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Normal view

‘Dangerous for democracy’: White House airs more pro-Trump propaganda on taxpayer dime

28 September 2026 at 15:39
US President Donald Trump speaks on stage on the first day of the 2026 Republican National Convention at the American Airlines Center on September 09, 2026 in Dallas, Texas. Photo by Brandon Bell/Getty Images
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This story originally appeared in Common Dreams on Sep. 28, 2026. It is shared here under a Creative Commons (CC BY-NC-ND 3.0) license.

The White House recycled material from President Donald Trump’s 2024 campaign for a new taxpayer-funded ad that aired nationwide this past weekend, just weeks before the high-stakes November midterms.

The 30-second black-and-white ad features Trump walking down a hallway to audio of him vowing to “demolish the deep state” and “expel the warmongers from our government,” even as the president wages an illegal and deeply unpopular war on Iran that has killed thousands and driven up prices at home and around the world. During the final 10 seconds of the ad, white text appears at the bottom of the screen stating, “Paid for by the US government.”

The ad is just the latest taxpayer-funded, explicitly pro-Trump spot that the White House has launched in recent days, prompting alarm from lawmakers and government watchdog organizations who say the administration is using public funds to flood airwaves with the president’s campaign ads shortly before an election.

Watch the newly aired ad:

The U.S. Government is up on TV with this spot —

It aired nationally on FOX yesterday during Illinois at #7 Ohio State and also during Fox News Sunday this morning pic.twitter.com/8PP9FPzUZk

— Medium Buying (@MediumBuying) September 27, 2026

Richard Painter, who served as the White House’s chief ethics lawyer in the George W. Bush administration, said the taxpayer-funded campaign ads “could be an impeachable offense,” noting that “Congress has expressly prohibited government-sponsored political propaganda, which is dangerous for democracy.”

The federal government appears to have spent more than $1 million on pro-Trump ads in recent days, The New York Times reported on Sunday, citing an estimate from AdImpact.

Last week, as Common Dreams reported, the White House launched a taxpayer-funded ad in which Trump declares that “America will never be a communist country” and promotes tax cuts he signed into law, delivering a massive windfall to the rich and large corporations.

Norm Eisen, former White House special counsel for ethics and government reform, told the Times on Sunday that “the president and his administration have gone from breaking the law to trampling it.”

“The prior ad was bad enough,” said Eisen, “but this one openly repurposes prior political conduct.”

US Sen. Chris Murphy (D-Conn.) wrote on social media that Republicans shouldn’t be taken seriously when they claim to care about “waste, fraud, and abuse” as the president and leader of their party runs campaign ads with taxpayer money.

“What a cult this party has become,” Murphy added.

Cet institut au parfum d'ambassade

26 September 2026 at 23:00
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Chen Ching-Yuan. — « Card Stunt XXIV — A line with me », (Cascade de cartes — Une ligne avec moi), 2020
© Chen Ching-Yuan - Galerie Mor Charpentier, Paris

Dans le district de Neihu, en périphérie de Taipei, l'American Institute in Taiwan (AIT) se fait relativement discret. Pas de drapeau, ni de marines en armes, ni de voitures avec plaques diplomatiques ; seul un sceau représentant l'aigle des États-Unis à la porte d'entrée rappelle à qui le bâtiment appartient. Inauguré en 2018, l'institut s'est éloigné du quartier de Xinyi où se retrouvent généralement les structures diplomatiques du monde entier, des « représentations » d'États — et non des ambassades — car la plupart des nations ne reconnaissent pas Taïwan comme pays.

D'une valeur de 255 millions de dollars (190 millions d'euros), l'« ambassade de facto », comme on l'appelle, possède néanmoins des dimensions colossales. Si l'on y ajoute les bureaux à Kaohsiung, deuxième ville de l'île, la présence américaine rassemble près de 500 employés (contre 1 300 à Pékin). Officiellement, l'AIT se définit comme une organisation à but non lucratif financée par le gouvernement des États-Unis. Officieusement, il constitue l'un de leurs bâtiments diplomatiques les plus chers d'Asie.

Selon M. Luke Martin, responsable des affaires culturelles, l'AIT est structuré « comme n'importe quelle ambassade : il y a un responsable des affaires politiques, économiques, culturelles, un bureau des relations presse, des départements chargés du commerce, de l'agriculture, de la défense (1) ». M. William A. Stanton, directeur entre 2009 et 2012, ne s'en cache pas : « L'AIT a toujours été, dans les faits, une ambassade. Globalement, notre mandat est d'améliorer les relations entre Taïwan et les États-Unis. (…) La plus grande différence réside dans les noms que l'on emploie. La “chancellerie politique” est appelée “affaires générales”. J'étais officiellement “directeur”, mais les Taïwanais m'appelaient “Monsieur l'ambassadeur”. » Il n'est pas nommé par la Maison Blanche ni confirmé par le Sénat à l'instar des autres ambassadeurs, mais il assume les mêmes fonctions. « Au lieu de recevoir ma lettre de la part du président, je l'ai reçue de la part d'Hillary Clinton [alors secrétaire d'État] », souligne l'ancien diplomate. Il vit toujours à Taïwan et il enseigne comme professeur invité à la prestigieuse université Chengchi, à Taipei (2).

Après sa reconnaissance de la République populaire de Chine, en 1979, Washington a déménagé son ambassade à Pékin et pris une série de mesures évitant toute présence officielle à Taïwan. Avant 2002, explique encore M. Stanton, les employés américains devaient démissionner de leurs fonctions de diplomate avant d'accepter un poste à Taipei. Tout comme les militaires. Cela n'est plus le cas.

Les relations taïwano-américaines prennent une tournure de plus en plus officielle, notamment depuis la présidence de M. Donald Trump. Cette évolution a alimenté les tensions déjà existantes entre les deux rives du détroit de Formose depuis l'élection, en 2016, de la présidente Tsai Ing-wen. Le 10 janvier 2021, juste avant l'investiture de M. Joseph Biden, le secrétaire d'État Michael Pompeo a même annoncé que « les règles instaurées dans le but d'apaiser Pékin devraient être caduques ». Il a levé toutes les restrictions concernant les contacts entre officiels américains et taïwanais.

Aujourd'hui, démocrates comme républicains soutiennent une politique « dure » envers Pékin. M. Biden a d'ailleurs invité la représentante de Taïwan aux États-Unis, Mme Hsiao Bi-khim, à sa cérémonie d'investiture. Des visites de personnalités américaines, à un niveau de responsabilité jamais atteint depuis 1979, ont eu lieu : que ce soit celle du ministre de la santé Alex Azar, en mars 2020 (sous l'administration Trump), ou celle de l'ambassadeur américain aux îles Palaos, où Washington envisage de créer une nouvelle base militaire, le 1er avril 2021.

Le porc dopé à la ractopamine désormais autorisé

Pour Mme Hsiao, « la défense et la sécurité constituent l'objectif premier [pour Taïwan]. Viennent ensuite le champ des relations économiques et, en troisième position, notre participation internationale et nos autres partenariats politiques », ainsi qu'elle le confie dans une interview au magazine spécialisé dans l'actualité de l'Asie-Pacifique The Diplomat, le 9 février 2021.

Taïwan et les États-Unis ne sont liés par aucun accord de défense. Mais, par le Taiwan Relations Act, signé en 1979, ces derniers se sont engagés à fournir aux 23,5 millions d'habitants de l'île les moyens de se défendre. Washington dispose d'un quasi-monopole sur les ventes d'armes (à l'exception de quelques livraisons, notamment en provenance de la France). Les directeurs successifs de l'AIT mesurent d'ailleurs leur succès au montant des contrats signés : « Durant mon mandat, nous avons vendu pour environ 13 milliards de dollars d'armement [9,6 milliards d'euros], un chiffre d'affaires légèrement inférieur à celui réalisé sous Trump », souligne M. Stanton.

Le 9 juillet 2019, le Congrès américain approuve la vente de 66 avions de combat multirôle F-16V, 108 chars M1A2T Abrams, 250 missiles de défense aérienne Stinger, et d'autres armes. L'administration Trump a mis au point un système d'évaluation des besoins (need-based review system) qui permet de répondre plus rapidement aux demandes en équipements militaires de Taipei. En novembre 2020, « l'état-major de la marine taïwanaise a confirmé, pour la première fois, la présence d'un corps de marines américains d'active — et non de retraités — stationnés sur la base navale de Zuoying (3) » au sud de l'île, afin de former pendant quatre semaines les militaires taïwanais.

Toutefois Washington refuse de vendre des F-35 capables de faire face aux avions de chasse chinois, voulant rester le seul et unique gardien de l'équilibre géostratégique dans la région. « L'objectif n'est pas d'inverser le rapport de forces actuel », explique Yeh Yao-Yuan, chef du département des études internationales à l'université de Saint-Thomas, à Houston, pour justifier la décision américaine.

Si l'administration Tsai et la presse internationale se félicitent de ces étroites relations taïwano-américaines, l'opposition y voit un danger. Le porte-parole du Kuomintang, M. Ho Chih-Yung, estime que « malheureusement, le gouvernement a cessé de poursuivre une politique prudente entre les États-Unis et la Chine ; il a choisi de devenir un pion dans l'échiquier géopolitique entre les deux grandes puissances ». Ce parti très anticommuniste, qui a longtemps considéré la réunification sous son égide, avec la Chine comme l'objectif absolu, est désormais largement divisé. Une partie de ses membres revendiquent désormais le « statu quo pacifique » : Washington comme allié sur le plan stratégique, la Chine comme partenaire économique essentiel. À l'opposé, le Parti démocrate progressiste (DPP) au pouvoir voit les États-Unis comme un allié de premier plan pour contrer la pression chinoise et se rapprocher de l'indépendance, largement soutenue par la jeune génération (lire l'article ci-dessus), tout en prônant, lui aussi, un « statu quo pacifique ». « Taïwan n'a pas intérêt à prendre parti alors qu'elle négocie avec deux puissances majeures dont les intérêts sont antagonistes, nous précise M. Ho. Car personne ne veut voir de conflits éclater. » Selon Yeh Yao-Yuan, la relation actuelle est, au contraire, équilibrée : « Taïwan a besoin de l'assistance des États-Unis afin de préserver sa souveraineté, les États-Unis ont besoin de Taïwan pour faire avancer leurs intérêts stratégiques et contrer la Chine. »

Et Mme Tsai ne rate pas une occasion de montrer l'efficacité de ce rapprochement. Le 6 juin 2020, les trois lettres « USA », visibles de loin, barraient la façade du Grand Hotel, monument représentatif de la capitale, en remerciement du don de 750 000 vaccins. Quatorze jours plus tard, l'Amérique annonçant l'envoi de 2,5 millions de vaccins, c'était à la très emblématique tour Taipei 101 d'afficher : « Vive l'amitié entre les États-Unis et Taïwan ».

Il faut dire qu'il n'y a presque plus une ombre au tableau depuis que la présidente a levé, en août 2020, un point de constante tension : l'interdiction d'importer du porc américain élevé à la ractopamine, substance destinée à doper les muscles des animaux et interdite en Europe, notamment. Cette question empoisonne l'accord-cadre sur le commerce et les investissements (en anglais, Trade and investment framework agreement, TIFA) signé en 1994 entre Washington et Taipei, plusieurs fois suspendu à cause des produits carnés. Le gouvernement taïwanais espère que la reprise des discussions mènera à un large accord de libre-échange, permettant de rompre la dépendance à la Chine, toujours premier partenaire commercial.

Un lobby peu médiatisé mais très efficace

Certes, Mme Tsai ne cesse d'affirmer que, à la différence de M. Chen Shui-bian, son prédécesseur du DPP à la présidence (2000-2008), elle ne se prononce pas pour l'indépendance de l'île. Mais, en sous-main, celle-ci recherche toujours plus de garanties et d'officialité. « Renforcer la capacité de dissuasion de Taïwan est crucial pour notre survie sur le long terme », résume Mme Hsiao (4).

À Washington, le lobby taïwanais, qui reste bien moins médiatisé que le lobby israélien, joue un rôle majeur, notamment pour encourager la vente d'armes. «  [Des think tanks] produisent des analyses clairement faites pour peser sur la politique extérieure des États-Unis (…) mais ils ne mentionnent pas directement qu'elles sont financées par la représentation de Taïwan à Washington », nous assure Eli Clifton, chercheur au Quincy Institute for Responsible Statecraft, favorable à la démilitarisation de la politique extérieure américaine. Ainsi le Project 2049 Institute fait partie de ces organisations exerçant leur influence en coulisses. Financé par Taipei et l'industrie de l'armement américaine, l'organisme publie de nombreux articles plaidant pour que Washington défende la participation de l'île aux organisations internationales, renforce la légitimité de l'AIT et encourage l'intégration économique entre les alliés du Pacifique. D'autres études agitent le spectre d'une invasion chinoise (5).

Elles ne manquent pas de mettre en avant le discours de M. Xi Jinping, pour les 100 ans du Parti communiste chinois, le 1er juillet 2021. Appelant à « faire progresser la réunification pacifique de la patrie » et à « faire résolument échec à toute tentative visant à l'“indépendance de Taïwan” » (6), celui-ci lance cette menace à peine voilée : « Nul ne doit sous-estimer la détermination, la volonté et la compétence du peuple chinois pour défendre la souveraineté nationale et l'intégrité du territoire. »

Quant au rôle exact de l'AIT, la direction de cette vraie-fausse ambassade a refusé de répondre à nos questions, et l'arrivée de la nouvelle directrice Mme Sandra Oudkirk, n'y a rien changé. Même mutisme du côté du ministère de la défense taïwanais. Alors qu'« il y a forcément des canaux pour parler de militaires à militaires, note Hugo Tierny, doctorant spécialisé sur les questions de défense dans le détroit de Taïwan, cette partie des relations se caractérise par une grande discrétion ». Le moins que l'on puisse dire.

Voir en ligne : /2021/10/HERAIT/63634

(1) Interview de M. Luke Martin, The KK Show #67, YouTube, 16 février 2021.

(2) En poste en Chine, en Australie et en Corée du Sud, notamment, ce diplomate a reçu la médaille du « service civil exceptionnel » du département de la défense des États-Unis, pour ses contributions au commandement des forces américaines en Corée de 2006 à 2009.

(3) Catherine Bouchet-Orphelin, « Exercices militaires conjoints des marines. La gifle américaine », Asie21-Futuribles, n° 144, Paris, novembre 2020.

(4) Shannon Tiezzi, « What to expect from US-Taiwan relations in 2021 (and beyond) », interview de Mme Hsiao Bi-khim, The Diplomat, Arlington (États-Unis), 11 février 2021.

(5) Jae Chang, « Coordinated competition in the Indo-Pacific », Project 2049 Institute, Arlington, 1er juillet 2021.

(6) Discours intégral en français disponible sur le site de Xinhua, Pékin.

Washington et Pékin jouent avec le feu

26 September 2026 at 23:00

Que cherchait Mme Nancy Pelosi, troisième personnage de l'État américain, en se rendant début août à Taipei ? Un simple coup de publicité ? Ou voulait-elle provoquer Pékin, obligeant M. Joseph Biden et son gouvernement à accélérer le changement de la politique historique des États-Unis ? Celle-ci combine la reconnaissance d'« une seule Chine » et une certaine protection de Taïwan.

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Chou Tai-chun. — « Détails triviaux dans l'incident », 2021
© Chou Tai-chun - www.choutaichun.com - Liang Gallery, Taipei

Bien avant que l'avion de la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi ne touche le sol taïwanais le 2 août dernier, les relations sino-américaines se trouvaient déjà dans une spirale négative. M. Joseph Biden et son gouvernement s'étaient attachés à tisser un réseau d'alliances hostiles pour encercler la Chine ; de son côté, Pékin multipliait les manœuvres militaires agressives en mer de Chine orientale et en mer de Chine méridionale. Il reste que leurs relations bilatérales ne s'étaient pas détériorées au point de rendre impossible tout dialogue de haut niveau sur le changement climatique ou sur d'autres questions vitales. Pour preuve, les présidents Biden et Xi Jinping ont discuté de ces sujets, lors de leur entretien par visioconférence, le 28 juillet.

En fait, la visite de Mme Pelosi a créé une nouvelle faille dans la relation entre les deux puissances, balayant toute perspective de coopération. Ne subsiste qu'une rivalité militaire exacerbée.

Depuis le rétablissement des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine (RPC) en 1978, sous l'administration de James Carter (1977-1981), les dirigeants américains ont toujours adhéré (au moins publiquement) au principe d'une « Chine unique », Taïwan et le continent constituant un seul pays bien que ne dépendant pas nécessairement d'une même entité politique. Ce que résume la célèbre formule adoptée un peu plus tard « Une Chine, deux systèmes ». Dans le même temps, avec le Taiwan Relations Act (TRA) voté par le Congrès en 1979, les États-Unis sont tenus de livrer des armes défensives à Taipei selon ses besoins et de considérer toute tentative chinoise de modifier le statut de l'île par la force comme un fait « extrêmement préoccupant » — une formulation connue pour son « ambiguïté stratégique », dans la mesure où elle ne dit pas clairement si Washington interviendrait ou pas.

Combinés, ces deux préceptes ont jusqu'ici contribué à garantir une forme de stabilité : en laissant supposer l'existence d'un lien intrinsèque entre Taïwan et le continent, le principe d'« une seule Chine » dissuade Pékin de toute tentative précipitée de s'emparer de l'île ; de son côté, l'« ambiguïté stratégique » laisse les Taïwanais comme les Chinois dans l'incertitude sur la réponse américaine en cas de déclaration d'indépendance des premiers ou de projet d'invasion des seconds. De quoi dissuader les uns et les autres de toute prise d'initiative irréfléchie (1).

Degré de tolérance abaissé

Même si les dirigeants américains assurent toujours adhérer à ces deux principes, les plus hauts responsables du gouvernement et du Congrès ont donné l'impression ces derniers mois qu'ils s'en étaient éloignés, au profit d'une politique suggérant l'existence de deux États : la Chine d'une part, Taïwan de l'autre (« one China, one Taïwan ») et en faveur d'une plus grande « clarté stratégique ». M. Biden lui-même y a contribué : interrogé sur Cable News Network (CNN) pour savoir si Washington défendrait Taïwan en cas d'attaque chinoise, il a répondu clairement. « Nous sommes tenus de le faire (2) », a-t-il déclaré, bien que ce ne soit pas la ligne officielle.

Le président comme d'autres dirigeants ont aussi suggéré un changement de politique, en cherchant à obtenir de leurs alliés dans la région — l'Australie, le Japon et la Corée du Sud — qu'ils s'engagent à assister les forces américaines, dans le cas où celles-ci seraient impliquées dans une guerre contre la Chine. De plus, le Congrès a encouragé ce processus en apportant un soutien bipartite aux livraisons d'armes à Taïwan, en y organisant à de nombreuses reprises des visites de délégations de niveau élevé et en projetant de modifier le TRA de 1979 pour en finir avec l'« ambiguïté stratégique », laquelle serait remplacée par un engagement ferme à aider l'île à se défendre (3). La Chine a observé ces développements avec un désarroi grandissant. Pour ses dirigeants — et particulièrement pour M. Xi, qui brigue un troisième mandat de cinq ans au poste suprême de premier secrétaire du Parti communiste et de président de la RPC —, la réunification s'est imposée comme l'objectif ultime de la politique gouvernementale, une condition sine qua non de la « renaissance » nationale (4). « Le peuple chinois, fort de plus de 1,4 milliard de personnes, est déterminé à défendre résolument la souveraineté de la Chine et son intégrité territoriale, a-t-il déclaré à M. Biden lors de leur échange du 28 juillet, selon le communiqué chinois. Nul ne peut s'opposer à la volonté du peuple, et quand on joue avec le feu, on finit par se brûler (5). »

Mme Pelosi savait parfaitement que sa visite ne pourrait conduire qu'à aggraver la situation. Les responsables du Pentagone comme ceux de la Maison Blanche l'ont avertie que l'effectuer à ce moment-là susciterait l'ire des dirigeants chinois et provoquerait d'une façon ou d'une autre une réaction cinglante de leur part. Elle a malgré tout fait le choix de se rendre à Taipei — tout en s'assurant d'attirer au maximum l'attention internationale en faisant planer le doute sur sa visite. On ne peut pas ne pas se dire qu'elle a fait le voyage avec la ferme intention de provoquer et d'accélérer le processus d'inflexion de la politique américaine vers la doctrine « la Chine d'une part, Taïwan de l'autre », avec tous les risques que cela comporte.

Si telle était son intention, son entreprise a largement été couronnée de succès. En dépit des efforts déployés par les responsables de la Maison Blanche pour assurer leurs homologues chinois de la séparation des pouvoirs au sein du système politique américain, Pékin a eu du mal à croire que Mme Pelosi ne représentait qu'elle-même — et non le gouvernement des États-Unis. Aux yeux des dirigeants chinois, cette visite n'est que l'aboutissement d'une campagne conjointe du Congrès et de la Maison Blanche pour répudier le principe d'une seule Chine, un premier pas vers la reconnaissance de Taïwan comme État indépendant. L'administration Biden a bien tenté de sauver la situation en soulignant avec insistance qu'« aucun changement » n'était intervenu dans sa politique, mais ces déclarations n'ont pas semblé convaincre.

