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Glucksmann : la caste mondialiste riposte au populisme

12 October 2026 at 15:04

par Eric V.

66 % à la primaire, 12 % dans les sondages. Entre ces deux chiffres tient tout ce que Raphaël Glucksmann est : le candidat qu'un milieu se donne à lui-même pour répondre à Le Pen, Mélenchon et Trump. Ce milieu, le journal l'appelle la caste. Il vient de choisir son porte-parole.

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Aux Docks d'Aubervilliers, le 13 juin, on pouvait lire la salle comme une liste. Public Sénat l'a dressée : Carole Delga, Marisol Touraine, Anne Sinclair, Bernard Kouchner, Bérénice Bejo, Michel Hazanavicius, Laurence Tubiana, une dizaine de députés, presque autant de sénateurs. Une présidente de région, une ancienne ministre, une figure historique de la télévision, un ancien ministre des Affaires étrangères, deux figures du cinéma, l'architecte de l'accord de Paris sur le climat. Ces gens ne se sont pas concertés pour venir. Ils sont venus parce que c'était là qu'il fallait être. C'est à cela qu'on reconnaît une caste : un ensemble hétéroclite dont les membres réagissent de la même manière sans s'être donné le mot.

La caste existe-t-elle ? ou la France mise sous séquestre
La caste n’est ni une classe ni un complot : un habitus et une fermeture. Épisode 1 de notre série — définition, généalogie, et la France mise sous séquestre.

Quatre mois plus tard, 66,13 % des 120 000 votants de la primaire socialiste lui ont donné l'investiture. Dans le pays, Cluster17 le mesure entre 12 et 14 % ; l'Ifop place Marine Le Pen à 35 %. Le contraste n'est pas une faiblesse de campagne. C'est la définition même de sa candidature : plébiscité par ceux qui décident, ignoré par ceux qui votent.

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Ce que « mondialiste » veut dire ici

Le mot n'est pas une insulte, et il ne désigne aucun complot. Il décrit un horizon de carrière. Raphaël Glucksmann est député européen depuis 2019. Avant cela, il a été conseiller du président géorgien Mikheil Saakachvili, de 2008 à 2012. Son

premier mandat électif, il l'a obtenu à Strasbourg. Ses sujets, il les a choisis à Bruxelles : le filtrage des investissements étrangers, dont il fut rapporteur, un ISF européen, un fonds souverain européen, un Buy European Act. Son programme promet la fin du règlement de Dublin, une convention citoyenne sur l'immigration, le refus de « l'immigration zéro ». La nation y figure comme un échelon d'exécution. La décision, elle, se prend un cran au-dessus.

Et c'est en ces termes qu'il décrit lui-même son combat. À Aubervilliers, il a accusé l'extrême droite de vouloir « vendre la France à Trump et Poutine ». Il a nommé « les trois laisses » qui enserrent le cou des Français : les énergies fossiles, la Chine, le numérique. Il n'en a pas nommé une quatrième : celle que tiennent la Commission, la Cour de justice et les traités. On ne voit pas la laisse qu'on tient soi-même.

Pourquoi la riposte prend cette forme

Le populisme, tel qu'il s'est installé de Washington à Rome, tient en une phrase, et Marco Rubio l'a prononcée à Athènes le 7 octobre : il n'y a « rien d'égoïste ni de répréhensible dans la loyauté envers sa nation ». Face à cela, la caste française n'a pas de doctrine. Elle a un réflexe, et c'est le même depuis 2017 : trouver un homme jeune, européen, bien né, qui parle de progrès, et le placer entre « les extrêmes ».

Les ressemblances avec Macron ne sont pas un hasard, elles sont un procédé. Un mouvement à son nom plutôt qu'un parti, Place publique en 2018 comme En Marche en 2016. Un livre au printemps, puis des salles pleines avant toute déclaration, puis une candidature au journal de 20 heures. Le service national obligatoire, promesse de Macron en 2017, revient tel quel. La convention citoyenne, inventée pour le climat en 2019, est resservie pour l'immigration. Le Buy European est un slogan macronien de la première heure. La caste ne change pas de méthode quand la méthode échoue ; elle change de visage.

