❌

Normal view

Les conservateurs et les souverainistes français sont-ils devenus les supplétifs du macronisme ?

16 October 2026 at 17:36

Par Eric V.

Laure Lavalette s'inquiète pour les vitrines. Jordan Bardella voit des groupuscules d'extrême gauche. Zemmour veut prélever les allocations des parents de lycéens. Murer et Rougeyron se taisent. La veille du 17 octobre, la droite a choisi son camp : celui du préfet.

Les conservateurs et les souverainistes français sont-ils devenus les supplétifs du macronisme ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Les conservateurs et les souverainistes français sont-ils devenus les supplétifs du macronisme ?

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

« Bien sûr que je suis inquiète pour la journée de demain. Je suis inquiète pour les vitrines des commerçants, pour les bâtiments publics, pour les gens qui y seront. » La phrase a été prononcée ce vendredi sur Franceinfo par Laure Lavalette, porte-parole du Rassemblement national. Le même jour, sur CNEWS, Jordan Bardella expliquait que la mobilisation du 17 octobre était « un prétexte pour tous les groupuscules d'extrême gauche de perpétrer des débordements ».

Un parti qui fait campagne depuis dix ans sur la colère des Français trouve, la veille du jour où ils descendent dans la rue, ses premiers mots pour les vitrines. Laure Lavalette a ensuite réclamé une TVA à 5,5 % sur l'énergie, c'est vrai. Mais les vitrines sont venues d'abord. Le RN n'est pas le seul. Toute la droite conservatrice et souverainiste a fait la même chose cette semaine, avec des nuances de ton et une remarquable unité de fond : entre la colère et l'ordre, elle a choisi l'ordre. Celui de Laurent Nuñez.

17 octobre : convergence des luttes ou récupération par les auxiliaires de l'ordre macroniste ?
Le pouvoir redoute la convergence des luttes. Parcours fixé la veille, cortèges encadrés par la CGT : le 17 octobre a peu de chances de virer à l'insurrection.
Les conservateurs et les souverainistes français sont-ils devenus les supplétifs du macronisme ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Une semaine de bons points

Reprenons le carnet de notes. Le 8 octobre, Éric Zemmour demandait que les lycéens bloqueurs, qu'il appelle des « émeutiers », soient « sévèrement sanctionnés » et que leurs parents paient les dégâts, « quitte à les prélever sur leurs allocations sociales ». Le 2 octobre, Nicolas Dupont-Aignan dénonçait les violences des cortèges lycéens et demandait « jusqu'où va-t-on laisser cette violence se banaliser ? ». Le 14, Marion Maréchal rassurait tout le monde : « 97 % des lycéens et étudiants ne se mobilisent pas ».

Ce sont les hostiles. Viennent ensuite les silencieux, plus nombreux qu'on ne croit. Sur leurs comptes X, depuis un mois, je n'ai trouvé aucun appel au 17 octobre chez Philippe Murer, aucun chez Pierre-Yves Rougeyron. François Asselineau fait exception à moitié : il a salué le 6 octobre une manifestation de jeunes réclamant la démission d'Emmanuel Macron, mais il n'a pas relayé l'appel du 17. Florian Philippot, lui, s'est demandé le 14 septembre « qu'en penser vraiment ? », a jugé qu'« un peuple debout est toujours préférable à l'inaction », puis a appelé quatre jours plus tard à sa propre manifestation, le 3 octobre, place du Palais-Royal. Un défilé à soi, plutôt que la colère des autres.

En face, la gauche, socialistes compris, appelle à descendre dans la rue. On peut trouver cela opportuniste, et ça l'est. Mais il faut regarder le résultat : la seule colère populaire de l'automne est abandonnée par ceux qui prétendent parler au nom du peuple, et ramassée par la CGT et La France insoumise.

La vieille préférence

Ce n'est pas nouveau, c'est très français. Le 30 mai 1968, la droite a eu son grand jour dans la rue, et c'était pour défiler sur les Champs-Élysées derrière le général de Gaulle, contre la grève. Depuis, elle ne descend en masse dans la rue que pour défendre une institution : l'école libre en 1984, la famille en 2013. Contre l'impôt ou contre la police, presque jamais.

On me dira qu'il y a des casseurs, et c'est vrai : le ministère attend 50 à 100 black blocs dans des villes comme Nantes ou Lyon, et personne de sensé ne défend une vitrine brisée. Mais la vitrine n'est pas la question. La question est de savoir de quel côté l'on se tient quand des lycées manquent de professeurs, que le gazole ne redescend pas et que le budget taxe ce qui reste. La droite conservatrice et souverainiste a répondu : du côté du préfet.

Je suppose qu'il y entre du calcul. Un parti qui se voit à l'Élysée en 2027 n'a pas envie d'hériter d'un pays qui a pris l'habitude de la rue, et il veut que les retraités et les commerçants qui votent pour lui le voient en gardien. C'est compréhensible. C'est aussi exactement ce que faisait Emmanuel Macron en 2018.

Les conservateurs et les souverainistes français sont-ils devenus les supplétifs du macronisme ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

L'ordre de qui ?

Il y a pourtant une confusion au cœur de cette préférence, et elle n'a rien de tactique. Le conservateur français confond l'ordre de la société avec l'ordre de l'État. Il croit défendre la France quand il défend la préfecture. Or l'État qu'il protège samedi est celui qui a voté les ZFE, qui fiscalise la transmission des entreprises et qui laisse filer la dette vers 3 810 milliards d'euros. Ce n'est pas la civilisation que gardent les CRS boulevard Voltaire. C'est un guichet.

On objectera que l'insurrection n'est pas une politique. Je suis d'accord : je ne crois pas au Grand soir, et je ne l'appelle pas. Mais entre l'émeute et le soutien au ministre de l'Intérieur, il existe toute une gamme de positions, dont la plus simple : dire que la colère est juste et que l'État en est la cause. Personne, à droite, ne l'a dite cette semaine.

Et vous, lecteur conservateur, qui avez soupiré en voyant les images des lycées bloqués ? Vous aviez peut-être raison sur la méthode. Mais posez-vous la question qu'ils ne se posent pas : si la colère ne vient plus jamais de chez vous, qui la portera, et contre qui ?

Les conservateurs et les souverainistes français sont-ils devenus les supplétifs du macronisme ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Dernier mot

Samedi, les supplétifs ne seront pas dans la rue. Ils seront sur les plateaux, à compter les vitrines avec le ministre. Le 18 au matin, ils dénonceront de nouveau le « système », et Laurent Nuñez pourra les remercier d'avoir tenu, la veille, exactement les mêmes propos que lui.

17 octobre : convergence des luttes ou récupération par les auxiliaires de l'ordre macroniste ?

16 October 2026 at 11:46

Par Eric V.

République, boulevard Voltaire, Nation : le parcours n'a été fixé que ce matin, et il est contesté par les manifestants. Entre-temps, la CGT, LFI et le NPA ont déclaré les cortèges, et l'intersyndicale a déjà fixé la suite au 5 novembre. Le Grand soir annoncé a son service d'ordre.

17 octobre : convergence des luttes ou récupération par les auxiliaires de l'ordre macroniste ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
17 octobre : convergence des luttes ou récupération par les auxiliaires de l'ordre macroniste ?

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Ce vendredi matin, la préfecture de police a voulu trancher : le cortège parisien partirait de la place de la République et s'arrêterait place de la Nation. Il aura fallu trois jours pour en arriver là. Jeudi, le préfet Patrice Faure avait interdit le parcours déclaré par les étudiants de l'Interfac, de République à la Concorde, au nom de « risques sérieux de troubles à l'ordre public ». Il avait refusé dans la foulée celui des Gilets jaunes et des syndicats, de l'Opéra à la Bastille, et proposé à la place un détour par Clichy, Pigalle et Barbès, que personne ne voulait.

Le mouvement, lui, n'a ni chef ni bureau. Il est né sur les réseaux, contre le prix du gazole et la vie chère, et il s'est grossi en route des lycéens, des étudiants, puis des syndicats. Une carte collaborative recense plus de mille actions ; une source proche du ministère de l'Intérieur en compte 200 à 300, dont une soixantaine de manifestations. À Paris, les autorités attendent entre 20 000 et 40 000 personnes.

Le pouvoir a peur, et il ne s'en cache pas. Laurent Nuñez a réuni cette semaine les chefs de la police, de la gendarmerie et du renseignement ; il a briefé les préfets par visioconférence ; il annonce 50 à 100 black blocs dans des villes comme Nantes, Rennes ou Lyon, et promet « une intervention ferme et immédiate » contre tout blocage durable. Sébastien Lecornu, qui parlait déjà le 1er octobre de « violences urbaines » à propos des lycées, n'a pas changé de vocabulaire.

Qu'est-ce qui fait trembler un ministre de l'Intérieur à la veille d'un samedi d'automne ? Pas les vitrines, il en a vu d'autres. C'est un mot, que la gauche française se transmet comme un bijou de famille depuis cent cinquante ans : la convergence des luttes. L'idée que les colères, en se rejoignant dans la rue, finiront par faire tomber le pouvoir d'un coup, un soir, comme un fruit trop mûr. Le Grand soir.

Ce Grand soir est-il possible le 17 octobre ? Personne n'a de boule de cristal. Mais on peut regarder comment la machine est montée, et la machine dit déjà beaucoup.

17 octobre : convergence des luttes ou récupération par les auxiliaires de l'ordre macroniste ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Une colère partout, et nulle part réunie

Commençons par concéder ce qui est vrai : la colère existe, et elle est profonde. Le pouvoir d'achat arrive en tête des préoccupations des Français dans l'enquête Toluna-Harris d'octobre. Plus d'un millier de lycées ont été touchés par les blocages depuis la fin septembre, pour des professeurs absents et jamais remplacés. Les chefs d'entreprise voient arriver un budget qui taxe la transmission de leur société, les automobilistes un gazole qui ne redescend pas, les étudiants un Parcoursup qu'ils détestent, et les fonctionnaires une grève programmée pour le 5 novembre.

Seulement, cette colère est émiettée. Chacun la porte dans son coin, avec sa revendication, son vocabulaire et son calendrier. Le lycéen de Créteil ne demande pas la même chose que l'artisan de la Somme, qui ne demande pas la même chose que l'agent des finances publiques. Ce sont des braises éparses, pas un incendie.

Le pouvoir le sait, et c'est précisément ce qui l'inquiète : des braises éparses peuvent se rejoindre. La fusion de ces colères produirait une réaction chimique dont personne ne connaît la formule, et c'est cette inconnue, plus que le nombre, qui tient éveillés les préfets.

Reste à savoir si les Grands soirs existent vraiment. C'est l'une des images les plus chères à l'imaginaire français, et l'une des moins démontrables. Le 14 juillet 1789, on prend la Bastille, et l'on en fait l'acte de naissance de la Révolution. Mais les États généraux siégeaient depuis le 5 mai, les députés du tiers s'étaient proclamés Assemblée nationale le 17 juin et avaient juré au Jeu de paume le 20 de ne pas se séparer. Personne ne peut prouver que la Révolution n'aurait pas eu lieu sans la prise d'une forteresse qui ne gardait plus que sept prisonniers. Faut dire que le soir fait une meilleure gravure que le mois de procédure qui l'a précédé.

Je soupçonne donc le Grand soir d'être un récit après coup plus qu'un mécanisme. Mais le simple fait que le ministère de l'Intérieur passe sa semaine à le redouter prouve une chose : beaucoup, au sommet de l'État, le croient possible. Laurent Nuñez ne réunit pas tous les préfets en visioconférence pour un défilé.

17 octobre : convergence des luttes ou récupération par les auxiliaires de l'ordre macroniste ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Le système a de l'instinct

Face à cette peur, le système ne réfléchit pas, il réagit, et il réagit plutôt bien. Il n'a besoin ni de complot ni de chef d'orchestre : il a des réflexes, polis par des décennies de cortèges.

Le premier réflexe appartient à la préfecture. Fixer un parcours la veille au matin, ce n'est pas de l'indécision, c'est une technique. Un trajet connu trop tôt attire des cars de province, des groupes organisés, des rendez-vous ; un trajet connu trop tard décourage les arrivées massives et laisse aux seuls Parisiens le soin de remplir les boulevards. Le parcours République–Nation, par le boulevard Voltaire, est celui de tant de manifestations syndicales depuis un demi-siècle : large, droit, facile à fermer aux deux bouts. On ne marche pas sur l'Élysée en descendant vers la Nation.

Les auxiliaires

Mais la préfecture ne fait que la moitié du travail. L'autre moitié, la plus délicate, elle ne peut pas la faire elle-même. Elle revient à la gauche installée, et d'abord à la CGT.

Le 13 octobre, la confédération a annoncé qu'elle rejoindrait les manifestations de samedi, pour faire barrage, dit-elle, aux « tentatives de détournement » de l'extrême droite. Le 15, Matignon citait La France insoumise, le NPA et la CGT parmi ceux qui déclaraient des cortèges. Avec eux arrivent un service d'ordre, des chasubles, un camion sono, et surtout des revendications. À Dijon, le communiqué de Solidaires réclame l'indexation des salaires et la taxation des superprofits ; le prix du gazole n'y figure plus. Et l'étape suivante est déjà fixée : la grève du 5 novembre, décidée par cinq confédérations avant même que la rue ne bouge.

Je ne dis pas que la CGT travaille pour Matignon. Je dis qu'elle fait samedi exactement ce que Matignon ne peut pas faire : donner à une colère sans adresse un parcours, un ordre du jour et une date de rendez-vous. Dans une armée, on appelle cela des auxiliaires.

Ce n'est pas nouveau, c'est très français. En mai 1968, pendant que les étudiants dépavaient le Quartier latin, la CGT de Georges Séguy se méfiait d'eux comme de la peste, et c'est avec elle que Georges Pompidou négocia, rue de Grenelle, jusqu'au 27 mai, une hausse de 35 % du salaire minimum. Le Grand soir s'est conclu par un accord salarial, puis, un mois plus tard, par une Chambre introuvable de droite. On peut y voir une trahison. J'y vois plutôt un savoir-faire.

17 octobre : convergence des luttes ou récupération par les auxiliaires de l'ordre macroniste ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Du collectif à l'hybride

Mettons bout à bout ce que nous avons sous les yeux. Un trajet défini et déclaré. Un service d'ordre. Des organisations responsables, qui ont un siège, un bureau et des interlocuteurs en préfecture. En une semaine, le 17 octobre est passé du collectif insaisissable, que personne ne pouvait convoquer ni disperser, à un mouvement structuré. Hybridé, pour être exact.

Le politologue néerlandais Cas Mudde a donné l'outil le plus utile pour comprendre ce qui se passe. Dans un article de 2004 devenu classique, « The Populist Zeitgeist », publié par la revue Government and Opposition, il définit le populisme comme une idéologie qui sépare la société en deux groupes homogènes et antagonistes, « le peuple pur » et « l'élite corrompue », et qui veut que la politique exprime la volonté générale du peuple. Il ajoute surtout que c'est une idéologie « mince » : elle dit contre qui l'on se bat, pas ce que l'on veut construire. Pour durer, elle doit donc s'attacher à une idéologie « épaisse », une idéologie hôte, le nationalisme à droite, le socialisme à gauche, qui lui fournit un programme, des cadres et une doctrine.

Les Gilets jaunes de 2018 étaient le cas d'école d'un populisme mince à l'état pur : « eux » contre « nous », le référendum d'initiative citoyenne, et rien d'autre. C'est ce qui les rendait insaisissables, et c'est aussi ce qui les a fait mourir, faute d'hôte. Ceux de 2026 en ont trouvé un en trois jours. La CGT, Solidaires et La France insoumise leur apportent l'épaisseur : l'indexation, les superprofits, le barrage. Ils y gagnent un service d'ordre et une date au 5 novembre. Ils y perdent le rond-point.

Et vous, qui attendez peut-être de ce samedi qu'il fasse ce que vous n'osez pas faire vous-même ? Le Grand soir a cette commodité qu'il dispense de tous les petits matins. On le délègue à la rue comme on délègue tout le reste, et quand la rue le délègue à son tour à un syndicat, on s'étonne qu'il ait fini rue de Grenelle.

Dernier mot

Samedi soir, il y aura peut-être beaucoup de monde place de la Nation, et l'on parlera d'un succès. Je le souhaite à ceux qui défilent, dont beaucoup ont d'excellentes raisons d'être là.

Mais un cortège qui part de République à l'heure dite, sous chasuble CGT, avec un rendez-vous fixé au 5 novembre, ne prend pas de Bastille. Il arrive à la Nation, il se disperse, et il rentre en RER. Il y a peu de risques que le 17 octobre se transforme en insurrection : le pouvoir a pris ses précautions, et ses auxiliaires ont pris les leurs.

Qui, de Le Pen ou de Mélenchon, effondrera la France le plus vite ?

15 October 2026 at 21:23

Par Eric V.

Le Pen 32 %, Mélenchon 16 %. L'une promet 140 milliards d'économies sans que personne ne perde rien, l'autre 106 milliards d'impôts nouveaux. Sur notre carte libertarienne, ils sont à +4,2 et +5. Reste à savoir lequel nous mènerait le plus vite aux soixante euros par jour au distributeur.

Qui, de Le Pen ou de Mélenchon, effondrera la France le plus vite ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Qui, de Le Pen ou de Mélenchon, effondrera la France le plus vite ?

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Le 29 juin 2015, à Athènes, les distributeurs de billets ne donnaient plus que soixante euros par jour et par carte. Les banques sont restées fermées trois semaines, jusqu'au 20 juillet. Entre la fin de 2014 et la fin de juin, les Grecs avaient retiré 42 milliards d'euros de leurs comptes, le quart de leurs dépôts. Ils n'avaient pas attendu de voir le gouvernement d'Alexis Tsipras à l'œuvre : dès décembre 2014, le mois où des élections anticipées furent convoquées, 2,5 milliards étaient déjà sortis. Le 13 juillet, après dix-sept heures de négociation, Tsipras signait un plan plus dur que celui que son peuple venait de rejeter par référendum.

Je pense à ces soixante euros en regardant les sondages français. Le dernier, réalisé par l'Ifop du 12 au 14 octobre, donne Marine Le Pen à 32 % et Jean-Luc Mélenchon à 16 % au premier tour. Le second tour Le Pen-Mélenchon n'est plus une hypothèse d'école.

Il faut donc répondre à la question que pose le titre, et je vais y répondre : Mélenchon effondrerait la France plus vite. En quelques semaines, par la peur, sur le modèle grec. Marine Le Pen l'effondrerait plus lentement, en un budget, par la déception. Les deux arriveraient au même endroit, et notre carte dit pourquoi.

