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Comment manipuler la génération Z

By: A A
21 October 2026 at 16:05

par Thierry MEYSSAN

Alors qu’une douzaine d’États ont déjà vécu — parfois avec succès — des manifestations de la génération Z, celles qui viennent d’avoir lieu, en France, donnent une occasion de manipuler la population. Les destructions programmées, survenues le 17 octobre, semblent préparer une sorte d’état d’urgence qui permette de suspendre l’élection présidentielle comme cela a lieu en Ukraine depuis deux ans.

Dans  cet article, j’examinerai une douzaine de manifestations de la « génération Z », c’est-à-dire les 14-29 ans, qu’elles soient organisées ou désorganisées. Si de nombreux mouvements de contestation auquel elle a participé ont eu lieu dans d’autres États, la génération Z a toujours dénoncé la corruption, le népotisme et les abus de pouvoir avant toute autre injustice.

Je conserverai toujours à l’esprit que si l’on ne peut pas provoquer la colère d’une foule, il est très facile de la détourner de son objectif initial. Ces manifestations commencent donc toujours dans l’intérêt général, mais peuvent s’égarer en chemin.

Une première caractéristique de ces mouvements est qu’ils ont tous éclaté après des scandales de corruption ou de répression. Les manifestants ne se sont pas réclamés d’une idéologie politique particulière, mais ont avant tout exprimé leur exigence de justice.

• Mongolie : le 11 janvier 2025, des jeunes gens manifestent à Oulan-Bator pour protester contre le train de vie de la famille du Premier ministre Luvsannamsrai Oyun-Erdene. Le mouvement dénonce rapidement la corruption dans l’ensemble de la classe politique et demande la démission de 33 députés. En définitive, le Premier ministre finira par démissionner, le 3 juin.

• Indonésie : en février 2025, des manifestations ont éclaté à Java contre la corruption. Elles ont été amplifiées par un syndicat étudiant lorsque le gouvernement a impliqué les universités dans des projets miniers en échange de repas gratuits pour tous les étudiants.

Les manifestations ont alors couvé, un peu partout dans le pays, alors que le gouvernement accordait des avantages importants aux militaires et qu’il soutenait le « transfert » des gazaouis en annonçant leur possible transfert dans le « plus grand État musulman du monde ».

En août, les manifestations ont repris, à l’appel des camionneurs, à l’occasion de considérables hausses d’impôts.

C’est à ce moment-là que le drapeau pirate de l’équipage de Chapeau de paille du manga One Piece a fait son apparition. Il était le symbole de la lutte contre la corruption. Le brandir est devenu passible de poursuites criminelles pour trahison.

En définitive, le président Prabowo Subianto a reconnu que la jeunesse avait le droit de manifester et a fait lever les sanctions contre le drapeau pirate.

• Togo : le 26 juin 2025, des manifestations ont éclaté après l’arrestation par la police et la torture du rappeur Aamron. Elles ont immédiatement pris une tournure politique car sa longue torture avait été filmée par les policiers et que le président Faure Gnassingbé était en train de faire changer le régime politique en faisant réformer la Constitution. Le mouvement a duré jusqu’en décembre. Il s’est essoufflé face à la répression très violente, souvent létale.

• Népal : du 8 au 14 septembre 2025, des jeunes gens manifestent à Katmandou contre les enfants et les proches des responsables politiques, qui font étalage sur les réseaux sociaux de leur vie luxueuse. Le pouvoir répond en bloquant les réseaux sociaux, mais cette mesure provoque l’effet inverse de celui escompté. En définitive, le Premier ministre Khadga Prasad Sharma Oli doit démissionner.

• Timor-oriental : du 15 au 17 septembre, un syndicat étudiant manifeste à Dili pour protester contre les avantages économiques accordés aux parlementaires. En définitive, ceux-ci devront se passer des voitures de luxe qu’ils avaient commandées.

• Philippines : le 21 septembre 2025, 100 000 jeunes gens défilaient à Manille contre la corruption des clans au pouvoir, les Marcos et les Duterte. 70 % des fonds destinés aux luttes contre les inondations auraient disparus.

