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Prévoyance des indépendants ? ou le prix du statut

4 October 2026 at 12:21

Par Eric V.

Deux chiffres qui ne vont pas ensemble. Un artisan en arrêt maladie touche au maximum 65,84 euros par jour. Un libéral, pour la même maladie, 197,51. Même pays, même année, même dos bloqué. La variable n'est pas le risque : c'est la caisse. Voici les quatre garanties qu'il faut couvrir soi-même.

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Ce que vous toucherez le jour où vous ne pourrez plus travailler ne dépend ni de ce que vous avez perdu, ni de ce que vous avez cotisé, ni de la gravité de ce qui vous arrive. Cela dépend de la caisse à laquelle votre métier vous a affilié. Je voudrais le montrer sur les quatre garanties qui comptent vraiment, et dire lesquelles il faut couvrir soi-même — parce qu'aucun régime obligatoire ne les couvre, et parce que l'État le sait si bien qu'il a rendu la dépense déductible.

Je dois dire d'où je parle. J'ai fondé Tripalio, qui publie des données sur les conventions collectives et les régimes de protection sociale complémentaire. C'est un lien, et je ne vais pas l'enterrer en note de bas de page. Mais je n'ai aucun contrat à vous placer et aucune commission à percevoir sur ce que vous souscrirez, je me permets d'aller au point essentiel !

Depuis juin, tout le monde commente le même document : le baromètre CSA Prévoyance TNS publié par MetLife France, qui établit que 44 % des travailleurs non salariés disposent d'une prévoyance complémentaire, et que le prix est le premier frein pour 60 % de ceux qui n'en ont pas. C'est une brillante illustration de la façon dont on manque un sujet. On y lit un problème de pouvoir d'achat là où il y a un problème d'architecture. Le même baromètre donne pourtant l'information décisive, et personne ne la relève : 62 % des indépendants ne tiendraient pas plus d'un mois avec les seules prestations obligatoires. Ce n'est pas que la prévoyance soit chère. C'est que le socle n'en est pas un.

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Le même dos, trois tarifs

Prenons une hernie discale, trois semaines d'arrêt, trois personnes de quarante-cinq ans qui gagnent chacune 80 000 euros par an.

La première est artisan. Son indemnité journalière vaut un sept-cent-trentième de son revenu annuel moyen des trois dernières années, et ce revenu est retenu dans la limite du plafond de la Sécurité sociale, fixé à 48 060 euros pour 2026. Soit 65,84 euros par jour, au mieux, après trois jours de carence, et à condition de justifier de douze mois d'affiliation continue. Si son revenu moyen des trois années passées est inférieur à 4 582 euros, elle ne touche rien du tout.

Bilan de notre portefeuille Barbell au 2 octobre 2026 : +2,66 %, et pourquoi ce chiffre ne veut pas dire ce qu'il a l'air de dire

4 October 2026 at 11:38

Par Vincent Clairmont

Troisième exercice de transparence depuis l'article de doctrine du 24 mai. La part valorisable de l'allocation est repassée en territoire positif après le bilan négatif de juillet. Je publie le tableau, puis je publie le calcul qui en annule l'essentiel. Aucun pourcentage ne bouge.

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Entre le 29 mai et le 2 octobre 2026, soit 126 jours, l'once d'or est passée de 4 460 à 4 143,66 dollars, soit −7,09 %. Le Bitcoin est monté de 73 500 à 86 000 dollars, soit +17,01 %. Le bon du Trésor américain à trois mois rendait 4,00 % le 1er octobre, contre 3,75 % fin mai. Et l'euro s'est déprécié face au dollar, de 1,1644 à 1,1225.

Je reprends l'exercice dans l'ordre du bilan de juillet : ce que la doctrine a modifié, ce que l'allocation a produit, et ce que le chiffre cache.

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1. Ce qui a bougé dans la doctrine : aucun pourcentage, une clarification

L'allocation de référence du 24 mai — 30 % or physique, 25 % T-bills, 20 % foncier de qualité, 5 % devises tierces pour la branche sûre ; 10 % Bitcoin, 5 % options longues, 5 % capital-risque pour la branche risquée — n'a pas varié d'un point depuis le 29 mai. Les quatre règles d'exécution posées en juin et juillet tiennent : les deux axes, l'épargne de précaution hors Barbell, le DCA accéléré sur correction de plus de 10 %, le rééquilibrage daté de janvier 2027.

Une seule chose s'est ajoutée, le 27 septembre puis le 4 octobre, et elle est négative : j'ai maintenu 0 % d'obligations souveraines de la zone euro alors que l'OAT à dix ans passait de 4,66 % à 4,92 %. C'est une position qui coûte visiblement de l'argent, et je la réaffirme ici pour qu'on ne puisse pas dire plus tard qu'elle a été discrètement abandonnée.

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2. Le bilan chiffré, sur un portefeuille de 100 000 euros

Valorisation au 2 octobre 2026 pour une entrée au 29 mai, aux taux de référence de la Banque centrale européenne.

PosteInvestiValeur au 2 oct.Écart%
Or physique (30 %)30 000 €28 913 €−1 087 €−3,62 %
T-bills 3-6 mois (25 %)25 000 €26 280 €+1 280 €+5,12 %
Foncier de qualité (20 %)20 000 €20 000 €0 €0,00 %
Bitcoin (10 %)10 000 €12 137 €+2 137 €+21,37 %
Devises tierces (5 %)5 000 €5 061 €+61 €+1,23 %
Sous-total valorisable90 000 €92 391 €+2 391 €+2,66 %
Options longues + capital-risque (10 %)10 000 €non valorisables : primes non cotées, participations illiquides

3. Lecture poste par poste

L'or supporte encore la perte, mais moins qu'en juillet. En dollars, le métal recule

L'ordre occidental s'affaiblit-il ? Le G7 a répondu vendredi, en barils

3 October 2026 at 10:32

Par Thibault de Varenne

Le pape, à l'UNESCO, a dit que le dialogue entre nations risquait de n'être plus qu'un simulacre. Poutine, à Valdaï, que les institutions de 1945 ne reflètent plus le monde. Entre les deux discours, le G7 a passé la semaine à se faire menacer d'embargo par son propre chef de file. Oui, l'ordre occidental s'affaiblit. Mais pas là où l'on regarde.

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Trois textes en huit jours, et un communiqué. Le 25 septembre, à Paris, Léon XIV parle devant l'UNESCO. Le 1er octobre, près de Moscou, Vladimir Poutine parle trois heures devant le club Valdaï. Le 2 octobre, les sept chefs d'État et de gouvernement du G7, réunis par visioconférence sous la présidence d'Emmanuel Macron, publient six paragraphes sur le gazole. Les deux discours parlent de l'ordre du monde. Le communiqué, lui, le montre.

Léon XIV et Macron : la tour de Babel et l’UE
Même mot, deux projets : le multilatéralisme de Macron bâtit la tour de Babel, celui de Léon XIV tient la place de la Pentecôte. Ce qu’il faut en tirer pour 2027.
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Deux mots qui ne disent pas la même chose

Le pape a employé le mot multilatéralisme. Devant l'UNESCO, il a décrit des institutions internationales dont on attend qu'elles répondent « à des défis qu'aucun État ne peut affronter seul », et qui traversent « une crise d'efficacité », parce que le dialogue y est désormais tenu « pour un obstacle à l'action plutôt que pour une ressource », pour un simulacre plutôt que pour une occasion de chercher ensemble le bien commun. Le remède qu'il propose tient en un mot que les chancelleries n'emploient plus : la confiance. Le matin même, à l'Élysée, il avait demandé à la France de « rester une championne infatigable de la paix et du multilatéralisme », et il avait ajouté une phrase qu'on a peu relevée : « la paix n'est pas un équilibre des forces ».

Vladimir Poutine a employé l'autre mot, multipolarité. À Valdaï, il a dit que les institutions nées de la Seconde Guerre mondiale « ne reflètent pas la situation du deuxième quart de ce siècle », que les Occidentaux forment « une minorité mondiale » qui « cherche à s'arroger des fonctions de gouvernance », notamment à l'ONU, et que l'éloignement de « l'hégémonie occidentale » conduira à un ordre « plus stable, plus démocratique et plus libre ». Il a présenté les BRICS comme un

L'Amérique quitte l'Irak, et Bagdad demande à Trump la permission d'atterrir

3 October 2026 at 09:57

Par Thibault de Varenne

Le 30 septembre, le dernier soldat américain a quitté l'Irak. Bagdad s'est donné quatre jours fériés pour le fêter. Quatre jours plus tôt, le même gouvernement écrivait à Washington pour obtenir le droit de recevoir des avions iraniens. Ce que l'Irak a gagné cette semaine, ce qu'il n'a pas gagné, et ce que cela dit de nous.

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Lundi 28 septembre, à l'aéroport de Bagdad, le général Saad Maan a pris possession de l'ancien quartier général américain et a dit à la presse locale que cela ne mettait pas fin à la coopération avec les « partenaires internationaux », mais ouvrait une relation « fondée sur le respect mutuel et l'indépendance de la décision irakienne ». Le mercredi 30, le porte-parole du Pentagone, Sean Parnell, annonçait que les derniers soldats de la coalition avaient quitté la base d'Erbil « en bon ordre », avec leur matériel. Le gouvernement irakien a décrété quatre « journées de la souveraineté », du 30 septembre au 3 octobre. Donald Trump, sur son réseau, a parlé d'« une excursion en enfer très coûteuse », d'« une victoire pour les États-Unis, une victoire pour l'Irak », et il a tranché en une ligne la querelle historique de sa génération : « une très mauvaise décision nous a mis dans ce bourbier ».

Quatre jours avant la fête, le samedi 26 septembre, le bureau du Premier ministre Ali al-Zaidi avait publié un autre communiqué, moins repris. Il y annonçait des discussions directes avec Washington pour obtenir que certains aéroports irakiens soient exemptés des sanctions américaines contre les compagnies aériennes iraniennes, « pour des raisons humanitaires liées aux soins, aux études, aux visites religieuses et aux intérêts des civils ». Depuis la veille, les quatre grands aéroports du pays, Bagdad, Nadjaf, Erbil et Souleimaniye, n'acceptaient plus un seul vol vers l'Iran. Non par décision irakienne : parce que les sociétés étrangères d'assistance au sol refusaient de toucher un appareil iranien de peur du Trésor américain.

Les deux communiqués viennent du même gouvernement, à quatre jours d'écart. Le premier dit que l'Irak est souverain. Le second demande une permission. Je voudrais prendre les deux au sérieux, parce que c'est entre les deux que se loge ce qui s'est réellement passé à Bagdad cette semaine, et ce que le mot souveraineté veut dire quand on le prononce dans un pays où l'on n'a jamais eu les moyens de le vérifier.

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Qui tient quoi à Bagdad

Avant d'aller plus loin, nommons les acteurs, parce que les dépêches les supposent connus et qu'ils ne le sont pas.

