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Received — 18 October 2026 ⏭ Le Courrier des Stratèges

L'État est-il trop ruiné pour rétablir l'ordre dans les rues ?

18 October 2026 at 20:29

Par Eric V.

2 397 interpellations, 997 policiers et gendarmes blessés, et ce dimanche soir encore des pillages au Châtelet. Dans les commissariats, une autre alarme circule : l'argent manque pour les munitions. Le budget 2027 réduit de 7 % les crédits d'équipement de la police. La charge de la dette, elle, prend 10 milliards.

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Dimanche, 20 heures. Au lendemain d'une journée où l'hôtel de ville de Limoges a brûlé, où la résidence de la préfète de Bordeaux a été saccagée, où des magasins ont été pillés à Paris et à Marseille, Emmanuel Macron parle aux Français. Il promet que « ceux qui ont détruit doivent payer, ceux qui ont cassé doivent rembourser ». Il annonce une cellule de crise pour les victimes, promet la « transparence » sur le dispositif de samedi, demande au ministre de l'Intérieur de tirer les leçons en matière de renseignement et d'anticipation. Pas un mot sur les effectifs. Pas un mot sur les moyens. Au même moment, CNews signale des pillages en cours au Châtelet, forces de l'ordre en route.

Deuxième soir. Même scène.

Que manque-t-il encore pour constater l’insurrection ?
Limoges a brûlé, la police a été débordée, Le Parisien titre « insurrection ». Il manque encore trois choses : un fauteuil, une défection, une date.
Dégâts à Paris : quelques images pour illustrer l'ampleur de ce qui se passe
Quelques images des très importants dégâts à Paris après la journée insurrectionnelle du 17 octobre
Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?
La manifestation, proche de l'insurrection a lourdement dégénéré, notamment à Paris. Reportage sur un moment hyper-violent.
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Ce qui remonte des commissariats

Plusieurs sources internes à la police nationale, interrogées par le Courrier, décrivent la même chose : des alarmes lancées en interne depuis des mois sur

Que manque-t-il encore pour constater l’insurrection ?

18 October 2026 at 18:39

Par Eric V.

Samedi, l’Hôtel de ville de Limoges a brûlé. Dimanche, l’Unsa-Police avoue n’avoir pas tenu les centres-villes. Le Parisien titre « Scènes d’insurrection » ; le parquet de Paris poursuit pour recel de vol. J’y étais. Il manque bien quelque chose, et ce n’est pas de la violence.

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Dimanche 18 octobre, place de la République, milieu d’après-midi : plusieurs centaines de personnes face à la CRS 8, des projectiles, des grenades, des pillages. La veille, entre 550 000 et 800 000 manifestants, plus de 2 000 interpellations et 1 500 commerces touchés, plus de 600 policiers, gendarmes et pompiers blessés, et, d’un syndicat de police, une phrase inédite : « on n’a pas réussi à tenir les centres-villes ».

Vendredi, j’écrivais ici que le pouvoir avait pris ses précautions et que ses auxiliaires avaient pris les leurs. Les précautions ont tenu jusqu’à la place de la République : le cortège déclaré s’y est dispersé dans les rues sans pouvoir rejoindre la place. Derrière lui, la ville brûlait. Je retire la précaution. Je garde le verdict, en trois manques.

17 octobre : convergence des luttes ou récupération par les auxiliaires de l'ordre macroniste ?
Le pouvoir redoute la convergence des luttes. Parcours fixé la veille, cortèges encadrés par la CGT : le 17 octobre a peu de chances de virer à l'insurrection.
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Brûler la mairie, ce n’est pas s’y asseoir

Il manque d’abord un fauteuil occupé. L’Hôtel de ville de Limoges est parti en fumée ; à Marseille, Lille, Angers et Bordeaux, des manifestants sont entrés dans les mairies ou les préfectures pour les saccager. Chez nous, en 1830, en 1848, en 1870, on prend l’Hôtel de Ville, on monte au balcon, on y proclame un gouvernement. Samedi, on y a mis le feu et on est reparti. Les policiers décrivent eux-mêmes ce qui les a submergés : de petits groupes très mobiles, courant d’une rue à l’autre. Lundi matin, le maire de Limoges retrouvera ses murs noircis. Personne n’y a installé quoi que ce soit.

