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Received yesterday — 20 October 2026 ⏭ Le Courrier des Stratèges

Après le 17 octobre, qui a demandé plus d’État ?

20 October 2026 at 20:13

Par Elise Rochefort

En trois jours, les candidats à la présidentielle ont proposé l’état d’urgence, le blocage des réseaux sociaux, l’armée dans les rues, l’interdiction des manifestations et le report d’une élection. Presque tous ont réclamé de l’ordre ; un petit nombre seulement a réclamé des pouvoirs d’exception. C’est cette différence que mesure la carte des forces politiques du Courrier, recalculée au 20 octobre.

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Le Courrier des Stratèges publie depuis le 12 octobre une carte qui place une trentaine de partis et de personnalités sur deux axes. L’axe horizontal mesure le lieu où se prend la décision, de Bruxelles à Paris. L’axe vertical mesure ce que chacun attend de l’État, de la planification (+5) à l’ordre spontané (−5). La journée du 17 octobre et ses suites ont produit, en trois jours, plus de déclarations sur le rôle de l’État que les trois mois précédents. La carte a été recalculée sur cette base. Seul l’axe vertical a bougé.

Après le 17 octobre, qui a demandé plus d’État ?

La règle appliquée

Les déclarations retenues sont datées du 17 au 20 octobre et rapportées par la presse ou publiées par leurs auteurs. Elles ont été classées en trois catégories.

La première regroupe les mesures d’exception qui suspendent des libertés : état d’urgence, blocage des réseaux sociaux, recours à l’armée pour le maintien de l’ordre, interdiction générale de manifester, internement préventif, report d’une élection. Chacune déplace l’acteur d’un demi-point vers le haut.

La deuxième regroupe des mesures plus limitées : couvre-feu, dissolution d’associations, sanction par les prestations sociales, prix fixé par l’État. Chacune compte pour un quart de point. La troisième regroupe les réserves explicites sur ces mesures au nom des libertés publiques : un quart de point vers le bas.

Le reste est tenu pour neutre. La fermeté pénale, la demande de moyens policiers supplémentaires ou la mise en cause du ministre de l’Intérieur relèvent des fonctions régaliennes de l’État, que personne ne conteste. Un candidat qui réclame des condamnations rapides ne demande pas plus d’État ; il demande que l’État fasse ce qui lui revient. La variation est plafonnée à un point par acteur.

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Ceux qui montent

Bruno Retailleau a demandé le 18 octobre la réunion du Conseil des ministres « sans délai » pour déclarer l’état d’urgence, « comme cela a été fait en 2005 » (Les Surligneurs). Il a ensuite proposé de modifier les dates de l’élection présidentielle et la déchéance de nationalité des binationaux auteurs de pillages (Europe 1). Il passe de +4 à +5, la note la plus haute de l’échelle.

Gabriel Attal a proposé sur RTL un blocage des réseaux sociaux « temporaire, ciblé sur les territoires où se déroulent les émeutes » (Public Sénat), puis le recours « temporaire » aux forces armées. Il passe de +2,8 à +3,8. C’est la plus forte progression du bloc central.

À Nice, Éric Ciotti a instauré avec le préfet un couvre-feu pour les mineurs jusqu’au 26 octobre et demandé la dissolution d’associations ainsi que la suspension des aides des parents des auteurs (Nice Premium). L’UDR passe de +2,6 à +3,6. Les Républicains, dont le secrétaire général a réclamé l’état d’urgence, passent de +3 à +3,5.

Les autres déplacements sont plus modestes. Emmanuel Macron, qui a annoncé que les préfets pourraient « aller jusqu’à interdire » certains rassemblements tout en écartant l’état d’urgence (Élysée), gagne un quart de point. Jordan Bardella aussi, pour la suspension des allocations familiales des familles de récidivistes. Nicolas Dupont-Aignan et Debout la France gagnent un quart de point pour une baisse administrée de 50 % du prix de l’électricité.

Le cas Lisnard

David Lisnard occupait jusqu’ici, à −2, la position la plus basse de la droite. Sur TF1, il a déclaré que « l’État est devenu une fiction » et que « moins l’État est capable de punir ceux qui cassent, plus il entrave nos libertés » (21 News). Dans la même intervention, il a demandé l’interdiction des manifestations prévues les 24 et 31 octobre, jugé l’état d’urgence utile pour les perquisitions administratives, et refusé un couvre-feu à Cannes faute de besoin constaté. Le solde le fait passer de −2 à −1,5. Avec Sarah Knafo, il reste l’un des deux seuls acteurs de droite sous la ligne médiane. Ses propos ne sont rapportés que par des sources secondaires.

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Ceux qui descendent, ceux qui ne bougent pas

À gauche, Fabien Roussel a qualifié les couvre-feux d’« aveu d’échec », Marine Tondelier a jugé qu’ils frappent des habitants « qui n’ont participé à aucune violence », Olivier Faure a demandé une « désescalade » (BFMTV via Yahoo ; LCP). Le PCF, le PS, les Écologistes et Marine Tondelier perdent chacun un quart de point. La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon ne bougent pas : leur refus de l’état d’urgence et des couvre-feux est compensé par la demande d’un blocage des prix.

Plusieurs acteurs ont tenu des propos d’une grande fermeté sans proposer de mesure d’exception. Sarah Knafo réclame que les casseurs soient « enfermés » et les étrangers « expulsés » ; Raphaël Glucksmann demande d’agir « de manière extrêmement ferme » ; François Hollande et Édouard Philippe mettent en cause les moyens et le renseignement. Selon la règle retenue, ces positions relèvent du régalien et ne modifient pas les notes. Marine Le Pen et le Rassemblement national n’ont pris position, dans les sources consultées, ni sur l’état d’urgence ni sur les couvre-feux. Aucune déclaration datée n’a été trouvée pour Dominique de Villepin, François Bayrou, François Ruffin, François Asselineau ou Florian Philippot.

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Les limites de l’exercice

La règle est un choix éditorial. Une autre pondération donnerait d’autres chiffres, et les déclarations d’une semaine de crise ne disent pas tout d’un programme. Plusieurs sources n’ont pu être lues qu’indirectement : franceinfo, France 24 et les réseaux sociaux bloquent la consultation automatique. Le déplacement de Marion Maréchal, de +1,5 à +2, repose sur une source unique et reste à confirmer. Les propos à caractère identitaire tenus pendant la période n’entrent pas dans le calcul, qui ne mesure que le rôle attribué à l’État.

La carte recalculée est disponible avec le tableau complet des justifications. Elle sera de nouveau mise à jour après la journée du 24 octobre.

Indemnités de rupture : comment organiser son licenciement pour les optimiser

20 October 2026 at 19:04

Par Vincent Clairmont

150 000 euros négociés en 2026 laissent environ 132 700 euros nets à un cadre payé 100 000 euros par an. Les mêmes 150 000 euros, en rupture conventionnelle au 1er janvier 2027, lui en laisseraient environ 100 400. Écart : 32 000 euros, à cause d’un seul chiffre, le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS, 48 060 euros en 2026), que l’article 2 du projet de loi de finances et l’article 6 du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) veulent imposer comme limite unique d’exonération.

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Ma thèse : pour un cadre qui envisage de partir, la seule décision qui compte cette année est le mode de rupture, et elle doit être signée au plus tard le 16 novembre. Le reste est de l’habillage.

Le cas chiffré

Hypothèses, que chacun adaptera : cadre célibataire, 100 000 euros bruts par an, 15 ans d’ancienneté, indemnité légale de licenciement de 34 700 euros (un quart de mois par année jusqu’à dix ans, un tiers au-delà), revenu net imposable hors indemnité d’environ 70 000 euros, indemnité totale négociée de 150 000 euros. Cotisations calculées à environ 11 % côté salarié et 42 % côté employeur sur la part assujettie, taux usuels au-dessus du plafond pour un cadre. Barème de l’impôt 2026.

Aujourd’hui. L’exonération d’impôt couvre le plus élevé de trois montants : l’indemnité légale, deux fois le salaire annuel (200 000 euros), la moitié de l’indemnité. Les 150 000 euros sont donc entièrement exonérés d’impôt. Les cotisations ne s’appliquent qu’au-delà de deux PASS, soit sur 53 880 euros : environ 6 100 euros pour le salarié. La CSG-CRDS (9,7 %) frappe tout ce qui dépasse l’indemnité légale, soit 115 300 euros : 11 200 euros. Net : environ 132 700 euros.

En 2027, texte du gouvernement. Tout ce qui dépasse 48 060 euros, soit 101 940 euros, devient imposable et soumis aux cotisations comme à la CSG-CRDS. La CSG baisse légèrement (9 900 euros), les cotisations salariales doublent presque (11 500 euros), et l’impôt sur le revenu apparaît : environ 32 700 euros, ramenés à 28 200 euros avec le système du quotient. Net : entre 100 400 et 104 900 euros.

En 2027, texte voté en séance. Les députés ont adopté deux amendements (I-1300 et I-1591, LégiFiscal) qui sortent les indemnités de licenciement du plafond fiscal. Si cette version survit au Sénat, un licenciement resterait exonéré d’impôt, et seul le volet social durcirait. Net : environ 128 600 euros, soit 4 100 euros de moins qu’en 2026. La rupture conventionnelle, elle, resterait plafonnée : environ 100 400 euros nets.

Côté employeur, la rupture conventionnelle porte en plus une contribution patronale de 40 %. Elle représente aujourd’hui 38 400 euros sur notre cas, et environ 19 200 euros en 2027, parce que son assiette serait réduite à un PASS. Les cotisations patronales passeraient d’environ 22 600 à 42 800 euros. Le coût total d’une rupture conventionnelle pour l’employeur reste donc à peu près stable entre 2026 et 2027, autour de 61 000 à 62 000 euros au-delà de l’indemnité. Un licenciement lui coûterait 38 000 euros de moins en 2026, et 19 000 de moins en 2027.

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Partie 1 — Avant le 31 décembre : la rupture conventionnelle, et elle seule

À Roanne, la mairie veut ficher l’ADN des chiens pour verbaliser leurs maîtres

À Roanne, dans la Loire, la lutte contre les crottes de chien prend désormais la forme d’une enquête génétique. Le maire Les Républicains de Roanne, assume son ambition : « on peut manger par terre et c'est ce que j'aimerais pour la ville. » Une promesse de propreté qui pourrait déboucher sur une nouvelle mécanique administrative.

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Faute de pouvoir compter sur la seule présence humaine pour faire respecter la propreté, la municipalité de Roanne envisage de recourir à la génétique pour identifier les propriétaires de chiens laissant leurs déjections sur la voie publique. Le dispositif, inspiré de Béziers, arrive quand les services publics de proximité se raréfient.

