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Rendez-vous à Harlem

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Août 1972, Manhattan, nord de Harlem : le documentariste afro-américain William Greaves convie dans la demeure du jazzman Duke Ellington, au 935 St Nicholas Avenue, les derniers acteurs de la Harlem Renaissance, cinquante ans après les débuts de ce bref et considérable mouvement qui agita la vie intellectuelle, artistique et politique afro-américaine et caribéenne des années 1920. Le Duke, absent, qui en fut l'un des fers de lance, décédera en 1974 (1). Greaves filme les conversations. On croise le photographe James Van Der Zee, l'acteur Leigh Whipper, le pianiste et compositeur Eubie Blake, l'artiste muraliste Aaron Douglas. Se côtoient, se répondent et parfois s'asticotent les proches de Marcus Garvey — comme Thomas Harvey, qui dirige alors l'UNIA-ACL (2) fondée par ce premier — et le militant socialiste historique Richard B. Moore. Les débats et enjeux d'autrefois s'activent… Poètes, historiens, journalistes, éditeurs, compositeurs et producteurs sont aussi de sortie, guillerets, souvent émus : certains ne se sont pas recroisés depuis un demi-siècle… Tout un après-midi, les quatre caméras déployées vont tourner vingt kilomètres de film captant échanges et souvenirs, souvent des moments de grâce, et parfois d'horreur, quand on replonge dans l'abjection des lynchages. Des moments d'histoire, momentanément resurgis du passé.

Car ces archives resteront stockées jusqu'aux années 2020 : David Greaves, le fils du réalisateur, mort en 2014, entame leur restauration puis leur montage. Il était une fois à Harlem (3) est un magnifique hommage au travail du père, que l'on voit diriger son équipe et questionner ses invités, et une pièce essentielle apportée à notre connaissance de cette magnifique, ardente effervescence, libératrice et inventive. Des disparus qui l'illustrèrent, le poète Langston Hughes, l'auteure Zora Neale Hurston, l'acteur et chanteur Paul Robeson, hantent les conversations, et revivent les souvenirs de tant de jours et de nuits, de tant de lieux oubliés ou méconnus : comme cette « seconde maison » qu'était la bibliothèque publique de la 135e Rue pour les écrivains et poètes Countee Cullen, Eric D. Walrond ou Claude McKay…

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Ce dernier, né en Jamaïque en 1890 et décédé en 1948, militant d'un socialisme radical, grand voyageur — de New York à Moscou et Tanger —, est un monde à lui seul. Il est aujourd'hui redécouvert, et c'est un bonheur, notamment avec Banjo (Éditions de l'Olivier, 2022) et Romance in Marseille (Héliotropismes, 2021) (4), tous deux ancrés dans l'underground phocéen des années 1920, qu'il connut pendant les quelques années de cette décennie où il y vécut. Celui de ses dockers, marins, travailleurs noirs et immigrés. Une pièce musicale, Kay ! Lettres à un poète disparu, montée en 2023 à l'occasion du festival Marseille Jazz des cinq continents — et du centième anniversaire de son séjour (5) — poursuit son chemin (6). Autour du slameur et musicien Lamine Diagne, auteur du spectacle, un collectif — appuyé par les rappeurs Mike Ladd et Juice Aleem — déroule en freestyle et musiques les récits et les classiques du poète de Si nous devons mourir et Nous qui nous révoltons qui trouvent un écho percutant dans la France des années 2020. Sur le CD tiré du spectacle, l'écrivain Alain Damasio slamme son admiration pour l'auteur « cosmopolitique » : « Open the Mike pour Claude McKay » (7) !

Voir en ligne : /2026/10/SERVANT/70110

(1) Les éditions Frémeaux et Associés viennent de rééditer ses enregistrements décisifs : Jungle Nights in Harlem (1927-1931), quatre CD, 30 euros.

(2) L'Universal Negro Improvement Association and African Communities League (1914).

(3) Le documentaire qui continue à courir les festivals devrait sortir en VOD cet automne en attendant une éventuelle diffusion sur les écrans français.

(4) Les autres œuvres de Mc Kay sont publiées chez Nada et aux Nouvelles Éditions Place. Lire aussi les recensions que lui a consacrées Le Monde diplomatique (notamment en juin 2021 et juillet 2023).

(6) Elle reviendra à Marseille au Théâtre Joliette le 19 mars 2027.

(7) CD Kay ! Lettres à un poète disparu, Label Maison Bleue, 2026, 15 euros.

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Saisir l'histoire

30 September 2026 at 08:49
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Les 25 et 26 août 1944, des caméramans de l'armée américaine sont à Paris. Sur leurs images, une silhouette se profile, l'appareil photo à la main. Accroupi, juché sur un véhicule, cheminant à travers les rues, Robert Capa (1913-1954) capture l'effervescence des combats, la joie des célébrations : soldats, civils, secouristes, rien ne lui échappe. On le voit même s'improvisant traducteur entre des soldats allemands et des résistants. Cette découverte du Musée de la libération de Paris est relatée dans un texte réjouissant, illustré par des plans où surgit Capa (1).