Une police qui réclame des renforts n’a pas changé de camp

Il manque ensuite une défection. Les forces de l’ordre ont été, de leur propre aveu, complètement débordées ; François Hollande constate que l’État n’a pas été capable d’assurer partout l’ordre public ; les maires de Paris, Lyon et Marseille réclament des moyens et un rendez-vous à Matignon. Tout cela est vrai. Rien de cela n’est une défection. Six cents blessés, et pas un bouclier posé. Un syndicat qui se plaint du sous-nombre demande plus de force, pas moins. Aucun préfet n’a démissionné, aucun commissaire n’a refusé d’engager. La force publique a flanché quelques heures, dans quelques centres-villes, et personne ne s’est baissé pour la ramasser.

Faut dire que la foule qui aurait pu la ramasser était rentrée chez elle. Samedi, j’ai marché dans un cortège qui avait un nom à crier, et ce n’était ni Parcoursup ni le gazole : c’était celui du président, devenu, jusque sur un oreiller brandi place de la République, le symbole de ce qui bloque. Cette foule-là est rentrée à la nuit tombée. Ceux qui sont restés, et ceux qui sont revenus dimanche, voulaient casser du flic et vider des vitrines, et je ne leur prête rien d’autre. Dimanche, plus de pavés que samedi, et plus un seul nom crié.

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L’État dit « insurrection » et poursuit pour recel

Il manque enfin un nom et une date. Le mot, à le bien regarder, n’a été prononcé que d’un côté. Le Parisien titre « Scènes d’insurrection » et son éditorialiste attribue dans la foulée ce climat « quasi-insurrectionnel » à une minorité qui n’a rien à voir avec les manifestants ; Laurent Nuñez parle d’un désordre semé « de manière concertée » ; Sébastien Lecornu met en garde ceux qui voudraient faire de ces violences un « tour de chauffe » avant la présidentielle. Dans le même temps, le parquet de Paris place en garde à vue pour recel de vol, groupement en vue de commettre des violences et dégradations — l’échelle de l’émeute, pas l’article 412-3 du Code pénal et son « mouvement insurrectionnel ». La CRS 8 engagée à République est l’unité spécialisée dans les violences urbaines : la grammaire de 2023.

Le droit français n’écrit pourtant le mot qu’à deux endroits. Dans cet article 412-3, que personne ne vise. Et à l’article L2121-1 du code de la défense, qui réserve l’état de siège de l’article 36 de la Constitution au péril imminent résultant d’une guerre étrangère ou d’une « insurrection armée ». L’état d’urgence, lui, relève de la loi du 3 avril 1955 et vise les « atteintes graves à l’ordre public » : le texte de novembre 2005. Le président va s’adresser aux Français. Je suppose qu’il dira le mot et qu’il signera la loi de 1955. Insurrection à la télévision, émeute au Journal officiel : l’État aura qualifié lui-même, contre son propre vocabulaire.

Et vous, qui réclamez depuis samedi soir de l’ordre à n’importe quel prix ? Vous demandez à l’État de finir par décret ce que les casseurs n’ont pas réussi dans la rue : faire disparaître les 800 000 personnes du samedi après-midi derrière les 2 000 interpellés de la nuit.

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Dernier mot

Un samedi de vacances scolaires a montré une vacance. Pendant quelques heures, dans quelques villes, la force publique n’appartenait plus à personne. Ni la CGT, dont la prochaine date est fixée au 5 novembre depuis le 6 octobre, ni La France insoumise, qui préfère l’urne de 2027 à un fauteuil de mairie, ni les casseurs, qui ne veulent pas de fauteuil, ne se sont présentés pour l’occuper.

