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Received — 7 October 2026 ⏭ Le Courrier des Stratèges

Permis de construire : la mairie peut désormais vous refuser pour une pièce manquante sans vous l’avoir demandée

Le Conseil d'État a jugé le 3 août 2026 qu'une mairie peut rejeter une demande de permis pour dossier incomplet sans avoir réclamé la moindre pièce. Le demandeur doit désormais deviner ce que l'administration attend, et recommencer s'il se trompe.

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La France où l’on ne construit plus rien vient de gagner un étage dans la bureaucratie. Et Bastiat aurait probablement résumé l’affaire ainsi : produire du refus avec de l’argent public.

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Une pièce manquante peut désormais suffire au refus

Dans sa décision du 3 août 2026, rendue sous le numéro 497092 et commentée le 5 octobre, le Conseil d’État a tranché un litige portant sur une société qui souhaitait construire trois bâtiments. Le tribunal administratif de Lyon avait considéré que l’administration ne pouvait refuser le permis au seul motif que certaines pièces n’avaient pas été fournies sans avoir demandé au préalable au pétitionnaire de compléter son dossier.

Le refus de permis peut sanctionner un dossier incomplet sans demande préalable - LE MONDE DU DROIT - Le magazine des professionnels du droit
L’administration peut refuser un permis de construire pour dossier incomplet sans demander préalablement les pièces manquantes, si leur absence empêche d’apprécier la conformité du projet.

Le Conseil d’État écarte cette lecture. L’absence de pièces peut justifier directement le refus lorsque ces documents sont nécessaires et que leur absence « empêche ou fausse l’appréciation de la conformité du projet ». Autrement dit, le demandeur ne pourra plus simplement répondre : on ne m’a jamais demandé cette pièce. La nuance juridique est importante : toutes les pièces manquantes ne permettent pas automatiquement un refus. Encore faut-il que leur absence empêche réellement l’administration d’apprécier la conformité du projet.

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Construire devient aussi un exercice de devinette

Pour le propriétaire, l’entrepreneur ou le promoteur, le changement est moins théorique qu’il n’y paraît. Dans une procédure déjà entourée de plans, formulaires, études et prescriptions, il faudra désormais anticiper ce que l’administration considère comme indispensable à son appréciation.

Première reculade des partis sur l’abattement de 10 % pour les retraités
Abattement de 10 % des retraités : RN, LR et Horizons promettent l’effort en milliards et refusent en commission une mesure à 25 euros par mois et par foyer.

L’administration dispose de l’expertise juridique et technique ; le demandeur, lui, engage des frais d’architecte, d’études, de financement et parfois d’acquisition avant même de savoir si son projet pourra aboutir. La décision du Conseil d’État ne crée pas une liberté générale pour les mairies de refuser à leur convenance. En exonérant les services instructeurs de toute obligation de dialogue ou de régularisation, l'appareil technocratique verrouille un peu plus l'accès au foncier.

Fraude sociale : comment le juge anti-business Charles Prats a pipeauté la droite patriote
Un numéro de sécurité sociale n’ouvre aucun droit. Les 14, 30 et 50 milliards de fraude avancés par Charles Prats reposent sur la confusion des deux.

La question devient alors simple : combien de projets seront retardés parce qu’une pièce jugée déterminante n’aura pas été produite au bon moment ? On demande aux Français de construire davantage, mais il faut désormais deviner, avant même que l’administration ne le réclame, tout ce qu’elle pourrait considérer comme nécessaire.

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79% de nos étudiants envisagent de quitter la France

7 October 2026 at 16:31

Par Eric V.

Hier, j'ai assisté à la conférence de presse donnée par Jeunesse 2027, un collectif d'étudiants porté par l'Université d'Aix-Marseille. Ipsos y présentait un sondage très instructif sur l'état d'esprit des jeunes : 79% d'entre eux envisagent de quitter la France !

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La date ne pouvait être mieux choisie : au moment où la jeunesse de France se rassemblait pour défiler dans les rues, Ipsos documentait des chiffres sur le malaise profond d'une jeunesse volontiers ramenée à un ramassis d'incendiaires et de casseurs par les partisans de l'ordre.

J'ai bien noté l'esprit paresseux dominant chez les conservateurs et les "patriotes" : un jeune qui n'obéit est un voyou. Il n'appartient pas, pour reprendre les clichés rances de Philippe de Villiers à la France qui brûle des cierges, mais à la France qui brûle des poubelles. L'intérêt de l'IFOP est de démonter ces clichés.

Éduquer, est-ce apprendre à obéir ou à innover ?
Philippe de Villiers ne voit que deux jeunesses. PISA 2025 : 458 en maths, −37 points depuis 2018. Éduquer, est-ce apprendre à obéir ou à innover ?
Au coeur des casseurs ! Mon reportage dans la manifestation étudiante....
Les images de la manifestation étudiante du 6 octobre 2026. Loin des clichés.
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Malaise dans la jeunesse

Le sondage réalisé auprès de 3.000 étudiants représentatifs enseigne un certain nombre d'ordres de grandeur. J'en retiendrai deux en particulier :

1° Les principales préoccupations de nos étudiants portent sur la dignité et l'attention à l'autre. Sur ce point, les sondés expriment assez peu d'insatisfactions ciblées sur les inégalités en tant que telles. C'est une chance, tant ses inégalités, notamment dans l'accès aux meilleurs emplois, sont criantes. Nous aurions pourtant collectivement intérêt à mettre cette problématique dans notre "scope".

Dans la pratique, les étudiants ont une faible culture politique et militante, et sont totalement ignares en matière de lutte, comme disent les gauchistes. Mais ce vide pourrait se remplir rapidement, et les phénomènes inégalitaires (notamment dans la répartition des moyens) pourraient rapidement faire l'objet d'une conscientisation.

Le mouvement étudiant pourrait alors prendre une tout autre tournure.

2° 79% des étudiants envisagent de quitter la France. C'est un nombre considérable, et le phénomène ferait bien d'inquiéter la caste. Cette démarche d'exil semble mûrie et avancée chez un étudiant sur trois. L'IFOP ne dit pas si cet "avancement" est caractéristique des CSP+, s'il est homogène, ou s'il se concentre sur les moins riches.

Dans tous les cas, l'effondrement de notre système éducatif est tel que nos jeunes, pour une proportion (très) inquiétante ne se voient plus d'avenir en France et aspirent à l'émigration.

J'ai bien entendu les commentaires aigres de ceux qui prétendent que les jeunes "devraient se taire" (dit poliment ici) et obéir. Leur réponse est cinglante : ils partent, ou s'apprêtent à partir, face à un pays bloqué par l'alliance des retraités et des boomers.

Les "vieux cons" devraient se poser des questions majeures en lisant ce chiffre.

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Première reculade des partis sur l'abattement de 10 % pour les retraités

7 October 2026 at 15:44

Par Vincent Clairmont

1,4 milliard d'euros sur un effort de 54. En moyenne, 304 euros par an pour chacun des 4,6 millions de foyers concernés. C'est la mesure que la commission des finances a supprimée le 7 octobre, avec les voix de partis qui chiffrent le redressement des comptes en dizaines de milliards.

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Le 7 octobre, la commission des finances de l'Assemblée a supprimé l'article 3 du projet de budget pour 2027. Le texte abaissait de 4 439 à 3 000 euros le plafond de l'abattement de 10 % appliqué aux pensions pour le calcul de l'impôt sur le revenu. Rendement attendu : 1,4 milliard d'euros. Foyers concernés : 4,6 millions. Six groupes avaient déposé des amendements de suppression : Rassemblement national, UDR, Droite républicaine, Horizons, La France insoumise, communistes. Ensemble pour la République et le MoDem ont défendu la mesure. Le vote est provisoire : en séance, à partir du 13 octobre, la discussion repart du texte du gouvernement.

Il faut dire ce que l'article faisait, parce que le débat a porté sur autre chose. L'abattement n'était pas supprimé. Son plafond baissait, et ce plafond ne joue qu'au-delà de 30 000 euros de pensions par foyer et par an. En dessous, rien ne changeait. Au-dessus, la perte était bornée : 1 439 euros d'abattement en moins, soit 432 euros d'impôt pour un foyer imposé à 30 %. Rapporté aux foyers concernés, le rendement donne 304 euros par an en moyenne. Vingt-cinq euros par mois.
Ma thèse, et je la tiens jusqu'au bout : le vote du 7 octobre n'a pas porté sur les retraités. Il a porté sur la crédibilité de ceux qui promettent l'effort. Trois partis qui chiffrent le redressement en dizaines de milliards, ou en années de travail supplémentaires, ont refusé le premier 1,4 milliard qui portait un nom d'électeur.

Programme économique du RN ? ou les 140 milliards indolores
Le RN promet 140 milliards d’économies sans qu’aucun électeur n’y perde. Près de la moitié est demandée au fraudeur, à Bruxelles et à l’étranger.
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Premier point : ce que les mêmes partis promettent

Le Rassemblement national a présenté la veille 140 milliards d'économies d'ici 2032, qualifiés d'« effort radical », et défend une règle d'or pour laquelle Marine Le Pen a donné elle-même l'exemple de 2027 : un déficit plafonné à 2,4 % du PIB. Le lendemain, sa députée Claire Marais-Beuil déclarait en commission : « Nous refusons que le redressement des comptes publics se fasse une nouvelle fois sur le dos des retraités. »

Depuis le 1er octobre, contester l’Urssaf peut vous exposer dix ans au lieu de trois

7 October 2026 at 14:58

Depuis le 1er octobre 2026, une modification discrète du Code de la sécurité sociale change la portée d’une opposition à contrainte. Le cotisant qui conteste une créance de l’Urssaf et perd devant le juge peut désormais voir le jugement se substituer à la contrainte, avec un délai d’exécution susceptible d’atteindre dix ans, contre trois ans pour une contrainte non contestée.

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Le décret du 27 juillet 2026 (n° 2026-683, article 12) a modifié l’article R. 133-3 du code de la sécurité sociale. Entrée en vigueur le 1er octobre, la règle est claire : lorsqu’un cotisant forme opposition, le jugement ne se contente plus de valider la contrainte. Il s’y substitue et devient le seul titre exécutoire.

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Quinze jours pour contester, dix ans pour payer

Le décret n° 2026-683 du 27 juillet 2026 modifie, par son article 12, l'article R. 133-3 du code de la sécurité sociale. Jusqu'ici, lorsqu'un cotisant formait opposition à une contrainte de l'Urssaf, le juge la validait ou l'annulait. La contrainte restait le titre exécutoire. Désormais, le jugement se substitue à elle et devient le seul titre.

Le nouveau texte modifie surtout la situation après le procès. La contrainte non contestée est soumise au délai de prescription prévu par l’article L. 244-9 du Code de la sécurité sociale, soit trois ans dans les conditions prévues par ce texte. À l’inverse, lorsqu’un jugement intervient sur l’opposition, l’article L. 111-4 du Code des procédures civiles d’exécution prévoit un délai de dix ans pour l’exécution des titres judiciaires concernés.

La Cour de cassation avait déjà admis, dans un arrêt du 4 novembre 2021, qu’un jugement rejetant l’opposition et validant une contrainte constituait un titre exécutoire soumis au délai décennal. Le décret de 2026 donne désormais à cette logique une formulation beaucoup plus nette : le jugement remplace la contrainte.

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Quand l'administration juge de sa propre commodité

Rappelons ce qu'est une contrainte : un titre exécutoire que l'organisme de recouvrement délivre lui-même, sans passer par un juge. L'Urssaf est donc créancière, et elle se dote seule de l'outil de recouvrement. Le juge n'intervient que si le cotisant le saisit, dans une fenêtre de quinze jours.