Il y a une différence, et elle compte : Glucksmann est passé par une primaire, et il l'a gagnée. Macron avait tout fait pour l'éviter. Mais regardons de près cette primaire. 140 282 inscrits, dont 42 695 sympathisants à 15 euros, un vote en ligne, une liste close le 5 octobre. C'est le corps électoral d'une grande entreprise, pas celui d'un pays. Le peuple de la primaire, c'est le peuple d'Aubervilliers élargi. Il a choisi celui qui lui ressemblait le plus.

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Le populisme a produit son adversaire

Et c'est ici qu'il faut cesser de regarder la caste pour nous regarder nous-mêmes. Si la riposte peut prendre la forme d'un homme sans programme chiffré, c'est que le populisme français n'a rien produit depuis huit ans qu'une humeur. Le Rassemblement national à 35 % n'a pas publié son programme pour 2027. Les gilets jaunes ont réclamé un référendum et n'ont jamais écrit la question. Nous avons fourni la colère. La caste a fourni le candidat. Entre une colère sans texte et un texte sans colère, l'électeur modéré choisira le texte, même vide.

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Dernier mot

Raphaël Glucksmann n'est pas le candidat de la gauche. Il est le candidat par lequel un milieu qui a gouverné la France depuis 2017, et qui sait qu'il va perdre, organise sa survie sous une autre étiquette. Ce milieu l'a adoubé à 66 %. Le pays l'ignore à 88 %.

Ce qui le fera exister, ce n'est pas lui. C'est nous, si nous persistons à n'opposer à la caste qu'un bulletin de mauvaise humeur. Une riposte ne tient que tant que l'adversaire n'a rien d'autre à proposer qu'un cri.

L'humeur de Veerle Daens : Glucksmann s'excuse ? ou le grand art du « désolé si »

By: CDS
5 October 2026 at 10:14

Le 17 septembre, Raphaël Glucksmann dit que Ségolène Royal a fait « la danse du ventre à Macron ». Le 2 octobre, la vidéo sort. Le 4, sur BFMTV, il s'excuse : « désolé si ces propos ont été perçus comme étant du sexisme ». Et, dans la même séquence : « j'assume complètement ». Deux phrases, un seul homme.

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Mes chers libertariens de l'Absurdistan, il faut que je vous raconte ce que j'ai vu dimanche soir sur une chaîne d'information française, parce que je crois avoir assisté en direct à la naissance d'un temps verbal.

Cinq candidats sur un plateau : Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Ségolène Royal, Jérôme Guedj, Emmanuel Maurel. Dernier débat avant que les militants votent, les 9 et 10 octobre. Pendant ce temps, une autre gauche organise sa propre primaire le 11. Deux primaires en trois jours : chez nous on appelle ça une querelle de clocher, mais il faut au moins deux clochers, et la France a trouvé le moyen d'en bâtir un second pour l'occasion.

Et de quoi parle-t-on, ce dernier soir, avec quatre cents lycées bloqués dans le pays ? D'une métaphore chorégraphique.

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Le 17 septembre, en réunion politique, monsieur Glucksmann a dit que madame Royal avait fait « la danse du ventre à Macron ». Le 2 octobre, un média de gauche sort la vidéo. L'intéressée y voit « une agression à connotation sexuelle ». Le 4, sur le plateau, il faut bien dire quelque chose. Et il dit ceci, que je vous recopie mot pour mot, parce qu'aucune paraphrase ne lui ferait justice :

« Je suis vraiment désolé si ces propos ont été perçus comme étant du sexisme. »

Arrêtons-nous sur le si, mes amis. C'est une pièce d'horlogerie. En deux lettres, il déplace la faute de la bouche vers l'oreille.

Reprenons calmement, comme ferait un inspecteur de Malines avec son carnet. Avez-vous prononcé la phrase ? Oui. La regrettez-vous ? Si elle a été perçue. Perçue par qui ? Par celle qui l'a entendue. Et si elle ne l'avait pas perçue ? Alors il n'y aurait rien eu à regretter. Nous y sommes : la faute n'habite pas celui qui parle, elle habite celui qui écoute. Le regret est adressé non pas à une femme, mais à une hypothèse — et l'hypothèse, c'est elle.