Qui, de Le Pen ou de Mélenchon, effondrera la France le plus vite ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Deux candidats au même étage

Le Courrier a publié cette semaine une carte libertarienne de trente-quatre forces politiques, placées sur deux axes : la distance à laquelle se prend la décision, et le sens dans lequel elle circule, du décret vers le citoyen ou du contrat entre citoyens. Marine Le Pen y figure à +4,3 sur la souveraineté et +4,2 sur l'État. Jean-Luc Mélenchon à +2 et +5. Sur l'axe qui compte pour un budget, celui de l'État, ils sont l'un à côté de l'autre, tout en haut.

Macron, Le Pen, Mélenchon, tous étatistes ? notre mapping politique libertarien
Macron et Mélenchon s'opposent sur l'Europe mais se rejoignent sur l'État. Notre carte libertarienne des 34 forces politiques.

Cela veut dire une chose simple. Ni l'un ni l'autre ne propose de réduire le périmètre de l'État. L'une promet de le faire payer par d'autres, l'autre de le faire payer par plus d'impôts. Le premier à dire au retraité, au fonctionnaire ou à l'allocataire qu'il recevra moins n'est pas encore candidat.

Le terrain sur lequel l'un ou l'autre arriverait est connu. La dette publique approche 3 640 milliards d'euros, près de 120 % du PIB. Le Trésor doit lever 340 milliards sur les marchés en 2027. L'État emprunte à dix ans à 4,87 %, et plus cher que l'Italie. Et 57,5 % de sa dette négociable est détenue par des non-résidents, qui n'ont aucune raison sentimentale de rester.

Mélenchon, ou l'horloge du marché

Le 14 octobre, Jean-Luc Mélenchon et Éric Coquerel ont présenté leur budget : 106,4 milliards de recettes nouvelles, 81,7 milliards de dépenses nouvelles, un impôt sur les héritages qui rapporterait 20 milliards de plus, une taxe sur les patrimoines au-delà de 100 millions, la suppression de la flat tax, 100 milliards d'épargne « mobilisés » chaque année, l'assurance-vie rendue « moins intéressante ». Et l'annulation, ou le gel, de la dette française détenue par la Banque centrale européenne, quelque 640 milliards. Vincent Clairmont en a fait les comptes ici même : 106 milliards de prélèvements en plus pour viser le même déficit que le gouvernement Lecornu.

Contre-budget Mélenchon : 106 milliards de plus pour le même déficit que Lecornu
Le contre-budget LFI prélève 106 milliards de plus et dépense 82 milliards de plus, pour viser le même déficit que Lecornu : 5 % du PIB.

La crise ne viendrait pas de l'application de ce programme. Elle viendrait de son annonce. Un épargnant n'attend pas qu'on taxe son héritage pour déplacer son argent, et un fonds de pension de Singapour n'attend pas qu'on gèle la créance de la BCE pour vendre ses titres français. Il lui suffit de comprendre qu'un gouvernement est prêt à ne pas rembourser l'un de ses créanciers.

On m'opposera Allende, et on aura raison d'y penser. Au Chili, l'inflation est passée de 22 % en 1971 à 163 % en 1972, puis à plus de 500 % en 1973 ; les rayons des magasins se sont vidés, le riz et la farine se vendaient au marché noir, et l'État n'avait plus de réserves de change. Mais il a fallu trois ans. Allende disposait d'une monnaie nationale : il imprimait, et la crise passait par les prix, lentement.

Mélenchon n'aurait pas de planche à billets. Il aurait l'euro, comme Tsipras. Dans une monnaie qu'on ne contrôle pas, la crise ne passe pas par les prix, elle passe par les comptes. Faut dire qu'un Français inquiet n'a pas besoin de cacher des billets sous son carrelage : il lui suffit d'ouvrir un compte dans une banque allemande ou néerlandaise, en dix minutes, depuis son téléphone. C'est la variante grecque, et elle va plus vite que la chilienne.

On répondra que la France n'est pas la Grèce : deuxième économie de la zone euro, trop grosse pour qu'on la laisse tomber, et la BCE dispose depuis juillet 2022 d'un instrument pour acheter la dette d'un pays attaqué. C'est vrai, et c'est précisément là que le piège se referme. Cet instrument, la BCE ne l'accorde qu'à des conditions écrites : le respect des règles budgétaires européennes, une dette jugée soutenable, le suivi des recommandations de la Commission. La France est sous procédure pour déficit excessif depuis juillet 2024. Un gouvernement qui ajouterait 82 milliards de dépenses et proposerait d'annuler la créance de la BCE ne remplirait aucune de ces conditions. On aiderait sans doute la France, oui. Comme on a aidé la Grèce le 13 juillet 2015, contre un mémorandum.

Je suppose que Mélenchon le sait. Il a vu Tsipras. Mais un candidat qui promet de ne pas plier ne peut pas annoncer, entre les deux tours, qu'il pliera.

Qui, de Le Pen ou de Mélenchon, effondrera la France le plus vite ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Le Pen, ou l'horloge du budget

Avec Marine Le Pen, le marché ne paniquerait pas le premier soir. Il l'a montré le 7 octobre : le jour où elle a présenté son plan de 140 milliards d'économies, le taux à dix ans a reflué à 4,75 %. Les investisseurs connaissent le précédent italien. Giorgia Meloni, venue de la droite souverainiste, gouverne depuis 2022, et l'écart de taux de l'Italie avec l'Allemagne était tombé fin 2025 à 72 points de base, au plus bas depuis 2010, parce que son budget s'est révélé plus prudent que ses discours.

Le marché ferait donc à Marine Le Pen crédit de ses renoncements futurs. C'est là que commence son problème.

Thibault de Varenne l'a décrit dans ces colonnes le 22 septembre : le Rassemblement national a différé pendant des années tous ses arbitrages internes, sur le voile, sur la Russie, sur les retraites, et il les voit remonter ensemble. Le programme du 7 octobre ne tranche aucun d'eux. Il additionne. Près de la moitié de l'effort repose sur trois payeurs qui ne votent pas en France : 32,5 milliards demandés aux fraudeurs, 19,5 à Bruxelles, 29 aux étrangers privés de prestations. La retraite revient à 62 ans, ce que l'Institut Montaigne chiffre jusqu'à 34 milliards par an, et le même plan inscrit 15 à 20 milliards d'économies sur les retraites. Enfin, la candidate veut inscrire dans la Constitution une règle d'or qui plafonnerait le déficit 2027 à 2,4 %, quand sa propre trajectoire affiche 4,9 %.

Rien de cela ne déclenche une crise un soir d'élection. Tout cela déclenche une crise le jour où il faut écrire le premier projet de loi de finances, à l'automne 2027. Ce jour-là, il n'y a que deux chemins. Le premier est celui de Meloni : tenir les comptes, donc renoncer à la retraite à 62 ans telle qu'elle a été promise, et découvrir que la fraude recouvrée ne fait que 600 millions par an. L'électorat populaire qui a porté le RN au pouvoir apprend alors qu'il paiera. Le second est de tenir les promesses : le déficit dépasse les engagements, Bruxelles constate que la France ne corrige pas son déficit excessif, l'instrument de la BCE se ferme, et l'on retrouve l'horloge du marché avec six mois de retard.

Dans le premier cas, la crise est sociale. Dans le second, elle est financière. Dans les deux, elle arrive avec le premier budget.

Qui, de Le Pen ou de Mélenchon, effondrera la France le plus vite ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Le premier à vendre

Il serait confortable d'en rester là, et de compter les points entre deux candidats. Mais une fuite de capitaux n'est pas l'œuvre d'une poignée de spéculateurs. À Athènes, les 42 milliards ne sont pas sortis des coffres de fonds anglo-saxons : ils sont sortis des comptes de retraités, de commerçants, d'épargnants ordinaires qui ont pris peur avant les autres.

En France, ce sera pareil. Le premier à vendre ne sera pas forcément un fonds de Singapour. Ce sera peut-être vous, le lundi qui suit le second tour, en déplaçant votre assurance-vie ou votre livret avant que le voisin ne le fasse. Et ce sera aussi vous, si Marine Le Pen est élue, qui descendrez dans la rue à l'automne quand on vous annoncera que les 62 ans attendront. Ensemble, ces deux candidats réunissent 48 % des intentions de vote au premier tour. Ces 48 %, ce ne sont pas eux qui les ont écrits : ce sont des électeurs qui veulent l'État protecteur sans la facture.

Dernier mot

Je réponds donc à la question posée. Mélenchon irait plus vite : de l'ordre de quelques semaines entre son élection et le premier contrôle des capitaux, parce qu'il annonce qu'un créancier ne sera pas remboursé, dans une monnaie qu'il ne contrôle pas, avec 57,5 % de la dette entre des mains étrangères. Marine Le Pen irait moins vite : un budget, celui de l'automne 2027, parce qu'elle a promis en même temps la retraite à 62 ans et une règle d'or à 2,4 %.

Sur notre carte, l'une est à +4,2, l'autre à +5. La différence de vitesse ne vient pas de l'écart entre ces deux chiffres. Elle vient de ce que l'un des deux programmes annonce un créancier non remboursé. La destination, elle, est la même : un État dont les dépenses atteignent 57,2 % du PIB, et que ni l'une ni l'autre ne propose de réduire d'un euro.

À Athènes, il a fallu six mois entre l'annonce des élections et les soixante euros au distributeur. À Paris, avec Mélenchon, je ne parierais pas sur six mois. Avec Marine Le Pen, je parierais sur octobre 2027.

Macron, Le Pen, Mélenchon: all statists? Our libertarian political map

14 October 2026 at 09:42

by Eric Verhaeghe — Le Courrier des Stratèges

Six months before France's April 2027 presidential election, Macron sits at −5 on sovereignty and Mélenchon at +2: everything divides them. On the state, +4 and +5: nothing does. We placed 34 French parties and public figures on a two-axis libertarian map. Thirty-two of them sit in the top half. In the bottom right corner, there is almost no one. That is where we stand.

Thirty-four dots on a page

Macron, Le Pen, Mélenchon: all statists? Our libertarian political map

Emmanuel Macron, −5 and +4. Jean-Luc Mélenchon, +2 and +5. Marine Le Pen, +4.3 and +4.2. Bruno Retailleau, +1 and +4. On October 12, Le Courrier des Stratèges placed thirty-four French parties and public figures on a two-axis map, each axis running from −5 to +5, and the first finding is geographic: everyone is at the top. They fight fiercely over the horizontal axis, they trade insults over it, they campaign on it, and when the time comes to say what they expect from the state, they all find themselves at the same altitude.

Only two names drop below the midline on the sovereigntist side: David Lisnard (+1, −2), the mayor of Cannes, who talks about decentralization and shrinking the state, and Sarah Knafo (+4, −1), openly hostile to public spending. Below −2, only reference points outside any party remain: libertarians, who have no electoral offer in France, this publication, at +4 and −4, and the author of these lines, slightly above.

A map neither left nor right will draw

The left-right axis dates back to the summer of 1789: in the National Constituent Assembly, deputies who supported the king's veto sat to the right of the president, the others to the left. It served for two centuries. Today, it places Bruno Retailleau, the conservative leader, and Jean-Luc Mélenchon, the hard-left leader, at opposite ends of a line, while our map puts them at almost the same altitude, +4 and +5. And it says nothing about the one question a libertarian asks in front of a ballot: will this candidate decide in my place, and from how far away?

American libertarians hit the same wall. In the early 1970s, David Nolan drew a two-axis chart, economic freedom and personal freedom, to show that neither Republicans nor Democrats represented them. The Political Compass picked up the idea in 2001. Both tools measure what the state allows. They do not measure where it decides from. Yet that is the French question of 2027: a president elected in Paris, rules written partly in Brussels, and a farmer's hedge in rural Corrèze that has to go up to the prefect, the central government's representative in each department.

Hence this map, built for one specific purpose: to see, behind the quarrels of the horizontal axis, which floor each player stands on. It is published with this article, and anyone may challenge a position.

The positions are orders of magnitude. One could argue for former Prime Minister Édouard Philippe at +1.3 rather than +2, or for Éric Zemmour a notch higher. No one will pull the top half down. The map rests on two criteria, and only two. Here they are, because everything else follows from them.

First criterion: distance

The horizontal axis measures proximity. It asks a simple question: how far from the citizen is the decision made? At +5, no rule stands above national law. At −5, the nation is presented as an outdated level for the big issues. Emmanuel Macron has occupied that point since his Sorbonne speech of September 26, 2017, in which "European sovereignty" became the natural frame for defense, energy and currency.

The word globalism annoys people, and I take it in its strict sense, because it has been badly soiled. It does not designate a club, a conspiracy, or a category of people. It designates a doctrine, which can be read in public speeches: the right level of decision, for most things, is the most distant one. Sovereigntism is the opposite doctrine: the right level is the closest one.

Two words that are constantly confused must be told apart right away. A knife maker in Saint-Étienne who sells knives in Osaka is doing globalization. A single rule, written in Brussels or Geneva, setting how the Osaka maker and the Saint-Étienne maker must label their knives, is globalism. The first is an exchange, the second a command. One can like the first and loathe the second, and on reflection that is the most consistent position there is.

Second criterion: slope

The vertical axis measures slope. It does not ask where the decision is made, but in which direction it flows. Does it come from above, through decree, regulation, plan, prior authorization? Or does it arise sideways, through contract, trade, association, agreement between neighbors?

An example is worth more than a definition. Since October 1, a French farmer who wants to remove a field hedge must file a "single declaration" with the prefect (decree no. 2026-829 of August 28, 2026). He must justify the absence of an alternative, wait two months for review, replant at least the length destroyed, and, from 2027, respect a ban period of at least twenty-one weeks set by order. The text merges thirteen earlier regulations and is presented as a simplification. It is vertical from start to finish: the question of a hedge between two fields goes up to the prefecture and comes back down as a receipt.

This axis does not measure left and right. France Unbowed (LFI) and the Communist Party are at +4.5; the National Rally at +3.8; Macron's Renaissance at +3.4. Ecological planning, national preference and the strategist state do not have the same content. They have the same slope.

The two axes do not overlap

This is where the map bothers sovereigntists, and I count myself among them. Being close is not enough to be horizontal. The National Rally is at +4 on sovereignty and +3.8 on the state: national preference, retirement at 62, the protective state. Nicolas Dupont-Aignan is at +5.3 and +3.6, with reindustrialization planned from Paris. This kind of sovereigntism brings the signature back from Brussels to Paris, and keeps the decree.

French history knows this case well. Colbert, Louis XIV's finance minister, was a sovereigntist before the word existed: royal manufactures, production regulations, inspectors checking the width of cloth. The nation was close, orders fell from above, and the draper wove at the width set by the king. Nothing new about it; it is very French.

Lisnard and Knafo show that the opposite combination exists on the right. It remains rare, and it has no party machine.

Why the libertarian is first a man of proximity

In September 1945, in "The Use of Knowledge in Society", Hayek made an observation no one has ever refuted: the knowledge needed for a decision is dispersed, local, often tacit. The baker knows what his oven is worth, the farmer knows where water pools, the craftsman knows what his customer will pay. No central bureau can gather that knowledge. Prices transmit it without anyone giving an order.

A rule of logic, not of taste, follows. If knowledge is local, the decision must be made where it lies. And the place closest to any decision that concerns me is me. Family, firm, town and nation come next, in that order, as levels of delegation. That is why French libertarianism speaks of individual sovereignty before national sovereignty: the second only makes sense as protection for the first.

The libertarian is therefore a sovereigntist by construction. He is one in a precise way: between decision-makers close to one another, coordination happens sideways, through contract and exchange. The liquid democracy we advocate is its political form: everyone votes himself, or delegates his vote, revocably, to whomever he chooses. Delegation starts at the bottom, and it can be taken back the next day.

Some will object that American libertarians defend global free trade, sometimes open borders, and look like globalists. The objection deserves better than a shrug. The answer lies in the distinction drawn above. Free trade is the most horizontal form there is: millions of contracts concluded without a center. It needs no world government. The Cobden-Chevalier Treaty of 1860, which opened trade between France and the United Kingdom, was signed by two sovereign nations, and it removed barriers instead of writing rules. A libertarian can want planetary trade and local decisions. What he cannot want is for the rules of trade to be written by an authority no one chose.

Why globalism cannot come down

Turn the logic around. A decision made for 450 million Europeans, or for eight billion humans, cannot know the hedge in Corrèze, the baker's oven in Lens or the order book of a subcontractor in the Jura. It can therefore take only one form: a uniform rule, applied everywhere in the same way, enforced by an administration. Distance requires rules, and rules require slope. A horizontal globalist would be a man who wants to decide everything from as far away as possible without imposing anything on anyone. He does not exist, and the map shows it: the bottom left quadrant is empty. The lowest point in the pro-European camp is Édouard Philippe's Horizons party, at +1.

The digital euro is a textbook case. Under the European Parliament's position, the holding limit would be set by the Commission, by delegated act, on the recommendation of the ECB. Parliament and the Council could object. They could not amend it. The amount of digital public money a French citizen will be allowed to keep will thus be decided three floors above him, by an institution he does not elect.

Federalists answer with subsidiarity, written into Article 5 of the Treaty on European Union: the Union acts only if the national level is not enough. It is their best argument, and it is worth looking at how it works. National parliaments can send the Commission a "yellow card" if they gather a third of the votes. Since 2009, they have done so three times. The Commission withdrew its proposal once, in 2012, on the right to strike. It kept its proposal twice, on the European Public Prosecutor's Office and, on July 20, 2016, on posted workers. In this system, the center decides what it leaves to the periphery. Subsidiarity, conceived this way, does not make power rise from below. It lets some of it trickle back down, when the top agrees.

That is the asymmetry. Proximity does not guarantee horizontality: the National Rally proves it. Distance does guarantee verticality: the empty quadrant proves it.

A crowded top half

It would be convenient to stop here and blame the political offer. That would be a bit of a lie. If almost everyone is at the top of the map, it is because voters are there too. Us, I mean. When diesel goes above two euros, we ask the state for a rebate, not for lower taxes. When a neighbor is a nuisance, we ask the mayor for a bylaw. When a profession worries us, we ask for prior licensing. Each of these gestures, taken alone, has its reasons. Put end to end, they draw exactly the map we deplore.

Verticality has its charm, mind you: it brings relief. Whoever asks for a decree no longer has to negotiate with his neighbor, or bear alone the risk of a failed contract. I suppose that is why it wins so often, and why it wins on both sides of the horizontal axis at once.

Last word

Thirty-four names on the map. Thirty-two in the top half. Two below the line on the sovereigntist side, and none below −2. None in the quadrant of horizontal globalists, because that quadrant cannot exist. Below −3, there is only a publication, its editor and a family of ideas that has no party.