• Madagascar : en septembre 2025, des manifestations éclatent à Madagascar contre l’absence de répartition de la croissance économique après un discours malheureux du président Andry Rajoelina qui se félicite de progrès économiques que le peuple ne voit pas. Les manifestations qui se généralisent débouchent sur un coup d’état militaire et la fuite du président Andry Rajoelina.

• Maroc : le 27 septembre 2025, 200 000 jeunes manifestent dans le désordre dans les grandes villes marocaines contre la corruption et le népotisme. Il démarre alors que l’État consacre des sommes importantes à la préparation de la Coupe du monde de football tandis que les hôpitaux tombent en ruine. Le mouvement s’arrête face à sa répression.

• Paraguay : le 28 septembre 2025, des manifestations de jeunes ont débuté pour protester contre la corruption et une tentative de modification de la Constitution pur permettre à l’ancien président, le mafieux Horacio Cartes, de revenir au pouvoir. Les amérindiens se sont joints à la génération Z lorsqu’ils ont appris le transfert du bureau de l’Instituto Paraguayo del Indígena (INDI) dans une base militaire. Le mouvement a cessé le 3 octobre après que le président Santiago Peña ait annulé cette décision.

• Mexique : le 15 novembre 2025, suite à l’assassinat d’un maire par un cartel, des dizaines de milliers de jeunes ont manifesté pour leur sécurité et contre la corruption. Les manifestations ont cessé, à la mi-décembre, sans solution.

• Bulgarie : le 26 novembre 2025, des manifestations de jeunes ont éclaté pour protester contre le projet de budget qui transférait le financement des retraites et de la sécurité sociale des entreprises sur les impôts, et contre la corruption. Elles n’ont cessé qu’un mois plus tard, après la démission du gouvernement Zheliazkov et le retrait de la réforme.

• Japon : le 3 mai 2025, 50 000 jeunes ont manifesté contre la remilitarisation de leur pays en utilisant des bâtons lumineux, comme lors des concerts de K-Pop et lors de la tentative de loi martiale en Corée du Sud. Elles se sont bientôt multipliées dans tout le pays et ont cessé par épuisement.

• Inde, le 15 mai 2026, le président de la Cour suprême assimile les jeunes chômeurs à des cafards. Un jeune étudiant en communication crée alors le « Parti du peuple des cafards ». Il organise des manifestations jusqu’à ce que le ministre de l’Éducation démissionne. Le mouvement repart, en octobre avec la protestation contre la réforme des listes électorales dont la procédure exclut les Indiens les plus pauvres. Elle se poursuit aujourd’hui, malgré l’emprisonnement de son leader [1].

La manifestation du 17 octobre en France

À partir du 18 septembre 2026, des lycéens manifestent, d’abord à Créteil, puis dans toute l’Île de France, et enfin dans tout le pays contre leurs conditions d’études. Ils sont bientôt rejoints par les étudiants. Et, un peu plus tard, par les syndicats de la fonction publique.

Les premières manifestations sont pacifiques, mais des débordements commencent à être signalés lorsque des élus de gauche affirment que la violence est légitime. Des casseurs se joignent alors aux lycéens et étudiants, provoquant de nombreux dégâts dans les lycées et les universités. Les policiers s’interrogent alors sur leur commandement : en effet, ils reçoivent des ordres contradictoires qui ne leurs permettent pas de protéger les manifestants et les exposent aux casseurs.

 

Des manifestations sont annoncées au plan national, le 17 octobre. Les « Gilets jaunes », c’est-à-dire le mouvement informel, de 2018-2019, contre le prix des carburants et pour la France périphérique, se joignent au mouvement. Ils poursuivent l’objectif de lutter contre la vie chère.

La police territoriale, pourtant réputée pour sa grande précision, sous-estime à 150 000 manifestants maximum ces rassemblements, tandis qu’ils seront entre 550 000 et 800 000. La direction de la police s’assure que les unités de maintien de l’ordre ne soient prévues que pour les manifestations estimées et veille à ce qu’elle ne dispose que du minimum de munitions en gaz lacrymogènes et en grenades de dispersion.

