Le 9 octobre au matin, le comité Nobel a donné le prix de la paix à Navi Pillay, ancienne juge de la Cour pénale internationale. L'après-midi, Marco Rubio a inscrit la Cour elle-même sur la liste des entités sanctionnées par le Trésor américain. Un juge français y siège. Depuis le 20 août 2025, il n'a plus de carte Visa, plus de compte PayPal, plus de compte Amazon. Paris a « condamné ». C'est tout.
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Le 9 octobre, à Oslo, vers onze heures, le comité Nobel a nommé Navi Pillay, juge sud-africaine qui siégea à la Cour pénale internationale de 2003 à 2008. Le même jour, à Washington, en fin d'après-midi, le secrétaire d'État a désigné la Cour comme entité sanctionnée. Les deux nouvelles ne se répondaient pas officiellement. Elles tiennent dans la même journée.
Marco Rubio a dit la phrase qui compte : « Ou bien la Cour cesse ses menaces, ou bien nous mettrons fin à la Cour. » Il a ajouté « tribunal voyou », et « brique par brique » s'il le faut.
Les États-Unis n'ont jamais adhéré à cette Cour. Ils entendent pourtant décider de sa fin.
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La Cour pénale internationale siège à La Haye. Elle est née d'un traité signé à Rome le 17 juillet 1998, par cent vingt États contre sept ; parmi les sept, les États-Unis, la Chine et Israël. La France l'a ratifié en juin 2000. Cent vingt-cinq États en sont aujourd'hui parties. Ni Washington ni Jérusalem.
Tout le différend tient dans une clause. La Cour se dit compétente pour les crimes commis sur le territoire d'un État partie, quelle que soit la nationalité de l'accusé. C'est ainsi qu'elle a pu enquêter sur des soldats américains en Afghanistan, et délivrer en novembre 2024 des mandats d'arrêt contre Benjamin Netanyahou et Yoav Gallant pour des faits commis à Gaza. Washington répond qu'un traité n'engage pas ceux qui ne l'ont pas signé. Les deux positions se défendent en droit. Elles ne se départagent pas en droit.
Elles se départagent par le dollar. Le 6 février 2025, Donald Trump a signé le décret 14203, fondé sur une loi d'urgence nationale conçue pour l'Iran, la Corée du Nord et Al-Qaïda. Un nom inscrit sur la liste voit ses avoirs gelés aux États-Unis ; toute personne ou entreprise américaine qui traite avec lui commet un délit ; tout étranger qui lui apporte un « soutien matériel » peut être inscrit à son tour. Dix-sept juges et procureurs y figuraient déjà. Depuis vendredi, la Cour entière. Le Trésor a accordé des licences de cent quatre-vingts jours pour que l'institution continue de fonctionner, « afin de laisser aux États parties le temps de présenter une solution ». La loi de 2002 qui autorise le président à employer « tous les moyens nécessaires » pour libérer un Américain détenu à La Haye s'appelle, au Congrès même, le Hague Invasion Act.
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Nicolas Guillou est né à Vannes en 1975. Magistrat de l'ordre judiciaire, il a été élu juge à la Cour en 2023 sur présentation de la France. Il a siégé dans la chambre qui a délivré les mandats contre Benjamin Netanyahou. Le 20 août 2025, Marco Rubio l'a inscrit sur la liste, avec une Canadienne, une Fidjienne et un Sénégalais.
126 632 candidats sans aucune proposition le 11 juillet. Le même jour, 83 000 places vides dans 6 000 formations. Le ministre appelle « immense démagogie » l’idée d’en finir.
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Depuis près de deux semaines, les lycées sont bloqués : plus de 500 établissements perturbés le 2 octobre, 735 selon le ministre lui-même. Les lycéens réclament des professeurs, des murs qui tiennent et, pour certains, la suppression de la plateforme Parcoursup. Mercredi, sur BFM, le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, leur a répondu avec une confondante clairvoyance : une « immense démagogie », et ceux qui la proposent « prennent vraiment les lycéens pour des truffes ». Son collègue de l’Éducation nationale avait, lui, ouvert une plateforme de concertation. Pour trois semaines.
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Pour fixer le bon nombre de places dans une seule licence, il faudrait savoir à l’avance cinq choses. Combien de bacheliers la demanderont. Avec quel niveau. Ce que chacun aurait fait d’autre. Combien d’enseignants seront là en septembre. Et ce que le marché du travail absorbera dans trois ans. Aucun rectorat ne détient cela. Ce n’est pas affaire de compétence ni de moyens : l’information n’existe nulle part en un seul endroit. Elle est éparpillée entre les candidats, les familles, les professeurs, les employeurs — et elle n’apparaît que lorsqu’ils agissent.
Hayek a donné un nom à l’erreur qui consiste à l’oublier : la présomption fatale. La présomption, c’est de croire qu’on peut organiser depuis un bureau ce que personne, depuis ce bureau, n’est en mesure de savoir. Elle est fatale parce qu’elle ne se corrige pas : le bureau qui se trompe ne reçoit aucun signal lui disant de combien.
D’où les deux chiffres du 11 juillet. Un guichet central ne se trompe pas dans un sens ou dans l’autre. Il se trompe dans les deux à la fois, le même jour : 126 632 candidats sans proposition, 83 000 places vides.
Le ministre a un argument, et il est sérieux. Avant Parcoursup, il y avait APB et sa loterie : 189 mentions de licence départagées par tirage au sort en 2015, 78 en 2016. Avant APB, la queue à l’aube devant les secrétariats. Et un lycéen d’Aurillac voit aujourd’hui, depuis sa chambre, les mêmes formations qu’un lycéen du Quartier latin. Tout cela est vrai. Le catalogue est un progrès ; qu’on le garde.
Seulement, la loterie, la file et l’algorithme sont trois manières de distribuer une pénurie qu’aucun des trois n’a créée. Elle est écrite ailleurs : à l’article L. 612-3 du code de l’éducation, qui fait arrêter chaque année les capacités d’accueil par « l’autorité académique ». Le nombre de places d’une licence n’est fixé ni par l’université seule, ni par ceux qui veulent y entrer. Il l’est par un rectorat. L’algorithme arrive après, et on lui en veut de faire ce pour quoi on l’a construit.
Voilà pourquoi la suppression que l’on réclame à gauche ne supprime rien. La proposition de loi des Insoumis rend au bachelier le droit de s’inscrire où il veut, puis confie au recteur le soin de trancher quand il y a trop de monde, selon le domicile et la situation de famille. On demande donc au recteur de décider ce que l’algorithme décidait, avec l’information dont il disposait : aucune. Les syndicats étudiants y ajoutent 250 000 places et dix milliards que le budget n’a pas. Le guichet change de bureau.
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Obtenir la fin de Parcoursup, c’est obtenir trois choses, et aucune ne coûte dix milliards.
Que chaque établissement fixe lui-même combien d’étudiants il accueille, et en réponde : il est le seul à savoir de combien de salles, de professeurs et d’encadrement il dispose. Que chaque candidat postule directement, à qui il veut, autant de fois qu’il veut. Que chaque refus porte un motif et un nom, celui d’une personne qu’on peut appeler, et non celui d’une « commission d’examen des vœux ». L’État garde le catalogue et publie, formation par formation, ce que deviennent ceux qui y entrent.
Cela s’appelle une sélection, et le mot fâche. Mais elle existe déjà : elle est seulement anonyme, tardive et sans appel utile. Une sélection qu’on n’ose pas signer, on la confie à une machine.
C’est ici que nous entrons dans la pièce, nous autres parents. Ce guichet, nous l’avons voulu. Il nous épargne le refus prononcé par quelqu’un, il passe tous les enfants dans la même machine, et nous appelons cela l’égalité. Puis nous payons un coach en février et une école privée en juillet.
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Je ne sais pas si les blocus tiendront jusqu’à la Toussaint. Je sais ce qu’il faut demander à ceux qui veulent l’Élysée en avril : non pas s’ils gardent la plateforme, mais qui, sous leur mandat, décidera du nombre de places et signera les refus.
Le ministre a raison sur un point. On prend les lycéens pour des truffes. Depuis 2018.
Très important !
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Un milliard d'euros annoncés, cent millions votés, pas un euro encaissé : voilà ce qu'est devenue la taxe sur les holdings familiales pendant la discussion du budget 2026. Jeudi soir, la commission des finances a voté 2 % par an sur la même cible.
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Un amendement de Charles de Courson, du groupe Liot, crée une taxe annuelle de 2 % sur une partie des placements financiers détenus par les holdings familiales. Une holding familiale, c'est la société par laquelle une famille détient son patrimoine. Un amendement d'Éric Coquerel, président de la commission, abaisse de 750 à 100 millions d'euros le chiffre d'affaires à partir duquel une entreprise paie la taxe sur les rachats d'actions. Cette taxe frappe une société quand elle rachète ses propres actions pour les annuler. Un amendement socialiste allège l'impôt des PME sur une part un peu plus large de leurs bénéfices. Un autre réforme le crédit d'impôt recherche, par lequel l'État rembourse aux entreprises une partie de ce qu'elles dépensent en recherche. Il le réserve davantage aux petites et moyennes entreprises. Et il le conditionne au maintien en France des activités financées pendant dix ans, avec remboursement en cas de délocalisation ou de nouvelle baisse d'effectifs.
Ces votes sont provisoires : la séance publique du 13 octobre repartira du texte du gouvernement, et j'ai traité cette mécanique ici le 8 octobre. Ce n'est pas mon sujet aujourd'hui.
Ma thèse, et je la tiens jusqu'au bout : la commission a cessé de taxer ce que l'on gagne pour taxer ce que l'on possède. Elle l'a fait sur une cible qu'elle avait déjà taxée l'an dernier. Elle annonçait alors un milliard d'euros de recette. Elle en a voté cent millions. Pas un euro n'a encore été encaissé.