S'il ne bouge pas, la dette finit par s'éteindre à l'issue de trois ans, à condition que l'organisme n'ait pas interrompu le délai par d'autres actes. S'il conteste et perd, il offre à l'Urssaf un jugement exécutable pendant une décennie. Beaucoup d'entrepreneurs, surtout ceux qui ne peuvent pas payer un avocat, renonceront à se défendre, y compris quand leur dossier est solide.

Aucun texte n'interdit formellement de saisir le juge. Mais cette modification renforce le pouvoir de recouvrement de l’Urssaf tout en dissuadant le contentieux. L’administration gagne du temps, de la sécurité juridique et une pression supplémentaire sur les indépendants et les petites structures déjà fragilisées par le poids des cotisations. Le droit au recours existe encore sur le papier. Dans les faits, il devient un pari risqué.

L’État a ainsi transformé une procédure de contestation en piège temporel. Le cotisant qui refuse de se taire paie plus longtemps. La logique est moins de contentieux, plus de recettes assurées, et une administration qui se protège d’elle-même. Dans un pays où les prélèvements obligatoires pèsent déjà lourd, cette mécanique révèle une volonté de verrouiller le système plutôt que de le rendre contestable.

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Programme économique du RN ? ou les 140 milliards indolores

7 October 2026 at 11:01

Par Eric V.

Marine Le Pen promet 140 milliards d'économies sans toucher aux pensions, sans hausse d'impôt, et en ramenant la retraite à 62 ans. Près de la moitié de l'effort est demandée au fraudeur, à Bruxelles et à l'étranger. Trois payeurs qui ont un point commun : ils ne votent pas.

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Le Rassemblement national jouait gros mardi. Après une rentrée de faux pas — le voile, les quarante-deux annuités, Carcassonne, Auchan, Bardella —, la présentation du budget du quinquennat devait prouver que le parti savait compter. Deux heures, des graphiques en cascade, une centaine de journalistes. Et un chiffre : 140 milliards d'euros d'économies nettes d'ici 2032, au prix, dit Marine Le Pen, d'un « effort radical ».

J'aurais aimé applaudir. Un parti qui promet le déficit sous 3 % en 2030, plus de cent vingt taxes supprimées, trente milliards d'impôts en moins et un étage de capitalisation pour les retraites dit des choses que ce journal réclame depuis des années. Encore faut-il regarder qui paie.

Trois payeurs qui ne votent pas

Le détail du plan a été décortiqué. L'effort brut y atteint 169 milliards. Trente-deux et demi viennent de la lutte contre la fraude. Dix-neuf et demi d'une moindre contribution au budget européen. Vingt-neuf de la priorité nationale, c'est-à-dire de prestations retirées aux étrangers. Total : 81 milliards, près de la moitié du plan.

Le fraudeur, Bruxelles, l'étranger. Trois payeurs commodes, qui ne votent pas en France. Trois recettes, surtout, qu'une signature à l'Élysée ne suffit pas à encaisser. La fraude estimée n'est pas la fraude recouvrée : les caisses sociales en récupèrent 600 millions par an sur treize milliards évalués. La contribution européenne se négocie à vingt-sept. Et le Conseil constitutionnel a jugé en avril 2024 qu'on ne pouvait pas subordonner les prestations à cinq ans de résidence : il faudra réviser la Constitution avant de toucher le premier euro.

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La retraite qui rapporte

Reste l'autre moitié. Elle repose sur des gains d'organisation — huit milliards à l'hôpital, neuf et demi d'actes médicaux jugés inutiles — et sur 201 000 postes non remplacés dans les agences et les collectivités, sans un licenciement.

Puis vient la ligne que j'ai relue deux fois. Le RN ramène l'âge de départ à soixante-deux ans, voire soixante, et inscrit dans le même mouvement 15 à 20 milliards d'économies sur les retraites. L'Institut Montaigne, cité par Challenges, chiffre l'abaissement de l'âge à 34 milliards de coût par an, jusqu'à 44,7. Partir plus tôt et dépenser moins : le RN a inventé la retraite qui rapporte.

Ajoutez trente milliards de baisses d'impôts, quinze de droits nouveaux, plus de soixante-cinq d'investissements, des pensions toujours indexées. Et quatre-vingt-dix milliards d'intérêts économisés sur la dette, comptés d'avance. Économisés à condition que le plan réussisse : c'est payer le traiteur avec les cadeaux de mariage.

Une règle d'or pour plus tard

Reste la pièce maîtresse : une règle d'or budgétaire, inscrite dans la Constitution par référendum. Tant que la dette dépasse 60 % du PIB, le déficit devrait rester un demi-point sous le niveau qui la stabilise. Pour 2027, Marine Le Pen donne elle-même le plafond : 2,4 %. Sa trajectoire, la même semaine, affiche 4,9 %. Entre les deux, 2,5 points de PIB, quelque 75 milliards. Ou bien la règle ne s'applique pas à son quinquennat, ou bien il faudra y déroger dès la première année, aux trois cinquièmes du Parlement — et une seconde dérogation d'affilée exige un nouveau référendum.

En 2012, la même Marine Le Pen appelait la règle d'or une « chape de plomb ». Je ne sais pas si elle a changé d'avis ou de public. Je constate qu'à un demi-point par an, il faut cent vingt ans pour ramener la dette de 120 à 60 % du PIB. Une contrainte qu'on se donne pour le siècle suivant n'engage pas beaucoup le quinquennat.

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Ce que la déception dit de nous

Je ne reproche pas au RN de manquer d'ambition. Cent quarante milliards, c'est le bon ordre de grandeur. Je lui reproche de l'avoir rendue indolore. Dans ce plan, aucun électeur ne perd rien : ni le retraité, ni le fonctionnaire en poste, ni l'allocataire français, ni le contribuable. L'effort radical est radical pour les absents.

Les marchés n'ont pas tremblé : le taux à dix ans a même reflué mardi à 4,75 %, après avoir frôlé 5 % la semaine précédente. Je me garderai d'y lire un vote de confiance.

Et c'est ici que la charge nous revient. Si le parti donné favori présente un régime sans privation, c'est qu'il nous connaît. Nous voulons bien que l'État maigrisse, à condition que ce soit dans l'assiette du voisin. Un programme n'est jamais que le portrait de ceux à qui on le vend.

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Dernier mot

On se demandait si le RN réussirait son passage à la réalité. Il a réussi son passage au tableur. La réalité, c'est le jour où il faudra dire à quelqu'un qui vote qu'il recevra moins, et ce jour-là ne figure dans aucune des colonnes présentées mardi.

Nous l'écrivions ici : Marine Le Pen diffère depuis des années l'arbitrage entre ceux qui attendent d'elle la retraite à soixante ans et ceux qui attendent des comptes en ordre. Son budget ne tranche pas. Il additionne les deux promesses et adresse la facture à l'étranger. En mai 2027, élue ou battue, il faudra bien qu'elle choisisse ; et si elle est élue, ses électeurs découvriront les premiers que l'indolore n'existe pas.

Un « effort radical », donc. Reste à trouver qui le fera.

Fraude sociale : comment le juge anti-business Charles Prats a pipeauté la droite patriote

7 October 2026 at 09:13

Par Elise Rochefort

Le répertoire national compte 113,1 millions de numéros d'inscription pour 67 millions d'habitants. Sur ce total, 21,1 millions ont été attribués à des personnes nées à l'étranger, soit 18,6 %. Ces chiffres figurent dans le rapport rendu en 2019 par la commission des affaires sociales du Sénat. Ils ne dénombrent pas des bénéficiaires. Ils dénombrent des lignes. Les estimations publiées par le magistrat Charles Prats entre 2018 et 2020 — 14, puis 30, puis 50 milliards d'euros de fraude sociale par an — assimilent ces lignes à des prestations versées. Ce qui a conduit à d'importants recrutements dans les URSSAF... pour traquer les entreprises.

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Quatre étapes séparent un numéro d'un paiement

La première est l'immatriculation : un numéro est attribué, à la naissance par l'Insee, ou par le Service administratif national d'immatriculation des assurés (SANDIA) pour une personne née hors de France, à la demande d'un organisme.

La deuxième est l'affiliation à un régime.

La troisième est l'ouverture de droits, soumise à des conditions propres à chaque prestation : résidence stable, titre de séjour en cours de validité, cotisations ou ressources.

La quatrième est le versement, qui suppose une demande, un dossier instruit et des coordonnées bancaires. Le rapport sénatorial le formule ainsi : « l'obtention d'un NIR ne permettant pas à lui seul d'obtenir une prestation ».

L'immatriculation n'emporte donc ni affiliation, ni droit, ni paiement. Le numéro demeure au répertoire quand son titulaire a quitté la France, quand il est décédé, quand il n'a travaillé qu'une saison ou quand il a achevé ses études. Le rapport cite ces quatre situations.

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Deux chiffres officiels mesurent l'écart entre numéros et droits

Le Sénat recense 21,1 millions de numéros attribués à des personnes nées à l'étranger. Une réponse ministérielle publiée au Journal officiel du Sénat le 7 novembre 2019 recense 12,4 millions de personnes nées à l'étranger disposant d'un droit ouvert à au moins une prestation. Sous réserve que les deux périmètres coïncident, 8,7 millions de numéros, soit quatre sur dix, ne correspondent à aucun droit ouvert. Un droit ouvert n'est pas davantage un versement : l'affiliation à l'assurance maladie en est un, qu'un soin ait été remboursé ou non.

Le calcul de 2018 passe de la première étape à la quatrième

Prats part d'un audit du SANDIA de 2011, portant sur environ 2 100 dossiers d'immatriculation, où la proportion de pièces non conformes est de 6,3 % ou de 10,6 % selon les reprises. Ce taux est appliqué à 1,8 million d'immatriculations, et chaque dossier ainsi compté se voit attribuer 7 000 euros de prestations par an. Le résultat est de 14 milliards. Une pièce d'état civil jugée non conforme dans un dossier d'immatriculation y vaut preuve d'un versement.

Fraude sociale : comment le juge anti-business Charles Prats a pipeauté la droite patriote
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Le calcul de 2020 passe de la troisième étape à la quatrième, après une soustraction

Le 16 mars 2020, sur Sud Radio (média qui a beaucoup relayé Prats, notamment au micro d'André Bercoff, très engagé dans la critique de la Palestine et dans la réverbération des positions israéliennes), Charles Prats retranche des 12,4 millions

Inzinzac-Lochrist : l’architecte était un ami, les terrains vendus «à vil prix» à la famille d’une élue

La chambre régionale des comptes de Bretagne étrille la gestion 2019-2025 de cette commune du Morbihan : déficit de 20,8 % des recettes, 10 millions d'euros de dettes, cessation partielle de paiement en 2024. Sur la reconversion de la zone des Forges, elle pointe un architecte proche de l'exécutif retenu sans mise en concurrence effective et des terrains cédés « à vil prix » à une société de la famille d'une élue. Le maire actuel promet "des poursuites, y compris pénales".

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À Inzinzac-Lochrist, la facture arrive. Elle sera payée par les habitants, deux fois : d'abord par les décisions qui ont vidé les caisses, ensuite par les arbitrages que la situation impose désormais, moins de services ou plus d'impôts.

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Une commune en situation de quasi-faillite

Le rapport de la Chambre régionale des comptes dresse d’abord un état financier préoccupant. Fin 2024, le déficit atteint près de 2 millions d’euros, soit 20,8 % des recettes de la commune, alors que le seuil légal est fixé à 10 %. La dette atteint environ 10 millions d’euros, ligne de trésorerie comprise. Des fournisseurs restent impayés et la commune a connu une « cessation partielle de paiement » en 2024.