Les black blocs européens acheminent des milliers de militants, principalement d’Italie, de Suisse, d’Allemagne et de Belgique.

 

Le 17 octobre, des heurts débutent avant midi. Ils se termineront au petit matin, le 18. La police débordée ne parvient pas à protéger qui que ce soit et quoi que ce soit, hormis le palais de l’Élysée. Plus de 600 policiers et gendarmes sont blessés, mais seules 26 personnes sont déférées à la Justice. 1 500 commerces sont détruits, des bâtiments historiques sont incendiés. Les dégâts sont estimés à plusieurs centaines de millions d’euros.

Analyse

Aucun événement particulier n’a déclenché la contestation lycéenne. Il s’agit d’un ras-le-bol généralisé face au sentiment d’abandon d’une génération à qui on explique qu’elle doit se contenter de locaux mal-isolés, où l’on souffre du chaud et du froid selon les saisons ; et qu’elle ne doit pas espérer avoir de professeurs lorsque les siens sont malades ; que de toute manière, elle n’aura jamais d’emploi et sera remplacée par l’Intelligence artificielle ; mais qu’elle devra quand même payer la dette et les intérêts de la dette que leurs parents ont accumulée.

Dans un premier temps, un parti politique de gauche a tenté de récupérer ces manifestations en venant se poster aux sorties des lycées. Mais tout a changé, ce 17 octobre.

Il est évident que des responsables, au sein du commandement de la police, ont tout fait pour que cette manifestation dégénère, au mépris des manifestants et de leurs subordonnés, les policiers. Il convient de constater, fait sans précédent, que le principal syndicat de policiers, Alliance, a déposé une plainte contre X, le 14 octobre, pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Cette organisation rassemble des témoignages, partout dans le pays, pour identifier les officiers qui ont organisé le chaos.

Il convient de se demander, comme le font ces policiers, ce que recherchent les responsables cachés de ces violences. Il est probable qu’ils préparent une opération visant à perturber l’élection présidentielle des 18 avril et 2 mai 2027.

Il est possible que ces responsables cachés soient en France, mais aussi envisageable qu’ils soient à l’étranger ; une hypothèse renforcée par la participation des black blocs européens.

Comment ne pas se rappeler qu’en 2011, le candidat à la présidentielle en tête les sondages, Dominique Strauss-Kahn, a été arrêté à New York pour viol, par la police locale, mais avec l’aide du Pentagone, assurant l’élection de son « ami », François Hollande ? [2]
Comment ne pas se rappeler qu’en 2017, le candidat à la présidentielle en tête les sondages, François Fillon, a été mis en cause pour avoir engagé son épouse comme assistante parlementaire sans qu’elle accomplisse de travail à l’assemblée nationale, ouvrant ainsi la voie à l’élection d’un tiers, Emmanuel Macron ?
Comment ne pas envisager qu’en 2027, le candidat à la présidentielle en tête les sondages, Marine Le Pen, soit condamnée par la justice et privée de ses droits civiques… ou que la situation exige de placer le pays sous « état d’urgence » ou encore, selon la nouvelle disposition introduite par la loi du 16 août 2026, sous « état d’alerte de sécurité nationale » ?

S’adressant à la Nation, le lendemain même, le président Emmanuel Macron a dressé un rapide bilan de cette journée de destruction [3]. Il en a conclu que les Français étaient impuissants face à ces violences. Puis, il a conclu en souhaitant rétablir l’ordre… afin que les élections puissent avoir lieu.

Publié à l’origine par  Réseau Voltaire

L'Etat réarme, la préfecture menace d'arrêter la dernière usine d'obus de France

21 October 2026 at 08:37

Depuis trois ans, l’État prône l’économie de guerre. Mais le 9 octobre 2026, la préfecture a menacé d’arrêter Les Forges de Tarbes, seul fabricant français de corps d’obus de 155 mm pour les canons Caesar, si quatorze équipements sous pression ne sont pas requalifiés avant le 31 décembre. Six jours plus tard, la Direction générale de l’armement révélait avoir saisi la procureure de la République sur des décisions de gestion de l’actionnaire, le groupe Europlasma. Voilà donc l’état de la chaîne d’approvisionnement de l’artillerie française, après des années de discours sur l’économie de guerre.