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Premier point : personne ne sait ce que cette taxe rapportera
Quand l'impôt porte sur ce qu'on gagne, il existe un chiffre écrit noir sur blanc : un bénéfice, un dividende versé, une somme, une date. Quand il porte sur ce qu'on possède, il faut d'abord décider ce que ça vaut. Or une holding familiale détient des parts de sociétés qui ne sont pas cotées en Bourse : il n'existe aucun prix public. Le fisc doit donc fixer un prix lui-même, et le propriétaire le contestera. Personne ne peut dire à l'avance ce que la taxe rapportera.
La démonstration se trouve dans le budget de l'an dernier. L'article 7 de la loi de finances pour 2026 a créé une taxe sur les holdings familiales. Le projet du
Par Vincent Clairmont Près de 4 milliards d'euros : c'est ce que le ministre des comptes publics chiffre au terme de la première séance de la commission des finances, le 7 octobre. Le même texte renonce à 2,5 milliards de surtaxe sur les grandes entreprises sans qu'aucun député n'ait à lever la main.
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Ce décompte n'a aucune portée juridique. Le 13 octobre, la séance publique reprend la discussion à partir du texte du gouvernement : les votes du 7 octobre ne passent pas le week-end. Et avant qu'on en arrive aux voix, 217 des 1 784 amendements déposés avaient été déclarés irrecevables, dont 205 au titre de l'article 40 de la Constitution.
Ma thèse, et je la tiens jusqu'au bout : la première séance n'a pas creusé le déficit, elle a montré où l'effort se décide. Le texte abandonne 2,5 milliards de surtaxe sur les grandes entreprises sans qu'aucun député n'ait à le voter, et demande 1,4 milliard à 4,6 millions de foyers de retraités en le faisant voter.
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Premier point : les 2,5 milliards que personne n'a eu à voter
La contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises entre dans sa troisième année. Elle a rapporté de l'ordre de 7,5 milliards d'euros en 2026. L'article 15 du projet la proroge en abaissant ses taux de 20,6 à 15,7 % pour les chiffres d'affaires entre 1,5 et 3 milliards, et de 41,2 à 31,4 % au-delà — une réduction de 30 % annoncée par le gouvernement lui-même, pour un rendement ramené à 5 milliards.
L'écart est de 2,5 milliards. Il est supérieur à chacun des votes du 7 octobre, et il n'a fait l'objet d'aucun. Il ne figure pas dans le décompte des 4 milliards, pour une raison simple : ce n'est pas un amendement, c'est le texte.
Je précise ma position, parce qu'elle commande la suite. Je ne défends pas la surtaxe. Une contribution « exceptionnelle » reconduite trois exercices de suite n'est plus exceptionnelle : c'est une imposition du capital productif, et je préfère la voir baisser que monter. Le Medef y voit un mauvais signal ; sur le fond, il a raison. Mon objet n'est pas l'assiette. C'est la procédure.
Le 1er octobre, devant le club de Valdaï, Vladimir Poutine a déclaré que l'équilibre né de la Seconde Guerre mondiale s'était effondré avec l'Union soviétique et que ses institutions ne reflétaient plus le monde. Six jours plus tard, à Athènes, le secrétaire d'État américain concluait au même endroit. La France tient son rang de cet ordre-là.
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Le 1er octobre, près de Moscou, Vladimir Poutine a parlé devant le club de Valdaï. Le 7, à Athènes, Marco Rubio a parlé face à l'Acropole. Les deux discours ne se répondaient pas. Ils arrivent pourtant au même point : le monde réglé en 1945 a cessé de l'être.
Quand Moscou et Washington tombent d'accord sur un décès, il est prudent de demander qui hérite.
Le club de Valdaï est un cercle de réflexion russe qui réunit chaque automne des universitaires et d'anciens diplomates de tous pays ; le président russe y prononce son discours de doctrine de l'année. C'était la vingt-troisième réunion.
Le compte rendu publié par le Kremlin donne les phrases. Les institutions qui ont bien fonctionné après la Seconde Guerre mondiale « ne reflètent plus la réalité ». Beaucoup de normes établies ont été « mises au rebut », et les nouvelles ne sont pas apparues. Puis, en réponse à une question : « Le système qui s'est formé après la Seconde Guerre mondiale reposait sur l'équilibre des forces entre les pays vainqueurs. Puis l'Union soviétique a été abattue, et cet équilibre s'est effondré. » La formation d'un nouvel ordre mondial, a-t-il conclu, est inévitable.
L'ordre dont il parle tient en un texte : la Charte des Nations unies, signée à San Francisco le 26 juin 1945. Elle pose une règle et une exception. La règle interdit à un État d'employer la force contre un autre, sauf pour se défendre. L'exception confie au Conseil de sécurité le pouvoir de l'autoriser, et donne à cinq vainqueurs un siège permanent et un droit de veto : les États-Unis, l'Union soviétique, la Chine, le Royaume-Uni, la France.
Il y a donc deux choses dans ce qu'on appelle l'ordre de 1945. Un équilibre entre puissances, et une règle. Le président russe a parlé du premier. C'est sur la seconde que tout se joue.
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Deux fois sur quatre, la France en était. Une fois, en 2003, elle a refusé, et sa voix a porté ce jour-là plus loin qu'elle n'avait porté depuis longtemps. Elle défendait la règle contre son allié.
Ceux qui ont enterré la règle les premiers sont mal placés pour reprocher à un autre de constater le décès.
Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a prononcé le 7 octobre 2026 un discours sur la colline de la Pnyx, à Athènes, face à l'Acropole. C'est sur cette colline que se réunissait l'assemblée des citoyens athéniens. Le discours s'inscrit dans une tournée de trois pays membres de l'OTAN, l'Islande, la Grèce et le Portugal. Le matin, Marco Rubio avait rencontré son homologue Giorgos Gerapetritis et signé un accord d'échange de renseignements sur le terrorisme et le trafic de drogue. Cette chronique repose sur les extraits diffusés par le département d'État et repris par les agences. Le texte intégral n'a pas pu être consulté.
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Marco Rubio décrit l'Occident à un « point d'inflexion ». La dépêche de l'agence Belga traduit ainsi le passage : « Aujourd'hui, nous nous trouvons à la croisée des chemins. La voie que nous emprunterons déterminera si l'Occident conservera sa place à la tête du monde. » Il cite le retour de la compétition entre grandes puissances, le terrorisme et la concurrence technologique. L'alternative est formulée en une phrase : choisir d'agir maintenant, ou perdre la possibilité de choisir. L'autre voie est décrite par trois mots : atrophie, servitude, déclin.
C'est le passage dont le titre est tiré. Selon les extraits remis à l'avance à l'agence Associated Press, Marco Rubio conteste l'idée, qu'il dit en vogue, selon laquelle une politique étrangère éclairée ferait passer la « communauté mondiale » avant son propre peuple. Il affirme que les Grecs de l'Antiquité savaient qu'il n'y a « rien d'égoïste ni de répréhensible dans la loyauté envers sa nation ».
Le discours dresse ensuite une liste de renoncements. Les extraits publiés en donnent six : le mot « nationalisme » est devenu « un gros mot » ; les enfants ont appris à avoir honte des pays dont ils hériteront ; l'Occident a condamné sa propre histoire ; il a ouvert ses frontières ; il a délocalisé son industrie ; il a laissé dépérir ses armées. Un septième vise les institutions : des décisions ont été transférées à des « bureaucraties mondiales » situées hors du contrôle des nations.
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« Sous le président Trump, les États-Unis ont fait leur choix », déclare Marco Rubio. Il le nomme : la poursuite « sans complexe » de la puissance nationale. Il en énumère le contenu : reprise du contrôle des chaînes d'approvisionnement,
1,4 milliard d'euros sur un effort de 54. En moyenne, 304 euros par an pour chacun des 4,6 millions de foyers concernés. C'est la mesure que la commission des finances a supprimée le 7 octobre, avec les voix de partis qui chiffrent le redressement des comptes en dizaines de milliards.
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Il faut dire ce que l'article faisait, parce que le débat a porté sur autre chose. L'abattement n'était pas supprimé. Son plafond baissait, et ce plafond ne joue qu'au-delà de 30 000 euros de pensions par foyer et par an. En dessous, rien ne changeait. Au-dessus, la perte était bornée : 1 439 euros d'abattement en moins, soit 432 euros d'impôt pour un foyer imposé à 30 %. Rapporté aux foyers concernés, le rendement donne 304 euros par an en moyenne. Vingt-cinq euros par mois. Ma thèse, et je la tiens jusqu'au bout : le vote du 7 octobre n'a pas porté sur les retraités. Il a porté sur la crédibilité de ceux qui promettent l'effort. Trois partis qui chiffrent le redressement en dizaines de milliards, ou en années de travail supplémentaires, ont refusé le premier 1,4 milliard qui portait un nom d'électeur.
Premier point : ce que les mêmes partis promettent
Le Rassemblement national a présenté la veille 140 milliards d'économies d'ici 2032, qualifiés d'« effort radical », et défend une règle d'or pour laquelle Marine Le Pen a donné elle-même l'exemple de 2027 : un déficit plafonné à 2,4 % du PIB. Le lendemain, sa députée Claire Marais-Beuil déclarait en commission : « Nous refusons que le redressement des comptes publics se fasse une nouvelle fois sur le dos des retraités. »
Le répertoire national compte 113,1 millions de numéros d'inscription pour 67 millions d'habitants. Sur ce total, 21,1 millions ont été attribués à des personnes nées à l'étranger, soit 18,6 %. Ces chiffres figurent dans le rapport rendu en 2019 par la commission des affaires sociales du Sénat. Ils ne dénombrent pas des bénéficiaires. Ils dénombrent des lignes. Les estimations publiées par le magistrat Charles Prats entre 2018 et 2020 — 14, puis 30, puis 50 milliards d'euros de fraude sociale par an — assimilent ces lignes à des prestations versées. Ce qui a conduit à d'importants recrutements dans les URSSAF... pour traquer les entreprises.