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Des déjections transformées en preuves génétiques

Prélever l’ADN des chiens, constituer une base de référence, puis analyser les déjections abandonnées sur la voie publique pour tenter d’identifier l’animal et, par conséquent, son propriétaire. Une fois la correspondance établie, une sanction pourrait être prononcée.

L’idée n’est pas nouvelle, la municipalité s’inspire de l’expérience menée à Béziers, tandis que d’autres collectivités cherchent également à sanctionner les propriétaires négligents. À Flesselles, dans la Somme, un arrêté prévoit une amende de 135 euros pour les déjections canines non ramassées. Ce montant concerne Flesselles, et non Roanne, où ni le coût du dispositif ni celui de la sanction envisagée n’ont été publiquement chiffrés dans les informations disponibles.

Reste une série de questions pratiques : combien coûteront les prélèvements, les analyses en laboratoire, la constitution du fichier et son actualisation ? Comment seront établies les correspondances génétiques et contestés les résultats litigieux ? L’efficacité du dispositif dépendra autant de sa fiabilité que de son coût pour les contribuables.

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La propreté municipale à l’heure du laboratoire

La propreté des rues relève d’abord de règles élémentaires, de contrôles de proximité et d’une présence humaine capable de prévenir les incivilités. Avec le traçage génétique, la commune envisage une chaîne technique plus complexe, mobilisant données biologiques, prestataires spécialisés et procédures de verbalisation.

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Le risque est celui d’une fuite en avant bureaucratique : à chaque incivilité, son fichier, son analyse et son dispositif de sanction. Avant de transformer les chiens en suspects génétiques, la mairie devra démontrer que cette technologie est juridiquement encadrée, proportionnée et économiquement justifiée.

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Cette gestion à distance séduit les édiles parce qu’elle est visible, sanctionnable et rentable en communication. Elle laisse surtout entière la question que personne ne pose à Roanne : combien cela coûtera-t-il, et à qui profitera le marché ?

Naufrage policier du 17 octobre : ce que le libertarien Molinari proposerait

20 October 2026 at 10:03

Par Élise Rochefort

En 1849, un économiste libéral, Gustave de Molinari, soutenait que la sécurité est une marchandise comme une autre : produite en monopole, elle coûte cher, elle est mal rendue, et son producteur ne rend de comptes à personne. Le 17 octobre, le monopole n’a pas livré. Une mairie a brûlé, des milliers de commerces ont été pillés, et le ministre responsable est resté en place. La conclusion qu’en tirait Molinari : ouvrir la sécurité à la concurrence, parce qu’un fournisseur que ses clients ne peuvent pas congédier n’a aucune raison de mieux faire.

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Le bilan de la journée du 17 octobre est connu : près de 2 400 interpellations selon le ministère de l’Intérieur, l’hôtel de ville de Limoges en partie détruit, des pillages dans plusieurs grandes villes (AP). Le 19 octobre, le président de la République a reconnu des défaillances dans l’anticipation et le renseignement, et refusé la démission de Laurent Nuñez (Boursorama/AFP). Le gouvernement met en cause des groupes organisés de casseurs et de militants d’ultragauche ; une partie de l’opposition et des élus locaux mettent en cause l’organisation du maintien de l’ordre. La grille de Molinari conduit à une troisième lecture.

Gustave de Molinari (1819-1912) est un économiste né à Liège, établi à Paris à partir des années 1840. Il appartient à l’école libérale française. Il a dirigé le Journal des économistes de 1881 à 1909. Le terme de libertarien n’existait pas de son vivant ; il lui est appliqué rétrospectivement, notamment par des auteurs américains du XXᵉ siècle qui le tiennent pour un précurseur. Son texte le plus discuté, De la production de la sécurité, paraît dans le Journal des économistes en février 1849. Il en reprend l’argument la même année dans la onzième des Soirées de la rue Saint-Lazare.

Par quoi voulons-nous remplacer la démocratie représentative ?
Huit jours de diligence en 1800, quelques secondes aujourd’hui : pourquoi votons-nous encore comme sous le Consulat ? Les cinq piliers de la démocratie liquide.
L'État est-il trop ruiné pour rétablir l'ordre dans les rues ?
Munitions en manque, équipements de la police en baisse de 7 % en 2027, dette à 72,9 Md€ : l'État a-t-il encore les moyens de tenir la rue ?
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La thèse est la suivante. La sécurité des personnes et des biens est un service, que des producteurs fournissent à des consommateurs. Comme tout service, elle est mieux produite et moins chère lorsque les consommateurs peuvent choisir leur fournisseur. Lorsqu’un producteur unique en détient le monopole, le service tend à devenir plus coûteux et de moindre qualité, et le producteur tend à servir ses propres intérêts avant ceux des consommateurs. Molinari en déduit que la production de sécurité devrait être ouverte à la concurrence. Cette conclusion n’a été reprise par aucun État et reste contestée, y compris parmi les économistes libéraux.

Appliquée aux événements du 17 octobre, cette grille conduit à quatre observations.

La première porte sur la sanction de l’échec. Le président de la République reconnaît une défaillance et maintient le ministre en fonctions. Dans la lecture de Molinari, l’absence de conséquence pour le producteur découle de l’absence d’alternative pour le consommateur : une commune ou un commerçant ne peut pas changer de fournisseur de sécurité publique. L’Élysée justifie au contraire le maintien de Laurent Nuñez par la nécessité de maintenir la continuité du commandement des forces de l’ordre dans le contexte actuel, et lui demande la transparence complète sur les défaillances constatées.

La deuxième porte sur le coût. Les commerçants touchés financent la sécurité publique par l’impôt. Ils supportent en outre les franchises d’assurance, les pertes

Par quoi voulons-nous remplacer la démocratie représentative ?

20 October 2026 at 09:10

Par Eric V.

En 1800, il fallait huit jours de diligence pour aller de Paris à Toulouse. Il faut aujourd’hui quelques secondes pour consulter cent mille personnes. Nous votons pourtant comme sous le Consulat : un nom, tous les cinq ans, et la paix jusqu’au suivant. Voici ce que nous proposons à la place, pilier par pilier.

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Huit jours. C’était, en 1800, le temps qu’il fallait à un député de la Haute-Garonne pour rentrer chez lui. En 1870, le train avait ramené le voyage à vingt heures. Dans ces conditions, demander à un élu de consulter ses électeurs avant chaque vote relevait de la plaisanterie, et la démocratie représentative n’était pas une confiscation : c’était une contrainte de transport, habillée en principe.

Le transport a changé. Le principe est resté. Un sondage sur Telegram réunit des dizaines de milliers de réponses dans la matinée ; une banque authentifie un virement en deux secondes ; la métropole se traverse en moins de deux heures d’avion. Et nous continuons de remettre, tous les cinq ans, la totalité de notre part de souveraineté à un homme ou à une femme que nous n’avons souvent pas choisi, mais seulement préféré à pire.

Ce journal défend depuis des années une autre organisation : la démocratie liquide. J’en ai posé les premiers jalons dans Faut-il quitter la France ? en 2012, je l’ai reprise ici même en juin 2022, et j’en ai tenté une théorie d’ensemble dans le deuxième chapitre du Traité pour le monde d’après. On me demande souvent, à raison, de dire concrètement ce que le mot recouvre. Voici.

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Cinq cents personnes pour des milliers de pages

Commençons par ce qui ne marche plus, et par le chiffre qui le résume le mieux. En 1980, le recueil annuel des lois publié par l’Assemblée nationale comptait 632 pages. En 2004, il en comptait 2 556 — quatre fois plus, selon le décompte que la revue Pouvoirs publiait en 2005. Ces pages sont votées par quelques centaines de personnes, absorbées par leur carrière, qui doivent avoir un avis éclairé le lundi sur la fiscalité des holdings, le mardi sur la programmation militaire et le jeudi sur le remboursement des prothèses dentaires.

Personne ne peut tenir ce rythme, et personne ne le tient. Dans le même temps, l’élévation générale du niveau de formation a créé, dans le pays, des réserves de compétence qui dépassent de très loin celles du Parlement. Sur l’énergie, la finance ou la santé, des milliers d’ingénieurs, de praticiens et de cadres connaissent mieux le dossier que le rapporteur. La représentation les écarte par construction : elle opère une soustraction de l’intelligence là où une société instruite pourrait la multiplier.

Faut dire que les partis ont fait le reste. Le multipartisme devait garantir la pluralité des opinions ; il fonctionne, en pratique, comme un filtre qui élimine les profils les moins contrôlables et produit, à chaque scrutin, le plus petit dénominateur commun. Le second tour de 2022 l’a montré jusqu’à la caricature : moins de 19 millions de voix pour le vainqueur sur près de 49 millions d’inscrits, et un nombre considérable d’électeurs venus voter contre quelqu’un plutôt que pour quelqu’un. Avec moins de 40 % des inscrits, on obtient pourtant les pleins pouvoirs pour cinq ans.

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Le piège de la démocratie directe

La réponse spontanée à ce constat est connue : rendre la parole au peuple, voter sur tout, tout le temps. C’est la voie la plus dangereuse, et je veux le dire avant de proposer quoi que ce soit.

Le Comité de salut public ne procédait pas du peuple directement, mais il obéissait à une conviction que la démocratie directe partage : la loi peut tout. Les soviets prétendaient, eux, exprimer la volonté populaire sans intermédiaire, et décidaient de tout au mépris de l’ordre traditionnel de la société russe. Leur échec n’a pas attendu Staline : il était inscrit dans l’idée même d’une assemblée sans bornes. Une majorité qui vote sur tout finit par voter contre quelqu’un, et elle le fait avec une bonne conscience qu’aucune caste n’a jamais eue — car la caste, au moins, sait qu’elle est minoritaire, et ses lois sont contestées comme telles.

Le vrai problème n’est donc pas qui fait la loi. C’est ce que la loi a le droit de décider. Toute réforme démocratique qui ne commence pas par borner le champ de la loi prépare une tyrannie plus efficace que la précédente, parce qu’elle sera plus légitime.

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Cinq piliers, dans cet ordre

L’ordre compte. Les deux premiers piliers limitent le pouvoir ; les trois suivants l’organisent. Les inverser, c’est retomber dans le piège précédent.