Le gouvernement, d'abord. Ali al-Zaidi est Premier ministre depuis le mois de mai. C'est un homme d'affaires, nouveau en politique, que le Cadre de coordination, le bloc des partis chiites qui domine le Parlement, a sorti de son chapeau pour mettre fin à des mois de blocage après les élections de novembre 2025. Son cabinet n'est que partiel : le Parlement l'a approuvé en mai sans pourvoir plusieurs postes de sécurité, dont le ministère de la Défense. Le pays a donc fêté sa souveraineté militaire sans ministre de la Défense.

Les forces régulières ensuite : l'armée, la police fédérale, le Service de contre-terrorisme formé par les Américains, une aviation qui aligne des F-16 achetés à Washington. Le commandant de l'armée de l'air, le général Khalid al-Tamimi, a assuré lundi qu'aucune force de la coalition n'avait plus rien fait sur le sol irakien depuis le début de 2026 et que ses pilotes venaient de tenir dix jours de missions sans aide extérieure. Dix jours, a-t-il précisé.

Puis il y a le Hachd al-Chaabi, les Forces de mobilisation populaire, né en juin 2014 quand l'État islamique prenait Mossoul et que l'armée s'effondrait. Des dizaines de milices se sont levées à l'appel du clergé de Nadjaf ; une loi de 2016 les a rattachées à l'État et mises sur sa paie. Sur le papier, elles obéissent au Premier ministre, commandant en chef. Dans les faits, plusieurs ont gardé leur chaîne de commandement, leurs dépôts, leurs revenus et leurs attaches à Téhéran. Ce sont elles qui sont en cause dans l'affaire du désarmement, et trois familles s'y distinguent. Les groupes qui ont accepté de rendre les armes ou de se régulariser : Saraya al-Salam, la milice de Moqtada al-Sadr, intégrée en cérémonie à Samarra au mois de juin ; Asaib Ahl al-Haq ; les Kataib al-Imam Ali. Les groupes qui refusent : les Kataib Hezbollah et le Harakat al-Nujaba, les plus liés aux Gardiens de la révolution iraniens, qui parlent d'« armes de la résistance » et ont tiré, depuis février, sur des cibles américaines et sur des pays du Golfe. Entre les deux, l'Organisation Badr, la plus ancienne et la plus nombreuse, dont le chef Hadi al-Amiri a déclaré en août que le monopole des armes était « une décision irakienne », et qu'il n'y aurait pas d'affrontement entre l'État et « la résistance ». La formule ménage tout le monde. Ces factions se sont donné en octobre 2023 une enseigne commune, la « Résistance islamique en Irak », qui a déclaré mercredi n'être tenue « par aucun calendrier ni aucun accord ».

Au nord, la Région autonome du Kurdistan, avec son gouvernement à Erbil, ses Barzani, Nechirvan à la présidence, Masrour au gouvernement, et ses peshmergas, les combattants kurdes qui ont tenu le front contre l'État islamique en 2014. Le 21 septembre, neuf jours avant le départ américain, Erbil a annoncé la fusion en une seule force des peshmergas des deux partis rivaux, le PDK et l'UPK. C'est le Kurdistan qui perd le plus au retrait : les batteries Patriot et les systèmes anti-roquettes américains qui le couvraient sont repartis avec les soldats, selon les informations disponibles à Erbil.

Au nord encore, la Turquie, qui tient depuis décembre 2015 la base de Bachiqa, au nord-est de Mossoul, avec jusqu'à six cents soldats, et qui a accepté le 23 septembre, à New York, d'en commencer le transfert « graduel » à Bagdad, en échange d'un engagement irakien à rétablir l'autorité de l'État dans le Sinjar, où le PKK kurde s'est replié. Graduel : la souveraineté irakienne sur Bachiqa est une promesse datée, pas un état de fait.

L'Iran, enfin, et les États-Unis. L'un a ses relais armés et politiques dans le pays, et la force Qods des Gardiens de la révolution pour les tenir. L'autre conserve à Bagdad la plus grande ambassade du monde, un accord-cadre stratégique signé le 17 novembre 2008, les contrats d'armement, l'entretien des F-16, et un compte en banque dont il sera question plus bas. Reste l'État islamique, réduit selon le dernier rapport du secrétaire général des Nations unies à « quelques centaines » de combattants : assez pour tuer, plus assez pour tenir une ville.

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Ce qui est parti

Le départ est réel, et il se mesure. On comptait 169 000 soldats américains en Irak au plus fort de l'occupation, en août 2007 ; 2 500 après la fin des opérations de combat, en décembre 2021 ; 1 500 soldats de la coalition regroupés à Erbil à la fin de 2025 ; zéro le 30 septembre. Le commandement central américain a déménagé en Jordanie l'état-major de la lutte contre l'État islamique. Les bases fédérales, Aïn al-Assad, le commandement conjoint de Bagdad, avaient été rendues le 18 janvier. Le calendrier avait été arrêté le 27 septembre 2024 entre l'administration Biden et le Premier ministre d'alors, Mohammed Chia al-Soudani ; Bagdad a refusé toute prolongation, et Marco Rubio a confirmé le 23 septembre qu'il n'y en avait eu « aucune discussion ». La date a été tenue au jour près.

Ce que les Américains laissent derrière eux se mesure aussi. Selon les registres du Pentagone, 4 418 soldats américains sont morts entre 2003 et 2011, 31 994 ont été blessés, et 123 sont morts depuis 2014 ; le bureau du budget du Congrès avait arrêté en avril 2011 la dépense militaire à 752 milliards de dollars, avant la seconde campagne. Côté irakien, les décomptes qui circulent, plus de 200 000 civils tués selon les uns, plus de 300 000 morts toutes catégories selon les autres, viennent d'organisations occidentales ; je les cite pour l'ordre de grandeur, pas pour l'unité. Vingt-trois ans après le 14 février 2003, le président des États-Unis dit à sa manière, en une ligne, ce que la France disait ce jour-là au Conseil de sécurité. J'y reviendrai.

Et ce qui est parti, c'est d'abord ce qui protégeait. Le ministère des Peshmergas compte plus de mille attaques de drones et de missiles sur la Région du Kurdistan depuis le 28 février, jour où les États-Unis et Israël ont ouvert la guerre contre l'Iran. Les Patriot d'Erbil en ont intercepté une partie. Ils sont dans les soutes. Masrour Barzani a dit dimanche que laisser le Kurdistan « sans aucun système de défense » était « un sujet d'inquiétude » ; le porte-parole militaire irakien, Sabah al-Numan, répond que Bagdad est « proche » d'acheter des défenses antiaériennes à la Corée du Sud, à la Turquie et aux États-Unis. Proche. Dans l'intervalle, le ciel irakien est ouvert, et les seuls à y disposer de missiles sont ceux que l'on prie de désarmer.

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Ce qui est resté

Les partisans de la lecture souverainiste ont un argument que je veux donner dans toute sa force, parce qu'il est bon. L'Irak, disent-ils, a fixé la date du départ et l'a obtenue. Il a repris ses bases en janvier, sans incident. Son Parlement avait voté l'expulsion des forces étrangères le 5 janvier 2020, deux jours après que les Américains eurent tué le général Soleimani et le chef de milice Abou Mahdi al-Mouhandis à l'aéroport de Bagdad, et ce vote, non contraignant, a fini par s'exécuter six ans plus tard. Aucun État de la région n'a fait cela. La France de 1966 n'a pas fait autre chose quand le général de Gaulle a demandé le départ des troupes américaines : il a fixé une date, le 1er avril 1967, et elle a été tenue. Qui fixe la date du départ de l'Amérique et l'obtient a exercé la souveraineté dans ce qu'elle a de plus concret. Je l'accorde entièrement.

Mais la France de 1966 avait la bombe, le commandement de ses armées, sa monnaie et ses aéroports. Renvoyer une armée est un acte de souverain. Refuser, le lendemain, ce que l'ancien protecteur demande encore en est un autre, et c'est celui-là qui compte. Or le lendemain, pour l'Irak, est documenté jour après jour.

Le 8 septembre, le Trésor américain sanctionne vingt-sept compagnies aériennes iraniennes et prévient que tout aéroport, tout avitailleur, toute société d'assistance

Contestation étudiante : la dangereuse stratégie de la répression

2 October 2026 at 15:24

Par Eric V.
600 interpellations avant midi, 564 établissements perturbés, 40 proviseurs blessés. Un proviseur aspergé d'essence à La Ciotat, un commandant de police hospitalisé à Belfort. Et un gouvernement qui, en 24 heures, a donné deux explications incompatibles du même mouvement. Devaquet, le CIP, le CPE : 3 gouvernements ont déjà dangereusement joué cette partie, et l'ont perdue.

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600 interpellations avant midi. 564 établissements perturbés depuis ce matin. 40 proviseurs blessés, 65 personnels de l'Éducation nationale au total, chiffres du ministre ce matin. Hier, 1 207 établissements perturbés ou bloqués et 1 949 interpellations. Environ 400 lycées sur 3 700 sont fermés aujourd'hui.

Disons-le avant le reste, parce que cela ne se négocie pas. À La Ciotat, le proviseur du lycée de la Méditerranée a été aspergé d'essence et roué de coups. À Belfort, un commandant de police a été frappé au sol puis hospitalisé, et un suspect interpellé portait de l'acide chlorhydrique. Ceux-là ne portent aucune revendication. Un État qui ne protégerait ni les bâtiments ni les personnels manquerait à la seule mission que personne ne lui dispute.

Dans l'autre sens, 3 enquêtes de l'IGPN sont ouvertes depuis jeudi et un lycéen a été hospitalisé à Tours, la tête ouverte. La symétrie n'est pas morale, elle est factuelle : il y a de la violence des deux côtés du cordon, et c'est la marque des situations qu'on laisse durer.

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Deux explications pour un seul mouvement

Jeudi, l'entourage du Premier ministre fait savoir que les services de renseignement voient dans la mobilisation une manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultragauche. Vendredi matin, le ministre de l'Éducation explique que le mouvement a « changé de nature » et qu'il est « pris en otage par des groupes violents ».

Ces deux phrases ne disent pas la même chose. La première dit : ce mouvement n'existe pas, il est fabriqué. La seconde dit : ce mouvement existe, et on le lui vole. Un gouvernement peut se tromper ; il ne peut pas tenir les deux récits en 24 heures et prétendre savoir à quoi il a affaire.

Ce sont les chefs d'établissement qui tranchent : les auteurs des violences ne sont pas leurs élèves. C'est exactement la distinction que Matignon refusait la veille, en mettant dans le même sac celui qui réclame un professeur de français et celui qui asperge un proviseur d'essence.

L'article 54, retiré en 24 heures

Le 1er octobre, l'article 54 du projet de loi de finances instaure des droits d'inscription pour les étudiants non boursiers : 178 euros en BTS, 270 euros en classe préparatoire. Le même jour, des lycées brûlent. Le soir, le ministre de l'Éducation annonce que le gouvernement renonce.