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La première est l'immatriculation : un numéro est attribué, à la naissance par l'Insee, ou par le Service administratif national d'immatriculation des assurés (SANDIA) pour une personne née hors de France, à la demande d'un organisme.
La deuxième est l'affiliation à un régime.
La troisième est l'ouverture de droits, soumise à des conditions propres à chaque prestation : résidence stable, titre de séjour en cours de validité, cotisations ou ressources.
La quatrième est le versement, qui suppose une demande, un dossier instruit et des coordonnées bancaires. Le rapport sénatorial le formule ainsi : « l'obtention d'un NIR ne permettant pas à lui seul d'obtenir une prestation ».
L'immatriculation n'emporte donc ni affiliation, ni droit, ni paiement. Le numéro demeure au répertoire quand son titulaire a quitté la France, quand il est décédé, quand il n'a travaillé qu'une saison ou quand il a achevé ses études. Le rapport cite ces quatre situations.
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Deux chiffres officiels mesurent l'écart entre numéros et droits
Le Sénat recense 21,1 millions de numéros attribués à des personnes nées à l'étranger. Une réponse ministérielle publiée au Journal officiel du Sénat le 7 novembre 2019 recense 12,4 millions de personnes nées à l'étranger disposant d'un droit ouvert à au moins une prestation. Sous réserve que les deux périmètres coïncident, 8,7 millions de numéros, soit quatre sur dix, ne correspondent à aucun droit ouvert. Un droit ouvert n'est pas davantage un versement : l'affiliation à l'assurance maladie en est un, qu'un soin ait été remboursé ou non.
Le calcul de 2018 passe de la première étape à la quatrième
Prats part d'un audit du SANDIA de 2011, portant sur environ 2 100 dossiers d'immatriculation, où la proportion de pièces non conformes est de 6,3 % ou de 10,6 % selon les reprises. Ce taux est appliqué à 1,8 million d'immatriculations, et chaque dossier ainsi compté se voit attribuer 7 000 euros de prestations par an. Le résultat est de 14 milliards. Une pièce d'état civil jugée non conforme dans un dossier d'immatriculation y vaut preuve d'un versement.
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Le calcul de 2020 passe de la troisième étape à la quatrième, après une soustraction
Le 16 mars 2020, sur Sud Radio (média qui a beaucoup relayé Prats, notamment au micro d'André Bercoff, très engagé dans la critique de la Palestine et dans la réverbération des positions israéliennes), Charles Prats retranche des 12,4 millions
« Manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultragauche », dit Matignon des quatre cents lycées bloqués. La France dépense 10 580 euros par an pour un collégien. À ses parents, elle accorde 61 euros de réduction d'impôt. Je propose l'inverse : l'argent aux parents, et qu'ils choisissent l'école.
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Soixante et un euros. C'est ce que le fisc accorde chaque année aux parents d'un collégien, au titre des « frais de scolarité ». Cent cinquante-trois euros pour un lycéen. Encore faut-il payer l'impôt sur le revenu : 46 % des foyers seulement sont dans ce cas. Les autres n'ont rien.
La même année, la France dépense 10 580 euros pour ce collégien, et 13 200 pour un lycéen de la voie générale. L'essentiel est payé par l'État et les collectivités. Sur cette somme, ses parents ne décident de rien : ni de l'établissement, que leur adresse désigne, ni des professeurs, qu'un barème affecte, ni du programme, qu'un bureau rédige. Soixante et un euros sur 10 580 : à peine plus d'un demi pour cent. C'est la part exacte de confiance que le pays leur fait.
Gardez ces deux chiffres en tête. Ils expliquent mieux les lycées bloqués que tout ce qu'on entend depuis quinze jours.
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Le mouvement est parti le 21 septembre d'un lycée de Créteil. Dix jours plus tard, on comptait près de mille actions en une journée et environ quatre cents établissements fermés. Matignon a trouvé l'explication : une « manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultragauche ». Bruno Retailleau a renchéri : « Il y a cette jeunesse qui s'engage, qui veut éteindre le feu, et une jeunesse qui veut mettre le feu. » Philippe de Villiers, dans le Journal du Dimanche, a compté deux jeunesses lui aussi.
Entendons-nous sur les violences. Elles sont réelles, et rien ne les excuse : vingt-quatre établissements « incendiés ou saccagés », selon le ministre de l'Éducation, une centaine dégradés sévèrement, des proviseurs blessés. Mais comptez dans l'autre sens. La France a 3 700 lycées. Le ministre dénombre 735 établissements touchés par le mouvement. Restent, au bas mot, près de trois mille lycées où il ne s'est rien passé, et quelque six cents où l'on a bloqué sans dégât sérieux. Vingt-quatre sur 3 700 : moins d'un pour cent. Ce sont ceux-là qu'on nous montre depuis quinze jours, et l'on en tire le portrait d'une génération.
Que La France insoumise souffle sur les braises, je le crois volontiers, et 61 % des Français jugent qu'elle n'est pas dans son rôle. Mais souffler n'est pas allumer. Aucun parti n'a les moyens de fermer quatre cents lycées dans un pays où les élèves seraient contents d'y entrer. Le même sondage dit que 62 % des Français trouvent la mobilisation justifiée, et que les deux tiers ne se sentent proches ni de LFI ni du gouvernement.
Expliquer une colère par ceux qui l'exploitent, c'est une théorie du complot comme une autre. Elle a le même usage que les autres : elle dispense de regarder. Regardons donc.
Reste la manière d'enseigner. Selon l'enquête TALIS de l'OCDE, 53 % des professeurs débutants jugent en France leur formation adaptée, contre 75 % en moyenne dans les pays comparables. On envoie devant des adolescents de 2026 des gens qu'on n'a pas préparés, puis l'on s'étonne.
Des moyens qui montent, des résultats qui tombent, un argent distribué à l'aveugle, des professeurs laissés seuls. Les lycéens n'ont pas eu besoin de Jean-Luc Mélenchon pour s'en apercevoir. Ils y passent leurs journées.
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Ces trois défauts n'en font qu'un, et Friedrich Hayek lui a donné un nom en 1988 : la présomption fatale. C'est l'idée qu'un petit nombre de gens instruits, réunis dans un bureau, en savent assez pour organiser la vie de millions d'autres mieux que ceux-ci ne le feraient eux-mêmes.
Hayek ne dit pas que ces gens sont sots. Il dit qu'ils ne peuvent pas savoir. Ce qu'il faut connaître pour éduquer un enfant n'est écrit nulle part : que celui-ci s'ennuie et que celui-là se noie, que ce professeur de mathématiques est remarquable et que cet autre est absent depuis novembre, que dans ce quartier il manque un lycée professionnel et dans ce bourg une classe bilingue. Cette connaissance existe. Elle est dans la tête des parents, des élèves, des professeurs, d'un proviseur. Elle ne remonte dans aucun tableau de la rue de Grenelle, ou alors dix ans trop tard : voyez la carte de l'éducation prioritaire.
Relisez maintenant l'affaire de l'indice social. Le ministère détenait une information utile aux familles, et il l'a cachée pour qu'elles ne s'en servent pas. Tout y est. L'administration ne se contente pas d'ignorer ce que savent les parents. Elle leur retire ce qu'elle sait, de peur qu'ils choisissent.
À le bien regarder, nous avons bâti l'école sur une hypothèse que personne n'oserait écrire : un rédacteur de circulaire connaîtrait mieux votre fils que vous. Sept ministres se sont succédé rue de Grenelle depuis mai 2022. Chacun est arrivé avec sa réforme, et aucun n'a touché à la règle du jeu, puisque la règle du jeu est justement qu'on décide d'en haut. On ne corrige pas une présomption en changeant le présomptueux.
L'autre voie, Hayek l'appelait l'ordre spontané : laisser décider ceux qui savent, et laisser l'offre se former autour de leurs décisions. Des écoles qui ouvrent parce que des familles en veulent. Des écoles qui ferment parce qu'elles n'en veulent plus. Personne ne l'a planifié, et c'est pour cela que ça s'ajuste.
L'argent suit l'enfant
Tout repose sur un constat d'une grande banalité : dans leur immense majorité, les parents veulent le bien de leur enfant. Pas tous, pas toujours avec discernement, mais plus sûrement et plus obstinément qu'aucune administration. Un recteur change de poste ; un père reste père.
Ils savent d'ailleurs très bien ce qui ne va pas. Interrogés par l'Ifop pour le Comité national d'action laïque, qui défend l'école publique, 93 % des parents jugent urgent d'y améliorer la sécurité et la discipline, et 88 % la qualité de l'enseignement. On ne leur demande pas leur avis. On leur attribue une adresse.
Le chèque scolaire retourne le circuit. Aujourd'hui l'État finance des établissements et y affecte des enfants. Demain il financerait des enfants, et les établissements viendraient les chercher.
Concrètement : on cesse de subventionner les écoles, et chaque famille reçoit pour chaque enfant un crédit d'impôt égal à la subvention moyenne par élève de l'année scolaire concernée. Un crédit d'impôt, et non une réduction comme les 61 euros d'aujourd'hui : ceux qui ne paient pas l'impôt sur le revenu, plus d'un foyer sur deux, le touchent quand même, et pour la même somme. Fléché, bien entendu : il ne règle qu'une inscription, dans l'école publique ou privée que les parents ont choisie. Et versé directement à l'établissement, comme l'Urssaf avance déjà le crédit d'impôt des emplois à domicile, pour que personne n'ait à sortir une pareille somme de sa poche.