Ce qui manque, donc : quelqu’un assis à Limoges, un préfet qui refuse, un appel à une journée de semaine signé d’un nom. Rien de tout cela n’est là ce soir. Ce qui est là, en revanche, c’est un président qui va parler. Le seul candidat au fauteuil vide, ce soir, c’est lui.

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Dégâts à Paris : quelques images pour illustrer l'ampleur de ce qui se passe

18 October 2026 at 18:04

Beaucoup, à tort, répétons-le, réduisent le mouvement du 17 octobre à des pillages. Des pillages, des dégradations, il y en a eu, d'une violence jamais égalée, à mon avis, depuis plusieurs années, voire plusieurs décennies. Nous en montrons une infime part ici. Mais...

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Ce serait une erreur (largement commise par les conservateurs et réactionnaires de tous poils) de réduire ce mouvement à des violences urbaines. Je l'ai souligné hier : le mouvement est beaucoup plus "nombreux" que la police, et même les organisateurs, l'ont soutenu hier. Le cortège parisien, s'il avait pu se tenir comme prévu, aurait largement dépassé les 100.000 personnes. Et ces personnes n'avaient rien à voir avec des meutes islamistes. Il y avait des jeunes, des quadragénaires, des vieux, des riches, des pauvres, des moyens, des gens de gauche et de droite. L'influence du mouvement dépasse largement le simple fait d'une émeute urbaine.

Voici quelques images offertes par Paris aujourd'hui :

Dégâts à Paris : quelques images pour illustrer l'ampleur de ce qui se passe
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Budget et Sécu : où en sommes-nous ?

18 October 2026 at 11:09

Par Vincent Clairmont

Je fais le point sur la procédure budgétaire et sur les surprises qu'elle vous réserve.

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Le PLF 2027, texte n° 3210, et le PLFSS 2027, texte n° 3211, ont été déposés le 1er octobre. La commission des finances a rejeté la partie recettes du premier le 9 octobre au soir, par 31 voix contre 3 et 2 abstentions. La commission des affaires sociales a examiné 1 610 amendements sur le second du 12 au 16 octobre, et l'a rejeté. Mardi 20 octobre, l'Assemblée votera solennellement la première partie du PLF, puis ouvrira la discussion du PLFSS dans la foulée. Je reprends la mécanique, puis ce qu'elle vous coûte.

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Quatre dates font basculer le dossier

Le 20 octobre, vote solennel sur la partie recettes du PLF et ouverture du PLFSS en séance. Le 27 octobre, vote solennel sur l'ensemble du PLFSS : c'est le dernier jour des vingt jours dont dispose l'Assemblée au titre de l'article 47-1 de la Constitution. Le 17 novembre, vote solennel sur l'ensemble du PLF, qui clôt les quarante jours de première lecture de l'article 47. Puis le Sénat, quinze jours sur la Sécu, vingt sur le budget. Les deux butoirs constitutionnels tombent le 26 novembre pour le PLFSS, cinquante jours, et le 17 décembre pour le PLF, soixante-dix jours. Je préconise de retenir trois dates seulement : le 20 octobre, le 27 octobre, le 17 novembre. Les autres sont des échéances pour le gouvernement, pas pour vous.

Les votes en commission ne valent rien, et c'est exactement le problème

En séance, l'Assemblée ne discute pas le texte de la commission : elle repart du texte du gouvernement. L'article 3 du PLF, qui abaissait de 4 439 à 3 000 euros le plafond de l'abattement de 10 % sur les pensions, avait été supprimé en commission le 7 octobre ; il est revenu intact le 13, et il a fallu le supprimer une seconde fois, le 15, par 116 voix contre 30. Le même sort attend le PLFSS : rejeté en commission vendredi, il arrivera mardi dans sa version initiale, article 12 compris — cette contribution de 2,05 % sur les cotisations des complémentaires santé que les députés venaient d'effacer le 16. Conséquence pratique : aucune mesure n'est acquise avant la lecture définitive. Je préconise de construire votre année 2027 sur le texte du gouvernement, pas sur les votes de séance, et de ne traiter une suppression comme définitive qu'après la promulgation.