Le même soir, il a concédé que certains passages étaient vulgaires, qu'il ne fallait pas employer ces mots dans le débat public, et que sur le fond il assumait complètement. Comptons : il regrette la forme, il garde le fond, et il laisse à son adversaire la charge d'avoir mal entendu. Bruegel aurait mis trois personnages là où il n'y a qu'un homme en costume bleu.

Il a aussi dit que la conversation était privée. Olivier Faure, assis à côté, lui a fait observer qu'une réunion politique n'est pas une conversation privée. Voilà le détail que je garde de la soirée : pas la vulgarité, qui est banale, mais l'aplomb de reclasser une réunion de parti dans ses affaires intimes le jour où la bande sort.

Et maintenant la symétrie, mes chers lecteurs sans tableur, car c'est là que le tableau se retourne. Voici une famille politique qui a passé dix ans à enseigner à la France que l'intention de celui qui parle ne compte pour rien, et que seul compte l'effet sur celui qui reçoit. Dix ans de colloques, de chartes, de modules obligatoires. Et son candidat, sommé de s'appliquer la règle, explique que l'effet sur celle qui reçoit est une erreur de réception. Le ressenti valait preuve, jusqu'au jour où il fut celui de madame Royal.

Je ne vous laisse pas sortir d'ici innocents. Le désolé si n'est pas une invention de la gauche française. C'est la langue maternelle de tous les dîners de famille et de tous les entretiens annuels d'évaluation du continent : désolé si tu l'as mal pris. Nous le parlons tous couramment. Lui a seulement eu le malheur de le parler devant une caméra, six jours avant un vote.

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Chez nous, on dirait que toute l'affaire est un doekje voor het bloeden : le petit linge qu'on pose sur la plaie, qui ne soigne rien, mais qui permet de dire qu'on a fait quelque chose.

Une dernière question, à méditer devant votre genièvre. Si l'on peut désormais regretter au conditionnel ce qu'on a dit à l'indicatif, qu'est-ce qui empêche d'aller jusqu'au bout — de promettre au conditionnel, de voter au conditionnel, de gouverner au conditionnel ? Je suis vraiment désolé si ce quinquennat a été perçu comme un échec.

Réfléchissez. En Flandre, on a déjà commencé à conjuguer.

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Mais pourquoi Glucksmann voit-il des génocides partout, sauf à Gaza ?

24 September 2026 at 15:12

Par Eric V.

En janvier 2022, Raphaël Glucksmann saluait le vote reconnaissant « le génocide des Ouïghours ». Hier, face à Ségolène Royal, il refusait encore le mot pour Gaza. Entre les deux, une commission de l'ONU a conclu au génocide. Lui, non. Il faudrait savoir ce qui a changé : les faits, ou l'accusé.

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Le 20 janvier 2022, l'Assemblée nationale adopte une résolution qui « reconnaît » les violences infligées aux Ouïghours comme constitutives d'un génocide. Aucune juridiction n'a statué. Aucun organe des Nations unies n'a prononcé le mot. Raphaël Glucksmann, alors député européen, s'en félicite sur X : « Tous les groupes ont voté pour la résolution reconnaissant et condamnant le génocide des Ouïghours […] : c'est un message fort envoyé au régime chinois. » Le mot est posé, et il est applaudi.

Mars 2024. Le même homme, interrogé sur Gaza : « J'ai un emploi extrêmement précautionneux du terme génocide. » Il parle de carnage.

Septembre 2025. La commission d'enquête internationale indépendante mandatée par le Conseil des droits de l'homme conclut qu'Israël commet un génocide à Gaza. Elle retient quatre des cinq actes énumérés par la Convention de 1948 et nomme Netanyahou, Herzog et Gallant. Elle est présidée par Navi Pillay, ancienne présidente du Tribunal pénal international pour le Rwanda, ce qui ne manque pas de sel pour le coréalisateur de Tuez-les tous !.

Hier soir enfin, sur LCI, Ségolène Royal lui lance : « Si les mots sont importants, il faut reconnaître le génocide. » Il refuse. Crimes de guerre, crimes contre l'humanité, tout ce qu'on voudra — le mot, non.