Ce n'est pas une rêverie. La Suède le pratique depuis 1992 : la commune verse la même somme par élève à l'école municipale et à l'école indépendante, celle-ci est gratuite et ouverte à tous, et près d'un lycéen sur trois y est aujourd'hui inscrit. Les Pays-Bas financent à égalité écoles publiques et écoles privées depuis 1917, et les trois quarts des élèves y fréquentent une école privée.
Ce que le chèque ne règle pas
Je ne vends pas un remède miracle. La Suède se dispute depuis des années sur ses écoles indépendantes : notes gonflées pour attirer les familles, élèves qui se regroupent par milieu, et une partie de la presse française y voit un « anti-modèle ». Les syndicats d'enseignants objectent que l'école privée choisit ses élèves quand l'école publique les prend tous, et que le chèque ferait de celle-ci l'école de ceux dont personne ne veut. Ils désignent ainsi la règle qu'il faut écrire : une école qui encaisse le chèque ne trie pas à l'entrée.
Reste le supplément qu'elle pourrait réclamer en plus du chèque. La question se dispute. La Suède l'interdit. On peut aussi l'admettre, à condition que l'État ajoute au chèque des enfants pauvres une subvention de discrimination positive, pour que le prix ne leur ferme aucune porte. Les 2,6 milliards de l'éducation prioritaire, qui manquent aujourd'hui sept élèves défavorisés sur dix, suivraient alors l'enfant et non la carte.
Il y a aussi ce que le chèque ne peut pas faire. Dans un bourg qui n'a qu'une école, le choix reste sur le papier, au moins les premières années. Un parent qui ne s'occupe pas de son enfant ne s'en occupera pas davantage avec un crédit d'impôt, et pour celui-là l'État garde tout son rôle : l'obligation scolaire, l'inspection, l'examen national qui dit ce que l'élève sait. Et l'opinion n'est pas acquise. Dans le sondage que je citais, 60 % des parents voudraient que le privé soit payé par les seules familles. J'imagine qu'ils répondraient autrement si le chèque était dans leur poche et non dans celle du voisin. Je n'en ai pas la preuve.
Mais regardez ce qu'il change, et qu'aucune réforme n'a changé. Aujourd'hui, un collège où une heure sur dix n'est pas assurée ne perd pas un euro. Les familles n'ont aucun moyen de le lui faire savoir, sinon déménager ou payer deux fois, l'impôt puis l'école privée. Avec le chèque, l'établissement que les parents quittent perd ses moyens, celui qu'ils demandent en gagne, et le ministère l'apprend le jour même, sans rapport de la Cour des comptes, sans tribunal administratif, sans blocus.
L'information que la rue de Grenelle cachait aux parents devient ce qui fait tourner la machine. C'est en cela que la réforme est structurelle. Elle ne demande pas à l'Éducation nationale de se corriger, ce qu'elle ne sait pas faire. Elle change la main qui tient le carnet de chèques.
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Reste nous. Le chèque scolaire a un prix que ses partisans annoncent rarement : il nous retire une excuse. Depuis quarante ans, nous confions nos enfants à l'État, nous nous plaignons de ce qu'il en fait, et nous votons pour celui qui promet des moyens. C'est confortable. Le jour où l'argent est dans notre main, il faut visiter, comparer, se tromper, changer, et ne plus pouvoir dire que c'est la faute du ministre. Je ne suis pas certain que nous en ayons tous envie.
Les lycéens de Créteil demandent des professeurs et des salles qui tiennent debout. On leur répond Mélenchon. On pourrait leur répondre ceci : plus de 13 000 euros sont dépensés chaque année au nom de chacun de vous, et ni vous ni vos parents n'avez votre mot à dire sur un seul.
Soixante et un euros de confiance sur 10 580, pour les parents d'un collégien. Commençons par inverser la proportion.
Dix jours avant le 7 octobre 2023, le président des Émirats aurait appelé Benyamin Nétanyahou pendant quarante-cinq minutes pour le prévenir que le Hamas préparait « un événement majeur ». Trois journaux l'écrivent depuis septembre. Lui répond qu'il n'a pas parlé à cet homme pendant cette période. Un appel entre deux chefs d'État laisse un registre. Depuis trois ans, il refuse la seule commission qui pourrait l'ouvrir.
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Le 8 septembre, le quotidien israélien Haaretz a publié les bonnes feuilles d'une enquête de deux journalistes, Shlomi Eldar et Ruth Yuval. On y lit qu'à la fin de septembre 2023, une dizaine de jours avant l'attaque, le président des Émirats arabes unis, Mohammed ben Zayed, a téléphoné à Benyamin Nétanyahou. L'appel aurait duré quarante-cinq minutes. Un conseiller présent le résume ainsi : « L'émir a expliqué que, selon son évaluation, Sinwar préparait un événement majeur. Il a dit à Nétanyahou qu'Israël devait se tenir prêt. » Yahya Sinwar était alors le chef du Hamas à Gaza.
Selon le même récit, le chef du gouvernement a rassuré son interlocuteur et n'a transmis l'avertissement ni à son ministre de la Défense, ni au chef d'état-major, ni aux directeurs du Shin Bet et du Mossad, les deux services de renseignement du pays. Le New York Timesa confirmé l'appel le 25 septembre.
Le bureau du Premier ministre a répondu : « Un mensonge absolu. » Puis : Nétanyahou « n'a pas parlé au président des Émirats arabes unis pendant la période en question et n'a reçu aucun avertissement de sa part ».
Israël vote le 27 octobre. Les témoins qui parlent aujourd'hui ont presque tous un compte à régler avec lui, et plusieurs ont eux-mêmes failli ce jour-là. Je m'en tiendrai donc aux dates, aux documents, et à ce que lui-même a répondu chaque fois.
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Le 5 août 2018, Nétanyahou annonce à ses ministres qu'un émissaire qatari, Mohammed Al-Amadi, atterrira désormais chaque mois à l'aéroport Ben-Gourion et gagnera Gaza avec des valises de billets. Trente millions de dollars par mois : un
Olivier nous écrit que l'accès direct aux bons du Trésor américains est « légalement interdit », refus d'Interactive Brokers à l'appui. Il confond deux choses. L'Europe ferme bien aux particuliers les fonds cotés américains, faute d'une notice d'information qu'ils ne publient pas. Elle n'a jamais rien fermé sur les bons du Trésor eux-mêmes. L'obstacle qu'il décrit n'existe donc pas.
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Reprenons depuis le texte, parce que la confusion est générale et qu'elle coûte du rendement à beaucoup de lecteurs. Et commençons par traduire les quatre sigles qui encombrent ce sujet, car on ne peut pas raisonner sur ce qu'on ne nomme pas.
Un T-bill, ou Treasury bill, est un bon du Trésor américain de moins d'un an. C'est l'équivalent de nos bons du Trésor à taux fixe : une reconnaissance de dette de l'État fédéral, sans coupon, achetée en dessous de sa valeur de remboursement.
Un ETF, ou exchange-traded fund, est un fonds indiciel coté en Bourse : un panier de titres qu'on achète et vend d'un clic, comme une action.
UCITS — en français OPCVM, organisme de placement collectif en valeurs mobilières — est la norme européenne des fonds destinés au grand public. Un fonds qui porte ce label est agréé pour être vendu à un particulier dans toute l'Union. Un fonds américain ne porte pas ce label, et ne peut donc pas vous être vendu ici.
PRIIPS, enfin, est le règlement européen qui organise cette fermeture. Il impose à tout « produit d'investissement packagé destiné aux particuliers » de remettre à l'acheteur, avant la vente, une notice standardisée de quelques pages dite document d'information clé. Les fonds américains n'en produisent pas, parce qu'aucune loi américaine ne les y oblige. C'est pour cette raison, et pour celle-là seule, que les grands fonds de bons du Trésor cotés à New York — SGOV, BIL, SHV — sont inaccessibles depuis un compte européen. Le blocage est réel, il est documenté, et il explique très probablement ce qu'Olivier a rencontré.
Voilà le point qui change tout : un bon du Trésor n'est pas un produit packagé. C'est un titre de créance émis directement par un État, au même titre qu'une obligation assimilable du Trésor française ou qu'un Bund allemand. Il n'y a rien à emballer, donc rien à documenter, donc aucune notice à fournir. Le règlement ne s'y applique pas, et aucune interdiction ne pèse sur son achat par un résident français.
La distinction tient en une phrase : le règlement encadre l'emballage, pas le titre qui se trouve dedans. Olivier a pris la fermeture de l'emballage pour une interdiction du contenu.
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Interactive Brokers permet effectivement l'achat de bons du Trésor américains en direct depuis un compte européen. Si un refus est survenu, il faut chercher du côté
« La crise de l'éducation » est un essai d'Hannah Arendt daté de 1958. Il figure dans le recueil Between Past and Future, publié en 1961 chez Viking Press et Faber and Faber, qui rassemblait alors six essais ; une édition révisée de 1968 en compte huit, et y ajoute une préface. L'essai occupe la cinquième position dans cette édition élargie, entre « What Is Freedom? » et « The Crisis in Culture ». La traduction française paraît chez Gallimard en 1972 sous le titre La Crise de la culture, à partir de la seconde édition ; l'essai se lit aujourd'hui dans l'édition Folio Essais n° 113, aux pages 232-246 selon la pagination retenue par les documents pédagogiques de l'académie de Versailles.
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Le texte porte sur la crise de l'école américaine des années 1950. Arendt y traite un problème national, non une théorie générale de la pédagogie, et c'est l'une des raisons pour lesquelles ses conclusions sont régulièrement déplacées hors de leur objet.
La thèse : l'éducation a pour objet le nouveau venu
De cette position découle une tâche à deux faces. L'éducation doit entourer et protéger : « l'enfant contre le monde, le monde contre l'enfant ». Les deux protections sont de même rang. L'enfant doit être préservé de l'exposition publique qui détruirait sa croissance ; le monde doit être préservé de l'assaut du neuf qui le ruinerait. Arendt ajoute une troisième dimension, moins citée : il faut aussi protéger le neuf contre l'ancien.