In April 2027, every ballot on offer will bear the name of someone standing in the top half. The empty quadrant will not be filled by a vote. It fills up every time one of us settles with a neighbor what he was about to ask the prefect for.

How we scored

Each party or figure receives two scores from −5 to +5. The scale below says what each level means; the names are examples from the map. Positions are orders of magnitude, open to debate within a point: they are meant for comparison, not grading.

Horizontal axis: where decisions are made

ScoreMeaningExamples
+5Full sovereigntism. Exit from the EU treaties, even from the EU and NATO. No rule above national law.UPR, Debout la France, Philippot
+4Rupture sovereigntism. Stay in the EU but subordinate it: primacy of national law, national preference, referendums against Brussels.National Rally, Reconquête, Le Pen, Zemmour, Knafo
+3Negotiating sovereigntism. Non-alignment, rejection of free-trade treaties, renegotiation rather than exit.Communist Party, Ruffin, Villepin, UDR
+2Nation first, international horizon. Hostile to current treaties, but in the name of another supranational project ("social Europe", alter-globalism).France Unbowed, Mélenchon
+1Europe by habit, nation by reflex. Accepts the European framework, challenges it case by case (immigration, farming, energy).The Republicans (LR), Retailleau, Lisnard
0Indifference. Where decisions are made is not an issue.No major player
−1 / −2Pragmatic Europeanism. The EU is the natural framework, without an explicit federal project.Darmanin (−2)
−3Committed Europeanism. More integration wanted: common budget, common foreign policy.Socialist Party, Hollande, Horizons, Philippe, Greens
−4Federalism. The European level is the right one for most things: tax, defense, industry. The nation-state executes.Renaissance, MoDem, Place publique, Glucksmann, Attal, Bayrou
−5"European sovereignty." The nation is explicitly presented as an outdated level for the big issues.Macron

Vertical axis: what is expected from the state

ScoreMeaningExamples
+5Planning. The state sets prices, output and behavior; nationalizations, bans, a new constitution imposed from above.France Unbowed, Communist Party, Mélenchon, Ruffin, Darmanin (on law and order)
+4Protective, commanding state. The state must "protect" and "restore order"; social spending and authority go together.National Rally, Le Pen, Macron, Retailleau, Greens, Tondelier
+3Extended regulatory state. The market exists, but regulation comes first: the strategist state, agencies, sector plans.Socialist Party, Place publique, Glucksmann, Renaissance, LR, UDR, Villepin, Debout la France, Bardella
+2Referee state. Fewer interventions, but order still comes from above; talk of "responsibility" without shrinking the state's scope.MoDem, Bayrou, Zemmour, Reconquête, Marion Maréchal
+1Cautious decentralization. Loosen the state without shrinking it: local freedom, simplification, fiscal discipline.Horizons, Philippe
0Balance point. As much spontaneous order as commanded order.No major player
−1 / −2Openly liberal. Declared reduction of the state's scope, spending cuts as a program, trust in local and private initiative.Knafo (−1), Lisnard (−2)
−3 / −4Spontaneous order. The state limited to core sovereign functions and a few common goods; the rest goes to individuals, towns and contracts. Direct or liquid democracy.Le Courrier des Stratèges (−4), Eric Verhaeghe (−3.4)
−5Minarchy. The state reduced to courts, police and defense, or less.Libertarians

Le Courrier des Stratèges is an independent French libertarian publication, founded and edited by Eric Verhaeghe. A former senior civil servant and business federation executive turned entrepreneur and essayist, he writes on the French state, surveillance, and the case for individual sovereignty.

Macron, Le Pen, Mélenchon, tous étatistes ? notre mapping politique libertarien

14 October 2026 at 15:46

Par Eric V.

Macron −5, Mélenchon +2 sur la souveraineté : tout les oppose. Sur l'État, +4 et +5 : rien ne les sépare. Le Courrier a placé 34 partis et personnalités sur une carte libertarienne à deux axes. Trente-deux sont dans la moitié haute. En bas à droite, il n'y a presque personne. C'est là que nous sommes.

Macron, Le Pen, Mélenchon, tous étatistes ? notre mapping politique libertarien
Macron, Le Pen, Mélenchon, tous étatistes ? notre mapping politique libertarien
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Macron, Le Pen, Mélenchon, tous étatistes ? notre mapping politique libertarien

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Trente-quatre points sur une feuille

Emmanuel Macron, −5 et +4. Jean-Luc Mélenchon, +2 et +5. Marine Le Pen, +4,3 et +4,2. Bruno Retailleau, +1 et +4. Le Courrier a placé le 12 octobre trente-quatre partis et personnalités sur une carte à deux axes, gradués de −5 à +5, et le premier constat est géographique : tout le monde est en haut. On se dispute avec férocité l'axe horizontal, on y échange des noms d'oiseaux, on y fait campagne, et l'on se retrouve, au moment de dire ce qu'on attend de l'État, à la même altitude.

Macron, Le Pen, Mélenchon, tous étatistes ? notre mapping politique libertarien
Macron, Le Pen, Mélenchon, tous étatistes ? notre mapping politique libertarien

Deux noms seulement passent sous la ligne médiane du côté souverainiste : David Lisnard (+1, −2), qui parle de girondisme et de réduction de l'État, et Sarah Knafo (+4, −1), ouvertement hostile à la dépense publique. Sous −2, il ne reste que des repères hors partis : les libertariens, qui n'ont aucune offre électorale en France, ce journal, placé à +4 et −4, et l'auteur de ces lignes, un peu au-dessus.

Macron, Le Pen, Mélenchon, tous étatistes ? notre mapping politique libertarien
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Une carte que la gauche et la droite ne dessinent pas

L'axe gauche-droite date de l'été 1789 : à la Constituante, les députés favorables au veto royal se sont rangés à droite du président, les autres à gauche. Il a servi deux siècles. Aujourd'hui, il place Bruno Retailleau et Jean-Luc Mélenchon aux deux bouts d'une ligne, alors que notre carte les met presque à la même altitude, +4 et +5. Et il ne dit rien de la question que se pose un libertarien devant un bulletin : ce candidat décidera-t-il à ma place, et depuis où ?

Les libertariens américains ont buté sur le même mur. Au début des années 1970, David Nolan a dessiné un diagramme à deux axes, liberté économique et liberté personnelle, pour montrer que ni les républicains ni les démocrates ne les représentaient. Le Political Compass a repris l'idée en 2001. Ces deux outils mesurent ce que l'État permet. Ils ne mesurent pas d'où il le décide. Or c'est la question française de 2027 : un président élu à Paris, des normes écrites pour partie à Bruxelles, et une haie de Corrèze qui remonte à la préfecture.

D'où cette carte, faite pour un usage précis : voir, derrière les querelles de l'axe horizontal, l'étage où chacun se tient. Elle est publiée avec cet article, et chacun peut y contester une position.

Les positions sont des ordres de grandeur. On peut discuter Philippe à +1,3 plutôt qu'à +2, ou Zemmour un cran plus haut. On ne fera pas descendre la moitié haute. Cette carte repose sur deux critères, et sur deux seulement. Les voici, parce que tout le reste en découle.

Premier critère : la distance

L'axe horizontal mesure un degré de proximité. Il pose une question simple : à quelle distance du citoyen se prend la décision ? À +5, aucune norme ne s'impose au-dessus de la loi nationale. À −5, la nation est présentée comme un échelon dépassé pour les grands sujets. Emmanuel Macron occupe ce point depuis son discours de la Sorbonne du 26 septembre 2017, où la « souveraineté européenne » devenait le cadre naturel de la défense, de l'énergie et de la monnaie.

Le mot de mondialisme fâche, et je le prends au sens strict, parce qu'on l'a beaucoup sali. Il ne désigne ni un club, ni un complot, ni une catégorie de gens. Il désigne une doctrine, qui se lit dans des discours publics : le bon niveau de décision, pour l'essentiel, est le plus éloigné. Le souverainisme est la doctrine inverse : le bon niveau est le plus proche.

Il faut distinguer tout de suite deux mots que l'on confond sans arrêt. Un fabricant de Saint-Étienne qui vend des couteaux à Osaka fait de la mondialisation. Une règle unique, écrite à Bruxelles ou à Genève, qui fixe la manière dont le fabricant d'Osaka et celui de Saint-Étienne doivent étiqueter leurs couteaux, relève du mondialisme. Le premier est un échange, le second un commandement. On peut aimer l'un et détester l'autre, et c'est même, à le bien regarder, la position la plus cohérente qui soit.

Second critère : la pente

L'axe vertical mesure un degré d'inclinaison. Il ne demande pas où se prend la décision, mais dans quel sens elle circule. Vient-elle d'en haut, par le décret, la norme, le plan, l'autorisation préalable ? Ou naît-elle de côté, par le contrat, l'échange, l'association, l'accord entre voisins ?

Un exemple vaut mieux qu'une définition. Depuis le 1er octobre, un agriculteur qui veut arracher une haie de champ doit déposer une « déclaration unique » auprès du préfet (décret n° 2026-829 du 28 août 2026). Il justifie l'absence de solution alternative, attend deux mois d'instruction, replante au moins la longueur détruite, et respecte, à partir de 2027, une période d'interdiction d'au moins vingt et une semaines fixée par arrêté. Le texte fusionne treize réglementations antérieures, et on le présente comme une simplification. Il est vertical de bout en bout : la question d'une haie entre deux parcelles remonte à la préfecture, puis en redescend sous forme de récépissé.

Cet axe ne mesure pas la gauche et la droite. LFI et le PCF sont à +4,5 ; le RN à +3,8 ; Renaissance à +3,4. La planification écologique, la préférence nationale et l'État stratège n'ont pas le même contenu. Elles ont la même pente.

Macron, Le Pen, Mélenchon, tous étatistes ? notre mapping politique libertarien
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Les deux axes ne se recouvrent pas

C'est ici que la carte dérange les souverainistes, et je m'y range. Être proche ne suffit pas à être horizontal. Le Rassemblement national est à +4 sur la souveraineté et à +3,8 sur l'État : préférence nationale, retraite à 62 ans, État protecteur. Nicolas Dupont-Aignan est à +5,3 et +3,6, avec une réindustrialisation planifiée depuis Paris. Ce souverainisme-là rapatrie la signature de Bruxelles à Paris, et il garde le décret.

L'histoire française connaît bien ce cas. Colbert était souverainiste avant le mot : manufactures royales, règlements de fabrication, inspecteurs chargés de vérifier la largeur des draps. La nation était proche, l'ordre tombait d'en haut, et le drapier fabriquait à la largeur fixée par le roi. Ce n'est pas nouveau, c'est très français.

Lisnard et Knafo montrent que la combinaison inverse existe à droite. Elle reste rare, et elle ne dispose d'aucun appareil.

Pourquoi le libertarien est d'abord un homme de la proximité

En septembre 1945, dans « The Use of Knowledge in Society », Hayek faisait une observation que l'on n'a jamais réfutée : la connaissance utile à une décision est dispersée, locale, souvent tacite. Le boulanger sait ce que vaut son four, le paysan sait où l'eau stagne, l'artisan sait ce que son client acceptera de payer. Aucun bureau central ne peut rassembler ce savoir. Les prix le transmettent sans qu'aucun ordre soit donné.

Il en découle une règle de logique, et non de goût. Si le savoir est local, la décision doit se prendre là où il se trouve. Et le lieu le plus proche de toute décision qui me concerne, c'est moi. La famille, l'entreprise, la commune, la nation viennent ensuite, dans cet ordre, comme des échelons de délégation. C'est pourquoi le libertarisme français parle de souveraineté individuelle avant de parler de souveraineté nationale : la seconde n'a de sens que comme protection de la première.

Le libertarien est donc souverainiste par construction. Il l'est aussi d'une manière précise : entre des décideurs proches les uns des autres, la coordination se fait de côté, par le contrat et par l'échange. La démocratie liquide que nous défendons en est la forme politique : chacun vote lui-même, ou délègue sa voix, de manière révocable, à qui il choisit. La délégation part d'en bas, et elle peut être reprise le lendemain.

On objectera que les libertariens américains défendent le libre-échange mondial, parfois les frontières ouvertes, et qu'ils ont l'air de mondialistes. L'objection mérite mieux qu'un haussement d'épaules. La réponse tient dans la distinction posée plus haut. Le libre-échange est la forme la plus horizontale qui soit : des millions de contrats passés sans centre. Il n'a besoin d'aucun gouvernement mondial. Le traité Cobden-Chevalier de 1860, qui a ouvert le commerce entre la France et le Royaume-Uni, a été signé par deux nations souveraines, et il supprimait des barrières au lieu d'écrire des normes. Un libertarien peut vouloir des échanges planétaires et des décisions communales. Ce qu'il ne peut pas vouloir, c'est que la règle des échanges soit écrite par une autorité que personne n'a choisie.

Macron, Le Pen, Mélenchon, tous étatistes ? notre mapping politique libertarien
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Pourquoi le mondialisme ne peut pas descendre

Retournons la logique. Une décision prise pour 450 millions d'Européens, ou pour huit milliards d'humains, ne peut pas connaître la haie de Corrèze, le four du boulanger de Lens ou le carnet de commandes d'un sous-traitant du Jura. Elle ne peut donc prendre qu'une forme : une règle uniforme, appliquée partout de la même manière, contrôlée par une administration. La distance oblige à la norme, et la norme oblige à la pente. Un mondialiste horizontal serait un homme qui veut décider de tout depuis le plus loin possible sans rien imposer à personne. Il n'existe pas, et la carte le montre : le quadrant inférieur gauche est vide. Le point le plus bas du camp européiste est Horizons, à +1.

Le cas de l'euro numérique est un modèle du genre. Dans la position du Parlement européen, le plafond de détention serait fixé par la Commission, par acte délégué, sur recommandation de la BCE. Le Parlement et le Conseil pourraient s'y opposer. Ils ne pourraient pas l'amender. La somme d'argent public numérique qu'un Français aura le droit de garder sera donc décidée à trois étages au-dessus de lui, par une institution qu'il n'élit pas.

Les fédéralistes répondent par la subsidiarité, inscrite à l'article 5 du traité sur l'Union européenne : l'Union n'agit que si l'échelon national ne suffit pas. C'est leur meilleur argument, et il faut regarder comment il fonctionne. Les parlements nationaux peuvent adresser un « carton jaune » à la Commission s'ils réunissent un tiers des voix. Depuis 2009, ils l'ont fait trois fois. La Commission a retiré son texte une fois, en 2012, sur le droit de grève. Elle a maintenu le sien deux fois, sur le parquet européen et, le 20 juillet 2016, sur les travailleurs détachés. Dans ce dispositif, c'est le centre qui décide de ce qu'il laisse à la périphérie. La subsidiarité, ainsi conçue, ne fait pas monter le pouvoir d'en bas. Elle en fait redescendre une partie, quand le haut y consent.

L'asymétrie est là. La proximité ne garantit pas l'horizontalité : le RN le prouve. La distance, elle, garantit la verticalité : le quadrant vide le prouve.

Une moitié haute bien remplie

Il serait commode de s'arrêter là et d'accuser l'offre politique. Ce serait mentir un peu. Si presque tout le monde est en haut de la carte, c'est que les électeurs y sont aussi. Nous, je veux dire. Quand le gazole dépasse deux euros, nous demandons une remise à l'État, pas une baisse de ses taxes. Quand un voisin dérange, nous demandons un arrêté au maire. Quand une profession nous inquiète, nous demandons une autorisation préalable. Chacun de ces gestes, pris isolément, a ses raisons. Mis bout à bout, ils dessinent exactement la carte que nous déplorons.

Faut dire que la verticalité a un charme : elle soulage. Celui qui demande un décret n'a plus à négocier avec son voisin, ni à assumer seul le risque d'un contrat raté. Je suppose que c'est pour cela qu'elle gagne si souvent, et qu'elle gagne des deux côtés de l'axe horizontal à la fois.

Dernier mot

Trente-quatre noms sur la carte. Trente-deux dans la moitié haute. Deux sous la ligne du côté souverainiste, et aucun sous −2. Aucun dans le quadrant des mondialistes horizontaux, parce que ce quadrant ne peut pas exister. Sous −3, on ne trouve qu'un journal, son directeur et une famille d'idées qui n'a pas de parti.

En avril 2027, chaque bulletin proposé portera le nom de quelqu'un qui se tient dans la moitié haute. Le quadrant vide ne se remplira pas par un vote. Il se remplit chaque fois que l'un de nous règle avec son voisin ce qu'il s'apprêtait à demander au préfet.

Glucksmann : la caste mondialiste riposte au populisme

12 October 2026 at 15:04

par Eric V.

66 % à la primaire, 12 % dans les sondages. Entre ces deux chiffres tient tout ce que Raphaël Glucksmann est : le candidat qu'un milieu se donne à lui-même pour répondre à Le Pen, Mélenchon et Trump. Ce milieu, le journal l'appelle la caste. Il vient de choisir son porte-parole.

Glucksmann : la caste mondialiste riposte au populisme
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Glucksmann : la caste mondialiste riposte au populisme

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !
Ne manquez pas nos vidéos exclusives gratuites

Si vous voulez voir les vidéos exclusives de décryptage, rejoignez notre chaîne Telegram gratuite en cliquant sur ce lien :

J'ai Télégram et je rejoins gratuitement la chaîne

Aux Docks d'Aubervilliers, le 13 juin, on pouvait lire la salle comme une liste. Public Sénat l'a dressée : Carole Delga, Marisol Touraine, Anne Sinclair, Bernard Kouchner, Bérénice Bejo, Michel Hazanavicius, Laurence Tubiana, une dizaine de députés, presque autant de sénateurs. Une présidente de région, une ancienne ministre, une figure historique de la télévision, un ancien ministre des Affaires étrangères, deux figures du cinéma, l'architecte de l'accord de Paris sur le climat. Ces gens ne se sont pas concertés pour venir. Ils sont venus parce que c'était là qu'il fallait être. C'est à cela qu'on reconnaît une caste : un ensemble hétéroclite dont les membres réagissent de la même manière sans s'être donné le mot.

La caste existe-t-elle ? ou la France mise sous séquestre
La caste n’est ni une classe ni un complot : un habitus et une fermeture. Épisode 1 de notre série — définition, généalogie, et la France mise sous séquestre.

Quatre mois plus tard, 66,13 % des 120 000 votants de la primaire socialiste lui ont donné l'investiture. Dans le pays, Cluster17 le mesure entre 12 et 14 % ; l'Ifop place Marine Le Pen à 35 %. Le contraste n'est pas une faiblesse de campagne. C'est la définition même de sa candidature : plébiscité par ceux qui décident, ignoré par ceux qui votent.