24 heures entre le dépôt et le retrait. On peut y voir de l'écoute. J'y vois une mesure qui n'avait jamais été arbitrée : elle vient d'un autre bout de Paris, elle tombe sur un ministère qui ne l'a pas demandée, elle met une allumette dans une salle déjà chaude. Pas de l'écoute : un rattrapage.

Et pendant que la rue de Grenelle ramasse, Matignon durcit : consigne de fermeté pénale transmise aux procureurs généraux, rassemblements interdits aux abords des lycées fermés, conférence de presse tenue place Beauvau. Un gouvernement qui traite une crise scolaire depuis l'Intérieur et le bureau du directeur de Cabinet à Matignon a déjà dit ce qu'il pensait du dossier.

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1986, 1994, 2006

Novembre 1986. Le projet Devaquet soulève 500 000 personnes le 27 novembre. Le gouvernement tient. Dans la nuit du 5 au 6 décembre, Malik Oussekine meurt sous les coups de voltigeurs. Le ministre démissionne le 6, Jacques Chirac retire le texte le 8. Chirac est Premier ministre et candidat. Il perd en 1988.

Mars 1994. Le contrat d'insertion professionnelle — le SMIC jeunes — met la jeunesse dans la rue 5 semaines durant. Édouard Balladur retire le dispositif le 30 mars. Il est Premier ministre et favori des sondages. Il perd en 1995.

Mars 2006. Le contrat première embauche est promulgué le 31 mars et remplacé le 10 avril. Dominique de Villepin est Premier ministre, et le recours annoncé de son camp. Il ne sera jamais candidat.

Dans les 3 cas, le pouvoir a cédé sur la mesure. Dans les 3 cas, il est tombé quand même. Ce qui l'a emporté n'était pas le texte : c'était le temps passé entre le premier cortège et le retrait, et ce qu'il avait fait de ce temps. Tenir. Accuser. Charger. Ce n'est jamais la mesure qui emporte un gouvernement, c'est le délai qu'il met à la retirer.

Les 3 ont un autre point commun, et nous y sommes. Le SNES-FSU appelle à la grève le mardi 6 octobre, aux côtés des lycéens. C'est l'instant où des adultes rejoignent, et où un mouvement scolaire devient un mouvement social.

Contestation étudiante : la dangereuse stratégie de la répression
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Ce qui reste quand la caisse est vide

Pourquoi recommencer une partie perdue 3 fois ? Pas par bêtise — la bêtise explique mal ce qui se répète. Par contrainte.

Pendant 40 ans, l'État français a éteint ses incendies sociaux en payant : une dotation à la filière mécontente, une dérogation à la profession bloquée, un dispositif à la génération en colère. Le 1er octobre, ce même État a déposé un budget qui demande 5,5 milliards aux retraités pour ramener le déficit de la sécurité sociale à 12,7 milliards, et il n'est pas certain de le faire voter. Il n'a plus de quoi acheter la paix. Quand un pouvoir ne peut plus payer, il n'a plus que des uniformes à offrir.

Ce n'est donc pas un gouvernement autoritaire par tempérament : c'est un gouvernement démuni qui découvre que le maintien de l'ordre est la dernière chose qu'il sache encore produire en quantité. Il en produit beaucoup. Et dire d'un mouvement qu'il est manipulé dispense d'écouter ce qu'il demande : des professeurs remplacés, des classes moins chargées, des bâtiments qui tiennent debout. On peut trouver ces revendications naïves. On ne peut pas les trouver séditieuses.

Nous avons notre part. Nous avons été nombreux, cette semaine, à regarder les vidéos en cherchant d'abord si le coup partait d'un casque ou d'une capuche, avant de chercher ce qui était réclamé. C'est confortable, et c'est exactement ce que le raidissement attend de nous : un uniforme plutôt qu'un argument.

Je ne sais pas si le mouvement tiendra après le 6 octobre. Je sais ce que 3 précédents disent de la méthode.

La fermeté, oui. Il n'a plus que ça.

Quand revendre le compartiment or de sa trésorerie d'entreprise acheté en janvier 2024 ?

2 October 2026 at 10:18

Par Vincent Clairmont

L'once valait 1 864,33 € en moyenne en janvier 2024. Elle vaut 3 689,71 € ce 1er octobre 2026 à 17 h 17, soit +97,9 % en euros. Une trésorerie qui y a placé 200 000 € détient aujourd'hui 395 800 €. La question n'est pas de savoir si le cours va continuer : c'est de savoir à quoi sert cet argent.

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Reprenons les chiffres avant tout raisonnement.

En janvier 2024, l'once d'or s'échangeait en moyenne à 1 864,33 €, dans une fourchette de 1 845,44 € le 17 à 1 888,38 € le 31. Ce 1er octobre 2026 à 17 h 17, le cours de l'or fin ressort à 3 689,71 € l'once, soit 118,63 € le gramme et 118 627 € le kilo, pour un euro à 1,1355 dollar — environ 4 190 $ l'once. La performance en euros est de +97,9 % sur deux ans et neuf mois.

Une entreprise qui a converti 200 000 € de trésorerie en janvier 2024 a acheté environ 3 337 grammes, soit 107,3 onces. Cette ligne vaut aujourd'hui 395 800 €, pour une plus-value latente de 195 800 €.

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Première chose : cette ligne n'appartient pas au Barbell

Il faut lever une confusion que je rencontre souvent, et qui conduit à des décisions fausses.

L'allocation Barbell que je préconise — 80 % de branche sûre dont 30 % d'or physique, 20 % de branche risquée — est calibrée sur un patrimoine personnel, cas type 500 000 €. Sa logique est la structure du risque sur un horizon long, sans échéance imposée.

Une trésorerie d'entreprise n'a pas cette propriété. Elle a une fonction : financer le cycle d'exploitation, le besoin en fonds de roulement, l'investissement et, le cas échéant, le remboursement d'une dette. Son horizon n'est pas choisi par le dirigeant, il est imposé par l'activité. Pour cette raison, la poche or d'une trésorerie d'entreprise est hors Barbell, au même titre que l'épargne de précaution d'un particulier ou qu'un dispositif d'épargne salariale : elle obéit à ses propres règles, et la cible de 30 % ne s'y applique pas.

Deux précautions qui en découlent. D'abord, rien n'interdit à une personne morale de détenir de l'or physique, mais la proportion compte : une société dont le bilan afficherait un stock d'or hors de proportion avec son activité s'expose à une requalification en négociant en métaux précieux, et au débat sur l'acte anormal de gestion. Les praticiens avancent un ordre de grandeur de 5 à 10 % de la trésorerie. Ensuite, le traitement comptable n'est pas unifié : selon la durée de détention envisagée, l'or est inscrit soit en instrument de trésorerie, soit en autres immobilisations financières — non amortissable, mais susceptible de dépréciation. Ce point se tranche avec votre expert-comptable, pas dans un article. On va voir qu'il commande aussi la fiscalité.

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La réponse : trois déclencheurs, et aucun n'est le cours

Je préconise de ne pas regarder le cours pour décider. Trois faits seulement déclenchent une vente, et ils sont tous internes à l'entreprise.

Le budget 2027 veut faire payer les retraités, mais personne n'y croit

1 October 2026 at 16:38

Par Eric V.

Le gouvernement promet de ramener le déficit de la sécurité sociale de 21,8 à 12,7 milliards, et demande pour cela 5,5 milliards aux retraités. En décembre dernier, il avait promis 19,4. En mai, on en était à 23,2. Les chiffres de ce matin ne sont pas des prévisions : ce sont des répétitions.

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Reprenons le fil par un document. Le 31 décembre 2025, la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 est publiée au Journal officiel. Elle fixe un déficit de 19,4 milliards d'euros. Cinq mois plus tard, le 28 mai, la Commission des comptes de la sécurité sociale — l'organisme officiel chargé de tenir les comptes, pas un cabinet d'opposition — annonce que l'exercice finira plutôt à 23,2 milliards. Trois milliards huit cents de plus, en cent cinquante jours, sur un chiffre voté par le Parlement.

Ce matin, le même gouvernement a présenté le budget de la sécurité sociale pour 2027. Il y annonce un déficit de 12,7 milliards. Et pour y parvenir, il demande 5,5 milliards aux retraités.

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Ce qu'on demande aux retraités, en clair

Deux mesures, et elles sont simples à comprendre une fois qu'on a retiré le jargon budgétaire.

La première est un partage des pensions en trois étages au 1er janvier. En dessous de 1 260 euros par mois, la pension suit l'inflation, intégralement. Entre 1 260 et 2 034 euros, elle ne la suit qu'en partie. Au-dessus de 2 034 euros, elle ne la suit plus du tout : elle est gelée. Personne ne baisse, et c'est tout l'art du procédé — on ne retire rien, on cesse de suivre. Rendement attendu : environ 4,1 milliards.

La seconde est fiscale, et elle est passée presque inaperçue. L'abattement de 10 %

Pourquoi BHL nie aussi farouchement le génocide à Gaza

1 October 2026 at 09:55

Par Thibault de Varenne

Mercredi soir, sur le plateau de Quotidien, Bernard-Henri Lévy venait raconter sa vie. Il a fini par défendre Israël contre plusieurs chroniqueurs, et le ton est monté. On sait ce qu'il pense de Gaza : il le répète depuis deux ans et demi. Reste à comprendre pourquoi il y met tant de force. Ses propres textes donnent la réponse.

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Séquence extrêmement tendue dans Quotidien entre BHL, qui défend Israël, et plusieurs chroniqueurs dont Jean-Michel Apathie. pic.twitter.com/o0qL1nRyi2

— Mathieu Géniole (@mathieuge) September 30, 2026

Mercredi soir, sur TMC

Mercredi 30 septembre, Bernard-Henri Lévy était l'invité de Quotidien, sur TMC. Le bandeau annonçait : « BHL raconte sa vie ». Il venait présenter ses Mémoires provisoires, en librairie cette semaine. La conversation a quitté le livre pour Israël. Elle est devenue, écrit le journaliste qui en a diffusé l'extrait, « extrêmement tendue » entre l'invité, « qui défend Israël », et plusieurs chroniqueurs, dont Jean-Michel Aphatie. Deux minutes d'images, plus de quatre-vingt mille vues en moins d'une journée.

Il n'y a là aucune surprise. M. Lévy dit la même chose depuis mars 2024. Ce qui mérite qu'on s'y arrête, c'est la vigueur. Un homme de soixante-dix-sept ans, qui a passé sa vie à prononcer le mot « génocide » plus vite que tout le monde, met aujourd'hui la même énergie à l'interdire. Pourquoi ?

Je ne sonderai pas son cœur. Je n'en ai ni le moyen ni le goût. Je regarde ses textes, leurs dates, et ce que le mot lui coûterait s'il le prononçait. Cela suffit.