La raison du conservatisme, qui en limite la portée
Arendt donne immédiatement le motif de cette formule, et ce motif en restreint l'usage : « c'est justement, pour préserver ce qui est neuf et révolutionnaire dans chaque enfant que l'éducation doit être conservatrice ». Le conservatisme y est un moyen, non une fin. Il conserve le monde pour que l'arrivant puisse le recevoir, et il conserve l'arrivant pour que le monde puisse être changé par lui. Arendt écrit que « notre espoir réside toujours dans l'élément de nouveauté que chaque génération apporte avec elle ».
Ce qu'Arendt critique dans l'éducation progressiste
La lecture dominante dans la littérature universitaire française, notamment chez Philippe Foray, dégage trois présupposés que l'essai met en cause dans l'éducation progressiste américaine : l'existence d'un monde de l'enfance autonome et autogouverné ; la constitution de la pédagogie en science indépendante de la matière enseignée ; la substitution du faire à l'apprendre. Cette décomposition en trois points est une reconstruction des commentateurs ; elle n'apparaît pas sous cette forme numérotée dans le texte.
Arendt lie ces présupposés à l'effacement de l'autorité de l'enseignant, autorité qu'elle fait reposer sur la compétence dans une matière et non sur la contrainte. Elle écrit que « l'éducation ne peut faire fi de l'autorité, ni de la tradition », tout en constatant qu'elle s'exerce désormais dans un monde qui n'est plus structuré par l'une ni retenu par l'autre. Le constat est posé comme une difficulté, non comme un programme de restauration.
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Arendt tire de cette séparation une conséquence sur le gouvernement des adultes. Elle écrit qu'« on ne peut ni éduquer les adultes ni traiter les enfants comme de grandes personnes » ; que « l'éducation ne peut jouer aucun rôle en politique, car en politique c'est toujours à ceux qui sont déjà éduqués que l'on a affaire » ; et que « quiconque se propose d'éduquer des adultes se propose en fait de jouer les tuteurs et de les détourner de toute activité politique ». Le projet pédagogique appliqué à des citoyens est donc qualifié, dans le texte, de mise sous tutelle.
Philippe de Villiers ne voit que deux jeunesses : celle qui brûle des cierges et celle qui brûle les écoles. Restent les trois mille six cents lycées qui n'ont fait ni l'un ni l'autre.
Il a dit : « Oui, il y a deux jeunesses. Celle qui brûle des cierges et celle qui brûle les écoles. »
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C'est propre, c'est rythmé, et c'est vide. Philippe de Villiers a accordé cet entretien au Journal du Dimanche le 3 octobre, en pleine vague de blocus lycéens. La France comptait alors environ quatre cents établissements fermés ou perturbés sur quatre mille, et les interpellations se comptaient en milliers depuis le 21 septembre. Devant cela, un homme d'expérience propose une clef à deux dents. Il ajoute « l'irruption de hordes barbares encagoulées », et convoque Hannah Arendt pour expliquer que chaque génération nouvelle est une invasion barbare qu'il convient de civiliser.
Reste à savoir où l'on range les trois mille six cents lycées où l'on n'a rien brûlé, et où l'on ne brûle pas non plus de cierges.
Le partage en deux a un charme : il dispense d'enquêter. D'un côté la ferveur, de l'autre la désespérance, et entre les deux rien — ni l'élève qui s'ennuie, ni celui qui travaille sans croire, ni celui qui code la nuit, ni celui qui monte une affaire à dix-neuf ans sans avoir jamais mis les pieds dans une église ni devant une poubelle en feu. La très grande majorité des jeunes Français ne figure dans aucune des deux cases. Une typologie qui laisse dehors presque tout son objet n'est pas une analyse : c'est une névrose maniaque déguisée en sociologie.
Et elle a un coût politique immédiat. Si la jeunesse se réduit à deux camps, l'éducation se réduit à un tri : récupérer les uns, contenir les autres. On n'éduque plus, on affecte. C'est le geste exact que ce journal reproche à l'État quand il range les gens par catégories de guichet ; il n'est pas plus recommandable sous une plume conservatrice que sous un tampon.
Admettons que la formule n'ait été qu'une formule. Reste le remède. Philippe de Villiers a conçu en 1977 un spectacle nocturne, joué pour la première fois en juin 1978, où des milliers de bénévoles rejouent chaque été l'histoire de la Vendée — deux mille six cents acteurs, quatre cent mille spectateurs par saison. Réussite considérable, que je ne lui dispute pas. Et, très exactement, un passé mis en scène par ceux qui l'ont perdu.
La question qu'on a le droit de lui poser n'est donc pas celle de ses intentions, qui ne m'appartiennent pas. C'est celle de son programme : que propose-t-il, concrètement, à un garçon de quinze ans de Créteil en 2026 ? S'enraciner où, dans quoi, pour y faire quoi ? Un pays peut se relever. Un pays peut aussi se visiter. Les deux demandent du talent et de l'argent, et ce ne sont pas les mêmes métiers.
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Avant de décider si l'éducation doit conserver, regardons ce qu'elle conserve en ce moment. La note de la DEPP publiée en septembre livre les résultats de PISA 2025 : la France obtient 458 points en mathématiques pour une moyenne de 463 dans l'OCDE, et 456 en compréhension de l'écrit pour une moyenne de 461. Par rapport à 2018, la chute atteint trente-sept points dans les deux disciplines — à peu près une année de scolarité évaporée en sept ans.
Retenez le détail qui suit, parce qu'il démolit un argument qu'on va me servir dans dix lignes. Dans la même enquête, la France obtient 497 points en résolution informatique de problèmes, pour une moyenne de 500. L'effondrement français est donc concentré sur les deux disciplines les plus anciennes, les plus codifiées, les plus traditionnellement enseignées du programme. Là où l'élève doit chercher, essayer, se tromper et recommencer devant une machine, il tient la moyenne. Là où il doit restituer, il décroche.
On me dira que c'est le numérique qui a creusé le trou, et l'on me citera Michel Desmurget, dont La fabrique du crétin digital a documenté en 2019 les dégâts des écrans sur les enfants — formule que Philippe de Villiers reprend à son compte dans l'entretien, sans nommer son auteur. L'objection est sérieuse, et sur son terrain, la consommation passive d'images par de très jeunes enfants, elle n'a jamais été réfutée. Seulement elle ne dit rien de notre sujet. Entre subir un écran seul dans sa chambre et résoudre un problème à plusieurs sur un réseau, il y a l'écart qui sépare regarder un match et le jouer. Et les chiffres de PISA ne désignent pas le clavier : ils désignent la dictée et le théorème.
Si l'école française échoue à produire de l'invention, ce n'est donc pas qu'elle ait cédé à la modernité. C'est qu'elle n'a jamais été bâtie pour ça. Le lycée est une création de 1802, le baccalauréat de 1808, et l'un et l'autre répondaient à un besoin précis : fournir à l'État des cadres capables de restituer un corpus avec élégance. Le concours, la dissertation, la culture générale, la hiérarchie des disciplines nobles et des disciplines utiles — tout cet appareil procède d'un idéal du dix-huitième siècle, celui de l'honnête homme, que la bourgeoisie du dix-neuvième a hérité de l'aristocratie et conservé avec une piété de légataire.
Or cet idéal porte en lui un mépris, et il faut le nommer puisque personne ne le fait : le mépris du commerce, du risque, de la main, de l'essai raté. Dans la hiérarchie française des réussites, celui qui a composé brillamment à vingt ans garde un avantage sur celui qui a créé quelque chose à trente. Nous avons bâti un système qui récompense la restitution et punit l'erreur, puis nous nous étonnons qu'il produise des gens prudents.
La preuve par l'autre bout : interrogés par PISA en 2022 sur la pensée créative, les élèves français obtiennent 32,4 points pour une moyenne de 32,7 dans l'OCDE. Le pays qui se raconte comme celui de l'esprit et de la finesse se situe, en matière d'invention mesurée, dans la moyenne des trente.
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La mutation ne réclame pas d'autres savoirs, elle réclame d'autres gestes
Ce qui change avec Internet, le travail en réseau et maintenant les modèles de langage, ce n'est pas la quantité de connaissances disponibles : c'est leur prix. Une information qui demandait trois heures de bibliothèque s'obtient en trois secondes ; une synthèse qui demandait une semaine s'écrit en une minute. Dans un monde où la réponse est gratuite, la valeur migre vers la question. Et vers tout ce que la machine ne fait pas : décider quoi chercher, juger ce qu'on a trouvé, travailler avec des gens qu'on n'a pas choisis, risquer une proposition que personne n'a validée.
Aucune de ces quatre compétences n'est évaluée par le système français ; elles y sont structurellement désavantagées. La scolarité française est verticale — un adulte parle, trente élèves prennent note — et solitaire : la note sanctionne un individu, la coopération s'appelle triche, l'originalité se paie d'un commentaire en marge. On apprend à l'élève que la bonne réponse préexiste à sa recherche, et qu'il s'agit de la retrouver. Excellente préparation à l'administration d'un pays stable. Préparation catastrophique à un monde qui bouge.
Faut dire que nous avons, dans cette affaire, la fierté qu'il ne faudrait pas. Nous admirons cette verticalité comme une rigueur, quand elle est d'abord une économie : une restitution se corrige au barème, une invention exige un jugement — donc des professeurs formés, nombreux, payés pour penser. Notre amour de la tradition scolaire est souvent, à le bien regarder, de la radinerie habillée en exigence.