Ce riche catalogue offre en outre un aperçu du parcours de ce reporter-photographe légendaire, dont chaque période nécessiterait un gros plan : la guerre civile espagnole, le débarquement en Normandie, la Libération… Jérôme Sessini, de l'Agence Magnum, dont Capa fut, en 1947, l'un des cofondateurs et la cheville ouvrière, trouve les mots : « Les images du Débarquement, c'est le summum du risque photographique. Débarquer au côté des troupes américaines dans les barges, avec en face les Allemands qui tirent à la mitrailleuse lourde… Je n'arrive même pas à comprendre comment il a réussi à avoir suffisamment de sang-froid pour faire des images. » Pour le voir marcher, s'élancer, cadrer, cliquer, l'exposition est ouverte — jusqu'au 20 décembre.

Voir en ligne : /2026/10/MATHIEU/70096

(1) Robert Capa, photographe de guerre, collectif, Paris-Musées, Paris, 2026, 168 pages, 30 euros. L'exposition se tient au Musée de la libération de Paris - Musée du général Leclerc - Musée Jean-Moulin, Paris.

Ouvrir un passage dans les ruines

30 September 2026 at 08:49

Walter Benjamin est, si l'on ose dire, à la mode. Et le risque de transformer une pensée qui dénonce l'illusion de la continuité, l'effacement des ruptures décisives, en bréviaire mélancolique n'est pas mince. Trois publications récentes résistent à cette canonisation consensuelle, en soulignant le rôle de la catastrophe et de l'exil, et en mettant en relief un travail des formes qui ne sépare jamais esthétique et politique.

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Guillaume Le Blanc, mettant ses pas dans ceux de Benjamin et de Hannah Arendt (1), se demande comment vivre quand l'effondrement est là, déjà à l'œuvre. Guerres, dévastation écologique, précarisation néolibérale et retour des despotismes composent moins une série de crises qu'une atteinte portée à la possibilité d'un monde commun. « Notre question n'est plus de savoir comment se tenir au bord de la catastrophe, mais de façon bien plus radicale d'imaginer comment tenir bon dans la catastrophe. » Le Blanc ne cherche pourtant ni refuge intérieur ni héroïsme. De Benjamin (1892-1940), chiffonnier des vies minuscules, il tire une éthique de la vie fragile : accueillir, cueillir et recueillir ce que les puissances de prédation condamnent à disparaître.

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L'imposant ouvrage collectif Walter Benjamin en exil. Entre expérience et pauvreté (2), dirigé par Christophe David et Florent Perrier, fruit de plusieurs colloques, se concentre sur les années 1933-1940 : Paris, les bibliothèques dispersées, les ressources incertaines, les textes confiés aux amis, puis les frontières refermées. L'exil n'y est pas traité comme le décor passager d'une œuvre écrite ailleurs, il en devient une méthode, une manière de penser depuis le seuil, la césure, le fragment. Autour du texte décisif de Benjamin Expérience et pauvreté (1933), publié dans le même volume, les contributions explorent la destruction de la transmission par la guerre et la modernité marchande, mais aussi l'ambivalence de cette pauvreté : perte d'un monde hérité, possibilité de recommencer autrement. Stefano Marchesoni en résume l'actualité : « La pauvreté en expérience pointée par Benjamin n'a fait que s'amplifier depuis 1933. » Riche des analyses de Vincent Chanson, Lionel Richard, Jean Lacoste, Sonia Dayan-Herzbrun…, l'ensemble évite deux facilités : faire de Benjamin un simple témoin de son malheur ou un prophète miraculeusement informé du nôtre.

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C'est par la forme que l'on échappe à ces deux pièges. L'anthologie des Écrits sur le théâtre (3) fait découvrir un Benjamin critique, spectateur et expérimentateur. Aphorismes, comptes rendus, reportages, entretiens et textes consacrés notamment à la femme de théâtre lettonne et russe Asja Lācis ou au théâtre épique de Bertolt Brecht montrent que la scène fut pour lui un laboratoire. Le théâtre ne doit pas réconcilier le public avec le monde tel qu'il va. Au contraire, il doit suspendre l'évidence, isoler un geste, déplacer le regard du spectateur. La pensée benjaminienne cherche dans les œuvres la possibilité d'une autre expérience collective.

Ces trois livres proposent une même leçon. Penser depuis les ruines consiste à y discerner les vies, les souvenirs et les formes que l'histoire des vainqueurs laisse sous les décombres, puis à construire, avec ces restes, une sorte de passage. Benjamin revient moins parce que notre époque lui ressemblerait que parce qu'il nous apprend à regarder ce qu'elle s'emploie à rendre invisible.