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Ce que le mot veut dire, et qui l'a prononcé

Le génocide n'est pas un superlatif. C'est un crime défini par un traité de 1948, que la France a signé. La définition tient en deux éléments. Des actes, d'abord, au nombre de cinq : tuer les membres d'un groupe, leur infliger des atteintes graves, les soumettre à des conditions de vie qui doivent entraîner leur destruction, empêcher les naissances, enlever les enfants. Une intention, ensuite : celle de détruire ce groupe, en tout ou en partie. Le traité ne dit rien de la vitesse. Il ne dit rien des avertissements donnés avant un bombardement.

Sur Gaza, trois instances ont conclu. Amnesty International, le 5 décembre 2024. L'association internationale des chercheurs spécialistes du génocide, en août 2025, par une résolution votée à 86 %. Une commission d'enquête des Nations unies, le 16 septembre 2025 : elle retient quatre des cinq actes du traité.

Reste le juge. La Cour internationale de justice, le tribunal des Nations unies qui tranche les litiges entre États, a été saisie par l'Afrique du Sud fin 2023. Elle a ordonné dès 2024 des mesures d'urgence, dont l'une porte sur la privation de nourriture. Elle n'a pas jugé le fond. D'après son dernier calendrier, Israël a jusqu'au 22 mai 2029 pour déposer ses dernières écritures. Il n'y aura donc pas d'arrêt avant 2029.

Voilà l'état du dossier. Israël conteste. Le juge n'a pas parlé. Trois instances sérieuses ont parlé.

Netanyahou à l’ONU ? ou la semaine du greffier
Le point du 27 septembre 2026 sur le génocide en Palestine.

Trois phrases, et pas un article du traité

Que répond M. Lévy ? Trois choses, qu'on peut dater.

En novembre 2024 : « On ne peut pas dire d'une armée qui prévient avant de tirer […] qu'elle est une armée génocidaire. » En septembre 2025, dans le Wall Street Journal : une armée génocidaire ne mettrait pas deux ans à gagner une guerre sur un territoire grand comme Las Vegas. Le même mois : « Israël n'“affame” pas Gaza. »

Reprenez le traité. La première phrase parle d'avertissements : le texte n'en parle pas. La deuxième parle de durée : le texte n'en parle pas. La troisième contredit ce que la Cour a elle-même constaté en mars 2024, quand elle a ordonné à Israël de laisser entrer la nourriture. Aucune ne discute l'intention, qui est le seul point difficile du dossier. Ce sont des arguments de plateau. Ils portent à vingt heures. Ils ne pèsent rien devant un juge.

On me dira que M. Lévy a le droit d'attendre l'arrêt, et qu'en 2029 la Cour lui donnera peut-être raison. C'est exact. La question de droit est ouverte, et s'il disait « attendons les juges », je n'écrirais pas cette chronique. Mais il ne dit pas cela. En mai 2024, il déclarait l'accusation « infâme ». En novembre 2024, la Cour pénale internationale, l'autre tribunal de La Haye, celui qui juge les personnes, délivrait un mandat d'arrêt contre M. Nétanyahou. Il a demandé qu'on abolisse cette Cour. Vingt mois plus tôt, elle visait M. Poutine, et il applaudissait. On n'attend pas les juges quand on réclame leur suppression.

Ce que le mot lui coûterait

Je vois quatre raisons. Elles sont toutes écrites de sa main.

Il plaide pour une partie. M. Lévy défend Israël. Il l'écrit, il en a fait un livre en mars 2024, où on lit : « La mort des civils de Gaza n'est pas un massacre. C'est encore moins un génocide. » On a le droit de défendre un pays. On ne peut pas se présenter en même temps comme l'expert qui tranche. Un avocat est respectable. Personne ne lui demande de tenir aussi le greffe.

Le mot l'obligerait. Voilà trente ans qu'il enseigne que ce mot commande d'agir. Pour le Darfour, en 2007, il parlait du « premier génocide du XXIe siècle » et suggérait d'aider ceux qui défendaient les populations les armes à la main. Pour la Libye, en 2011, il plaidait la force auprès de Nicolas Sarkozy. S'il prononçait le mot pour Gaza, sa propre doctrine lui dicterait la suite : sanctions, embargo sur les armes, peut-être davantage, contre le pays qu'il défend. Il ne le peut pas. Il faut donc que le mot soit faux.

Son titre de témoin est en jeu. Son argument d'autorité tient en une phrase : « J'ai vu des génocides (Srebrenica, Darfour). » J'ai travaillé sur le Soudan dans ces années-là. Nous avions sur nos bureaux le rapport de la commission d'enquête des Nations unies, rendu en janvier 2005 : Khartoum commettait des crimes de masse, mais ne menait pas une politique de génocide. M. Lévy a écrit le contraire deux ans plus tard, sans attendre personne.

Quant au Rwanda, mon directeur de la publication a fait relire ses chroniques du Point pour le printemps 1994. Le génocide des Tutsi commence le 7 avril. Du 9 avril au 11 juin, neuf chroniques : pas une ligne. La première mention date du 18 juin, dix semaines après le début des massacres. Il faisait alors campagne pour Sarajevo. Son site assure aujourd'hui qu'il fut « parmi les tout premiers » à prendre la mesure de l'événement.

Or les spécialistes du génocide disent oui à 86 %, et lui dit non. L'un des deux se trompe. S'il leur donne raison, il n'est plus l'homme qui sait reconnaître un génocide. Il devient un écrivain parmi d'autres, qui s'est trompé sur le plus grave.

Il est allé trop loin pour reculer. Un livre, puis « infâme », puis une cour à abolir, puis l'ONU déclarée « morte » pour n'avoir pas soutenu Israël. Chaque phrase rend la suivante obligatoire. Celui qui a écrit tout cela ne peut plus dire en 2029 « je m'étais trompé » sans défaire trente ans de sermons. C'est, je crois, pourquoi le ton monte.

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Le Soudan, ou la preuve par l'ONU

Un dernier fait montre comment il choisit. En novembre 2025, M. Lévy écrit du Soudan : « Au Darfour, c'est un génocide, un vrai. » Trois mois plus tard, une mission d'enquête des Nations unies relève à El-Fasher, la grande ville du Darfour tombée aux mains des paramilitaires, les « signes distinctifs d'un génocide ». Il avait donc raison cette fois, et je le lui accorde volontiers.

Mais regardez qui le confirme : les Nations unies. La même organisation, par une autre commission, dit la même chose de Gaza. On ne peut pas citer l'ONU à Khartoum et la déclarer morte à Gaza. Il y aurait donc de vrais génocides, ceux qu'il reconnaît, et de faux, ceux que reconnaissent les commissions quand elles le gênent. C'est une justice à un seul juge.

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Ce que je demande

Je ne demande pas qu'on fasse taire M. Lévy. Je demande trois choses, et elles sont simples.

Aux rédactions : qu'on cesse de l'inviter comme l'arbitre du mot « génocide ». Sur ce dossier, il est l'avocat d'une partie. Qu'on le présente ainsi, et qu'on lui oppose le texte du traité plutôt que de l'indignation.

Au lecteur : un test, ce soir, en dix minutes. Ouvrez l'article II de la Convention de 1948. Cinq actes, une intention. Relisez les trois phrases citées plus haut et cherchez laquelle répond au texte. Vous n'en trouverez pas. Refaites le test avec le prochain invité, quel que soit son camp.

À ceux qui nous gouvernent : la France a signé ce traité, et son article premier l'engage à prévenir, pas seulement à punir. La Cour a rendu trois ordonnances en 2024. Qu'on nous dise, par écrit, ce que Paris a fait pour qu'elles soient respectées.

L'arrêt viendra en 2029, ou plus tard. D'ici là, il existe un texte de 1948, et il se lit en dix minutes.

Crise de la dette française ? Mais non, arrêtez de vous faire peur ! (même si elle serait salutaire)

30 September 2026 at 11:27

Par Eric V.

Tout le monde annonce la crise de la dette française. Regardez ce que font ceux qui sont payés pour la craindre : ils achètent. Il n'y aura pas de crise. Il y aura une dégradation lente, et c'est une bien pire nouvelle.

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Ceux qui devraient fuir

Depuis dix jours, la France est censée être au bord du gouffre. L'écart de taux avec l'Allemagne a dépassé 100 points de base le 18 septembre, une première depuis 2012. Scope a retiré le AA− pour un A+. Et le Financial Times rapporte le 30 septembre, sous le titre « Vanguard warns France is "degrading credit" as borrowing costs surge », que le premier gestionnaire d'actifs obligataires du monde juge le crédit français durablement dégradé.

Regardons maintenant ce que font les professionnels. Royal London Asset Management achète la baisse et parie que la dette française battra l'italienne et l'allemande. HSBC écrit que l'OAT est la moins chère depuis au moins 2008. Et lundi, l'Agence France Trésor a annoncé qu'elle lèverait 339,7 milliards d'euros en 2027, contre 311,7 cette année, sans que personne ne doute qu'elle les trouvera.

Voilà le fait qu'aucun commentaire n'a relevé cette semaine. Ceux qui prêtent à la France ne sont pas effrayés. Ils sont contents.

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Ce que Vanguard dit vraiment

Lisons l'avertissement comme un gérant le lirait. Ales Koutny, qui dirige les taux internationaux chez Vanguard, annonce une dégradation durable et juge « fortement possible » un écart à 150 points de base. La même dépêche précise que sa maison est sous-pondérée sur les obligations d'État françaises.

Un gérant sous-pondéré qui annonce publiquement une dégradation ne s'alarme pas : il publie son prix d'entrée. Il dit à quel niveau il redeviendra acheteur, et il le dit à ceux qui détiennent ce qu'il voudrait acheter.

Je ne lui prête aucune manœuvre. Je constate une position, et je lis une déclaration à la lumière de cette position.

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Pourquoi la dégradation paie

Le taux que paie la France se décompose en deux morceaux, et tout le malentendu public vient de leur confusion. Le premier est le niveau général des taux dans la zone euro : c'est le Bund allemand, autour de 3,5 %, que la France paie quoi qu'elle fasse et qui ne dit rien sur elle. Le second est l'écart au-dessus de ce niveau — un peu plus de 110 points de base aujourd'hui. Celui-là est le prix de la signature française, et c'est le seul morceau dont nous soyons responsables.

Or cet écart, pour l'emprunteur, est un coût, et pour le prêteur un supplément de rémunération. Quand l'un se dégrade, l'autre s'enrichit. Le 10 ans français est passé de 3,2 % en février à plus de 4,8 %. La France paie désormais environ 0,2 point de plus que l'Italie, et son rendement souverain a dépassé celui de LVMH à maturité comparable : le marché considère qu'un groupe de luxe est un meilleur débiteur que la République. Catastrophe pour le Trésor, bonne nouvelle pour qui achète : la dette française rapporte plus, et elle rapporte plus parce qu'elle se dégrade.