« Tout ce que nous faisons est légal » : une ville à moins 646 357 euros d’autofinancement
La chambre régionale des comptes d’Occitanie a épinglé la gestion 2021-2025 de Villefranche-de-Rouergue. Les charges courantes ont grimpé de 25,5 % pendant que les recettes n’avançaient que de 11,7 %. Résultat : une capacité d’autofinancement nette négative de 646 357 euros en 2025 et une

Cette situation ne relève donc pas d'une simple difficulté comptable ponctuelle. Elle traduit plusieurs années de décisions ayant pesé sur les marges de manœuvre de la collectivité. Or c’est précisément dans ce contexte financier que la reconversion de la zone des Forges apparaît particulièrement sensible.

Selon les observations de la Chambre, un cabinet d’architecte présenté comme proche de l’exécutif municipal a été retenu sans véritable mise en concurrence. Plus préoccupant encore, certaines parcelles auraient été cédées « à vil prix » au bénéfice d’une société appartenant à la famille d’une élue.

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Aux Forges, les intérêts privés au cœur des soupçons

Le rapport relève également des violations des règles d’urbanisme, alors même que les services de l’État avaient formulé des alertes. Ces éléments ne permettent pas, à eux seuls, de préjuger d’éventuelles responsabilités pénales. Ils soulèvent toutefois une question élémentaire de gestion publique : comment une commune lourdement endettée a-t-elle pu accepter des conditions de cession susceptibles de favoriser des intérêts familiaux privés ? Le maire actuel, Jérôme Meunier, a annoncé vouloir engager « toutes les poursuites nécessaires, y compris pénales ». Les premières actions judiciaires doivent être annoncées ce mercredi.

Pourquoi le chèque scolaire est la vraie solution aux problèmes de l’éducation
Matignon accuse LFI des 400 lycées bloqués. La France dépense 10 580 € par collégien et accorde 61 € à ses parents. Le chèque scolaire inverse la proportion.

Comme toujours, on assiste à une dérive; un mode de gestion où le cercle des proches passe avant celui des administrés. Dans une commune, tout le monde se connaît, les élus décident souvent avec peu de contre-pouvoirs, et la presse locale n'a pas toujours les moyens de tout éplucher. Les alertes des services de l'État n'ont pas suffi. Il a fallu un contrôle a posteriori, quand la trésorerie était déjà à sec.

Les habitants se retrouvent désormais face à une alternative claire : réduction des services ou hausse des impôts locaux. La chambre régionale des comptes recommande un plan d’économies strict et l’abandon des projets non financés. Le redressement passera par un retour aux compétences obligatoires et une gestion qui place enfin l’intérêt des contribuables avant les arrangements de proximité.

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Received — 6 October 2026 ⏭ Le Courrier des Stratèges

Au coeur des casseurs ! Mon reportage dans la manifestation étudiante....

6 October 2026 at 21:46

Par Eric V.

Aujourd'hui j'ai rejoint la manifestation qui a traversé l'Est parisien, dont la mobilisation lycéenne était le fer de lance. J'en ai ramené quelques photos qui vont piquer les yeux de tous ceux qui croient à un complot islamo-gauchiste. La manifestation était très différente de cela...

Très important !
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Si vous voulez voir les vidéos de la manifestation, au coeur des affrontements entre policiers et manifestants, rejoignez notre chaîne Telegram gratuite en cliquant sur ce lien :

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Un phénomène n'a pas manqué d'étonner (pour voir la vidéo où je disserte sur ce mystère, rendez-vous sur Telegram) : peu avant l'arrivée du cortège, un groupe de casseurs provocateurs a bloqué le boulevard Voltaire et lancé un feu de poubelles, dans une sorte de passivité ou d'impunité totale de la police.

Au coeur des casseurs ! Mon reportage dans la manifestation étudiante....

L'événement a donné l'occasion aux forces de police de créer une sorte d'enclave dans le groupe des provocateurs, qui ne pouvait évidemment que dégénérer, et fournir de bonnes images de violence aux médias qui n'en demandaient pas plus pour fabriquer un narratif transformant un mouvement bon enfant en déferlement barbare.

Au coeur des casseurs ! Mon reportage dans la manifestation étudiante....
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Dans cet ensemble, on n'oublie évidemment pas l'évocation de la cause palestinienne qui, par une association d'idées parfaitement travaillée dans certains médias, revient à réduire le mouvement à une sorte de guerre civile larvée menée par les Musulmans contre la France de toujours. On se demande d'ailleurs dans quelle mesure la présence du drapeau palestinien ne sert pas de "magnet" pour attirer les jeunes Musulmans de banlieue en perdition afin de mieux les identifier et les ficher.

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Au-delà de ces clichés, il faut répéter que la manifestation avait un côté bon enfant, avec une jeunesse très majoritairement bien éduquée et sympathique, loin de tout sujet religieux.

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Éducation et présomption fatale de Hayek : de quoi s'agit-il ?

6 October 2026 at 17:26

Par Élise Rochefort

« La présomption fatale » est le titre d'un livre de l'économiste Friedrich Hayek, paru en 1988 aux Presses de l'université de Chicago sous le titre The Fatal Conceit, avec pour sous-titre « Les erreurs du socialisme ». C'est son dernier ouvrage. La traduction française, due à Raoul Audouin, a paru aux Presses universitaires de France en 1993. L'expression désigne aussi, par extension, l'idée centrale du livre. Cette fiche expose cette idée, puis les objections qu'elle a reçues.

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L'auteur

Friedrich Hayek naît à Vienne en 1899 et meurt à Fribourg-en-Brisgau en 1992. Il enseigne à Londres, à Chicago, puis à Fribourg. Il reçoit en 1974 le prix Nobel d'économie, partagé avec le Suédois Gunnar Myrdal, économiste social-démocrate. Il est l'un des principaux auteurs libéraux du XXe siècle.

Les deux mots du titre

« Présomption » est pris ici au sens d'excès de confiance en soi, et non au sens juridique du mot. L'anglais dit conceit, qui signifie vanité ; une analyse française du livre traduit d'ailleurs « la vanité fatale ». « Fatale » signifie : qui conduit à la ruine.

La présomption visée est la suivante : croire qu'un petit nombre de personnes peut concevoir un plan d'ensemble pour la société, le faire appliquer, et obtenir de meilleurs résultats que si chacun décidait pour soi.

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L'idée en quatre étapes

1. Personne n'a inventé les règles dont dépend la vie commune. La langue, la monnaie, la propriété, le commerce, le droit n'ont pas été conçus par un auteur. Ils sont le produit d'une longue histoire. Hayek parle d'« ordre spontané ». Il écrit, dans l'introduction, que cet ordre n'est pas le résultat d'un dessein ou d'une intention des hommes, mais qu'il est apparu spontanément.

2. Ces règles permettent à des millions d'inconnus de coopérer. Hayek appelle « ordre étendu » la coopération entre des personnes qui ne se connaissent pas et ne se rencontreront jamais. Celui qui achète du pain dépend d'un agriculteur, d'un meunier, d'un transporteur et d'un boulanger, sans qu'aucune autorité ait réparti ces tâches.

3. La connaissance utile est dispersée. Chacun connaît une petite partie de ce qu'il faut savoir : son métier, sa rue, ses clients. Aucun bureau ne peut réunir l'ensemble. Hayek a formulé cet argument dès 1945, dans un article de l'American Economic Review, « L'utilisation de la connaissance dans la société ». Il y prend l'exemple de l'étain. Si l'étain devient rare, son prix monte. Des dizaines de milliers de personnes en consomment alors moins, sans qu'un ordre ait été donné et sans connaître la cause de la hausse. Le prix a transmis l'information.

4. Celui qui croit pouvoir tout planifier se trompe sur ce qu'il sait. C'est la présomption fatale. Le chapitre 5, qui porte le titre du livre, contient la phrase la plus citée : la curieuse tâche de la science économique est de montrer aux hommes combien ils savent peu de chose de ce qu'ils s'imaginent pouvoir concevoir.

Dans le livre, le mot « socialisme » ne désigne pas un parti. Il désigne la planification centrale de l'économie et, plus largement, tout projet de réorganiser la société d'après un plan rationnel.

« Entre l'instinct et la raison »

C'est le titre du premier chapitre. Hayek distingue trois sources des conduites humaines. L'instinct : la solidarité du petit groupe, où l'on partage et où l'on poursuit un but commun. La raison : le calcul délibéré. Et, entre les deux, la coutume et la tradition : des règles apprises par imitation, que l'on suit sans les avoir inventées et souvent sans pouvoir les justifier entièrement.

Selon Hayek, les groupes qui ont adopté les règles de la propriété et de l'échange sont devenus plus nombreux et plus prospères que les autres. Il nomme ce processus « évolution culturelle ». Le socialisme, dans cette lecture, applique à une société de millions de personnes les instincts qui convenaient à un groupe de quelques dizaines.

Ce que la thèse ne dit pas

  • Elle ne dit pas que les planificateurs sont sots ou mal intentionnés. L'argument porte sur la connaissance, non sur l'intelligence ou la morale.
  • Elle ne dit pas que tout ce qui est apparu spontanément est bon. Hayek écrit qu'il n'y a aucune raison d'attendre que la sélection des pratiques par l'évolution produise le bonheur.
  • Elle ne rejette pas toute action de l'État. Dans d'autres ouvrages, Hayek admet par exemple qu'un État garantisse un revenu minimum.
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Les objections

Le passage du fait à la valeur. Qu'une règle ait survécu ne prouve pas qu'elle soit bonne : des pratiques aujourd'hui condamnées ont duré des siècles. Plusieurs commentateurs reprochent à Hayek ce qu'on appelle un « sophisme naturaliste ». Ses défenseurs répondent qu'il ne tient pas les règles héritées pour bonnes, mais qu'il juge impossible de les remplacer toutes à la fois, faute du savoir nécessaire.

La sélection de groupe. Hayek soutient que les règles se sont imposées parce qu'elles profitaient aux groupes qui les suivaient. L'économiste Viktor Vanberg a contesté ce mécanisme : une règle utile au groupe peut être désavantageuse pour l'individu qui la suit, et rien n'explique alors qu'elle se maintienne. La question reste discutée entre spécialistes.

La tradition et la liberté. L'objection vient d'auteurs libéraux. Si l'individu doit suivre des règles qu'il n'a pas choisies et ne peut pas justifier, la place de son consentement devient incertaine. L'économiste Pierre Lemieux la formule en 2018 dans une recension par ailleurs favorable.

L'acquisition de la connaissance. L'économiste George Stigler, tout en saluant l'article de 1945, a relevé que Hayek n'explique pas comment la connaissance s'acquiert.

La paternité du texte. Hayek tombe malade en 1985. Le livre est mis au point par son éditeur, William Bartley. L'historien Bruce Caldwell estime que l'ouvrage doit davantage à la plume de Bartley qu'à celle de Hayek ; Alan Ebenstein a soulevé la même question. La part exacte de chacun n'est pas établie.

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Les mots à retenir

  • Présomption fatale : croire que l'on sait assez pour organiser la société selon un plan.
  • Ordre spontané : ordre qui résulte des actions de chacun sans avoir été conçu par personne. Exemple : une langue.
  • Ordre étendu : coopération entre des millions de personnes qui ne se connaissent pas.
  • Connaissance dispersée : savoir réparti entre tous les individus, qu'aucun centre ne peut réunir.
  • Signal de prix : information qu'un prix transmet à ceux qui achètent et à ceux qui vendent.
  • Évolution culturelle : sélection, au fil du temps, des règles suivies par les groupes qui prospèrent.

Le livre reste cité par les partisans d'une décentralisation des décisions, et discuté par ses critiques sur les cinq points qui précèdent. Les deux lectures s'appuient sur le même texte.

Accident du travail en novembre: votre indemnité journalière maximale tombe de 320 à 87 euros

Un décret du 30 septembre divise par près de quatre le plafond d'indemnisation des accidents du travail et maladies professionnelles, sans le moindre débat parlementaire. Applicable dès le 1er novembre, la mesure fait peser sur le blessé un risque que le régime assumait jusqu'ici. Intérimaires et saisonniers paieront le prix fort.

