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Execution of Christa Pike halted at the last minute by a Tennessee appeals court

30 September 2026 at 16:57

The state of Tennessee has ordered a stay on the execution of a woman who was sentenced to death for the murder of a fellow student when she was 18. If it had been carried out as planned on Wednesday, Christa Pike, now 50, would have been be the first woman put to death in the mid-southeastern state in more than two centuries.

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© George Walker IV (AP Photo/George Walker IV)

Protesters call for clemency for Christa Pike in Tennessee on September 29.

Beyrouth, les sens de la fête

30 September 2026 at 08:49
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Elle est souvent présentée, voire encensée, dans de nombreux médias occidentaux comme le « lieu de la fête au Proche-Orient » (1), ce qui attesterait sa « résilience », terme en vogue qui horripile de nombreux Libanais de la capitale, sinon du pays tout entier. L'exception beyrouthine tiendrait, selon la géographe Marie Bonte, dans son « offre festive mais aussi dans la capacité des habitants à faire la fête, quelle que soit la conjoncture ». Après avoir retracé l'émergence de la vie nocturne au « temps des cabarets » (1920-1960) et son adaptation durant la guerre civile (1975-1990), elle montre comment, à partir des années 2000, « des bars et les boîtes de nuit se concentrent dans des îlots denses de monde, de bruit et de lumière, donnant à la ville des allures d'archipel ». Ces îlots sont traversés par des dynamiques politiques où se mêlent concurrence économique, reconstitution de hiérarchies entre les professions, formes de distinction sociale diverses selon les lieux fréquentés ou encore « appropriation d'une mémoire politique de gauche » via les choix musicaux et un usage des lieux dépassant le cadre de la fête. Certes, il peut s'agir aussi d'une échappatoire face à l'incertitude du lendemain.

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C'est ce mélange qui innerve le roman graphique, plus exactement le récit autobiographique imagé Rue de Phénicie, de Lamia Ziadé (2), après Ô nuit, ô mes yeux (2015), Ma très grande mélancolie arabe (2017) et Mon port de Beyrouth (2021), tous parus chez POL. L'autrice vit depuis longtemps à Paris, où elle poursuit son interrogation et sa célébration d'une identité singulière, et de sa ville natale, avec une liberté stimulante, une fantaisie fantastique — au long d'une déambulation nocturne à travers Beyrouth ainsi qu'à travers sa propre histoire, inextricablement liée à son « obsession, l'histoire moderne du Liban et du Proche-Orient ». Durant ses longs séjours à Beyrouth consacrés à l'écriture et à des expositions après une « vie de noctambule délurée » à Paris, la fête lui apparaît comme une forme de résistance dans une ville qui ne veut pas s'éteindre, au propre comme au figuré. À la fermeture du Paradise, le dernier bar ouvert de la nuit, elle se lance à la recherche d'une boîte fantasmée — la Boîte de Pandore —, ce qui lui sert de prétexte pour déambuler dans l'histoire politique du pays et de la région à travers des lieux hautement symboliques, comme le Musée national, ou des cimetières. Mais Lamia Ziadé n'est pas dupe de la dimension illusoire de sa quête.

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Deux autres déclinaisons ajoutent leurs variations à cette évocation obsédante. Dans le deuxième volume de la bande dessinée Le Génie de Beyrouth (3), qui revient sur le siège en 1982 de Beyrouth-Ouest — fief de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) et de ses soutiens libanais — par l'armée israélienne, les rues sont plongées dans l'obscurité et, pour le journaliste qui écrit à la lueur de la bougie, la ville semble « coincée dans son dernier carré, (…) obligée de faire face », elle ne peut plus se réfugier dans la nuit. Mais elle a des ressources insoupçonnées.

Quant à la narratrice du premier roman, proche de l'autobiographie, de la Franco-Libanaise Manal Salamé, si elle déclare préférer la ville de jour (4), car, « le jour, elle ne sait pas mentir », elle ne se refuse pas à parcourir la nuit et ses faux-semblants, ceux que, de retour au Liban après dix-sept ans d'absence, elle retrouve lors d'une longue soirée alcoolisée. À Beyrouth, on n'éteint pas les lumières.