Le 10 août, une semaine seulement après le voyage de Mme Pelosi, le Bureau d'information du Conseil des affaires d'État (gouvernement) a publié un nouveau Livre blanc sur « la question de Taïwan », réaffirmant la volonté de Pékin de réaliser la réunification de l'île par des moyens pacifiques, sans exclure le recours à des moyens militaires afin de briser toute résistance de la part des forces indépendantistes taïwanaises ou de leurs soutiens étrangers : « Nous sommes prêts à créer un vaste espace [de coopération] afin de parvenir à une réunification pacifique, mais ne céderons pas le moindre pouce de terrain aux activités sécessionnistes, quelle que soit la forme qu'elles puissent prendre, peut-on lire. La question de Taïwan est une affaire intérieure qui concerne les intérêts fondamentaux de la Chine (…), aucune ingérence extérieure ne sera tolérée (6). »

Les déclarations officielles ont été accompagnées de toute une série d'opérations militaires et diplomatiques, visant à démontrer que les dirigeants avaient abaissé leur degré de tolérance à l'égard des « ingérences extérieures » comme celle de Mme Pelosi. Ils ont haussé le niveau de préparation du pays en vue d'un éventuel blocus de l'île ou même de son invasion si celle-ci s'engageait plus loin dans la voie de l'indépendance. Plusieurs mesures préoccupantes reflètent cette nouvelle position.

• Le 4 août, l'Armée populaire de libération (APL) a tiré onze missiles balistiques DF-15 dans les eaux situées à l'est, au nord-est et au sud-est de Taïwan — ce qui laisse entrevoir son intention d'organiser un blocus en cas de crise ou de conflit. Cinq d'entre eux ont atterri dans la zone économique exclusive du Japon, signe que toute guerre liée à Taïwan pourrait s'étendre rapidement à l'archipel nippon, qui abrite de nombreuses bases militaires américaines (7).

• Le 6 août, des représentants du gouvernement chinois ont annoncé que le dialogue entre les responsables de l'APL et ceux de l'armée américaine visant à prévenir toute confrontation involontaire entre leurs forces navales et aériennes respectives était interrompu. Les discussions sur des questions aussi vitales que le changement climatique et la santé mondiale sont, quant à elles, suspendues (8).

• Le 7 août, plusieurs médias d'État chinois ont annoncé que l'APL mènerait désormais « régulièrement » des exercices militaires à l'est de la ligne médiane du détroit de Taïwan (côté taïwanais), alors que les forces chinoises avaient jusqu'ici principalement mené leurs opérations à l'ouest de cette ligne (côté chinois). De quoi accentuer la pression psychologique sur l'île, tout en se donnant la possibilité d'effectuer des simulations d'une invasion.

Toutes ces mesures ont été qualifiées d'« irresponsables » et de « provocatrices » par les Américains. « Nous ne devons pas prendre en otage la coopération sur des sujets d'intérêt mondial, au nom des divergences entre nos deux pays, a déclaré le secrétaire d'État Antony Blinken lors d'une conférence de presse, à Manille, le 6 août. Les autres [pays] attendent de nous, à juste titre, que nous continuions à travailler sur les questions qui touchent à l'existence et aux moyens de subsistance de leurs peuples tout comme des nôtres (9). »

Malheureusement, les propos de M. Blinken comportent une grande part de vérité. Mais il serait erroné de tenir Pékin pour seul responsable de l'impasse dans laquelle se trouve la relation entre les deux pays. Le secrétaire d'État lui-même a consacré la plus grande partie de l'année dernière à nouer des alliances pour tenter de contenir la montée en puissance de la Chine, et à adresser aux dirigeants chinois des ultimatums sur un large éventail de problèmes internes, tels que la persécution des Ouïgours du Xinjiang ou la répression politique à Hongkong — ultimatums auxquels ils ne pouvaient céder. Certes, M. Blinken a aussi appelé à une coopération accrue en matière de changement climatique, mais toujours dans un second temps. Du point de vue chinois, c'est Washington qui prend en otage les discussions sur les sujets à enjeu crucial pour la planète.

N'est-il pas temps de mettre fin à ce petit jeu consistant à rejeter sur l'autre la responsabilité de la situation, et de reprendre des discussions sur les mesures permettant de réduire le risque d'un conflit violent ? Les États-Unis devraient s'engager à ne plus faire transiter leurs navires de guerre par le détroit de Taïwan, et Pékin à ne pas en franchir la ligne médiane avec leurs forces militaires. S'il est impossible de revenir à l'ère de l'avant-visite de Mme Pelosi, tout doit être fait pour empêcher que cette nouvelle configuration ne dégénère en conflit armé.

Voir en ligne : /2022/09/KLARE/65064

(1) Lire Michael J. Green et Bonnie S. Glaser, « What is the US “one China” policy, and why does it matter ? », Centre d'études stratégiques et internationales, Washington, DC, 13 janvier 2017.

(2) John Ruwitch, « Would the US defend Taiwan if China invades ? Biden said yes. But it's complicated », National Public Radio (NPR), Washington, DC, 28 octobre 2021, www.npr.org

(3) Cf. Olivier Knox, « Senate looks to update and deepen US-Taiwan relationship », Washington Post, 1er août 2022.

(4) Lire Tanguy Lepesant, « Taïwan, pièce manquante du « rêve chinois » », Le Monde diplomatique, octobre 2021.

(5) « President Xi Jinping speaks with US president Joe Biden on the phone », ministère des affaires étrangères de la RPC, Pékin, 29 juillet 2022.

(6) « The Taiwan question and China's reunification in the new era », Bureau d'information du Conseil des affaires d'État, Pékin, août 2022.

(7) Sam LaGrone et Heather Mongilio, « 11 Chinese ballistic missiles fired near Taiwan, US embarks USS America from Japan », US Naval Institute News, Annapolis (États-Unis), 4 août 2022.

(8) Vincent Ni, « China halts US cooperation on range of issues after Pelosi's Taiwan visit », The Guardian, Londres, 6 août 2022.

(9) « Blinken : China should not hold global concerns “hostage” », Associated Press, 6 août 2022.

Guerre du récit national à Taïwan

26 September 2026 at 23:00

Livraisons d'armes de Washington contre opérations navales de Pékin, provocations du Congrès américain contre discours martiaux du président Xi Jinping, l'approche des élections générales du 13 janvier à Taïwan a exacerbé les tensions entre les États-Unis et la Chine. Sur place, la rivalité géopolitique se grime parfois derrière d'autres débats : ceux qui divisent la société autour de son « identité profonde ».

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Ken-tsai Lee. — Visuel pour l'affiche du Festival de la calligraphie qui s'est tenu à la fois en Chine et à Taïwan, 2011

« Quand on regarde une statue, on peut décider de ne voir qu'une statue. On peut aussi y lire un symbole. Cela varie en fonction des personnes. » Au mémorial de Tchang Kaï-chek, le dirigeant qui a transféré le gouvernement de la République de Chine sur le sol taïwanais à la suite de la victoire des communistes sur le continent en 1949, un responsable tente de relativiser les débats houleux autour de la figure de l'ancien dictateur (1945-1975). Il refuse de donner son nom et de révéler plus de détails sur sa perception du généralissime, figure incontournable de l'histoire de l'île : « Le mémorial est un sujet trop sensible à l'heure actuelle, personne ne répondra à vos questions sans que vous vous engagiez à protéger son anonymat », assure-t-il.

Lieu emblématique de la capitale taïwanaise, le monument s'élève en plein centre du quartier administratif de Taipei, face à la bibliothèque nationale. Le visiteur y accède en passant sous une arche au fronton de laquelle est inscrit « Place de la Liberté ». Il navigue ensuite entre deux gigantesques bâtiments d'architecture chinoise, le théâtre et la salle de concert nationaux, puis monte un peu moins d'une centaine de marches pour enfin apercevoir l'immense statue de bronze représentant l'ancien président. Le mémorial surplombe la place. En son sein, la sculpture est gardée sans interruption par deux soldats, la relève s'effectuant toutes les heures, sous le regard généralement curieux des étrangers de passage. Rares sont les Taïwanais qui viennent assister au spectacle.

Depuis quelques années, toutefois, l'exposition a changé : si on peut toujours y découvrir les grandes étapes de la vie de Tchang Kaï-chek et jeter un œil à ses effets personnels, l'espace a été réduit de moitié et comprend aujourd'hui des segments entiers évoquant les atteintes à la liberté de la presse et la répression sous la loi martiale. Du jamais-vu puisque, jusque-là, les périodes de « terreur » qui caractérisèrent cette dictature — avec ses exécutions d'opposants, ses purges et sa police secrète — étaient tues.

« Ce genre d'exposition devrait être organisé dans des musées spécifiques, pas dans un mémorial », s'exaspère M. Yin Tai, qui, pendant plus de vingt ans, a assuré avec d'autres volontaires les visites guidées. Comme une partie d'entre eux, il s'y refuse désormais. Issu d'une famille ayant fui le continent avec les troupes de la République de Chine, M. Yin, 73 ans, est un partisan du Kuomintang (Parti nationaliste chinois, KMT), la formation de Tchang Kaï-chek, dans l'opposition depuis l'arrivée au pouvoir de la présidente Tsai Ing-wen, issue du Parti démocrate progressiste (PDP), en 2016.

« Après les chiens, les cochons »

De façon inattendue, les deux formations traditionnelles de la démocratie taïwanaise se querellent au sujet de la question de l'héritage historique du généralissime. Sur une île déchirée par la question de ses rapports à la Chine continentale, on aurait en effet pu s'attendre à ce que la formation revendiquant la figure du dirigeant politique ayant opéré la rupture avec la République populaire se révèle la plus hostile à Pékin. C'est tout le contraire. Car, s'il incarne l'opposition aux communistes, Tchang Kaï-chek représente également l'idée d'une continuité identitaire entre le continent et l'île. Soit la vision des choses que défend désormais le KMT, auquel certains reprochent de faire les yeux doux à ses adversaires d'antan. De son côté, le PDP, qui jouit du soutien occidental dans le cadre de l'affrontement entre Washington et Pékin, justifie son projet d'indépendance en insistant sur la différence intrinsèque qui existerait entre Chinois et Taïwanais.

« Nous pensons que Tchang Kaï-chek a apporté plus de bonnes choses que de mauvaises à Taïwan », nous explique donc M. Yin. En défendant la figure du dictateur, il songe sans doute à son histoire familiale. Celle de nombreux descendants de réfugiés du continent, arrivés après la défaite face aux communistes et qui voient encore dans la République populaire de Chine le pays natal perdu. Ces waìshēngrén (« venus d'une province extérieure »), comme on les appelle parfois, représenteraient 14 % de la population taïwanaise, sur la base d'enquêtes déclaratives. Les populations indigènes en rassembleraient 2 % et les Taïwanais dits « de souche » — Chinois dont la présence sur l'île débute avant la colonisation japonaise (1895-1945) — 84 %. Bon nombre de ces derniers estiment que l'existence de Taïwan comme entité à part entière ne fait plus question. Une large fraction d'entre eux votent donc pour le PDP, qui s'est attaché à mettre en valeur une identité taïwanaise à la trajectoire clairement distincte de celle des Chinois du continent.

Une large fraction, mais pas tous. Ainsi cette employée du mémorial, taïwanaise « de souche », selon laquelle l'identité de l'île plonge ses racines en Chine. « Bien sûr, il est nécessaire d'attribuer à Tchang Kaï-chek la responsabilité de ses actions, commente-t-elle sous couvert d'anonymat. Mais il ne faut pas complètement oublier ses contributions à la société. Pendant la seconde guerre mondiale, il a par exemple aidé de nombreux pays et a collaboré avec les Alliés afin de résister au Japon et, plus tard, au Parti communiste. » De sorte que la fonctionnaire se désole des dernières évolutions du mémorial : « Ce n'est pas fait pour que les visiteurs comprennent mieux l'histoire, l'objectif est purement politique. »

Du côté des partisans de l'indépendance, l'existence même du mémorial irrite : « Je pense que ce lieu ne devrait pas exister », explique ainsi Shake, une artiste de 45 ans qui ne voit dans ce nouvel arrangement de l'exposition qu'un compromis du PDP. Membre d'une famille de waìshēngrén — aux racines chinoises, donc —, elle exècre le régime de Pékin : elle s'est fait connaître en érigeant un gigantesque char d'assaut gonflable sur la place du mémorial à l'occasion des 30 ans de la répression des manifestations de Tiananmen à Pékin, en juin 2019 (1). « C'était avant la pandémie. Les touristes chinois étaient encore autorisés à venir à Taïwan. Et le mémorial de Tchang Kaï-chek était un endroit incontournable à visiter. »

Pour l'artiste, le généralissime n'est rien d'autre qu'un « dictateur » : « Je ne pense pas qu'il ait contribué en quoi que ce soit au développement de Taïwan », déclare-t-elle. À l'image de ceux qui craignent une intervention chinoise, cette farouche opposante aux régimes autoritaires attribue volontiers l'essor de l'île… à sa colonisation par l'empire japonais. En dépit de la répression violente et des massacres qui l'ont caractérisée. « La plupart des Taïwanais étaient assimilés aux Japonais. Ils n'ont pas eu les moyens de réfléchir à ce qu'ils allaient devenir. Puis le KMT est arrivé. On s'est retrouvés emportés dans la guerre civile chinoise. » À la suite des exactions du régime de Tchang Kaï-chek, cette colonisation nippone garde une image positive auprès de certains, dont Shake.

« Le nationalisme taïwanais naît à cette époque. L'objectif premier était d'obtenir les mêmes droits que les Japonais, à un moment où les Taïwanais étaient des citoyens de seconde zone. Mais il ne s'agissait pas d'un mouvement indépendantiste », explique Vladimir Stolojan, historien français associé à l'université de Tamkang (Taïwan). Avant de préciser : « Il y a eu une phase de répression puis de grande modernisation. Ceux qui se souviennent de l'époque du Japon sont nés pendant la période la moins sévère. » De plus, le KMT a chassé l'occupant nippon pour installer un régime encore plus dur. Ce que traduit cet adage populaire : « Quand les chiens sont partis, les cochons sont arrivés ».

Ainsi, le mémorial de Tchang Kaï-chek n'est pas le seul sujet de controverse au sein de la société. C'est l'histoire du pays, la conception de son identité qui distinguent les deux principaux camps politiques. S'ils entendent désormais maintenir le statu quo, l'idée même de nation les divise.

À son arrivée, le KMT « déjaponise » puis sinise l'île à marche forcée. Au principe d'une « littérature et d'un art anticommunistes », qui caractérise la politique du Kuomintang dès 1945, s'ajoute dans les années 1960 une attaque contre la culture locale : « L'emploi des dialectes locaux est interdit dans les écoles et les lieux publics, écrit Chang Bi-yu, professeure à l'École des études orientales et africaines (SOAS) de l'université de Londres. Le théâtre traditionnel taïwanais (…) et les arts populaires sont considérés comme grossiers et arriérés, et l'histoire taïwanaise est presque entièrement absente des manuels d'histoire » (2). En réalité, le Japon avait pris des mesures d'assimilation sociale et culturelle identiques à partir de 1937, mais, avec l'arrivée des nationalistes, la culture chinoise détrône la culture japonaise : « Ce qui est chinois devient synonyme de raffinement, de beauté et de grandeur, ce qui est taïwanais est au contraire jugé vulgaire, stupide », poursuit Chang Bi-yu. Le KMT cultive alors l'espoir de reconquérir le continent. À la mort du dictateur nationaliste et, surtout, après la levée de la loi martiale en 1987, cette politique culturelle est assouplie. La vision insulaire du passé s'invite progressivement dans les milieux scientifiques et dans l'enseignement à mesure que l'île se démocratise.

« Lorsque le Parti nationaliste chinois commence à replier ses troupes à Taïwan, il colporte dans l'île les analyses qui façonnent sa vision du présent et de l'avenir », explique Damien Morier-Genoud, maître de conférences à l'université Grenoble-Alpes. « Les études historiques sur Taïwan, de même que les programmes et manuels scolaires d'histoire, se devaient de cautionner le mythe d'une “Grande Chine” plurimillénaire et unifiée. » Il ajoute : « C'est précisément pour faire pièce à cette politique d'endoctrinement du KMT pétrie de chauvinisme et de nationalisme chinois que les opposants au régime, bientôt rejoints par une partie de la communauté académique, se sont attachés à élaborer, à partir des années 1970-1980, un récit nouveau du passé insulaire. »

Altruisme américain

Une polémique autour de la qualification de l'époque japonaise revient ainsi régulièrement : alors qu'avant les années 1990 les livres parlaient d'« occupation » japonaise (rìjù), ceux d'aujourd'hui parlent de… « régime » japonais (rìzhì). Ils soulignent en revanche le coût, pour les travailleurs, du « miracle économique » taïwanais des années 1960, que l'époque antérieure présentait positivement, en l'attribuant à la planification pratiquée par le gouvernement.

Lors de son discours d'investiture en 2016, la présidente Tsai avait promis : « L'histoire ne divisera plus Taïwan. » Elle s'était engagée à œuvrer pour la réconciliation nationale, en poursuivant le processus de justice transitionnelle inauguré par le président Lee Teng-hui (KMT) en 1995. Celui-ci vise à indemniser les victimes de la période autoritaire (1947-1992) et de la « terreur blanche » à la suite des manifestations réprimées du 28 février 1947, connues sous le nom d'« incident 228 » (en référence au jour où l'épisode a commencé, le 28 février, ou 2/28) : l'arrestation violente d'une vendeuse de cigarettes de contrebande avait déclenché une vague d'insurrections contre la dictature, se soldant par des dizaines de milliers de morts.

« De nombreux cas de meurtres n'ont pas été révélés, on ne sait pas qui sont les bourreaux », se désole Shake, qui estime que le processus de justice transitionnelle censé mettre au jour les crimes reste insuffisant. Damien Morier-Genoud nuance : « Le comité a eu au moins le mérite de déclassifier certaines archives importantes pour faire la lumière sur les agissements de l'ancienne police secrète de Tchang Kaï-chek et de son fils Chiang Ching-kuo. Mais ce travail d'investigation prend inévitablement du temps ; outre le respect de la loi et de la Constitution, il doit s'inscrire dans la lenteur et la rigueur qu'impliquent la restitution des témoignages du passé et la réflexion en histoire. »

Dans l'émission « C ce soir » (France 5), le 11 avril 2023, M. François Wu, le représentant de Taïwan en France, justifie le caractère indépendant de l'île par son histoire : « On commence par Tchang Kaï-chek et Mao [Zedong], mais l'histoire de Taïwan commence bien (…) avant. Les premiers pouvoirs installés à Taïwan n'étaient pas du tout chinois, c'étaient des Européens. (…) Il faut rappeler que par le passé Taïwan n'a jamais été purement chinoise, car les Qing n'étaient pas des purs Hans (3). »

Pour ceux qui restent attachés à l'idée d'une Chine unifiée, ou même pour ceux qui doutent de la stratégie de rapprochement avec les États-Unis, ce type de discours s'avère dangereux. Une analyse qu'ailleurs on qualifie de « prochinoise ». Selon MM. Lin Fei-fan et Lii Wen, deux représentants du PDP, manquer de confiance envers l'allié américain reviendrait en effet à se montrer « conspirationniste ». Dans la revue américaine National Interest, les deux hommes politiques regrettent que « des récits décrivant le soutien américain à Taïwan avec scepticisme et méfiance ont également émergé dans le discours public taïwanais (4) ». Une vision selon eux inspirée par Pékin et véhiculée par le KMT. Ils sont convaincus : excepté à Pékin, personne dans le monde ne douterait de l'altruisme américain.

Voir en ligne : /2024/01/HERAIT/66448

(1) Everington Keoni, « Photo of the day : inflatable tank man “pops up” in Taipei », Taiwan News, 21 mai 2019.

(2) Chang Bi-yu, « De la taïwanisation à la dé-sinisation, la politique culturelle depuis les années 1990 », Perspectives chinoises, Hongkong, septembre-octobre 2004.

(3) La dynastie Qing (1644-1912), qui conquit Taïwan, était d'origine mandchoue. Groupe ethnique majoritaire dans un pays qui en compte plusieurs dizaines, les Hans sont parfois considérés comme le peuple chinois historique.

(4) Lin Fei-fan et Lii Wen, « Skepticism toward U.S. support for Taiwan harms regional security », National Interest, Washington, DC, 15 mai 2023.

Processing error could disenfranchise tens of thousands of voters in Texas

25 September 2026 at 17:16
Residents of El Paso, Texas cast their ballot for president of the United States in early voting, October 23, 2000. Photo by Joe Raedle/Newsmakers

This article was originally published by Truthout on Sept. 25, 2026. It is shared here under a  Creative Commons (CC BY-NC-ND 4.0) license.

A massive backlog of voter registration applications in Texas could affect the outcome of local and state elections, including a contentious election involving a U.S. Senate seat.

Public officials in the Republican-controlled state have not yet acknowledged what the error actually is. It’s also possible that the error could have affected elections from before the primary elections in March 2026, officials have acknowledged.

“Texas county voter registrars across the state have received a flood of new voter registrations and updates to voter registration records submitted through the Texas Department of Public Safety,” said Chris McGinn, executive director of the Texas Association of County Election Officials. “Some of these submissions date as far back as October 2025.”

It’s unclear how many voters could be affected by the error. McGinn acknowledged that “counties have received anywhere from several hundred to tens of thousands of records to process.” In Bexar County alone, around 45,000 registrations that have been submitted have not yet been processed.

All 254 counties in the state appear to be affected. The Texas Secretary of State’s office alerted all counties to the issue in an email last week, writing:

Counties have alerted us to the fact that some older [Department of Public Safety] registrations are now appearing on their dashboard. We are actively investigating this issue to determine the source of these historical records.