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Trois sorties de secours, et deux d'entre elles se passent de vous

La première est le 49.3 : adoption sans vote, sous réserve d'une motion de censure. Huit motions ont été mises aux voix en 2026, aucune n'a atteint la majorité absolue. La deuxième est l'ordonnance : passé le 26 novembre pour la Sécu et le 17 décembre pour le budget, le gouvernement peut mettre les textes en vigueur par ce moyen. La troisième est la loi spéciale, utilisée en décembre 2025 : un texte minimal qui autorise à lever l'impôt, à emprunter et à payer les fonctionnaires, sans financer certaines aides. Il n'existe pas d'équivalent propre à la Sécurité sociale. Notez la dissymétrie : dans la loi spéciale comme dans l'ordonnance, le prélèvement continue et l'arbitrage disparaît. Aucune de ces trois voies ne suspend une cotisation.

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Côté budget, ce qui vous coûtera de l'argent.

Je commence par ce qui va dans votre sens, parce que le texte le contient aussi : le barème de l'impôt sur le revenu est revalorisé de 2,1 %, ce qui protège environ vingt millions de ménages d'une hausse mécanique et maintient quelque 500 000 foyers hors de l'impôt.

Ensuite viennent les ponctions.

L'article 2 plafonne l'exonération des indemnités de rupture au plafond annuel de

Fin du sursis sur les stablecoins, vote solennel mardi, or à 4 200 dollars : le point patrimonial du 18 octobre

18 October 2026 at 10:30

Par Vincent Clairmont

Chaque dimanche, je passe en revue ce que la semaine a changé pour votre épargne. Cette semaine : calendrier fiscal de la quinzaine, vote solennel du budget 2027, abattement des retraités, dons familiaux, fiscalité et contrôle des cryptoactifs, or et argent métal, livrets, taux et devises.

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Le 15 octobre, l'Assemblée nationale a supprimé l'article 3 du projet de loi de finances pour 2027 par 116 voix contre 30. Le 16 octobre, elle a adopté l'amendement I-3898, qui supprime le sursis d'imposition lors d'une conversion de cryptoactif en stablecoin. L'Insee a confirmé le 15 octobre l'inflation de septembre à 3,1 % sur un an, au plus haut depuis janvier 2024. Et l'once d'or cotait 4 200,10 dollars le 16 octobre, soit 3 717,80 euros, en repli de 0,8 % sur la semaine en euros. Je reprends ces dossiers un par un.

Éclatement de la bulle IA : le moment darwinien arrive-t-il ?
Les obligations de CoreWeave rapportent 15 %, celles de Meta et Nvidia passent sous le pair. Le déclencheur annoncé en juillet, le crédit, s’est activé.
L'or monterait-il si l'OTAN déclarait la guerre à la Russie ?
Une guerre OTAN-Russie ferait-elle monter l'or ? En dollars, pas forcément ; en euros, très probablement. Mais quand son propre pays est en guerre, la vraie question est de pouvoir garder son or. 1933, 2022, Venezuela : les précédents.
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Calendrier fiscal : deux dates dans les quinze jours

Le 20 octobre à minuit, date limite de paiement en ligne de la taxe foncière, prélèvement le 26 ; au-delà de 300 euros le paiement dématérialisé est obligatoire, et le retard coûte 10 % du montant restant dû. Le 31 octobre, dernier jour pour adhérer au prélèvement à l'échéance de l'impôt sur la fortune immobilière, payable le 16 novembre. Je préconise le paiement en ligne le 20 au soir plutôt que le chèque échu le 15 : à montant identique, vous conservez onze jours de trésorerie.