Rwanda : la Cour de Cassation clôt le mythe de la complicité française...
Bisesero : la Cour de cassation a rejeté les pourvois le 9 septembre 2026. Ce que l’arrêt juge en droit, ce qu’il laisse à l’appréciation des juges du fond.
Comment le dictateur Kagamé a construit le narratif anti-français du génocide rwandais avec Glucksmann et Gourevitch
Un livre de Gourevitch, un film de Glucksmann : comment Kigali a fait d’un récit occidental du génocide une raison d’État, avec la France pour coupable désigné.
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Deux dossiers, un seul dictionnaire

Posons les deux dossiers côte à côte, sans rien y ajouter.

Xinjiang, janvier 2022 : pas de juge, pas de conclusion onusienne. Le rapport du Haut-Commissariat, publié sept mois plus tard, parlera de possibles crimes contre l'humanité — pas de génocide. Verdict Glucksmann : génocide, et bravo.

Gaza, septembre 2026 : une commission de l'ONU conclut au génocide, une procédure est pendante devant la Cour internationale de justice. Verdict Glucksmann : précaution.

Si le critère était le juge, les Ouïghours n'auraient pas eu droit au mot. Si c'était le poids des conclusions internationales, Gaza l'aurait obtenu la première. Si c'était l'ampleur des morts, la question ne se poserait même pas. Reste une variable, une seule, qui couvre les deux cas sans en laisser un de côté : l'identité de l'accusé. Contre Pékin, le mot circule librement. Contre un allié, il devient précautionneux.

Je ne sais pas ce qui se passe dans la conscience de M. Glucksmann, et je suppose qu'il est sincère dans les deux cas. Le tableau n'a pas besoin de ses intentions. Il suffit qu'on le lise.

L'intention, justement

La meilleure défense de Glucksmann tient en un mot, et c'est un mot de juriste : l'intention. Le génocide exige la preuve d'une volonté de détruire un groupe comme tel. Au Xinjiang, les camps et les stérilisations forcées documentaient une politique d'État ; à Gaza, il y a une guerre, un ennemi armé, un 7 octobre, et l'intention se discute. C'est un argument sérieux, et il mérite mieux qu'un haussement d'épaules.

Il a pourtant deux défauts. Le premier : c'est précisément sur l'intention que la commission Pillay s'est prononcée, en s'appuyant sur les déclarations publiques des dirigeants israéliens. On peut contester sa conclusion. On ne peut pas prétendre qu'elle n'a pas regardé. Le second : cette exigence probatoire, si scrupuleuse aujourd'hui, personne ne l'a vue à l'œuvre en 2022, quand il s'agissait d'applaudir un vote sans juge. La rigueur qui ne s'exerce que d'un côté n'est pas de la rigueur. C'est un tri.

Le Courrier n'a pas besoin de trancher la qualification juridique de Gaza pour constater ceci : l'étalon a changé en cours de route, et personne n'a été prévenu.

NAZA ? ou la déchéance opposée aux témoins de Gaza
Comment établir le génocide à Gaza ? — chronique documentaire de la semaine du 11 au 17 septembre 2026. Avec Élise Rochefort.

Le mot devenu carte de membre

Le plus inconfortable reste à dire, et il ne concerne pas seulement Glucksmann. Ceux qui trouvaient grotesque la résolution de 2022, et qui exigent aujourd'hui le mot pour Gaza, font exactement la même opération, en miroir. Chaque camp tient son registre : ici des génocides, là des carnages, ailleurs des « opérations ». Nous avons fait du terme le plus lourd du droit international un signe de reconnaissance entre gens du même bord. Qui l'emploie dit moins ce qu'il a vu que de quel côté il se tient.

Ce n'est pas nouveau, et c'est bien le problème. Mais d'un éditorialiste, on peut s'en accommoder. D'un candidat à la présidence de la République, non. Celui qui entrera à l'Élysée votera à l'ONU, signera des ventes d'armes, choisira ses silences au Conseil de sécurité. On sait désormais avec quel dictionnaire il le ferait.

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Dernier mot

Un mot qu'on accorde selon l'accusé n'est plus une qualification. C'est une allégeance.

M. Glucksmann a bâti sa réputation sur l'idée que nommer les crimes est le premier devoir d'un homme libre. Il a raison. Il lui reste à nous expliquer pourquoi ce devoir, impérieux à Pékin, devient facultatif ailleurs.

Précautionneux, donc.

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