Glucksmann : la caste mondialiste riposte au populisme
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Ce que « mondialiste » veut dire ici

Le mot n'est pas une insulte, et il ne désigne aucun complot. Il décrit un horizon de carrière. Raphaël Glucksmann est député européen depuis 2019. Avant cela, il a été conseiller du président géorgien Mikheil Saakachvili, de 2008 à 2012. Son

premier mandat électif, il l'a obtenu à Strasbourg. Ses sujets, il les a choisis à Bruxelles : le filtrage des investissements étrangers, dont il fut rapporteur, un ISF européen, un fonds souverain européen, un Buy European Act. Son programme promet la fin du règlement de Dublin, une convention citoyenne sur l'immigration, le refus de « l'immigration zéro ». La nation y figure comme un échelon d'exécution. La décision, elle, se prend un cran au-dessus.

Et c'est en ces termes qu'il décrit lui-même son combat. À Aubervilliers, il a accusé l'extrême droite de vouloir « vendre la France à Trump et Poutine ». Il a nommé « les trois laisses » qui enserrent le cou des Français : les énergies fossiles, la Chine, le numérique. Il n'en a pas nommé une quatrième : celle que tiennent la Commission, la Cour de justice et les traités. On ne voit pas la laisse qu'on tient soi-même.

Pourquoi la riposte prend cette forme

Le populisme, tel qu'il s'est installé de Washington à Rome, tient en une phrase, et Marco Rubio l'a prononcée à Athènes le 7 octobre : il n'y a « rien d'égoïste ni de répréhensible dans la loyauté envers sa nation ». Face à cela, la caste française n'a pas de doctrine. Elle a un réflexe, et c'est le même depuis 2017 : trouver un homme jeune, européen, bien né, qui parle de progrès, et le placer entre « les extrêmes ».

Les ressemblances avec Macron ne sont pas un hasard, elles sont un procédé. Un mouvement à son nom plutôt qu'un parti, Place publique en 2018 comme En Marche en 2016. Un livre au printemps, puis des salles pleines avant toute déclaration, puis une candidature au journal de 20 heures. Le service national obligatoire, promesse de Macron en 2017, revient tel quel. La convention citoyenne, inventée pour le climat en 2019, est resservie pour l'immigration. Le Buy European est un slogan macronien de la première heure. La caste ne change pas de méthode quand la méthode échoue ; elle change de visage.

Il y a une différence, et elle compte : Glucksmann est passé par une primaire, et il l'a gagnée. Macron avait tout fait pour l'éviter. Mais regardons de près cette primaire. 140 282 inscrits, dont 42 695 sympathisants à 15 euros, un vote en ligne, une liste close le 5 octobre. C'est le corps électoral d'une grande entreprise, pas celui d'un pays. Le peuple de la primaire, c'est le peuple d'Aubervilliers élargi. Il a choisi celui qui lui ressemblait le plus.

Glucksmann : la caste mondialiste riposte au populisme
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Le populisme a produit son adversaire

Et c'est ici qu'il faut cesser de regarder la caste pour nous regarder nous-mêmes. Si la riposte peut prendre la forme d'un homme sans programme chiffré, c'est que le populisme français n'a rien produit depuis huit ans qu'une humeur. Le Rassemblement national à 35 % n'a pas publié son programme pour 2027. Les gilets jaunes ont réclamé un référendum et n'ont jamais écrit la question. Nous avons fourni la colère. La caste a fourni le candidat. Entre une colère sans texte et un texte sans colère, l'électeur modéré choisira le texte, même vide.

Glucksmann : la caste mondialiste riposte au populisme
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Dernier mot

Raphaël Glucksmann n'est pas le candidat de la gauche. Il est le candidat par lequel un milieu qui a gouverné la France depuis 2017, et qui sait qu'il va perdre, organise sa survie sous une autre étiquette. Ce milieu l'a adoubé à 66 %. Le pays l'ignore à 88 %.

Ce qui le fera exister, ce n'est pas lui. C'est nous, si nous persistons à n'opposer à la caste qu'un bulletin de mauvaise humeur. Une riposte ne tient que tant que l'adversaire n'a rien d'autre à proposer qu'un cri.

Obtenir la fin de Parcoursup

9 October 2026 at 19:16

Par Eric V.

126 632 candidats sans aucune proposition le 11 juillet. Le même jour, 83 000 places vides dans 6 000 formations. Le ministre appelle « immense démagogie » l’idée d’en finir.

Obtenir la fin de Parcoursup
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Obtenir la fin de Parcoursup

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Le 11 juillet, au soir de la phase principale, 126 632 candidats n’avaient reçu aucune proposition. Plus d’un sur six. Le même jour, 83 000 places restaient vacantes dans quelque 6 000 formations. Relisez les deux chiffres ensemble. Une file d’attente et des invendus, au même guichet, à la même heure.

Depuis près de deux semaines, les lycées sont bloqués : plus de 500 établissements perturbés le 2 octobre, 735 selon le ministre lui-même. Les lycéens réclament des professeurs, des murs qui tiennent et, pour certains, la suppression de la plateforme Parcoursup. Mercredi, sur BFM, le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, leur a répondu avec une confondante clairvoyance : une « immense démagogie », et ceux qui la proposent « prennent vraiment les lycéens pour des truffes ». Son collègue de l’Éducation nationale avait, lui, ouvert une plateforme de concertation. Pour trois semaines.

Obtenir la fin de Parcoursup
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Une file et des invendus

Quiconque a connu une économie administrée reconnaît le tableau.

Parcoursup, ce sont 21 000 formations passées dans le même entonnoir, 83 % d’usagers qui le disent « stressant », des classements produits par des algorithmes locaux dont le Conseil d’État a jugé que le code n’avait pas à être communiqué, et un recours devant le tribunal qui peut mettre jusqu’à un an à aboutir. Un an : la rentrée est passée, la suivante approche.

Le reste se paie. L’enseignement supérieur privé est passé de 490 000 à 790 000 étudiants en dix ans.

La présomption fatale

Pour fixer le bon nombre de places dans une seule licence, il faudrait savoir à l’avance cinq choses. Combien de bacheliers la demanderont. Avec quel niveau. Ce que chacun aurait fait d’autre. Combien d’enseignants seront là en septembre. Et ce que le marché du travail absorbera dans trois ans. Aucun rectorat ne détient cela. Ce n’est pas affaire de compétence ni de moyens : l’information n’existe nulle part en un seul endroit. Elle est éparpillée entre les candidats, les familles, les professeurs, les employeurs — et elle n’apparaît que lorsqu’ils agissent.

Hayek a donné un nom à l’erreur qui consiste à l’oublier : la présomption fatale. La présomption, c’est de croire qu’on peut organiser depuis un bureau ce que personne, depuis ce bureau, n’est en mesure de savoir. Elle est fatale parce qu’elle ne se corrige pas : le bureau qui se trompe ne reçoit aucun signal lui disant de combien.

D’où les deux chiffres du 11 juillet. Un guichet central ne se trompe pas dans un sens ou dans l’autre. Il se trompe dans les deux à la fois, le même jour : 126 632 candidats sans proposition, 83 000 places vides.

Éducation et présomption fatale de Hayek : de quoi s’agit-il ?
La présomption fatale de Hayek expliquée simplement : croire qu’un plan d’ensemble fait mieux que les décisions de chacun. L’idée, les mots, les objections.

La pénurie est décidée avant l’algorithme

Le ministre a un argument, et il est sérieux. Avant Parcoursup, il y avait APB et sa loterie : 189 mentions de licence départagées par tirage au sort en 2015, 78 en 2016. Avant APB, la queue à l’aube devant les secrétariats. Et un lycéen d’Aurillac voit aujourd’hui, depuis sa chambre, les mêmes formations qu’un lycéen du Quartier latin. Tout cela est vrai. Le catalogue est un progrès ; qu’on le garde.

Seulement, la loterie, la file et l’algorithme sont trois manières de distribuer une pénurie qu’aucun des trois n’a créée. Elle est écrite ailleurs : à l’article L. 612-3 du code de l’éducation, qui fait arrêter chaque année les capacités d’accueil par « l’autorité académique ». Le nombre de places d’une licence n’est fixé ni par l’université seule, ni par ceux qui veulent y entrer. Il l’est par un rectorat. L’algorithme arrive après, et on lui en veut de faire ce pour quoi on l’a construit.

Voilà pourquoi la suppression que l’on réclame à gauche ne supprime rien. La proposition de loi des Insoumis rend au bachelier le droit de s’inscrire où il veut, puis confie au recteur le soin de trancher quand il y a trop de monde, selon le domicile et la situation de famille. On demande donc au recteur de décider ce que l’algorithme décidait, avec l’information dont il disposait : aucune. Les syndicats étudiants y ajoutent 250 000 places et dix milliards que le budget n’a pas. Le guichet change de bureau.

Obtenir la fin de Parcoursup
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Ce que finir veut dire

Obtenir la fin de Parcoursup, c’est obtenir trois choses, et aucune ne coûte dix milliards.

Que chaque établissement fixe lui-même combien d’étudiants il accueille, et en réponde : il est le seul à savoir de combien de salles, de professeurs et d’encadrement il dispose. Que chaque candidat postule directement, à qui il veut, autant de fois qu’il veut. Que chaque refus porte un motif et un nom, celui d’une personne qu’on peut appeler, et non celui d’une « commission d’examen des vœux ». L’État garde le catalogue et publie, formation par formation, ce que deviennent ceux qui y entrent.

Cela s’appelle une sélection, et le mot fâche. Mais elle existe déjà : elle est seulement anonyme, tardive et sans appel utile. Une sélection qu’on n’ose pas signer, on la confie à une machine.

C’est ici que nous entrons dans la pièce, nous autres parents. Ce guichet, nous l’avons voulu. Il nous épargne le refus prononcé par quelqu’un, il passe tous les enfants dans la même machine, et nous appelons cela l’égalité. Puis nous payons un coach en février et une école privée en juillet.

Obtenir la fin de Parcoursup
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Dernier mot

Je ne sais pas si les blocus tiendront jusqu’à la Toussaint. Je sais ce qu’il faut demander à ceux qui veulent l’Élysée en avril : non pas s’ils gardent la plateforme, mais qui, sous leur mandat, décidera du nombre de places et signera les refus.

Le ministre a raison sur un point. On prend les lycéens pour des truffes. Depuis 2018.

Très important !

Si vous voulez voir les vidéos de la manifestation, notamment au coeur des affrontements entre policiers et manifestants, rejoignez notre chaîne Telegram gratuite en cliquant sur ce lien :

J'ai Télégram et je rejoins gratuitement la chaîne

Reportage au coeur de la manifestation parisienne

8 October 2026 at 19:36

Par Eric V.

25.000 lycéens et autres ont manifesté à Paris, dans un vrai calme, jusqu'à la "3è mi-temps" où les habituels casseurs ont provoqué la police. Quelques enseignements politiques sont à retirer de cette journée en demi-teinte.

Reportage au coeur de la manifestation parisienne
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Reportage au coeur de la manifestation parisienne

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !
Très important !

Si vous voulez voir les vidéos de la manifestation, notamment au coeur des affrontements entre policiers et manifestants, rejoignez notre chaîne Telegram gratuite en cliquant sur ce lien :

J'ai Télégram et je rejoins gratuitement la chaîne

Il étaient environ 25.000 manifestants (chiffres de la police mais qui me paraissent très réalistes, car la place était loin d'être saturée) à se retrouver autour du Génie de la Bastille pour exprimer leur colère contre la politique éducative. À ce stade, ce mouvement dépasse-t-il la simple émotion, ou s'enlise-t-il dans la minceur d'une expression éphémère comme c'est si souvent le cas dans les collectifs ?

Soyons francs, au-delà de revendications très vagues (plus de moyens...), on peine aujourd'hui à dégager un fil directeur comme le serait la suppression de Parcours Sup, par exemple.

Reportage au coeur de la manifestation parisienne

On retrouve ici le glissement du mouvement vers la posture politique plus que vers la revendication. Or une revendication structure, une posture dilue.

Reportage au coeur de la manifestation parisienne

Cet enlisement est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle pour Sébastien Lecornu :

  • une bonne nouvelle, car les risques que le mouvement perdure au-delà des vacances de Toussaint s'amenuisent. On ne boude pas éternellement son lycée pour réclamer une insurrection ou dénoncer "les fachos". Donc, d'une certaines façon, plus que 8 jours à tenir...
  • une mauvaise nouvelle, car le mouvement est insaisissable et sa destinée devient hautement imprévisible. De nombreux signaux laissent à penser qu'il va s'essouffler et retomber, mais rien n'exclut une reprise d'incendie à tout moment.
Reportage au coeur de la manifestation parisienne
Reportage au coeur de la manifestation parisienne
Reportage au coeur de la manifestation parisienne

Au passage, on notera la place somme toute discrète de la France Insoumise, accusé d'être à la manoeuvre en sous-main. LFI n'est pas absente du paysage, mais elle ne verrouille pas la manifestation, et de nombreux étudiants semblent très loin de s'engager dans ce parti, même s'ils se déclarent majoritairement de gauche.

En réalité, les manifestations laissent une part importante à l'humour et à l'esprit potache, loin des catégories politiques que les manifestations des années 70 pouvaient connaître. L'imaginaire de la jeunesse actuelle s'exprime volontiers et trahit bien le besoin de fête après le traumatisme du COVID.

Reportage au coeur de la manifestation parisienne
Reportage au coeur de la manifestation parisienne

Très important !

Si vous voulez voir les vidéos de la manifestation, notamment au coeur des affrontements entre policiers et manifestants, rejoignez notre chaîne Telegram gratuite en cliquant sur ce lien :

J'ai Télégram et je rejoins gratuitement la chaîne
Reportage au coeur de la manifestation parisienne
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Laisser ce mouvement à la gauche : l'erreur majeure de Marine Le Pen

Si la minceur idéologique du mouvement étudiant est une évidence qu'il faut souligner, une réalité essentielle s'impose néanmoins : les participants placent le rejet du Rassemblement National au coeur de leur "Weltanschauung". Une grande partie des slogans dénonce les "fachos" en boucle (même si peu de manifestants pourraient définir cette catégorie fourre-tout) et consacre le triomphe de la gauche dans la jeunesse.

Reportage au coeur de la manifestation parisienne

Ce rejet est alimenté par les postures très hostiles au mouvement exprimées à droite de l'échiquier. La "fachosphère" et la "bollosphère", mais aussi de nombreux souverainistes qui s'expriment sur GPTV, Tocsin, TVL ou Radio Courtoisie) en donnant écho à des positions violentes et caricaturales (les dégâts causés par Philippe de Villiers sont immenses) gravent dans le marbre sa rupture avec la jeunesse qui se mobilise.

On ne peut parler d'autre chose que d'une erreur stratégique, car Marine Le Pen perd ici une bataille d'image qu'elle aurait pu facilement neutraliser, à défaut de la gagner.

Inversement, la gauche manifeste son habileté en se refaisant une santé à bon compte auprès d'une jeunesse dépolitisée et peu formée, qu'elle conquiert sans coup férir. Mais enfin, ceux qui ont cru que le conservatisme et le patriotisme pouvait se définir par l'intelligence tactique ont définitivement fait preuve d'une naïveté coupable.

Dans l'ensemble, on notera la forte présence des drapeaux français, néanmoins, la discrétion des drapeaux palestiniens, et la vitalité des engagements individuels. Cette jeunesse, qui participe souvent à sa première manifestation, a besoin de s'exprimer !

Reportage au coeur de la manifestation parisienne
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Le round de la violence

Comme d'habitude, la manifestation est restée pacifique jusqu'au dernier round, sur le coup des 17h30, l'heure où la police se livre à son jeu de cache-cache avec les casseurs. Insistons sur ce point : pendant plus de deux heures, les jeunes ont manifesté sans violence, la police se tenant à distance et ne cherchant pas à "interpeler".

Reportage au coeur de la manifestation parisienne

Une fois les manifestants pacifiques partis ou en instance de partir, les casseurs sont sortis de l'ombre et les images de violence, dont les médias sont si friands, ont commencé à pleuvoir :

Reportage au coeur de la manifestation parisienne
Très important !

Si vous voulez voir les vidéos de la manifestation, notamment au coeur des affrontements entre policiers et manifestants, rejoignez notre chaîne Telegram gratuite en cliquant sur ce lien :

J'ai Télégram et je rejoins gratuitement la chaîne
Reportage au coeur de la manifestation parisienne
Très important !

Si vous voulez voir les vidéos de la manifestation, notamment au coeur des affrontements entre policiers et manifestants, rejoignez notre chaîne Telegram gratuite en cliquant sur ce lien :

J'ai Télégram et je rejoins gratuitement la chaîne
Reportage au coeur de la manifestation parisienne
Reportage au coeur de la manifestation parisienne
Reportage au coeur de la manifestation parisienne
Très important !

Si vous voulez voir les vidéos de la manifestation, notamment au coeur des affrontements entre policiers et manifestants, rejoignez notre chaîne Telegram gratuite en cliquant sur ce lien :

J'ai Télégram et je rejoins gratuitement la chaîne

Il y a probablement une étude pour ainsi dire anthropologique à mener sur cet étrange rituel où les manifestations "politiques" se terminent, après une séquence pacifique, sur une note violente. Dans la pratique, tel un chat et une souris, policiers et voyous semblent se donner la réplique pour offrir un spectacle qui fait le tour du monde.

L'erreur consisterait à éclipser les revendications de la jeunesse derrière ces dérapages totalement artificiels.

Reportage au coeur de la manifestation parisienne
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

79% de nos étudiants envisagent de quitter la France

7 October 2026 at 16:31

Par Eric V.

Hier, j'ai assisté à la conférence de presse donnée par Jeunesse 2027, un collectif d'étudiants porté par l'Université d'Aix-Marseille. Ipsos y présentait un sondage très instructif sur l'état d'esprit des jeunes : 79% d'entre eux envisagent de quitter la France !

79% de nos étudiants envisagent de quitter la France
79% de nos étudiants envisagent de quitter la France
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
79% de nos étudiants envisagent de quitter la France

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

La date ne pouvait être mieux choisie : au moment où la jeunesse de France se rassemblait pour défiler dans les rues, Ipsos documentait des chiffres sur le malaise profond d'une jeunesse volontiers ramenée à un ramassis d'incendiaires et de casseurs par les partisans de l'ordre.

J'ai bien noté l'esprit paresseux dominant chez les conservateurs et les "patriotes" : un jeune qui n'obéit est un voyou. Il n'appartient pas, pour reprendre les clichés rances de Philippe de Villiers à la France qui brûle des cierges, mais à la France qui brûle des poubelles. L'intérêt de l'IFOP est de démonter ces clichés.