The situation is dire, as the registration deadline for Texan voters for the upcoming general election is October 5. County officials have until October 19 to process registrations, which is the same date that early voting begins.

James Talarico, a Democrat and state representative who is running in the Senate election against State Attorney General Ken Paxton (R), called the situation “unacceptable,” and encouraged all voters to check their registration status.

“Less than two weeks before the voter registration deadline, thousands of Texans are now in the dark about their voter registration status — even more aren’t aware of this error at all,” Talarico said in a statement. “This is what a broken, corrupt political system looks like: Texans follow the rules, register to vote before the deadline, and still risk losing their God-given right to the ballot box because their government failed to do its job.”

The Senate race between Talarico and Paxton is a close one, and even a small error that goes unaddressed before the November election could affect the outcome.

A longtime Republican stronghold, Talarico is currently ahead in the polls with a slim lead against Paxton. According to an average of surveys collected by the polling aggregate site FiftyPlusOne, Talarico secures around 47.9 percent of the vote, while Paxton receives around 44.6 percent.

President Lula’s full speech at the 81st UN General Assembly

Brazil's President Luiz Inacio Lula da Silva speaks during the 81st United Nations General Assembly at the United Nations Headquarters in New York, on September 22, 2026. Photo by TIMOTHY A. CLARY / AFP via Getty Images

This story originally appeared in Panamerican Dispatch on Sep. 23, 2026, and is shared here with permission.

On September 22, Brazilian President Luiz Inácio Lula da Silva gave the opening speech of the 2026 U.N. General Assembly in New York City. He discussed the concerning state of the world, demanded diplomacy to resolve conflicts and said, “this is the most critical moment of the United Nations.”

He also denounced attempts to influence upcoming Brazilian elections.

“Brazil does not fit into anyone’s backyard,” he said. “We need partners with a positive agenda that promotes development.”

Full Speech by Brazilian President Luiz Inácio Lula da Silva, in English.

My compliments to the President of the General Assembly, Ambassador Khalilur Rahman from Bangladesh.

I greet each of the Heads of State and Government and the delegates present. I address in particular the Secretary-General of the United Nations. During his two terms, António Guterres was a direct witness to the growing mismanagement of the superpower.

Mr. President, this is the tenth occasion in which I open the General Debate of this Assembly. Since I stood at this podium for the first time in 2003, this is the most critical moment of the United Nations. The feeling that moves me today is that of indignation.

The United Nations is failing in one of its highest missions, to free humanity from the fray of war. Its credibility has never been so low. Its ability to protect the most vulnerable, those who have no army or arsenals, has never been so small.

We are all victims of the immobility of a Security Council that does not fulfill its role. In 1946, already in the first session of this assembly, Brazil warned of the high price that the international community would pay for the right to veto. This vice, which gave rise to the U.N. Charter, conferred the great powers the privilege of insensitivity.

This original sin is now added to a profound crisis of leadership. The year 2025 recorded the highest number of armed conflicts since World War II. Trillions of dollars financed a new arms race.

Geopolitical tensions threaten to turn regional disputes into a conflict of global proportions. Those who hold the reins of crucial decisions must act responsibly and in a sense of urgency. The leaders of the countries that make up the Security Council must come together.

I know the realities of power, but the concessions to the law of the strongest have already crossed the limits. This is not idealism, it is pure realism. War is not the continuation of politics by other means, it is the total failure of politics.

In an interdependent world, to lead is to reconcile the interests of the homeland with that of humanity. This is the statement of someone who represents a nation that loves peace and freedom. Someone who fought against a military dictatorship and defended his country against a coup d’état. It is the conviction of a factory worker, who was elected president three times and who won the fight against hunger in Brazil.

This assembly has recently corrected historical distortions. It has recognized the trafficking of enslaved Africans as the most serious crime against humanity. It has approved the most precise representation of the world map. Now we must debate about determining themes for the future of humanity. We are called to choose between multilateralism and unilateralism, democracy or extremism, sovereignty or subordination.

These choices demand courage, political will and clarity of objectives. This is what is expected of a statesman. Yasser Arafat and Yitzhak Rabin were statesmen.

They challenged the past to design a future of peace. They were defeated by hatred. Generations of Palestinians will carry the pain and trauma left by the genocide practiced by the Netanyahu government against women and children in Gaza.

Israeli civilians paid the price of radicalism and intolerance of the terrorist acts of Hamas. Pursuing the International Criminal Court and its members is an incentive for these crimes to be punished. The U.N. Special Rapporteur Francesca Albanese cannot be silenced for telling the truth.

Illegal settlements in the West Bank are becoming less and less viable. The two-state solution is essential so that Israelis and Palestinians can live in peace. Threatening the extinction of a civilization will not bring stability to the Middle East.

The Strait of Hormuz became a trench of war when it should remain a vital passage for international trade. Families all over the world pay for the increase in the price of fuel, fertilizers and food.

The war between Russia and Ukraine has dragged on for five years in a humanitarian drama that continues to save lives.

We all know that there will be no winners on the battlefield. Diplomacy is the only option. Initiatives such as the Group of Friends of Peace, created by Brazil and China, reveal the strength of the international community willing to work for dialogue.

In Latin America and the Caribbean, the geographical proximity to the world’s largest military power is inescapable, especially in the context of the worsening of hegemonic temptations. Brazil does not fit into anyone’s backyard. We need partners with a positive agenda that promotes development.

Ideological differences should not be an obstacle to greater integration between neighbors. Countries in the region have recognized the horrors of regimes of exception. We have come a long way to restore popular will.

Democracy is once again in check. We are once again witnessing foreign interference in electoral processes. The division of the world into areas of influence and neocolonial attacks for strategic resources constitute anachronistic gestures.

The Venezuelan people deserve to define their own destiny. Nicaragua will not solve its problems by preventing the opposition from running for office. The crisis in Haiti continues to test the limits of the indifference of the international community. In Cuba, the world is suffering. The collective punishment imposed on 10 million people by an illegal economic embargo and energy blockade.

Mr. President, Brazil does not underestimate the challenge posed by organized crime. We are prepared to face criminal organizations that terrorize our communities. Workers are robbed, mothers lose their children, police officers do not return home. People are tired of violence.

But we will not outsource the responsibility of defending our borders and guaranteeing the population the right to live without fear. We do not need aircraft carriers guarding our waters. We need cooperation to stop the flow of weapons and money that supplies organized crime.

This is the spirit of the proposal that I personally delivered to the president of the United States. We want to fight the money laundering carried out by Brazilian criminals abroad.

For a long time, Brazilian states have acted in their own way. Criminals took advantage of the lack of coordination. But this is changing. In Manaus we created the International Police Cooperation Center of the Amazon, bringing together the public security officials of the nine Amazon countries.

In 2025, we carried out the largest organized crime operation in the history of Brazil. We broke records in the seizure of drugs, goods and illicit resources. We are confronting all levels of organized crime, including crime magnates.

The Anti-Faction Law, which we have just passed, imposes more severe penalties on organized crime than those stipulated for terrorism. Organized crime and corruption go hand in hand. The fight against corruption will continue to be relentless, no matter who may be hurt. No one is above the law.

Ladies and gentlemen, the pillars of multilateralism are being corroded. The World Trade Organization is on life support. When governments capitulate in the face of those who use tariffs as a weapon of coercion and blackmail, the consequences are disastrous. In the age of disinformation, those who fight progress and knowledge resistthe evidence of science. We will never forget the millions of lives lost by negligence in the fight against COVID-19. Campaigns against vaccines are bringing back diseases that we considered eradicated. Weakening the World Health Organization makes everyone more vulnerable.

Until recently, the response to climate change was consolidated in the center of the international agenda. This year, the issue disappeared from the G7 debate and the G20 debate, forums that bring together the largest carbon emitters in the world. It is time to resume the offensive and impose a defeat to negationism. Nature reminds us every day that we have but one planet.

The Himalayan glaciers are melting. A super El Niño can cause torrential rains, droughts and forest fires in different parts of the globe. Its effects will impact, above all, the most vulnerable.

Brazil has been demonstrating that it is possible to combine economic growth with emission reduction. We have achieved our self-sufficiency in oil and we will continue to research the potential of new reserves such as the Equatorial Margin.

We will not renounce the environmental agenda. We will carry forward the roadmap for the decarbonization of the Brazilian economy. The Forever Tropical Forest Fund, launched at COP30 in Belém, shows that it is possible to change old paradigms. The forest is worth more standing than destroyed.

We will continue to reduce deforestation, which fell by half in the Amazon and reached the lowest level of deforestation in 11 years. We have the moral authority to reject protectionist measures disguised as embracing the environmental cause.

Brazil is a global leader in green energy. We have the critical minerals and rare earth minerals that the world needs to carry out the energy transition. Our natural wealth belongs to the Brazilian people and it is for their benefit that they will be exploited. Access to our minerals will be a mandatory counterpart to the generation of value in our territory, the transfer of technology and the supply of national strategic sectors.

Mr. President, we live in an unprecedented technological revolution, with great risks and opportunities. It would be an unforgivable historical omission not to face the challenge of regulating big tech and artificial intelligence. A handful of oligarchic technicians want to revive a version of digital neoliberalism without rules or transparency.

They are promoting a race without ethical restraints, beyond the backs of the U.N. and the Scientific Panel on Artificial Intelligence. As Pope Leo XIV warns, decisions on technology should never be separated from conscience and responsibility. Companies that know the risks of their products transfer to families the impossible task of facing algorithms.

The millionaire industry of betting apps turns addiction into profit. Its dizzying dissemination is indebting and destroying millions of homes. Brazil will not tolerate this business model. We approved one of the most advanced laws in the world to protect children, teenagers and women in the digital environment. We will ensure the joint remuneration of artists, musicians and audiovisual content creators. We will not give in to the pressure of multinationals who want to privatize our Pix, a public and free payment infrastructure that has made financial inclusion a reality for millions of Brazilians.

Ladies and gentlemen, sustainable development goals are the target of attacks from reactionary forces that want to naturalize injustice. Inequality and underdevelopment result from political choices. It is possible to put the poor in the budget and make the rich pay their share.

It is necessary to roll back privileges and invest in free, quality education and healthcare.

There is a legitimate desire for change in the world. But changing is not going backwards. Changing is not taking away rights. It is not rehashing theories of racial supremacy or of female submission. It is not recolonizing the Global South.

Changing is advancing to a future of more participation and more achievements. It is creating and sharing effective public solutions for the challenges of development through a democratic, strong, efficient and capable state. It is betting on the spirit of solidarity and cooperation with Africa, Asia, Latin America and the Caribbean.

Initiatives such as the Global Alliance Against Hunger and Poverty and the International Panel on Inequality are born from this political will. Brazil is in a hurry to become a developed and socially just nation. We have adopted an economic model that focuses on income distribution, creating jobs and wage increases.

We are betting on improving productivity, on increasing credit and on building a robust social protection network. Brazil has grown again in a sustainable way. We are the third largest destination for foreign foreign direct investment.

Despite the U.S. tariffs against our economy, this year we will hit a new record of exports. There is still a lot to be done. The labor market is transforming.

Older people want to remain active. Young people want to start a business. Workers need time to rest, to improve their skills and be with their families.

In Brazil, achieving this goal means ending the so-called 6×1 scale to guarantee workers two days off a week. This change is essential to alleviate the domestic overload that still falls on women.

We are building a Brazil where women don’t have to ask for permission to occupy positions of power or enter the labor market.

A country free of femicide where no woman, in or outside the home, lives under the threat of violence. This is a cause that the world needs to embrace.

Mr. President, upon receiving the Nobel Peace Prize, Mr. King said, “I believe that what self-centered men have torn down, other-centered men can build up.”

The UN was born under the symbol of hope. Over eight decades, it has contributed to decolonization, promoted human rights and supported sustainable development. It protected immigrants and refugees. It condemned racism, anti-Semitism and religious intolerance.

These were the achievements of leaders who stood at this podium, moved by indignation in the face of the injustices of their time. Men and women who refused to accept war as their destiny, colonialism as their right, apartheid as their legitimate system. This ability to say “no” to the inequalities gave birth to some of the greatest transformations that we have lived.

Faced with the paralysis of the United Nations, we need to rediscover the political will so that it can, again, be a temple of peace.

I want to conclude with a message about my country to all who listen to us.

On October 4, millions of Brazilians go to the polls to decide their destiny. They will not just elect the President of the Republic, state governors and representatives of the legislative power. They will decide between democracy and negationism. If Brazil is going to move toward a future of more opportunities or return to a past of exclusion.

We will have a transparent and competitive election where candidates enjoy the broadest freedom of expression. We know that some abuses of this freedom seem to be associated with the interests of foreigners, contrary to those of our country.

We do not underestimate the challenge of the disinformation network that intends to disrupt the public debate during the campaign.

But we have a modern and robust electoral system. Under the watchful eye of a plural citizenry and a free press, we will not allow the enemies of democracy, both internal and external, to attack the popular will.

Brazilian democracy belongs to Brazilians.

Brazil will continue to be a sovereign country.

No one, no one will take us away from this path.

May God bless us all. Thank you.

This speech was translated into English by Michael Fox at Panamerican Dispatch. You can read the original in Portuguese, here. You can watch his speech, below.

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"Brazilian democracy belongs to Brazilians. Brazil will continue to be a sovereign country. No one, no one will take us away from this path," President Lula said.

Brazil’s intelligence agency warns of high risk of US interference in Brazilian elections

23 September 2026 at 15:57
A giant balloon depicting US President Donald Trump holding Brazil's President Luiz Inacio Lula da Silva is seen as supporters of Brazilian presidential candidate Flavio Bolsonaro, of the Liberal Party (PL), take part in a rally during the Independence Day parade at Paulista Avenue in Sao Paulo, Brazil, on September 7, 2026. Photo by Miguel SCHINCARIOL / AFP via Getty Images

This story originally appeared in Panamerican Dispatch on Sep. 21, 2026, and is shared with permission.

The Brazilian Intelligence Agency (ABIN) has raised the risk of external influence and interference by the United States in Brazil’s 2026 elections to a “critical level.” The confidential report was sent to the Presidency, the Supreme Electoral Court, and the Ministry of Justice. In it, the agency points to escalating pressure from the administration of Donald Trump on Brazil. It ties Washington’s actions to a broader strategy to politically reorient Latin America.

The document is titled, “Threats to the 2026 electoral process.” It was forwarded to authorities in late August, and its contents were revealed this Saturday, Sept. 19, by journalist Mônica Bergamo’s column in the Folha de S.Paulo newspaper.

According to the report, there is a “trend of escalating pressure on Brazil” and a “selective intensification and reconfiguration of the pressure exerted by the United States,” albeit within a historic pattern of U.S. influence over the region.

The report’s assessment does not mention ballot tampering or altering the election results. The intelligence agency’s warning addresses the possibility that political, economic and diplomatic pressures could interfere with the institutional environment and with public debate during the electoral process.

The agency places these actions within the strategy adopted by the second Trump administration to reaffirm U.S. hegemony in Latin America.

According to the analysis, strategic documents released by the U.S. government between November 2025 and May of this year point to its objectives as reducing the influence of powers considered rivals and preventing their access to the region’s “strategic assets, natural resources and infrastructure.”

ABIN identifies China as one of the primary targets of this policy. In the agency’s assessment, Washington seeks to expand its direct or indirect control over these resources, whether through the U.S. government or the country’s private investment.

Support for conservative governments

The report pays special attention to the actions of U.S. Secretary of State and National Security Advisor Marco Rubio. According to ABIN, his policy toward Latin America has an ideological bent and he seeks to “influence and reorient the foreign policy of countries in the region.”

According to the document, this strategy involves steering Latin American countries away from China and promoting a domestic political shift “by supporting the rise of conservative governments.”

The agency cites a U.S. Senate hearing held in June, during which Rubio linked the restoration of U.S. hegemony in Latin America to the presence of governments aligned with Washington.

At the time, Rubio stated that the region had come to rely on several governments “friendly” to the United States during Trump’s second term. He singled out Brazil, Colombia, Cuba, Nicaragua, and Venezuela as exceptions.

The document also noted statements in which Rubio held Brazilian President Luiz Inácio Lula da Silva responsible for U.S. tariffs on Brazilian products, alleging that Brazil had not negotiated “in good faith.”

In ABIN’s view, this approach personalizes the pressure exerted on the country and has the potential to impact public debate in Brazil during the electoral period.

Brazil targeted for defending autonomy, says ABIN

The intelligence agency assessed that Brazil holds a unique position in U.S. strategy, because it has a government with “greater political will and the means to defend its strategic autonomy” in the face of Washington’s pressure for concessions and geopolitical realignment.

The report states that, despite periods of easing tensions between Lula and Trump, actions taken by the United States since May indicate a trend of increasing pressure.

Among the actions cited is the U.S. designation of Brazilian criminal organizations as terrorist groups and sanctions announced in July against two Brazilians and companies based in Brazil and Portugal. The U.S. government accused them of ties to money-laundering networks linked to the Primeiro Comando da Capital (PCC) drug gang. For ABIN, these sanctions represented a “transition” because they caused U.S. pressure to have concrete effects on Brazilian individuals and companies.

“As a result, U.S. external interference now directly impacts financial relationships, corporate reputation, access to the dollar, international operations, and the exposure of third parties to the risk of secondary sanctions,” states an excerpt from the report released by Folha de S. Paulo.

According to the analysis, the U.S. strategy is happening in a “gradual, combined and adaptive” manner, linking Brazilian organizations to threats against U.S. national security. This is then followed by measures capable of affecting the country’s companies, banks and other institutions.

The Brazilian Intelligence Agency warns that these types of sanctions could prompt Brazilian and foreign economic actors to alter their decisions out of fear of losing access to the U.S. financial system or being impacted by secondary sanctions.

U.S. Makes Demands Over Brazilian Election

The report has also emerged amid tensions between Brasília and Washington directly related to the 2026 elections.

During negotiations held in 2025, the Trump administration presented Brazil with a draft joint statement that outlined a Brazilian commitment to not “arbitrarily” detain, arrest or limit the participation of “political dissidents” in the electoral process. The proposal stated that Brazil should commit to holding “free and fair” elections and ensure the participation of such individuals in the vote.

On Thursday. Sept. 17, Lula stated in an interview with Rádio Itatiaia that the proposal had become a “dead issue” for the Brazilian government. The president also rejected the possibility of granting the United States preferential access to the country’s mineral resources.

The confidential agency report delves deeper into the concerns previously raised in public analyses by the Brazilian Intelligence Agency. In a document released this year regarding intelligence challenges for 2026, the agency identified foreign interference as a threat to sovereignty. It warned that a combination of technological dependence, disinformation, espionage, and coercion could enable foreign actors to influence public debate and decision-making processes in Brazil.

Edited by Geisa Marques. This article was originally published by Brasil de Fato. It can be read in its original form, in Portuguese, here.

Maryland used discredited “science” to convict a woman of murdering her fetus. Reproductive rights groups are raising alarms.

(LEFT) Photo of Columbia, Maryland, resident Moira Akers taken prior to the birth of Akers' third child and prior to her 2022 conviction for second-degree murder. Photo proved by Akers' lawyer Debra Saltz. (RIGHT) Stock photo of Maryland Supreme Court in Annapolis, taken on July 17, 2021. Photo by ReDunnLev/Getty Images.

Moira Akers was prosecuted and convicted of the murder of a newborn in 2022. She claims to have given birth to a stillborn baby in her home in Columbia, Maryland, in 2018.

Prosecutors doubted Akers’ story, using her online searches for abortion services and lack of prenatal care as evidence of ill intent. But it was a “forensic method” devised in the 17th century that proved key to Akers’ conviction.

The method, known as a “float test,” was designed to determine if a baby was stillborn or born alive by placing the lungs of a deceased fetus in water. If the lungs float, then they are aerated, meaning the baby was breathing and alive prior to their death.

In 2018, former Maryland chief medical examiner Dr. David Fowler signed the autopsy report that, using the float test as proof, determined that Akers’ baby died after Akers asphyxiated it. Fowler also testified in Akers’ trial. Prosecutors used Fowler’s testimony and autopsy report as evidence to convict Akers of second-degree murder in 2022.

Similar to Fowler’s infamous 2021 testimony in the trial of former Minneapolis police officer Derek Chauvin, in which he argued that George Floyd died due to drug intoxication and inhaling fumes from a car tailpipe, Fowler’s citation of the float test in Akers’ case has elicited criticism from the medical community. 

Fowler was also the subject of a scathing audit released by the Maryland Attorney General’s office last year, which found that at least 36 cases involving deaths that occurred during police restraint were improperly ruled accidents or left unclassified during his tenure

The float test has been widely discredited as imprecise and lacking methodological rigor. 

In the course of our reporting on Akers’ case, we not only reviewed court transcripts and the testimony of physicians and medical experts; we also pressed Fowler’s former office for comment about whether or not the float test was still used in fetal death investigations. Just prior to publication, Maryland Department of Health spokesman David McCallister disavowed the test.

“The lung float test is not part of OCME’s current routine practice, which reflects evolving scientific evidence, National Association of Medical Examiner (NAME) guidance, and the independent medical judgment of our forensic pathologists,” McCallister wrote in an email.

“When performed historically, the test was only one component of the overall forensic assessment and was interpreted together with the investigative and autopsy findings. How an individual autopsy finding is characterized or used in criminal prosecution is separate from OCME’s medical determination of cause and manner of death.”

McCallister’s disavowal of the float test marks a stunning departure from past practices for determining causes of death in Maryland. Whether the change will affect Akers’ case remains to be seen.