Budget 2027 : le vote solennel de mardi ferme la première partie.

Le vote solennel sur la partie recettes est fixé au mardi 20 octobre ; le Sénat prend le texte du 20 novembre au 9 décembre. La suppression de l'article 3, le 15 octobre, maintient le plafond de l'abattement de 10 % sur les pensions à 4 439 euros par foyer au lieu des 3 000 prévus, soit 1,4 milliard d'euros de recette abandonnée. Le 16 octobre, toutes les hausses du prélèvement forfaitaire unique ont été écartées — 15,8 %, 17,8 %, 22,8 %, 33 % au total —, l'amendement I-1084 rejeté par 66 voix contre 29. Le taux reste à 31,4 %. Je préconise de n'arbitrer aucune ligne avant la sortie du Sénat le 9 décembre : un vote de première partie n'est pas une loi.

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Optimisation : deux fenêtres ouvertes cette semaine

La réduction d'impôt pour souscription au capital de PME passe de 18 % à 25 % (I-3864 et I-3868, adoptés le 15 octobre par 83 voix contre 32), sous réserve de l'accord de Bruxelles. L'article 4, adopté le 16 octobre par 66 voix contre 25, crée pour les donations du 1er janvier au 30 juin 2027 un taux unique de 6 % sur les

Received — 17 October 2026 ⏭ Le Courrier des Stratèges

Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?

17 October 2026 at 19:51

Par Eric V.

Comme d'habitude dans nos colonnes, j'ai couvert la manifestation de ce jour et je vous en reporte des images au plus près de ce qui s'y est passé. Nous sommes loin de pouvoir faire tous les comptes à 20 heures, et la nuit qui s'annonce a de nombreuses "chances" d'être très violente. Mais voici un premier point forcément parcellaire !

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Premier point, essentiel : je tiens la manifestation d'aujourd'hui pour une insurrection, ou une première étape vers une insurrection contre l'ordre établi. Beaucoup aiment à y voir des violences urbaines, ou des pillages. Bien sûr, il y a eu des pillages, il y a eu des violences. Mais ce serait, de mon point de vue, passer à côté de la nature du mouvement que de ne pas voir l'événement dans son ensemble : une jeunesse en dehors du "système" , accompagnée de radicaux, a parcouru Paris pour défier et contester l'ordre en place, ce qui n'exclut, pour certains, le pillage de magasins en bonne et due forme.

Deuxième point, tout aussi essentiel : la Préfecture de Police n'est pas parvenue à imposer un trajet clair aux manifestants, de telle sorte que très vite la mobilisation s'est éparpillée en une multitude de cortèges sauvages, dont l'un semble ce soir vouloir prendre l'Élysée. Nous ne sommes donc pas face à une manifestation classique, mais face à une sorte de guérilla urbaine.

Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?

Troisième point, encore plus essentiel : les forces de l'ordre étaient manifestement trop peu nombreuses à Paris (reste à comprendre pour quoi) et manifestement mal équipées. Selon les informations recueillies sur place, à 15h30, des compagnies entières étaient en rupture de munition, et ne disposaient plus que de matraques pour repousser des manifestants ou des émeutiers bien plus nombreux et bien plus déterminés.

Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?

Dans ce contexte, comme on dit au football, les manifestants ont clairement dominé le match.

Enfin, et surtout, le mouvement a attiré des gens de tous horizons et de tous âges, pour l'essentiel tout à fait pacifiques et venus simplement exprimer leur grogne. Ce point est capital, car la manifestation n'a pas attiré que des lycéens ou des étudiants, ni des casseurs. Elle était massivement faite de gens ordinaires qui voulaient s'exprimer sans violence.

Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?
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L'étrange stratégie policière

Reste que de nombreuses questions seront à poser sur cette journée. Au premier chef sur la stratégie policière, qui n'a pas manqué d'étonner.