Voir en ligne : /2026/10/APPELT/70087

(1) Marie Bonte, Nuits de Beyrouth. Géographie de la fête dans une ville post-conflit, ENS Éditions, Lyon, 2023.

(2) Lamia Ziadé, Rue de Phénicie, POL, Paris, 2025, 392 pages, 34 euros.

(3) Sélim Nassib et Léna Merhej, Le Génie de Beyrouth. La fille tombée du ciel (tome 2), Dargaud, Paris, 2026, 112 pages, 23 euros.

(4) Manal Salamé, Habibi Beyrouth, Éditions La Tribu, Paris, 2026, 309 pages, 21 euros.

Tout le changement du monde

30 September 2026 at 08:49
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Conor Harrington. – « The Blind Patriot » (Le patriote aveugle), 2017
© Conor Harrington - photographie MK Bruix

Aux États-Unis, la construction des bibliothèques présidentielles modernes obéit à deux grands principes. Le premier, esthétique, est de rivaliser de splendeur avec ses devancières. De l'immense bâtisse à angles droits de M. George W. Bush, à Dallas (Texas), au rectangle de verre surélevé de M. William Clinton à Little Rock, dans l'Arkansas, chaque nouvelle réalisation est tenue de surpasser les précédentes en coût, en majesté et en prouesse architecturale. Le second principe, presque aussi important, est que la fonction ostentatoire prend désormais le pas sur la fonction pédagogique. Théoriquement, ces institutions semi-publiques ont pour mission d'organiser les archives de l'exécutif et de les ouvrir aux chercheurs. Dans les faits, elles ressemblent de plus en plus à des pseudo-mémoriaux de Lincoln conçus par les pseudo-Lincoln eux-mêmes. Toutes incluent un musée sur les années passées à la Maison Blanche par l'intéressé et proposent une version de l'histoire que seuls peuvent valider ses partisans les plus dévoués.

Sans surprise, l'Obama Presidential Center, inauguré en juin dernier à Chicago, va plus loin encore que ses prédécesseurs (et sera probablement dépassé à son tour par la structure que M. Donald Trump prévoit d'édifier à Miami). Avec une facture à 850 millions de dollars, il a coûté environ le double de la bibliothèque de M. Bush, près de trois fois celle de M. Clinton et plus de quarante fois celle de Harry S. Truman — un modeste bâtiment de plain-pied achevé en 1957. Sa tour de soixante-neuf mètres, un bloc sculpté dans le granit, se dresse au milieu d'un superbe parc paysager qui fut le site de l'Exposition universelle de 1893. Au sommet, ciselé en lettres de béton de part et d'autre d'une des arêtes, un extrait du discours prononcé par M. Barack Obama en 2015 pour le cinquantième anniversaire de la marche de Selma. Pas une ou deux phrases mémorables, non — un paragraphe entier de dix-neuf lignes aussi haut qu'un immeuble de huit étages.

Mais qu'on ne s'y trompe pas : malgré le poids de l'écrit dans cette architecture, on ne trouvera ici nulle bibliothèque de recherche. En lieu et place des archives présidentielles — conservées par les archives nationales dans quelque banlieue du Maryland près de Washington —, le Centre Obama comprend un restaurant, un bar, des équipements sportifs et, tout en haut de la tour, un musée à la gloire de son sujet.

L'objectif du projet est aussi noble que didactique : nous inculquer la science du changement, une notion revendiquée par les élites d'aujourd'hui, de même que l'honnête homme fin-de-siècle se réclamait du progrès industriel et des beaux-arts. Et le mot « élites » ne se veut pas injurieux ; il est tout simplement le seul qui convienne pour décrire l'éblouissante liste de noms inscrits sur le mur des donateurs, un pot-pourri de multimilliardaires de la « tech » et de la finance, de fortunes dynastiques, de grandes fondations et de géants industriels. Dans la catégorie des 50 millions de dollars et plus figurent M. Jeff Bezos, propriétaire d'Amazon et du Washington Post ; Mme Connie Ballmer, épouse d'un ancien président-directeur général (PDG) de Microsoft ; M. Brian Chesky, PDG d'Airbnb ; la holding TWG Global, très active dans l'intelligence artificielle (IA) ; une fondation liée au capital-investisseur Glenn H. Hutchins ; et un mystérieux mécène identifié comme « Anonyme ». Parmi les donateurs un peu moins prodigues (mais tout de même à plus de 1 million), on trouve MM. Eric Schmidt, ex-patron de Google, et Sean Parker, cocréateur de Napster, ainsi que Microsoft et la Fondation Bill et Melinda Gates. M. Kenneth Griffin, financier aux sympathies nettement républicaines, est également présent, aux côtés de l'empire Walmart. S'ajoutent à cela une flopée de philanthropes, de sportifs, de célébrités, et un bel échantillon du classement « Fortune 500 ». Trente ans en arrière, il y a fort à parier que M. Trump aurait été du nombre.