But what hasn’t changed is the fact that Akers was convicted, has served three years in prison, and is facing another prosecution—all while advocates and her lawyers are still fighting against a bureaucracy wedded to Fowler’s past practices. 

Akers’ fate remains in legal limbo, but her story reveals how flawed science can have real-life consequences, and how an indifferent bureaucracy can defend the mistakes of the past despite public outcry and scientific pushback in the present.

A Stillbirth or Murder?

Akers’ ordeal began in November of 2018.

According to a statement she gave to police, Akers was watching TV with her daughter when she noticed she was bleeding. The Howard County resident retreated to her upstairs bedroom. There, she gave birth to what she described as a baby that was not breathing, or stillborn.

The mother of two young children told police her husband did not want another child. Finances were tight, and the couple was already struggling to care for both a toddler and an 8-year-old.

“I almost didn’t want to admit to myself that it was [a pregnancy],” she told police. 

She hid the possible pregnancy from her family and did not seek prenatal care. “I just didn’t want my family [to know],” Akers said, “a stigma of them knowing that we had even contemplated the abortion part, but knowing that they wouldn’t be happy if we gave up the baby officially for adoption… that’s why I looked into the safe haven stuff.”

The birth itself was a moment of confusion and panic for Akers. When she started bleeding profusely, she thought it was possible the unexpected pregnancy could be the cause. After giving birth in her bathroom, she placed the baby’s remains in a plastic bag and put the bag in a closet.

Her husband, who had found her bleeding, called an ambulance. According to her lawyer, Akers refrained from discussing the ordeal in front of her two children when EMTs arrived at the house. But when she arrived at the hospital, she told doctors about the stillbirth. 

When Akers awoke from surgery, heavily sedated with painkillers and anesthesia, she found Howard County police detectives probing her with questions, which a recording reveals she struggled to answer through the haze of drugs. 

Even though the doctors told detectives not to question Akers after her surgery, they did anyway. And prosecutors were able to include statements Akers made during that interview while still heavily sedated and under the influence of multiple drugs, including fentanyl. 

“The hospital physicians attending told the police who had arrived at the scene not to speak to her for at least two hours after surgery because she was put under general anesthesia,” Akers’ lawyer, Debra Saltz, told us in an interview.

“So the police, rather than wait two hours, interviewed her. I think it was approximately an hour and 20 minutes later, they began an interview.”

Saltz challenged the admissibility of the interview in court. But presiding Judge McCrone ruled that Akers “sounded okay” after reviewing a recording of the interview. 

During Saltz’s cross-examination of lead medical examiner Dr. Nikki Mourtzinos, Mourtzinos made a critical admission: float tests are not performed in a uniform fashion, and the test does not call for a consistent, controlled (i.e. scientific) methodology. “Multiple people do things differently. Some people tie off the lungs, some people would clamp off the lungs and float them in water,” Mourtzinos testified. 

Saltz filed motions to toss out the float test results as evidence. But Judge McCrone ruled it admissible, too.

And more unresolved questions about the efficacy of the police and OCME investigations before Akers’ trial remain. 

Even though the official OCME autopsy report was not released until four months later, detectives claim Maryland’s Office of the Chief Medical Examiner (OCME) told them Akers’ baby’s death was likely a homicide.

But Saltz says OCME and Howard County detectives had already made up their minds about Akers before their investigation into her ordeal even began in earnest. “It was never going to be about science in this case. It was going to be about a determined outcome, which was going to be homicide, even though it should not have been,” Saltz told us.

Along with the float test results and her post-surgery interview with detectives, prosecutors focused on both Akers’ prior internet searches for abortion providers, as well as her lack of prenatal care, as evidence that she intended to kill her baby.

Again, Akers’ defense argued this evidence was inadmissible due to a state law that prevents drawing criminal inferences from a woman’s behavior during pregnancy. Again, Saltz was overruled. Judge McCrone allowed prosecutors to use Akers’ actions as evidence of later criminal intent.

The chief OCME pathologist who conducted the float test testified in Akers’ trial that the final mechanism of injury was asphyxiation and exposure. However, the autopsy did not find petechial hemorrhaging in the eyes or any trauma around the neck indicating strangulation. The medical examiner argued that the determination of asphyxiation was due to observed inflammation in the pancreas, a less common indicator of strangulation.

But there was also substantive evidence that the baby was stillborn.

The defense offered expert testimony that argued the detection of multiple infections in Akers’ placenta and umbilical cord was indicative of a stillbirth. 

“One of the more perplexing aspects regarding the opinions of Drs. Simon and Mourtzinos [the state medical examiners who conducted the autopsy] is that they describe gross and microscopic evidence of chorioamnionitis (inflammation of the placenta and its membranes), and funisitis (an inflammation of the umbilical cord), along with inflammation of the umbilical cord’s arteries and vein,” Gregory J. Davis, a forensic pathologist and professor at the University of Kentucky, wrote in a letter to the court.

The jury convicted Akers of second-degree murder. Judge McCrone sentenced her to 30 years. 

New Obstacles for Prosecutors, but the Float Test Remains

In February 2025, after she had served three years in prison, the Maryland Supreme Court granted Akers a new trial. In a 5-2 decision, Justice Brynja M. Booth wrote for the majority: 

We hold that the internet searches are irrelevant and that the trial court erred as a matter of law in admitting them. We similarly hold that Ms. Akers’ bare decision to forgo 2 prenatal care was not probative of motive or an intent to kill or harm a live child… In light of our holding on the inadmissibility of the abortion searches, we reverse the judgment of the Appellate Court and remand this case to the circuit court for a new trial. 

To win a conviction against Akers during the retrial of the case, prosecutors have to navigate a major evidentiary obstacle now that the Maryland Supreme Court has essentially barred them from using much of the “evidence” used to convict Akers in 2022.  

But the float test will still be admissible, and Saltz says prosecutors are likely to use it. Even though Fowler’s former office has publicly repudiated the test, the shadow and influence of Fowler himself still looms large. 

“Dr. Fowler had a very large impact on this case and the judge heavily credited his testimony and relied on his testimony to allow in evidence the fetal lung float test,” Saltz told us.

Saltz says the admission by Fowler’s former office that the float test is scientifically unreliable should give prosecutors pause. “I find it hard to believe that the state’s attorney’s office in Howard County would still consider using this outdated test,” she wrote in an email.

“I have always believed that they were motivated by emotion rather than science as they undertook to prosecute my client. I would hope they would dismiss the charges based on this newest information.”

For now, prosecutors are not talking. A spokesman for the Howard County State’s Attorney’s Office said they do not comment on pending cases.

“It is the policy of the Howard County State’s Attorney’s Office not to comment to the media on the facts, evidence, or litigation strategy of a pending case until the matter has concluded,” Yolanda Vazquez wrote in an email.  

Akers’ fate will be decided soon; the case is set for trial in November. Saltz says she is prepared to defend Akers, float test or not.

“My client is a very, very strong person. And she always held out hope that this would go her way… she knew that she had a stillborn baby,” Saltz said. “And there are plenty of people—including myself and the actual scientists who can read scientific evidence—who believe her.”

Democratic states cave on Paramount merger lawsuit in win for billionaire owners

22 September 2026 at 16:05
The Paramount Pictures logo is displayed on a water tower in Los Angeles, California, on August 6, 2026. Photo by Michael Yanow/NurPhoto via Getty Images

This article was originally published by Truthout on Sept. 21, 2026. It is shared here under a  Creative Commons (CC BY-NC-ND 4.0) license.

A coalition of Democratic states and Paramount reached a settlement in a lawsuit against its proposed $111 billion merger with Warner Bros. Discovery on Monday, paving the way for one of the largest media mergers in history — and a massive consolidation of power over a huge swath of the entertainment and news industries under the conservative billionaire Ellison family.

The antitrust lawsuit was the last major obstacle for the deal, which has already been blessed by the Trump administration. Attorneys general from 12 states had sued to block the merger, which leading California Attorney General Rob Bonta had called “unlawful,” amid a flurry of antitrust concerns from prominent Hollywood figures and press freedom groups. The Writers Guild of America’s (WGA) lawsuit against the merger was also settled on Monday, with the union saying that its members could not afford to continue the legal battle on their own.

The merger will grant widespread power to a company that would effectively control CNN; CBS News; and, in all, roughly 30 percent of wide-release theatrical film distribution and basic cable channel licensing. It amounts to roughly 20 percent of Americans’ television watching time — all conglomerated under the leadership of Paramount Skydance CEO David Ellison. David Ellison is a major ally to Trump and son of Oracle CEO Larry Ellison, who has personally donated millions to Israel’s military; Paramount had once dubiously suggested that opposition to the merger was a result of antisemitism.

David Ellison, who thanked California Gov. Gavin Newsom (D) in his statement celebrating the deal, has said that the merger is expected to go through in two weeks. Pro-Israel David Zaslav, the president of Warner Brothers Discovery — an entity that’s a conglomerate on its own, formed as a result of several other contentious mergers — is slated to receive $660 million from the merger, which would likely make him a billionaire.

Under the settlement, the newly formed megacorporation will be obligated to comply with several provisions, including the theatrical release of 30 films a year (something Paramount already independently pledged to do last year); a requirement for separate negotiations for cable channel distribution; management of two historic production lots; and an apparent commitment to domestic filmmaking.

The deal also includes a supposed commitment to a “News Editorial Independence Board” for the management of CNN and CBS, which will comprise of former or current journalists who are hand-picked by the conglomerate’s board of directors. News analysts and advocates have already cast doubt on the idea that the board will be effective, however, as past efforts to form similar such structures have failed.

David Ellison has already demonstrated a willingness to steer the news toward the right wing in his appointment of right-wing media figure Bari Weiss as CBS’s editor-in-chief last year. Meanwhile, press freedom advocates on Monday also urged David Ellison to oppose Trump’s recent ban on CNN in the press pool, noting his silence on the issue despite his stated commitments to press freedom.

Some of the world’s most repressive regimes will have a say at the company, too. The settlement comes just days after the Federal Communications Commission approved Paramount Skydance’s plan to allow the sovereign wealth funds of Saudi Arabia, Qatar, and the United Arab Emirates to have a 49.5 percent equity stake in the newly merged company.

The deal immediately faced a deluge of criticism after it was announced on Monday, with critics saying that it will have “devastating” results for the nation’s media landscape and press freedom at a time of massive repression under the Trump administration.

“Today, billionaires have yet again bribed, censored, and bullied their way to the top,” said Alvaro Bedoya, a senior advisor for the American Economic Liberties Project. “As a result, a billionaire media conglomerate closely allied with the president will soon own one of its closest rivals, including some of the nation’s most critical news outlets.”

Over 5,000 filmmakers, documentarians, and other movie and television professionals signed a letter in April stating their opposition, including prominent directors and actors, under the umbrella of a group called the Block the Merger coalition. The coalition said that their members “vehemently oppose” the agreement on Monday.

“This is a bad deal for the future of film, entertainment, independent journalism, and a strong democracy in this country,” the group said. “We are disappointed and angry that the interests of average Americans have been trampled to benefit oligarch billionaires.”

The settlement comes despite experts saying that the states had a chance at blocking the merger, having secured a pause by a judge earlier this year.

“The Paramount/Warner Brothers merger seems facially illegal,” said Lina Khan, former Federal Trade Commission chair and leading antitrust expert, in a statement on Sunday. Khan noted that the lawsuit against it was strong, meaning it had a chance of succeeding.

However, she said, “[i]t’s troubling to hear that the states may now settle for behavioral remedies, allowing the deal to go through subject to various promises from the firms. Behavioral remedies routinely fail, and the stakes here are particularly high given that a strong democracy requires open markets for sound journalism and creative expression.”

En Allemagne, deux lignes pour un même camp

21 September 2026 at 23:00

Proverbiales et décourageantes, les querelles internes des partis reflètent parfois des choix stratégiques cruciaux. C'est le cas en Allemagne de Die Linke (La Gauche) : doit-elle reconquérir sa base populaire des Länder de l'Est ou chercher à séduire un jeune électorat urbain ?

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Anna Caruso. — « L'orizzonte degli eventi » (L'horizon des événements), 2014
© Anna Caruso - www.annacaruso.it

En deçà d'un certain seuil, une défaite électorale devient une raclée. Et c'est sans doute ainsi qu'il faut qualifier le score de 4,9 % obtenu par le parti allemand Die Linke (La Gauche) lors des élections fédérales de septembre dernier. Seule l'application d'une règle spéciale sauve sa présence au Bundestag : même s'il ne franchit pas la barre des 5 %, un parti qui obtient la majorité dans au moins trois circonscriptions (sur 299) peut former un groupe parlementaire. Le décrochage n'en reste pas moins spectaculaire pour cette formation qui frôlait les 12 % en 2009 et se maintenait encore à 9,2 % en 2017. Elle ne rassemble plus cette fois que 2,3 millions de voix, presque la moitié des 4,3 millions de 2017. Et son groupe parlementaire ne compte plus que 39 députés, contre 69 auparavant, sur un total de 736.

Cette débâcle ouvre un nouveau chapitre dans l'histoire déjà riche en défaites de la « gauche de gauche » allemande d'après-guerre. Le Parti communiste est interdit en Allemagne de l'Ouest en 1956, et il faut attendre 1983 pour que les Verts (Die Grünen) — avec leur direction explicitement écosocialiste — représentent à nouveau cette sensibilité au Parlement. Après l'unification de 1990, cependant, les Grünen se recentrent au point de participer au gouvernement néolibéral de M. Gerhard Schröder (1998-2005) et jouent un rôle moteur dans l'engagement militaire allemand contre la Yougoslavie en 1999.

Die Linke émerge de ces ruines en 2007, en réunissant dans un nouveau parti deux composantes distinctes. D'un côté, des syndicalistes et d'anciens sociaux-démocrates déçus par le recentrage de leur formation ; de l'autre, le Parti du socialisme démocratique (PDS), héritier du parti qui avait gouverné l'Allemagne de l'Est. Grâce à son ancrage dans les Länder orientaux, le PDS avait franchi la barre des 5 % en 2005 pour la première fois depuis l'unification (1). Die Linke s'épanouit parce qu'il comble un vide.

Ce cycle paraît révolu. Die Linke perd un à un ses bastions. Non seulement dans les régions de l'Est en général, où son score a été divisé par deux en dix ans (de 20 % à 9,8 %), mais également dans des circonscriptions symboliques, comme celle de Marzahn-Hellersdorf, dans l'est de Berlin, conquise en septembre par la droite alors qu'elle votait encore à 51 % pour le parti postcommuniste en 2001…

Pourquoi la gauche perd-elle ? D'abord, pour des raisons démographiques : le noyau dur de l'électorat postcommuniste qui a vécu l'unification comme une annexion vieillit et se réduit. Et surtout ne se renouvelle plus, à mesure que Die Linke cesse de représenter les intérêts des populations de l'Est, rôle qui lui permettait d'attirer de nouveaux sympathisants contestataires. Les motifs de mécontentement ne manquent pourtant pas : trente ans après la chute du Mur, un rideau de fer partage toujours l'Allemagne en matière de niveau de vie, de salaires, de pensions. Mais, à la différence des années 2000, Die Linke participe à l'exécutif à Berlin, dans le Mecklembourg-Poméranie occidentale, dirige celui de Thuringe… C'est désormais la formation d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) qui capte un vote protestataire à l'Est et incarne l'opposition — réactionnaire — dans les ex-bastions orientaux de la gauche.

Les élections de septembre dernier posent pour Die Linke un problème plus épineux encore. Comment expliquer sa chute au sein des groupes qui forment traditionnellement sa base sociale — ouvriers, chômeurs, précaires et groupes à bas salaires —, alors même que la sécurité sociale s'était imposée comme le thème dominant de la campagne électorale, devant l'économie, le travail, l'environnement et le climat (2) ? Et comment comprendre que la désaffection frappe également les centres métropolitains et étudiants, comme Brême et Hambourg, où de nombreux jeunes avaient voté pour le parti en 2017 ? Ceux qui tablaient sur cet électorat diplômé pour former la nouvelle base du parti ont vu leurs espoirs douchés, les jeunes urbains ayant plus souvent accordé leurs suffrages aux Verts, ou même aux libéraux.

Chez les moins jeunes, le Parti social-démocrate (SPD) a capté près d'un tiers des voix perdues par Die Linke. Après de nombreuses années de crise, les sociaux-démocrates ont fait oublier l'ère néolibérale de M. Schröder (3) et concurrencent Die Linke sur son terrain, en proposant, par exemple, une hausse du salaire minimum à 12 euros (contre 9,82 euros actuellement). La bascule s'observe dans le comportement électoral des syndicalistes : 11,8 % votaient pour La Gauche en 2017, contre 6,6 % en septembre — un score qui ramène Die Linke derrière l'AfD (12,2 %) et le Parti libéral-démocrate (FDP, 9 %)…

Tout effondrement politique implique des causes internes à l'organisation, et Die Linke ne fait pas exception. Les nouvelles coprésidentes du parti, Mmes Janine Wissler et Susanne Hennig-Wellsow, ont pris leurs fonctions quelques mois à peine avant le scrutin ; peu connues du grand public, elles n'ont guère pu faire campagne en raison des restrictions sanitaires. Fin août, un spectaculaire cafouillage parlementaire a fait jaser la presse : lors du vote sur la participation de la Bundeswehr à l'opération d'évacuation de Kaboul, une partie des députés de gauche s'est prononcée pour, une autre contre, tandis qu'une troisième s'abstenait… Enfin, l'annonce, sans débat au sein du parti et avant même le scrutin, de concessions considérables en cas de participation au gouvernement n'a sans doute pas galvanisé les sympathisants.

La convulsion qui tétanise Die Linke affecte d'autres formations de gauche, comme Attac Allemagne

Toutefois, ces incidents récents ne rendent pas raison des mauvais résultats régionaux ou européens accumulés depuis 2019. Le problème le plus fondamental tient au conflit d'orientation qui oppose différents courants du parti. C'est la crise dite « des réfugiés », en 2015, qui a mis ce clivage au grand jour. Se référant au programme de 2011, qui exige « les frontières ouvertes pour tous les humains », une grande partie des militants a accueilli avec enthousiasme la levée des obstacles à l'immigration et réclamé la pérennisation de la liberté d'installation. Mais un autre courant juge au contraire irréaliste le slogan des « frontières ouvertes pour tous ». Mme Sahra Wagenknecht incarne cette ligne. Alors coprésidente du groupe parlementaire, forte d'une popularité étendue bien au-delà des cercles militants, cette femme charismatique et ses partisans soutiennent à l'égard des réfugiés une position fondée sur le droit international, mais réclament également une régulation des migrations.

Si l'on retrouve semblable clivage au sein de la gauche française, britannique ou américaine, celui-ci se superpose en Allemagne à la fracture Est-Ouest. Le débat sur la politique migratoire a vite dégénéré : Mme Wagenknecht a été qualifiée publiquement de « nationale Sozialistin » — socialiste nationale, en référence au Parti national-socialiste d'Adolf Hitler — par des membres de sa propre formation. En 2018, elle braquait un peu plus ses camarades en lançant sans succès le mouvement Aufstehen (« Soulevez-vous »), perçu comme concurrent de Die Linke. Retirée de la direction du groupe parlementaire depuis 2019, la députée demeure très présente, notamment dans les médias.

Ainsi, le climat délétère du débat public allemand de l'après-2015 se décalque-t-il sur le parti de gauche. Polluées par les polémiques sur les politiques de l'identité et la cancel culture (« culture du bannissement »), les discussions stratégiques perdent en analyse et en dialogue ce qu'elles gagnent en condamnation morale et en hostilité personnelle. « Le message central qui semblait émaner du dernier congrès n'était pas un positionnement politique particulier ou le programme électoral de Die Linke, mais plutôt la “diversité” de sa nouvelle direction et le caractère inattaquable de ses références pro-LGBTQ [lesbiennes, gays, bisexuels, trans et queer], féministes et antiracistes. Il est certain qu'un parti socialiste devrait être tout cela », a observé Loren Balhorn, rédacteur à la Fondation Rosa-Luxembourg et directeur de l'édition allemande de la revue Jacobin. « Toutefois, ajoutait-il, on peut se demander si ce genre de message trouve de l'écho au-delà des cercles partisans immédiats de Die Linke, et s'il donne à la population une raison de voter pour lui » (4).

C'est ce type d'analyse qu'approfondit Mme Wagenknecht dans un livre publié en avril 2021, Die Selbstgerechten (« Les bien-pensants ») (5), rapidement propulsé dans la liste des meilleures ventes. Regrettant que la gauche s'apparente de plus en plus à un style de vie branché, universitaire et vertueux, la députée impute l'effritement de la base sociale de son parti à l'accent mis sur les politiques identitaires au détriment de la question sociale. Elle plaide pour la primauté de la question de classe, dans laquelle féminisme, antiracisme, lutte contre l'homophobie, etc., s'intègrent dans un rapport dialectique entre général et particulier — à rebours, estime-t-elle, des approches intersectionnelles, qui, sous le terme « classisme », renvoient la question sociale à une forme de discrimination, au même titre que le sexisme ou le racisme.

Publié quelques mois avant les élections, l'ouvrage a exacerbé la crise interne au point que certains militants ont réclamé — en vain — l'expulsion de la trouble-fête. S'ils découragent l'électorat, ces conflits affaiblissent aussi le parti en repoussant aux calendes grecques la mise au point de stratégies appropriées face à la crise climatique, à la numérisation ou aux transformations des équilibres internationaux. Fait remarquable, la convulsion qui tétanise Die Linke affecte d'autres formations de gauche, comme Attac Allemagne. L'association, qui a joué un rôle important jusqu'à la crise financière de 2008, n'est plus aujourd'hui que l'ombre d'elle-même, incapable non seulement d'actualiser l'altermondialisme, mais également de surmonter de manière constructive ses déchirements.