Une charte des droits naturels, que nulle loi ne peut toucher. Liberté de penser, de croire, de s’exprimer, d’aller et venir, inviolabilité de la personne : rien de neuf depuis l’habeas corpus, mais tout est à réaffirmer contre des menaces que 1789 ne pouvait pas imaginer. Le consentement libre et éclairé aux soins, qui a si peu pesé pendant la crise sanitaire. La protection contre toute discrimination fondée sur l’appréciation politique du comportement — ce que la Chine appelle crédit social et que nous avons commencé de pratiquer sans le nommer. Et la vie privée, à défendre contre l’attelage de la reconnaissance faciale, de l’identité numérique et d’une monnaie numérique capable de tracer chaque dépense. Cette charte pourrait être, tout simplement, le premier amendement à la Déclaration de 1789.

La subsidiarité stricte de la loi. La collectivité ne légifère que si les personnes, les familles, les entreprises, les branches, les communes ne peuvent pas régler le problème elles-mêmes. Le droit pénal et le droit fiscal relèvent naturellement de la loi. Le droit du travail, en revanche, est confié aux négociations collectives dans la plupart des pays voisins et reste chez nous une prérogative d’État ; les programmes scolaires, la politique culturelle ou l’assurance-chômage n’ont rien à faire dans un hémicycle. L’État garde la police, la justice, l’impôt et la défense, et il les tient mieux qu’aujourd’hui ; il quitte la salle de classe, la scène de théâtre et la caisse de chômage.

Le référendum d’initiative citoyenne, à sa juste place. Il existe en Suisse sous la forme de la votation, et il est devenu, depuis les gilets jaunes, une sorte de Graal. Je le défends, mais je ne le sacralise pas. En France, le seul outil approchant, le référendum d’initiative partagée, n’a jamais abouti : la tentative sur Aéroports de Paris a réuni environ un million de soutiens quand il en fallait près de cinq. Mais un RIC sans charte des droits pourrait aussi bien mettre aux voix une obligation vaccinale ou une confiscation de la propriété privée. Et un RIC sans garde-fou devient le jouet des « réunionites » : les thèmes sont imposés par ceux qui ont le temps de se réunir, c’est-à-dire rarement l’artisan, la mère de trois enfants ou le chef d’entreprise.

Le mandat transitif. C’est le cœur technique du dispositif, et c’est aussi le point où je tiens le moins à avoir raison seul. Le constat, lui, ne se discute guère : notre système confond deux opérations, préparer la loi et l’adopter. Préparer un texte fiscal ou un code des marchés exige un savoir que personne ne possède sur tous les sujets à la fois ; l’adopter relève du corps électoral tout entier. La manière de séparer les deux opérations, en revanche, reste ouverte, et je vois au moins trois pistes, qu’il faudra comparer, combiner peut-être, et éprouver à petite échelle avant d’en retenir une.

La première, que j’ai développée dans le Traité, est un bicamérisme d’un genre nouveau. Une chambre généraliste, resserrée, élue sur une base partisane. Et une chambre spécialisée aux sièges stables, mais dont les occupants changent à chaque texte : des citoyens élus pour un seul projet de loi, sur leur compétence, avec un mandat impératif, et qui rentrent chez eux une fois le texte rédigé. Comme pour les jurés d’assises, une liste annuelle recenserait les volontaires par domaine ; le Conseil économique, social et environnemental pourrait fournir la charpente de cette chambre, à condition de cesser d’être une maison de retraite pour syndicalistes. Le texte préparé serait ensuite soumis à tous. Sa faiblesse est connue : un expert élu pour un texte peut se révéler le lobbyiste de sa propre branche.

La deuxième piste déplace la souplesse vers le vote lui-même. Chacun vote lui-même, ou prête sa voix à qui il veut — un voisin, un médecin, un ingénieur qu’il estime —, sujet par sujet, et la reprend d’un geste le lendemain. Une délégation qui se retire à vue cesse d’être un dépôt à fonds perdus et redevient un prêt. Son risque à elle est la concentration : quelques influenceurs pourraient rassembler des millions de voix déléguées par paresse. Une concentration révocable chaque matin n’a certes ni la durée ni la sécurité d’un siège de député, et c’est la durée qui nourrit la cooptation ; mais je ne prétends pas que l’argument suffise à clore la question.

La troisième confierait la préparation des textes à des jurys tirés au sort, sur le modèle des conventions citoyennes, à condition qu’elles ne soient plus pilotées par ceux qui en fixent la question et en choisissent les experts. Elle donne à chacun la même chance d’être désigné ; elle bute sur la technicité d’un texte fiscal, que le juré tiré au sort découvre le premier matin.

Les trois pistes partagent un même danger, le fichier : un vote en ligne, mal conçu, produit la base de données politique dont rêve tout pouvoir. Quelle que soit la formule retenue, la charte des droits doit précéder le logiciel, et le secret du vote primer sur sa commodité.

La fin du scrutin majoritaire. Une législative se joue régulièrement à moins de cent voix, et le perdant à 49,9 % se retrouve sans aucune part au pouvoir. Le vote unique transférable pratiqué en Irlande, où l’électeur classe les candidats par ordre de préférence, écarte mécaniquement les candidats les plus clivants. Le panachage en est une variante que nos petites communes connaissaient bien. Rien n’interdit de combiner les modes de scrutin selon les assemblées — proportionnelle départementale ici, vote préférentiel là. Ce qui doit disparaître, c’est le duel binaire qui oblige à choisir entre deux personnes que l’on n’a pas désignées.

Mille électeurs tirés au sort pour choisir le président

Reste la question qui passionne ce pays d’essence bonapartiste : comment choisir le chef de l’État. À partir de 1268, et pendant plus de cinq siècles, Venise désigna ses doges par une cascade de tirages au sort et d’élections, onze étapes au bout desquelles quarante et un électeurs choisissaient le doge. L’intuition vénitienne est la bonne, et elle renverse nos idées reçues : le tirage au sort ne sert pas à désigner le gouvernant, il sert à désigner ceux qui le désigneront.

Transposons. Deux ou trois tirages successifs constituent un collège de mille électeurs. Ces mille citoyens soumettent chaque candidat à un grand oral public, retransmis en direct, avec des questions obligatoires sur la trajectoire des finances publiques et des libertés. Le scrutin final, préférentiel, désigne celui qui déplaît le moins plutôt que celui qui divise le mieux. L’effet le plus immédiat serait financier : une campagne présidentielle coûte aujourd’hui d’un demi-million d’euros pour les plus modestes à près de vingt millions pour les plus lourdes, et aucun vainqueur n’a dépensé moins de dix millions. Convaincre mille personnes réunies coûte infiniment moins cher que d’occuper l’écran de quarante-neuf millions d’inscrits, et oblige le candidat à répondre aux questions plutôt qu’à les contourner.

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Une constitution de quelques pages

Faut-il, au-delà de la charte, une constitution ? Moins qu’on ne croit. L’épaisseur d’un texte constitutionnel mesure presque toujours l’ambition d’encadrement de l’État qui l’a écrit. Le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne compte 358 articles, et seule une administration abondante est capable de le faire fonctionner. Un régime proche de l’ordre spontané se contente de la charte des droits et de quelques règles de procédure : dissolution, veto, révocation, amendement, articulation des deux chambres.

On m’objectera que tout cela est une utopie de plus. Je me demande plutôt si l’utopie n’est pas de croire que le régime actuel durera. La démocratie liquide n’exige aucun grand soir : elle s’expérimente dans une association, une copropriété, une commune, une fédération professionnelle, avant d’être portée à l’échelle d’un pays. Les logiciels existent ; LiquidFeedback a été utilisé par des partis européens dès 2010.

Dernier mot

Aucun professionnel de la représentation ne défendra un dispositif qui le rend inutile, et il ne faut pas attendre de candidat qu’il le porte. Il faut aussi admettre ce que ce régime nous coûterait à nous : lire les textes, choisir sérieusement ceux qui les préparent ou ceux à qui l’on confie sa voix, et se déjuger quand on s’est trompé. Le bulletin quinquennal a ce confort qu’il nous dispense de tout cela pendant cinq ans. Nous l’avons préféré, élection après élection, et c’est bien nous qui l’avons glissé dans l’urne.

Le dernier référendum national date du 29 mai 2005. Ses résultats ont été contournés trois ans plus tard par le traité de Lisbonne. Un électeur qui avait dix-huit ans ce jour-là en a trente-neuf aujourd’hui, et n’a jamais été consulté sur autre chose que sur des noms.

Soliha: un ticket de coiffeur à 197 euros facturé en « petit mobilier pour le dispositif Ukraine »

20 October 2026 at 09:03

La chambre régionale des comptes d’Occitanie a publié, le 2 octobre, un rapport accablant sur trois associations du réseau Soliha, financées jusqu’à 76 % par de l’argent public. Tandis que les propriétaires bailleurs attendent près de 900 000 euros et que des familles modestes perdent leur intermédiaire, les magistrats ont relevé 158 217 euros de dépenses sur une seule carte bancaire, dont 197 euros chez un coiffeur facturés « petit mobilier pour le dispositif Ukraine ».

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Comment des associations chargées d’une mission sociale ont-elles pu fonctionner avec de telles anomalies sans que les contrôles ne les empêchent ? Le rapport définitif des magistrats financiers, publié le 2 octobre 2026, documente les défaillances de gestion. L’enquête préliminaire ouverte par le parquet de Nîmes suit son cours.

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Les propriétaires attendent près de 900 000 euros pendant que les dépenses s’accumulent

Dans son rapport d’observations définitives référencé OCR2026-46 publié le 2 octobre, la Chambre régionale des comptes (CRC) d’Occitanie a examiné trois associations du réseau Soliha, spécialisées notamment dans l’accompagnement au logement des ménages modestes. Entre 2020 et 2024, leurs financements provenaient de fonds publics à hauteur, respectivement, de 76 %, 58 % et 52 %. Autrement dit, leur fonctionnement dépendait largement de l’argent des contribuables, versé par l’État et les collectivités.

C’est dans ce contexte que les magistrats ont recensé, sur la seule carte bancaire de Soliha Méditerranée, 1 655 dépenses totalisant 158 217 euros. Le relevé comprend 49 089 euros de restaurants, 18 576 euros d’ameublement et 17 007 euros de bricolage. En 2024, 400 repas ont été pris en charge pour 227 jours ouvrés. L’association a également réglé dix-huit amendes routières, pour un montant de 1 595 euros. À Toulouse, une facture de 406 euros pour un hôtel-spa a été associée à une « journée commerciale » à laquelle personne n’a participé.

Le détail le plus saisissant tient en une facture de 197 euros : enregistrée comme du « petit mobilier pour le dispositif Ukraine », elle provenait en réalité d’un coiffeur. À cela s’ajoutent cinq chèques totalisant 10 880 euros à l’ordre du directeur, sans service fait selon les constats rapportés. Pris isolément, chaque montant appelle une vérification ; réunis, ces éléments posent une question autrement plus sérieuse sur la discipline comptable et le contrôle des dépenses.