Tous ces oligarques, héritiers et monopolistes partagent une même volonté de promouvoir une lecture de l'histoire dans laquelle, comme le proclame le musée, les « gens ordinaires » peuvent impulser des « changements extraordinaires ». Cette glorification du pouvoir populaire est au cœur du message que le complexe présidentiel entend délivrer. Plusieurs installations interactives vous invitent à « imaginer votre impact », par exemple lorsque vous participez à la vie de votre quartier, tandis qu'au quatrième étage vous êtes accueilli par une célèbre citation de M. Obama composée en énormes lettres métalliques : « Je vous demande de croire. Non pas dans ma capacité à changer les choses, mais dans la vôtre. »

Il y a quinze ans, les conservateurs se saisissaient de phrases lénifiantes comme celle-ci pour crier à la « socialisation » imminente de l'Amérique. Pour d'autres, elles sonnaient déjà creux. Ils avaient compris que M. Obama n'était pas un progressiste, mais un « ultramodéré » auquel le respect pour les usages, les jurisprudences et les progrès à petits pas finissait par lier les mains. Un homme qui ne jurait que par l'éditorialiste-vedette du New York Times Thomas L. Friedman, qui avait choisi M. Lawrence Summers comme principal conseiller économique et qui voulait conclure un « grand marché » avec les républicains au Congrès (sabrer dans le budget des retraites et de l'assurance-maladie en échange d'augmentations d'impôts, pour ceux qui auraient oublié).

Aujourd'hui, le musée Obama nous ferait presque croire que la droite avait vu juste. M. Summers et le « grand marché » ont disparu du récit officiel. Le segment consacré à la crise financière de 2007-2008 n'explique pas pourquoi le président a si peu fait pour sanctionner les criminels en col blanc ou empêcher les saisies immobilières. Rien n'est dit non plus de sa mollesse chronique face aux républicains au Congrès, ni de son incroyable naïveté quant aux prétendus bienfaits du commerce international ou aux bonnes intentions de la Silicon Valley.

En revanche, le manuel de radicalisme du militant socialiste Saul Alinsky est en vente à la boutique de souvenirs, et les expositions retracent avec force détails l'histoire de la contestation de gauche en Amérique. Le visiteur ne peut qu'en déduire que, tout compte fait, M. Obama fut le porteur du flambeau sacré de la réforme, l'héritier de l'« ère progressiste » (1890-1920), du combat pour le suffrage des femmes, du New Deal, du mouvement pour les droits civiques, de la contre-culture des années 1960 et de toutes les autres insurrections populaires imaginables, ou peu s'en faut.

Qu'une puissance institutionnelle se pare d'atours révolutionnaires n'est pas nouveau, mais ici le stratagème prend une autre dimension. La présidence Obama avait commencé sur une note triomphale, avec une large majorité dans les urnes et un prix Nobel de la paix. Elle s'est achevée sur l'impensable : la victoire de M. Trump et un Parti démocrate en lambeaux. Que s'est-il donc passé ?