Die Linke y parviendra-t-elle ? Trois mois après les élections, la bataille des courants internes n'a pas cessé. L'exécutif, dominé par la gauche mouvementiste (Bewegungslinke) d'orientation « sociétale », s'oppose au groupe parlementaire, où prédomine une alliance entre les « réalistes », souvent issus de l'Est, et des députés plus ou moins proches de Mme Wagenknecht.

Le plus petit groupe parlementaire du Bundestag jouira toutefois d'un avantage : Die Linke incarne désormais seule l'opposition de gauche à la coalition gouvernementale entre les sociaux-démocrates, les Verts et les libéraux. La configuration rappelle celle de l'ère Schröder, qui avait favorisé le parti de gauche. La présence du FDP au sein de la coalition intensifie les contradictions au sein de ce gouvernement et réduit ses possibilités de répondre à la question sociale. Comme le suggère la hausse des prix de l'énergie, la dimension sociale de la transformation écologique s'impose avec fracas. Une occasion pour Die Linke ?

Voir en ligne : /2022/01/WAHL/64210

(1) Lire Peter Linden, « Ce nouveau parti qui bouscule le paysage politique allemand », Le Monde diplomatique, mai 2008.

(2) Source : ARD — infratest dimap.

(3) Lire Rachel Knaebel, « L'aubaine des sociaux-démocrates allemands », Le Monde diplomatique, décembre 2021.

(4) www.jacobinmag.com, 14 mars 2021.

(5) Sahra Wagenknecht, Die Selbstgerechten : Mein Gegenprogramm — für Gemeinsinn und Zusammenhalt, Campus Verlag, Francfort, 2021.

La justice est-elle possible au Kosovo ?

L'ombre des crimes imputés à l'ancienne guérilla plane sur le Kosovo depuis deux décennies. L'arrestation, en novembre, du président Hashim Thaçi et de plusieurs de ses anciens compagnons de l'Armée de libération du Kosovo (UÇK) sonnerait-elle enfin le glas de l'impunité ? Jusqu'à présent, les Occidentaux avaient soutenu sans faille le nouveau pouvoir, au nom de la stabilité et au mépris des victimes.

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Albana Ejupi. — Sans titre, 2019
Lukas Feichtner Galerie, Vienne

Ce 5 novembre 2020, le président du Kosovo Hashim Thaçi s'est présenté devant les médias, le visage défait, pour annoncer sa démission et confirmer son inculpation par les chambres spécialisées pour le Kosovo, qui siègent à la Cour internationale de justice de La Haye. L'ancien porte-parole, puis chef politique, de l'Armée de libération du Kosovo (UÇK) doit être jugé pour des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité commis durant le conflit armé de 1998-1999 contre le régime serbe de Slobodan Milošević et dans les mois qui ont suivi. Quelques heures plus tôt, le chef du Parti démocratique du Kosovo (PDK), M. Kadri Veseli, député et ancien chef du Service d'information du Kosovo (SHIK, les services de renseignement de l'UÇK), a lui aussi confirmé son inculpation, tout comme le député Rexhep Selimi. La veille, M. Jakup Krasniqi, ancien porte-parole de la guérilla et ancien président du Parlement (2007-2014), avait été arrêté à Pristina. La publication de l'acte d'accusation, le 24 juin 2020, avait déjà contraint M. Thaçi à annuler une rencontre à Washington avec son homologue serbe Aleksandar Vučić. Les quatre responsables politiques arrêtés par le bureau du procureur spécial et transférés vers une prison des Pays-Bas doivent répondre de crimes en bande organisée : persécutions, arrestations arbitraires, châtiments cruels, tortures et meurtres.

Chargées de juger les crimes commis sur le territoire de l'ancienne province serbe entre le 1er janvier 1998 et le 31 décembre 2000, financées principalement par l'Union européenne, les chambres spécialisées sont rattachées au système judiciaire du Kosovo. Délocalisées à La Haye, elles sont composées de magistrats étrangers et constituent donc une juridiction hybride, partiellement internationale, comme les tribunaux spéciaux pour le Liban, la Sierra Leone ou la Centrafrique. Depuis l'été 2019, plusieurs dizaines d'anciens guérilleros ont été entendus, parfois en qualité de suspects, parfois en qualité de témoins. Le 24 septembre 2020, un premier inculpé a été transféré devant ses juges. Ancien commandant de la région de Llap (nord-est du Kosovo), M. Sali Mustafa est accusé d'avoir commis ou ordonné des crimes contre des Serbes, des Roms et des Albanais (détention arbitraire, torture, traitement cruel et meurtre) (1).

Un roman national mis à mal

À l'origine de la création des chambres spécialisées, il y a le rapport du député suisse Dick Marty, approuvé en janvier 2011 par l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (2). Déjà connu pour son travail sur les prisons spéciales de la Central Intelligence Agency (CIA), M. Marty a enquêté sur l'arrestation extrajudiciaire de plusieurs centaines de civils serbes ou roms, leur probable déportation en Albanie et leur disparition. Il a mis également au jour des détentions illégales, tortures et assassinats d'Albanais considérés par l'UÇK comme des adversaires politiques, le plus souvent des militants de la Ligue démocratique du Kosovo (LDK), la formation de la figure tutélaire de la résistance albanaise au Kosovo Ibrahim Rugova (mort en 2006). Ces crimes ont été commis durant le conflit armé, mais aussi par la suite, après l'instauration en 1999 du protectorat international des Nations unies sur le Kosovo, alors même que plus de quarante mille soldats de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) venaient de prendre position dans cette ancienne province méridionale de la Serbie (3).

Les traitements inhumains et dégradants ainsi que les disparitions dénoncés dans le rapport Marty avaient déjà été établis par la Mission d'administration intérimaire des Nations unies au Kosovo (Minuk) et par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) (4). Le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) avait également enquêté sur les crimes imputés à l'UÇK, mais Mme Carla Del Ponte, sa procureure générale entre 1999 et 2007, explique dans ses Mémoires avoir été empêchée de pousser plus loin ses investigations (5). Pis, elle dénonce la destruction délibérée de certaines pièces à conviction. Les incriminations du rapport Marty ont été confirmées, en juillet 2014, par celui de M. John Clint Williamson, un diplomate américain appointé comme procureur indépendant par l'Union européenne. La création d'une juridiction ad hoc pour juger ces crimes valait constat d'échec du TPIY. Il a cependant fallu de fortes pressions de Bruxelles et de Washington pour que le Parlement du Kosovo valide, en 2015, la création des chambres spécialisées par un amendement constitutionnel.

Le rapport de M. Marty mettait également en évidence un possible trafic d'organes prélevés sur des prisonniers serbes pour des transplantations à l'étranger. L'énormité de cette allégation a immédiatement focalisé l'attention, provoquant une vague de démentis, comme s'il était impossible d'attribuer un tel crime à l'UÇK : Mme Florence Hartmann, ancienne porte-parole de Mme Del Ponte, alla jusqu'à qualifier cette dernière d'« irresponsable », tout en évoquant le spectre du « révisionnisme », qui consisterait à vouloir « relativiser » les crimes commis par les forces serbes en mettant en avant d'autres exactions (6). Ces soupçons de trafic d'organes pourraient bien être l'arbre cachant la forêt des crimes : ce n'est qu'un élément du rapport et, s'il est avéré, il n'aurait pas concerné un nombre important de prisonniers. Le rapport Marty met surtout en lumière la manière dont un petit groupe de militants, pour beaucoup originaires de la Drenica, une région du centre du Kosovo, a préempté le monopole de la lutte armée contre le régime serbe. Souvent unis par des liens familiaux, les membres de ce groupe n'ont pas hésité à éliminer leurs potentiels rivaux, avant d'accaparer le pouvoir et ses prébendes.

L'UÇK a donné naissance au PDK, qui pouvait s'appuyer sur les réseaux de l'ombre du SHIK, dont les activités se sont poursuivies longtemps après la guerre, mais aussi sur les vétérans, dont le nombre a connu une augmentation exponentielle une fois la paix revenue. Devenu un instrument de clientélisme, le statut d'ancien combattant ouvre des droits à divers avantages sociaux, et il a été octroyé moins en fonction des mois passés dans le maquis que d'allégeances politiques. L'administration internationale a longtemps été tétanisée par la crainte d'entrer en conflit avec ce groupe de pression (7), mobilisé à chaque arrestation d'un ancien commandant de la guérilla. Les magistrats des chambres ont compris son importance : immédiatement après l'interpellation de M. Mustafa, ils ont ordonné celle des deux chefs de la puissante Organisation des vétérans de l'UÇK, MM. Hysni Gucati et Nasim Haradinaj, accusés d'offense envers la justice, d'intimidation de témoins et de divulgation des secrets de la procédure.

Depuis la fin du conflit, les références à la « guerre patriotique » sont omniprésentes au Kosovo. Dans le récit héroïque de cette « libération », les crimes de guerre sont l'apanage du régime serbe de Milošević (8). Les combattants de l'UÇK auraient été les « alliés de terrain » de l'OTAN, qui décida d'intervenir en mars 1999 (9), tandis que Rugova aurait veillé sur le pays, en dépit de son impuissance à agir à Pristina, contrôlée par l'armée serbe. Ce roman national se révèle toutefois de moins en moins mobilisateur. D'une part, la révélation des crimes commis contre les militants de la LDK de Rugova a mis à mal la fiction de l'unité politique des Albanais du Kosovo. D'autre part, les références à l'héroïsme du maquis ne suffisent plus à justifier la mise en coupe réglée du pays par les anciens guérilleros, souvent avec l'active complicité des fonctionnaires internationaux en mission sur place, tétanisés par le risque de violences (10).

Le TPIY a jugé plusieurs hauts responsables serbes, comme l'ancien vice-premier ministre Nikola Šainović ou l'ancien vice-ministre de l'intérieur Vlastimir Đorđević, tous deux condamnés à dix-huit ans de prison, respectivement en 2009 et 2014. En revanche, si le TPIY a inculpé plusieurs anciens commandants de l'UÇK, aucun n'a été inquiété définitivement, à l'exception de Haradin Bala, condamné à treize ans de prison en 2005 pour des crimes commis dans le camp de Llapushnik/Lapušnik durant l'été 1998. M. Fatmir Limaj, supérieur hiérarchique de Bala, a été arrêté en 2003, mais il a été acquitté deux ans plus tard. Rentré blanchi au Kosovo et auréolé d'une réputation de « martyr », il s'est aussitôt relancé en politique. La Mission européenne pour l'instauration de l'État de droit au Kosovo (Eulex) a certes ouvert une nouvelle procédure contre lui, pour le meurtre de sept prisonniers serbes et un albanais dans le village de Kleçkë/Klečka, mais il a de nouveau été acquitté en mai 2012.

Des familles de victimes sceptiques

La protection des témoins demeure un enjeu essentiel, comme le montre le cas de M. Ramush Haradinaj, charismatique commandant de la guérilla dans l'ouest du Kosovo. Inculpé en mars 2005, alors qu'il était premier ministre, il s'était immédiatement rendu à La Haye, mais avait été acquitté le 3 avril 2008. Ce verdict fut cassé le 21 juillet 2010 par la cour d'appel du TPIY, qui ordonna sa remise en détention en raison de soupçons de pressions sur des témoins. À quelques semaines de l'ouverture du premier procès, en février 2007, un témoin crucial, issu de la communauté rom du Kosovo, Kujtim Berisha, avait été fauché par une voiture dans une rue de Podgorica, au Monténégro. M. Haradinaj fut de nouveau acquitté en novembre 2012.

Menaces, chantage ou violences physiques ne sont pas réservés aux témoins eux-mêmes, mais s'étendent à leurs proches. Résultat : de nombreuses personnes entendues par l'accusation refusent de se présenter à l'audience ou se rétractent à la barre. Agim Zogaj devait témoigner dans le procès mené contre M. Limaj par la mission Eulex. Ancien chef de la police militaire de la 121e brigade de l'UÇK, il fut le chef de la prison clandestine de Kleçkë/Klečka, où plusieurs civils albanais et serbes auraient été détenus, torturés et assassinés en 1998 et 1999, sous les ordres de M. Limaj. Il a été retrouvé pendu dans un parc de Duisbourg, en Allemagne, le 27 septembre 2011. Même si l'hypothèse du suicide n'a pas été officiellement écartée, sa famille a dénoncé les très vives pressions dont il faisait l'objet (11). Le témoignage écrit qu'il a laissé, accablant pour M. Limaj, n'a pas été retenu par les juges.

Quelques semaines après M. Marty, le député monégasque Jean-Charles Gardetto présentait un rapport devant l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe sur ce sujet brûlant de la protection des témoins (12). Il nous déclarait alors que celle-ci était « particulièrement difficile » dans un petit pays comme le Kosovo, où tout le monde se connaît. Il jugeait illusoire de se contenter de réinstaller ces témoins dans d'autres villes et régions que les leurs, tandis que leur accueil dans des pays tiers ne pouvait guère être envisagé à grande échelle (13).

L'entrée en fonction des chambres spécialisées s'est longtemps fait attendre, alimentant les doutes. Seraient-elles en mesure de juger des responsables de premier plan ou ne feraient-elles comparaître que des exécutants ? Les premières mises en accusation sont de nature à dissiper ces craintes. Pour autant, les chambres spécialisées réussiront-elles là où le TPIY a échoué, en faisant reconnaître l'impérieuse nécessité de la justice transitionnelle ? M. Negoman Marić, responsable de l'association des familles des disparus serbes de Rahovec/Orahovac, a perdu toute confiance en la justice et n'accepte qu'à contrecœur de répondre aux questions des journalistes. Pour lui, ces arrestations arrivent trop tard, plus de vingt ans après les faits, alors que beaucoup de témoins ont disparu. Les inculpés accepteront-ils enfin de parler ? Des « initiés » et des « repentis » auront-ils le courage de témoigner ? La société du Kosovo a certainement encore beaucoup de chemin à faire pour se réconcilier avec son passé et accepter de reconnaître les crimes commis par certains au nom de la lutte de libération.

Voir en ligne : /2020/12/DERENS/62566

(1) Audience de première comparution, chambres spécialisées pour le Kosovo, La Haye, 28 septembre 2020.

(2) Dick Marty, « Le traitement inhumain de personnes et le trafic illicite d'organes humains au Kosovo », rapport n° 12462, Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, Strasbourg, 7 janvier 2011.

(3) Lire Jean-Arnault Dérens, « Au Kosovo, la “sale guerre” de l'UÇK », Le Monde diplomatique, mars 2011.

(4) « Human rights in Kosovo : As seen, as told », vol. II, 14 juin — 31 octobre 1999, OSCE, Vienne, 5 novembre 1999.

(5) Carla Del Ponte (avec Chuck Sudetic), La Traque, les criminels de guerre et moi, Éditions Héloïse d'Ormesson, Paris, 2009.

(6) Lire « Trafic d'organes au Kosovo : un rapport accablant », La valise diplomatique.

(7) Nathalie Duclos, Courtiers de la paix. Les vétérans au cœur du statebuilding international au Kosovo, CNRS Éditions, Paris, 2018.

(8) Sur le conflit, lire notre dossier en ligne « Vingt ans après, les plaies ouvertes du Kosovo », mars 2019.

(9) Cf. « Kosovo. Les fantômes d'une guerre de gauche », La Revue du crieur, n° 12, Paris, février 2019.

(10) Lire Ana Otašević, « Faillite de la mission européenne au Kosovo », Le Monde diplomatique, juin 2015.

(11) Jean Daville, « Crimes de guerre et protection des témoins au Kosovo : “Eulex m'a tuer” », Le Courrier des Balkans, 3 octobre 2011.

(12) « La protection des témoins : pierre angulaire de la justice et de la réconciliation dans les Balkans », résolution n° 1784 de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, 26 janvier 2011.

(13) Propos recueillis par Jean-Arnault Dérens, Le Courrier des Balkans, 26 janvier 2011.

We’re already living through journalism’s dystopian future

Signage of an AI data center is displayed during the MWC (Mobile World Congress), the world's biggest mobile fair, in Barcelona on March 3, 2025. Photo by Josep LAGO / AFP via Getty Images

This article was originally published by Truthout on Sept. 15, 2026. It is shared here under a  Creative Commons (CC BY-NC-ND 4.0) license.

If you are in San Francisco trying to follow the goings-on in your neighborhood or within city hall, you may have come across The Dissent. The website brands itself as “an AI newsroom” with work “reported, edited, and produced by named agents.” Its founder and publisher Dakota Carrasco — a real person, and, incidentally, an analyst at the notorious investment firm BlackRock — published text on the site’s “about” page saying, “Local journalism has been quietly consolidated and hollowed out.” Carrasco’s statement did not note the role of Carrasco’s own industry in that decline, nor did it acknowledge the irony in choosing this name for a website based on a technology that steals and repackages the intellectual output of others.

The Dissent’s website, which currently appears to be down, even included a masthead with bios for its non-human “staff” (the AI agents whose names appear alongside articles). Neighborhood “reporter” Casey Wong (who is not a real person) has a bio that reads, “I notice the texture of a block — who’s been here 30 years, who’s just moved in.” Of course, there’s no mention of how an AI agent might glean that information, but (actual) news outlet Mission Local has noted that, to fill its pages, The Dissent relies heavily on summarizing the work published in other sites by real human journalists.

Once, The San Francisco Standard reported, The Dissent did appear to follow up on a tip in a Reddit thread to break a story about a business closing, but “the agent appears to have hallucinated the claim that it had reached out to the owner for comment.”

The development of an AI newsroom in San Francisco, which is home to many of the tech billionaires attempting to reshape society, is certainly concerning for those of us who care about journalism. But The Dissent is not the only news outlet to have tried using AI to crib the journalism of real human workers. These AI newsrooms get a decent share of attention, and their harms are critical to point out. But they are also part of a broader problem: the undermining of how we share and receive factual information.

Earlier this year, Google made an announcement that could further destabilize the already precarious journalism industry by using its infamous search feature to prioritize AI summaries from Google Gemini, rather than directing people toward external links to news outlets like ours.

You might not have noticed the deep scale of this change, but you probably have noticed what writer Cory Doctorow refers to as the “enshittification” of Google search — the preponderance of spam, the push toward sponsored results, and the overwhelming sense that the internet no longer works the way it once did.

On June 9, when we sounded the alarm about the increased AI implementation within Google’s search function and the suppression of journalism that would surely result, it was too early to know exactly how much these changes would impact Truthout. Google had announced the changes on May 19 and we were still collecting data.

Before the change, our traffic from Google was 27 percent of our overall traffic: Exactly 2,604,280 people visited Truthout via Google in 2025. Given our experience with Facebook traffic abruptly declining by 90 percent in 2018, following sudden changes in the social media platform’s algorithm (including for example, Facebook’s decision to no longer regularly show Truthout’s posts to the more than 800,000 people who had followed Truthout’s page out of a desire to see them), it seemed reasonable to worry about losing as much as half our Google traffic. In our June op-ed, we wrote, “If even half of that 27 percent disappears, it will have a devastating impact on our journalism.”

At the time, we were hopeful that it wouldn’t be that bad. After all, wasn’t Google’s motto, “Don’t be evil”?

We later learned, however, that Google has quietly stepped back from its infamous motto, even removing it from the opening lines of its Code of Conduct while its parent company, Alphabet, Inc., ignores it entirely.

We now have three full months of data since Google’s change, and the numbers are worse than we anticipated. Overall readership that comes to Truthout through Google is down 54 percent against last year. The number of new readers who discover Truthout via Google searches is down 49 percent, and returning users from Google are down 51 percent.

We lost 15 percent of our readership overnight. This was a readership we painstakingly built over decades, and it vanished because Google chose corporate greed over a healthy democracy.

At Truthout, we anticipate a loss of roughly $500,000 in online revenue as a result of this massive traffic plunge in the next year alone.

We know Truthout is not the only news organization taking a massive hit amid Google’s abrupt decision to prioritize showing internet users AI summaries instead of relevant news articles. Our peers in independent media and beyond — including among grassroots base-building organizations that depend on traffic — are struggling to stay above water.

As we wrote when Google’s AI changes were first announced, nobody wants this. People have overwhelmingly said they’d rather not get their news through an AI chatbot, and they recognize that there’s a pretty good chance the information they get from chatbots is not accurate. In fact, U.S. voters dislike AI as a whole, poll after poll has found. But Big Tech is increasingly treating its users as potential sites of profit and subjects to be managed, rather than people looking for the information they need to function as informed members of society. And they’re able to get away with it because, for so long, the importance of factual information and the people who ensure we have access to it have both been devalued by our political and economic systems.

A dystopian infringement on our access to information isn’t just some looming threat — we’re actively living through it.

The repercussions of this devaluation become more relevant by the day. As people try to find and share truthful, accurate information about the many crises that have been unleashed on us — foodborne disease outbreaks, vaccine science, disasters induced by the climate crisis, and immigration policing raids in their communities, for starters — they may be greeted with a torrent of loose facts or outright disinformation. Corporate news outlets and those owned by billionaires have repeatedly shown their willingness to capitulate to Donald Trump. Paywalls and subscriptions, which some outlets need in order to survive, mean that critical reporting is put behind a fence. A dystopian infringement on our access to information isn’t just some looming threat — we’re actively living through it.