Dès 12h, des troubles ont éclaté entre les premiers participants, dont des Gilets Jaunes historiques comme Jérôme Rodriguez, et la police, place de la République. Immédiatement, la place a été nassée par la police, et ceux qui se trouvaient dans la nasse ont entamé une tournante de charges : tantôt, les manifestants chargeaient la police et s'essuyaient du gaz lacrymogène, tantôt la police les chargeaient et les repoussaient de l'autre côté de la place.

Dans le même temps, la police interdisait l'accès à la place pour ceux qui n'étaient pas arrivés assez tôt (la manifestation devait débuter à 14h). Les gens affluaient en masse de toutes les rues convergents vers la place. Empêchés d'accéder à la République, ces manifestants se sont répandus dans Paris, souvent dans des cortèges sauvages. Certains prenaient la route de la Bastille, d'autres du Marais, d'autres encore... de l'Élysée.

Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?
Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?

C'est ainsi que la stratégie policière a produit le désordre : au lieu de les canaliser dans une manifestation mobile, elle les a dispersés et livrés à eux-mêmes.

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15h : les premiers désordres, sans intervention policière

Cette stratégie de dispersion des manifestants a conduit à de rapides désordres. Partout, des petits groupes de casseurs et de provocateurs profitaient de l'absence de la police pour dresser des barricades et incendier le matériel urbain qu'ils trouvaient à proximité. Ce fut notamment vrai dans le Marais totalement abandonné par la police.

Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?
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Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?
Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?

La police est restée cantonnée place de la République, où des émeutiers semaient la terreur et le chaos, et a laissé les "quartiers" adjacents aux insurgés, souvent à la recherche d'un but pour manifester.

Dans cet étrange contexte, les rues comptaient encore des manifestants sincères et pacifiques, mais il devenait évident que les perturbateurs prenaient le dessus.

17h : l'heure du pillage et de la casse

Vers 17 heures, une police épuisée, manquant de munitions, et déforcée car de nombreuses unités étaient parties à l'Élysée pour protéger le Palais menacé par des manifestants déterminés à en découdre, faisait péniblement face à des nuées de voyous place de la République et alentour.

Là, le spectacle du chaos faisait peine à voir :

Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?
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Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?
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Dans tous les cas, le pouvoir a donné le sentiment d'être sur la défensive, et désormais alourdi pour un corps préfectoral incapable de faire respecter l'ordre le plus élémentaire.

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La France vit-elle les premiers signes d'une « crise grecque » ?

17 October 2026 at 10:47

Par Thibault de Varenne

Le gouverneur de la Banque de France jure que « la France n’est pas la Grèce ». Il a raison sur les chiffres. Il a tort de s’en tenir aux chiffres, car la Grèce n’a pas seulement perdu son crédit : elle a perdu la main sur son budget. C’est ce second risque qui nous guette.

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Le 1er octobre, l’OAT a frôlé 5 %

Le jeudi 1er octobre, quelques heures avant la présentation du budget 2027 en Conseil des ministres, le taux de l’emprunt d’État français à dix ans a touché 4,96 %. C’est son plus haut niveau depuis 2002. Le même jour, l’écart avec le taux allemand, ce que les marchés appellent le spread, a atteint 133 points de base, soit 1,33 point de pourcentage. On n’avait pas vu cela depuis mai 2012. Mai 2012 : le mois où la Grèce votait deux fois en six semaines, faute de majorité pour appliquer le plan de ses créanciers.

Cinq jours plus tard, le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, parle de mouvements « graves et préoccupants ». La France, dit-il, risque d’être « progressivement étranglée par la hausse des taux ». Puis il ajoute, pour rassurer : « La France n’est pas la Grèce de la crise de la zone euro. »

Quand un gouverneur prend la peine de dire que son pays n’est pas la Grèce, la question est posée. Le 23 octobre, Moody’s rendra son avis sur la note française, aujourd’hui Aa3 avec perspective négative. Le 12 octobre, Fitch a prévenu qu’elle pourrait abaisser la sienne si la dette continuait de monter, en citant « la fragmentation politique persistante ».