En invoquant à tout bout de champ le pouvoir du peuple, le musée Obama répond indirectement à la question : contrairement à ce que l'on croit, le président est loin d'être omnipotent. « Le changement dont nous avons besoin ne vient pas de Washington ; il vient à Washington », affirmait celui qui n'était encore que candidat lors de la convention nationale démocrate de 2008. En 2015, à Selma, le président Obama enfonçait le clou : « La démocratie n'est pas le travail du seul Congrès. Ni des seuls tribunaux. Ni même du seul président. (…) Le mot le plus fort de notre démocratie, c'est “nous”. “Nous, le peuple”. “Nous vaincrons”. “Oui, nous le pouvons”. »

Derrière ces beaux sentiments, on ne peut s'empêcher de discerner une forme de dérobade. Ce serait donc à nous, le peuple, de nous retrousser les manches pour faire bouger les choses. À nous de rester perpétuellement mobilisés pour mériter le changement. À nous de l'« obliger à le faire » (make him do it), comme disait l'un des slogans de gauche en vogue en 2009. Quand des organisations progressistes brandissent cette formule pour rallier des soutiens, c'est une maxime ; quand des responsables de l'exécutif la reprennent, c'est une excuse.

« Je ne crois pas à la nostalgie », a déclaré M. Obama à la veille de l'ouverture publique de son centre. C'est pourtant exactement l'émotion que cherche à susciter le musée en faisant la part belle aux toutes premières années de sa saga : la campagne électrisante de 2008, l'incroyable exploit d'être devenu le premier président noir des États-Unis, la glorieuse épopée des réformes. Rappelez-vous cet âge d'or où tout paraissait possible, où l'homme brillant, élégant et dynamique qui dirigeait la nation galvanisait les foules en leur parlant de changement et d'espoir. L'époque d'avant le plongeon dans la haine et la bêtise.

Pendant ce temps, à Washington, un autre président projette des édifices grandioses en réinterprétant à sa manière hallucinée le style néoclassique, fricote avec des stars du porno, déverse de la merde sur ses contempteurs dans des clips générés par l'intelligence artificielle et organise des combats d'arts martiaux sur la pelouse de la Maison Blanche. Pour les bien-pensants, ce qui a pu convaincre les Américains d'élire ce bouffon sectaire plutôt que les successeurs triés sur le volet de l'auguste Obama est un mystère qui dépasse l'entendement.

En apparence, MM. Obama et Trump sont de parfaits contraires : d'un côté le bon goût, de l'autre le vulgaire ; d'un côté le respect des règles, de l'autre le piétinement des précédents ; d'un côté le président malgré lui, de l'autre l'aspirant dictateur qui ne recule devant rien. Pourtant, certains traits les rapprochent. Tous deux sont des hommes d'image, celle-ci se résumant dans un cas comme dans l'autre à un populisme de façade. Tous deux ont habilement gouverné pour perpétuer les inégalités, renflouant les banques par-ci, diminuant les impôts par-là. Et tous deux ont choisi d'orner de mots leur signature architecturale. À cette différence près que, pour le second, ce mot est toujours le même : son nom. Et l'on se demande ce que peut encore faire le citoyen ordinaire, hormis peut-être se prendre en photo, majeur dressé devant l'énorme TRUMP en lettres argentées qui barre un des gratte-ciel de Chicago.

(Traduit de l'anglais [États-Unis] par Élise Roy.)

Voir en ligne : /2026/10/FRANK/70065

Bagdad suffoque

30 September 2026 at 08:48

Asphyxiée par une pollution-record et paralysée par un gouvernement inactif, la capitale irakienne suffoque. Entre un air irrespirable, des infrastructures obsolètes et l'absence d'investissements, les 10 millions d'habitants de la mégapole luttent chaque jour pour respirer.

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Bagdad, janvier 2025
yaz00ne alani — @yazoone

Il est 21 h 30 à l'hôpital public de Zafaraniyah, dans le sud-est de la capitale irakienne. On est loin des complexes modernes, des grandes enseignes et de la luminosité du centre-ville, situé à seulement une vingtaine de minutes en voiture. Pour ce quartier de plusieurs centaines de milliers de personnes, trois jeunes médecins, deux infirmières et trois pharmaciens sont chargés de tenir l'hôpital durant la nuit. Ils peuvent traiter jusqu'à cinq cents patients par jour. Au sein des urgences masculines, une salle exiguë, huit lits alignés, serrés les uns contre les autres. En face, M. Ali Z., 62 ans est placé sous assistance respiratoire. « Il a de plus en plus de mal à respirer, chuchote son fils. Il vient presque tous les mois, surtout l'été. Ici nous pouvons avoir de la Ventoline, et de l'oxygène, ça le calme. Mais, pour que sa situation s'améliore, il faut acheter des médicaments à la pharmacie, et cela coûte cher ».