Journalism has always been a crucial node of democratic practice; after all, how can we make decisions about what our society should look like if we don’t actually know the facts of what’s happening around us?

The AI-ification of news is making that increasingly clear. When AI “news outlets” and AI summaries are not busy plagiarizing real journalists, they are often instead regurgitating information from company press releases.

Is this the future of news that we imagine? Can we trust a website created by a BlackRock analyst to accurately report on the company that employs him? Can we trust Google’s AI search to accurately tell us about privacy controversies concerning Gmail, or about safety ratings for Google-owned Waymo self-driving cars? Limiting our avenues for finding accurate, factual information is a real threat to democracy.

Yet we are rapidly tunneling toward that future. Searches on Google for the term “Google Zero” have increased by 190 percent. The term, coined by tech journalist Nilay Patel in 2024, imagines a time when Google acts solely as a direct answer machine instead of an index of the web. Using Google’s own tools to analyze Truthout’s traffic, we can see that traffic from Google is currently at “Google 46,” meaning that we’re now seeing only 46 percent of our pre-AI Google traffic numbers.

We’ve seen the way tech companies’ devaluation of journalism has impacted our ecosystem in the past. Eight years ago, Facebook made up over 40 percent of Truthout’s traffic. Over the last decade we’ve seen that number decline to under 3 percent — not because the urgency or professionalism of our journalism decreased in any way, but because Facebook decided to stop showing our articles to the people who had expressly signed up to read them. We know from our experience with Facebook that once democracy and journalism are in the crosshairs of corporate greed, circumstances only get worse. We fully expect to be staring down Google Zero in the next couple of years.

Given these mounting, overlapping AI crises, how can we take action? We’re the first to admit that sometimes, this issue can seem so overwhelming and all-encompassing that one’s first reaction is an assumption of inevitability. That line of thought goes: AI (even in its most damaging forms) is here to stay, so we must simply get used to it. However, this mindset is exactly what tech companies are counting on to fuel the AI takeover. Rejecting it is the first step to pushing back.

When it comes to Google Search and Google’s default reliance on AI summaries for news and information, a full recognition of the inadequacy and danger of the problem is urgently necessary. An AI summary drawn from a few mainstream sources — plus Reddit, Wikipedia, and corporate press releases — will inevitably leave out crucial truths and perspectives, particularly those of marginalized and oppressed groups, resistance movements, independent and firsthand sources, and those critical of the tech companies responsible for AI’s harms. Similarly, relying on Meta-promoted posts for the latest on what’s going on in the world places a crucial lever of democracy — our ability to read, process, and discern current events — firmly in the hands of the algorithm (and, thus, mega-powerful corporations).

What might a broad and honest recognition of these realities lead to? We imagine it might lead to a different way of reading the news: one that won’t look entirely unfamiliar. What if, instead of relying on notifications and scrolling, we returned to bookmarking our favorite news sites and reading their homepages each morning?

What if we discerningly subscribed to trusted news sources, whether over email or in print, and read their publications as a first-line route to information? What if we took care to read whole articles (not just headlines or quick videos) and then shared them with friends, accompanied by our own thoughts?

If the journalistic sources for influencers’ facts disappear, thanks to lost traffic and revenue, what are we left with?

It wasn’t long ago that these were standard practices for many of us in left and progressive circles. A mass return to longer, slower, more reflective reading is possible, and we can each consider our capacity to take it on, individually and among our circles of friends and colleagues.

This might also require us to take a critical look at our engagement with, and reliance on, influencers — including on the left. According to the American Press Institute, “More than half of all American teenagers and adults (57 percent) now report getting news and information from influencers at least sometimes, and fully 81 percent of those ages 13-17 report getting news and information from influencers.”

We don’t need to renounce our dependence on the thoughts and analysis of leftist social media icons we trust, but we do need to recognize that their information comes from somewhere: They draw from journalism — which generally comes from independent publications and news organizations that are staffed and resourced — in order to provide their commentaries. If the journalistic sources for influencers’ facts disappear, thanks to lost traffic and revenue, what are we left with?

For individual readers, foundations, and concerned policy makers, the mandate in this department is clear: Supporting independent journalism is key to maintaining both day-to-day knowledge of the world and factual sources for research, both of which are essential to democracy.

There’s no magical shortcut, no silver-bullet strategy that will solve the dire threats to our society’s informational infrastructure. Material support for journalism outlets is necessary now, particularly as online readership tumbles off an AI-shaped cliff.

Of course, individual readers play a crucial role here. For institutional funders and potential major donors, we believe it’s worth assessing how journalism fits into your portfolios, and why liberal and progressive funding for this indispensable democratic puzzle piece has been consistently slashed, even as the right wing unabashedly bankrolls its own media.

If we all recognize that we have a stake in the looming threats to independent journalism’s very existence, it shouldn’t only affect our individual reading choices; it should also drive us toward collective action. Fortunately, the possibilities for mass movements abound, as people around the country rise up against Big Tech companies through diverse and creative channels.

Environmental justice activists, Indigenous rights organizers, rural communities, and even disgruntled former Trump supporters are banding together to oppose data centers, and in many places, they’re winning.

Child advocacy groups and impacted teens and caregivers drove the push that resulted in last month’s massive win against Meta, in which the company is instructed to make sweeping changes to its addiction-driving practices.

Rank-and-file workers are challenging AI from a labor vantage, and pushing their unions to act.

The more we can plug into these resistance efforts, the less inevitable an AI-dominated future becomes.

As a backlash against generative AI has spread across social media, even the most dominant platforms have acquiesced to a few changes. Corporate accountability activists are sounding the alarm on Big Tech’s runaway political spending, and are calling for renewed efforts to overturn Citizens United and implement state-level reforms. The more we can plug into these resistance efforts, the less inevitable an AI-dominated future becomes.

Finally, let’s allow ourselves to access our outrage at the injustice wrought by tech companies’ attacks on our rights, humanity, and any vestiges of remaining democracy. A recent study by Social Change Lab found that when it comes to AI, “the emotion most strongly associated with action was not fear or anxiety, but anger.”

Every week brings a new encroachment of AI into our lives. This is terrifying, but it should also be motivating: We all have a stake in this struggle. Don’t let AI take over our search results or our lives without a fight.

The knee heard ’round the world’

16 September 2026 at 16:18
Eric Reid and Colin Kaepernick of the San Francisco 49ers kneel on the sideline during the anthem, as free agent Nate Boyer stands, prior to the game against the San Diego Chargers at Qualcomm Stadium on September 1, 2016 in San Diego, California. Photo by Michael Zagaris/San Francisco 49ers/Getty Images

This story originally appeared in Truthdig on Sep. 15, 2026, and is shared with permission.

During the national anthem of the first three 2016 NFL preseason games, San Francisco 49ers quarterback Colin Kaepernick sat down on his team’s bench between two Gatorade coolers. Few noticed, and nobody made mention of the gesture until a Black reporter for NFL Network named Steve Wyche asked him about it following the third exhibition tilt, a home game against the Green Bay Packers. Wyche’s interview with Kaepernick put the quiet protest on newsfeeds across the country. Then, shortly after police shot and killed Alton Sterling and Philando Castile within a 48-hour period — Kaepernick and a teammate, safety Eric Reid, went a step further before the final preseason game on Sept. 1. Instead of sitting on the bench during the anthem, they took a knee. The rest is civil rights and sports history.

The story of Kaepernick’s life before and after that fateful stand is the subject of his new memoir, “The Perilous Fight,” co-written with Pulitzer Prize-winning journalist and author Nick Chiles. Kaepernick’s journey from a shy adoptee of color to white parents uninterested in exploring his Black experience, to a boldfaced protest icon is a singular American story, whose hinge moment came at the cusp of the Trump era. The book, which comes out tomorrow, will be available at most places where books are sold — but not Target. Kaepernick is boycotting the retailer over the company’s anti-diversity, equity and inclusion initiatives. I spoke with the author in late August. Our conversation has been edited for length and clarity. 

Truthdig: Beginning where the book begins, have you thought about what it means to be a public face for adopted children? 

Colin Kaepernick: It’s interesting, I didn’t actually hear much about adoption prior to the 2016 protest, which is when I got a surprising amount of letters and feedback from adoptees. It wasn’t immediately on my radar because being adopted is just life for me; like a regular Tuesday, right? But as more and more people reached out over the years, I’ve become mindful and intentional about showing the positive elements of it, but also the realities, and what it requires to work through all of it. Looking back, it’s natural this position came into my realm. I try to represent our community appropriately. 

How were you able to grow as a person at the University of Nevada-Reno?

I was fortunate to find the right relationships early on. Some I stumbled into, like the one with my roommate-teammate Virgil Green. He invited me to attend Second Baptist Church, which became a second home for me because Reno wasn’t overly welcoming to its small Black population either. The town’s historical nickname is “The Mississippi of the West.” Later on in college, another teammate, future Super Bowl champion Brandon Marshall, introduced me to the Kappas, an esteemed Divine Nine Black fraternity, which I didn’t even know we had because the campus population was so small. 

Former National Football League quarterback Colin Kaepernick speaks after receiving the newly-established ACLU Ralph Ellison Award for Defenders of Civil Rights and Civil Liberties in the Arts, Business, Science and Sports at the ACLU Awards Ceremony at Washington Hilton on July 24, 2026 in Washington, DC. (Photo by Paul Morigi/Getty Images)

One of the funniest moments in the book is your dad getting all worked up and questioning you because he thinks it’s an “Animal House” situation.

Yeah, Dad. Not the same thing at all. The Kappas gave me a great sense of community, and I’ll add one more to the mix. The Center is a multicultural campus spot where if you weren’t white, you could go hang out and relax. I made a lot of friends there as well. I had these three safe spaces where I could have conversations I never had [growing up] back in Turlock [California]. I explored ideas and concepts I hadn’t been exposed to previously, so even with the demands of football, college allowed me to grow and develop in important ways. 

I revisited your NFL highlight reels and will confess to forgetting how ahead of your time you were. Lamar Jackson and Josh Allen were certainly watching. Do you hope to reclaim yourself as a quarterback, because in many ways it’s been overshadowed and even memory-holed?

I became the 49ers’ starter in 2012, which is when you start to see a broader shift in the style of quarterback play towards what we see today. Mobile with a lot of movement, beat defenses with your arm and your legs. I’m proud of what I accomplished, but the league’s response to the protest itself is the reason my career isn’t remembered in the way it should be. The NFL did significant work to delegitimize the on-field performances to justify blackballing me.

Delegitimizing is an evenhanded way of describing it.

Yes, it’s a very kind word. There was a lot of work done on that front by the NFL, but what gets missed in all of it is that if I wasn’t the caliber of quarterback that I was, nobody would’ve cared. I know how good I was because a backup QB would’ve just been shuffled off the sidelines and it would’ve been the end of it. My success as a quarterback is precisely why the protest drove the NFL crazy. 

To me, the biggest surprise in “The Perilous Fight” is that your first protest in Houston was impromptu. What was it that hit you when the national anthem played? 

“We’re consistently seeing Black men killed by multiple cameras.”

At that point in time, there’d been a wave of police killings, year after year on a regular basis. By then, we’re also in a different era with social media. Historically, you look at the L.A. riots, which erupted only because someone happened to shoot video of Rodney King being beaten by LAPD. One person with a VHS camera. Today, we’re consistently seeing Black men killed by multiple cameras everyone carries around. These killings coincided with the reading and research I’d been doing to understand the historical context of police brutality. Walking onto the field for that 2016 game, playing “The Star-Spangled Banner” hadn’t crossed my mind. When I heard it I asked myself, what does this actually mean to you? 

Having a better understanding of the historical systems of oppression, as opposed to ‘one-off’ incidents, gave me a realization in that moment. What the United States purports to represent doesn’t represent me or a significant portion of the population. Why am I supposed to show pride in this? Steve Wyche caught me sitting in a third game, inquired, and I told him why. By the next day, the story had blown up well beyond sports media.

I joked at the time that you should offer to stand for “The Star-Spangled Banner” in exchange for playing the never-mentioned third verse.

Right, dig a little deeper and the question becomes: What is the actual intention of the national anthem? Why would I ever stand up for that? Absurd. To your point though, sure, if we’re going to ring it out in stadiums, play the full thing. Get it all out there. 

There’s a major public misconception about when you changed tactics in the final preseason game and decided to take a knee. The oft-told tale is that former Green Beret and NFL preseason player Nate Boyer convinced you and teammate Eric Reid to do so, but that isn’t what happened at all. How did Boyer become part of the narrative?

The story came out that way because Nate Boyer positioned it that way. It obviously wasn’t the case, it was Eric and I. As I note in the book, I was a Black guy in a national firestorm and, supposedly, I reached out to a white guy I didn’t know to come and advise me on what to do during the national anthem? Laughable. It was Reid’s idea. The really telling part is that nobody in the media questioned Boyer’s version of events. Why? Well, if it’s Boyer’s idea, it’s a more palpable narrative to make a lot of football fans nominally comfortable. 

“He was supposed to take a knee with us and then at the last minute decided not to.”

Eric and I had spoken to Nate beforehand, and he was supposed to take a knee with us and then at the last minute decided not to, which is its own situation altogether. It became a big decision for Eric and I. Should we combat this bogus story in real time, or do we stay with the protest message we’re trying to send? If the thing with Boyer becomes the focal point, then we’ve lost the impact we’re trying to achieve. We didn’t love seeing that narrative run rampant, but Eric and I decided it wasn’t the battle worth fighting. 

It’s a no-win situation, but Boyer’s story did steer the conversation in public circles to one of free speech, rather than police brutality, which are two very different topics.

Very different, indeed. How the protest is talked about through those two lenses was revealing then and remains so today. People who recognize what Eric and I were doing, see it as a protest against police killing Black people, the serious need to address that and systemic oppression more broadly. The free speech piece of it was always a deflection from the core issues at hand. 

Do you feel there’s a connective tissue from taking a knee to the mass public protests over the last decade, both the righteous ones following George Floyd’s murder, and opposite ones like Jan. 6? 

I’ve never thought about it that way. I mainly look at the anthem protest in terms of the wins we’ve had and the progress we’ve made, but also how much more work there is to do, especially given all the resistance to creating a fair and equitable society. How loud and vocal the other side of it has gotten over the last 10 years is both surprising and not at the same time. We’ve taken major steps back, but I’d rather have it all out in the open so we know what we’re up against. It’s valuable to know where it lies. 

Have you found the last decade disheartening?

At times for sure, but my hope is that the awful politics are part of a last-ditch effort. As far as where we’re at as a society, there’s a strong growing undercurrent of people saying “enough’s enough.” We’re heading in the right direction, but you have to weather the hard times. Keep playing offense in the storm. 

One savvy author’s move on your part is mentioning President Donald Trump as little as possible. I thought there would be more pronounced score-settling and was sincerely hoping you’d “motherfuck” the big man once or twice. Did you go back and forth at all about your impressive restraint?

Look, that man had a direct impact, working with NFL owners to blackball me. That exists, that’s real, so there is plenty I could say about him personally—

Wouldn’t it feel good just saying it out loud?  

Maybe, but I know in many ways that’s what they want. They want to be the center of the story and have relevance and influence in that way. Him in particular. There’s obviously a level of power and influence that comes with his position, but I don’t have to lean into that or accept it. I’m trying to stay focused on what’s most important. He doesn’t fit the bill. 

Given the nightmare CTE report that came out this week combined with distance from your playing days, does your brain thank you for missing out on a decade of head shots, even if your heart says otherwise?

It’s a both/and answer. There’s my love of playing football, nothing else like it, with its competitive nature, the camaraderie of a group of guys coming together to win. You put yourself through so much it makes success incredibly rewarding in ways you can’t find anywhere else. And yet, there are serious consequences. I haven’t even read this week’s report yet, but I remember the one where they had more than a hundred players and every single one of them had CTE except for one, a kicker I think. If you want to play, be a kicker. 

“In football, CTE is not an if, it’s a when.”

The physical consequences of football are real. My wife, Nessa Diab, and I have asked the question so many families are asking. If we have a son, will we let him play football? As a parent who knows the undeniable impact, I would like him to play other sports. In football, CTE is not an if, it’s a when. You don’t want to put your child in that situation. 

On a personal level, I played football for 20-plus years, so time will tell the damage done, but am I glad I saved myself some hits? Yes. Would I love to get back out on the field? Absolutely. 

You write about Jay-Z, who supported you on “Saturday Night Live,” then ignored you, later tried to co-opt you after Roc Nation partnered with the NFL, and then last summer, after the book was finished, called you out at Yankee Stadium. Do you think these will be the tabloid headlines to emerge out of “The Perilous Fight?”

I’m not sure, because there are so many different topical pieces in the book. Like the Nate Boyer story isn’t known, hasn’t been talked or written about, so I think there will be a good amount there. On the Jay-Z side, this is repetitive behavior that there’s been conversations about for quite a while. There may be some surprise around specific details, but Jay-Z’s overall actions won’t be shocking to anyone who has paid attention. 

As noted in “The Perilous Fight,” you do not watch the NFL at all, but I’m curious if you’ve seen clips of Eminem taking a knee during the halftime show of Super Bowl LVI?

I had friends text me about it, but I’ve never seen it because I don’t engage. I hope solidarity is the case. And if so, while I don’t love anyone who is now doing the Super Bowl show because of the Jay-Z deal, I appreciate the sentiment. 

Finally, looking back, can you believe how the last 10 years have played out? How you became a monumental public figure — and all of the fallout that came along with it — for a generally mild act of protest against an ongoing life-and-death problem for communities of color? It’s mind-blowing, no?  

It really speaks to the fragility of a certain portion of society. In basic form, I’m protesting police killing Black people. The flip side of resistance to this simple human concept is — what? Police should be killing Black people? Yes, I’ve been in the center spotlight, but I’m also part of a larger movement of people publicly screaming, “Hey, you shouldn’t be killing us!”

It’s the lowest of bars to get over.

Présentation des artistes

16 September 2026 at 13:50

Pierre Assemat (Œildepierre). Le photographe indépendant installé dans le département du Tarn s'adonne à un large éventail d'activités : reportages et photographie en studio, pour des particuliers, des entreprises ou des collectivités. Il enseigne, aussi. Sa série Port du masque obligatoire (PMO), réalisée entre mars 2020 et octobre 2022, alors que sévissait la pandémie de Covid-19, est une tentative d'introduire de la distance entre la réalité des événements et les émotions ressenties par la plupart. Des représentations douces-amères pour cultiver le sens de l'humour et de la dérision.

Mikiko Kumazawa. Originaire de la préfecture d'Aichi et installée à Tokyo, où elle enseigne à l'université d'art de Musashino, dont elle est diplômée, l'artiste excelle dans la composition de scènes chaotiques d'une grande densité. S'y entrechoquent des éléments du quotidien et de l'extraordinaire, clins d'œil malicieux et représentations horrifiques. Son dessin infiniment minutieux confère une énergie frénétique à ces œuvres de grande taille.

Joschi Herczeg. Né à Bâle, le photographe a étudié à Londres, Prague et Sydney. Depuis 2008, il travaille au sein du collectif d'artistes JocJonJosch tout en développant ses propres réalisations, dont le projet Explosions, démarré à la fin des années 2000. La synchronie entre appareil photo et matière explosive lui permet d'interroger le temps, le chaos et l'entropie. « La plupart des explosions que je réalise aujourd'hui s'effectuent en groupe, sous forme de rituels performatifs au cours desquels les participants se libèrent de sentiments indésirables ou de choses qui leur pèsent, et s'ouvrent à la nouveauté, explique-t-il. Ils font exploser des objets qu'ils ont eux-mêmes fabriqués. Les images qui en résultent sont le symbole de cette libération. »

Yael Martínez. Originaire de l'État du Guerrero, au Mexique, le photographe explore ce qui fragmente son pays, et plus largement le continent latino-américain. Son œuvre, profondément humaine, se situe à la confluence du documentaire et du conceptuel. Luciérnagas (Lucioles), la série ici présentée, a vu le jour après la disparition de trois membres de sa famille. Elle se compose de photographies nocturnes traversées par la lumière — les images sont perforées et rétroéclairées —, chaque point lumineux représentant une vie, une absence, un souvenir : tout ce qui ne peut être saisi directement par l'appareil. Depuis 2024, Yael Martínez est membre de l'agence Magnum.

Voir en ligne : /mav/208/A/69757

Au rythme des trèves

15 September 2026 at 18:04

Création originale pour « Manière de voir »

« Ce qui m'intéresse, c'est une manière de raconter les histoires avec des images qui s'insèrent dans un récit mais peuvent aussi fonctionner indépendamment », explique Bademjan — aubergine, en français — un artiste iranien de 32 ans. Des images comme autant d'idées autonomes qui ensemble, articulent un propos structuré.