Éduquer, est-ce apprendre à obéir ou à innover ?
Philippe de Villiers ne voit que deux jeunesses. PISA 2025 : 458 en maths, −37 points depuis 2018. Éduquer, est-ce apprendre à obéir ou à innover ?
Au coeur des casseurs ! Mon reportage dans la manifestation étudiante....
Les images de la manifestation étudiante du 6 octobre 2026. Loin des clichés.
79% de nos étudiants envisagent de quitter la France
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Malaise dans la jeunesse

Le sondage réalisé auprès de 3.000 étudiants représentatifs enseigne un certain nombre d'ordres de grandeur. J'en retiendrai deux en particulier :

1° Les principales préoccupations de nos étudiants portent sur la dignité et l'attention à l'autre. Sur ce point, les sondés expriment assez peu d'insatisfactions ciblées sur les inégalités en tant que telles. C'est une chance, tant ses inégalités, notamment dans l'accès aux meilleurs emplois, sont criantes. Nous aurions pourtant collectivement intérêt à mettre cette problématique dans notre "scope".

Dans la pratique, les étudiants ont une faible culture politique et militante, et sont totalement ignares en matière de lutte, comme disent les gauchistes. Mais ce vide pourrait se remplir rapidement, et les phénomènes inégalitaires (notamment dans la répartition des moyens) pourraient rapidement faire l'objet d'une conscientisation.

Le mouvement étudiant pourrait alors prendre une tout autre tournure.

2° 79% des étudiants envisagent de quitter la France. C'est un nombre considérable, et le phénomène ferait bien d'inquiéter la caste. Cette démarche d'exil semble mûrie et avancée chez un étudiant sur trois. L'IFOP ne dit pas si cet "avancement" est caractéristique des CSP+, s'il est homogène, ou s'il se concentre sur les moins riches.

Dans tous les cas, l'effondrement de notre système éducatif est tel que nos jeunes, pour une proportion (très) inquiétante ne se voient plus d'avenir en France et aspirent à l'émigration.

J'ai bien entendu les commentaires aigres de ceux qui prétendent que les jeunes "devraient se taire" (dit poliment ici) et obéir. Leur réponse est cinglante : ils partent, ou s'apprêtent à partir, face à un pays bloqué par l'alliance des retraités et des boomers.

Les "vieux cons" devraient se poser des questions majeures en lisant ce chiffre.

79% de nos étudiants envisagent de quitter la France
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !
79% de nos étudiants envisagent de quitter la France
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Programme économique du RN ? ou les 140 milliards indolores

7 October 2026 at 11:01

Par Eric V.

Marine Le Pen promet 140 milliards d'économies sans toucher aux pensions, sans hausse d'impôt, et en ramenant la retraite à 62 ans. Près de la moitié de l'effort est demandée au fraudeur, à Bruxelles et à l'étranger. Trois payeurs qui ont un point commun : ils ne votent pas.

Programme économique du RN ? ou les 140 milliards indolores

Programme économique du RN ? ou les 140 milliards indolores
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Le Rassemblement national jouait gros mardi. Après une rentrée de faux pas — le voile, les quarante-deux annuités, Carcassonne, Auchan, Bardella —, la présentation du budget du quinquennat devait prouver que le parti savait compter. Deux heures, des graphiques en cascade, une centaine de journalistes. Et un chiffre : 140 milliards d'euros d'économies nettes d'ici 2032, au prix, dit Marine Le Pen, d'un « effort radical ».

J'aurais aimé applaudir. Un parti qui promet le déficit sous 3 % en 2030, plus de cent vingt taxes supprimées, trente milliards d'impôts en moins et un étage de capitalisation pour les retraites dit des choses que ce journal réclame depuis des années. Encore faut-il regarder qui paie.

Trois payeurs qui ne votent pas

Le détail du plan a été décortiqué. L'effort brut y atteint 169 milliards. Trente-deux et demi viennent de la lutte contre la fraude. Dix-neuf et demi d'une moindre contribution au budget européen. Vingt-neuf de la priorité nationale, c'est-à-dire de prestations retirées aux étrangers. Total : 81 milliards, près de la moitié du plan.

Le fraudeur, Bruxelles, l'étranger. Trois payeurs commodes, qui ne votent pas en France. Trois recettes, surtout, qu'une signature à l'Élysée ne suffit pas à encaisser. La fraude estimée n'est pas la fraude recouvrée : les caisses sociales en récupèrent 600 millions par an sur treize milliards évalués. La contribution européenne se négocie à vingt-sept. Et le Conseil constitutionnel a jugé en avril 2024 qu'on ne pouvait pas subordonner les prestations à cinq ans de résidence : il faudra réviser la Constitution avant de toucher le premier euro.

Programme économique du RN ? ou les 140 milliards indolores
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

La retraite qui rapporte

Reste l'autre moitié. Elle repose sur des gains d'organisation — huit milliards à l'hôpital, neuf et demi d'actes médicaux jugés inutiles — et sur 201 000 postes non remplacés dans les agences et les collectivités, sans un licenciement.

Puis vient la ligne que j'ai relue deux fois. Le RN ramène l'âge de départ à soixante-deux ans, voire soixante, et inscrit dans le même mouvement 15 à 20 milliards d'économies sur les retraites. L'Institut Montaigne, cité par Challenges, chiffre l'abaissement de l'âge à 34 milliards de coût par an, jusqu'à 44,7. Partir plus tôt et dépenser moins : le RN a inventé la retraite qui rapporte.

Ajoutez trente milliards de baisses d'impôts, quinze de droits nouveaux, plus de soixante-cinq d'investissements, des pensions toujours indexées. Et quatre-vingt-dix milliards d'intérêts économisés sur la dette, comptés d'avance. Économisés à condition que le plan réussisse : c'est payer le traiteur avec les cadeaux de mariage.

Une règle d'or pour plus tard

Reste la pièce maîtresse : une règle d'or budgétaire, inscrite dans la Constitution par référendum. Tant que la dette dépasse 60 % du PIB, le déficit devrait rester un demi-point sous le niveau qui la stabilise. Pour 2027, Marine Le Pen donne elle-même le plafond : 2,4 %. Sa trajectoire, la même semaine, affiche 4,9 %. Entre les deux, 2,5 points de PIB, quelque 75 milliards. Ou bien la règle ne s'applique pas à son quinquennat, ou bien il faudra y déroger dès la première année, aux trois cinquièmes du Parlement — et une seconde dérogation d'affilée exige un nouveau référendum.

En 2012, la même Marine Le Pen appelait la règle d'or une « chape de plomb ». Je ne sais pas si elle a changé d'avis ou de public. Je constate qu'à un demi-point par an, il faut cent vingt ans pour ramener la dette de 120 à 60 % du PIB. Une contrainte qu'on se donne pour le siècle suivant n'engage pas beaucoup le quinquennat.

Programme économique du RN ? ou les 140 milliards indolores
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Ce que la déception dit de nous

Je ne reproche pas au RN de manquer d'ambition. Cent quarante milliards, c'est le bon ordre de grandeur. Je lui reproche de l'avoir rendue indolore. Dans ce plan, aucun électeur ne perd rien : ni le retraité, ni le fonctionnaire en poste, ni l'allocataire français, ni le contribuable. L'effort radical est radical pour les absents.

Les marchés n'ont pas tremblé : le taux à dix ans a même reflué mardi à 4,75 %, après avoir frôlé 5 % la semaine précédente. Je me garderai d'y lire un vote de confiance.

Et c'est ici que la charge nous revient. Si le parti donné favori présente un régime sans privation, c'est qu'il nous connaît. Nous voulons bien que l'État maigrisse, à condition que ce soit dans l'assiette du voisin. Un programme n'est jamais que le portrait de ceux à qui on le vend.

Programme économique du RN ? ou les 140 milliards indolores
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Dernier mot

On se demandait si le RN réussirait son passage à la réalité. Il a réussi son passage au tableur. La réalité, c'est le jour où il faudra dire à quelqu'un qui vote qu'il recevra moins, et ce jour-là ne figure dans aucune des colonnes présentées mardi.

Nous l'écrivions ici : Marine Le Pen diffère depuis des années l'arbitrage entre ceux qui attendent d'elle la retraite à soixante ans et ceux qui attendent des comptes en ordre. Son budget ne tranche pas. Il additionne les deux promesses et adresse la facture à l'étranger. En mai 2027, élue ou battue, il faudra bien qu'elle choisisse ; et si elle est élue, ses électeurs découvriront les premiers que l'indolore n'existe pas.

Un « effort radical », donc. Reste à trouver qui le fera.

Au coeur des casseurs ! Mon reportage dans la manifestation étudiante....

6 October 2026 at 21:46

Par Eric V.

Aujourd'hui j'ai rejoint la manifestation qui a traversé l'Est parisien, dont la mobilisation lycéenne était le fer de lance. J'en ai ramené quelques photos qui vont piquer les yeux de tous ceux qui croient à un complot islamo-gauchiste. La manifestation était très différente de cela...

Très important !
Au coeur des casseurs ! Mon reportage dans la manifestation étudiante....

Si vous voulez voir les vidéos de la manifestation, au coeur des affrontements entre policiers et manifestants, rejoignez notre chaîne Telegram gratuite en cliquant sur ce lien :

J'ai Télégram et je rejoins gratuitement la chaîne

Au coeur des casseurs ! Mon reportage dans la manifestation étudiante....
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Un phénomène n'a pas manqué d'étonner (pour voir la vidéo où je disserte sur ce mystère, rendez-vous sur Telegram) : peu avant l'arrivée du cortège, un groupe de casseurs provocateurs a bloqué le boulevard Voltaire et lancé un feu de poubelles, dans une sorte de passivité ou d'impunité totale de la police.

Au coeur des casseurs ! Mon reportage dans la manifestation étudiante....

L'événement a donné l'occasion aux forces de police de créer une sorte d'enclave dans le groupe des provocateurs, qui ne pouvait évidemment que dégénérer, et fournir de bonnes images de violence aux médias qui n'en demandaient pas plus pour fabriquer un narratif transformant un mouvement bon enfant en déferlement barbare.

Au coeur des casseurs ! Mon reportage dans la manifestation étudiante....
Au coeur des casseurs ! Mon reportage dans la manifestation étudiante....

Dans cet ensemble, on n'oublie évidemment pas l'évocation de la cause palestinienne qui, par une association d'idées parfaitement travaillée dans certains médias, revient à réduire le mouvement à une sorte de guerre civile larvée menée par les Musulmans contre la France de toujours. On se demande d'ailleurs dans quelle mesure la présence du drapeau palestinien ne sert pas de "magnet" pour attirer les jeunes Musulmans de banlieue en perdition afin de mieux les identifier et les ficher.

Au coeur des casseurs ! Mon reportage dans la manifestation étudiante....
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !
Au coeur des casseurs ! Mon reportage dans la manifestation étudiante....

Au-delà de ces clichés, il faut répéter que la manifestation avait un côté bon enfant, avec une jeunesse très majoritairement bien éduquée et sympathique, loin de tout sujet religieux.

Au coeur des casseurs ! Mon reportage dans la manifestation étudiante....
Au coeur des casseurs ! Mon reportage dans la manifestation étudiante....
Au coeur des casseurs ! Mon reportage dans la manifestation étudiante....
Au coeur des casseurs ! Mon reportage dans la manifestation étudiante....
Au coeur des casseurs ! Mon reportage dans la manifestation étudiante....
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !
Au coeur des casseurs ! Mon reportage dans la manifestation étudiante....
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Pourquoi le chèque scolaire est la vraie solution aux problèmes de l'éducation

6 October 2026 at 10:38

par Eric V.

« Manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultragauche », dit Matignon des quatre cents lycées bloqués. La France dépense 10 580 euros par an pour un collégien. À ses parents, elle accorde 61 euros de réduction d'impôt. Je propose l'inverse : l'argent aux parents, et qu'ils choisissent l'école.

Pourquoi le chèque scolaire est la vraie solution aux problèmes de l'éducation
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Pourquoi le chèque scolaire est la vraie solution aux problèmes de l'éducation

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Soixante et un euros. C'est ce que le fisc accorde chaque année aux parents d'un collégien, au titre des « frais de scolarité ». Cent cinquante-trois euros pour un lycéen. Encore faut-il payer l'impôt sur le revenu : 46 % des foyers seulement sont dans ce cas. Les autres n'ont rien.

La même année, la France dépense 10 580 euros pour ce collégien, et 13 200 pour un lycéen de la voie générale. L'essentiel est payé par l'État et les collectivités. Sur cette somme, ses parents ne décident de rien : ni de l'établissement, que leur adresse désigne, ni des professeurs, qu'un barème affecte, ni du programme, qu'un bureau rédige. Soixante et un euros sur 10 580 : à peine plus d'un demi pour cent. C'est la part exacte de confiance que le pays leur fait.

Gardez ces deux chiffres en tête. Ils expliquent mieux les lycées bloqués que tout ce qu'on entend depuis quinze jours.

Pourquoi le chèque scolaire est la vraie solution aux problèmes de l'éducation
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

« Une manœuvre organisée »

Le mouvement est parti le 21 septembre d'un lycée de Créteil. Dix jours plus tard, on comptait près de mille actions en une journée et environ quatre cents établissements fermés. Matignon a trouvé l'explication : une « manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultragauche ». Bruno Retailleau a renchéri : « Il y a cette jeunesse qui s'engage, qui veut éteindre le feu, et une jeunesse qui veut mettre le feu. » Philippe de Villiers, dans le Journal du Dimanche, a compté deux jeunesses lui aussi.

Éduquer, est-ce apprendre à obéir ou à innover ?
Philippe de Villiers ne voit que deux jeunesses. PISA 2025 : 458 en maths, −37 points depuis 2018. Éduquer, est-ce apprendre à obéir ou à innover ?

Entendons-nous sur les violences. Elles sont réelles, et rien ne les excuse : vingt-quatre établissements « incendiés ou saccagés », selon le ministre de l'Éducation, une centaine dégradés sévèrement, des proviseurs blessés. Mais comptez dans l'autre sens. La France a 3 700 lycées. Le ministre dénombre 735 établissements touchés par le mouvement. Restent, au bas mot, près de trois mille lycées où il ne s'est rien passé, et quelque six cents où l'on a bloqué sans dégât sérieux. Vingt-quatre sur 3 700 : moins d'un pour cent. Ce sont ceux-là qu'on nous montre depuis quinze jours, et l'on en tire le portrait d'une génération.

Que La France insoumise souffle sur les braises, je le crois volontiers, et 61 % des Français jugent qu'elle n'est pas dans son rôle. Mais souffler n'est pas allumer. Aucun parti n'a les moyens de fermer quatre cents lycées dans un pays où les élèves seraient contents d'y entrer. Le même sondage dit que 62 % des Français trouvent la mobilisation justifiée, et que les deux tiers ne se sentent proches ni de LFI ni du gouvernement.

Expliquer une colère par ceux qui l'exploitent, c'est une théorie du complot comme une autre. Elle a le même usage que les autres : elle dispense de regarder. Regardons donc.

Pour ses écoles, ses collèges et ses lycées, la France a dépensé 131,6 milliards d'euros en 2024, tous payeurs confondus. La dépense par élève du secondaire a augmenté de 70 % depuis 1980, en euros constants. Dans le même temps, les élèves français ont obtenu 458 points en mathématiques à l'enquête PISA 2025, trente-sept de moins qu'en 2018. Au collège public, une heure de cours sur dix n'est pas assurée, écrit la Cour des comptes. L'argent monte, le niveau descend, et les heures manquent.

Cet argent, où va-t-il ? L'éducation prioritaire coûte 2,6 milliards par an, deux fois et demie plus qu'en 2014. La Cour des comptes a constaté que 70 % des élèves défavorisés sont scolarisés ailleurs, et que la carte n'a pratiquement pas été revue depuis dix ans. Quant à savoir quel collège accueille quel public, le ministère le savait et le gardait pour lui. Il a fallu qu'un journaliste aille devant le tribunal administratif, en 2022, pour qu'il publie l'indice social de chaque établissement. Il refusait de crainte « qu'il ne serve d'outil au contournement de la carte scolaire ».

Reste la manière d'enseigner. Selon l'enquête TALIS de l'OCDE, 53 % des professeurs débutants jugent en France leur formation adaptée, contre 75 % en moyenne dans les pays comparables. On envoie devant des adolescents de 2026 des gens qu'on n'a pas préparés, puis l'on s'étonne.

Des moyens qui montent, des résultats qui tombent, un argent distribué à l'aveugle, des professeurs laissés seuls. Les lycéens n'ont pas eu besoin de Jean-Luc Mélenchon pour s'en apercevoir. Ils y passent leurs journées.

Pourquoi le chèque scolaire est la vraie solution aux problèmes de l'éducation
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Ce que le ministère ne peut pas savoir

Ces trois défauts n'en font qu'un, et Friedrich Hayek lui a donné un nom en 1988 : la présomption fatale. C'est l'idée qu'un petit nombre de gens instruits, réunis dans un bureau, en savent assez pour organiser la vie de millions d'autres mieux que ceux-ci ne le feraient eux-mêmes.

Hayek ne dit pas que ces gens sont sots. Il dit qu'ils ne peuvent pas savoir. Ce qu'il faut connaître pour éduquer un enfant n'est écrit nulle part : que celui-ci s'ennuie et que celui-là se noie, que ce professeur de mathématiques est remarquable et que cet autre est absent depuis novembre, que dans ce quartier il manque un lycée professionnel et dans ce bourg une classe bilingue. Cette connaissance existe. Elle est dans la tête des parents, des élèves, des professeurs, d'un proviseur. Elle ne remonte dans aucun tableau de la rue de Grenelle, ou alors dix ans trop tard : voyez la carte de l'éducation prioritaire.

Relisez maintenant l'affaire de l'indice social. Le ministère détenait une information utile aux familles, et il l'a cachée pour qu'elles ne s'en servent pas. Tout y est. L'administration ne se contente pas d'ignorer ce que savent les parents. Elle leur retire ce qu'elle sait, de peur qu'ils choisissent.

À le bien regarder, nous avons bâti l'école sur une hypothèse que personne n'oserait écrire : un rédacteur de circulaire connaîtrait mieux votre fils que vous. Sept ministres se sont succédé rue de Grenelle depuis mai 2022. Chacun est arrivé avec sa réforme, et aucun n'a touché à la règle du jeu, puisque la règle du jeu est justement qu'on décide d'en haut. On ne corrige pas une présomption en changeant le présomptueux.

L'autre voie, Hayek l'appelait l'ordre spontané : laisser décider ceux qui savent, et laisser l'offre se former autour de leurs décisions. Des écoles qui ouvrent parce que des familles en veulent. Des écoles qui ferment parce qu'elles n'en veulent plus. Personne ne l'a planifié, et c'est pour cela que ça s'ajuste.