Dans la rue ou à travers la vitre, il suffit de lever les yeux pour voir l'épais voile jaunâtre qui obscurcit l'horizon. Tôt le matin, une concentration de particules noires se dresse. On sent le soufre. M. Othman Kareem, 26 ans, fait partie de cette génération qui souhaite prendre la question environnementale à bras-le-corps. Il a cofondé le think tank Iraq Climate Change Center, participe à conseiller le gouvernement ainsi que le programme des Nations unies pour le développement (PNUD). « Il y a quelques semaines, un nuage noir est resté au-dessus de la ville durant quatre jours entiers. J'ai eu la chance de pouvoir partir à Erbil à ce moment, par crainte pour ma santé, mais ce n'est pas possible pour tout le monde », avoue l'ingénieur et expert en politique environnementale.

« Ce nuage était une concentration de ce que l'on respire quotidiennement à Bagdad. Un mélange de dioxyde de carbone et de soufre. Un cocktail qui provient de deux sources principales : le trafic routier et l'entreprise de raffinage située au sud de la ville », poursuit-il. Zafaraniyah se trouve à 6 kilomètres à l'est de Daoura, l'un des plus anciens complexes de raffinage du pays. La raffinerie date des années 1950 et produit 50 000 barils par jour. Elle est ancrée dans une zone qui n'a fait qu'accueillir toujours plus d'habitants en raison de l'exode rural des dernières années, provoqué par la sécheresse, la pollution des sols et les guerres.

« Les enfants sont souvent atteints d'asthme. Le taux de cancer des personnes de plus de 50 ans que l'on rencontre est impressionnant. Cela est dû à la pollution atmosphérique, mais également aux armes chimiques utilisées durant les différentes guerres qu'a connues le pays », précise M. Mountadhar Saad, médecin généraliste passé par l'hôpital public de Zafaraniyah. M. Z. est donc un cas symptomatique de sa génération, lui qui travaille dans le centre-ville de la capitale. Il est exposé aux pires substances toxiques, a connu la guerre contre l'Iran de 1980 à 1988, l'invasion puis l'occupation du Koweït d'août 1990 à février 1991, l'invasion anglo-américaine de mars 2003 qui fit tomber le régime de Saddam Hussein, et la lutte contre l'Organisation de l'État islamique (OEI). Autant d'événements qui ont déstabilisé le pays, et retardé le développement structurel d'une ville qui n'a cessé de s'étendre du fait de l'exode rural. Comme tant d'autres Irakiens, M. Z. est la victime d'une histoire tourmentée, qui, entre autres conséquences, a paralysé la réflexion sur la question environnementale.

Les facteurs de détérioration de la qualité de l'air en Irak sont nombreux — en premier lieu, la sécheresse. La pluie se raréfie et, à chaque début d'été, les tempêtes de sable en provenance de l'ouest frappent de plein fouet la capitale. La ville est ainsi enveloppée par un nuage de sable, qui s'introduit dans les maisons, altère les voies respiratoires et provoque l'engorgement des hôpitaux. « Lors des tempêtes de sable, tous les indicateurs de qualité de l'air explosent les seuils recommandés par l'Organisation mondiale pour la santé », explique M. Saad. Durant le mois de décembre, censé être plus clément, la société suisse IQAir indique un taux de PM2.5 (des microparticules capables de pénétrer profondément dans les poumons et le système sanguin), 17 fois supérieur au seuil annuel recommandé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). À Paris, l'indicateur est 1,5 fois au-dessus. Lors des tempêtes de sable, on dépasse de 200 % les recommandations internationales.

Dans le même temps, l'Irak fait désormais partie des cinq pays les plus vulnérables face au changement climatique. En 2023, le ministère de l'environnement a reconnu que les ressources en eau avaient diminué de moitié, par rapport à 2020, une situation qui n'est pas sans rappeler celle de l'Iran voisin (1). Les raisons en sont principalement la baisse des précipitation, une gestion des ressources hydriques inefficaces et des barrages présents en amont du Tigre et de l'Euphrate, en Turquie, en Syrie et en Iran. Selon la conjoncture géopolitique et les tensions régionales, ces trois pays peuvent agir sur le débit de ces fleuves et ainsi exercer des pressions sur l'Irak.