Basé à Téhéran, Bademjan dessinait « constamment » enfant, et s'il s'intéresse à l'animation et à l'illustration au lycée, c'est finalement la peinture qu'il étudie à l'université. « Je n'ai jamais décidé d'être un auteur de bande dessinées : cela correspond simplement à ma manière de penser et de raconter des histoires », précise-t-il. S'il a existé une tradition de magazines satiriques illustrés dans le pays, c'est surtout via Internet et les réseaux sociaux que les auteurs et autrices actuels font circuler leurs œuvres. Bademjan, lui, se sent proche d'artistes qui mêlent peinture, bande dessinée et illustration plutôt que de traiter séparément ces disciplines, de Shel Silverstein à Jaakko Pallasvu, en passant par Marjane Satrapi, Turner, Goya ou Jafar Panahi. « Toutes ces influences se recoupent dans une certaine mesure : l'observation de la vie quotidienne, l'humour, la politique, la place de la ville, et la possibilité de raconter des histoires avec des images relativement simples. »

« Il est difficile de faire des plans à long terme en Iran, parce que les circonstances peuvent changer très vite. J'essaie de continuer à apprendre et à faire le meilleur travail possible tant que je le peux », confie-t-il. Quant à la guerre, « comme beaucoup d'Iraniens, j'espère voir un futur avec moins de violence et plus de liberté. Mais ce qui me préoccupe le plus, c'est le sort des gens ordinaires : alors qu'ils n'ont que peu de prise sur les décisions, ils en payent toujours le prix le plus élevé. »

Voir en ligne : /mav/209/BADEMJAN/69913

La passion d'un peuple

15 September 2026 at 18:03

Genre majeur en Iran, la poésie transcende les classes sociales et les niveaux d'instruction. Au fil de cette livraison de « Manière de voir », le lecteur pourra découvrir des auteurs classiques, renommés, reconnus, anciens ou contemporains, et prendre la mesure de ce qui constitue le ciment emblématique d'une nation.

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« La gloire de l'Iran a toujours été sa culture », a écrit Richard Nelson Frye (1920-2014) (1). Nul doute que l'éminent philologue américain aurait acquiescé à une variante de cette affirmation : la gloire de l'Iran sera toujours sa poésie. Rares sont, en effet, les pays où la vénération pour cet art est aussi répandue. Il ne s'agit pas ici seulement de goûts littéraires plus ou moins élitistes ou de versifications par amour des joutes orales comme cela est fréquent dans le monde arabe voisin. De Téhéran à Tabriz, dans les grands centres urbains comme dans les villages les plus éloignés, c'est une manière d'être et de vivre. L'ADN d'un peuple fier de son héritage culturel.

Nicolas Bouvier le raconte bien dans son célèbre livre L'Usage du monde (dernière édition : La Découverte, Paris, 2014). En 1953, après la Yougoslavie et la Turquie, il traverse l'Iran en compagnie de son ami, le peintre Thierry Vernet, dont les dessins illustrent l'ouvrage. En chemin, ils demandent à un calligraphe d'inscrire un quatrain du grand poète Hafez sur la portière gauche de leur Fiat Topolino. Des vers que tout voyageur se devrait de connaître : « Même si l'abri de ta nuit est peu sûr / Et ton but encore lointain / Sache qu'il n'existe pas de chemin sans terme. Ne sois pas triste. » L'inscription s'avérera un précieux viatique, comme le raconte l'écrivain voyageur : « Retrouvé, aux étapes, ces meutes de curieux serrés autour de la voiture, et le flic qui déchiffre laborieusement sur notre portière cette inscription qui pourrait être subversive. Dès le second vers, le public enchaîne en chœur, l'exercice se transforme en récitation murmurante, les visages grêlés s'éclairent et les verres de thé qu'il était, tout à l'heure, impossible d'obtenir surgissent comme par enchantement. » Et d'ajouter ceci : « Pendant des mois cette inscription nous servit de sésame et de sauvegarde dans des coins du pays où l'on n'a guère sujet d'aimer l'étranger. »

Quels que soient le milieu social, l'appartenance ethnique et les idées politiques, le she'r e farsi, la poésie iranienne, l'une des plus anciennes du monde, irrigue la vie quotidienne par sa puissance évocatrice. Si le Coran est plutôt sévère avec les poètes, le régime n'a jamais cherché à interdire la poésie, y compris celle de la période antéislamique, et il se dit même que l'ancien Guide Ali Khamenei en était un grand amateur. Aujourd'hui, des applications permettent de recevoir chaque jour sur son téléphone des poèmes que l'on commentera à son gré sur les forums et les réseaux sociaux. Le célèbre Divan de Hafez, que toute famille se doit de posséder, permet, via la pratique du fal-e Hafez, de prendre une décision ou de trouver une réponse à ses questions les plus matérielles ou les plus intimes en ouvrant le recueil au hasard pour s'en inspirer. On peut aussi se rendre à Chiraz pour consulter un falgir, à la fois conteur et oracle, capable de réciter par cœur toute l'œuvre du poète, pour savoir ce que l'avenir réserve grâce à son interprétation de tel ou tel vers choisi au hasard.

Les poèmes pour forger des slogans

Ce rapport « quasi hystérique » à la poésie, selon l'essayiste Daryush Shayegan (2), est aussi un fait politique (3). Depuis des siècles, et plus encore depuis l'avènement de la République islamique, les poèmes sont une matière pour forger des slogans, imaginer des graffitis ou concevoir des métaphores engagées. Le Livre des rois de Ferdowsi (934-1020), les quatrains d'Omar Khayyam (1048-1131), les envolées mystiques de Jalal Ad-Din Rumi (1207-1273) et l'humanisme de Sadi (1213-1292), sans oublier les œuvres de poètes contemporains — dont un certain nombre sont passés par la case prison —, sont autant de matériaux dont la contestation s'empare — en les renouvelant ou en les adaptant au besoin — afin de défier l'ordre et de contourner la censure. Les mots « nuit », « feu », « lumière », « hiver » et même « floraison » ont leurs significations politiques, et chaque vers peut présenter plusieurs sens. « Souviens-toi de la bougie éteinte, souviens-toi », écrivit le grand linguiste Ali Akbar Dehkhoda (1879-1959) en hommage à un ami journaliste exécuté en 1908, quand la monarchie réprimait les partisans d'une modernisation politique du pays (4). La référence à la bougie demeure une constante dans les marches contestatrices ou durant les obsèques des victimes tombées sous les balles de la répression. Nul ne sait quel sort attend l'Iran mais une chose est certaine, la poésie y règnera toujours.

(1). Richard Nelson Frye, Greater Iran : A 20th-Century Odyssey, Mazda Publisher, Costa Mesa (Californie, États-Unis), 2005. (2). Daryush Shayegan, L'Âme poétique persane, Albin Michel, Paris, 2017. (3). Cf. Nasim Vahabi, « Iran. La poésie, bande originale des révoltes populaires », Orient XXI, 28 décembre 2023. (4). Cité par Nasim Vahabi, ibid.

Voir en ligne : /mav/209/BELKAID/69917

Ôter ses œillères, comprendre un pays

« Axe du mal » ou « axe de la résistance » ? On fustige ou on soutient l'Iran, son système politique comme son non-alignement. Pourtant, manichéisme ou « campisme » interdisent de saisir la viscosité des questions géopolitiques et l'âpreté du quotidien des Iraniens. La marche singulière de cette nation insubordonnée invite à interroger les certitudes, oublier les préjugés et repérer les subterfuges.

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Pooya Aryanpour //// « Gone With the Wind » (Parti avec le vent), vue d'ensemble, exposition au sein de la sucrerie de Kahrizak, Téhéran, 2022
© Pooya Aryanpour - Dastan Gallery

Le premier piège lorsque l'on s'intéresse à la République islamique d'Iran consiste à s'arrêter au second terme. Ou de ne voir dans son drapeau, choisi après la révolution de 1979, qu'« Allah » calligraphié en son centre sous la forme d'une tulipe, symbole des « martyrs ». Sous le régime du chah (1941-1979), l'absence de libertés, la répression et le contrôle de la vie publique limitaient fortement l'expression des revendications sociales. Dans ces conditions, l'islam est devenu un ciment révolutionnaire, une sorte de bélier politique et social enfonçant les murailles de l'ancien régime impérial. Le clergé chiite était partagé entre une fraction proche du pouvoir en place et une autre qui jouait un rôle de contre-pouvoir. Aujourd'hui, il occupe sans conteste une place atypique dans l'appareil d'État. Mais cette forme d'islam politique n'a guère à voir avec ses avatars contemporains, notamment dans la sphère sunnite, issus de lectures rigoristes et ultraconservatrices du Coran. Et elle a perdu beaucoup de sa force de cohésion idéologique des premières années.

Pour le penseur révolutionnaire Ali Shariati (1933-1977), la spiritualité éveillait d'autant plus les consciences qu'elle portait en elle une émancipation : la quête de liberté des plus pauvres qui alimenta la dynamique révolutionnaire. Mais le mouvement social porté par l'islam devait éviter toute institutionnalisation. Loin de prôner la résignation ou le fatalisme social, le premier Guide, Rouhollah Khomeiny (1900-1989), s'appuyait, lui, sur les principes de l'islam non pour refuser la modernité, mais pour trouver un chemin propre à son pays. Il a théorisé son modèle de pouvoir par le velayat-e-faqih, qui inspire la Constitution de décembre 1979 : une sorte d'« État de droit islamique », fondé sur la primauté d'un juriste-théologien, un « sage » religieux, dont l'érudition doit permettre de puiser dans les textes islamiques les fondements de ses arbitrages entre les composantes du pouvoir temporel. Mais, dans la pratique, les sources juridiques sont plurielles.

Car, sous la gouverne des clercs, la révolution de 1979 accélère la construction d'institutions modernes, paradoxalement de plus en plus sécularisées, comme la société. En revanche, si la nouvelle Constitution voulue par Khomeiny accorde une place importante à la souveraineté du peuple, celle-ci s'exerce par un suffrage universel… sous contrôle. En dernier ressort, le clergé s'est arrogé de nombreux pouvoirs, dont celui de sélectionner les candidats et de contrôler les élus (lire « Un pluralisme en trompe-l'œil »). Toutefois, parler de théocratie serait accepter la fiction qui fait officiellement du Guide un régent, le représentant du douzième imam le temps de son « occultation », entamée en 874. Les motivations de ses orientations appartiennent évidemment au profane et témoignent des luttes de pouvoir.

Assurer une continuité symbolique

La répression des mouvements sociaux, dès les premières années, signale l'abandon des idéaux de justice sociale et de liberté. La fin de la guerre Iran-Irak, en 1988, parachève le verrouillage de la société. Avec la nomination du second Guide, Ali Khamenei, en 1989, l'érudition a semblé moins compter que l'intrication, voire la compromission dans le premier cercle des décideurs. Autant de critiques redoublées après la nomination de son fils Mojtaba, à la suite de son assassinat revendiqué par Israël le 28 février dernier. Certes, ce choix de l'Assemblée des experts (tous religieux) visait à assurer une continuité symbolique du système, mais au risque de voir émerger une logique dynastique, alors que la force des institutions nées de la révolution tient à une dilution des pouvoirs. Cette dernière relativise d'ailleurs l'impact de l'élimination de nombreux chefs politiques ou militaires, contrairement à ce qu'imaginaient probablement les dirigeants aventuristes israéliens et américains.

Chez de nombreux progressistes et surtout au Maghreb, en Afrique ou en Amérique latine, les sanctions occidentales sous la dictée des États-Unis et les critiques du « régime » de Téhéran vaudraient comme autant de preuves de sa bravoure, le prix de son indépendance, un gage de vertu. Si elle a échappé à la colonisation, la Perse se bat, il est vrai, depuis le milieu du XIXe siècle contre les ingérences étrangères. Seule la mobilisation de sa population lui a permis de s'extraire du Grand Jeu qui opposait Russes et Britanniques pour le contrôle de la région, durant la guerre de l'hiver 1856-1857 par exemple, ou la révolte du tabac de 1890. Cette dernière dessine d'ailleurs une trame familière à tant de peuples vassalisés : un pouvoir politique autocratique, aux mains du chah Naser Al-Din Qajar, octroie à une compagnie britannique le monopole de la culture, de la vente et de l'exportation du tabac. Les marchands et le clergé protestent en vain jusqu'à la fatwa du grand ayatollah Mirza Hassan Shirazi, qui interdit la consommation de tabac. Manifestations et boycott obligent en définitive le chah à renoncer à cette concession britannique en 1892.

Double discours occidental

Le coup d'État anglo-américain de 1953 ou le large soutien économique et militaire reçu par Saddam Hussein (ex-URSS, États-Unis, France, pays du Golfe, etc.) durant la guerre Iran-Irak (1980-1988) ont inoculé une méfiance vis-à-vis des grandes puissances. Le double discours occidental actuel devient limpide quand on rappelle que le programme nucléaire a été lancé dans les années 1970 par le chah… avec l'aide des Américains, des Allemands et des Français. Les revendications iraniennes sur le golfe Arabo-Persique ne posaient pas de problèmes quand « notre ami » Mohammad Reza Pahlavi étendait les eaux territoriales de son pays, en 1959, ou s'empressait de prendre le contrôle de trois îles stratégiques proches du détroit d'Ormuz lors du départ des Britanniques de la région en 1971. Rien de neuf dans les revendications actuelles : le rôle-clé du Golfe pour le commerce maritime et les relations internationales est documenté depuis plusieurs millénaires.

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Pooya Aryanpour //// « Gone With the Wind » (Parti avec le vent), détail, exposition au sein de l'usine sucrière de Kahrizak, Téhéran, 2022
© Pooya Aryanpour - Dastan Gallery

Pastichée par l'impérialisme débridé de M. Donald Trump, l'animosité belliciste des États-Unis — dont les dépenses militaires représentaient en 2025 cent vingt-huit fois celles de l'Iran — ne justifie pas pour autant qu'un gouvernement tire sur les manifestants, pourchasse les femmes libres, ses opposants, ses artistes, propose une rançon pour la mort de l'écrivain Salman Rushdie, liquide bien d'autres auteurs moins célèbres en Occident, censure et contrôle la presse, sanctionne étudiants, enseignants, syndicalistes ou recoure massivement à la peine de mort (2 159 exécutions en 2025 selon Amnesty International). Le « campisme », ou le choix binaire d'un camp, conduit aussi certains à ne pas voir la nature profondément néolibérale, inégalitaire et oligarchique de l'économie iranienne, ou à ignorer tous ces jeunes qui « votent avec leurs pieds » et émigrent. Cette fuite des cerveaux dilapide un important capital humain et scientifique difficilement acquis, grâce à la généralisation de l'accès à l'éducation, à la construction de nombreuses écoles et à la démocratisation de l'enseignement supérieur, notamment au bénéfice des filles, qui représentent aujourd'hui près de 60 % des étudiants. La rhétorique antioccidentale égare également nombre d'observateurs, qui en font une lecture littérale, ignorant l'ambivalence des sentiments partagés jusqu'au sommet du pouvoir. Les enfants des dignitaires ne font pas leurs études en Chine ou en Russie, mais en Europe et aux États-Unis. Et pour éliminer Saddam Hussein en 2003 ou combattre l'Organisation de l'État islamique (OEI) entre 2014 et 2019, les Occidentaux ont pu compter sur la complicité de Téhéran.

Téhéran seul face à ses ennemis

Sans surprise, Israël et les États-Unis ont tenté d'embarquer une partie des forces kurdes iraniennes dans leur croisade, espérant peut-être que cette minorité lance une nouvelle rébellion comme celle qui fut écrasée après 1979 (lire l'article page 45). Il faudrait davantage que des incursions locales pour prendre le contrôle d'un pays grand comme trois fois la France. La diversité ethnolinguistique des plus de 90 millions d'habitants est trop souvent présentée comme une faiblesse. Certes, un peu plus de la moitié de la population seulement est d'origine persane (indo-européenne), les turcophones (Azéris, Turkmènes, Afsharis…) représentent près du tiers, le restant se répartit entre Kurdes, Arabes, Baloutches, Lors, Assyro-Chaldéens, Bakhtiaris, Gilakis, Arméniens, etc. Le persan, ou farsi, joue toutefois de longue date le rôle d'une lingua franca, un lien commun et d'échange vers les pays ou populations persanophones (en Afghanistan, au Tadjikistan, et ailleurs en Asie centrale). Inscrite dans une histoire plurimillénaire, cette civilisation a produit un sentiment d'appartenance, un nationalisme qui dépasse les divergences d'intérêt, d'origine ou d'opinion. On le perçoit notamment dans le rôle de la culture, de la littérature, et particulièrement de la poésie (lire l'article page 15). Partagé par près de 90 % de la population, l'islam chiite contribue également à forger une communauté de destin, héritée de l'époque safavide, lorsque le chiisme duodécimain fut érigé en religion d'État.

Plus délicate encore apparaît la perception du positionnement géopolitique de la République islamique. Elle participe à l'Organisation de coopération de Shanghaï (OCS) — très souple —, dialogue avec la Russie et la Chine, vend des drones à la première et achète beaucoup d'électronique à la seconde. Mais aucune alliance ne vient sceller cette entente « amicale », et non désintéressée. Téhéran est seul pour faire face à ses ennemis, la volonté d'indépendance demeurant l'une des seules revendications fondamentales de 1979 qui subsistent encore aujourd'hui.

Depuis, une nuée d'articles annoncent régulièrement une « exportation de la révolution », mais négligent les divergences culturelles ou religieuses qui l'empêchent. Les dirigeants iraniens ont beau jeu de rappeler que leur pays n'a jamais envahi ses voisins et ne fait que répondre aux agressions. Ils ont néanmoins construit un réseau de complices, ou de comparses, le plus souvent liés par une position dissidente au sein de l'islam : chiites d'Irak, du Liban (Hezbollah) ou d'Afghanistan, houthistes du Yémen, alaouites de Syrie, mais aussi sunnites du Hamas ou du Djihad islamique à Gaza, voire laïques du Front populaire de libération de la Palestine. Cet « axe de la résistance » à l'impérialisme d'Israël et des États-Unis comprend une dimension militaire, régulièrement à l'œuvre dans le conflit asymétrique ces derniers mois. Mais il a été ébranlé par la chute du régime syrien de M. Bachar Al-Assad et produit sans doute autant d'hostilité que de crainte dans le monde arabe.

En politique, le brouillage atteint son paroxysme. Les réformateurs ne sont pas nécessairement « de gauche » — certains sont ultralibéraux — et les conservateurs « de droite ». Même les politiques « sociales » attribuées au président (conservateur) Mahmoud Ahmadinejad, sur le logement notamment, sont inspirées par une approche libérale de l'économie. L'État social construit avec peine recule dans la santé, l'éducation, partout. Les audaces redistributives des premières années apparaissent bien lointaines. Les journaux réformateurs critiquent la Chine ou la Russie, mais cela ne les empêche pas d'appeler à serrer les coudes sous les bombardements.

Le mystère le plus difficile à percer tient au nucléaire. L'Iran a toujours déclaré vouloir développer un programme civil sans acquérir la bombe, une fatwa d'Ali Khameinei l'interdit d'ailleurs. Mais alors, pourquoi signer le traité de non-prolifération tout en produisant un uranium enrichi à 60 %, bien au-delà des besoins d'un programme électronucléaire civil ? Ambiguïté stratégique ? Dissimulation ? Cette volonté d'arriver au seuil de la maîtrise de la bombe fournit depuis plus de vingt ans le prétexte idéal à Israël et aux États-Unis pour s'agiter. Mais ne pas franchir ce seuil conduit à renoncer aux moyens de dissuader les agressions.

Les interventions constantes des États-Unis et la confrontation permanente voulue par Israël prolongent une logique de domination par la force aux relents colonialistes. Elles attisent les tensions régionales pour imposer un ordre injuste du monde qui fait le jeu des pouvoirs autoritaires. L'histoire contemporaine du peuple iranien se confond ainsi avec celle des ingérences étrangères et d'une double confiscation — intérieure et extérieure — de son aspiration à choisir librement et démocratiquement son destin.

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Une folle guerre, asymétrique et intermittente

Avec l'agression militaire du 13 juin 2025, relancée le 28 février 2026 par Israël et les États-Unis, éclot une guerre restée larvée depuis 1979. La tournure insolite que prend le conflit au fil des mois nécessiterait d'ouvrir un nouveau chapitre dans les ouvrages de polémologie. Amateurisme viriliste d'un côté, art de la dissimulation et de la survie de l'autre, les évidences ne dispensent pas d'identifier les impasses.

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Hossein Norouzian ////
Trois livres sont représentés sur l'affiche : en arrière-plan se trouvent le Coran avec la couverture bleue et la Constitution, tandis qu'au premier plan le « Livre de la liberté » est entre les mains d'une personne portant une épingle à nourrice, symbole de la pauvreté du peuple. En bas sont reproduits des slogans révolutionnaires tagués à la craie ou à la bombe sur les murs de Téhéran. De haut en bas : « Mort à Bakhtyâr, laquais inféodé », « Vive les moudjahidins de l'armée de l'air », « Technicien de l'aviation, tu es la lumière de nos yeux », « Mort au sionisme » figurant près d'une étoile de David, « Fruit de l'impérialisme » attaché au drapeau des États-Unis et enfin « Mort au chah » pour lequel le mot « roi » est écrit à l'envers afin de montrer qu'il est déchu, 1978. © Hossein Norouzian

De « triomphe » en « triomphe », l'Amérique s'enlise une nouvelle fois au Proche-Orient. Toute escarmouche dans la région prenant une dimension géopolitique majeure — compte tenu des réserves d'hydrocarbures qu'elle recèle —, les combats intermittents et le blocage du détroit d'Ormuz entraînent une tempête dans l'économie mondiale. Et la circonspection dans le restant du monde.

La supériorité militaire apporte rarement de bons conseils. L'ivresse de la force, doublée d'une vanité hors du commun, a conduit le président Donald Trump à s'affranchir de toute expertise non martiale, à ignorer les leçons de l'histoire contemporaine qu'il prétendait naguère enseigner et à oublier la géographie. Le 24 août 2026, quatorze mois après avoir lancé ses premiers bombardiers pour détruire les installations nucléaires iraniennes, il avouait à sa manière la déroute : retour à la politique de sanctions économiques pratiquées depuis la révolution islamique de 1979… Le secrétaire au Trésor Scott Bessent menaçait même de sanctions secondaires les partenaires commerciaux de Téhéran.