Encore faut-il distinguer deux choses, et Vincent Clairmont les a séparées ici le 2 septembre dans « Quel sera le vrai test pour la dette française ? ». Un écart peut se payer parce que le marché redoute un événement daté — un budget qui ne passe pas, une censure : c'est une prime de conjoncture, qui se referme quand l'événement se dénoue. Ou parce qu'il a cessé d'attendre un événement et facture un état durable : c'est une prime de régime, et rien ne la referme, puisque rien de particulier ne l'a ouverte. Le signe distinctif se lit sans peine : en septembre, l'écart s'est élargi pendant l'annonce d'un budget à 54 milliards d'économies, quand il aurait dû se resserrer.

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Le parapluie, et ce qu'il couvre exactement

Reste la question qui décide de tout : le prêteur prend-il un risque proportionné à ce supplément ?

Depuis 2012, la réponse est connue : dans la zone euro, une dette souveraine ne fait pas défaut par accident. L'engagement de Mario Draghi, puis les instruments qui l'ont formalisé, ont placé au-dessus des dettes nationales un filet que la BCE peut déployer — le dernier en date, l'instrument de protection de la transmission, créé le 21 juillet 2022.

Mais lisez le communiqué. La BCE y énonce quatre critères cumulatifs d'éligibilité, dont le respect du cadre budgétaire européen et la soutenabilité de la trajectoire de dette, et le Conseil des gouverneurs conserve un pouvoir d'appréciation « complet » sur l'activation.

Ce n'est donc pas un parapluie, c'est un parapluie tenu par quelqu'un d'autre. Et le premier critère ne dit pas « ne pas avoir de déficit » : il dit ne pas être sous procédure pour déficit excessif, ou ne pas avoir manqué d'agir après une recommandation du Conseil. Ce qui protège la France n'est pas sa situation budgétaire — elle est mauvaise — mais le jugement que Bruxelles porte sur ses efforts. Le prêteur qui touche 4,8 % ne prend pas un risque nul : il prend un risque de discrétion, et il parie sur la bienveillance d'un comité.

Notons au passage qui vend et qui achète, car cela servira plus loin. Celui qui peut attendre sera remboursé à 100 et n'a rien perdu : s'il a de l'argent frais, il achète décoté et s'assure près de 5 % par an — c'est la position de Royal London et la lecture de HSBC. Celui qui a une notation minimale inscrite dans son mandat vend le jour où Scope retire le AA−, parce que sa procédure le lui ordonne et non parce qu'il croit au défaut. Le vendeur est contraint, l'acheteur est libre, et les contraints, en France, sont nos assureurs et nos banques.

L'arithmétique de cette décote — pourquoi un titre perd de la valeur quand les taux montent, de combien, et ce que change la durée restante — est exposée dans la fiche d'Élise Rochefort publiée ce jour.

Donc il n'y aura pas de crise

Arrêtons-nous ici, parce que l'essentiel vient d'être dit sans être nommé.

Trois faits, et un seul fil les relie. Les professionnels achètent : l'argent est là. La BCE peut déployer un filet : le défaut n'arrivera pas par accident. Et personne, ni à Paris, ni à Francfort, ni chez les créanciers, n'a intérêt à ce que la France cesse de payer.

Tirons-en la conclusion, même si elle contredit tout ce qu'on entend depuis dix jours. Il n'y aura pas de crise de la dette française.

Il y aura autre chose, qui n'a pas de nom dans le débat public et qu'il faut donc

À part Christine Lagarde, qui peut encore donner une chance au bloc central à la présidentielle ?

29 September 2026 at 17:42

par Eric V.

Le 16 novembre 2016, un homme qui n'avait jamais été élu à quoi que ce soit annonçait sa candidature à la présidence de la République. Dix ans plus tard, le bloc central aligne quatre candidats et pas un présidentiable. Il lui reste une carte, et elle est à Francfort.

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Bobigny, il y a dix ans

Le 16 novembre 2016, à Bobigny, Emmanuel Macron annonçait sa candidature. Il avait trente-huit ans, aucun mandat électif derrière lui, trois mois de vie civile depuis sa démission du gouvernement, et une dizaine de points dans les sondages. Cinq mois plus tard il était élu. On a beaucoup écrit sur le personnage ; on a moins regardé le gabarit. Ni élu, ni militant, ni comptable d'un bilan devant des électeurs, mais lourd d'une excellence certifiée par des institutions — l'Inspection des finances, une banque d'affaires, un secrétariat général adjoint, un ministère par nomination.

Ce gabarit n'était pas un accident. C'était une réponse à une panne, et la panne est revenue.

La campagne d’Édouard Philippe décroche dans les sondages
Popularité à 27 % chez Odoxa, 46 % chez l’Ifop, 45 % au second tour contre 49 % en août : ce que trois séries de mesures disent d’Édouard Philippe depuis mai.
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Quatre candidats et pas un présidentiable

Regardons l'offre. Édouard Philippe est mesuré à 19 % d'intentions de vote quand il n'a qu'un concurrent au centre, à 17 % quand il en a deux, à 14 % quand ils sont trois, selon la notice déposée le 14 septembre à la Commission des sondages par Toluna Harris Interactive. Sa cote de popularité recule de trois points en un mois chez Odoxa, à 27 %, et de dix points depuis mai 2025. Une information judiciaire a été ouverte au printemps sur la gestion du pôle numérique du Havre ; il n'a pas été mis en examen et bénéficie de la présomption d'innocence, mais le dossier existe et il pèse.

Gabriel Attal va de 8 à 15 % selon le nombre de concurrents. Il progresse — trois points et huit places au baromètre Cluster 17 de septembre — et c'est précisément son problème : à trente-sept ans, après un passage à Matignon qui aura duré huit mois, il monte dans les classements de sympathie sans jamais franchir le plafond de la crédibilité présidentielle. Bruno Retailleau ne dépasse jamais 10 % dans aucune hypothèse, et perd six points de popularité en un mois, à 20 %. Il tient une ligne, ce qui est déjà rare ; il ne tient pas un électorat.

Élargissons, puisque c'est la mode, et comptons le Parti socialiste dans le bloc central — ce que personne n'assume et que tout le monde pratique. Raphaël Glucksmann a annoncé sa candidature le 23 août, ce qui lui donne un avantage sur les trois précédents : il existe. Il est mesuré entre 9 et 12 %. On dira qu'il progresse, et c'est vrai — il est le seul du haut de tableau à gagner un point en septembre chez Odoxa. Mais une candidature déclarée qui ne décolle pas est un plafond, pas un plancher, et il lui manque les trois choses qu'on ne fabrique pas en dix-huit mois : le charisme, l'habileté de manœuvre, et cette crédibilité gouvernementale qui ne s'acquiert qu'en ayant tenu un ministère par gros temps.

Quatre hommes, quatre plafonds. Aucun n'émerge, et chacun empêche les autres.

L'arithmétique qui donne des sueurs froides

Voilà où le sujet devient sérieux. Dans l'hypothèse où le centre et la gauche non insoumise présentent trois candidats, le mieux placé d'entre eux est à 14 %. Jean-Luc Mélenchon est à 16. Marine Le Pen est à 33. Faites l'addition : le second tour se joue sans le bloc central.

Quelle non-réforme des retraites Retailleau propose-t-il ?

29 September 2026 at 09:59

par Vincent Clairmont

40 milliards d'économies cumulées sur cinq ans, soit 8 milliards par an, pour une dépense de pensions à 14,1 % du PIB. Deux pour cent. Et le seul étage du projet censé sortir du régime général est garanti par l'État.

Léon XIV révèle le besoin d'espérance, d'unité et d'autorité morale des Français

28 September 2026 at 10:25

par Eric V.

Huit cent mille personnes à la Concorde samedi ; 22 % des Français qui disaient, en février, faire confiance à la politique. Entre ces deux chiffres tient la leçon du voyage de Léon XIV : les Français ne manquent pas de pouvoir. Ils manquent d'autorité.

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Huit cent mille. C'est le chiffre que le Vatican a retenu, sur la foi des autorités locales, pour la messe célébrée samedi par Léon XIV entre la place de la Concorde et l'Arc de triomphe. Benoît XVI avait réuni 260 000 fidèles aux Invalides en 2008. Il faut y ajouter les 80 000 jeunes du Stade de France, qui ont clos leur veillée par un Salve Regina, et les 150 000 pèlerins de Lourdes, dont près de 7 000 malades. En quatre jours, un pays réputé déchristianisé a produit des foules qu'aucun parti ne sait plus réunir.

Il serait commode d'y voir le retour de la France catholique. Ce serait faux, et d'autres chiffres le disent aussi nettement que ceux de la Concorde. En février, un sondage Ifop pour l'ADMD créditait de 84 % d'approbation la loi sur l'aide à mourir, définitivement adoptée le 15 juillet, que ce même pape est venu dénoncer à l'Élysée comme « l'offre d'une mort programmée ». Les Français ne sont donc pas venus chercher un accord. On ne traverse pas Paris à pied pour se faire donner raison, ni pour se faire donner tort. Ils sont venus chercher autre chose, et je suppose que beaucoup auraient du mal à dire quoi.

Le décor, lui, se lit sans peine. 90 % des Français jugent leur pays en déclin, record depuis que l'enquête Fractures françaises existe. 22 % seulement font confiance à la politique, contre 40 % en Italie, 44 % au Royaume-Uni et 45 % en Allemagne. Un peuple qui ne croit plus ses gouvernants et qui se presse autour d'un homme qui ne gouverne rien : voilà le fait. Il trahit trois manques, et le voyage les a rendus visibles.

« Exsules filii Hevae » : ce que 80 000 jeunes ont chanté à Saint-Denis
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L'espérance, ou la seule offre qui ne promet rien

Relisons ce que le pape a dit, puisque c'est à cela qu'on a répondu. À Lourdes : « Vous ne repartirez pas de Lourdes comme vous y êtes arrivés : vous repartirez en missionnaires de l'espérance ! » Le soir, aux flambeaux : « Que cette lumière que nous tenons ce soir ne s'éteigne jamais dans nos vies ». Et cette phrase sèche, presque brutale : « C'est aujourd'hui, pas demain, qu'il faut se convertir. »

Il n'y a là-dedans ni chiffre, ni échéance, ni plan pluriannuel. Rien qui ressemble à une promesse. La même semaine, le gouvernement prépare un budget à 54 milliards d'économies que son auteur présente lui-même comme « réversible ». La politique vend des promesses à la tonne et les reprend au kilo. Le pape n'en a vendu aucune, et c'est lui qu'on est venu écouter.

Faut dire que les Français ont perdu l'optimisme, et c'est précisément pour cela que l'espérance leur manque. On confond les deux. L'optimisme porte sur les choses : il prévoit qu'elles iront mieux, et les chiffres du déclin l'ont tué. L'espérance porte sur la personne : elle tient debout quand les choses vont mal.

L'optimisme est un pronostic. L'espérance est une tenue.