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Décidée par décret le 30 septembre, la réforme fait passer le salaire journalier de référence maximal d’environ 400 à 109 euros. Pour les rémunérations élevées, l’indemnité maximale tombe ainsi d’environ 320 à 87 euros par jour. Le texte est passé par la voie réglementaire, sans débat parlementaire sur cette modification substantielle de la protection financière des salariés blessés au travail.

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Un plafond raboté par décret

Le décret n° 2026-909 du 30 septembre 2026, publié au Journal officiel le 1er octobre, modifie le calcul des indemnités journalières d’accident du travail et de maladie professionnelle (AT/MP). Le salaire journalier servant de base au calcul ne pourra désormais dépasser 0,226 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, contre 0,834 % auparavant.

Pourquoi le chèque scolaire est la vraie solution aux problèmes de l’éducation
Matignon accuse LFI des 400 lycées bloqués. La France dépense 10 580 € par collégien et accorde 61 € à ses parents. Le chèque scolaire inverse la proportion.

Avec un PASS fixé à 48 060 euros en 2026, ce nouveau plafond représente environ 108,62 euros par jour. L’indemnité journalière correspondant à 60 % du salaire de référence pendant les 28 premiers jours, puis à 80 % à partir du 29e jour, le maximum passe ainsi d’environ 240 à 65 euros, puis d’environ 320 à 87 euros.

La réforme s’applique aux accidents et maladies professionnelles survenus à compter du 1er novembre 2026. Elle ne concerne pas le régime des arrêts maladie ordinaires, dont le plafond obéit à des règles différentes.

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Le risque revient sur le salarié

Le nouveau plafond correspond à environ 1,8 SMIC, contre un niveau antérieur nettement supérieur. Les spécialistes de la paie soulignent surtout une conséquence concrète : lorsque l’employeur doit maintenir une partie du salaire, la fraction qui ne sera plus couverte par les indemnités journalières augmentera.

L’humeur de Veerle Daens : Glucksmann s’excuse ? ou le grand art du « désolé si »
« Désolé si ces propos ont été perçus comme étant du sexisme. » Glucksmann, Ségolène Royal, et la naissance d’un temps verbal français.

Pour certains salariés, la perte sera donc partiellement reportée sur l’entreprise. Pour les intérimaires, saisonniers et intermittents, qui bénéficient souvent de moins de compléments employeur, elle pourra être supportée directement par le salarié.

En affaiblissant unilatéralement la protection sociale par voie réglementaire, le gouvernement modifie le niveau de protection d'un risque professionnel alors même que l’accident du travail n’est pas un choix individuel : le salarié qui se blesse en travaillant découvre désormais que la couverture financière dont il bénéficiait hier ne sera plus la même demain. En affaiblissant unilatéralement la protection sociale par voie réglementaire, le pouvoir démontre son peu de cas de la souveraineté des travailleurs.

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Hôpital de Perpignan: 18 % de séjours en plus, 7 % d'urgentistes en moins

6 October 2026 at 14:13

Selon un rapport de la chambre régionale des comptes d’Occitanie rendu public le 28 septembre 2026, le centre hospitalier de Perpignan a vu ses séjours bondir de 18 % entre 2019 et 2024, quand ses urgences perdaient 7 % de leurs médecins. Dans le même temps, la direction annonce un centre de cancérologie à 31 millions d'euros pour 2028.

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Les soignants perpignanais ne manquent ni de courage ni de patients. Ils manquent de collègues. Et le rapport de la chambre régionale des comptes, qui couvre les années 2019 à 2024, éclaire une question que la puissance publique évite : où va l'argent quand l'activité explose ?

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Une activité qui augmente, des urgentistes qui diminuent

Dans son rapport rendu public le 28 septembre 2026, la chambre régionale des comptes d’Occitanie examine la situation du centre hospitalier de Perpignan sur la période 2019-2024. Le constat est clair : le nombre de séjours est passé de 46 335 à 54 830, soit 18 % de hausse, quand les effectifs médicaux n’ont progressé que de 10 %. La chambre relève ainsi une augmentation de la productivité médicale, autrement dit une charge supérieure supportée par les équipes.

Urgences saturées, déficit chronique : l’hôpital de Perpignan dans l’œil de la Chambre des comptes
Urgences en sous-effectif. Maison de garde sous pression. Finances en négatif. L’hôpital de Perpignan peut-il tenir le rythme ?

Le cas des urgences est encore plus préoccupant. Leur fréquentation avoisine 59 000 passages annuels, tandis que les effectifs médicaux ont diminué de 7 % en cinq ans. Selon les calculs rapportés par la chambre, cette baisse représente environ 275 urgences supplémentaires par an pour chaque urgentiste à temps plein. Certaines périodes ont même connu des réductions d’effectifs proches de 40 %. La maison médicale de garde, située à proximité, a parallèlement vu sa fréquentation bondir de 47 %, de 38 274 à 56 322 patients.

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31 millions pour investir quand les marges sont limitées

L’hôpital a consacré 21 millions d’euros à l’achat de produits pharmaceutiques et ses charges hôtelières et générales ont progressé de 39 %, soit 9 millions d’euros supplémentaires. Sa trésorerie disponible plafonne à environ 10 millions d’euros. Pourtant, un projet de filière de cancérologie évalué à 31 millions d’euros est prévu pour 2028. Son financement devrait donc largement dépendre de ressources extérieures et, potentiellement, de l’emprunt. Le directeur assure que plusieurs indicateurs financiers se sont améliorés en 2025 et que le déficit diminue.

Urgences saturées: l’été où l’hôpital public a cessé de soigner
À Brest, des patients auraient attendu de nombreuses heures aux urgences selon les organisations syndicales. Ce cas n’est plus une exception : une cinquantaine de services d’urgences connaissent de graves difficultés cet été, tandis que près de 40 % des postes de médecins urgentistes demeurent vacants. Une nouvelle illustration d’

Il ne s’agit pas de mettre en cause les soignants, qui travaillent avec des moyens sous tension, mais les arbitrages opérés au sommet de l’institution. Reste une zone d'ombre : qui finance quoi, et selon quel calendrier ? Le financement du projet de cancérologie, ses sources et son impact sur les dépenses de fonctionnement mériteraient d'être publiés. Faute de transparence, le contribuable paie deux fois : par l'impôt qui alimente l'hôpital, puis par l'attente sur un brancard.

Hôpital de Perpignan: 18 % de séjours en plus, 7 % d'urgentistes en moins
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Pourquoi le chèque scolaire est la vraie solution aux problèmes de l'éducation

6 October 2026 at 10:38

par Eric V.

« Manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultragauche », dit Matignon des quatre cents lycées bloqués. La France dépense 10 580 euros par an pour un collégien. À ses parents, elle accorde 61 euros de réduction d'impôt. Je propose l'inverse : l'argent aux parents, et qu'ils choisissent l'école.

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Soixante et un euros. C'est ce que le fisc accorde chaque année aux parents d'un collégien, au titre des « frais de scolarité ». Cent cinquante-trois euros pour un lycéen. Encore faut-il payer l'impôt sur le revenu : 46 % des foyers seulement sont dans ce cas. Les autres n'ont rien.

La même année, la France dépense 10 580 euros pour ce collégien, et 13 200 pour un lycéen de la voie générale. L'essentiel est payé par l'État et les collectivités. Sur cette somme, ses parents ne décident de rien : ni de l'établissement, que leur adresse désigne, ni des professeurs, qu'un barème affecte, ni du programme, qu'un bureau rédige. Soixante et un euros sur 10 580 : à peine plus d'un demi pour cent. C'est la part exacte de confiance que le pays leur fait.

Gardez ces deux chiffres en tête. Ils expliquent mieux les lycées bloqués que tout ce qu'on entend depuis quinze jours.

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« Une manœuvre organisée »

Le mouvement est parti le 21 septembre d'un lycée de Créteil. Dix jours plus tard, on comptait près de mille actions en une journée et environ quatre cents établissements fermés. Matignon a trouvé l'explication : une « manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultragauche ». Bruno Retailleau a renchéri : « Il y a cette jeunesse qui s'engage, qui veut éteindre le feu, et une jeunesse qui veut mettre le feu. » Philippe de Villiers, dans le Journal du Dimanche, a compté deux jeunesses lui aussi.

Éduquer, est-ce apprendre à obéir ou à innover ?
Philippe de Villiers ne voit que deux jeunesses. PISA 2025 : 458 en maths, −37 points depuis 2018. Éduquer, est-ce apprendre à obéir ou à innover ?

Entendons-nous sur les violences. Elles sont réelles, et rien ne les excuse : vingt-quatre établissements « incendiés ou saccagés », selon le ministre de l'Éducation, une centaine dégradés sévèrement, des proviseurs blessés. Mais comptez dans l'autre sens. La France a 3 700 lycées. Le ministre dénombre 735 établissements touchés par le mouvement. Restent, au bas mot, près de trois mille lycées où il ne s'est rien passé, et quelque six cents où l'on a bloqué sans dégât sérieux. Vingt-quatre sur 3 700 : moins d'un pour cent. Ce sont ceux-là qu'on nous montre depuis quinze jours, et l'on en tire le portrait d'une génération.

Que La France insoumise souffle sur les braises, je le crois volontiers, et 61 % des Français jugent qu'elle n'est pas dans son rôle. Mais souffler n'est pas allumer. Aucun parti n'a les moyens de fermer quatre cents lycées dans un pays où les élèves seraient contents d'y entrer. Le même sondage dit que 62 % des Français trouvent la mobilisation justifiée, et que les deux tiers ne se sentent proches ni de LFI ni du gouvernement.

Expliquer une colère par ceux qui l'exploitent, c'est une théorie du complot comme une autre. Elle a le même usage que les autres : elle dispense de regarder. Regardons donc.

Pour ses écoles, ses collèges et ses lycées, la France a dépensé 131,6 milliards d'euros en 2024, tous payeurs confondus. La dépense par élève du secondaire a augmenté de 70 % depuis 1980, en euros constants. Dans le même temps, les élèves français ont obtenu 458 points en mathématiques à l'enquête PISA 2025, trente-sept de moins qu'en 2018. Au collège public, une heure de cours sur dix n'est pas assurée, écrit la Cour des comptes. L'argent monte, le niveau descend, et les heures manquent.

Cet argent, où va-t-il ? L'éducation prioritaire coûte 2,6 milliards par an, deux fois et demie plus qu'en 2014. La Cour des comptes a constaté que 70 % des élèves défavorisés sont scolarisés ailleurs, et que la carte n'a pratiquement pas été revue depuis dix ans. Quant à savoir quel collège accueille quel public, le ministère le savait et le gardait pour lui. Il a fallu qu'un journaliste aille devant le tribunal administratif, en 2022, pour qu'il publie l'indice social de chaque établissement. Il refusait de crainte « qu'il ne serve d'outil au contournement de la carte scolaire ».

Reste la manière d'enseigner. Selon l'enquête TALIS de l'OCDE, 53 % des professeurs débutants jugent en France leur formation adaptée, contre 75 % en moyenne dans les pays comparables. On envoie devant des adolescents de 2026 des gens qu'on n'a pas préparés, puis l'on s'étonne.

Des moyens qui montent, des résultats qui tombent, un argent distribué à l'aveugle, des professeurs laissés seuls. Les lycéens n'ont pas eu besoin de Jean-Luc Mélenchon pour s'en apercevoir. Ils y passent leurs journées.

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Ce que le ministère ne peut pas savoir

Ces trois défauts n'en font qu'un, et Friedrich Hayek lui a donné un nom en 1988 : la présomption fatale. C'est l'idée qu'un petit nombre de gens instruits, réunis dans un bureau, en savent assez pour organiser la vie de millions d'autres mieux que ceux-ci ne le feraient eux-mêmes.