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L’affaire résume une inquiétante contradiction française : l’État réclame davantage de munitions pour ses armées, mais découvre, au détour d’un arrêté préfectoral, la fragilité de l’un de ses maillons industriels les plus sensibles.

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Quatorze équipements hors délai : la préfecture fixe l’échéance au 31 décembre

Le 9 juillet 2026, une inspection des Forges de Tarbes a relevé quatorze équipements sous pression dont la requalification périodique était en retard. L’entreprise a invoqué les difficultés à trouver un prestataire capable d’effectuer les interventions et leur coût. Trois mois plus tard, le 9 octobre, la préfète des Hautes-Pyrénées a signé un arrêté de mise en demeure.

Le calendrier est désormais fixé : l’ensemble des équipements concernés doit être remis en conformité avant le 31 décembre 2026. Ceux qui ne satisferont pas à cette exigence devront être arrêtés. Des sanctions administratives sont également possibles. La préfecture ne fait donc pas qu’adresser un rappel à l’ordre : elle impose une échéance susceptible d'affecter le fonctionnement du site si les opérations nécessaires ne sont pas réalisées à temps.

La sécurité industrielle n’est pas une formalité que l’on peut écarter au nom du réarmement. Les équipements sous pression sont soumis à des contrôles réglementaires précisément parce que leur défaillance peut présenter des risques. Mais, dans une industrie de défense où la continuité de production compte, l’enjeu est aussi de savoir pourquoi une entreprise stratégique en est arrivée à accumuler ces retards, et si elle dispose des moyens financiers et opérationnels pour y remédier.

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Six jours plus tard, le ministère de la Défense met en cause la gestion d’Europlasma

Le 15 octobre, devant la commission de la Défense de l’Assemblée nationale, le délégué général pour l’armement, Patrick Pailloux, a annoncé avoir saisi la procureure de la République. Il a évoqué « des décisions de gestion récentes de l'entreprise qui ont précipité la dégradation ». Cette déclaration donne à l’affaire une portée qui dépasse les seules obligations de sécurité : l’État s’interroge désormais sur les choix de gestion d’un groupe privé auquel il a confié, de fait, une fonction industrielle stratégique.

Depuis 2021, les Forges de Tarbes appartiennent à Europlasma. Or le site est le seul en France à produire les corps d’obus des canons Caesar. Lorsque l’outil de production vacille, ce n’est pas seulement une entreprise qui est fragilisée, mais un maillon de la chaîne d’approvisionnement des armées françaises. La saisine de la justice ne constitue pas une condamnation et ne permet pas, à elle seule, de conclure à une infraction. Elle révèle néanmoins que les autorités estiment nécessaire d’examiner les décisions prises par la direction.

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Le calendrier est particulièrement embarrassant. D’un côté, la préfecture exige la régularisation des équipements avant le 31 décembre, sous peine d’arrêt et de sanctions. De l’autre, le responsable de l’armement signale au parquet une dégradation qu’il relie à des décisions de gestion.

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C’est précisément ce que l’État doit éclaircir. Depuis trois ans, le discours du réarmement promet une remontée en puissance industrielle. Mais annoncer des commandes ne suffit pas : encore faut-il disposer d’usines opérationnelles, d’équipements conformes et d’actionnaires capables d’assurer la continuité de l’activité. Si la sécurité impose l’arrêt d’équipements, la préfecture ne peut fermer les yeux. Si la gestion d’un propriétaire compromet les capacités de production, le ministère de la Défense ne peut se contenter de le constater après coup. Entre impératifs réglementaires et souveraineté militaire, la France doit désormais répondre à une question élémentaire : qui s’assure qu’elle pourra produire les obus dont son réarmement dépend ?

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