Il y a une raison française à cette pénurie. Pendant soixante-dix ans, l'État s'est fait le fournisseur exclusif de l'avenir : la retraite garantie, la santé gratuite, l'école qui promettait l'ascension, le budget qui promettait la croissance. Une nation qui a confié son lendemain à la loi de finances découvre aujourd'hui que la loi de finances ne peut plus rien promettre. L'espérance revient alors là où elle était avant l'État-providence : dans des personnes. Les 13 234 adultes baptisés à Pâques, trois fois plus qu'en 2016, les 18-25 ans en tête, ne sont pas des nostalgiques. Ce sont des enfants à qui l'on n'a rien transmis, et qui vont chercher ailleurs que dans l'État ce que l'État ne sait plus donner.

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L'unité sans uniforme

La deuxième chose qu'on a vue, c'est un pays assemblé. Le vendredi, une déambulation du boulevard Montparnasse à la place Saint-Michel, ouverte à tous. Le samedi matin, la Maison Bakhita, où le pape a rappelé que « les pauvres ne sont pas une catégorie sociologique ». Le dimanche, les malades au premier rang de Lourdes. Aujourd'hui, à Metz, une rencontre interreligieuse. Des jeunes, des malades, des clercs, des migrants, des curieux : la foule la plus bigarrée que la France ait montrée d'elle-même depuis longtemps.

Cette unité n'est pas une unité d'opinion, puisque la majorité désapprouve le pape sur la fin de vie. Ce n'est pas davantage une unité de programme. C'est une unité de présence : des gens qui se tiennent au même endroit sans avoir à penser la même chose. Notre vie politique ne sait produire que l'inverse, des camps qui pensent chacun la même chose et ne se tiennent plus jamais au même endroit.

Le baromètre du CEVIPOF dit d'ailleurs où les Français cherchent cette unité-là. Ils accordent leur confiance aux artisans (84 %), aux PME, à ce qui est proche et tangible, et 70 % réclament des conventions citoyennes pour débattre des sujets de société. Ils ne demandent pas qu'on les unifie d'en haut : ils demandent à décider ensemble, de près. C'est exactement ce que nos institutions leur refusent, avec une Constitution qui concentre tout et des budgets adoptés sans vote. À l'UNESCO, le pape a opposé l'unité imposée de Babel à celle de la Pentecôte, où chacun entend « dans sa propre langue ». Thibault de Varenne en tire aujourd'hui les conséquences pour l'Europe. Pour la France, la leçon tient en une ligne.

On n'unit pas un peuple en le mettant en rang. On l'unit en le laissant venir.

Auctoritas

Reste le troisième manque, le plus profond. Dans le récit de ses propres actes, Auguste écrit qu'il a surpassé tous les autres par l'auctoritas, sans avoir eu plus de potestas que ses collègues magistrats. Les Romains distinguaient ce que nous avons oublié de distinguer : le pouvoir de contraindre, et le crédit d'une parole qu'on suit sans y être obligé.

Léon XIV n'a en France ni armée, ni impôt, ni police, ni électeurs. Il est pourtant venu dire au président de la République, dans son palais, quatre désaccords : sur la fin de vie, sur la gestation pour autrui, sur la dissuasion nucléaire, et sur la laïcité, qui, a-t-il dit, « ne consiste pas à exclure la religion de l'espace public ». Il a demandé aux évêques la « plus grande vigilance » contre les abus. Et il a été écouté par des foules qui, sur plusieurs de ces points, ne partagent pas son avis. C'est la définition même de l'autorité : une parole qui ne dépend pas du vote de ceux qui l'écoutent, et qu'on écoute pour cette raison.

Notre État est le négatif exact de cette figure. Il a toute la potestas : il légifère sur la mort, sur l'école, sur les factures des artisans, sur ce qu'on peut dire en ligne. Il n'a plus l'auctoritas : 22 % de confiance. Et parce qu'il n'est plus cru, il contraint davantage. Un pouvoir qu'on n'écoute plus gouverne par la règle, faute de pouvoir gouverner par la confiance ; chaque norme nouvelle est l'aveu d'un crédit perdu.

Quand l'autorité s'en va, le pouvoir s'installe dans les meubles.

On objectera, et l'objection est lourde, que l'Église est mal placée pour incarner l'autorité morale. Le rapport Sauvé a estimé en 2021 à 330 000 le nombre de mineurs victimes d'abus dans l'Église de France depuis 1950. On ajoutera que 800 000 personnes ne font pas un peuple, et qu'une messe sur la Concorde ne remplit pas les églises le dimanche. Tout cela est vrai. Mais cela confirme la thèse au lieu de l'affaiblir. L'autorité qu'on a vue ces quatre jours n'était pas celle d'une institution, que ses fautes ont ruinée ; c'était celle d'un homme qui parle sans rien briguer, dans une Église contrainte de reconnaître ses crimes avant de reparler. Quant au nombre, le pape n'a pas créé le besoin : les 90 % du déclin et les 22 % de confiance le mesuraient avant lui. Il l'a seulement rendu visible, par contraste.

En août, j'écrivais ici que les Français attendaient un sauveur : trois sur quatre réclamaient « un vrai chef », quatre sur dix un homme fort dispensé du Parlement. Léon XIV est-il la réponse à cette attente ? Il en est le contraire. Le sauveur réclame la potestas pour agir à notre place ; l'autorité ne réclame rien et nous laisse responsables. Je me demande si ces foules n'ont pas découvert, samedi, qu'on pouvait suivre quelqu'un qui ne commande personne. Ce serait le meilleur remède à la tentation de l'homme fort. Le pouvoir, lui, a fini par se déplacer : absent de toutes les messes, Emmanuel Macron devait assister à la dernière, à Metz.

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Dernier mot

Le voyage n'a rien résolu, et il n'avait pas à le faire. Il a mis au jour un besoin que la politique ne sait plus combler, et qu'elle va chercher à capter d'ici 2027. Il faut donc dire nettement ce qu'on en fait.

D'abord, ne rien demander de ce besoin à l'État. Un État qui prétend incarner l'autorité morale, sur la mort, l'école ou la conscience, n'ajoute pas un gramme d'auctoritas : il étend sa potestas en la déguisant. Plus il légifère sur le bien, moins il est cru.

Ensuite, se méfier de quiconque proposera, en 2027, de remplir ce vide par la force. Le besoin que Léon XIV a révélé n'est pas une demande de maître. Le candidat qui le confondra avec un appel à l'homme fort aura mal lu la Concorde.

Enfin, rebâtir l'autorité là où elle naît : dans la parole tenue, le métier bien fait, la commune, l'association, la paroisse, la famille. Les Français font confiance à leurs artisans à 84 % pour une raison simple : l'artisan répond de ce qu'il fait. C'est de là que repartira toute autorité, pas d'un ministère.

Et le lecteur ne s'en tirera pas à si bon compte. Huit cent mille personnes à la Concorde, samedi. Combien, dans une semaine, auront tenu une promesse coûteuse, pris une responsabilité locale, cessé d'attendre ? L'espérance ne se regarde pas à la télévision. On ne délègue pas son espérance à un visiteur de quatre jours.

Le pape repart ce soir de Metz. L'autorité ne se décrète pas, et elle ne s'importe pas davantage : elle se regagne, parole tenue après parole tenue. C'est le seul programme qui ne dépende pas de l'élection de 2027.

Léon XIV et Macron : la tour de Babel et l'UE

28 September 2026 at 10:10

Par Thibault de Varenne

Le 25 septembre, à l'UNESCO, Léon XIV a raconté deux histoires. La première se passe au pied d'une tour, la seconde sur une place de Jérusalem. On a retenu du discours le multilatéralisme, l'intelligence artificielle, l'éducation. On a oublié la tour de Babel, symbole également très présent dans la franc-maçonnerie. Et c'est elle qui donne la clé de la journée, et de la matinée passée à l'Élysée.

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« La tour de Babel représente une unité imposée par la domination », a dit le pape. À la Pentecôte au contraire, chacun entend le message « dans sa propre langue maternelle », et « la communion ne supprime en rien la diversité ». La Babel moderne porte, selon lui, trois noms : « une mondialisation poursuivie sans fraternité », « des formes rapaces de néocolonialisme », « les impositions idéologiques ».

Le Pape, Babel et les lois noachides : ce que disent les textes
Talmud, Maïmonide, Congrès américain de 1991, Constitutions maçonniques, Catéchisme : les lois noachides, pièce par pièce.
« Exsules filii Hevae » : ce que 80 000 jeunes ont chanté à Saint-Denis
Vendredi, 80 000 jeunes ont clos la veillée du pape au Stade de France par le Salve Regina, chant millénaire des exilés. Ce qu’il dit d’une génération
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Ce que dit la Genèse

Après le déluge, Dieu bénit Noé et ses fils et leur ordonne de remplir la terre. Le chapitre suivant dénombre les peuples, chacun selon sa langue. Puis viennent les bâtisseurs : « Faisons-nous un nom, pour ne pas être disséminés sur toute la surface de la terre. » Babel n'est pas un péché d'architecture. C'est le refus de la pluralité : un chantier, une langue, un nom. La Pentecôte ne rétablira pas la langue unique. Elle fera comprendre sans uniformiser.

Une rencontre, et rien de plus

Les francs-maçons lisent Babel de la même façon. Dans leurs légendes, la tour est la construction manquée et le Temple de Salomon l'œuvre réussie ; les Constitutions d'Anderson font de la loge un « centre d'union ». La rencontre est

Le Pape, Babel et les lois noachides : ce que disent les textes

28 September 2026 at 09:56

Par Élise Rochefort

Les « lois noachides » désignent, dans la tradition rabbinique, sept prescriptions tenues pour obligatoires à l'égard de l'humanité entière, et non du seul peuple juif. Leur nom renvoie à Noé, avec lequel le livre de la Genèse rapporte une alliance conclue après le déluge (Gn 9).

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Leur liste est fixée dans le Talmud de Babylone, au traité Sanhédrin (56a) : l'institution de tribunaux, et six interdits portant sur le blasphème, l'idolâtrie, les unions illicites, le meurtre, le vol et la consommation d'un membre prélevé sur un animal vivant. Ces prescriptions sont régulièrement invoquées, depuis plusieurs années, à l'appui d'une thèse selon laquelle une « religion noachide » mondiale serait en préparation. La présente fiche reprend les textes cités à l'appui de cette thèse.

Les textes rabbiniques

Le statut des sept prescriptions est précisé au XIIe siècle par Maïmonide, dans le Mishneh Torah, au livre des Lois des rois (chapitres 8 à 10). Le judaïsme n'y fait pas obligation aux non-Juifs de se convertir. Un non-Juif qui observe les sept prescriptions est qualifié de « pieux des nations » et se voit reconnaître une part au monde à venir. Maïmonide y met une condition : les observer parce que Dieu les a prescrites, et non parce que la raison les recommande. Le sort de celui qui les observe par la seule raison dépend du manuscrit consulté : selon les éditions imprimées, il n'est pas même compté « parmi leurs sages » ; selon les manuscrits yéménites, il est au contraire « de leurs sages ». La condition elle-même a été contestée au XVIIIe siècle par le philosophe juif Moses Mendelssohn, dans une lettre de 1773 au rabbin Jacob Emden consacrée au salut des justes qui ignorent ces lois.