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La facture sociale retombe sur ceux que Soliha devait protéger

Le plus révoltant est peut-être ailleurs que dans les tickets de caisse. Fin 2025, les dettes envers les propriétaires bailleurs approchaient 900 000 euros pour les deux associations depuis placées en liquidation judiciaire en juillet 2026. Selon l’enquête de Mediacités publiée le 12 octobre, des locataires avaient pourtant payé leurs loyers sans que les sommes correspondantes soient reversées aux bailleurs. D’autres attendaient des allocations logement ou des aides promises. Les défaillances de gestion ont ainsi frappé les deux extrémités de la chaîne : les ménages fragiles et les propriétaires qui leur louaient un toit. Le parquet de Nîmes a ouvert une enquête préliminaire sur l’emploi des fonds ; aucune condamnation pénale n’a été prononcée à ce stade.

Comment des structures financées majoritairement par des fonds publics ont-elles pu accumuler de telles défaillances sans intervention suffisamment précoce pour protéger leurs bénéficiaires et leurs créanciers ? Le dossier a fini par s’inviter dans l’arène politique, le 15 octobre, au conseil de Toulouse Métropole. Le député LFI François Piquemal a interpellé le maire, Jean-Luc Moudenc, sur cette « dilapidation de l’argent public », citant la dette de 4,7 millions d’euros de Soliha Méditerranée et l’« écosystème » mis en place autour du directeur. La réponse du maire, rapportée par Mediacités, a consisté à déclarer le dossier « étranger à la métropole »

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Quand la ressource est publique, que le contrôle est tardif et que les pertes retombent sur les plus fragiles, l'économie de la subvention ressemble moins à la solidarité qu'à du capitalisme de connivence en miniature. La question est combien d'associations du même type, financées de la même manière, n'ont pas encore reçu la visite de la chambre régionale des comptes ?

Douze salariés de l’ASE sans salaire depuis février : ils s'occupaient des enfants placés du Département

Depuis février 2026, douze salariés de Tandem 79, qui prenait en charge pour le Département des enfants de l’aide sociale à l’enfance en grande vulnérabilité, ne touchent plus rien. Employeur et collectivité se disputent la reprise de leurs contrats. Le conseil de prud’hommes de Niort a dû ordonner, le 16 octobre, une provision de 6 000 euros par salarié, sans trancher définitivement la question de la responsabilité de l’employeur.

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D’un côté, douze professionnels qui accompagnaient des enfants confiés à l’aide sociale à l’enfance, dans des situations de vulnérabilité extrême. De l’autre, deux personnes morales :le conseil départemental des Deux-Sèvres et la société Tandem Educadis, maison mère de Tandem 79 qui, à chaque audience de conciliation, ont opposé la même fin de non-recevoir : « Pas moi. » La conciliation du 12 octobre 2026 a échoué ; le juge des référés a rendu son ordonnance quatre jours plus tard, le 16 octobre. Huit mois sans fiche de paie, c’est long pour n’importe quel foyer. Cela l’est plus encore pour des professionnels qui, nuit et jour, s’occupaient d’enfants que la puissance publique avait jugé nécessaire de retirer à leur famille.

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Quand deux acteurs se disputent les contrats, douze salariés attendent leur salaire.

Depuis février 2026, les douze salariés de Tandem 79 ne perçoivent plus leur rémunération, tandis que le Département et la société s’opposent sur la question de savoir qui doit reprendre leurs contrats de travail. Ces professionnels intervenaient auprès d’enfants confiés à l’aide sociale à l’enfance, dans des situations de grande vulnérabilité.

La tentative de conciliation organisée devant le conseil de prud’hommes de Niort a échoué le 12 octobre. Quatre jours plus tard, le 16 octobre, la juridiction a ordonné le versement d’une provision de 6 000 euros à chacun des douze salariés, soit 72 000 euros au total. Cette somme constitue une avance, et non le règlement définitif du litige. La décision ne désigne pas davantage, à ce stade, l’employeur qui devra finalement assumer les obligations contestées.

Cette distinction juridique est essentielle : la provision apporte un premier secours financier aux salariés, mais elle ne met pas fin au conflit. Elle ne répond pas non plus à la question la plus urgente pour les intéressés : quand retrouveront-ils une rémunération régulière ?

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Le Département a repris l’activité, mais le sort des salariés reste en suspens.

Pour comprendre ce conflit, il faut revenir à la dégradation de la situation de Tandem 79. Dans un communiqué du 15 janvier 2026, le Département des Deux-Sèvres expliquait avoir constaté, lors de contrôles menés entre septembre 2024 et août 2025, des manquements nécessitant une intervention. Une administration provisoire avait été prononcée par arrêté du 12 septembre 2025 pour six mois. La collectivité évoquait notamment des difficultés de trésorerie, une perspective d’un plan de licenciement au sein de Tandem Educadis et l’absence de réponses satisfaisantes du siège sur la continuité des fonctions administratives, comptables et des procédures de ressources humaines.

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Le Département a alors décidé de créer sa propre maison d’enfants à caractère social (MECS) de transition, d’une capacité de 26 places, dont deux destinées à l’accueil d’urgence. Cette nouvelle structure devait permettre de poursuivre la prise en charge des enfants après la fin de la collaboration avec Tandem 79. La collectivité avait donc identifié les risques pesant sur la continuité du service et engagé une réorganisation. Mais le sort des salariés chargés de cette mission n’a pas été réglé au même rythme que celui des enfants accueillis. La collectivité entend assurer la continuité de la protection de l’enfance, tandis que le différend sur la reprise des contrats laisse douze travailleurs sans salaire.  Pour le Département, la question de la responsabilité contractuelle reste à clarifier, en mars 2027, le conseil des prud’hommes de Niort devra trancher sur le fond de l’affaire et dire qui est responsable d’eux.

En somme, la décision du 16 octobre n’est pas une victoire, c’est un constat de carence institutionnelle. Une collectivité qui confie des enfants à un prestataire privé pendant trois ans, qui découvre que des condamnés pour proxénétisme et violences sur enfant y travaillent encore, qui reprend l’activité en urgence, puis qui laisse les éducateurs de ce prestataire sans salaire pendant que les avocats s’échangent des conclusions sur la validité d’un contrat : cette séquence dit quelque chose de la manière dont la puissance publique traite ceux qu’elle emploie indirectement à protéger les plus fragiles. Le juge des référés a juste accordé une avance, il n’a pas restauré la responsabilité.

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Received — 19 October 2026 ⏭ Le Courrier des Stratèges

Rima Hassan ? ou la définition introuvable du terrorisme, sauf à Paris

19 October 2026 at 19:23

Par Eric V.

Un tweet du 26 mars, effacé depuis. Vingt-six morts dans le hall d'un aéroport, le 30 mai 1972. Deux jours d'audience et trois juges, à Paris. Depuis décembre 1972, l'ONU cherche ce qu'est un acte de terrorisme et n'a toujours pas trouvé. Le tribunal correctionnel de Paris, lui, n'a pas eu besoin de chercher. Pour combien de temps cette hybris parisienne ?

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J'ai passé mon après-midi de lundi dans la salle où l'on juge Rima Hassan. L'eurodéputée LFI est poursuivie pour apologie du terrorisme à cause d'un tweet du 26 mars, supprimé depuis, qui citait le Japonais Kozo Okamoto : « J'ai consacré ma jeunesse à la cause palestinienne », et « tant qu'il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir ». Okamoto est l'un des trois hommes de l'Armée rouge japonaise qui, le 30 mai 1972, ont ouvert le feu dans le hall de l'aéroport de Lod, près de Tel-Aviv : vingt-six morts, dont dix-sept pèlerins portoricains. Condamné à perpétuité en Israël, libéré en 1985 dans un échange de prisonniers, réfugié au Liban, il est mort à Beyrouth le 23 juillet, à 78 ans. Signalement du ministère de l'Intérieur, puis de l'Organisation juive européenne et de la Licra. Peine encourue, parce que c'était en ligne : sept ans de prison et 100 000 euros d'amende.

La prévenue a choisi de se taire. Elle a fait citer un témoin, Alexis Deswaef, avocat bruxellois, élu il y a un an président de la FIDH, qui plaide aussi devant la Cour pénale internationale. Il a dit la chose la plus simple de la journée. Le terrorisme, a-t-il expliqué à la barre, n'est pas une notion de droit international. Ce qui s'est passé à Lod en 1972 n'est pas un « attentat » : c'est un crime de guerre, commis dans un conflit armé contre des civils, et un crime de guerre est plus grave qu'un attentat. Je suppose que les parties civiles n'ont pas aimé le mot « guerre » : il suppose deux camps, là où elles veulent un assassin et des victimes. Le témoin, lui, parlait d'un texte qui n'existe pas.

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Le mot que 193 États cherchent depuis l'année de Lod

Au passage, il a même dit moins que la vérité. Le droit international n'ignore pas le terrorisme : il en cherche la définition depuis 1972, précisément. Quatre mois après Lod, trois jours après la prise d'otages de Munich, le secrétaire général Kurt Waldheim inscrit le terrorisme à l'ordre du jour de l'Assemblée générale. Le 18 décembre 1972, la résolution 3034 crée un comité spécial de trente-cinq membres chargé de définir le terrorisme — et, dans le même texte, « réaffirme le droit inaliénable à l'autodétermination » des peuples sous régime colonial et « la légitimité de leur lutte, en particulier celle des mouvements de libération nationale ». Soixante-seize voix pour, trente-cinq contre, dix-sept abstentions. Le comité s'est réuni jusqu'en 1979. Il n'a jamais rendu de définition.

En 1996, l'Inde a relancé le chantier : une convention générale sur le terrorisme international, que la Sixième Commission de l'ONU négocie depuis trente ans. Elle bute toujours sur le même article 18 : faut-il exclure du champ de la convention les armées des États, et les peuples qui luttent contre une « occupation étrangère » ? Les pays de l'Organisation de la coopération islamique disent oui, les Occidentaux disent non, et en octobre 2025 l'Inde parlait encore de « divergences étroites ». Cinquante-quatre ans après Lod, 193 États, pas une ligne.