M. Trump doit se fâcher contre son complice israélien, qui continue de bombarder le Liban à sa guise et fait détruire les habitations au sud du fleuve Litani

Déjà, la « guerre des douze jours » — du 13 au 24 juin 2025 — laissait beaucoup de questions sans réponse. Le programme d'enrichissement d'uranium était-il vraiment proche de déboucher sur une capacité à produire une bombe nucléaire, comme le serine M. Benyamin Netanyahou depuis… déjà trois décennies ? Les destructions y mettaient-elles vraiment fin ? La structure du pouvoir était-elle ébranlée au point de rendre possible un renversement ? Des échanges de bombes, de missiles et de drones remplaçaient-ils des combats et des conquêtes au sol ?

L'épisode a probablement conforté le premier ministre israélien dans sa conviction qu'il pouvait mener le président des États-Unis par le bout du nez (lire « Quand Israël entraîne les États-Unis »). L'explication fournie par le secrétaire d'État (ministre des affaires étrangères) pour justifier les bombardements « préventifs » lancés à partir du 28 février attestait le malaise : « Nous savions qu'une action israélienne allait avoir lieu, nous savions qu'elle déclencherait une attaque contre les forces américaines et nous savions que, si nous ne frappions pas de manière préventive avant le lancement de ces attaques, nous subirions davantage de pertes », avouait sans fard M. Marco Rubio le 2 mars (1).

L'Iran peut compliquer le trafic maritime

Téhéran n'avait les moyens d'intercepter ni les avions ni les missiles, ni même semble-t-il de déjouer les attaques ciblées contre les plus hauts responsables civils et militaires, et principalement le Guide suprême Ali Khamenei, tué par des bombes israéliennes dès le 28 février. Toutefois, comme le sait tout étudiant de première année en science politique, l'Iran peut sérieusement compliquer le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz… Tirant les leçons de la guerre des villes contre l'Irak dans les années 1980, Téhéran a développé un programme balistique robuste, disséminé et non négociable, dont il a tiré le meilleur parti.

L'inversion du rapport du fort au faible fut telle qu'aucune monarchie du Golfe n'osa utiliser aux côtés de l'allié américain son arsenal offensif, pourtant pléthorique et acquis chèrement auprès des Occidentaux. Quant aux moyens défensifs, et notamment les missiles américains Patriot, ils s'avèrent extrêmement coûteux et longs à fabriquer quand le voisin produit des drones légers par milliers. L'Iran a concentré ses attaques sur Israël et les bases américaines de la région. Mais ses militaires ont aussi fait comprendre que tout dérapage important visant les installations vitales (centrale électrique, raffinerie, usine de désalinisation, centrale nucléaire civile) ferait l'objet de rétorsions immédiates sur l'autre rive du Golfe, démontrant l'extrême fragilité de cette vie artificielle de gratte-ciel et de centre commerciaux construits au milieu du désert.

Le 8 avril, les deux camps acceptent un cessez-le-feu. M. Trump doit se fâcher contre son complice israélien, qui continue de bombarder le Liban à sa guise et fait détruire les habitations au sud du fleuve Litani, complétant la liste de crimes de guerre qui lui sont imputables. Les États-Unis, eux, n'ont atteint aucun des objectifs égrénés au fil des mois : Téhéran menace tout navire qui ne suit pas ses consignes ; la défense de la nation en danger consolide le pouvoir en place ; l'uranium enrichi à 60 % reste en Iran ; ses capacités balistiques paraissent peu touchées ; la prolifération nucléaire semble encouragée, et le pétrole est redevenu une arme de dissuasion. Enfin, à l'échelle régionale, houthistes, Hamas et Hezbollah demeurent aux commandes dans les zones qu'ils contrôlent. Commence alors une phase — inachevée — de « ni paix ni guerre » faite d'attaques sporadiques et de répliques immédiates entre deux annonces de progrès dans les négociations (lire ci-contre).

Celles-ci aboutissent le 17 juin au protocole d'accord d'Islamabad en quatorze points, signé électroniquement comme un vulgaire document immobilier par M. Trump depuis Versailles et par le président iranien Massoud Pezechkian depuis Téhéran. Très vite, même les élus républicains dénoncent une situation moins favorable qu'avant la guerre. La presse israélienne va jusqu'à évoquer une « capitulation » américaine. Le bilan humain provisoire serait de 3 400 morts en Iran à cette date (2) — sans compter les milliers de blessés —, de plus de 4 383 morts entre 2023 et juillet 2026 au Liban (3), de quelques dizaines chez leurs voisins arabes.

Israël reconnaît une soixantaine de morts après les attaques iraniennes ou du Hezbollah (4), mais censure toute information sur les dégâts matériels. L'« État juif », tel qu'il se proclame, s'est montré toujours plus fort, capable d'intervenir dans sept pays (5), mais aussi plus seul et illégitime que jamais. Les États-Unis déplorent la perte de seulement dix-huit soldats, mais le crédit de la première puissance militaire mondiale s'est fortement dégradé. Les bases américaines semblent poser plus de problèmes de sécurité qu'apporter des solutions aux pays qui les accueillent. Le marché de l'énergie reste sous tension permanente, avec des hauts et des bas rythmés par les fanfaronnades du président américain, pour le plus grand profit des spéculateurs.

Un tel fiasco stratégique, diplomatique et économique conduit certains à évoquer une victoire des dirigeants iraniens. Ce serait oublier l'affaissement du pays et les ressorts intérieurs de leur maintien au pouvoir, pas si loin de ceux du président des États-Unis dans sa politique extérieure : rodomontades, verrouillage idéologique et logique de force pure. Les conservateurs de tout poil ont plus vocation à se faire la guerre qu'à s'unir.

Le sursaut national provoqué par l'agression n'efface pas la répression des dernières années. Le système de pouvoir a, certes, prouvé sa robustesse. Et permis l'émergence d'habiles négociateurs, capables d'ouverture politique, comme le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf ou le président de la République Pezechkian (voir le schéma page 37). Mais l'assassinat de Khamenei semble avoir renforcé autour de son fils — et successeur invisible — Mojtaba le poids des plus intransigeants envers leur peuple. Soit qu'ils appartiennent à une gérontocratie qui rappelle les derniers temps de l'ex-URSS — le président de l'Assemblée des experts a 95 ans, celui du Conseil des gardiens de la Constitution a 99 ans —, soit qu'ils doivent leur ascension à une fidélité sans faille à l'appareil d'État de la République islamique, comme le nouveau secrétaire du Conseil supérieur de la sécurité nationale, M. Mohsen Rezaï, qui commanda le Corps des gardiens de la révolution de 1981 à 1997 avant d'occuper plusieurs postes de haut rang.

Le Proche-Orient est paralysé. Ses habitants guettent le moindre accrochage comme chaque promesse des médiateurs. La Chine et la Russie savonnent la planche de M. Trump et ne goûtent guère les menaces de sanctions économiques secondaires. L'Europe se tait, quand elle ne se soumet pas au « grand frère ». Les citoyens du monde hésitent entre humour noir, colère et désespoir.

L'épisode a conforté le premier ministre israélien dans sa conviction qu'il pouvait mener le président des États-Unis par le bout du nez
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(1) « Secretary of State Marco Rubio remarks to press », département d'État américain, 2 mars 2026.

(2) « Islamic Republic of Iran : Humanitarian Update No. 06 », Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), 30 juin 2026.

(3) Sources : Ministère de la santé publique (Liban), et Organisation mondiale de la santé (OMS), « Health Brief », (PDF), 26 juillet.

(4) Christine Jeavans et Matt Murphy, « Thousands killed in US-Israeli war on Iran — but experts say true total may never be known », BBC, 19 juin 2026.

(5) Irak, Iran, Liban, Qatar, Syrie, Tunisie et Yémen, sans oublier la campagne génocidaire à Gaza et des opérations militaires en Cisjordanie.

Un pluralisme en trompe-l'œil

15 September 2026 at 18:03

Les Iraniens sont régulièrement invités à se déplacer dans les bureaux de vote pour élire leur maire, leur député et le président de la République. Mais, outre l'interdiction de partis politiques indépendants, le système demeure verrouillé en raison de l'implacable filtrage des candidats par le Conseil des gardiens de la Constitution.

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Jean Gaumy //// Agriculteurs près de Rasht, province de Guilan, Iran, 1986
© Jean Gaumy/Magnum Photos

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Bien que la République islamique d'Iran se distingue de nombre de régimes autoritaires voisins par son origine révolutionnaire et par le maintien d'institutions électives, ses dirigeants semblent aujourd'hui guidés par deux impératifs que ne renieraient pas certains autocrates arabes. Le premier est d'empêcher la remise en cause du système institutionnel (voir la carte « Institutions de la république islamique ») et d'assurer à n'importe quel prix la pérennité de la Jomhuriye Eslamiye Iran (« République islamique d'Iran »), instaurée après la révolution de 1979. Cela se traduit par l'absence de véritables partis politiques indépendants, par l'interdiction et la répression de nombreuses organisations d'opposition, ainsi que par des vagues d'arrestations et d'exécutions de leurs militants. Ces restrictions concernent aussi les organisations syndicales et les médias.

Dans ce cadre très contraint, le second impératif relève quant à lui de la nécessité de veiller aux apparences en admettant un certain pluralisme mais uniquement au sein d'un périmètre idéologique bien défini. Ce qui exclut, par exemple, un changement des institutions. Officiellement, la « voix du peuple » compte puisque les Iraniennes et les Iraniens désignent au suffrage universel leur président, leurs députés et leurs conseillers municipaux. Mais, en réalité, le système dominé par le clergé et placé sous l'autorité du Guide suprême oriente à son gré la vie publique grâce à plusieurs mécanismes de contrôle. À cet égard, l'élection, tous les quatre ans, d'un président de la République illustre à la perfection ce formalisme démocratique puisque personne ne peut être candidat sans l'aval du Conseil des gardiens de la Constitution (texte fondateur adopté par référendum le 3 décembre 1980, et modifié le 28 juillet 1989). Composé de six clercs et de six juristes, le Conseil, ou Shora-ye negahban-e qanun-e assassi, vérifie la conformité des lois avec la Constitution ou les préceptes de l'islam, et c'est lui qui décide qui peut se présenter sans avoir à fournir d'explications publiques sur le rejet de tel ou tel postulant. En somme, cette structure joue à la fois le rôle de Conseil constitutionnel et de commission de contrôle des listes électorales.

En 2013, année de l'élection du modéré Hassan Rohani, ce Conseil fit beaucoup parler de lui en rejetant la totalité des candidatures liées au camp des réformateurs, généralement plus favorables à l'ouverture vers l'Occident, à un assouplissement des restrictions sociétales et aux privatisations (les conservateurs, quant à eux, défendent davantage les normes religieuses et se montrent plus méfiants envers l'Occident, tout en soutenant des intérêts économiques puissants liés aux oligarques). C'est ainsi qu'Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, pourtant lui-même ancien président de la République (1989-1997), fut empêché de concourir. Dans le même temps, et peut-être par souci d'équilibre, le Conseil refusa aussi de permettre au vice-président sortant, l'ultraconservateur Esfandiar Rahim Mashaei, très proche du président Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013), de se présenter. En 2017, tandis que M. Rohani allait être réélu, ce fut au tour de M. Ahmadinejad de subir l'affront d'un refus de validation de sa candidature. À l'époque, les observateurs se perdirent en conjectures. Était-ce dû à la volonté du Guide suprême de la révolution Ali Khamenei d'empêcher le retour aux affaires d'un homme aux déclarations intempestives et dont les deux mandats (2005-2009 puis 2009-2013) furent marqués par un raidissement du régime et, surtout, par la dégradation des relations avec la plupart des pays occidentaux ? Quoi qu'il en soit, M. Ahmadinejad est, depuis cette date, systématiquement candidat aux scrutins présidentiels (2017, 2021 et 2024) sans jamais pouvoir obtenir le feu vert du Conseil.

Jeunes et femmes écartés

En 2021, il ne fut pas le seul à être écarté, puisque, comme en 2013, la majorité des candidats réformateurs furent priés de rester chez eux, y compris M. Mohsen Hachemi Rafsandjani, le fils de l'ancien président. Le Conseil provoqua aussi une polémique de grande ampleur en décidant de changer les règles officielles d'admission (âge, niveau d'études, etc.) à quelques jours seulement de la clôture des listes. Seuls ceux ayant entre 40 et 75 ans étant habilités à se présenter, cette manœuvre fut interprétée par les médias proches des réformateurs comme la volonté d'exclure le très jeune ministre sortant de l'information Mohammad-Javad Azari Jahromi.

Un autre aspect du tri des candidats à l'élection présidentielle illustre le caractère non démocratique de la République islamique. À ce jour, aucune femme n'a pu obtenir l'aval du Conseil. Cette fermeture intransigeante semble même dissuader les impétrantes. En 2017, elles étaient 137, toutes orientations politiques confondues, à déposer leur candidature. Ce nombre est tombé à 40 pour le scrutin de 2021 et… à 4 pour 2024, dont la députée de Téhéran Zohre Elahian. Pourquoi une telle exclusion alors que des Iraniennes sont élues au Majlis, l'Assemblée consultative islamique, même si, en moyenne, elles n'y constituent qu'entre 4 % et 6 % de l'ensemble des députés ? La question est posée avec insistance depuis la fin des années 1980 avec l'irruption, dans le champ politique, d'Iraniennes se revendiquant à la fois de la République islamique et du féminisme. Mme Faezeh Rafsandjani, fille cadette de l'ancien président et favorable à un rapprochement avec les États-Unis, a ainsi très tôt défendu l'idée que la loi ne pouvait empêcher les femmes de se présenter à la magistrature suprême : « Quelle est la différence entre la présidence de la République et la direction d'une administration [dirigée par une femme]  ? Aucune, déclarait-elle dans les colonnes du Monde diplomatique en 1996 (1) alors qu'elle venait d'être élue députée de Téhéran. Dans les deux cas, il s'agit d'une responsabilité exécutive. Alors pourquoi une femme ne pourrait-elle pas diriger le pays si elle peut être à la tête d'une administration ? (…) Ce n'est pas l'islam mais l'interprétation par le clergé de ses préceptes qui est à l'origine de l'interdiction des femmes à la magistrature. » Mme Azam Taleghani, ancienne députée et fille de l'ayatollah Mahmoud Taleghani, figure importante de la révolution de 1979, a combattu, elle aussi, cette restriction. Première Iranienne à déposer une candidature à l'élection présidentielle, en 1997, elle renouvela cette démarche à plusieurs reprises afin de contraindre le Conseil des gardiens à clarifier sa position. En 2017, elle résumait ainsi son combat : « Les femmes représentent 50 % de la population iranienne ; le pays mérite donc au moins une candidate. »

La bataille pour la licéité des candidatures féminines à l'élection présidentielle tourne autour de l'article 115 de la Constitution, qui exige que le président soit choisi parmi les rajol-e siasi. La traduction littérale de ces termes arabes équivaut à « homme(s) politique(s) ». Mais de nombreuses personnes en Iran, y compris des religieux, estiment que c'est sa définition plus large, autrement dit « personnalité(s) politique(s) », qui doit primer. Quoi qu'il en soit, le 13 septembre 2020, M. Abbas-Ali Kadkhodaei, alors porte-parole du Conseil, admettait dans une déclaration qu'il n'existe pas de disposition juridique formelle interdisant l'accès des femmes à la fonction suprême (2) : « Il ne s'agit pas à proprement parler d'interdictions légales, mais plutôt de considérations culturelles. Une femme pourrait accéder à la présidence un jour (3).  » Le scrutin de 2024 n'a pas confirmé cette prédiction. Peut-être sera-ce le cas en 2028 ?

« Où est mon vote ? »

Malgré les limites politiques de l'exercice (absence de partis politiques et d'organisations indépendantes, tri des candidats, absence des femmes), les dirigeants de la République islamique ont toujours présenté l'élection présidentielle comme une preuve de la légitimité du régime. Il est vrai que le déroulement des campagnes, avec profusion d'articles, des débats parfois musclés entre candidats et une multitude de sondages, tranche souvent avec les plébiscites peu surprenants auxquels on peut assister au Proche-Orient, notamment à l'époque des régimes baasistes en Irak et en Syrie, avec des présidents élus à plus de 95 % des suffrages… Mais au fil du temps, cet argument de la légitimité s'avère à double tranchant. En 2009, c'est pour protester contre le trucage du scrutin que des millions d'Iraniens ont défilé dans la rue malgré la répression, qui, selon un bilan officiel, a provoqué la mort de 109 personnes (plusieurs milliers, selon l'opposition à l'étranger). « Où est mon vote ? », clamaient les manifestants, accusant le régime d'avoir frauduleusement œuvré à la réélection de M. Ahmadinejad, ce dernier affirmant que le scrutin avait été « totalement libre » et qualifiant ses contempteurs de « racailles ».

Ce « mouvement vert », de la couleur de M. Mir Hossein Moussavi, principal adversaire de M. Ahmadinejad, a démontré les limites du système puisque ce dernier n'a pas eu d'autre choix que de truquer le scrutin pour empêcher la défaite du président sortant. Par son usage des réseaux sociaux, notamment Twitter (aujourd'hui X), il a inspiré d'autres vagues à travers le monde : les occupations populaires de places publiques à Madrid, New York ou Athènes, sans oublier les « printemps arabes » de 2011. Mais il a surtout constitué le point de départ d'une séquence qui demeure ouverte et qui se traduit souvent par le même enchaînement dramatique : colère populaire et manifestations — souvent liées à la dégradation de la situation économique —, répression sanglante, arrestations et jugements expéditifs parfois suivis d'exécutions. L'élection présidentielle de 2009 a aussi dégoûté un grand nombre d'Iraniens de la politique. Cette année-là, le taux de participation fut de 85 %. Au second tour du scrutin de 2024, cet indicateur que les autorités ont longtemps brandi comme une preuve de légitimité du régime atteignait à peine 50 %, et seulement 40 % pour le premier.

Voir en ligne : /mav/209/BELKAID/69944

(1) Lire Azadh-Thiebaut Kian, « Islamistes et laïques pour la première fois unies », Le Monde diplomatique, novembre 1996.

(2) Cf. Raz Zimmt, « Will Iran let a woman run for president in 2021 ? », Atlantic Council, 15 octobre 2020.

‘Major win’ for democracy as Supreme Court rejects Trump attack on mail-in voting

15 September 2026 at 17:25
An election worker processes mail-in ballots at the Los Angeles County Ballot Processing Center during California's state primary election in the City of Industry, California, on June 2, 2026. Photo by Patrick T. Fallon / AFP via Getty Images
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This story originally appeared in Common Dreams on Sep. 14, 2026. It is shared here under a Creative Commons (CC BY-NC-ND 3.0) license.

The US Supreme Court on Monday night rejected a bid by the Trump administration to keep onerous US Postal Service rules for mail-in ballots in place, which voting-rights defenders said risked depriving millions of people of the franchise in this year’s midterm elections.

After a back-and-forth legal battle over the USPS rules that dragged on for months, the nation’s highest court issued the 7-2 ruling without elaborating on its legal reasoning, though right-wing Justices Samuel Alito and Clarence Thomas issued dissents in favor of President Donald Trump’s side.

The ruling in USPS v. California was in response to a legal challenge brought by the League of Women’s Voters, the attorneys general of numerous states, and others who argued that newly-announced rules by the Postal Service regarding mail-in ballots, changes prompted by an executive order issued by Trump, would prevent people from having their ballots counted and cause chaos for those trying to administer this year’s elections.

A victory for democracy, a defeat for election deniers. https://t.co/MKjfKmgyTv

— David Crowley (@DavidCCrowley) September 15, 2026

In response to the ruling, the plaintiffs’ legal team said the decision was “a critical step to ensuring free and fair elections this November by maintaining access to mail voting for millions of eligible voters across the United States and lifting the dire threat that the Postal Service would disenfranchise them.”

“Mail voting is safe, secure, and reliable—and the Trump administration has presented no evidence to the contrary, as the courts have repeatedly recognized,” the statement continued. “We will remain vigilant in countering threats to free and fair elections and ensuring that every eligible voter is able to cast a ballot and have it count.”

“Today’s decision is a victory for our democracy and a powerful affirmation of the rule of law,” said California Attorney General Rob Bonta in a statement. “The stakes in this litigation could not have been higher.”

Virginia Kase Solomón, president and CEO of Common Cause, was among the other pro-democracy advocates who welcomed the decision.

“Today’s decision is a major win for the millions of everyday Americans who count on vote-by-mail—our seniors, service members, busy parents, rural voters, and voters with disabilities,” said Solomón in a statement. “Vote-by-mail is safe, proven, and vital; even the president uses it. This executive order was a blatant power grab designed to silence voters and undermine our elections, but it failed because the people and the law were on our side. Our Constitution is clear: states run our elections, and voters choose their leaders—not the other way around. No administration can strip the people of their power.”

Michael McNulty, senior policy director for Issue One, a nonpartisan group that works to defend free and fair elections, also welcomed the ruling, but said vigilance would still be necessary going forward.

“The fight to preserve states’ authority to administer elections is far from over,” warned McNulty.

“President Trump continuously and falsely claims fraud in mail-in voting without evidence,” he added. “Despite voting multiple times with this method, he remains obsessed with centralizing control over elections to tilt the playing field. However, for now, one piece of that centralization effort is blocked, and it ensures that mail-in voting for the midterms won’t be disrupted.”

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