Le gouvernement irakien est aussi responsable de cette situation. La dépendance structurelle aux ressources fossiles empêche une réflexion stratégique sur la question environnementale. « Le pétrole et le gaz coûtent moins cher à l'exploitation que d'investir massivement dans un projet à long terme », fait remarquer, exaspéré, M. Kareem. Mais cette prépondérance des hydrocarbures n'empêche pas les pénuries d'énergie, et, chaque nuit, Bagdad, cherche le sommeil dans le ronflement continu des générateurs.

Durant la journée, la ville est soumise à des coupures d'électricité récurrentes obligeant les commerces à utiliser des générateurs géants. Malgré la pollution atmosphérique, auditive, olfactive de ces installations qui encombrent l'espace urbain, le gouvernement ne bouge pas. Une négligence politique patente. « Nous avons présenté des chiffres qui auraient donné le tournis à tous les gouvernements du monde. La situation est alarmante, mais tout ce qui intéresse les dirigeants actuels, ce sont les élections », déplore Adel Bakawan, président du Centre français de recherche sur l'Irak (CFRI).

À l'image du Caire, Damas ou Mumbai (Bombay), la circulation routière est l'une des plaies environnementales majeures de la capitale. « C'est la ville qui ne dort jamais », dit Laith B., chauffeur de taxi. À toute heure du jour et de la nuit, les rues sont engorgées. Le vendredi, jour de repos, la ville reprend son souffle ; le reste de la semaine, ce sont des embouteillages à perte de vue. Ici, pas de bus, de tramway ou de métro. Comme à Santiago (Chili), des minibus, souvent brinquebalants, constituent l'unique mode de transport en commun, dont le secret des itinéraires est réservé aux initiés (2). « Il n'y a pas d'arrêts “officiels”, le passage des bus est irrégulier, et ils ne desservent pas tous les quartiers. Il faut être né ici pour en connaître le fonctionnement, décrit un usager. Ma femme part à son travail deux à trois heures à l'avance, et elle n'est pas la seule. » Même marcher s'avère très difficile, car la plupart des trottoirs ne sont pas aménagés. Ceux qui le sont, dans le centre-ville, sont pris d'assaut par les générateurs ou les véhicules en stationnement.

Selon la Direction générale de la circulation en Irak, 4 millions d'automobiles étaient officiellement recensées dans la capitale en 2023, alors que, toujours selon elle, « la capacité des rues de la ville ne peut accueillir qu'un maximum de 400 000 voitures ».

Un plan de métro a été imaginé en 1983, sous la présidence de Saddam Hussein. Mais les guerres, les changements de régime et l'instabilité politique ont mis un arrêt au projet. « Comme souvent, les projets et les services les plus bénéfiques sur le plan social ont été lancés sous Saddam Hussein, reconnaît M. Saad. Nombre d'Irakiens sont nostalgiques de la situation économique de cette époque et de la qualité du système socio-éducatif. On ne peut que le constater, même en étant chiite [une communauté marginalisée par Saddam Hussein] ou en ayant conscience des horreurs commises par l'ancien régime », poursuit M. Saad.

Les défis environnementaux ne se limitent pas à l'eau ou à la qualité de l'air. Ici, pas de tri de déchets, de traitement des eaux usées, pas non plus de projets de réduction de l'usage du plastique, de transports en commun ou de rénovation d'usines. « Les autorités ne savent pas par où commencer ni comment mettre tout cela en place », reconnaît M. Kareem. En attendant, la population revendique un mieux-être et des mesures d'urgence pour pouvoir respirer.

Voir en ligne : /2026/10/GUYOT/69905

(1) Lire Akram Belkaïd, « Un défi existentiel », Manière de voir, n° 209, « Iran. Guerres, révoltes, espérances », octobre-novembre 2026.

(2) Lire Guillaume Beaulande, « À Santiago du Chili, avec les galériens des transports », Le Monde diplomatique, mars 2023.

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