Hayek ne dit pas que ces gens sont sots. Il dit qu'ils ne peuvent pas savoir. Ce qu'il faut connaître pour éduquer un enfant n'est écrit nulle part : que celui-ci s'ennuie et que celui-là se noie, que ce professeur de mathématiques est remarquable et que cet autre est absent depuis novembre, que dans ce quartier il manque un lycée professionnel et dans ce bourg une classe bilingue. Cette connaissance existe. Elle est dans la tête des parents, des élèves, des professeurs, d'un proviseur. Elle ne remonte dans aucun tableau de la rue de Grenelle, ou alors dix ans trop tard : voyez la carte de l'éducation prioritaire.

Relisez maintenant l'affaire de l'indice social. Le ministère détenait une information utile aux familles, et il l'a cachée pour qu'elles ne s'en servent pas. Tout y est. L'administration ne se contente pas d'ignorer ce que savent les parents. Elle leur retire ce qu'elle sait, de peur qu'ils choisissent.

À le bien regarder, nous avons bâti l'école sur une hypothèse que personne n'oserait écrire : un rédacteur de circulaire connaîtrait mieux votre fils que vous. Sept ministres se sont succédé rue de Grenelle depuis mai 2022. Chacun est arrivé avec sa réforme, et aucun n'a touché à la règle du jeu, puisque la règle du jeu est justement qu'on décide d'en haut. On ne corrige pas une présomption en changeant le présomptueux.

L'autre voie, Hayek l'appelait l'ordre spontané : laisser décider ceux qui savent, et laisser l'offre se former autour de leurs décisions. Des écoles qui ouvrent parce que des familles en veulent. Des écoles qui ferment parce qu'elles n'en veulent plus. Personne ne l'a planifié, et c'est pour cela que ça s'ajuste.

L'argent suit l'enfant

Tout repose sur un constat d'une grande banalité : dans leur immense majorité, les parents veulent le bien de leur enfant. Pas tous, pas toujours avec discernement, mais plus sûrement et plus obstinément qu'aucune administration. Un recteur change de poste ; un père reste père.

Ils savent d'ailleurs très bien ce qui ne va pas. Interrogés par l'Ifop pour le Comité national d'action laïque, qui défend l'école publique, 93 % des parents jugent urgent d'y améliorer la sécurité et la discipline, et 88 % la qualité de l'enseignement. On ne leur demande pas leur avis. On leur attribue une adresse.

Le chèque scolaire retourne le circuit. Aujourd'hui l'État finance des établissements et y affecte des enfants. Demain il financerait des enfants, et les établissements viendraient les chercher.

Concrètement : on cesse de subventionner les écoles, et chaque famille reçoit pour chaque enfant un crédit d'impôt égal à la subvention moyenne par élève de l'année scolaire concernée. Un crédit d'impôt, et non une réduction comme les 61 euros d'aujourd'hui : ceux qui ne paient pas l'impôt sur le revenu, plus d'un foyer sur deux, le touchent quand même, et pour la même somme. Fléché, bien entendu : il ne règle qu'une inscription, dans l'école publique ou privée que les parents ont choisie. Et versé directement à l'établissement, comme l'Urssaf avance déjà le crédit d'impôt des emplois à domicile, pour que personne n'ait à sortir une pareille somme de sa poche.

Ce n'est pas une rêverie. La Suède le pratique depuis 1992 : la commune verse la même somme par élève à l'école municipale et à l'école indépendante, celle-ci est gratuite et ouverte à tous, et près d'un lycéen sur trois y est aujourd'hui inscrit. Les Pays-Bas financent à égalité écoles publiques et écoles privées depuis 1917, et les trois quarts des élèves y fréquentent une école privée.

Ce que le chèque ne règle pas

Je ne vends pas un remède miracle. La Suède se dispute depuis des années sur ses écoles indépendantes : notes gonflées pour attirer les familles, élèves qui se regroupent par milieu, et une partie de la presse française y voit un « anti-modèle ». Les syndicats d'enseignants objectent que l'école privée choisit ses élèves quand l'école publique les prend tous, et que le chèque ferait de celle-ci l'école de ceux dont personne ne veut. Ils désignent ainsi la règle qu'il faut écrire : une école qui encaisse le chèque ne trie pas à l'entrée.

Reste le supplément qu'elle pourrait réclamer en plus du chèque. La question se dispute. La Suède l'interdit. On peut aussi l'admettre, à condition que l'État ajoute au chèque des enfants pauvres une subvention de discrimination positive, pour que le prix ne leur ferme aucune porte. Les 2,6 milliards de l'éducation prioritaire, qui manquent aujourd'hui sept élèves défavorisés sur dix, suivraient alors l'enfant et non la carte.

Il y a aussi ce que le chèque ne peut pas faire. Dans un bourg qui n'a qu'une école, le choix reste sur le papier, au moins les premières années. Un parent qui ne s'occupe pas de son enfant ne s'en occupera pas davantage avec un crédit d'impôt, et pour celui-là l'État garde tout son rôle : l'obligation scolaire, l'inspection, l'examen national qui dit ce que l'élève sait. Et l'opinion n'est pas acquise. Dans le sondage que je citais, 60 % des parents voudraient que le privé soit payé par les seules familles. J'imagine qu'ils répondraient autrement si le chèque était dans leur poche et non dans celle du voisin. Je n'en ai pas la preuve.

Mais regardez ce qu'il change, et qu'aucune réforme n'a changé. Aujourd'hui, un collège où une heure sur dix n'est pas assurée ne perd pas un euro. Les familles n'ont aucun moyen de le lui faire savoir, sinon déménager ou payer deux fois, l'impôt puis l'école privée. Avec le chèque, l'établissement que les parents quittent perd ses moyens, celui qu'ils demandent en gagne, et le ministère l'apprend le jour même, sans rapport de la Cour des comptes, sans tribunal administratif, sans blocus.

L'information que la rue de Grenelle cachait aux parents devient ce qui fait tourner la machine. C'est en cela que la réforme est structurelle. Elle ne demande pas à l'Éducation nationale de se corriger, ce qu'elle ne sait pas faire. Elle change la main qui tient le carnet de chèques.

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Dernier mot

Reste nous. Le chèque scolaire a un prix que ses partisans annoncent rarement : il nous retire une excuse. Depuis quarante ans, nous confions nos enfants à l'État, nous nous plaignons de ce qu'il en fait, et nous votons pour celui qui promet des moyens. C'est confortable. Le jour où l'argent est dans notre main, il faut visiter, comparer, se tromper, changer, et ne plus pouvoir dire que c'est la faute du ministre. Je ne suis pas certain que nous en ayons tous envie.

Les lycéens de Créteil demandent des professeurs et des salles qui tiennent debout. On leur répond Mélenchon. On pourrait leur répondre ceci : plus de 13 000 euros sont dépensés chaque année au nom de chacun de vous, et ni vous ni vos parents n'avez votre mot à dire sur un seul.

Soixante et un euros de confiance sur 10 580, pour les parents d'un collégien. Commençons par inverser la proportion.

7 octobre : Nétanyahou avait-il été prévenu ? ou les 45 minutes qu'il nie

6 October 2026 at 09:00

Par Thibault de Varenne

Dix jours avant le 7 octobre 2023, le président des Émirats aurait appelé Benyamin Nétanyahou pendant quarante-cinq minutes pour le prévenir que le Hamas préparait « un événement majeur ». Trois journaux l'écrivent depuis septembre. Lui répond qu'il n'a pas parlé à cet homme pendant cette période. Un appel entre deux chefs d'État laisse un registre. Depuis trois ans, il refuse la seule commission qui pourrait l'ouvrir.

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Le 8 septembre, le quotidien israélien Haaretz a publié les bonnes feuilles d'une enquête de deux journalistes, Shlomi Eldar et Ruth Yuval. On y lit qu'à la fin de septembre 2023, une dizaine de jours avant l'attaque, le président des Émirats arabes unis, Mohammed ben Zayed, a téléphoné à Benyamin Nétanyahou. L'appel aurait duré quarante-cinq minutes. Un conseiller présent le résume ainsi : « L'émir a expliqué que, selon son évaluation, Sinwar préparait un événement majeur. Il a dit à Nétanyahou qu'Israël devait se tenir prêt. » Yahya Sinwar était alors le chef du Hamas à Gaza.

Selon le même récit, le chef du gouvernement a rassuré son interlocuteur et n'a transmis l'avertissement ni à son ministre de la Défense, ni au chef d'état-major, ni aux directeurs du Shin Bet et du Mossad, les deux services de renseignement du pays. Le New York Times a confirmé l'appel le 25 septembre.

Le bureau du Premier ministre a répondu : « Un mensonge absolu. » Puis : Nétanyahou « n'a pas parlé au président des Émirats arabes unis pendant la période en question et n'a reçu aucun avertissement de sa part ».

Israël vote le 27 octobre. Les témoins qui parlent aujourd'hui ont presque tous un compte à régler avec lui, et plusieurs ont eux-mêmes failli ce jour-là. Je m'en tiendrai donc aux dates, aux documents, et à ce que lui-même a répondu chaque fois.

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Août 2018 : les valises du Qatar

Il faut commencer cinq ans plus tôt, avec l'enquête que la cellule investigation de Radio France a publiée le 2 octobre.

Le 5 août 2018, Nétanyahou annonce à ses ministres qu'un émissaire qatari, Mohammed Al-Amadi, atterrira désormais chaque mois à l'aéroport Ben-Gourion et gagnera Gaza avec des valises de billets. Trente millions de dollars par mois : un

ZFE : le 8 octobre, les députés revotent — et Lyon verbalise déjà à 68 euros

Rejeté à deux voix près en commission le 30 septembre, censuré une première fois par le Conseil constitutionnel, le dispositif des zones à faibles émissions continue de frapper les automobilistes. À Lyon, les contraventions de 68 euros pour une voiture et 135 euros pour un poids lourd ou un autocar sont effectives depuis le 1er juillet. Le 8 octobre, les députés examineront à nouveau une proposition de suppression. Liberté de circuler contre bureaucratie : la norme survit à ses propres désaveux.

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Depuis le 1er juillet 2026, la Métropole de Lyon applique la verbalisation dans sa zone à faibles émissions. Les véhicules Crit’Air 3, 4, 5 et non classés risquent 68 euros d’amende forfaitaire pour une voiture particulière ou un utilitaire léger, et 135 euros pour un poids lourd ou un autocar, selon le code de la route. Une quarantaine d’agglomérations appliquent déjà une ZFE. En Île-de-France, les sanctions sont reportées au 1er janvier 2027.

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Une norme qui survit à ses propres désaveux

Le 30 septembre, la commission du développement durable de l’Assemblée nationale a rejeté par 21 voix contre 19 la proposition de loi de Pierre Meurin visant à abroger les zones à faibles émissions-mobilité. Le texte sera néanmoins examiné dans l’hémicycle le 8 octobre, lors de la journée réservée au groupe RN.

Examen puis rejet de la proposition de loi visant à abroger les zones à faibles émissions-mobilités
Mercredi 30 septembre 2026 matin, la commission du développement durable a examiné puis rejeté la proposition de loi visant à abroger les zones à faibles émissions-mobilités.

Le dispositif avait déjà été adopté dans le cadre de la loi de simplification de la vie économique, avant d’être censuré le 21 mai 2026 par le Conseil constitutionnel, non sur le fond, mais parce que la disposition était dépourvue de lien suffisant avec le texte initial. La ZFE lyonnaise reste donc en vigueur.