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Trois juges, deux jours, aucune hésitation

Le tribunal correctionnel de Paris, lui, n'a pas ce problème. Le Code pénal français a sa définition à lui depuis 1986 : est terroriste tout crime ordinaire — meurtre,

1 800 agents de plus, dont 765 pour remplacer les absents : la chambre des comptes chiffre la mairie de Marseille

Le rapport d’observations définitives de la chambre régionale des comptes (CRC) Provence-Alpes-Côte d’Azur, débattu au conseil municipal des 15 et 16 octobre , révèle qu'entre 2018 et 2024, les effectifs municipaux ont gonflé de 1 800 agents, dont 765 équivalents temps plein (ETPT) recrutés pour compenser l’absentéisme. Dans le même temps, les recettes de la ville ont progressé de plus de 286 millions d’euros, essentiellement par l’impôt local. La mairie n’a pourtant toujours pas mis en place le dispositif de prévention de la corruption que la loi lui impose depuis 2017. Le maire, Benoît Payan, conteste le rapport « qui ne retient pratiquement aucun des progrès accomplis depuis 2020 ».

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Le contribuable marseillais a donc payé. Et cette hausse quasi intégrale a été absorbée par des charges de gestion en forte augmentation, dont la progression des effectifs est « la cause principale » selon les magistrats financiers.

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Les recrutements compensent les absences plutôt qu’ils ne les résolvent

Entre 2018 et 2024, les effectifs municipaux sont passés de 14 426 à 16 188 agents. La hausse représente 1 762 personnes, soit environ 1 800, et 968 équivalents temps plein. Mais la répartition de ces renforts retient particulièrement l’attention . Dans son rapport, selon la chambre, 765 équivalents temps plein servent à compenser l’absentéisme, contre 142 consacrés au renforcement de certains services. L’absentéisme municipal dépasse de 43 % le taux national. Certes, il a reculé de deux points en 2023 et 2024, mais les magistrats financiers estiment qu’il n’est toujours « pas pleinement diagnostiqué ». Aucun plan d’action global n’a été élaboré pour en réduire les causes. La municipalité recrute donc pour maintenir ses services en fonctionnement, sans avoir suffisamment établi pourquoi tant d’agents sont absents. Ce mécanisme entretient une spirale coûteuse : les absences appellent des remplacements, lesquels alourdissent les dépenses de personnel sans faire disparaître les causes initiales.

Depuis 2018, les produits de gestion de la commune ont progressé de plus de 286 millions d’euros, principalement grâce à la fiscalité locale. Or, cette hausse a été presque intégralement absorbée par les charges. Pour les contribuables, la question est simple : quels bénéfices tangibles les dépenses supplémentaires ont-elles permis d’obtenir ? La réponse ne peut se limiter au nombre d’agents recrutés ou aux crédits mobilisés. La chambre relève également une stratégie financière peu lisible, une programmation pluriannuelle insuffisamment claire et une fiabilité des comptes jugée nettement insuffisante. Elle pointe enfin le manque de coordination entre les huit mairies de secteur et les services centraux, qui complique le pilotage de l’administration municipale. Le rapport couvre plusieurs mandatures : les responsabilités ne sauraient donc être imputées indistinctement à la seule équipe actuelle.

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La prévention de la corruption reste un chantier inachevé

La chambre formule sept recommandations. La première est sans ambiguïté : « réaliser une cartographie des risques à laquelle adosser un plan d’action de prévention de la corruption comportant un volet dédié à la formation des agents ». Dans sa synthèse, les magistrats constatent que « la commune n’est pas pourvue d’un dispositif anticorruption complet, et contrevient par conséquent, encore, aux exigences de la loi Sapin II, pourtant entrée en vigueur le 1er juin 2017 ». La ville a bien mis en place un « dispositif d’alerte éthique » en 2021, mais celui-ci ne couvre pas l’ensemble des obligations légales, notamment la cartographie des risques et le plan d’action structuré. Des travaux ont été « engagés » par l’Inspection générale des services, mais « interrompus au motif d’un sous-effectif de ce service ». L’ironie administrative est là: le service chargé de contrôler l’usage des deniers publics est lui-même victime de la pénurie qu’il est censé surveiller.

1 800 agents de plus, dont 765 pour remplacer les absents : la chambre des comptes chiffre la mairie de Marseille
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Benoît Payan (DVG), élu en 2020 puis reconduit en 2026 à la tête de la deuxième ville de France (873.000 habitants), conteste la lecture des magistrats financiers. Lors du conseil municipal des 15 et 16 octobre, le maire a regretté que le rapport « ne retient pratiquement aucun des progrès accomplis depuis 2020 ». Il invoque notamment les investissements dans la rénovation des écoles et la remise à niveau des moyens de sécurité, ainsi que les sommes que la ville estime ne pas recevoir de la métropole et du département. Ces arguments méritent examen, mais ils ne dispensent pas la municipalité de justifier ses choix de gestion.

La CRC note d’ailleurs que « la politique de renforcement des effectifs est menée sans lignes directrices de gestion en matière de stratégie de recrutement et sans anticipation des conséquences structurelles de l’évolution du nombre d’agents sur les charges générales ». En clair : on embauche, on paie, on remplace, mais on ne pilote pas. Le rapport sera débattu au conseil municipal, et l’opposition y trouvera matière. Mais l’enjeu dépasse la querelle entre majorité et opposition : quand les recettes augmentent et que les charges les absorbent presque entièrement, les élus doivent démontrer que chaque euro supplémentaire améliore effectivement le service rendu. À défaut, le contribuable marseillais risque de financer une administration qui mobilise toujours plus de moyens pour compenser ses propres dysfonctionnements, sans fournir la preuve qu’elle s’attaque à leurs causes.

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En Corée, une multiprise payée 115 euros au lieu de 29 : des internautes débusquent des millions d’euros de surfacturations en six jours

Un téléphone filaire vendu moins de 50 000 wons dans le commerce a été acheté 182 000 wons par l’administration, soit environ 122 euros pour un appareil qui en vaut une trentaine. Une multiprise disponible autour de 10 000 wons a été payée 200 000 wons, vingt fois son prix... En Corée du Sud, une opération citoyenne met au jour des milliers de contrats suspects. Au 18 octobre 2026, les surcoûts repérés atteignaient 1 141,8 milliards de wons, soit environ 760 millions d’euros. De quoi poser une question embarrassante à notre administration: pourquoi nos citoyens ne pourraient-ils pas exercer le même contrôle sur l’argent public ?

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Le Reform Party, formation d’opposition, a lancé le 12 octobre une opération intitulée « 50 000 milliards de wons à retrouver ». Elle court jusqu’au 25 octobre. Le principe tient en une phrase : la base des marchés publics est ouverte à tous, et chacun peut l’éplucher.

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Des prix extravagants révélés par les données ouvertes

Du 12 au 25 octobre 2026, le Reform Party, parti d’opposition sud-coréen, organise une campagne baptisée « 50 000 milliards de wons à retrouver », soit environ 33 milliards d’euros. L'objectif est de permettre aux citoyens d’analyser KONEPS, la plateforme nationale des marchés publics, à la recherche de prix anormalement élevés. Dix millions de wons, environ 6 700 euros, doivent être répartis entre les participants selon la valeur de leurs découvertes validées.

Au 18 octobre à 16 heures, les recherches avaient fait ressortir plus de 18 860 contrats conclus au-dessus des prix du marché, pour un montant cumulé de 1 141,8 milliards de wons, soit près de 760 millions d’euros. Parmi les exemples cités, un téléphone filaire vendu moins de 50 000 wons dans le commerce aurait été acheté 182 000 wons, environ 121 euros. Une multiprise estimée à 50 000 wons aurait coûté près de 200 000 wons, soit 133 euros. Certains produits disponibles autour de 10 000 wons auraient été payés au moins trente fois leur prix courant.

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La transparence contre l’opacité administrative

L’initiative revient à Lee Jun-seok. Il affirme avoir passé en revue 1,05 million d’articles, 2,8 millions de demandes de livraison et environ 130 000 milliards de wons de contrats, soit près de 75 milliards d’euros. Son verdict : 562,8 milliards de wons gaspillés, environ 330 millions d’euros. Les internautes, eux, ont déjà doublé ce chiffre en quelques jours. Ces surcoûts restent à valider au cas par cas, mais l’ordre de grandeur interroge. Ces écarts de prix n’ont pas été détectés par l’administration acheteuse, qui disposait pourtant des mêmes données et de bien plus de moyens. Il a suffi de les exposer à des regards extérieurs, motivés par un prix modeste, pour que la facture apparaisse.

Reste la question que le lecteur français se posera de lui-même. Chez nous, qui a le droit de consulter, d’exploiter et de croiser les données de la commande publique ? Et qui a intérêt à ce que l’on n’y regarde pas de trop près ? L’Union des groupements d’achats publics (UGAP) a ainsi refusé de communiquer des informations sur l’identité des acheteurs et le lien avec les commandes passées, couverts par ce secret. Un tribunal administratif a même dû ordonner à l’UGAP de transmettre certains documents, jugeant son refus illégal.

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Plus largement, Transparency International France dénonce la onzième hausse des seuils de publicité préalable depuis 2008, qui fait basculer toujours plus de marchés publics dans l’opacité et alimente les risques de corruption. L’argent public n’appartient ni aux administrations ni aux fournisseurs : il provient des contribuables. Lui rendre des comptes ne devrait pas être une faveur accordée aux citoyens, mais une obligation permanente. Le contribuable paie, mais n’a pas le droit de regarder. Le contribuable coréen, lui, a au moins le droit de chercher.

« Sois comme l'eau » : le 17 octobre n'était pas un ordre spontané

19 October 2026 at 10:03

Par Thibault de Varenne

Le 16 octobre, un site de la gauche autonome appelait à des « cortèges multiples, incontrôlés et inventifs », sous un mot d'ordre venu de Hong Kong : « Sois comme l'eau ». Le lendemain, la police n'a pas tenu les centres-villes. Le pouvoir parle de concertation, d'autres d'un ordre spontané. Les faits ne donnent raison ni aux uns ni aux autres.

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Le texte a été publié le vendredi 16 octobre par Contre-Attaque, un site d'information de la mouvance autonome. Il recommandait de ne pas défiler en bloc, de multiplier les cortèges, de les rendre « incontrôlés et inventifs ». Il reprenait le mot d'ordre des manifestants de Hong Kong en 2019, emprunté à Bruce Lee : sois comme l'eau. Le lendemain, de petits groupes très mobiles ont couru d'une rue à l'autre, de Limoges à Marseille, et les policiers ont décrit eux-mêmes un débordement « rarement vécu ».

Depuis, deux récits s'affrontent. Le ministre de l'Intérieur évoque un désordre semé « de manière concertée ». D'autres y voient un ordre spontané, une foule sans tête qui se serait organisée seule. Il faut regarder les pièces avant de choisir. Elles ne confirment ni l'un ni l'autre.