L'argent suit l'enfant

Tout repose sur un constat d'une grande banalité : dans leur immense majorité, les parents veulent le bien de leur enfant. Pas tous, pas toujours avec discernement, mais plus sûrement et plus obstinément qu'aucune administration. Un recteur change de poste ; un père reste père.

Ils savent d'ailleurs très bien ce qui ne va pas. Interrogés par l'Ifop pour le Comité national d'action laïque, qui défend l'école publique, 93 % des parents jugent urgent d'y améliorer la sécurité et la discipline, et 88 % la qualité de l'enseignement. On ne leur demande pas leur avis. On leur attribue une adresse.

Le chèque scolaire retourne le circuit. Aujourd'hui l'État finance des établissements et y affecte des enfants. Demain il financerait des enfants, et les établissements viendraient les chercher.

Concrètement : on cesse de subventionner les écoles, et chaque famille reçoit pour chaque enfant un crédit d'impôt égal à la subvention moyenne par élève de l'année scolaire concernée. Un crédit d'impôt, et non une réduction comme les 61 euros d'aujourd'hui : ceux qui ne paient pas l'impôt sur le revenu, plus d'un foyer sur deux, le touchent quand même, et pour la même somme. Fléché, bien entendu : il ne règle qu'une inscription, dans l'école publique ou privée que les parents ont choisie. Et versé directement à l'établissement, comme l'Urssaf avance déjà le crédit d'impôt des emplois à domicile, pour que personne n'ait à sortir une pareille somme de sa poche.

Ce n'est pas une rêverie. La Suède le pratique depuis 1992 : la commune verse la même somme par élève à l'école municipale et à l'école indépendante, celle-ci est gratuite et ouverte à tous, et près d'un lycéen sur trois y est aujourd'hui inscrit. Les Pays-Bas financent à égalité écoles publiques et écoles privées depuis 1917, et les trois quarts des élèves y fréquentent une école privée.

Ce que le chèque ne règle pas

Je ne vends pas un remède miracle. La Suède se dispute depuis des années sur ses écoles indépendantes : notes gonflées pour attirer les familles, élèves qui se regroupent par milieu, et une partie de la presse française y voit un « anti-modèle ». Les syndicats d'enseignants objectent que l'école privée choisit ses élèves quand l'école publique les prend tous, et que le chèque ferait de celle-ci l'école de ceux dont personne ne veut. Ils désignent ainsi la règle qu'il faut écrire : une école qui encaisse le chèque ne trie pas à l'entrée.

Reste le supplément qu'elle pourrait réclamer en plus du chèque. La question se dispute. La Suède l'interdit. On peut aussi l'admettre, à condition que l'État ajoute au chèque des enfants pauvres une subvention de discrimination positive, pour que le prix ne leur ferme aucune porte. Les 2,6 milliards de l'éducation prioritaire, qui manquent aujourd'hui sept élèves défavorisés sur dix, suivraient alors l'enfant et non la carte.

Il y a aussi ce que le chèque ne peut pas faire. Dans un bourg qui n'a qu'une école, le choix reste sur le papier, au moins les premières années. Un parent qui ne s'occupe pas de son enfant ne s'en occupera pas davantage avec un crédit d'impôt, et pour celui-là l'État garde tout son rôle : l'obligation scolaire, l'inspection, l'examen national qui dit ce que l'élève sait. Et l'opinion n'est pas acquise. Dans le sondage que je citais, 60 % des parents voudraient que le privé soit payé par les seules familles. J'imagine qu'ils répondraient autrement si le chèque était dans leur poche et non dans celle du voisin. Je n'en ai pas la preuve.

Mais regardez ce qu'il change, et qu'aucune réforme n'a changé. Aujourd'hui, un collège où une heure sur dix n'est pas assurée ne perd pas un euro. Les familles n'ont aucun moyen de le lui faire savoir, sinon déménager ou payer deux fois, l'impôt puis l'école privée. Avec le chèque, l'établissement que les parents quittent perd ses moyens, celui qu'ils demandent en gagne, et le ministère l'apprend le jour même, sans rapport de la Cour des comptes, sans tribunal administratif, sans blocus.

L'information que la rue de Grenelle cachait aux parents devient ce qui fait tourner la machine. C'est en cela que la réforme est structurelle. Elle ne demande pas à l'Éducation nationale de se corriger, ce qu'elle ne sait pas faire. Elle change la main qui tient le carnet de chèques.

Pourquoi le chèque scolaire est la vraie solution aux problèmes de l'éducation
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Dernier mot

Reste nous. Le chèque scolaire a un prix que ses partisans annoncent rarement : il nous retire une excuse. Depuis quarante ans, nous confions nos enfants à l'État, nous nous plaignons de ce qu'il en fait, et nous votons pour celui qui promet des moyens. C'est confortable. Le jour où l'argent est dans notre main, il faut visiter, comparer, se tromper, changer, et ne plus pouvoir dire que c'est la faute du ministre. Je ne suis pas certain que nous en ayons tous envie.

Les lycéens de Créteil demandent des professeurs et des salles qui tiennent debout. On leur répond Mélenchon. On pourrait leur répondre ceci : plus de 13 000 euros sont dépensés chaque année au nom de chacun de vous, et ni vous ni vos parents n'avez votre mot à dire sur un seul.

Soixante et un euros de confiance sur 10 580, pour les parents d'un collégien. Commençons par inverser la proportion.

Éduquer, est-ce apprendre à obéir ou à innover ?

5 October 2026 at 09:23

Par Eric V.

Philippe de Villiers ne voit que deux jeunesses : celle qui brûle des cierges et celle qui brûle les écoles. Restent les trois mille six cents lycées qui n'ont fait ni l'un ni l'autre.

Il a dit : « Oui, il y a deux jeunesses. Celle qui brûle des cierges et celle qui brûle les écoles. »
Éduquer, est-ce apprendre à obéir ou à innover ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Éduquer, est-ce apprendre à obéir ou à innover ?

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

C'est propre, c'est rythmé, et c'est vide. Philippe de Villiers a accordé cet entretien au Journal du Dimanche le 3 octobre, en pleine vague de blocus lycéens. La France comptait alors environ quatre cents établissements fermés ou perturbés sur quatre mille, et les interpellations se comptaient en milliers depuis le 21 septembre. Devant cela, un homme d'expérience propose une clef à deux dents. Il ajoute « l'irruption de hordes barbares encagoulées », et convoque Hannah Arendt pour expliquer que chaque génération nouvelle est une invasion barbare qu'il convient de civiliser.

Reste à savoir où l'on range les trois mille six cents lycées où l'on n'a rien brûlé, et où l'on ne brûle pas non plus de cierges.

Contestation étudiante : la dangereuse stratégie de la répression
600 interpellations avant midi, 40 proviseurs blessés, et deux explications gouvernementales incompatibles en 24 heures. Devaquet, le CIP, le CPE : la leçon.
Éduquer, est-ce apprendre à obéir ou à innover ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Deux jeunesses, et aucune place pour la troisième

Le partage en deux a un charme : il dispense d'enquêter. D'un côté la ferveur, de l'autre la désespérance, et entre les deux rien — ni l'élève qui s'ennuie, ni celui qui travaille sans croire, ni celui qui code la nuit, ni celui qui monte une affaire à dix-neuf ans sans avoir jamais mis les pieds dans une église ni devant une poubelle en feu. La très grande majorité des jeunes Français ne figure dans aucune des deux cases. Une typologie qui laisse dehors presque tout son objet n'est pas une analyse : c'est une névrose maniaque déguisée en sociologie.

Et elle a un coût politique immédiat. Si la jeunesse se réduit à deux camps, l'éducation se réduit à un tri : récupérer les uns, contenir les autres. On n'éduque plus, on affecte. C'est le geste exact que ce journal reproche à l'État quand il range les gens par catégories de guichet ; il n'est pas plus recommandable sous une plume conservatrice que sous un tampon.

Admettons que la formule n'ait été qu'une formule. Reste le remède. Philippe de Villiers a conçu en 1977 un spectacle nocturne, joué pour la première fois en juin 1978, où des milliers de bénévoles rejouent chaque été l'histoire de la Vendée — deux mille six cents acteurs, quatre cent mille spectateurs par saison. Réussite considérable, que je ne lui dispute pas. Et, très exactement, un passé mis en scène par ceux qui l'ont perdu.

La question qu'on a le droit de lui poser n'est donc pas celle de ses intentions, qui ne m'appartiennent pas. C'est celle de son programme : que propose-t-il, concrètement, à un garçon de quinze ans de Créteil en 2026 ? S'enraciner où, dans quoi, pour y faire quoi ? Un pays peut se relever. Un pays peut aussi se visiter. Les deux demandent du talent et de l'argent, et ce ne sont pas les mêmes métiers.

Éduquer, est-ce apprendre à obéir ou à innover ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Ce que l'école française n'a jamais su faire

Avant de décider si l'éducation doit conserver, regardons ce qu'elle conserve en ce moment. La note de la DEPP publiée en septembre livre les résultats de PISA 2025 : la France obtient 458 points en mathématiques pour une moyenne de 463 dans l'OCDE, et 456 en compréhension de l'écrit pour une moyenne de 461. Par rapport à 2018, la chute atteint trente-sept points dans les deux disciplines — à peu près une année de scolarité évaporée en sept ans.

Retenez le détail qui suit, parce qu'il démolit un argument qu'on va me servir dans dix lignes. Dans la même enquête, la France obtient 497 points en résolution informatique de problèmes, pour une moyenne de 500. L'effondrement français est donc concentré sur les deux disciplines les plus anciennes, les plus codifiées, les plus traditionnellement enseignées du programme. Là où l'élève doit chercher, essayer, se tromper et recommencer devant une machine, il tient la moyenne. Là où il doit restituer, il décroche.

On me dira que c'est le numérique qui a creusé le trou, et l'on me citera Michel Desmurget, dont La fabrique du crétin digital a documenté en 2019 les dégâts des écrans sur les enfants — formule que Philippe de Villiers reprend à son compte dans l'entretien, sans nommer son auteur. L'objection est sérieuse, et sur son terrain, la consommation passive d'images par de très jeunes enfants, elle n'a jamais été réfutée. Seulement elle ne dit rien de notre sujet. Entre subir un écran seul dans sa chambre et résoudre un problème à plusieurs sur un réseau, il y a l'écart qui sépare regarder un match et le jouer. Et les chiffres de PISA ne désignent pas le clavier : ils désignent la dictée et le théorème.

Si l'école française échoue à produire de l'invention, ce n'est donc pas qu'elle ait cédé à la modernité. C'est qu'elle n'a jamais été bâtie pour ça. Le lycée est une création de 1802, le baccalauréat de 1808, et l'un et l'autre répondaient à un besoin précis : fournir à l'État des cadres capables de restituer un corpus avec élégance. Le concours, la dissertation, la culture générale, la hiérarchie des disciplines nobles et des disciplines utiles — tout cet appareil procède d'un idéal du dix-huitième siècle, celui de l'honnête homme, que la bourgeoisie du dix-neuvième a hérité de l'aristocratie et conservé avec une piété de légataire.

Or cet idéal porte en lui un mépris, et il faut le nommer puisque personne ne le fait : le mépris du commerce, du risque, de la main, de l'essai raté. Dans la hiérarchie française des réussites, celui qui a composé brillamment à vingt ans garde un avantage sur celui qui a créé quelque chose à trente. Nous avons bâti un système qui récompense la restitution et punit l'erreur, puis nous nous étonnons qu'il produise des gens prudents.

La preuve par l'autre bout : interrogés par PISA en 2022 sur la pensée créative, les élèves français obtiennent 32,4 points pour une moyenne de 32,7 dans l'OCDE. Le pays qui se raconte comme celui de l'esprit et de la finesse se situe, en matière d'invention mesurée, dans la moyenne des trente.

Éduquer, est-ce apprendre à obéir ou à innover ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

La mutation ne réclame pas d'autres savoirs, elle réclame d'autres gestes

Ce qui change avec Internet, le travail en réseau et maintenant les modèles de langage, ce n'est pas la quantité de connaissances disponibles : c'est leur prix. Une information qui demandait trois heures de bibliothèque s'obtient en trois secondes ; une synthèse qui demandait une semaine s'écrit en une minute. Dans un monde où la réponse est gratuite, la valeur migre vers la question. Et vers tout ce que la machine ne fait pas : décider quoi chercher, juger ce qu'on a trouvé, travailler avec des gens qu'on n'a pas choisis, risquer une proposition que personne n'a validée.

Aucune de ces quatre compétences n'est évaluée par le système français ; elles y sont structurellement désavantagées. La scolarité française est verticale — un adulte parle, trente élèves prennent note — et solitaire : la note sanctionne un individu, la coopération s'appelle triche, l'originalité se paie d'un commentaire en marge. On apprend à l'élève que la bonne réponse préexiste à sa recherche, et qu'il s'agit de la retrouver. Excellente préparation à l'administration d'un pays stable. Préparation catastrophique à un monde qui bouge.

Faut dire que nous avons, dans cette affaire, la fierté qu'il ne faudrait pas. Nous admirons cette verticalité comme une rigueur, quand elle est d'abord une économie : une restitution se corrige au barème, une invention exige un jugement — donc des professeurs formés, nombreux, payés pour penser. Notre amour de la tradition scolaire est souvent, à le bien regarder, de la radinerie habillée en exigence.

La règle n'est pas l'ennemie de l'invention, elle en est la condition

Qu'on ne se méprenne pas : rien, dans ces lignes, ne plaide pour une école sans règles, sans effort et sans transmission. L'idée qu'il faudrait choisir entre la discipline et la créativité est une sottise — et une sottise que partagent, symétriquement, le pédagogue qui veut libérer l'enfant et le conservateur qui veut le dresser. Les deux croient que l'ordre vient du dehors. Ils ne discutent que de la dose.

Les modèles de personnalité dont la psychologie dispose depuis quarante ans — OCEAN, et sa version à six facteurs, HEXACO — permettent d'être précis. Le trait qui prédit le mieux la réussite scolaire et professionnelle n'est pas l'intelligence mesurée, c'est la conscienciosité : tenir un engagement, différer une satisfaction, organiser un travail long, revenir sur un ouvrage raté. Le trait qui prédit le mieux la production créative est un autre, l'ouverture à l'expérience. Et le point qui règle notre débat est celui-ci : ces deux dimensions sont indépendantes. On ne gagne pas l'une en cédant l'autre. Un individu peut être les deux, et les créateurs qui durent le sont presque toujours.

Ce que cela veut dire pour une école est simple, et très exigeant. Un enfant à qui l'on n'a pas appris à tenir une promesse, à finir ce qu'il a commencé, à supporter l'ennui d'un exercice et la honte d'une erreur n'innovera rien : il aura des idées, ce qui ne coûte rien, et il ne les mènera nulle part. L'invention n'est pas l'absence de méthode, c'est une méthode appliquée à l'inconnu. Un laboratoire est l'endroit le plus réglé du monde. Un atelier de peintre aussi.

Alors oui : il faut des horaires, des devoirs faits, des exigences non négociées et des adultes qui ne tremblent pas. Sur ce point, et sur celui-là seulement, les conservateurs ont raison contre trente ans de démagogie scolaire, et il serait malhonnête de ne pas l'écrire.

Éduquer, est-ce apprendre à obéir ou à innover ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Dernier mot

Reste la question décisive, celle que le partage en deux jeunesses sert justement à ne pas poser : cet ordre, qui le détient ?

Philippe de Villiers cite Arendt. Allons y voir. Le texte dont la phrase est tirée, La crise de l'éducation, dit bien que « le conservatisme, pris au sens de conservation, est l'essence même de l'éducation ». Mais il dit pourquoi, et c'est là que le raisonnement se retourne : « c'est justement, pour préserver ce qui est neuf et révolutionnaire dans chaque enfant que l'éducation doit être conservatrice ». La tâche est double, et réversible : protéger « l'enfant contre le monde, le monde contre l'enfant ». Et le même texte ajoute que cette attitude conservatrice, transportée du terrain de l'éducation à celui de la politique, « ne peut mener qu'à la destruction ».

On ne peut pas faire plus exactement l'inverse de ce qu'on invoque. Arendt conserve pour libérer le neuf ; on nous propose de conserver pour l'éteindre. Elle interdit de porter ce conservatisme en politique ; c'est précisément là qu'on le porte. La citation a été prise pour son autorité, non pour son contenu — définition d'un argument décoratif.

Car un ordre extérieur produit deux résultats, et nous les avons tous les deux sous les yeux. L'obéissance tant qu'on regarde — et nous sommes devenus experts en surveillance, de la caméra au contrôle continu. Et, dès qu'on détourne les yeux, la poubelle en feu devant le portail. Un adolescent qui ne tient à l'ordre que par crainte de la sanction n'a pas appris la discipline : il a appris le rapport de force, et il attend son tour.

L'ordre qui tient est celui qu'on s'est donné. Tout l'écart est là, entre un homme formé et un homme tenu. Et c'est pourquoi aucun pouvoir n'a jamais eu d'intérêt spontané à produire le premier : un adulte qui porte sa règle en lui-même ne requiert ni tutelle, ni guichet, ni surveillance, et il ne vote pas par reconnaissance.

Je nous mets tous dans le lot, et moi avec. Nous avons réclamé de l'école qu'elle produise de la conformité, parce que la conformité nous arrange : elle est calme, elle est lisible, elle ne nous oblige à rien. Nous avons appelé cela la transmission. Un enfant obéissant est un enfant commode, et nous avons confondu notre confort avec son éducation pendant deux siècles — en laissant trente-sept points de lecture et de mathématiques sur le trottoir.

Éduquer n'est donc pas apprendre à obéir, et ce n'est pas davantage apprendre à innover. C'est apprendre à s'obéir à soi-même, pour pouvoir changer le reste.

Prévoyance des indépendants ? ou le prix du statut

4 October 2026 at 12:21

Par Eric V.

Deux chiffres qui ne vont pas ensemble. Un artisan en arrêt maladie touche au maximum 65,84 euros par jour. Un libéral, pour la même maladie, 197,51. Même pays, même année, même dos bloqué. La variable n'est pas le risque : c'est la caisse. Voici les quatre garanties qu'il faut couvrir soi-même.

Prévoyance des indépendants ? ou le prix du statut
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Prévoyance des indépendants ? ou le prix du statut

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Ce que vous toucherez le jour où vous ne pourrez plus travailler ne dépend ni de ce que vous avez perdu, ni de ce que vous avez cotisé, ni de la gravité de ce qui vous arrive. Cela dépend de la caisse à laquelle votre métier vous a affilié. Je voudrais le montrer sur les quatre garanties qui comptent vraiment, et dire lesquelles il faut couvrir soi-même — parce qu'aucun régime obligatoire ne les couvre, et parce que l'État le sait si bien qu'il a rendu la dépense déductible.