ZFE : Le grand retour de manivelle des Sages, par Élise Rochefort
Ne dites plus « C’est la fin des Zones à Faibles Émissions ». Par une décision n°2026-903 DC rendue hier, le 21 mai 2026, le Conseil constitutionnel a purement et simplement torpillé l’article 37 de la loi de simplification de la vie économique. Le texte prévoyait l’abrogation

Le député RN Pierre Meurin affirme que les ZFE « excluent 15 millions de Français ». Ce chiffre relève de son argumentaire et doit être attribué comme tel. De son côté, le député LFI Sylvain Carrière a jugé les ZFE « profondément injustes », tandis que Vincent Thiébaut (Horizons) refuse une suppression sans développement préalable des transports collectifs.

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À Lyon, la contestation devient une facture

Pendant que les parlementaires discutent, à Lyon, la verbalisation a commencé le 1er juillet : 68 euros pour une voiture, 135 euros pour un poids lourd ou un autocar. Le premier montant correspond à l'amende forfaitaire des contraventions de troisième classe. En Île-de-France, les sanctions sont repoussées au 1er janvier 2027. Le montant de la sanction dépend donc de l'adresse, et du calendrier que chaque exécutif local a choisi. Les contrôles sont actuellement effectués par les polices municipale et nationale.

Non, les ZFE ne sont pas imposées par l’Union Européenne
Par Elise Rochefort Les zones à faibles émissions (ZFE) sont régulièrement présentées comme une obligation venue de Bruxelles. La réalité juridique est différente. Aucun texte européen n’impose aux États ni aux villes de créer une ZFE. Ce que le droit de l’Union impose, ce sont des résultats : le

Le 2 octobre, Pierre Chasseray (40 millions d'automobilistes) et l'écrivain Alexandre Jardin ont écrit aux députés pour dénoncer un « système absurde, punitif et profondément injuste ». Ils promettent de publier le vote de chaque élu et de le faire connaître aux électeurs de sa circonscription. Au-delà des affrontements partisans, une question demeure : combien de temps une réglementation contestée jusque dans ses effets sociaux peut-elle continuer à s’imposer avant que le législateur ne tranche clairement ? Quel que soit le résultat du 8 octobre, les automobilistes resteront soumis à un calendrier qui leur échappe. Les élus locaux fixent les dates de sanction, le Parlement débat des principes. Entre les deux, la facture arrive à l'automobiliste.

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Received — 5 October 2026 ⏭ Le Courrier des Stratèges

Les T-bills sont-ils interdits aux Français ? ou la confusion entre le titre et l'emballage

5 October 2026 at 18:15

Par Vincent Clairmont

Olivier nous écrit que l'accès direct aux bons du Trésor américains est « légalement interdit », refus d'Interactive Brokers à l'appui. Il confond deux choses. L'Europe ferme bien aux particuliers les fonds cotés américains, faute d'une notice d'information qu'ils ne publient pas. Elle n'a jamais rien fermé sur les bons du Trésor eux-mêmes. L'obstacle qu'il décrit n'existe donc pas.

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Reprenons depuis le texte, parce que la confusion est générale et qu'elle coûte du rendement à beaucoup de lecteurs. Et commençons par traduire les quatre sigles qui encombrent ce sujet, car on ne peut pas raisonner sur ce qu'on ne nomme pas.

Un T-bill, ou Treasury bill, est un bon du Trésor américain de moins d'un an. C'est l'équivalent de nos bons du Trésor à taux fixe : une reconnaissance de dette de l'État fédéral, sans coupon, achetée en dessous de sa valeur de remboursement.

Un ETF, ou exchange-traded fund, est un fonds indiciel coté en Bourse : un panier de titres qu'on achète et vend d'un clic, comme une action.

UCITS — en français OPCVM, organisme de placement collectif en valeurs mobilières — est la norme européenne des fonds destinés au grand public. Un fonds qui porte ce label est agréé pour être vendu à un particulier dans toute l'Union. Un fonds américain ne porte pas ce label, et ne peut donc pas vous être vendu ici.

PRIIPS, enfin, est le règlement européen qui organise cette fermeture. Il impose à tout « produit d'investissement packagé destiné aux particuliers » de remettre à l'acheteur, avant la vente, une notice standardisée de quelques pages dite document d'information clé. Les fonds américains n'en produisent pas, parce qu'aucune loi américaine ne les y oblige. C'est pour cette raison, et pour celle-là seule, que les grands fonds de bons du Trésor cotés à New York — SGOV, BIL, SHV — sont inaccessibles depuis un compte européen. Le blocage est réel, il est documenté, et il explique très probablement ce qu'Olivier a rencontré.

T-bills américains : en dollars ou en euros ? Réponse à deux lecteurs
T-bills US à ~3,7 % contre 2,25 % en euro : pourquoi la version couverte en change est un non-sens, quels ETF UCITS (ISIN) et à partir de quel montant passer au titre vif.
Bilan de notre portefeuille Barbell au 2 octobre 2026 : +2,66 %, et pourquoi ce chiffre ne veut pas dire ce qu’il a l’air de dire
Le portefeuille Barbell gagne 2,66 % depuis le 29 mai. À parité euro-dollar constante, il perd 0,03 %. Le bilan chiffré poste par poste, et ce qu’il cache.
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Voilà le point qui change tout : un bon du Trésor n'est pas un produit packagé. C'est un titre de créance émis directement par un État, au même titre qu'une obligation assimilable du Trésor française ou qu'un Bund allemand. Il n'y a rien à emballer, donc rien à documenter, donc aucune notice à fournir. Le règlement ne s'y applique pas, et aucune interdiction ne pèse sur son achat par un résident français.

La distinction tient en une phrase : le règlement encadre l'emballage, pas le titre qui se trouve dedans. Olivier a pris la fermeture de l'emballage pour une interdiction du contenu.

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Route 1 — l'achat en direct, qui fonctionne

Interactive Brokers permet effectivement l'achat de bons du Trésor américains en direct depuis un compte européen. Si un refus est survenu, il faut chercher du côté

L'été de la SNCF : 80 millions d'euros de perte, 168 000 paniers-repas et 1,5 million de bouteilles d'eau distribués

Canicules et incendies ont coûté 80 millions d’euros à la SNCF en juillet et août 2026, portant la facture à 180 millions depuis janvier. Pour faire face aux perturbations, l’entreprise a distribué à ses clients 1,5 million de bouteilles d’eau, 168 000 paniers-repas et financé des milliers de nuits d’hôtel et de trajets en taxi. La SNCF chiffre ses dégâts, et le voyageur paiera.

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Le 1er octobre, Jean Castex a présenté le bilan chiffré de l'été. Il l'a fait sur le ton de la fatalité météorologique, comme si le climat était seul en cause.

L'été de la SNCF : 80 millions d'euros de perte, 168 000 paniers-repas et 1,5 million de bouteilles d'eau distribués
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180 millions d’euros en neuf mois

Les chiffres donnent la mesure de la facture. En juillet et août, canicules et incendies ont représenté 80 millions d’euros de coûts pour la SNCF. Depuis janvier, l’addition atteint 180 millions, dont 6 millions d’euros liés aux seuls incendies en Gironde.

Canicules et incendies : ce que le brûlant été 2026 a coûté à la SNCF
Le PDG de la compagnie a présenté le bilan de l’exercice estival de la compagnie, mise au défi des perturbations liées aux fortes chaleurs et aux feux d’ampleur ayant affecté le trafic des trains. Les retards et annulations de trains dûs aux canicules et incendies

Les perturbations ont entraîné suppressions de trains, retards et prises en charge de voyageurs. La SNCF comptabilise ainsi 19 300 nuits d’hôtel, 6 800 taxis, 168 000 paniers-repas et 1,5 million de bouteilles d’eau distribuées aux passagers.

Quand le service ferroviaire se dégrade, la dépense ne disparaît pas. Elle se déplace vers l’entreprise, puis, directement ou indirectement, vers les voyageurs et les finances publiques.

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Des rails à renforcer avant l’été 2027

Face à cette situation, la SNCF annonce des travaux de renforcement des voies et des interventions sur les systèmes de climatisation avant l’été 2027. La difficulté n’est pas seulement technique. Elle est financière et institutionnelle. Les voyageurs paient leurs billets, les contribuables financent une partie considérable de l’écosystème ferroviaire, tandis que les dirigeants doivent désormais justifier une facture de 180 millions d’euros en moins d’une année.

Bordeaux : il fait chaud, la SNCF s’arrête
Alors que le contribuable verse chaque année plus de 20 milliards d’euros à la SNCF, une simple canicule suffit à faire lâcher une caténaire à cent mètres de la gare Bordeaux Saint-Jean. Des centaines de voyageurs se retrouvent bloqués, avec des retards allant jusqu’à 4 h 30.

L'annonce d'un renforcement des voies et des climatisations avant l'été 2027 appelle deux questions que personne n'a posées. Combien coûtera ce programme ? Qui le financera ? Aucun chiffre n'accompagne la promesse. Tant que ceux qui décident ne supportent pas le coût de leurs choix, la prochaine canicule produira le même résultat : des taxis, des hôtels et des bouteilles d'eau.

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Mayotte : deux élus condamnés en appel — prison ferme sous bracelet, amende et inéligibilité

À Mayotte, deux figures politiques de premier plan viennent de voir leurs condamnations confirmées pour des faits mêlant intérêts publics, entourage et emplois fictifs. Le 1er octobre 2026, la cour d’appel a maintenu l’essentiel des peines prononcées en première instance contre Rachadi Saindou et Salime M’Déré, avec prison exécutée sous bracelet électronique, amendes et inéligibilité.

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L’affaire est d’autant plus sensible que les deux hommes occupent des positions institutionnelles majeures : Saindou préside la communauté d’agglomération de Dembéni-Mamoudzou (CADEMA), tandis que M’Déré est premier vice-président du conseil départemental de Mayotte.

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Des condamnations largement confirmées

La cour d’appel a condamné Rachadi Saindou à deux ans de prison, dont un avec sursis, la partie ferme devant être exécutée sous bracelet électronique à domicile. Son amende a été ramenée de 50 000 à 25 000 euros. Il est également frappé de quatre ans d’inéligibilité et de quatre ans d’interdiction d’exercer une fonction publique, avec exécution provisoire.

Affaire Rachadi Saindou/Salime Mdere : quasiment les mêmes peines en appel - Le Journal De Mayotte
Les deux anciens élus, l’un à la tête de la CADEMA, l’autre comme 1er vice-président du conseil départemental avaient plongé pour prise illégale d’intérêt et emploi fictif. Ce que confirme l’appel

Salime M’Déré écope pour sa part d’un an de prison, dont six mois avec sursis, également sous bracelet électronique, de 25 000 euros d’amende et de deux ans d’inéligibilité et d’interdiction d’exercer une fonction publique. Là encore, l’exécution provisoire s’applique.

Les poursuites portaient notamment sur des faits de prise illégale d’intérêts et d’emplois fictifs. L’avocat de Rachadi Saindou a indiqué étudier un pourvoi en cassation.

Quand la fonction publique devient une affaire d’entourage

L'appel n'étant pas suspensif, Rachadi Saindou a été écarté de ses fonctions dès la première condamnation. Il a contesté sa démission d'office. La même question de constitutionnalité que celle posée par Marine Le Pen est alors montée jusqu'au Conseil constitutionnel. Fin mars 2025, les juges ont validé son éviction. Selon eux, un élu local ne se trouve pas dans la situation d'un parlementaire européen : l'atteinte au droit d'éligibilité n'était pas disproportionnée. La défense s'est dite « surprise » à la sortie d'audience. Me Fatima Ousseni examinera la motivation de l'arrêt, pas encore communiquée, avant d'envisager un pourvoi en cassation.