La règle n'est pas l'ennemie de l'invention, elle en est la condition
Qu'on ne se méprenne pas : rien, dans ces lignes, ne plaide pour une école sans règles, sans effort et sans transmission. L'idée qu'il faudrait choisir entre la discipline et la créativité est une sottise — et une sottise que partagent, symétriquement, le pédagogue qui veut libérer l'enfant et le conservateur qui veut le dresser. Les deux croient que l'ordre vient du dehors. Ils ne discutent que de la dose.
Les modèles de personnalité dont la psychologie dispose depuis quarante ans — OCEAN, et sa version à six facteurs, HEXACO — permettent d'être précis. Le trait qui prédit le mieux la réussite scolaire et professionnelle n'est pas l'intelligence mesurée, c'est la conscienciosité : tenir un engagement, différer une satisfaction, organiser un travail long, revenir sur un ouvrage raté. Le trait qui prédit le mieux la production créative est un autre, l'ouverture à l'expérience. Et le point qui règle notre débat est celui-ci : ces deux dimensions sont indépendantes. On ne gagne pas l'une en cédant l'autre. Un individu peut être les deux, et les créateurs qui durent le sont presque toujours.
Ce que cela veut dire pour une école est simple, et très exigeant. Un enfant à qui l'on n'a pas appris à tenir une promesse, à finir ce qu'il a commencé, à supporter l'ennui d'un exercice et la honte d'une erreur n'innovera rien : il aura des idées, ce qui ne coûte rien, et il ne les mènera nulle part. L'invention n'est pas l'absence de méthode, c'est une méthode appliquée à l'inconnu. Un laboratoire est l'endroit le plus réglé du monde. Un atelier de peintre aussi.
Alors oui : il faut des horaires, des devoirs faits, des exigences non négociées et des adultes qui ne tremblent pas. Sur ce point, et sur celui-là seulement, les conservateurs ont raison contre trente ans de démagogie scolaire, et il serait malhonnête de ne pas l'écrire.
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Reste la question décisive, celle que le partage en deux jeunesses sert justement à ne pas poser : cet ordre, qui le détient ?
Philippe de Villiers cite Arendt. Allons y voir. Le texte dont la phrase est tirée, La crise de l'éducation, dit bien que « le conservatisme, pris au sens de conservation, est l'essence même de l'éducation ». Mais il dit pourquoi, et c'est là que le raisonnement se retourne : « c'est justement, pour préserver ce qui est neuf et révolutionnaire dans chaque enfant que l'éducation doit être conservatrice ». La tâche est double, et réversible : protéger « l'enfant contre le monde, le monde contre l'enfant ». Et le même texte ajoute que cette attitude conservatrice, transportée du terrain de l'éducation à celui de la politique, « ne peut mener qu'à la destruction ».
On ne peut pas faire plus exactement l'inverse de ce qu'on invoque. Arendt conserve pour libérer le neuf ; on nous propose de conserver pour l'éteindre. Elle interdit de porter ce conservatisme en politique ; c'est précisément là qu'on le porte. La citation a été prise pour son autorité, non pour son contenu — définition d'un argument décoratif.
Car un ordre extérieur produit deux résultats, et nous les avons tous les deux sous les yeux. L'obéissance tant qu'on regarde — et nous sommes devenus experts en surveillance, de la caméra au contrôle continu. Et, dès qu'on détourne les yeux, la poubelle en feu devant le portail. Un adolescent qui ne tient à l'ordre que par crainte de la sanction n'a pas appris la discipline : il a appris le rapport de force, et il attend son tour.
L'ordre qui tient est celui qu'on s'est donné. Tout l'écart est là, entre un homme formé et un homme tenu. Et c'est pourquoi aucun pouvoir n'a jamais eu d'intérêt spontané à produire le premier : un adulte qui porte sa règle en lui-même ne requiert ni tutelle, ni guichet, ni surveillance, et il ne vote pas par reconnaissance.
Je nous mets tous dans le lot, et moi avec. Nous avons réclamé de l'école qu'elle produise de la conformité, parce que la conformité nous arrange : elle est calme, elle est lisible, elle ne nous oblige à rien. Nous avons appelé cela la transmission. Un enfant obéissant est un enfant commode, et nous avons confondu notre confort avec son éducation pendant deux siècles — en laissant trente-sept points de lecture et de mathématiques sur le trottoir.
Éduquer n'est donc pas apprendre à obéir, et ce n'est pas davantage apprendre à innover. C'est apprendre à s'obéir à soi-même, pour pouvoir changer le reste.
Deux chiffres qui ne vont pas ensemble. Un artisan en arrêt maladie touche au maximum 65,84 euros par jour. Un libéral, pour la même maladie, 197,51. Même pays, même année, même dos bloqué. La variable n'est pas le risque : c'est la caisse. Voici les quatre garanties qu'il faut couvrir soi-même.
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Ce que vous toucherez le jour où vous ne pourrez plus travailler ne dépend ni de ce que vous avez perdu, ni de ce que vous avez cotisé, ni de la gravité de ce qui vous arrive. Cela dépend de la caisse à laquelle votre métier vous a affilié. Je voudrais le montrer sur les quatre garanties qui comptent vraiment, et dire lesquelles il faut couvrir soi-même — parce qu'aucun régime obligatoire ne les couvre, et parce que l'État le sait si bien qu'il a rendu la dépense déductible.
Je dois dire d'où je parle. J'ai fondé Tripalio, qui publie des données sur les conventions collectives et les régimes de protection sociale complémentaire. C'est un lien, et je ne vais pas l'enterrer en note de bas de page. Mais je n'ai aucun contrat à vous placer et aucune commission à percevoir sur ce que vous souscrirez, je me permets d'aller au point essentiel !
Depuis juin, tout le monde commente le même document : le baromètre CSA Prévoyance TNS publié par MetLife France, qui établit que 44 % des travailleurs non salariés disposent d'une prévoyance complémentaire, et que le prix est le premier frein pour 60 % de ceux qui n'en ont pas. C'est une brillante illustration de la façon dont on manque un sujet. On y lit un problème de pouvoir d'achat là où il y a un problème d'architecture. Le même baromètre donne pourtant l'information décisive, et personne ne la relève : 62 % des indépendants ne tiendraient pas plus d'un mois avec les seules prestations obligatoires. Ce n'est pas que la prévoyance soit chère. C'est que le socle n'en est pas un.
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Troisième exercice de transparence depuis l'article de doctrine du 24 mai. La part valorisable de l'allocation est repassée en territoire positif après le bilan négatif de juillet. Je publie le tableau, puis je publie le calcul qui en annule l'essentiel. Aucun pourcentage ne bouge.
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Entre le 29 mai et le 2 octobre 2026, soit 126 jours, l'once d'or est passée de 4 460 à 4 143,66 dollars, soit −7,09 %. Le Bitcoin est monté de 73 500 à 86 000 dollars, soit +17,01 %. Le bon du Trésor américain à trois mois rendait 4,00 % le 1er octobre, contre 3,75 % fin mai. Et l'euro s'est déprécié face au dollar, de 1,1644 à 1,1225.
Je reprends l'exercice dans l'ordre du bilan de juillet : ce que la doctrine a modifié, ce que l'allocation a produit, et ce que le chiffre cache.
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1. Ce qui a bougé dans la doctrine : aucun pourcentage, une clarification
L'allocation de référence du 24 mai — 30 % or physique, 25 % T-bills, 20 % foncier de qualité, 5 % devises tierces pour la branche sûre ; 10 % Bitcoin, 5 % options longues, 5 % capital-risque pour la branche risquée — n'a pas varié d'un point depuis le 29 mai. Les quatre règles d'exécution posées en juin et juillet tiennent : les deux axes, l'épargne de précaution hors Barbell, le DCA accéléré sur correction de plus de 10 %, le rééquilibrage daté de janvier 2027.
Une seule chose s'est ajoutée, le 27 septembre puis le 4 octobre, et elle est négative : j'ai maintenu 0 % d'obligations souveraines de la zone euro alors que l'OAT à dix ans passait de 4,66 % à 4,92 %. C'est une position qui coûte visiblement de l'argent, et je la réaffirme ici pour qu'on ne puisse pas dire plus tard qu'elle a été discrètement abandonnée.
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Le pape, à l'UNESCO, a dit que le dialogue entre nations risquait de n'être plus qu'un simulacre. Poutine, à Valdaï, que les institutions de 1945 ne reflètent plus le monde. Entre les deux discours, le G7 a passé la semaine à se faire menacer d'embargo par son propre chef de file. Oui, l'ordre occidental s'affaiblit. Mais pas là où l'on regarde.
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Trois textes en huit jours, et un communiqué. Le 25 septembre, à Paris, Léon XIV parle devant l'UNESCO. Le 1er octobre, près de Moscou, Vladimir Poutine parle trois heures devant le club Valdaï. Le 2 octobre, les sept chefs d'État et de gouvernement du G7, réunis par visioconférence sous la présidence d'Emmanuel Macron, publient six paragraphes sur le gazole. Les deux discours parlent de l'ordre du monde. Le communiqué, lui, le montre.
Le 30 septembre, le dernier soldat américain a quitté l'Irak. Bagdad s'est donné quatre jours fériés pour le fêter. Quatre jours plus tôt, le même gouvernement écrivait à Washington pour obtenir le droit de recevoir des avions iraniens. Ce que l'Irak a gagné cette semaine, ce qu'il n'a pas gagné, et ce que cela dit de nous.
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Lundi 28 septembre, à l'aéroport de Bagdad, le général Saad Maan a pris possession de l'ancien quartier général américain et a dit à la presse locale que cela ne mettait pas fin à la coopération avec les « partenaires internationaux », mais ouvrait une relation « fondée sur le respect mutuel et l'indépendance de la décision irakienne ». Le mercredi 30, le porte-parole du Pentagone, Sean Parnell, annonçait que les derniers soldats de la coalition avaient quitté la base d'Erbil « en bon ordre », avec leur matériel. Le gouvernement irakien a décrété quatre « journées de la souveraineté », du 30 septembre au 3 octobre. Donald Trump, sur son réseau, a parlé d'« une excursion en enfer très coûteuse », d'« une victoire pour les États-Unis, une victoire pour l'Irak », et il a tranché en une ligne la querelle historique de sa génération : « une très mauvaise décision nous a mis dans ce bourbier ».