Les mêmes chapitres comportent un volet pénal. Maïmonide y prévoit la peine capitale pour le non-Juif qui transgresse l'une des prescriptions, sur décision d'un tribunal. L'application de ce droit suppose une juridiction, le Sanhédrin, disparue dans l'Antiquité tardive. Aucune autorité juive contemporaine ne revendique de l'exercer. Des dispositions pénales comparables figurent dans d'autres corpus religieux médiévaux, dont le droit canonique, sans application contemporaine.

La question du christianisme divise la tradition. Maïmonide range le culte chrétien dans l'idolâtrie, en raison de la doctrine de la Trinité. Les Tosafistes, commentateurs du Talmud aux XIIe et XIIIe siècles, estiment au contraire, dans leur glose sur Sanhédrin 63b, que l'« association » d'un autre nom à Dieu, le shituf, n'est pas interdite aux non-Juifs. Moïse Isserles reprend cette position au XVIe siècle. La divergence n'est pas tranchée.

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La résolution américaine de 1991

Le 20 mars 1991, le Congrès des États-Unis a adopté une résolution conjointe, devenue la Public Law 102-14. Ses considérants mentionnent les « valeurs éthiques et principes » des sept lois noachides et rendent hommage au rabbin Menachem Mendel Schneerson, dirigeant du mouvement Loubavitch, à l'occasion de son quatre-vingt-neuvième anniversaire. Son dispositif désigne le 26 mars 1991 comme « Education Day, U.S.A. » et invite le président à publier une proclamation. Le texte ne crée ni juridiction, ni obligation, ni sanction. Il relève de la catégorie des résolutions commémoratives, que le Congrès adopte en grand nombre. Une journée de ce nom fait l'objet de proclamations présidentielles depuis la fin des années 1970.

La loi naturelle et la franc-maçonnerie

Le terme a connu un usage hors du judaïsme. En 1640, le juriste anglais John Selden publie à Londres un traité, De jure naturali et gentium juxta disciplinam Ebraeorum, qui fait des préceptes noachides une expression de la loi naturelle, commune à tous les hommes. Le mot désigne alors, dans le vocabulaire savant anglais, une morale reconnue par la raison indépendamment d'une révélation particulière.

C'est dans ce vocabulaire que s'inscrivent les Constitutions de la franc-maçonnerie anglaise rédigées par le pasteur James Anderson. L'édition de 1723 oblige le maçon à la seule religion « sur laquelle tous les hommes s'accordent » ; celle de 1738 lui demande d'observer la loi morale « en vrai Noachide ». Un grade du Rite écossais ancien et accepté, le 21e, porte le nom de « Noachite ». L'historiographie maçonnique rattache ces emplois à la morale naturelle et à la tolérance religieuse des loges du XVIIIe siècle.

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La doctrine catholique

Le Catéchisme de l'Église catholique consacre trois paragraphes (§56 à 58) à l'alliance avec Noé. Il y voit le principe de « l'Économie divine envers les "nations" », un ordre de la pluralité des nations destiné à limiter l'orgueil d'une humanité qui « voudrait faire par elle-même son unité à la manière de Babel ». Il précise que cette alliance « est en vigueur tant que dure le temps des nations ». Les Actes des Apôtres (15, 20 et 29) rapportent qu'une assemblée réunie à Jérusalem demanda aux païens convertis de « s'abstenir des souillures des idoles, des unions illégitimes, de la viande non saignée et du sang ». Plusieurs commentateurs rapprochent ces abstinences des préceptes noachides.

Babel dans le texte

L'ordre des chapitres de la Genèse est le suivant. Au chapitre 9, Dieu bénit Noé et ses fils et leur dit : « Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre. » Le chapitre 10 énumère les peuples issus des fils de Noé, « selon leurs langues ». Au chapitre 11, les hommes décident de bâtir une ville et une tour : « Faisons-nous un nom, pour ne pas être disséminés sur toute la surface de la terre. » Dans la lecture juive comme dans la lecture catholique, Babel est présentée comme un refus de l'ordre donné à Noé.

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La thèse et les pièces

La thèse d'une religion noachide mondiale, diffusée dans certains milieux, notamment en ligne, repose sur six affirmations principales. Le tableau ci-dessous les rapporte aux pièces invoquées.

Cinq valeurs que je n'achèterais pas dans un PEA d'ici le printemps

27 September 2026 at 16:49

Par Vincent Clairmont

Un lecteur me demande la liste inverse de celle du 24 septembre : non pas quoi acheter, mais quoi ne pas mettre dans un PEA — réservé, rappelons-le, aux sociétés dont le siège est dans l'Union européenne ou l'Espace économique européen, ce qui règle d'avance le sort des valeurs américaines et suisses. Cinq noms, mais trois mécanismes : je préfère l'annoncer que faire croire à cinq raisons distinctes.

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Le cadre d'abord. Le CAC 40 cotait 8 123 points le 23 septembre, 7 % sous son record d'août. L'OAT à dix ans est à 4,66 % au 25 septembre, le spread avec le Bund à environ 103 points de base. Et Goldman Sachs écrivait le 3 septembre que la sous-performance des actions françaises face au reste de l'Europe, qui dure depuis plus de deux ans, était appelée à se prolonger à cause de l'incertitude sur 2027. Ce n'est pas un environnement où l'on achète des décotes.

Premier mécanisme : l'automobile allemande n'est plus cyclique

Volkswagen a abaissé ses objectifs le 18 septembre : marge opérationnelle ramenée à 1 % contre une fourchette de 4 à 5,5 % précédemment annoncée, 10 milliards d'euros de charges exceptionnelles, chiffre d'affaires de 315 milliards. Le titre est sorti de l'Euro Stoxx 50 le 21 septembre. Il perd 28 % en 2026 et 71 % sur cinq ans ; la capitalisation est passée de 120 à 38 milliards. Les immatriculations du groupe en Chine reculent de 23,6 % sur un an en août, et le plan Zukunftsplan 30 vise 100 000 suppressions de postes d'ici 2030. BMW avait publié un avertissement sur résultats le 16 juin, marge automobile révisée en baisse, pour les mêmes raisons chinoises.

Une marge de 1 % n'est pas un point bas de cycle, c'est un ordre de grandeur de survie. Ce qui se révèle, ce sont quinze ans de capacités construites sur un marché chinois et un mix thermique qui n'existent plus — un malinvestissement au sens de Mises, pas un trou d'air. Je préconise de ne pas acheter la décote : elle n'a pas de plancher connu, et la restructuration se paiera d'abord sur les actionnaires.

Cinq valeurs que je n'achèterais pas dans un PEA d'ici le printemps
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Deuxième mécanisme : la signature de l'État français

Le 27 août, BNP Paribas perdait 4 %, Société Générale 3,6 %, Crédit Agricole 3,3 %, parmi les pires performances du CAC 40, sur la seule inquiétude budgétaire. L'OAT à dix ans était alors à 4,11 % et le trente ans frôlait les 5 %, inédit depuis 2008. Un mois plus tard, le dix ans est à 4,66 %.

Une banque française n'est pas un pari sur son management. C'est un pari à effet

OAT à 4,66 %, or en repli de 2,7 %, taxe foncière à régler : le point patrimonial du 27 septembre

27 September 2026 at 10:21

Par Vincent Clairmont

Chaque dimanche, je passe en revue ce que la semaine a changé pour votre épargne. Cette semaine : taxe foncière, PLF 2027, or et argent, taux souverains, bitcoin, livrets réglementés et euro, et la première échéance datée de DAC8.

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L'OAT à dix ans française cotait 4,66 % le 25 septembre, contre 4,5502 % le 18. L'once d'or a terminé la semaine à 4 305,40 dollars, en recul de 2,7 %. Le bitcoin cotait 83 922 dollars le 26 septembre, au terme d'une septième séance consécutive de collecte nette sur les ETF au comptant. Et Bercy a mis en ligne les avis de taxe foncière le 22 septembre. Je reprends ces dossiers un par un, sur le cas type de 500 000 euros que j'utilise depuis mai — divisez par deux à 250 000, multipliez par deux à un million.

Le calendrier fiscal : quatre dates avant la fin octobre

Les avis 2026 sont en ligne depuis le 22 septembre. Adhésion au prélèvement à l'échéance avant le 30 septembre, donc mardi. Buraliste partenaire jusqu'au 15 octobre pour les montants inférieurs ou égaux à 300 euros. Paiement en ligne jusqu'au 20 octobre. Prélèvement le 26 octobre.

Je préconise l'adhésion au prélèvement à l'échéance avant mardi — un débit unique décalé de cinq à six jours, à ne pas confondre avec la mensualisation. Cinq jours de trésorerie gagnés, et le risque de majoration de 10 % supprimé.

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Le PLF 2027 : le gel du barème est une hausse d'impôt

Sébastien Lecornu a esquissé le 18 septembre les contours du projet de loi de finances pour 2027 : 54 milliards d'euros d'effort, un déficit cible de 4,8 à 5 % du PIB contre 6,5 % sans mesures, et le gel du barème de l'impôt sur le revenu. Le texte passe en Conseil des ministres le 30 septembre — j'écrivais le 2 septembre que le vrai test de la dette française serait ce texte, pas le pétrole.

« Exsules filii Hevae » : ce que 80 000 jeunes ont chanté à Saint-Denis

26 September 2026 at 11:06

par Thibault de Varenne

Ad te clamamus, exsules filii Hevae. Vers toi nous crions, enfants d'Ève exilés. Vendredi soir, vers vingt-trois heures, ces mots ont été chantés par quatre-vingt mille jeunes gens au Stade de France, à Saint-Denis. Le pape venait de donner sa bénédiction. Les feux d'artifice attendaient. Entre les deux, on a chanté une antienne latine de près de mille ans, le Salve Regina.

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This is incredible. 80,000 young French Catholics sing the Salve Regina in Latin with Pope Leo XIV at a Prayer Vigil in the Stade de France. pic.twitter.com/AG5Il6N5GQ

— Catholic Sat (@CatholicSat) September 25, 2026

La soirée avait eu tout ce qu'on attend d'une soirée de stade. Des groupes de louange et de gospel pendant l'attente, une chanteuse venue de l'Eurovision, un bateau glissant sur la pelouse, des chevaux lancés dans l'arène, une fresque des saints de France de Geneviève à Charles de Foucauld, cent cinquante bannières, soixante reliques, la Sainte Tunique d'Argenteuil exceptionnellement sortie de sa basilique. Tout cela était beau, et tout cela était conçu pour eux.