Condamné pour détournement de fonds publics, Ary Chalus reste président de région
Condamné en première instance à deux ans avec sursis, 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité, Ary Chalus reste président de la Région Guadeloupe. Le tribunal de Paris a refusé l’exécution provisoire que réclamait le parquet national financier. Il continuera donc de signer et de gérer

Plus de deux ans se sont écoulés entre le jugement de première instance et la confirmation en appel. Pendant ce temps, les deniers publics continuaient de circuler dans un territoire où les ressources restent limitées et les besoins criants. L’affaire révèle la porosité entre mandats électifs, recrutements internes et marchés publics.

L’humeur de Veerle Daens : Glucksmann s’excuse ? ou le grand art du « désolé si »
« Désolé si ces propos ont été perçus comme étant du sexisme. » Glucksmann, Ségolène Royal, et la naissance d’un temps verbal français.

Ces condamnations rappellent que la frontière entre service public et clientélisme reste fragile. Quand des élus au sommet d’une agglomération et d’un département transforment un poste en rente pour un proche, c’est le contribuable qui règle l’addition.

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L'humeur de Veerle Daens : Glucksmann s'excuse ? ou le grand art du « désolé si »

By: CDS
5 October 2026 at 10:14

Le 17 septembre, Raphaël Glucksmann dit que Ségolène Royal a fait « la danse du ventre à Macron ». Le 2 octobre, la vidéo sort. Le 4, sur BFMTV, il s'excuse : « désolé si ces propos ont été perçus comme étant du sexisme ». Et, dans la même séquence : « j'assume complètement ». Deux phrases, un seul homme.

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Mes chers libertariens de l'Absurdistan, il faut que je vous raconte ce que j'ai vu dimanche soir sur une chaîne d'information française, parce que je crois avoir assisté en direct à la naissance d'un temps verbal.

Cinq candidats sur un plateau : Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Ségolène Royal, Jérôme Guedj, Emmanuel Maurel. Dernier débat avant que les militants votent, les 9 et 10 octobre. Pendant ce temps, une autre gauche organise sa propre primaire le 11. Deux primaires en trois jours : chez nous on appelle ça une querelle de clocher, mais il faut au moins deux clochers, et la France a trouvé le moyen d'en bâtir un second pour l'occasion.

Et de quoi parle-t-on, ce dernier soir, avec quatre cents lycées bloqués dans le pays ? D'une métaphore chorégraphique.

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Le 17 septembre, en réunion politique, monsieur Glucksmann a dit que madame Royal avait fait « la danse du ventre à Macron ». Le 2 octobre, un média de gauche sort la vidéo. L'intéressée y voit « une agression à connotation sexuelle ». Le 4, sur le plateau, il faut bien dire quelque chose. Et il dit ceci, que je vous recopie mot pour mot, parce qu'aucune paraphrase ne lui ferait justice :

« Je suis vraiment désolé si ces propos ont été perçus comme étant du sexisme. »

Arrêtons-nous sur le si, mes amis. C'est une pièce d'horlogerie. En deux lettres, il déplace la faute de la bouche vers l'oreille.

Reprenons calmement, comme ferait un inspecteur de Malines avec son carnet. Avez-vous prononcé la phrase ? Oui. La regrettez-vous ? Si elle a été perçue. Perçue par qui ? Par celle qui l'a entendue. Et si elle ne l'avait pas perçue ? Alors il n'y aurait rien eu à regretter. Nous y sommes : la faute n'habite pas celui qui parle, elle habite celui qui écoute. Le regret est adressé non pas à une femme, mais à une hypothèse — et l'hypothèse, c'est elle.

Le même soir, il a concédé que certains passages étaient vulgaires, qu'il ne fallait pas employer ces mots dans le débat public, et que sur le fond il assumait complètement. Comptons : il regrette la forme, il garde le fond, et il laisse à son adversaire la charge d'avoir mal entendu. Bruegel aurait mis trois personnages là où il n'y a qu'un homme en costume bleu.

Il a aussi dit que la conversation était privée. Olivier Faure, assis à côté, lui a fait observer qu'une réunion politique n'est pas une conversation privée. Voilà le détail que je garde de la soirée : pas la vulgarité, qui est banale, mais l'aplomb de reclasser une réunion de parti dans ses affaires intimes le jour où la bande sort.

Et maintenant la symétrie, mes chers lecteurs sans tableur, car c'est là que le tableau se retourne. Voici une famille politique qui a passé dix ans à enseigner à la France que l'intention de celui qui parle ne compte pour rien, et que seul compte l'effet sur celui qui reçoit. Dix ans de colloques, de chartes, de modules obligatoires. Et son candidat, sommé de s'appliquer la règle, explique que l'effet sur celle qui reçoit est une erreur de réception. Le ressenti valait preuve, jusqu'au jour où il fut celui de madame Royal.

Je ne vous laisse pas sortir d'ici innocents. Le désolé si n'est pas une invention de la gauche française. C'est la langue maternelle de tous les dîners de famille et de tous les entretiens annuels d'évaluation du continent : désolé si tu l'as mal pris. Nous le parlons tous couramment. Lui a seulement eu le malheur de le parler devant une caméra, six jours avant un vote.

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Chez nous, on dirait que toute l'affaire est un doekje voor het bloeden : le petit linge qu'on pose sur la plaie, qui ne soigne rien, mais qui permet de dire qu'on a fait quelque chose.

Une dernière question, à méditer devant votre genièvre. Si l'on peut désormais regretter au conditionnel ce qu'on a dit à l'indicatif, qu'est-ce qui empêche d'aller jusqu'au bout — de promettre au conditionnel, de voter au conditionnel, de gouverner au conditionnel ? Je suis vraiment désolé si ce quinquennat a été perçu comme un échec.

Réfléchissez. En Flandre, on a déjà commencé à conjuguer.

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Que disait Hannah Arendt, citée par Villiers, sur l'éducation ?

5 October 2026 at 09:58

par Élise Rochefort

« La crise de l'éducation » est un essai d'Hannah Arendt daté de 1958. Il figure dans le recueil Between Past and Future, publié en 1961 chez Viking Press et Faber and Faber, qui rassemblait alors six essais ; une édition révisée de 1968 en compte huit, et y ajoute une préface. L'essai occupe la cinquième position dans cette édition élargie, entre « What Is Freedom? » et « The Crisis in Culture ». La traduction française paraît chez Gallimard en 1972 sous le titre La Crise de la culture, à partir de la seconde édition ; l'essai se lit aujourd'hui dans l'édition Folio Essais n° 113, aux pages 232-246 selon la pagination retenue par les documents pédagogiques de l'académie de Versailles.

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Le texte porte sur la crise de l'école américaine des années 1950. Arendt y traite un problème national, non une théorie générale de la pédagogie, et c'est l'une des raisons pour lesquelles ses conclusions sont régulièrement déplacées hors de leur objet.

La thèse : l'éducation a pour objet le nouveau venu

La définition posée par Arendt est la natalité : « L'essence de l'éducation est la natalité, le fait que des êtres humains naissent dans le monde ». L'enfant est un arrivant dans un monde qui lui préexiste et qui lui est étranger. Il est à la fois un être nouveau et un être en devenir.

De cette position découle une tâche à deux faces. L'éducation doit entourer et protéger : « l'enfant contre le monde, le monde contre l'enfant ». Les deux protections sont de même rang. L'enfant doit être préservé de l'exposition publique qui détruirait sa croissance ; le monde doit être préservé de l'assaut du neuf qui le ruinerait. Arendt ajoute une troisième dimension, moins citée : il faut aussi protéger le neuf contre l'ancien.

La formule qui conclut ce développement est la plus reprise de l'essai : « Le conservatisme, pris au sens de conservation, est l'essence même de l'éducation ».

Éduquer, est-ce apprendre à obéir ou à innover ?
Philippe de Villiers ne voit que deux jeunesses. PISA 2025 : 458 en maths, −37 points depuis 2018. Éduquer, est-ce apprendre à obéir ou à innover ?
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La raison du conservatisme, qui en limite la portée

Arendt donne immédiatement le motif de cette formule, et ce motif en restreint l'usage : « c'est justement, pour préserver ce qui est neuf et révolutionnaire dans chaque enfant que l'éducation doit être conservatrice ». Le conservatisme y est un moyen, non une fin. Il conserve le monde pour que l'arrivant puisse le recevoir, et il conserve l'arrivant pour que le monde puisse être changé par lui. Arendt écrit que « notre espoir réside toujours dans l'élément de nouveauté que chaque génération apporte avec elle ».

Le même raisonnement fonde la phrase sur la responsabilité : « L'éducation est le point où se décide si nous aimons assez le monde pour en assumer la responsabilité et, de plus, le sauver de cette ruine qui serait inévitable sans ce renouvellement et sans cette arrivée de jeunes et de nouveaux venus ». Le monde n'est pas sauvé par sa conservation, mais par son renouvellement ; la conservation est ce qui rend ce renouvellement possible.

Ce qu'Arendt critique dans l'éducation progressiste

La lecture dominante dans la littérature universitaire française, notamment chez Philippe Foray, dégage trois présupposés que l'essai met en cause dans l'éducation progressiste américaine : l'existence d'un monde de l'enfance autonome et autogouverné ; la constitution de la pédagogie en science indépendante de la matière enseignée ; la substitution du faire à l'apprendre. Cette décomposition en trois points est une reconstruction des commentateurs ; elle n'apparaît pas sous cette forme numérotée dans le texte.

Arendt lie ces présupposés à l'effacement de l'autorité de l'enseignant, autorité qu'elle fait reposer sur la compétence dans une matière et non sur la contrainte. Elle écrit que « l'éducation ne peut faire fi de l'autorité, ni de la tradition », tout en constatant qu'elle s'exerce désormais dans un monde qui n'est plus structuré par l'une ni retenu par l'autre. Le constat est posé comme une difficulté, non comme un programme de restauration.

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La critique du conservatisme politique

C'est la partie de l'essai la moins citée, et la seule qui en règle l'application. Arendt y sépare les deux domaines : « Il faudrait bien séparer le domaine de l'éducation des autres domaines, et surtout celui de la vie politique et publique ».

La raison est de structure. L'éducation est une relation asymétrique entre un adulte et un enfant ; la politique est une relation entre égaux. Arendt précise que son argument « ne vaut que dans le domaine de l'éducation, ou plus exactement dans celui des relations entre enfant et adulte, et non dans celui de la politique où tout se passe entre adultes et égaux ».

Le jugement sur le conservatisme politique est explicite : « En politique, cette attitude conservatrice — qui accepte le monde tel qu'il est et ne lutte que pour préserver le statu quo — ne peut mener qu'à la destruction ». La symétrie est complète : ce qui est l'essence de l'éducation est, transporté en politique, un principe de ruine. Le motif est le même dans les deux cas — le monde ne subsiste que renouvelé.

Arendt tire de cette séparation une conséquence sur le gouvernement des adultes. Elle écrit qu'« on ne peut ni éduquer les adultes ni traiter les enfants comme de grandes personnes » ; que « l'éducation ne peut jouer aucun rôle en politique, car en politique c'est toujours à ceux qui sont déjà éduqués que l'on a affaire » ; et que « quiconque se propose d'éduquer des adultes se propose en fait de jouer les tuteurs et de les détourner de toute activité politique ». Le projet pédagogique appliqué à des citoyens est donc qualifié, dans le texte, de mise sous tutelle.

Sur la formule de l'« invasion barbare »

Éduquer, est-ce apprendre à obéir ou à innover ?

5 October 2026 at 09:23

Par Eric V.

Philippe de Villiers ne voit que deux jeunesses : celle qui brûle des cierges et celle qui brûle les écoles. Restent les trois mille six cents lycées qui n'ont fait ni l'un ni l'autre.

