte la mention suivante : « Vous devrez régler la totalité des frais d'hospitalisation si vous ne bénéficiez pas d'un régime d'assurance en France. » Le CHU de Nantes formule la même règle.

Appliquée à l'hypothèse retenue, elle donne :

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