L'humeur de Veerle Daens : le maire qui se déclarait à lui-même
Lundi midi, les maires défendent leur mairie. Avant ça, ils doivent déclarer la manifestation… à leur propre mairie, trois jours francs à l'avance.
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Qui était dans la rue le 17 octobre

L'appel est né sur les réseaux sociaux début septembre, à l'initiative de figures issues des Gilets jaunes, sans chef désigné ni organisation déclarante. Une coalition s'y est agrégée en un mois, dont Euronews dressait la liste la veille : la CGT et Solidaires, l'intersyndicale des chauffeurs VTC, la Confédération paysanne, La France insoumise et le Parti communiste, les syndicats lycéens et étudiants, les organisateurs des marches pour le climat, les collectifs de « Bloquons tout », le mouvement de blocage né en septembre 2025. Les revendications allaient de la vie chère au budget, de l'école à la police.

Une carte collaborative en ligne recensait plus de 1 300 actions. Le ministère en comptait 250. Personne, ni d'un côté ni de l'autre, n'avait la vue d'ensemble.

À côté de cette foule déclarée se tenaient deux autres populations. Des noyaux militants rompus à l'affrontement, que les syndicats de police désignent sous le

Indemnités de rupture : le PLFSS taxe l'ancienneté, pas les parachutes dorés

19 October 2026 at 09:34

Par Vincent Clairmont

Le gouvernement plafonne à 48 060 euros l'exonération sociale des indemnités de rupture et assure ne viser que 5 % de salariés aisés. Le barème des prud'hommes désigne un salarié à 3 000 euros brut, licencié à tort après trente ans. Rendement : 300 millions d'euros.

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Les indemnités de rupture du contrat de travail ont représenté environ 9 milliards d'euros en 2024, versés à plus de 800 000 salariés, selon le rapport IGAS-IGF publié le 22 mai 2026. Les inspections chiffrent leurs exonérations à 1,9 milliard : 0,4 pour l'impôt sur le revenu, 1,5 pour le volet social. L'article 6 du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027, dont la discussion s'ouvre demain en séance, ramène l'exonération de cotisations et de CSG à un plafond unique d'un plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), soit 48 060 euros, contre deux aujourd'hui. Rendement attendu : 0,3 milliard d'euros.

Le gouvernement présente la mesure comme une simplification, et ajoute qu'elle ne concerne que « 5 % des salariés les mieux rémunérés », les 95 % restants demeurant intégralement exonérés.

Ma thèse : ce plafond ne vise pas les hauts salaires. Il vise l'ancienneté. Il frappe d'abord des salariés ordinaires licenciés après cinquante ans, pour 300 millions d'euros, soit 2,4 % du déficit prévu de la Sécurité sociale.

Budget 2027 : ce que l'Assemblée a fait mardi du PLF et du PLFSS
Motion de rejet repoussée par 236 voix contre 149, « le comment, pas le combien », PLFSS en commission : ce que l'Assemblée a fait mardi du budget 2027, mesure par mesure
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Premier point : les 5 % ne sont pas ceux qu'on croit

Le seuil d'un PASS s'applique au montant de l'indemnité, pas au salaire. Or le montant d'une indemnité dépend d'abord de l'ancienneté. L'avocat Xavier Berjot, dans son analyse du texte, prend un salarié payé 3 000 euros brut par mois, licencié après trente ans de maison. C'est moins que le salaire brut moyen du privé, 3 602 euros en 2024 selon l'Insee. Le barème des prud'hommes lui accorde au plus vingt mois de salaire, soit 60 000 euros. Il dépasse le plafond de 11 940 euros, qui

L'humeur de Veerle Daens : le maire qui se déclarait à lui-même

19 October 2026 at 09:07

Par Veerle Daens

Mes chers compagnons d'Absurdistan, ce lundi à midi, les maires de France vont défendre leur mairie. Pour cela, il leur faut d'abord la permission. Enfin, pas une permission : une déclaration. En France, la nuance a fait carrière.

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L'affaire est simple. Samedi, des mairies ont été saccagées, à Marseille, à Lille, à Bordeaux, et l'hôtel de ville de Limoges a brûlé. L'Association des maires de France appelle donc élus, conseils municipaux et forces vives à se tenir sur le parvis de leur mairie. C'est un geste très ancien : on se tient devant sa maison quand quelqu'un y a mis le feu.

Seulement voilà. Un rassemblement sur la voie publique est une manifestation, et une manifestation se déclare, trois jours francs à l'avance. Dans une commune sans police d'État, la déclaration se dépose à la mairie, qui la transmet au préfet.

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Récapitulons. Qui déclare ? Le maire. Où ? À la mairie. Qui reçoit ? Le maire. Qui peut interdire ? Le maire. Et s'il ne le fait pas ? Le préfet. Et le délai ? L'appel est parti dimanche pour lundi midi. Trois jours francs, cela fait jeudi dernier. Le maire est donc, à midi une, l'organisateur d'une manifestation n'ayant pas fait l'objet d'une déclaration dans les conditions fixées par la loi. Tarif théorique : six mois de prison et 7 500 euros d'amende. Pour avoir défendu sa mairie, devant sa mairie, avec son écharpe.

L'écharpe, parlons-en. Le maire la porte. L'adjoint la porte s'il le remplace ou le représente. Le conseiller municipal, seulement s'il le remplace. Trois rangs, trois règles, sur un parvis de quinze mètres. Et la banderole ? Elle doit respecter la neutralité du service public. « Non aux violences » passe. « Non à la vie chère » peut être retirée. Par qui ? Par le maire, toujours lui.

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Miljaardedju, mes amis du Pays-des-Cartésiens, vous avez inventé l'homme qui se dépose une demande, se l'instruit, se la transmet, et se surveille lui-même pendant qu'il manifeste. Breughel en aurait fait un tableau grouillant. Votre administration l'a écrite en un seul article.

Ajoutez la touche finale, apportée dimanche à 20 heures. Le président a annoncé que les préfets, en lien avec les maires, pourraient aller jusqu'à interdire certains rassemblements afin de protéger les bâtiments publics. Le rassemblement qui protège un bâtiment public est un rassemblement. Il est donc, en bonne logique, interdisable pour protéger le bâtiment qu'il protège.

Le plus beau reste l'asymétrie. Samedi, des émeutiers sont entrés dans des mairies sans rien déclarer à personne. Lundi, ceux qui veulent seulement se tenir devant doivent remplir un formulaire.

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Une dernière question, mes chers lecteurs sans tableur. Le maire de Limoges veut lui aussi se rassembler devant son hôtel de ville. Limoges est en zone de police d'État : sa déclaration ira donc à la préfecture. Heureusement. Le guichet de sa mairie sent encore la fumée.

Routes corses : 82 millions d’euros par an, mais une chaussée sur deux en mauvais état

19 October 2026 at 08:11

La chambre régionale des comptes a épinglé, début octobre, la politique routière de la Collectivité de Corse : plus de 82 millions d’euros par an, environ 600 agents, et 51 % des longueurs de chaussée auscultées en mauvais ou très mauvais état. Les magistrats financiers viennent de rendre leur verdict : on a dépensé sans mesurer. La Collectivité de Corse invoque la jeunesse de l’institution.

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La route corse est un réseau de près de 5 000 kilomètres, avec 2 635 ponts et six tunnels, et le premier poste d’investissement de la Collectivité. Le rapport publié début octobre 2026 par la chambre régionale des comptes décrit une gestion insuffisamment pilotée, qu’on ne savait pas dans quel état était le réseau qu’on prétendait entretenir.

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Plus de 82 millions d’euros par an, sans connaissance suffisante du réseau

La Collectivité de Corse gère près de 5 000 kilomètres de routes, 2 635 ponts et six tunnels. Ce patrimoine exige des dépenses régulières, particulièrement dans une île où le relief, la géologie et les risques naturels compliquent les travaux. Cela n’exonère toutefois pas le gestionnaire public de ses obligations de suivi et de programmation.

Dans un rapport consacré aux investissements routiers de la Collectivité de Corse depuis 2018, les constats sont préoccupants. Parmi les longueurs de chaussée auscultées, 51 % présentent un état mauvais ou très mauvais. Pour les ponts examinés, 15 % nécessitent des travaux urgents. La modernisation du réseau ne suit pas davantage le rythme attendu : au bout de huit ans, moins de la moitié des opérations sont achevées, tandis que près d’une sur cinq n’a jamais commencé.

Le rapport relève que l’entretien a été programmé « de manière empirique et au fil de l’eau », faute de connaître suffisamment l’état du réseau. Il souligne également « l’absence d’un suivi consolidé des opérations ». Autrement dit, l’administration dépense des sommes considérables sans disposer, selon les constats des magistrats, d’une vision suffisamment structurée pour hiérarchiser ses interventions et rendre compte de leur avancement. Pour une collectivité qui consacre plus de 82 millions d’euros annuels à son réseau routier, cette faiblesse de pilotage n’a rien d’anecdotique.

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Le plan 2026-2030 promet 50 millions par an, et la chambre le juge « très ambitieux »

Adopté en juillet 2025, le plan routier 2026-2030 prévoit 50 millions d’euros par an. La chambre régionale des comptes le juge « très ambitieux ». L’enjeu ne tient pas seulement aux montants annoncés : encore faut-il que les opérations soient programmées, engagées puis achevées dans des délais raisonnables. Les retards déjà constatés invitent à examiner les capacités réelles d’exécution avant de promettre de nouveaux investissements.

Le président de l’exécutif, Gilles Giovannangeli, oppose à ces critiques le contexte institutionnel. Selon lui, la période 2018-2025 a été consacrée à la construction d’une administration nouvelle, issue de la fusion de trois collectivités. Il met également en avant les difficultés propres à la Corse : relief accidenté, contraintes géologiques, risques naturels, transport maritime des matériaux et exigences environnementales. Ces facteurs sont réels et peuvent renchérir les chantiers comme allonger leur durée. Ils ne suffisent cependant pas à expliquer, à eux seuls, l’absence de suivi consolidé relevée par les magistrats financiers.

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Au-delà de la Corse, le rapport pose une question que les contribuables de toute la France peuvent se poser : qui rend des comptes quand l’argent public est voté, dépensé, puis introuvable dans les résultats ? Les élus votent des budgets, les services les consomment, et personne ne mesure. Les automobilistes, eux, mesurent chaque jour, au fond des nids-de-poule.

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Received — 18 October 2026 ⏭ Le Courrier des Stratèges

L'État est-il trop ruiné pour rétablir l'ordre dans les rues ?

18 October 2026 at 20:29

Par Eric V.