Il a dit : « Oui, il y a deux jeunesses. Celle qui brûle des cierges et celle qui brûle les écoles. »
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C'est propre, c'est rythmé, et c'est vide. Philippe de Villiers a accordé cet entretien au Journal du Dimanche le 3 octobre, en pleine vague de blocus lycéens. La France comptait alors environ quatre cents établissements fermés ou perturbés sur quatre mille, et les interpellations se comptaient en milliers depuis le 21 septembre. Devant cela, un homme d'expérience propose une clef à deux dents. Il ajoute « l'irruption de hordes barbares encagoulées », et convoque Hannah Arendt pour expliquer que chaque génération nouvelle est une invasion barbare qu'il convient de civiliser.

Reste à savoir où l'on range les trois mille six cents lycées où l'on n'a rien brûlé, et où l'on ne brûle pas non plus de cierges.

Contestation étudiante : la dangereuse stratégie de la répression
600 interpellations avant midi, 40 proviseurs blessés, et deux explications gouvernementales incompatibles en 24 heures. Devaquet, le CIP, le CPE : la leçon.
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Deux jeunesses, et aucune place pour la troisième

Le partage en deux a un charme : il dispense d'enquêter. D'un côté la ferveur, de l'autre la désespérance, et entre les deux rien — ni l'élève qui s'ennuie, ni celui qui travaille sans croire, ni celui qui code la nuit, ni celui qui monte une affaire à dix-neuf ans sans avoir jamais mis les pieds dans une église ni devant une poubelle en feu. La très grande majorité des jeunes Français ne figure dans aucune des deux cases. Une typologie qui laisse dehors presque tout son objet n'est pas une analyse : c'est une névrose maniaque déguisée en sociologie.

Et elle a un coût politique immédiat. Si la jeunesse se réduit à deux camps, l'éducation se réduit à un tri : récupérer les uns, contenir les autres. On n'éduque plus, on affecte. C'est le geste exact que ce journal reproche à l'État quand il range les gens par catégories de guichet ; il n'est pas plus recommandable sous une plume conservatrice que sous un tampon.

Admettons que la formule n'ait été qu'une formule. Reste le remède. Philippe de Villiers a conçu en 1977 un spectacle nocturne, joué pour la première fois en juin 1978, où des milliers de bénévoles rejouent chaque été l'histoire de la Vendée — deux mille six cents acteurs, quatre cent mille spectateurs par saison. Réussite considérable, que je ne lui dispute pas. Et, très exactement, un passé mis en scène par ceux qui l'ont perdu.

La question qu'on a le droit de lui poser n'est donc pas celle de ses intentions, qui ne m'appartiennent pas. C'est celle de son programme : que propose-t-il, concrètement, à un garçon de quinze ans de Créteil en 2026 ? S'enraciner où, dans quoi, pour y faire quoi ? Un pays peut se relever. Un pays peut aussi se visiter. Les deux demandent du talent et de l'argent, et ce ne sont pas les mêmes métiers.

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Ce que l'école française n'a jamais su faire

Avant de décider si l'éducation doit conserver, regardons ce qu'elle conserve en ce moment. La note de la DEPP publiée en septembre livre les résultats de PISA 2025 : la France obtient 458 points en mathématiques pour une moyenne de 463 dans l'OCDE, et 456 en compréhension de l'écrit pour une moyenne de 461. Par rapport à 2018, la chute atteint trente-sept points dans les deux disciplines — à peu près une année de scolarité évaporée en sept ans.

Retenez le détail qui suit, parce qu'il démolit un argument qu'on va me servir dans dix lignes. Dans la même enquête, la France obtient 497 points en résolution informatique de problèmes, pour une moyenne de 500. L'effondrement français est donc concentré sur les deux disciplines les plus anciennes, les plus codifiées, les plus traditionnellement enseignées du programme. Là où l'élève doit chercher, essayer, se tromper et recommencer devant une machine, il tient la moyenne. Là où il doit restituer, il décroche.

On me dira que c'est le numérique qui a creusé le trou, et l'on me citera Michel Desmurget, dont La fabrique du crétin digital a documenté en 2019 les dégâts des écrans sur les enfants — formule que Philippe de Villiers reprend à son compte dans l'entretien, sans nommer son auteur. L'objection est sérieuse, et sur son terrain, la consommation passive d'images par de très jeunes enfants, elle n'a jamais été réfutée. Seulement elle ne dit rien de notre sujet. Entre subir un écran seul dans sa chambre et résoudre un problème à plusieurs sur un réseau, il y a l'écart qui sépare regarder un match et le jouer. Et les chiffres de PISA ne désignent pas le clavier : ils désignent la dictée et le théorème.

Si l'école française échoue à produire de l'invention, ce n'est donc pas qu'elle ait cédé à la modernité. C'est qu'elle n'a jamais été bâtie pour ça. Le lycée est une création de 1802, le baccalauréat de 1808, et l'un et l'autre répondaient à un besoin précis : fournir à l'État des cadres capables de restituer un corpus avec élégance. Le concours, la dissertation, la culture générale, la hiérarchie des disciplines nobles et des disciplines utiles — tout cet appareil procède d'un idéal du dix-huitième siècle, celui de l'honnête homme, que la bourgeoisie du dix-neuvième a hérité de l'aristocratie et conservé avec une piété de légataire.

Or cet idéal porte en lui un mépris, et il faut le nommer puisque personne ne le fait : le mépris du commerce, du risque, de la main, de l'essai raté. Dans la hiérarchie française des réussites, celui qui a composé brillamment à vingt ans garde un avantage sur celui qui a créé quelque chose à trente. Nous avons bâti un système qui récompense la restitution et punit l'erreur, puis nous nous étonnons qu'il produise des gens prudents.

La preuve par l'autre bout : interrogés par PISA en 2022 sur la pensée créative, les élèves français obtiennent 32,4 points pour une moyenne de 32,7 dans l'OCDE. Le pays qui se raconte comme celui de l'esprit et de la finesse se situe, en matière d'invention mesurée, dans la moyenne des trente.

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La mutation ne réclame pas d'autres savoirs, elle réclame d'autres gestes

Ce qui change avec Internet, le travail en réseau et maintenant les modèles de langage, ce n'est pas la quantité de connaissances disponibles : c'est leur prix. Une information qui demandait trois heures de bibliothèque s'obtient en trois secondes ; une synthèse qui demandait une semaine s'écrit en une minute. Dans un monde où la réponse est gratuite, la valeur migre vers la question. Et vers tout ce que la machine ne fait pas : décider quoi chercher, juger ce qu'on a trouvé, travailler avec des gens qu'on n'a pas choisis, risquer une proposition que personne n'a validée.

Aucune de ces quatre compétences n'est évaluée par le système français ; elles y sont structurellement désavantagées. La scolarité française est verticale — un adulte parle, trente élèves prennent note — et solitaire : la note sanctionne un individu, la coopération s'appelle triche, l'originalité se paie d'un commentaire en marge. On apprend à l'élève que la bonne réponse préexiste à sa recherche, et qu'il s'agit de la retrouver. Excellente préparation à l'administration d'un pays stable. Préparation catastrophique à un monde qui bouge.

Faut dire que nous avons, dans cette affaire, la fierté qu'il ne faudrait pas. Nous admirons cette verticalité comme une rigueur, quand elle est d'abord une économie : une restitution se corrige au barème, une invention exige un jugement — donc des professeurs formés, nombreux, payés pour penser. Notre amour de la tradition scolaire est souvent, à le bien regarder, de la radinerie habillée en exigence.

La règle n'est pas l'ennemie de l'invention, elle en est la condition

Qu'on ne se méprenne pas : rien, dans ces lignes, ne plaide pour une école sans règles, sans effort et sans transmission. L'idée qu'il faudrait choisir entre la discipline et la créativité est une sottise — et une sottise que partagent, symétriquement, le pédagogue qui veut libérer l'enfant et le conservateur qui veut le dresser. Les deux croient que l'ordre vient du dehors. Ils ne discutent que de la dose.

Les modèles de personnalité dont la psychologie dispose depuis quarante ans — OCEAN, et sa version à six facteurs, HEXACO — permettent d'être précis. Le trait qui prédit le mieux la réussite scolaire et professionnelle n'est pas l'intelligence mesurée, c'est la conscienciosité : tenir un engagement, différer une satisfaction, organiser un travail long, revenir sur un ouvrage raté. Le trait qui prédit le mieux la production créative est un autre, l'ouverture à l'expérience. Et le point qui règle notre débat est celui-ci : ces deux dimensions sont indépendantes. On ne gagne pas l'une en cédant l'autre. Un individu peut être les deux, et les créateurs qui durent le sont presque toujours.

Ce que cela veut dire pour une école est simple, et très exigeant. Un enfant à qui l'on n'a pas appris à tenir une promesse, à finir ce qu'il a commencé, à supporter l'ennui d'un exercice et la honte d'une erreur n'innovera rien : il aura des idées, ce qui ne coûte rien, et il ne les mènera nulle part. L'invention n'est pas l'absence de méthode, c'est une méthode appliquée à l'inconnu. Un laboratoire est l'endroit le plus réglé du monde. Un atelier de peintre aussi.

Alors oui : il faut des horaires, des devoirs faits, des exigences non négociées et des adultes qui ne tremblent pas. Sur ce point, et sur celui-là seulement, les conservateurs ont raison contre trente ans de démagogie scolaire, et il serait malhonnête de ne pas l'écrire.

Éduquer, est-ce apprendre à obéir ou à innover ?
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Dernier mot

Reste la question décisive, celle que le partage en deux jeunesses sert justement à ne pas poser : cet ordre, qui le détient ?

Philippe de Villiers cite Arendt. Allons y voir. Le texte dont la phrase est tirée, La crise de l'éducation, dit bien que « le conservatisme, pris au sens de conservation, est l'essence même de l'éducation ». Mais il dit pourquoi, et c'est là que le raisonnement se retourne : « c'est justement, pour préserver ce qui est neuf et révolutionnaire dans chaque enfant que l'éducation doit être conservatrice ». La tâche est double, et réversible : protéger « l'enfant contre le monde, le monde contre l'enfant ». Et le même texte ajoute que cette attitude conservatrice, transportée du terrain de l'éducation à celui de la politique, « ne peut mener qu'à la destruction ».

On ne peut pas faire plus exactement l'inverse de ce qu'on invoque. Arendt conserve pour libérer le neuf ; on nous propose de conserver pour l'éteindre. Elle interdit de porter ce conservatisme en politique ; c'est précisément là qu'on le porte. La citation a été prise pour son autorité, non pour son contenu — définition d'un argument décoratif.

Car un ordre extérieur produit deux résultats, et nous les avons tous les deux sous les yeux. L'obéissance tant qu'on regarde — et nous sommes devenus experts en surveillance, de la caméra au contrôle continu. Et, dès qu'on détourne les yeux, la poubelle en feu devant le portail. Un adolescent qui ne tient à l'ordre que par crainte de la sanction n'a pas appris la discipline : il a appris le rapport de force, et il attend son tour.

L'ordre qui tient est celui qu'on s'est donné. Tout l'écart est là, entre un homme formé et un homme tenu. Et c'est pourquoi aucun pouvoir n'a jamais eu d'intérêt spontané à produire le premier : un adulte qui porte sa règle en lui-même ne requiert ni tutelle, ni guichet, ni surveillance, et il ne vote pas par reconnaissance.

Je nous mets tous dans le lot, et moi avec. Nous avons réclamé de l'école qu'elle produise de la conformité, parce que la conformité nous arrange : elle est calme, elle est lisible, elle ne nous oblige à rien. Nous avons appelé cela la transmission. Un enfant obéissant est un enfant commode, et nous avons confondu notre confort avec son éducation pendant deux siècles — en laissant trente-sept points de lecture et de mathématiques sur le trottoir.

Éduquer n'est donc pas apprendre à obéir, et ce n'est pas davantage apprendre à innover. C'est apprendre à s'obéir à soi-même, pour pouvoir changer le reste.

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