Quatre jours avant la fête, le samedi 26 septembre, le bureau du Premier ministre Ali al-Zaidi avait publié un autre communiqué, moins repris. Il y annonçait des discussions directes avec Washington pour obtenir que certains aéroports irakiens soient exemptés des sanctions américaines contre les compagnies aériennes iraniennes, « pour des raisons humanitaires liées aux soins, aux études, aux visites religieuses et aux intérêts des civils ». Depuis la veille, les quatre grands aéroports du pays, Bagdad, Nadjaf, Erbil et Souleimaniye, n'acceptaient plus un seul vol vers l'Iran. Non par décision irakienne : parce que les sociétés étrangères d'assistance au sol refusaient de toucher un appareil iranien de peur du Trésor américain.
Les deux communiqués viennent du même gouvernement, à quatre jours d'écart. Le premier dit que l'Irak est souverain. Le second demande une permission. Je voudrais prendre les deux au sérieux, parce que c'est entre les deux que se loge ce qui s'est réellement passé à Bagdad cette semaine, et ce que le mot souveraineté veut dire quand on le prononce dans un pays où l'on n'a jamais eu les moyens de le vérifier.
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Avant d'aller plus loin, nommons les acteurs, parce que les dépêches les supposent connus et qu'ils ne le sont pas.
Le gouvernement, d'abord. Ali al-Zaidi est Premier ministre depuis le mois de mai. C'est un homme d'affaires, nouveau en politique, que le Cadre de coordination, le bloc des partis chiites qui domine le Parlement, a sorti de son chapeau pour mettre fin à des mois de blocage après les élections de novembre 2025. Son cabinet n'est que partiel : le Parlement l'a approuvé en mai sans pourvoir plusieurs postes de sécurité, dont le ministère de la Défense. Le pays a donc fêté sa souveraineté militaire sans ministre de la Défense.
Les forces régulières ensuite : l'armée, la police fédérale, le Service de contre-terrorisme formé par les Américains, une aviation qui aligne des F-16 achetés à Washington. Le commandant de l'armée de l'air, le général Khalid al-Tamimi, a assuré lundi qu'aucune force de la coalition n'avait plus rien fait sur le sol irakien depuis le début de 2026 et que ses pilotes venaient de tenir dix jours de missions sans aide extérieure. Dix jours, a-t-il précisé.
Puis il y a le Hachd al-Chaabi, les Forces de mobilisation populaire, né en juin 2014 quand l'État islamique prenait Mossoul et que l'armée s'effondrait. Des dizaines de milices se sont levées à l'appel du clergé de Nadjaf ; une loi de 2016 les a rattachées à l'État et mises sur sa paie. Sur le papier, elles obéissent au Premier ministre, commandant en chef. Dans les faits, plusieurs ont gardé leur chaîne de commandement, leurs dépôts, leurs revenus et leurs attaches à Téhéran. Ce sont elles qui sont en cause dans l'affaire du désarmement, et trois familles s'y distinguent. Les groupes qui ont accepté de rendre les armes ou de se régulariser : Saraya al-Salam, la milice de Moqtada al-Sadr, intégrée en cérémonie à Samarra au mois de juin ; Asaib Ahl al-Haq ; les Kataib al-Imam Ali. Les groupes qui refusent : les Kataib Hezbollah et le Harakat al-Nujaba, les plus liés aux Gardiens de la révolution iraniens, qui parlent d'« armes de la résistance » et ont tiré, depuis février, sur des cibles américaines et sur des pays du Golfe. Entre les deux, l'Organisation Badr, la plus ancienne et la plus nombreuse, dont le chef Hadi al-Amiri a déclaré en août que le monopole des armes était « une décision irakienne », et qu'il n'y aurait pas d'affrontement entre l'État et « la résistance ». La formule ménage tout le monde. Ces factions se sont donné en octobre 2023 une enseigne commune, la « Résistance islamique en Irak », qui a déclaré mercredi n'être tenue « par aucun calendrier ni aucun accord ».
Au nord, la Région autonome du Kurdistan, avec son gouvernement à Erbil, ses Barzani, Nechirvan à la présidence, Masrour au gouvernement, et ses peshmergas, les combattants kurdes qui ont tenu le front contre l'État islamique en 2014. Le 21 septembre, neuf jours avant le départ américain, Erbil a annoncé la fusion en une seule force des peshmergas des deux partis rivaux, le PDK et l'UPK. C'est le Kurdistan qui perd le plus au retrait : les batteries Patriot et les systèmes anti-roquettes américains qui le couvraient sont repartis avec les soldats, selon les informations disponibles à Erbil.
Au nord encore, la Turquie, qui tient depuis décembre 2015 la base de Bachiqa, au nord-est de Mossoul, avec jusqu'à six cents soldats, et qui a accepté le 23 septembre, à New York, d'en commencer le transfert « graduel » à Bagdad, en échange d'un engagement irakien à rétablir l'autorité de l'État dans le Sinjar, où le PKK kurde s'est replié. Graduel : la souveraineté irakienne sur Bachiqa est une promesse datée, pas un état de fait.
L'Iran, enfin, et les États-Unis. L'un a ses relais armés et politiques dans le pays, et la force Qods des Gardiens de la révolution pour les tenir. L'autre conserve à Bagdad la plus grande ambassade du monde, un accord-cadre stratégique signé le 17 novembre 2008, les contrats d'armement, l'entretien des F-16, et un compte en banque dont il sera question plus bas. Reste l'État islamique, réduit selon le dernier rapport du secrétaire général des Nations unies à « quelques centaines » de combattants : assez pour tuer, plus assez pour tenir une ville.
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Le départ est réel, et il se mesure. On comptait 169 000 soldats américains en Irak au plus fort de l'occupation, en août 2007 ; 2 500 après la fin des opérations de combat, en décembre 2021 ; 1 500 soldats de la coalition regroupés à Erbil à la fin de 2025 ; zéro le 30 septembre. Le commandement central américain a déménagé en Jordanie l'état-major de la lutte contre l'État islamique. Les bases fédérales, Aïn al-Assad, le commandement conjoint de Bagdad, avaient été rendues le 18 janvier. Le calendrier avait été arrêté le 27 septembre 2024 entre l'administration Biden et le Premier ministre d'alors, Mohammed Chia al-Soudani ; Bagdad a refusé toute prolongation, et Marco Rubio a confirmé le 23 septembre qu'il n'y en avait eu « aucune discussion ». La date a été tenue au jour près.
Ce que les Américains laissent derrière eux se mesure aussi. Selon les registres du Pentagone, 4 418 soldats américains sont morts entre 2003 et 2011, 31 994 ont été blessés, et 123 sont morts depuis 2014 ; le bureau du budget du Congrès avait arrêté en avril 2011 la dépense militaire à 752 milliards de dollars, avant la seconde campagne. Côté irakien, les décomptes qui circulent, plus de 200 000 civils tués selon les uns, plus de 300 000 morts toutes catégories selon les autres, viennent d'organisations occidentales ; je les cite pour l'ordre de grandeur, pas pour l'unité. Vingt-trois ans après le 14 février 2003, le président des États-Unis dit à sa manière, en une ligne, ce que la France disait ce jour-là au Conseil de sécurité. J'y reviendrai.
Et ce qui est parti, c'est d'abord ce qui protégeait. Le ministère des Peshmergas compte plus de mille attaques de drones et de missiles sur la Région du Kurdistan depuis le 28 février, jour où les États-Unis et Israël ont ouvert la guerre contre l'Iran. Les Patriot d'Erbil en ont intercepté une partie. Ils sont dans les soutes. Masrour Barzani a dit dimanche que laisser le Kurdistan « sans aucun système de défense » était « un sujet d'inquiétude » ; le porte-parole militaire irakien, Sabah al-Numan, répond que Bagdad est « proche » d'acheter des défenses antiaériennes à la Corée du Sud, à la Turquie et aux États-Unis. Proche. Dans l'intervalle, le ciel irakien est ouvert, et les seuls à y disposer de missiles sont ceux que l'on prie de désarmer.
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Les partisans de la lecture souverainiste ont un argument que je veux donner dans toute sa force, parce qu'il est bon. L'Irak, disent-ils, a fixé la date du départ et l'a obtenue. Il a repris ses bases en janvier, sans incident. Son Parlement avait voté l'expulsion des forces étrangères le 5 janvier 2020, deux jours après que les Américains eurent tué le général Soleimani et le chef de milice Abou Mahdi al-Mouhandis à l'aéroport de Bagdad, et ce vote, non contraignant, a fini par s'exécuter six ans plus tard. Aucun État de la région n'a fait cela. La France de 1966 n'a pas fait autre chose quand le général de Gaulle a demandé le départ des troupes américaines : il a fixé une date, le 1er avril 1967, et elle a été tenue. Qui fixe la date du départ de l'Amérique et l'obtient a exercé la souveraineté dans ce qu'elle a de plus concret. Je l'accorde entièrement.
Mais la France de 1966 avait la bombe, le commandement de ses armées, sa monnaie et ses aéroports. Renvoyer une armée est un acte de souverain. Refuser, le lendemain, ce que l'ancien protecteur demande encore en est un autre, et c'est celui-là qui compte. Or le lendemain, pour l'Irak, est documenté jour après jour.