Voir en ligne : /2026/10/TAIBI/70093

(1) Guillaume Le Blanc, Éthique pour un monde qui sombre. Dans les pas de Walter Benjamin et Hannah Arendt, Payot, Paris, 2026, 240 pages, 21 euros.

(2) Christophe David et Florent Perrier (sous la dir. de), Walter Benjamin en exil. Entre expérience et pauvreté, suivi de Walter Benjamin, Expérience et pauvreté, Pontcerq, Rennes, 2025, 730 pages, 37,50 euros.

(3) Walter Benjamin, Écrits sur le théâtre. 1912-1940, anthologie établie et préfacée par Marianne Dautrey, avec la collaboration de Bruno Tackels, traduit de l'allemand par Marianne Dautrey et Philippe Ivernel, Les Solitaires intempestifs, Besançon, 2025, 174 pages, 17 euros.

Beyrouth, les sens de la fête

30 September 2026 at 08:49
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Elle est souvent présentée, voire encensée, dans de nombreux médias occidentaux comme le « lieu de la fête au Proche-Orient » (1), ce qui attesterait sa « résilience », terme en vogue qui horripile de nombreux Libanais de la capitale, sinon du pays tout entier. L'exception beyrouthine tiendrait, selon la géographe Marie Bonte, dans son « offre festive mais aussi dans la capacité des habitants à faire la fête, quelle que soit la conjoncture ». Après avoir retracé l'émergence de la vie nocturne au « temps des cabarets » (1920-1960) et son adaptation durant la guerre civile (1975-1990), elle montre comment, à partir des années 2000, « des bars et les boîtes de nuit se concentrent dans des îlots denses de monde, de bruit et de lumière, donnant à la ville des allures d'archipel ». Ces îlots sont traversés par des dynamiques politiques où se mêlent concurrence économique, reconstitution de hiérarchies entre les professions, formes de distinction sociale diverses selon les lieux fréquentés ou encore « appropriation d'une mémoire politique de gauche » via les choix musicaux et un usage des lieux dépassant le cadre de la fête. Certes, il peut s'agir aussi d'une échappatoire face à l'incertitude du lendemain.

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C'est ce mélange qui innerve le roman graphique, plus exactement le récit autobiographique imagé Rue de Phénicie, de Lamia Ziadé (2), après Ô nuit, ô mes yeux (2015), Ma très grande mélancolie arabe (2017) et Mon port de Beyrouth (2021), tous parus chez POL. L'autrice vit depuis longtemps à Paris, où elle poursuit son interrogation et sa célébration d'une identité singulière, et de sa ville natale, avec une liberté stimulante, une fantaisie fantastique — au long d'une déambulation nocturne à travers Beyrouth ainsi qu'à travers sa propre histoire, inextricablement liée à son « obsession, l'histoire moderne du Liban et du Proche-Orient ». Durant ses longs séjours à Beyrouth consacrés à l'écriture et à des expositions après une « vie de noctambule délurée » à Paris, la fête lui apparaît comme une forme de résistance dans une ville qui ne veut pas s'éteindre, au propre comme au figuré. À la fermeture du Paradise, le dernier bar ouvert de la nuit, elle se lance à la recherche d'une boîte fantasmée — la Boîte de Pandore —, ce qui lui sert de prétexte pour déambuler dans l'histoire politique du pays et de la région à travers des lieux hautement symboliques, comme le Musée national, ou des cimetières. Mais Lamia Ziadé n'est pas dupe de la dimension illusoire de sa quête.

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Deux autres déclinaisons ajoutent leurs variations à cette évocation obsédante. Dans le deuxième volume de la bande dessinée Le Génie de Beyrouth (3), qui revient sur le siège en 1982 de Beyrouth-Ouest — fief de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) et de ses soutiens libanais — par l'armée israélienne, les rues sont plongées dans l'obscurité et, pour le journaliste qui écrit à la lueur de la bougie, la ville semble « coincée dans son dernier carré, (…) obligée de faire face », elle ne peut plus se réfugier dans la nuit. Mais elle a des ressources insoupçonnées.

Quant à la narratrice du premier roman, proche de l'autobiographie, de la Franco-Libanaise Manal Salamé, si elle déclare préférer la ville de jour (4), car, « le jour, elle ne sait pas mentir », elle ne se refuse pas à parcourir la nuit et ses faux-semblants, ceux que, de retour au Liban après dix-sept ans d'absence, elle retrouve lors d'une longue soirée alcoolisée. À Beyrouth, on n'éteint pas les lumières.

Voir en ligne : /2026/10/APPELT/70087

(1) Marie Bonte, Nuits de Beyrouth. Géographie de la fête dans une ville post-conflit, ENS Éditions, Lyon, 2023.