Le Salve Regina, lui, n'a été conçu pour personne de vivant. C'est pourquoi il faut s'y arrêter.

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Deux Salve dans la même journée

Il y en avait eu un premier, quelques heures plus tôt. À la sortie des vêpres, sur le parvis de Notre-Dame, Léon XIV l'avait entonné lui-même, entouré des évêques, des prêtres, des religieux et des séminaristes venus de toute la France — huit mille, dit-on. C'était la première visite d'un pape dans la cathédrale depuis l'incendie de 2019. Le clergé chantait devant la façade restaurée.

Le soir, le même chant est revenu, mais dans d'autres bouches. Plus des clercs : des laïcs de dix-sept à trente-cinq ans. Plus une cathédrale : une enceinte bâtie pour le football et les concerts. Plus l'île de la Cité : Saint-Denis, à quelques kilomètres de la basilique où reposent les rois de France, et dont on avait demandé le matin même au pape de se souvenir dans sa prière.

On peut n'y voir qu'une rencontre de calendrier. Elle dit pourtant quelque chose. Le chant de l'après-midi était celui d'une Église qui se tient debout devant ses pierres rebâties. Celui du soir était celui d'une génération qui n'a pas connu ces pierres debout, et qui les découvre.

Ce que disent les mots

Il faut lire le texte, parce qu'il ne dit pas ce qu'on attendrait d'un soir de fête.

Il s'ouvre sur une s'alutation royale : Salve, Regina, mater misericordiae, salut, Reine, mère de miséricorde. Il nomme aussitôt trois choses : la vie, la douceur, l'espérance. Puis il bascule. Ceux qui chantent se désignent eux-mêmes comme des exilés, des fils d'Ève chassés du jardin. Ils crient. Ils soupirent. Ils gémissent et ils pleurent, in hac lacrimarum valle, dans cette vallée de larmes. Ils demandent qu'on tourne vers eux un regard. Et ils demandent, pour après, post hoc exsilium, qu'on leur montre enfin le fruit béni.

Ce n'est pas un hymne de victoire. C'est le chant de gens qui savent qu'ils ne sont pas chez eux.

Voilà ce que quatre-vingt mille jeunes Français ont chanté, au terme d'une soirée faite pour les exalter. On leur avait offert l'épopée des saints, la lumière, l'acclamation, leur propre nombre. Ils ont fini par dire qu'ils étaient en exil et qu'ils pleuraient. Il y a là une justesse que je ne m'explique pas entièrement, et qui m'a plus frappé que tout le reste.

Car le mot est exact. Cette génération n'est pas née dans la maison. Elle est née après le départ. Ses parents, souvent, n'avaient rien transmis, non par hostilité mais par lassitude, ou parce qu'eux-mêmes n'avaient rien reçu. Elle a grandi dans

Comment la retraite par répartition tue l'IA française

25 September 2026 at 18:48

par Eric V.

Chaque mois, sur votre fiche de paie, une ligne « vieillesse » part financer les pensions du mois. Elle ne s'investit nulle part, elle est dépensée. C'est le principe de la répartition. C'est aussi pour cela que Mistral lève ses milliards à Séoul et en Californie plutôt qu'à Paris.

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Regardez votre fiche de paie, à la ligne « vieillesse ». Ce qu'on y prélève ne sera jamais placé. Ce n'est pas un défaut de gestion, c'est la définition même du système : les cotisations d'aujourd'hui paient les pensions d'aujourd'hui. Plus de 14 % de la richesse nationale (COR) traversent ainsi le pays chaque année comme l'eau traverse une turbine — sans jamais s'accumuler nulle part.

Le 8 septembre, Mistral AI a levé trois milliards d'euros. Chef de file : Samsung, épaulé par un fonds européen que gère le suédois EQT. À la table, Nvidia, a16z, General Catalyst, des véhicules de BlackRock. Côté français : Bpifrance, c'est-à-dire l'État, une banque, deux gestionnaires. Le champion national de la souveraineté numérique se finance en coréen, en californien et en suédois. En français, surtout par l'impôt. Personne ne s'en étonne. On devrait.

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Un pays sans stock

Un fonds de pension, c'est un stock : des décennies de cotisations placées, qui doivent rapporter pour payer des retraites dans trente ans. Ce stock cherche du rendement de long terme, et il peut en consacrer une petite part à des paris risqués — le capital-risque. La répartition, c'est un flux : ce qui entre ressort le mois même. Un flux ne prend aucun pari. Il n'en a pas le temps.

L'écart se mesure. Selon l'OCDE, l'épargne retraite par capitalisation pèse environ 5 % du PIB en France, contre quelque 140 % en Suisse, 150 % au Canada, 180 % au Danemark. Et ses conséquences aussi : entre 2014 et 2023, l'Union européenne a investi 89 milliards d'euros en capital-risque, les États-Unis plus de 1 000. La Banque de France, qui n'est pas un repaire de libertariens, note que la contribution des investisseurs privés de long terme y est dix-sept fois plus faible qu'outre-Atlantique.

La digestion des Gilets Jaunes

25 September 2026 at 10:45

par Eric V.

Une guinguette en Normandie. Une mairie annulée par la justice. Un camping-car dans les Alpes. On explique cette semaine que les gilets jaunes sont écartés du pouvoir : le jugement de Montargis dit exactement le contraire. Personne ne les a écrasés. On les a assimilés — et la première digestion fut la leur.

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La Guinguette de Simone, à Amfreville-sous-les-Monts, sert des plats normands et organise des soirées vinyle le week-end. On y danse. La patronne a trente-huit ans, elle a repris l'établissement en mai 2024, et elle dit que tenir une guinguette est une activité politique. Elle s'appelle Ingrid Levavasseur. En 2019, elle était passée cent soixante-dix fois à la télévision.

Voilà ce que devient une figure des ronds-points quand on lui laisse le temps. Et voilà, aussi, pourquoi il faut se méfier du récit qui monte cette semaine.

Car hier, le tribunal administratif d'Orléans a annulé l'élection municipale de Montargis, remportée en mars par Côme Dunis, ancien gilet jaune passé par Les Républicains avant de conduire une liste soutenue par le Rassemblement national. Huit jours plus tôt, Philippe Brun était écarté de la primaire socialiste. On a vu fleurir aussitôt la même phrase : on écarte les gilets jaunes du pouvoir. C'est faux, et c'est pire que faux — c'est confortable.

Confinement énergétique annoncé au 20h par Macron : histoire d’une fake news “patriote”
Six millions de vues, huit mesures, aucune annoncée. Reconstitution documentée de la rumeur du confinement énergétique, du rapport AIE au démenti
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Montargis, cinquante-neuf voix

Reprenons les faits, ils sont courts. Côme Dunis est élu le 22 mars 2026, installé le 29. Il l'emporte avec cinquante-neuf voix d'avance, 34,64 % contre 33,10 %, soit 1,54 % des suffrages exprimés. Le 5 août, il démissionne. Il invoque une affection récemment diagnostiquée, refuse d'en dire davantage au nom de sa vie privée, et déclare que c'est la décision la plus difficile de sa vie. Cent vingt-neuf jours de mandat. Je n'en sais pas plus et je n'ai pas l'intention d'en savoir plus : la santé d'un homme n'est pas un argument, et ceux qui en font un se déshonorent.

Dominique Coquelle lui succède. Puis, hier, le juge électoral annule tout. Le motif n'est pas le maire, ni son parcours, ni son étiquette : c'est une vidéo diffusée par un tiers entre les deux tours, que le tribunal a jugée diffamatoire envers le candidat communiste Bruno Nottin, arrivé deuxième, et qui appelait explicitement à voter pour la liste soutenue par le RN. Le tribunal a retenu qu'elle excédait de loin les limites admissibles du débat électoral, que Nottin n'avait pu y répondre utilement, et qu'avec un écart de cinquante-neuf voix elle avait pu altérer la sincérité du scrutin. Nottin a porté plainte en diffamation ; une enquête est ouverte, et l'auteur de la vidéo est présumé innocent. Le RN a un mois pour se pourvoir devant le Conseil d'État, qui devra statuer dans les six mois.

Autrement dit : Dunis avait rendu son mandat sept semaines avant que le juge ne l'annule, et l'annulation ne le vise pas — elle sanctionne une manœuvre qui avait joué en sa faveur. Le papier sur l'État qui écarte les gilets jaunes se démonte donc avec le jugement lui-même, en une demi-journée, par n'importe quel contradicteur ayant pris la peine de le lire. Je préfère qu'on le sache par nous.

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Sept trajectoires, une seule porte

Prenons maintenant les figures du mouvement une à une, et regardons ce qui leur est arrivé depuis 2018. Non pas ce qu'on en dit : ce qu'elles font.

Ingrid Levavasseur, aide-soignante devenue visage national, tente en 2019 de conduire une liste aux européennes. Le projet est abattu, non par le pouvoir, mais par la base du mouvement, pour qui se faire représenter était déjà trahir ; elle y

Quelles sont les actions françaises les plus prometteuses à acheter en octobre ?

24 September 2026 at 15:30

Par Vincent Clairmont

Le CAC 40 a clôturé mercredi à 8 123 points, plus de 7 % sous son record d'août à 8 742. L'écart de taux entre la dette française et la dette allemande à dix ans, le spread, atteignait 102 points de base la veille. Le budget 2027 sera déposé mercredi prochain. Et la question qui remplit ma boîte depuis dix jours est toujours la même : la baisse est-elle une occasion, et sur quels titres ? Ma réponse tient en trois temps : pas l'indice, deux dossiers, et un calendrier. Je détaille.

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POURQUOI PAS « LE CAC » ?

Parce qu'acheter l'indice parce que les prix ont baissé, c'est acheter exactement ce que ma doctrine exclut : des actions européennes de grande capitalisation à valorisation moyenne, sans marge de sécurité particulière. C'est le centre du portefeuille, là où le Barbell ne met rien. Une baisse de 7 % ne transforme pas un indice moyen en affaire. Elle le rend moins cher, ce n'est pas la même chose.

Il y a une seconde raison. Si la séquence budgétaire tourne mal et que le spread file vers 150 points, tout baissera ensemble, bons et mauvais dossiers confondus. Dans ce scénario, l'indice n'offre aucune protection. Ce qui en offre, c'est un titre dont le prix intègre déjà le pire, ou une entreprise dont le carnet de commandes ne dépend pas de Bercy. J'ai trouvé un dossier de chaque espèce.

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PREMIER DOSSIER : GECINA, OU LE BUREAU PARISIEN SOLDÉ À MOITIÉ PRIX

Gecina est la grande foncière des bureaux parisiens. Le titre cote autour de 66 euros, soit une décote d'environ 50 % sur l'actif net réévalué, c'est-à-dire la valeur des immeubles une fois la dette déduite. Autrement dit, la Bourse vous vend un euro d'immobilier parisien pour cinquante centimes.

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