Je dois dire d'où je parle. J'ai fondé Tripalio, qui publie des données sur les conventions collectives et les régimes de protection sociale complémentaire. C'est un lien, et je ne vais pas l'enterrer en note de bas de page. Mais je n'ai aucun contrat à vous placer et aucune commission à percevoir sur ce que vous souscrirez, je me permets d'aller au point essentiel !

Depuis juin, tout le monde commente le même document : le baromètre CSA Prévoyance TNS publié par MetLife France, qui établit que 44 % des travailleurs non salariés disposent d'une prévoyance complémentaire, et que le prix est le premier frein pour 60 % de ceux qui n'en ont pas. C'est une brillante illustration de la façon dont on manque un sujet. On y lit un problème de pouvoir d'achat là où il y a un problème d'architecture. Le même baromètre donne pourtant l'information décisive, et personne ne la relève : 62 % des indépendants ne tiendraient pas plus d'un mois avec les seules prestations obligatoires. Ce n'est pas que la prévoyance soit chère. C'est que le socle n'en est pas un.

Prévoyance des indépendants ? ou le prix du statut
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Le même dos, trois tarifs

Prenons une hernie discale, trois semaines d'arrêt, trois personnes de quarante-cinq ans qui gagnent chacune 80 000 euros par an.

La première est artisan. Son indemnité journalière vaut un sept-cent-trentième de son revenu annuel moyen des trois dernières années, et ce revenu est retenu dans la limite du plafond de la Sécurité sociale, fixé à 48 060 euros pour 2026. Soit 65,84 euros par jour, au mieux, après trois jours de carence, et à condition de justifier de douze mois d'affiliation continue. Si son revenu moyen des trois années passées est inférieur à 4 582 euros, elle ne touche rien du tout.

Contestation étudiante : la dangereuse stratégie de la répression

2 October 2026 at 15:24

Par Eric V.
600 interpellations avant midi, 564 établissements perturbés, 40 proviseurs blessés. Un proviseur aspergé d'essence à La Ciotat, un commandant de police hospitalisé à Belfort. Et un gouvernement qui, en 24 heures, a donné deux explications incompatibles du même mouvement. Devaquet, le CIP, le CPE : 3 gouvernements ont déjà dangereusement joué cette partie, et l'ont perdue.

Contestation étudiante : la dangereuse stratégie de la répression
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Contestation étudiante : la dangereuse stratégie de la répression

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

600 interpellations avant midi. 564 établissements perturbés depuis ce matin. 40 proviseurs blessés, 65 personnels de l'Éducation nationale au total, chiffres du ministre ce matin. Hier, 1 207 établissements perturbés ou bloqués et 1 949 interpellations. Environ 400 lycées sur 3 700 sont fermés aujourd'hui.

Disons-le avant le reste, parce que cela ne se négocie pas. À La Ciotat, le proviseur du lycée de la Méditerranée a été aspergé d'essence et roué de coups. À Belfort, un commandant de police a été frappé au sol puis hospitalisé, et un suspect interpellé portait de l'acide chlorhydrique. Ceux-là ne portent aucune revendication. Un État qui ne protégerait ni les bâtiments ni les personnels manquerait à la seule mission que personne ne lui dispute.

Dans l'autre sens, 3 enquêtes de l'IGPN sont ouvertes depuis jeudi et un lycéen a été hospitalisé à Tours, la tête ouverte. La symétrie n'est pas morale, elle est factuelle : il y a de la violence des deux côtés du cordon, et c'est la marque des situations qu'on laisse durer.

Contestation étudiante : la dangereuse stratégie de la répression
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Deux explications pour un seul mouvement

Jeudi, l'entourage du Premier ministre fait savoir que les services de renseignement voient dans la mobilisation une manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultragauche. Vendredi matin, le ministre de l'Éducation explique que le mouvement a « changé de nature » et qu'il est « pris en otage par des groupes violents ».

Ces deux phrases ne disent pas la même chose. La première dit : ce mouvement n'existe pas, il est fabriqué. La seconde dit : ce mouvement existe, et on le lui vole. Un gouvernement peut se tromper ; il ne peut pas tenir les deux récits en 24 heures et prétendre savoir à quoi il a affaire.

Ce sont les chefs d'établissement qui tranchent : les auteurs des violences ne sont pas leurs élèves. C'est exactement la distinction que Matignon refusait la veille, en mettant dans le même sac celui qui réclame un professeur de français et celui qui asperge un proviseur d'essence.

L'article 54, retiré en 24 heures

Le 1er octobre, l'article 54 du projet de loi de finances instaure des droits d'inscription pour les étudiants non boursiers : 178 euros en BTS, 270 euros en classe préparatoire. Le même jour, des lycées brûlent. Le soir, le ministre de l'Éducation annonce que le gouvernement renonce.

24 heures entre le dépôt et le retrait. On peut y voir de l'écoute. J'y vois une mesure qui n'avait jamais été arbitrée : elle vient d'un autre bout de Paris, elle tombe sur un ministère qui ne l'a pas demandée, elle met une allumette dans une salle déjà chaude. Pas de l'écoute : un rattrapage.

Et pendant que la rue de Grenelle ramasse, Matignon durcit : consigne de fermeté pénale transmise aux procureurs généraux, rassemblements interdits aux abords des lycées fermés, conférence de presse tenue place Beauvau. Un gouvernement qui traite une crise scolaire depuis l'Intérieur et le bureau du directeur de Cabinet à Matignon a déjà dit ce qu'il pensait du dossier.

Contestation étudiante : la dangereuse stratégie de la répression
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

1986, 1994, 2006

Novembre 1986. Le projet Devaquet soulève 500 000 personnes le 27 novembre. Le gouvernement tient. Dans la nuit du 5 au 6 décembre, Malik Oussekine meurt sous les coups de voltigeurs. Le ministre démissionne le 6, Jacques Chirac retire le texte le 8. Chirac est Premier ministre et candidat. Il perd en 1988.

Mars 1994. Le contrat d'insertion professionnelle — le SMIC jeunes — met la jeunesse dans la rue 5 semaines durant. Édouard Balladur retire le dispositif le 30 mars. Il est Premier ministre et favori des sondages. Il perd en 1995.

Mars 2006. Le contrat première embauche est promulgué le 31 mars et remplacé le 10 avril. Dominique de Villepin est Premier ministre, et le recours annoncé de son camp. Il ne sera jamais candidat.

Dans les 3 cas, le pouvoir a cédé sur la mesure. Dans les 3 cas, il est tombé quand même. Ce qui l'a emporté n'était pas le texte : c'était le temps passé entre le premier cortège et le retrait, et ce qu'il avait fait de ce temps. Tenir. Accuser. Charger. Ce n'est jamais la mesure qui emporte un gouvernement, c'est le délai qu'il met à la retirer.

Les 3 ont un autre point commun, et nous y sommes. Le SNES-FSU appelle à la grève le mardi 6 octobre, aux côtés des lycéens. C'est l'instant où des adultes rejoignent, et où un mouvement scolaire devient un mouvement social.

Contestation étudiante : la dangereuse stratégie de la répression
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Ce qui reste quand la caisse est vide

Pourquoi recommencer une partie perdue 3 fois ? Pas par bêtise — la bêtise explique mal ce qui se répète. Par contrainte.

Pendant 40 ans, l'État français a éteint ses incendies sociaux en payant : une dotation à la filière mécontente, une dérogation à la profession bloquée, un dispositif à la génération en colère. Le 1er octobre, ce même État a déposé un budget qui demande 5,5 milliards aux retraités pour ramener le déficit de la sécurité sociale à 12,7 milliards, et il n'est pas certain de le faire voter. Il n'a plus de quoi acheter la paix. Quand un pouvoir ne peut plus payer, il n'a plus que des uniformes à offrir.

Ce n'est donc pas un gouvernement autoritaire par tempérament : c'est un gouvernement démuni qui découvre que le maintien de l'ordre est la dernière chose qu'il sache encore produire en quantité. Il en produit beaucoup. Et dire d'un mouvement qu'il est manipulé dispense d'écouter ce qu'il demande : des professeurs remplacés, des classes moins chargées, des bâtiments qui tiennent debout. On peut trouver ces revendications naïves. On ne peut pas les trouver séditieuses.

Nous avons notre part. Nous avons été nombreux, cette semaine, à regarder les vidéos en cherchant d'abord si le coup partait d'un casque ou d'une capuche, avant de chercher ce qui était réclamé. C'est confortable, et c'est exactement ce que le raidissement attend de nous : un uniforme plutôt qu'un argument.

Je ne sais pas si le mouvement tiendra après le 6 octobre. Je sais ce que 3 précédents disent de la méthode.

La fermeté, oui. Il n'a plus que ça.

La dette publique inventée par les banquiers… Les patriotes s'enterrent-ils avec ce mythe ?

2 October 2026 at 09:54

Par Eric V.


La phrase que les patriotes reprochent à la loi de 1973 figurait déjà dans les statuts de 1936, voulus par le Front populaire. Et la même loi autorisait l'État à emprunter à sa banque centrale. La vraie facture a une cause que le mythe nous dispense de regarder : notre avachissement !

La dette publique inventée par les banquiers… Les patriotes s'enterrent-ils avec ce mythe ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
La dette publique inventée par les banquiers… Les patriotes s'enterrent-ils avec ce mythe ?

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Commençons par lire la phrase. Elle tient en une ligne, dans l'article 25 de la loi du 3 janvier 1973 : « Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l'escompte de la Banque de France. » En français courant : l'État ne peut pas aller présenter ses propres reconnaissances de dette au guichet de sa banque centrale pour qu'elle les lui paie en monnaie fraîche.

C'est cette ligne qui porte, depuis quinze ans, tout l'édifice de la « loi Rothschild ». Elle aurait livré la France aux banques. Elle expliquerait la dette.

Elle n'est pas de 1973. Les statuts de la Banque de France modifiés en 1936, à l'initiative du gouvernement du Front populaire, interdisaient déjà l'escompte direct des effets à court terme du Trésor. Les parlementaires de 1973 n'ont pas inventé une servitude : ils ont recopié une règle de Léon Blum.

La dette publique inventée par les banquiers… Les patriotes s'enterrent-ils avec ce mythe ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Ce que la loi de 1973 a réellement fait

Premier point, et il suffit presque à clore le dossier : la même loi autorise l'État à emprunter à sa banque centrale. C'est l'article 19, qui prévoit que les conditions dans lesquelles l'État obtient de la Banque des avances et des prêts sont fixées par conventions entre le ministre des Finances et le gouverneur — conventions approuvées par le Parlement. L'économiste Bertrand Blancheton a consacré à ce point un document de travail dont le titre dit tout : The Act of 1973 on Banque de France's independence: the myth of the end of advances. Les avances n'ont pas été supprimées en 1973. Elles ont été maintenues, et placées sous contrôle parlementaire.

The Act of 1973 on Banque de France’s independence: the myth
A stubborn myth presents this Act as a conspiracy, allegedly giving the Banque de France solid independence and stymieing any subsequent allegiance to the Government. The State would have been forced

Mieux : la convention du 17 septembre 1973 fixe le plafond de ces avances à 20,5 milliards de francs, en agrégeant les limites de l'ancien système tout en simplifiant les mécanismes — soit davantage que ce que l'État avait emprunté les années précédentes. On a élargi le robinet, pas fermé.

Deuxième point : l'amendement ne vient pas du pouvoir. L'article 25 a été introduit par un sénateur, Yvon Coudé de Foresto, et le secrétaire d'État au Budget Jean Taittinger s'est montré réticent sans pour autant s'y opposer. Il faut le dire nettement : le texte que l'on présente comme un coup d'État de l'exécutif au profit des banques est un amendement parlementaire que l'exécutif n'a pas voulu.

Troisième point : le robinet est resté ouvert pendant onze ans. L'historien Vincent Duchaussoy, qui a reconstitué l'autonomie de la Banque de France de la Grande Guerre à 1993, montre que le cadre est resté stable de 1973 à 1993 et que le basculement se produit autour de 1984 : cette année-là, le financement du déficit par les marchés double par rapport à l'année précédente, pendant que le financement monétaire est divisé par deux. Ce n'est pas une clause de 1973. C'est une décision politique du milieu des années quatre-vingt, prise par un gouvernement de gauche, et elle n'avait besoin d'aucune loi nouvelle.

L'interdiction véritable, elle, est datée et elle est ailleurs : 1993. Elle vient de l'article 104 du traité de Maastricht — aujourd'hui l'article 123 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne — transposé par la loi du 4 août 1993 sur l'indépendance de la Banque de France. Vingt ans après la loi qu'on accuse. Et ratifiée par référendum, le 20 septembre 1992, à 51,04 % des suffrages exprimés. Si l'on cherche le moment où la France a cédé sa souveraineté monétaire, il est là, et il a été voté.

Reste le nom. Georges Pompidou a été directeur général de la banque Rothschild de 1954 à 1958. Il en est sorti pour devenir directeur de cabinet du général de Gaulle, quinze ans avant la loi. Aucune pièce ne le relie à la banque en 1973.

La dette publique inventée par les banquiers… Les patriotes s'enterrent-ils avec ce mythe ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Reste le mobile, et c'est là que le mythe casse pour de bon

Si la dette publique était une rente organisée par les banques, le premier banquier de France aurait dû la défendre. Il a fait l'inverse. En 2005, le ministre des Finances Thierry Breton confie une commission sur les finances publiques à Michel Pébereau, alors président du conseil d'administration de BNP Paribas. Le rapport qu'il remet en décembre s'intitule Rompre avec la facilité de la dette publique : la dette a été multipliée par cinq en euros constants entre 1980 et 2004, les intérêts coûtent déjà 40 milliards par an — plus que le budget de la Défense — et il faut revenir à l'équilibre en cinq ans au maximum. Vingt recommandations, toutes dans le même sens : empruntez moins.

Le créancier supposé insatiable est donc monté à la tribune pour demander à son débiteur d'arrêter de lui emprunter de l'argent. On peut penser du rapport Pébereau ce qu'on veut, et beaucoup d'économistes en pensent du mal. On ne peut pas en faire la pièce d'un complot bancaire. Dominique de Villepin a répondu par un plan quinquennal visant 60 % du PIB en 2010 ; en 2010, la dette notifiée atteignait 81,7 %. Le banquier avait demandé qu'on s'arrête ; c'est l'État qui a continué.

Je m'arrête une seconde sur l'étiquette, parce qu'elle est le vrai sujet. Appeler ce texte « loi Rothschild » ne désigne pas un mécanisme : cela désigne un nom. Et quand on remplace une cause par un nom, on a cessé d'expliquer. On a commencé à accuser. Les travaux universitaires rangent d'ailleurs cette thèse là où elle appartient, dans un chapitre intitulé sans détour « Les conspirationnistes et la dette publique ». Ce journal a posé, dès sa fondation, que l'adversaire est intérieur — que ce n'est ni le banquier, ni le Juif, ni le franc-maçon, ni le mondialiste. Ce refus n'est pas une précaution de langage. C'est une méthode, et on va voir qu'elle est aussi plus efficace.

Ce que les patriotes voient juste

Maintenant, l'autre moitié du dossier, et elle ne leur donne pas tort sur tout.

L'intuition que la dette a coûté très cher en intérêts est exacte, et elle est documentée par un institut libéral, pas par un forum. Selon l'iFRAP, les intérêts payés par la France entre 1974 et 2023 représentent 1 640,6 milliards d'euros, sur une dette de 3 101,4 milliards à cette date. Soit 52,9 % — plus de la moitié de la dette accumulée en cinquante ans est faite d'intérêts, puis d'intérêts sur ces intérêts. C'est ce que les économistes appellent l'effet boule de neige, et c'est bien réel.

Deuxième point, plus gênant encore pour les gardiens de l'orthodoxie : on nous répète que le financement par la banque centrale est interdit, et c'est faux en pratique. L'article 123 interdit à la Banque centrale européenne d'acheter la dette au moment de son émission. Il ne lui interdit pas de l'acheter ensuite, sur le marché. Elle l'a fait massivement, et la Banque de France le publie elle-même : au 30 juin 2026, elle détenait 488 milliards d'euros de dette publique française en coût amorti, contre 546 milliards fin 2025, acquis depuis 2014 et 2020 par ses programmes d'achats — et aucun de ces titres n'a été revendu sur les marchés. Nous avons donc fait tourner la planche à billets, et à très grande échelle.

Un contradicteur de bonne foi s'arrête ici et dit : voilà la preuve, c'était possible, donc le renoncement était un choix. Il a raison sur le fait, et c'est pour cela qu'il faut regarder la suite. L'addition de ces achats est arrivée, avec retard, sous une forme que tout le monde a reconnue sans la nommer : les prix. L'inflation française a atteint 5,2 % en moyenne en 2022, puis 4,9 % en 2023. Sur deux ans, un dixième du pouvoir d'achat de toute épargne liquide, effacé. Personne n'a voté cela. Aucun débat parlementaire ne l'a autorisé. C'est le prélèvement le plus silencieux qui existe, et il frappe d'abord ceux qui n'ont que leur salaire et leur livret.

Quant à l'idée que la monnaie banque centrale serait gratuite, la France l'a essayée, et nous avons les chiffres. En 1974, les avances de la Banque de France au Trésor sont encore disponibles — elles ont dix ans à vivre. Cette année-là, l'inflation française atteint 13,7 %. En 1980, 13,6 %. En 1981, 13,4 %. De l'après-guerre au milieu des années quatre-vingt, la hausse des prix tourne à 10,1 % par an en moyenne. Un ouvrier de 1974 était volé de son salaire chaque année, proprement, sans qu'aucun banquier n'ait eu à signer quoi que ce soit.

La première neige

Il manque encore une pièce, et c'est la plus simple. Une boule de neige a besoin d'une première neige.

Les 1 640 milliards d'intérêts ne sont pas tombés du ciel. Ils sont le loyer d'un capital que nous avons choisi d'emprunter, année après année. Le dernier budget français en excédent date de 1974 : un solde positif de 8,5 milliards de francs. Depuis, cinquante exercices, cinquante déficits. L'iFRAP les additionne : 2 925,3 milliards d'euros de déficit cumulé, soit 57,4 milliards par an en moyenne.

Voilà le mécanisme, et il n'a pas besoin de coupable. Nous avons dépensé plus que nous n'avons prélevé pendant cinquante ans. Il a fallu emprunter la différence. Un emprunt se paie. Les intérêts se sont ajoutés à la dépense, qu'il a fallu emprunter aussi. C'est tout.