Par Eric V. 600 interpellations avant midi, 564 établissements perturbés, 40 proviseurs blessés. Un proviseur aspergé d'essence à La Ciotat, un commandant de police hospitalisé à Belfort. Et un gouvernement qui, en 24 heures, a donné deux explications incompatibles du même mouvement. Devaquet, le CIP, le CPE : 3 gouvernements ont déjà dangereusement joué cette partie, et l'ont perdue.
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600 interpellations avant midi. 564 établissements perturbés depuis ce matin. 40 proviseurs blessés, 65 personnels de l'Éducation nationale au total, chiffres du ministre ce matin. Hier, 1 207 établissements perturbés ou bloqués et 1 949 interpellations. Environ 400 lycées sur 3 700 sont fermés aujourd'hui.
Disons-le avant le reste, parce que cela ne se négocie pas. À La Ciotat, le proviseur du lycée de la Méditerranée a été aspergé d'essence et roué de coups. À Belfort, un commandant de police a été frappé au sol puis hospitalisé, et un suspect interpellé portait de l'acide chlorhydrique. Ceux-là ne portent aucune revendication. Un État qui ne protégerait ni les bâtiments ni les personnels manquerait à la seule mission que personne ne lui dispute.
Dans l'autre sens, 3 enquêtes de l'IGPN sont ouvertes depuis jeudi et un lycéen a été hospitalisé à Tours, la tête ouverte. La symétrie n'est pas morale, elle est factuelle : il y a de la violence des deux côtés du cordon, et c'est la marque des situations qu'on laisse durer.
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Jeudi, l'entourage du Premier ministre fait savoir que les services de renseignement voient dans la mobilisation une manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultragauche. Vendredi matin, le ministre de l'Éducation explique que le mouvement a « changé de nature » et qu'il est « pris en otage par des groupes violents ».
Ces deux phrases ne disent pas la même chose. La première dit : ce mouvement n'existe pas, il est fabriqué. La seconde dit : ce mouvement existe, et on le lui vole. Un gouvernement peut se tromper ; il ne peut pas tenir les deux récits en 24 heures et prétendre savoir à quoi il a affaire.
Ce sont les chefs d'établissement qui tranchent : les auteurs des violences ne sont pas leurs élèves. C'est exactement la distinction que Matignon refusait la veille, en mettant dans le même sac celui qui réclame un professeur de français et celui qui asperge un proviseur d'essence.
24 heures entre le dépôt et le retrait. On peut y voir de l'écoute. J'y vois une mesure qui n'avait jamais été arbitrée : elle vient d'un autre bout de Paris, elle tombe sur un ministère qui ne l'a pas demandée, elle met une allumette dans une salle déjà chaude. Pas de l'écoute : un rattrapage.
Et pendant que la rue de Grenelle ramasse, Matignon durcit : consigne de fermeté pénale transmise aux procureurs généraux, rassemblements interdits aux abords des lycées fermés, conférence de presse tenue place Beauvau. Un gouvernement qui traite une crise scolaire depuis l'Intérieur et le bureau du directeur de Cabinet à Matignon a déjà dit ce qu'il pensait du dossier.
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Novembre 1986. Le projet Devaquet soulève 500 000 personnes le 27 novembre. Le gouvernement tient. Dans la nuit du 5 au 6 décembre, Malik Oussekine meurt sous les coups de voltigeurs. Le ministre démissionne le 6, Jacques Chirac retire le texte le 8. Chirac est Premier ministre et candidat. Il perd en 1988.
Mars 1994. Le contrat d'insertion professionnelle — le SMIC jeunes — met la jeunesse dans la rue 5 semaines durant. Édouard Balladur retire le dispositif le 30 mars. Il est Premier ministre et favori des sondages. Il perd en 1995.
Mars 2006. Le contrat première embauche est promulgué le 31 mars et remplacé le 10 avril. Dominique de Villepin est Premier ministre, et le recours annoncé de son camp. Il ne sera jamais candidat.
Dans les 3 cas, le pouvoir a cédé sur la mesure. Dans les 3 cas, il est tombé quand même. Ce qui l'a emporté n'était pas le texte : c'était le temps passé entre le premier cortège et le retrait, et ce qu'il avait fait de ce temps. Tenir. Accuser. Charger. Ce n'est jamais la mesure qui emporte un gouvernement, c'est le délai qu'il met à la retirer.
Les 3 ont un autre point commun, et nous y sommes. Le SNES-FSU appelle à la grève le mardi 6 octobre, aux côtés des lycéens. C'est l'instant où des adultes rejoignent, et où un mouvement scolaire devient un mouvement social.
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Pourquoi recommencer une partie perdue 3 fois ? Pas par bêtise — la bêtise explique mal ce qui se répète. Par contrainte.
Pendant 40 ans, l'État français a éteint ses incendies sociaux en payant : une dotation à la filière mécontente, une dérogation à la profession bloquée, un dispositif à la génération en colère. Le 1er octobre, ce même État a déposé un budget qui demande 5,5 milliards aux retraités pour ramener le déficit de la sécurité sociale à 12,7 milliards, et il n'est pas certain de le faire voter. Il n'a plus de quoi acheter la paix. Quand un pouvoir ne peut plus payer, il n'a plus que des uniformes à offrir.
Ce n'est donc pas un gouvernement autoritaire par tempérament : c'est un gouvernement démuni qui découvre que le maintien de l'ordre est la dernière chose qu'il sache encore produire en quantité. Il en produit beaucoup. Et dire d'un mouvement qu'il est manipulé dispense d'écouter ce qu'il demande : des professeurs remplacés, des classes moins chargées, des bâtiments qui tiennent debout. On peut trouver ces revendications naïves. On ne peut pas les trouver séditieuses.
Nous avons notre part. Nous avons été nombreux, cette semaine, à regarder les vidéos en cherchant d'abord si le coup partait d'un casque ou d'une capuche, avant de chercher ce qui était réclamé. C'est confortable, et c'est exactement ce que le raidissement attend de nous : un uniforme plutôt qu'un argument.
Je ne sais pas si le mouvement tiendra après le 6 octobre. Je sais ce que 3 précédents disent de la méthode.
L'once valait 1 864,33 € en moyenne en janvier 2024. Elle vaut 3 689,71 € ce 1er octobre 2026 à 17 h 17, soit +97,9 % en euros. Une trésorerie qui y a placé 200 000 € détient aujourd'hui 395 800 €. La question n'est pas de savoir si le cours va continuer : c'est de savoir à quoi sert cet argent.
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Une entreprise qui a converti 200 000 € de trésorerie en janvier 2024 a acheté environ 3 337 grammes, soit 107,3 onces. Cette ligne vaut aujourd'hui 395 800 €, pour une plus-value latente de 195 800 €.
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Première chose : cette ligne n'appartient pas au Barbell
Il faut lever une confusion que je rencontre souvent, et qui conduit à des décisions fausses.
L'allocation Barbell que je préconise — 80 % de branche sûre dont 30 % d'or physique, 20 % de branche risquée — est calibrée sur un patrimoine personnel, cas type 500 000 €. Sa logique est la structure du risque sur un horizon long, sans échéance imposée.
Une trésorerie d'entreprise n'a pas cette propriété. Elle a une fonction : financer le cycle d'exploitation, le besoin en fonds de roulement, l'investissement et, le cas échéant, le remboursement d'une dette. Son horizon n'est pas choisi par le dirigeant, il est imposé par l'activité. Pour cette raison, la poche or d'une trésorerie d'entreprise est hors Barbell, au même titre que l'épargne de précaution d'un particulier ou qu'un dispositif d'épargne salariale : elle obéit à ses propres règles, et la cible de 30 % ne s'y applique pas.
Deux précautions qui en découlent. D'abord, rien n'interdit à une personne morale de détenir de l'or physique, mais la proportion compte : une société dont le bilan afficherait un stock d'or hors de proportion avec son activité s'expose à une requalification en négociant en métaux précieux, et au débat sur l'acte anormal de gestion. Les praticiens avancent un ordre de grandeur de 5 à 10 % de la trésorerie. Ensuite, le traitement comptable n'est pas unifié : selon la durée de détention envisagée, l'or est inscrit soit en instrument de trésorerie, soit en autres immobilisations financières — non amortissable, mais susceptible de dépréciation. Ce point se tranche avec votre expert-comptable, pas dans un article. On va voir qu'il commande aussi la fiscalité.
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Le gouvernement promet de ramener le déficit de la sécurité sociale de 21,8 à 12,7 milliards, et demande pour cela 5,5 milliards aux retraités. En décembre dernier, il avait promis 19,4. En mai, on en était à 23,2. Les chiffres de ce matin ne sont pas des prévisions : ce sont des répétitions.
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Reprenons le fil par un document. Le 31 décembre 2025, la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 est publiée au Journal officiel. Elle fixe un déficit de 19,4 milliards d'euros. Cinq mois plus tard, le 28 mai, la Commission des comptes de la sécurité sociale — l'organisme officiel chargé de tenir les comptes, pas un cabinet d'opposition — annonce que l'exercice finira plutôt à 23,2 milliards. Trois milliards huit cents de plus, en cent cinquante jours, sur un chiffre voté par le Parlement.
Ce matin, le même gouvernement a présenté le budget de la sécurité sociale pour 2027. Il y annonce un déficit de 12,7 milliards. Et pour y parvenir, il demande 5,5 milliards aux retraités.
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Deux mesures, et elles sont simples à comprendre une fois qu'on a retiré le jargon budgétaire.
La première est un partage des pensions en trois étages au 1er janvier. En dessous de 1 260 euros par mois, la pension suit l'inflation, intégralement. Entre 1 260 et 2 034 euros, elle ne la suit qu'en partie. Au-dessus de 2 034 euros, elle ne la suit plus du tout : elle est gelée. Personne ne baisse, et c'est tout l'art du procédé — on ne retire rien, on cesse de suivre. Rendement attendu : environ 4,1 milliards.
La seconde est fiscale, et elle est passée presque inaperçue. L'abattement de 10 %