2 397 interpellations, 997 policiers et gendarmes blessés, et ce dimanche soir encore des pillages au Châtelet. Dans les commissariats, une autre alarme circule : l'argent manque pour les munitions. Le budget 2027 réduit de 7 % les crédits d'équipement de la police. La charge de la dette, elle, prend 10 milliards.

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Dimanche, 20 heures. Au lendemain d'une journée où l'hôtel de ville de Limoges a brûlé, où la résidence de la préfète de Bordeaux a été saccagée, où des magasins ont été pillés à Paris et à Marseille, Emmanuel Macron parle aux Français. Il promet que « ceux qui ont détruit doivent payer, ceux qui ont cassé doivent rembourser ». Il annonce une cellule de crise pour les victimes, promet la « transparence » sur le dispositif de samedi, demande au ministre de l'Intérieur de tirer les leçons en matière de renseignement et d'anticipation. Pas un mot sur les effectifs. Pas un mot sur les moyens. Au même moment, CNews signale des pillages en cours au Châtelet, forces de l'ordre en route.

Deuxième soir. Même scène.

Que manque-t-il encore pour constater l’insurrection ?
Limoges a brûlé, la police a été débordée, Le Parisien titre « insurrection ». Il manque encore trois choses : un fauteuil, une défection, une date.
Dégâts à Paris : quelques images pour illustrer l'ampleur de ce qui se passe
Quelques images des très importants dégâts à Paris après la journée insurrectionnelle du 17 octobre
Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?
La manifestation, proche de l'insurrection a lourdement dégénéré, notamment à Paris. Reportage sur un moment hyper-violent.
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Ce qui remonte des commissariats

Plusieurs sources internes à la police nationale, interrogées par le Courrier, décrivent la même chose : des alarmes lancées en interne depuis des mois sur

Que manque-t-il encore pour constater l’insurrection ?

18 October 2026 at 18:39

Par Eric V.

Samedi, l’Hôtel de ville de Limoges a brûlé. Dimanche, l’Unsa-Police avoue n’avoir pas tenu les centres-villes. Le Parisien titre « Scènes d’insurrection » ; le parquet de Paris poursuit pour recel de vol. J’y étais. Il manque bien quelque chose, et ce n’est pas de la violence.

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Dimanche 18 octobre, place de la République, milieu d’après-midi : plusieurs centaines de personnes face à la CRS 8, des projectiles, des grenades, des pillages. La veille, entre 550 000 et 800 000 manifestants, plus de 2 000 interpellations et 1 500 commerces touchés, plus de 600 policiers, gendarmes et pompiers blessés, et, d’un syndicat de police, une phrase inédite : « on n’a pas réussi à tenir les centres-villes ».

Vendredi, j’écrivais ici que le pouvoir avait pris ses précautions et que ses auxiliaires avaient pris les leurs. Les précautions ont tenu jusqu’à la place de la République : le cortège déclaré s’y est dispersé dans les rues sans pouvoir rejoindre la place. Derrière lui, la ville brûlait. Je retire la précaution. Je garde le verdict, en trois manques.

17 octobre : convergence des luttes ou récupération par les auxiliaires de l'ordre macroniste ?
Le pouvoir redoute la convergence des luttes. Parcours fixé la veille, cortèges encadrés par la CGT : le 17 octobre a peu de chances de virer à l'insurrection.
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Brûler la mairie, ce n’est pas s’y asseoir

Il manque d’abord un fauteuil occupé. L’Hôtel de ville de Limoges est parti en fumée ; à Marseille, Lille, Angers et Bordeaux, des manifestants sont entrés dans les mairies ou les préfectures pour les saccager. Chez nous, en 1830, en 1848, en 1870, on prend l’Hôtel de Ville, on monte au balcon, on y proclame un gouvernement. Samedi, on y a mis le feu et on est reparti. Les policiers décrivent eux-mêmes ce qui les a submergés : de petits groupes très mobiles, courant d’une rue à l’autre. Lundi matin, le maire de Limoges retrouvera ses murs noircis. Personne n’y a installé quoi que ce soit.

Une police qui réclame des renforts n’a pas changé de camp

Il manque ensuite une défection. Les forces de l’ordre ont été, de leur propre aveu, complètement débordées ; François Hollande constate que l’État n’a pas été capable d’assurer partout l’ordre public ; les maires de Paris, Lyon et Marseille réclament des moyens et un rendez-vous à Matignon. Tout cela est vrai. Rien de cela n’est une défection. Six cents blessés, et pas un bouclier posé. Un syndicat qui se plaint du sous-nombre demande plus de force, pas moins. Aucun préfet n’a démissionné, aucun commissaire n’a refusé d’engager. La force publique a flanché quelques heures, dans quelques centres-villes, et personne ne s’est baissé pour la ramasser.

Faut dire que la foule qui aurait pu la ramasser était rentrée chez elle. Samedi, j’ai marché dans un cortège qui avait un nom à crier, et ce n’était ni Parcoursup ni le gazole : c’était celui du président, devenu, jusque sur un oreiller brandi place de la République, le symbole de ce qui bloque. Cette foule-là est rentrée à la nuit tombée. Ceux qui sont restés, et ceux qui sont revenus dimanche, voulaient casser du flic et vider des vitrines, et je ne leur prête rien d’autre. Dimanche, plus de pavés que samedi, et plus un seul nom crié.

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L’État dit « insurrection » et poursuit pour recel

Il manque enfin un nom et une date. Le mot, à le bien regarder, n’a été prononcé que d’un côté. Le Parisien titre « Scènes d’insurrection » et son éditorialiste attribue dans la foulée ce climat « quasi-insurrectionnel » à une minorité qui n’a rien à voir avec les manifestants ; Laurent Nuñez parle d’un désordre semé « de manière concertée » ; Sébastien Lecornu met en garde ceux qui voudraient faire de ces violences un « tour de chauffe » avant la présidentielle. Dans le même temps, le parquet de Paris place en garde à vue pour recel de vol, groupement en vue de commettre des violences et dégradations — l’échelle de l’émeute, pas l’article 412-3 du Code pénal et son « mouvement insurrectionnel ». La CRS 8 engagée à République est l’unité spécialisée dans les violences urbaines : la grammaire de 2023.

Le droit français n’écrit pourtant le mot qu’à deux endroits. Dans cet article 412-3, que personne ne vise. Et à l’article L2121-1 du code de la défense, qui réserve l’état de siège de l’article 36 de la Constitution au péril imminent résultant d’une guerre étrangère ou d’une « insurrection armée ». L’état d’urgence, lui, relève de la loi du 3 avril 1955 et vise les « atteintes graves à l’ordre public » : le texte de novembre 2005. Le président va s’adresser aux Français. Je suppose qu’il dira le mot et qu’il signera la loi de 1955. Insurrection à la télévision, émeute au Journal officiel : l’État aura qualifié lui-même, contre son propre vocabulaire.

Et vous, qui réclamez depuis samedi soir de l’ordre à n’importe quel prix ? Vous demandez à l’État de finir par décret ce que les casseurs n’ont pas réussi dans la rue : faire disparaître les 800 000 personnes du samedi après-midi derrière les 2 000 interpellés de la nuit.

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Dernier mot

Un samedi de vacances scolaires a montré une vacance. Pendant quelques heures, dans quelques villes, la force publique n’appartenait plus à personne. Ni la CGT, dont la prochaine date est fixée au 5 novembre depuis le 6 octobre, ni La France insoumise, qui préfère l’urne de 2027 à un fauteuil de mairie, ni les casseurs, qui ne veulent pas de fauteuil, ne se sont présentés pour l’occuper.

Ce qui manque, donc : quelqu’un assis à Limoges, un préfet qui refuse, un appel à une journée de semaine signé d’un nom. Rien de tout cela n’est là ce soir. Ce qui est là, en revanche, c’est un président qui va parler. Le seul candidat au fauteuil vide, ce soir, c’est lui.

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Dégâts à Paris : quelques images pour illustrer l'ampleur de ce qui se passe

18 October 2026 at 18:04

Beaucoup, à tort, répétons-le, réduisent le mouvement du 17 octobre à des pillages. Des pillages, des dégradations, il y en a eu, d'une violence jamais égalée, à mon avis, depuis plusieurs années, voire plusieurs décennies. Nous en montrons une infime part ici. Mais...

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Ce serait une erreur (largement commise par les conservateurs et réactionnaires de tous poils) de réduire ce mouvement à des violences urbaines. Je l'ai souligné hier : le mouvement est beaucoup plus "nombreux" que la police, et même les organisateurs, l'ont soutenu hier. Le cortège parisien, s'il avait pu se tenir comme prévu, aurait largement dépassé les 100.000 personnes. Et ces personnes n'avaient rien à voir avec des meutes islamistes. Il y avait des jeunes, des quadragénaires, des vieux, des riches, des pauvres, des moyens, des gens de gauche et de droite. L'influence du mouvement dépasse largement le simple fait d'une émeute urbaine.

Voici quelques images offertes par Paris aujourd'hui :

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Budget et Sécu : où en sommes-nous ?

18 October 2026 at 11:09

Par Vincent Clairmont

Je fais le point sur la procédure budgétaire et sur les surprises qu'elle vous réserve.

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Le PLF 2027, texte n° 3210, et le PLFSS 2027, texte n° 3211, ont été déposés le 1er octobre. La commission des finances a rejeté la partie recettes du premier le 9 octobre au soir, par 31 voix contre 3 et 2 abstentions. La commission des affaires sociales a examiné 1 610 amendements sur le second du 12 au 16 octobre, et l'a rejeté. Mardi 20 octobre, l'Assemblée votera solennellement la première partie du PLF, puis ouvrira la discussion du PLFSS dans la foulée. Je reprends la mécanique, puis ce qu'elle vous coûte.

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Quatre dates font basculer le dossier

Le 20 octobre, vote solennel sur la partie recettes du PLF et ouverture du PLFSS en séance. Le 27 octobre, vote solennel sur l'ensemble du PLFSS : c'est le dernier jour des vingt jours dont dispose l'Assemblée au titre de l'article 47-1 de la Constitution. Le 17 novembre, vote solennel sur l'ensemble du PLF, qui clôt les quarante jours de première lecture de l'article 47. Puis le Sénat, quinze jours sur la Sécu, vingt sur le budget. Les deux butoirs constitutionnels tombent le 26 novembre pour le PLFSS, cinquante jours, et le 17 décembre pour le PLF, soixante-dix jours. Je préconise de retenir trois dates seulement : le 20 octobre, le 27 octobre, le 17 novembre. Les autres sont des échéances pour le gouvernement, pas pour vous.