Changez le prêteur et vous ne changez rien à cette équation : vous changez seulement la forme du paiement. Au banquier, on paie des intérêts, visibles, votés en loi de finances, et chacun peut lire le chiffre — 62,6 milliards cette année. À la banque centrale, on paie en hausse des prix, invisible, non votée, et personne ne peut lire son relevé. Le second procédé n'est pas plus souverain que le premier. Il est seulement moins avouable.

La dette publique inventée par les banquiers… Les patriotes s'enterrent-ils avec ce mythe ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Ce que le mythe coûte à ceux qui l'adoptent

Ce mythe n'est même pas une propriété patriote. Il a été lancé en 1996 par une association de militants, Chômage et Monnaie, repris par Marine Le Pen en 2010, puis par Emmanuel Todd en 2011 et par Michel Rocard en 2012. On peut difficilement faire plus transpartisan. Le mythe ne vient pas d'un camp : il vient d'un besoin.

Le budget 2027 veut faire payer les retraités, mais personne n'y croit

1 October 2026 at 16:38

Par Eric V.

Le gouvernement promet de ramener le déficit de la sécurité sociale de 21,8 à 12,7 milliards, et demande pour cela 5,5 milliards aux retraités. En décembre dernier, il avait promis 19,4. En mai, on en était à 23,2. Les chiffres de ce matin ne sont pas des prévisions : ce sont des répétitions.

Le budget 2027 veut faire payer les retraités, mais personne n'y croit
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Le budget 2027 veut faire payer les retraités, mais personne n'y croit

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Reprenons le fil par un document. Le 31 décembre 2025, la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 est publiée au Journal officiel. Elle fixe un déficit de 19,4 milliards d'euros. Cinq mois plus tard, le 28 mai, la Commission des comptes de la sécurité sociale — l'organisme officiel chargé de tenir les comptes, pas un cabinet d'opposition — annonce que l'exercice finira plutôt à 23,2 milliards. Trois milliards huit cents de plus, en cent cinquante jours, sur un chiffre voté par le Parlement.

Ce matin, le même gouvernement a présenté le budget de la sécurité sociale pour 2027. Il y annonce un déficit de 12,7 milliards. Et pour y parvenir, il demande 5,5 milliards aux retraités.

Le budget 2027 veut faire payer les retraités, mais personne n'y croit
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Ce qu'on demande aux retraités, en clair

Deux mesures, et elles sont simples à comprendre une fois qu'on a retiré le jargon budgétaire.

La première est un partage des pensions en trois étages au 1er janvier. En dessous de 1 260 euros par mois, la pension suit l'inflation, intégralement. Entre 1 260 et 2 034 euros, elle ne la suit qu'en partie. Au-dessus de 2 034 euros, elle ne la suit plus du tout : elle est gelée. Personne ne baisse, et c'est tout l'art du procédé — on ne retire rien, on cesse de suivre. Rendement attendu : environ 4,1 milliards.

La seconde est fiscale, et elle est passée presque inaperçue. L'abattement de 10 %

Crise de la dette française ? Mais non, arrêtez de vous faire peur ! (même si elle serait salutaire)

30 September 2026 at 11:27

Par Eric V.

Tout le monde annonce la crise de la dette française. Regardez ce que font ceux qui sont payés pour la craindre : ils achètent. Il n'y aura pas de crise. Il y aura une dégradation lente, et c'est une bien pire nouvelle.

Crise de la dette française ? Mais non, arrêtez de vous faire peur ! (même si elle serait salutaire)
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Crise de la dette française ? Mais non, arrêtez de vous faire peur ! (même si elle serait salutaire)

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Ceux qui devraient fuir

Depuis dix jours, la France est censée être au bord du gouffre. L'écart de taux avec l'Allemagne a dépassé 100 points de base le 18 septembre, une première depuis 2012. Scope a retiré le AA− pour un A+. Et le Financial Times rapporte le 30 septembre, sous le titre « Vanguard warns France is "degrading credit" as borrowing costs surge », que le premier gestionnaire d'actifs obligataires du monde juge le crédit français durablement dégradé.

Regardons maintenant ce que font les professionnels. Royal London Asset Management achète la baisse et parie que la dette française battra l'italienne et l'allemande. HSBC écrit que l'OAT est la moins chère depuis au moins 2008. Et lundi, l'Agence France Trésor a annoncé qu'elle lèverait 339,7 milliards d'euros en 2027, contre 311,7 cette année, sans que personne ne doute qu'elle les trouvera.

Voilà le fait qu'aucun commentaire n'a relevé cette semaine. Ceux qui prêtent à la France ne sont pas effrayés. Ils sont contents.

Crise de la dette française ? Mais non, arrêtez de vous faire peur ! (même si elle serait salutaire)
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Ce que Vanguard dit vraiment

Lisons l'avertissement comme un gérant le lirait. Ales Koutny, qui dirige les taux internationaux chez Vanguard, annonce une dégradation durable et juge « fortement possible » un écart à 150 points de base. La même dépêche précise que sa maison est sous-pondérée sur les obligations d'État françaises.

Un gérant sous-pondéré qui annonce publiquement une dégradation ne s'alarme pas : il publie son prix d'entrée. Il dit à quel niveau il redeviendra acheteur, et il le dit à ceux qui détiennent ce qu'il voudrait acheter.

Je ne lui prête aucune manœuvre. Je constate une position, et je lis une déclaration à la lumière de cette position.

Crise de la dette française ? Mais non, arrêtez de vous faire peur ! (même si elle serait salutaire)
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Pourquoi la dégradation paie

Le taux que paie la France se décompose en deux morceaux, et tout le malentendu public vient de leur confusion. Le premier est le niveau général des taux dans la zone euro : c'est le Bund allemand, autour de 3,5 %, que la France paie quoi qu'elle fasse et qui ne dit rien sur elle. Le second est l'écart au-dessus de ce niveau — un peu plus de 110 points de base aujourd'hui. Celui-là est le prix de la signature française, et c'est le seul morceau dont nous soyons responsables.

Or cet écart, pour l'emprunteur, est un coût, et pour le prêteur un supplément de rémunération. Quand l'un se dégrade, l'autre s'enrichit. Le 10 ans français est passé de 3,2 % en février à plus de 4,8 %. La France paie désormais environ 0,2 point de plus que l'Italie, et son rendement souverain a dépassé celui de LVMH à maturité comparable : le marché considère qu'un groupe de luxe est un meilleur débiteur que la République. Catastrophe pour le Trésor, bonne nouvelle pour qui achète : la dette française rapporte plus, et elle rapporte plus parce qu'elle se dégrade.

Encore faut-il distinguer deux choses, et Vincent Clairmont les a séparées ici le 2 septembre dans « Quel sera le vrai test pour la dette française ? ». Un écart peut se payer parce que le marché redoute un événement daté — un budget qui ne passe pas, une censure : c'est une prime de conjoncture, qui se referme quand l'événement se dénoue. Ou parce qu'il a cessé d'attendre un événement et facture un état durable : c'est une prime de régime, et rien ne la referme, puisque rien de particulier ne l'a ouverte. Le signe distinctif se lit sans peine : en septembre, l'écart s'est élargi pendant l'annonce d'un budget à 54 milliards d'économies, quand il aurait dû se resserrer.

Crise de la dette française ? Mais non, arrêtez de vous faire peur ! (même si elle serait salutaire)
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Le parapluie, et ce qu'il couvre exactement

Reste la question qui décide de tout : le prêteur prend-il un risque proportionné à ce supplément ?

Depuis 2012, la réponse est connue : dans la zone euro, une dette souveraine ne fait pas défaut par accident. L'engagement de Mario Draghi, puis les instruments qui l'ont formalisé, ont placé au-dessus des dettes nationales un filet que la BCE peut déployer — le dernier en date, l'instrument de protection de la transmission, créé le 21 juillet 2022.

Mais lisez le communiqué. La BCE y énonce quatre critères cumulatifs d'éligibilité, dont le respect du cadre budgétaire européen et la soutenabilité de la trajectoire de dette, et le Conseil des gouverneurs conserve un pouvoir d'appréciation « complet » sur l'activation.

Ce n'est donc pas un parapluie, c'est un parapluie tenu par quelqu'un d'autre. Et le premier critère ne dit pas « ne pas avoir de déficit » : il dit ne pas être sous procédure pour déficit excessif, ou ne pas avoir manqué d'agir après une recommandation du Conseil. Ce qui protège la France n'est pas sa situation budgétaire — elle est mauvaise — mais le jugement que Bruxelles porte sur ses efforts. Le prêteur qui touche 4,8 % ne prend pas un risque nul : il prend un risque de discrétion, et il parie sur la bienveillance d'un comité.

Notons au passage qui vend et qui achète, car cela servira plus loin. Celui qui peut attendre sera remboursé à 100 et n'a rien perdu : s'il a de l'argent frais, il achète décoté et s'assure près de 5 % par an — c'est la position de Royal London et la lecture de HSBC. Celui qui a une notation minimale inscrite dans son mandat vend le jour où Scope retire le AA−, parce que sa procédure le lui ordonne et non parce qu'il croit au défaut. Le vendeur est contraint, l'acheteur est libre, et les contraints, en France, sont nos assureurs et nos banques.

L'arithmétique de cette décote — pourquoi un titre perd de la valeur quand les taux montent, de combien, et ce que change la durée restante — est exposée dans la fiche d'Élise Rochefort publiée ce jour.

Donc il n'y aura pas de crise

Arrêtons-nous ici, parce que l'essentiel vient d'être dit sans être nommé.

Trois faits, et un seul fil les relie. Les professionnels achètent : l'argent est là. La BCE peut déployer un filet : le défaut n'arrivera pas par accident. Et personne, ni à Paris, ni à Francfort, ni chez les créanciers, n'a intérêt à ce que la France cesse de payer.

Tirons-en la conclusion, même si elle contredit tout ce qu'on entend depuis dix jours. Il n'y aura pas de crise de la dette française.

Il y aura autre chose, qui n'a pas de nom dans le débat public et qu'il faut donc

Bagayoko, Bardella ? ou le procès avant la preuve

29 September 2026 at 18:11

par Eric V.

Lundi, Mediapart attribue à Jordan Bardella des propos antisémites écrits il y a plus de dix ans. Mardi, un média d'extrême droite diffuse vingt secondes où le maire de Saint-Denis danse près d'une poubelle en feu. Deux camps, deux dossiers ouverts, et déjà deux verdicts.

Bagayoko, Bardella ? ou le procès avant la preuve
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Bagayoko, Bardella ? ou le procès avant la preuve

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

La poubelle

Un homme se penche, saisit une poubelle qui brûle, la traîne loin des grilles d'un lycée, se relève et danse avec les élèves qui l'applaudissent. Un peu plus tard, il applaudit les pompiers. C'est la séquence complète, publiée par L'Humanité. Celle qui a tourné d'abord, diffusée par le site militant Frontières, commence après le geste : on y voit un élu s'écarter d'un feu et danser. Vingt secondes, et l'affaire était faite.

Bally Bagayoko, élu maire de Saint-Denis en mars, a démenti mardi devant la presse, au lycée Paul-Éluard : « Je n'ai évidemment ni allumé ni encouragé de feu de poubelle », « j'ai au contraire tenté de l'éteindre ». Des lycéens ont raconté à l'AFP qu'il leur criait d'arrêter de mettre le feu. Le député RN Julien Odoul avait dénoncé la scène sur CNews avant que la version longue ne circule.

Le montage n'est pas un mensonge. C'est une vérité à laquelle on a retiré ce qui la contredit.

Bagayoko, Bardella ? ou le procès avant la preuve
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Le fichier

La veille, lundi, Mediapart publiait des dizaines de conversations écrites datées de 2013 à 2015, qu'il dit avoir vérifiées de façon indépendante, et qui attribuent à Jordan Bardella des propos antisémites. Le président du Rassemblement national parle de « propos parfaitement délirants », de faux grossiers, et a chargé son avocat d'engager les actions nécessaires. Marine Le Pen dénonce des manigances. Aucune expertise technique extérieure des pièces n'a été rendue publique à ce jour.

Disons-le sans détour, parce que c'est la ligne de ce journal et non une précaution d'écriture : si ces écrits sont authentiques, rien ne les excuse, aucune position diplomatique ne les rachète, et il n'y a pas d'indulgence à négocier. Mais nous ne le savons pas encore. Et « nous ne le savons pas encore » est exactement ce que plus personne ne supporte d'entendre.

Car les deux camps ont fait le même calcul en vingt-quatre heures. D'un côté, le clip a valu constat. De l'autre, le fichier vaut condamnation. Chacun a reconnu dans la pièce ce qu'il savait déjà, et s'est épargné la peine de l'ouvrir.

Bagayoko, Bardella ? ou le procès avant la preuve
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Ce que coûtent vingt-quatre heures

On m'objectera que le journalisme ne peut pas attendre les tribunaux, et c'est vrai : un journal qui ne publierait qu'après un arrêt définitif ne publierait jamais rien. Mais publier une pièce et prononcer une sentence sont deux actes distincts, et ce ne sont pas les mêmes gens qui les commettent. Mediapart a publié et dit avoir vérifié — c'est son métier, et il en répondra. Frontières a coupé. Ceux qui ont conclu, dans les deux affaires, ce sont ceux qui regardaient.

Or une accusation et sa rectification ne circulent pas à la même vitesse, pour une raison qui n'a rien de mystérieux : la rectification n'est pas amusante. La séquence longue de Saint-Denis existe, elle est datée, elle est accessible à quiconque veut cliquer — elle ne fera pas le tiers du chemin des vingt secondes. Et si les conversations publiées lundi sont un jour écartées par un juge, dans dix-huit mois, à la page des brèves, qui le lira ?

Nous avons donc deux régimes de preuve pour un seul pays. Quand la pièce accuse l'adversaire, elle suffit. Quand elle accuse les nôtres, on demande une expertise, un contradictoire, un délai. Et chacun trouve l'autre partial, ce qui est la seule chose sur laquelle les deux camps aient raison.

Bagayoko, Bardella ? ou le procès avant la preuve
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Dernier mot

Il faudrait se demander ce que nous avons fait, nous, pendant ces vingt-quatre heures. Pas les médias, pas les partis : nous, qui avons regardé, partagé, tranché. Le test est simple et il ne coûte rien à passer : sommes-nous aussi pressés de vérifier lorsque la pièce accuse quelqu'un de notre bord ? Si la réponse est non, nous ne sommes pas des citoyens informés. Nous sommes des supporters avec une connexion.

Voilà ce que la liberté demande de plus banal et de plus difficile : accepter de rester vingt-quatre heures sans avis. Ce n'est pas de la prudence, c'est un exercice, et il se pratique contre soi.

En France, le verdict ne suit plus l'enquête. Il l'attend, déjà rédigé.

À part Christine Lagarde, qui peut encore donner une chance au bloc central à la présidentielle ?

29 September 2026 at 17:42

par Eric V.

Le 16 novembre 2016, un homme qui n'avait jamais été élu à quoi que ce soit annonçait sa candidature à la présidence de la République. Dix ans plus tard, le bloc central aligne quatre candidats et pas un présidentiable. Il lui reste une carte, et elle est à Francfort.

À part Christine Lagarde, qui peut encore donner une chance au bloc central à la présidentielle ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
À part Christine Lagarde, qui peut encore donner une chance au bloc central à la présidentielle ?

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Bobigny, il y a dix ans

Le 16 novembre 2016, à Bobigny, Emmanuel Macron annonçait sa candidature. Il avait trente-huit ans, aucun mandat électif derrière lui, trois mois de vie civile depuis sa démission du gouvernement, et une dizaine de points dans les sondages. Cinq mois plus tard il était élu. On a beaucoup écrit sur le personnage ; on a moins regardé le gabarit. Ni élu, ni militant, ni comptable d'un bilan devant des électeurs, mais lourd d'une excellence certifiée par des institutions — l'Inspection des finances, une banque d'affaires, un secrétariat général adjoint, un ministère par nomination.

Ce gabarit n'était pas un accident. C'était une réponse à une panne, et la panne est revenue.

La campagne d’Édouard Philippe décroche dans les sondages
Popularité à 27 % chez Odoxa, 46 % chez l’Ifop, 45 % au second tour contre 49 % en août : ce que trois séries de mesures disent d’Édouard Philippe depuis mai.
À part Christine Lagarde, qui peut encore donner une chance au bloc central à la présidentielle ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Quatre candidats et pas un présidentiable

Regardons l'offre. Édouard Philippe est mesuré à 19 % d'intentions de vote quand il n'a qu'un concurrent au centre, à 17 % quand il en a deux, à 14 % quand ils sont trois, selon la notice déposée le 14 septembre à la Commission des sondages par Toluna Harris Interactive. Sa cote de popularité recule de trois points en un mois chez Odoxa, à 27 %, et de dix points depuis mai 2025. Une information judiciaire a été ouverte au printemps sur la gestion du pôle numérique du Havre ; il n'a pas été mis en examen et bénéficie de la présomption d'innocence, mais le dossier existe et il pèse.

Gabriel Attal va de 8 à 15 % selon le nombre de concurrents. Il progresse — trois points et huit places au baromètre Cluster 17 de septembre — et c'est précisément son problème : à trente-sept ans, après un passage à Matignon qui aura duré huit mois, il monte dans les classements de sympathie sans jamais franchir le plafond de la crédibilité présidentielle. Bruno Retailleau ne dépasse jamais 10 % dans aucune hypothèse, et perd six points de popularité en un mois, à 20 %. Il tient une ligne, ce qui est déjà rare ; il ne tient pas un électorat.

Élargissons, puisque c'est la mode, et comptons le Parti socialiste dans le bloc central — ce que personne n'assume et que tout le monde pratique. Raphaël Glucksmann a annoncé sa candidature le 23 août, ce qui lui donne un avantage sur les trois précédents : il existe. Il est mesuré entre 9 et 12 %. On dira qu'il progresse, et c'est vrai — il est le seul du haut de tableau à gagner un point en septembre chez Odoxa. Mais une candidature déclarée qui ne décolle pas est un plafond, pas un plancher, et il lui manque les trois choses qu'on ne fabrique pas en dix-huit mois : le charisme, l'habileté de manœuvre, et cette crédibilité gouvernementale qui ne s'acquiert qu'en ayant tenu un ministère par gros temps.

Quatre hommes, quatre plafonds. Aucun n'émerge, et chacun empêche les autres.

L'arithmétique qui donne des sueurs froides

Voilà où le sujet devient sérieux. Dans l'hypothèse où le centre et la gauche non insoumise présentent trois candidats, le mieux placé d'entre eux est à 14 %. Jean-Luc Mélenchon est à 16. Marine Le Pen est à 33. Faites l'addition : le second tour se joue sans le bloc central.

❌