(2) Lamia Ziadé, Rue de Phénicie, POL, Paris, 2025, 392 pages, 34 euros.

(3) Sélim Nassib et Léna Merhej, Le Génie de Beyrouth. La fille tombée du ciel (tome 2), Dargaud, Paris, 2026, 112 pages, 23 euros.

(4) Manal Salamé, Habibi Beyrouth, Éditions La Tribu, Paris, 2026, 309 pages, 21 euros.

Mosaïque bulgare

Il y a quarante ans, de l'autre côté du rideau de fer, se jouait une tragédie à huis clos qui a affecté la vie de plus d'un million de personnes et est aujourd'hui tombée dans l'oubli. En 1984, le Parti communiste bulgare décida d'engager un processus de « régénération nationale » des minorités musulmanes du pays — Turcs, Slaves musulmans nommés Pomaks, ou Roms —, soit officiellement 14 % des 8,9 millions d'habitants que comptait alors le pays.

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Les prénoms et noms de famille furent « bulgarisés », tandis que l'usage public de la langue turque était interdit, et toute pratique de l'islam, sévèrement réprimée. Le terme de « régénération » ou « renaissance » (vazrazhdane) choisi pour désigner cette campagne renvoie à la « renaissance nationale » de la fin du XIXe siècle, quand la Bulgarie s'est détachée de l'Empire ottoman pour accéder à l'indépendance ; et il a été repris par un parti d'extrême droite devenu fort influent ces dernières années. Dans sa très fine étude des arts et notamment du cinéma bulgare sous le communisme, Nadège Ragaru montre comment le régime a eu recours en 1988 à une « super-production », le film Temps de violence, en deux volets, pour réactiver dans l'opinion l'image noire de l'époque ottomane et glorifier, par contraste, la vertu et le courage des orthodoxes, alors que l'Église était devenue un fidèle soutien du pouvoir communiste sur le déclin (1).

Un an plus tard, alors que ce régime vivait ses dernières heures, il ouvrit même ses frontières avec la Turquie, poussant les réfractaires à la « régénération » à prendre part à ce qui fut appelé la « grande excursion » : près de 400 000 personnes émigrèrent de force en Turquie. Certaines familles y sont restées, d'autres sont vite revenues en Bulgarie ; mais, si le parti politique prétendant représenter la communauté turco-musulmane a joué un rôle majeur et controversé dans la Bulgarie post-communiste, les violences des années 1980 demeurent un sujet très peu évoqué dans le pays.

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L'émergence d'une jeune génération d'auteurs d'expression bulgare issus de la minorité turque est d'autant plus remarquable. La traductrice Marie Vrinat offre au public francophone la possibilité de découvrir deux d'entre eux. Le Garçon à la lavande est le lumineux premier roman de Burhan Kerim, né en 1995. Youssouf, le narrateur, installé à Sofia, apprend le décès de son grand-père et retourne au village, où sa famille cultivait des champs de lavande. Dépeuplé, il est presque à l'abandon, mais les souvenirs d'enfance de Youssouf vont se mêler à ceux du défunt ainsi qu'à la mémoire du village et de la région, tout imprégnée de la dureté du XXe siècle, tandis que sont aussi évoquées les grandes figures de la Bible et du Coran et les classiques de la poésie persane (2).

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Eminé Sadk, née en 1996, marie quant à elle l'humour et le tragique pour raconter l'épopée de Nikolaï Todorov, terne professeur de géographie dans une petite ville du sud-est de la Bulgarie. À la suite d'un dîner avec ses collègues qui tourne mal, il s'enfuit et entame une longue errance à travers les villages roms et turcs du Loudogorié — Deliorman en turc —, une région déshéritée s'il en est. Le vieux Muhittin va l'accueillir en évoquant la figure de son père, qui fut l'un des rares enseignants à s'opposer au processus de « régénération », ce que Nikolaï ignorait. Si le roman est profondément pessimiste quant aux possibilités de voir la Bulgarie se réconcilier avec son passé, il représente aussi un magnifique hommage aux rapports entre humains, à leur pouvoir de revitalisation (3).

Voir en ligne : /2026/10/DERENS/70086

(1) Nadège Ragaru, « Et maintenant, où va-t-on ? ». Le communisme en scène, Eur'Orbem éditions, Paris, 2025, 402 pages, 24 euros.

(2) Burhan Kerim, Le Garçon à la lavande, traduit du bulgare par Marie Vrinat, La Peuplade, Montréal, 2025, 360 pages, 23 euros.

(3) Eminé Sadk, Caravane pour corbeaux, traduit du bulgare par Marie Vrinat, Agullo Éditions, Villenave-d'Ornon, 2026, 288 pages, 20,90 euros.

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