Les votes en commission ne valent rien, et c'est exactement le problème

En séance, l'Assemblée ne discute pas le texte de la commission : elle repart du texte du gouvernement. L'article 3 du PLF, qui abaissait de 4 439 à 3 000 euros le plafond de l'abattement de 10 % sur les pensions, avait été supprimé en commission le 7 octobre ; il est revenu intact le 13, et il a fallu le supprimer une seconde fois, le 15, par 116 voix contre 30. Le même sort attend le PLFSS : rejeté en commission vendredi, il arrivera mardi dans sa version initiale, article 12 compris — cette contribution de 2,05 % sur les cotisations des complémentaires santé que les députés venaient d'effacer le 16. Conséquence pratique : aucune mesure n'est acquise avant la lecture définitive. Je préconise de construire votre année 2027 sur le texte du gouvernement, pas sur les votes de séance, et de ne traiter une suppression comme définitive qu'après la promulgation.

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Trois sorties de secours, et deux d'entre elles se passent de vous

La première est le 49.3 : adoption sans vote, sous réserve d'une motion de censure. Huit motions ont été mises aux voix en 2026, aucune n'a atteint la majorité absolue. La deuxième est l'ordonnance : passé le 26 novembre pour la Sécu et le 17 décembre pour le budget, le gouvernement peut mettre les textes en vigueur par ce moyen. La troisième est la loi spéciale, utilisée en décembre 2025 : un texte minimal qui autorise à lever l'impôt, à emprunter et à payer les fonctionnaires, sans financer certaines aides. Il n'existe pas d'équivalent propre à la Sécurité sociale. Notez la dissymétrie : dans la loi spéciale comme dans l'ordonnance, le prélèvement continue et l'arbitrage disparaît. Aucune de ces trois voies ne suspend une cotisation.

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Côté budget, ce qui vous coûtera de l'argent.

Je commence par ce qui va dans votre sens, parce que le texte le contient aussi : le barème de l'impôt sur le revenu est revalorisé de 2,1 %, ce qui protège environ vingt millions de ménages d'une hausse mécanique et maintient quelque 500 000 foyers hors de l'impôt.

Ensuite viennent les ponctions.

L'article 2 plafonne l'exonération des indemnités de rupture au plafond annuel de

Fin du sursis sur les stablecoins, vote solennel mardi, or à 4 200 dollars : le point patrimonial du 18 octobre

18 October 2026 at 10:30

Par Vincent Clairmont

Chaque dimanche, je passe en revue ce que la semaine a changé pour votre épargne. Cette semaine : calendrier fiscal de la quinzaine, vote solennel du budget 2027, abattement des retraités, dons familiaux, fiscalité et contrôle des cryptoactifs, or et argent métal, livrets, taux et devises.

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Le 15 octobre, l'Assemblée nationale a supprimé l'article 3 du projet de loi de finances pour 2027 par 116 voix contre 30. Le 16 octobre, elle a adopté l'amendement I-3898, qui supprime le sursis d'imposition lors d'une conversion de cryptoactif en stablecoin. L'Insee a confirmé le 15 octobre l'inflation de septembre à 3,1 % sur un an, au plus haut depuis janvier 2024. Et l'once d'or cotait 4 200,10 dollars le 16 octobre, soit 3 717,80 euros, en repli de 0,8 % sur la semaine en euros. Je reprends ces dossiers un par un.

Éclatement de la bulle IA : le moment darwinien arrive-t-il ?
Les obligations de CoreWeave rapportent 15 %, celles de Meta et Nvidia passent sous le pair. Le déclencheur annoncé en juillet, le crédit, s’est activé.
L'or monterait-il si l'OTAN déclarait la guerre à la Russie ?
Une guerre OTAN-Russie ferait-elle monter l'or ? En dollars, pas forcément ; en euros, très probablement. Mais quand son propre pays est en guerre, la vraie question est de pouvoir garder son or. 1933, 2022, Venezuela : les précédents.
Fin du sursis sur les stablecoins, vote solennel mardi, or à 4 200 dollars : le point patrimonial du 18 octobre
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Calendrier fiscal : deux dates dans les quinze jours

Le 20 octobre à minuit, date limite de paiement en ligne de la taxe foncière, prélèvement le 26 ; au-delà de 300 euros le paiement dématérialisé est obligatoire, et le retard coûte 10 % du montant restant dû. Le 31 octobre, dernier jour pour adhérer au prélèvement à l'échéance de l'impôt sur la fortune immobilière, payable le 16 novembre. Je préconise le paiement en ligne le 20 au soir plutôt que le chèque échu le 15 : à montant identique, vous conservez onze jours de trésorerie.

Budget 2027 : le vote solennel de mardi ferme la première partie.

Le vote solennel sur la partie recettes est fixé au mardi 20 octobre ; le Sénat prend le texte du 20 novembre au 9 décembre. La suppression de l'article 3, le 15 octobre, maintient le plafond de l'abattement de 10 % sur les pensions à 4 439 euros par foyer au lieu des 3 000 prévus, soit 1,4 milliard d'euros de recette abandonnée. Le 16 octobre, toutes les hausses du prélèvement forfaitaire unique ont été écartées — 15,8 %, 17,8 %, 22,8 %, 33 % au total —, l'amendement I-1084 rejeté par 66 voix contre 29. Le taux reste à 31,4 %. Je préconise de n'arbitrer aucune ligne avant la sortie du Sénat le 9 décembre : un vote de première partie n'est pas une loi.

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Optimisation : deux fenêtres ouvertes cette semaine

La réduction d'impôt pour souscription au capital de PME passe de 18 % à 25 % (I-3864 et I-3868, adoptés le 15 octobre par 83 voix contre 32), sous réserve de l'accord de Bruxelles. L'article 4, adopté le 16 octobre par 66 voix contre 25, crée pour les donations du 1er janvier au 30 juin 2027 un taux unique de 6 % sur les

Received — 17 October 2026 ⏭ Le Courrier des Stratèges

Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?

17 October 2026 at 19:51

Par Eric V.

Comme d'habitude dans nos colonnes, j'ai couvert la manifestation de ce jour et je vous en reporte des images au plus près de ce qui s'y est passé. Nous sommes loin de pouvoir faire tous les comptes à 20 heures, et la nuit qui s'annonce a de nombreuses "chances" d'être très violente. Mais voici un premier point forcément parcellaire !

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Premier point, essentiel : je tiens la manifestation d'aujourd'hui pour une insurrection, ou une première étape vers une insurrection contre l'ordre établi. Beaucoup aiment à y voir des violences urbaines, ou des pillages. Bien sûr, il y a eu des pillages, il y a eu des violences. Mais ce serait, de mon point de vue, passer à côté de la nature du mouvement que de ne pas voir l'événement dans son ensemble : une jeunesse en dehors du "système" , accompagnée de radicaux, a parcouru Paris pour défier et contester l'ordre en place, ce qui n'exclut, pour certains, le pillage de magasins en bonne et due forme.

Deuxième point, tout aussi essentiel : la Préfecture de Police n'est pas parvenue à imposer un trajet clair aux manifestants, de telle sorte que très vite la mobilisation s'est éparpillée en une multitude de cortèges sauvages, dont l'un semble ce soir vouloir prendre l'Élysée. Nous ne sommes donc pas face à une manifestation classique, mais face à une sorte de guérilla urbaine.

Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?

Troisième point, encore plus essentiel : les forces de l'ordre étaient manifestement trop peu nombreuses à Paris (reste à comprendre pour quoi) et manifestement mal équipées. Selon les informations recueillies sur place, à 15h30, des compagnies entières étaient en rupture de munition, et ne disposaient plus que de matraques pour repousser des manifestants ou des émeutiers bien plus nombreux et bien plus déterminés.

Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?

Dans ce contexte, comme on dit au football, les manifestants ont clairement dominé le match.

Enfin, et surtout, le mouvement a attiré des gens de tous horizons et de tous âges, pour l'essentiel tout à fait pacifiques et venus simplement exprimer leur grogne. Ce point est capital, car la manifestation n'a pas attiré que des lycéens ou des étudiants, ni des casseurs. Elle était massivement faite de gens ordinaires qui voulaient s'exprimer sans violence.

Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?
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L'étrange stratégie policière

Reste que de nombreuses questions seront à poser sur cette journée. Au premier chef sur la stratégie policière, qui n'a pas manqué d'étonner.

Dès 12h, des troubles ont éclaté entre les premiers participants, dont des Gilets Jaunes historiques comme Jérôme Rodriguez, et la police, place de la République. Immédiatement, la place a été nassée par la police, et ceux qui se trouvaient dans la nasse ont entamé une tournante de charges : tantôt, les manifestants chargeaient la police et s'essuyaient du gaz lacrymogène, tantôt la police les chargeaient et les repoussaient de l'autre côté de la place.

Dans le même temps, la police interdisait l'accès à la place pour ceux qui n'étaient pas arrivés assez tôt (la manifestation devait débuter à 14h). Les gens affluaient en masse de toutes les rues convergents vers la place. Empêchés d'accéder à la République, ces manifestants se sont répandus dans Paris, souvent dans des cortèges sauvages. Certains prenaient la route de la Bastille, d'autres du Marais, d'autres encore... de l'Élysée.

Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?
Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?

C'est ainsi que la stratégie policière a produit le désordre : au lieu de les canaliser dans une manifestation mobile, elle les a dispersés et livrés à eux-mêmes.

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15h : les premiers désordres, sans intervention policière

Cette stratégie de dispersion des manifestants a conduit à de rapides désordres. Partout, des petits groupes de casseurs et de provocateurs profitaient de l'absence de la police pour dresser des barricades et incendier le matériel urbain qu'ils trouvaient à proximité. Ce fut notamment vrai dans le Marais totalement abandonné par la police.

Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?
Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?
Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?
Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?

La police est restée cantonnée place de la République, où des émeutiers semaient la terreur et le chaos, et a laissé les "quartiers" adjacents aux insurgés, souvent à la recherche d'un but pour manifester.

Dans cet étrange contexte, les rues comptaient encore des manifestants sincères et pacifiques, mais il devenait évident que les perturbateurs prenaient le dessus.

17h : l'heure du pillage et de la casse

Vers 17 heures, une police épuisée, manquant de munitions, et déforcée car de nombreuses unités étaient parties à l'Élysée pour protéger le Palais menacé par des manifestants déterminés à en découdre, faisait péniblement face à des nuées de voyous place de la République et alentour.

Là, le spectacle du chaos faisait peine à voir :

Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?
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Dans tous les cas, le pouvoir a donné le sentiment d'être sur la défensive, et désormais alourdi pour un corps préfectoral incapable de faire respecter l'ordre le plus élémentaire.

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