Répondons donc à la question, avec les chiffres d’Athènes en 2010 et ceux de Paris en 2026. La réponse tient en deux phrases. La France ne vit pas une crise grecque. Elle en prend le chemin politique, pas le chemin financier, et c’est le chemin politique qui a coûté le plus cher aux Grecs.

Les conservateurs et les souverainistes français sont-ils devenus les supplétifs du macronisme ?
RN, Reconquête, Debout la France, souverainistes : la veille du 17 octobre, la droite a choisi l'ordre de Laurent Nuñez contre la colère qu'elle prétend porter.
Crise de la dette française ? Mais non, arrêtez de vous faire peur ! (même si elle serait salutaire)
Il n'y aura pas de crise de la dette française. Il y aura une dégradation lente : ce qu'elle coûte à l'épargnant, et ce que changerait une élection de Mélenchon.

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Ce qu’a été la crise grecque

Il faut se rappeler l’ordre des faits, car on l’a oublié. En octobre 2009, le nouveau gouvernement grec de Georges Papandréou annonce que ses prédécesseurs ont maquillé les comptes. Le déficit prévu à 6 % du PIB passe à 12,7 %, puis, après révisions, dépasse 15,4 %. La dette atteint 128,5 % du PIB. Les marchés découvrent qu’on leur a menti. Ils ne prêtent plus.

Le 23 avril 2010, Athènes reconnaît qu’elle ne peut plus payer et demande l’aide internationale. Un premier plan de 110 milliards d’euros arrive, financé par le FMI et les États de la zone euro. Un deuxième suit en octobre 2011, de 130 milliards. En 2012, les créanciers privés acceptent d’effacer 107 milliards d’euros de créances : c’est la plus grande restructuration de dette d’un État de l’histoire moderne. En mars 2012, le taux grec à dix ans culmine vers 37 %, soit un écart d’environ 3 500 points de base avec l’Allemagne, d’après la Banque de France. Le 11 août 2015, un troisième plan d’au moins 82 milliards est conclu.

Le prix payé par les Grecs se lit en deux chiffres. Le PIB recule d’environ un quart entre 2009 et 2015. Le chômage atteint 27,9 % en juin 2013, selon l’institut statistique grec.

Mais le chiffre ne dit pas l’essentiel. Pendant huit ans, le budget grec ne s’est plus écrit à Athènes. Il s’écrivait avec la « troïka », le trio formé par la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le FMI, qui versait l’argent par tranches et vérifiait, à chaque tranche, que les réformes demandées avaient été votées. Les retraites, la TVA des îles, les privatisations de ports : tout passait par cette vérification. Un peuple votait ; un autre que lui disait si son vote était recevable. J’ai vu, à Bruxelles, des délégations arriver le soir avec un budget et repartir au matin avec un autre.

Voilà ce qu’on appelle une « crise grecque » : non pas seulement un déficit, mais un État qui perd le droit d’arbitrer ses propres dépenses.

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Quatre ressemblances qui ne trompent pas

La première est la durée. La Grèce n’est pas tombée en 2010 ; elle y est arrivée après des années de déficits que personne ne voulait regarder. La France n’a pas voté un budget en équilibre depuis 1974, et elle prévoit un déficit de 5,4 % du PIB en 2026, puis de 5,0 % en 2027. La dette passera de 119,3 % à 121,7 % du PIB. Elle n’est plus qu’à neuf points du niveau grec de 2009.

La deuxième est le poids des intérêts. En 2027, la charge de la dette devrait atteindre 91 milliards d’euros, selon le ministre de l’Économie Roland Lescure. C’est plus que l’Éducation nationale (63 milliards) et que la Défense (53 milliards). Le Haut Conseil des finances publiques note que la hausse des intérêts, 12 milliards de plus en un an, absorbe une large part de l’effort annoncé. C’est le mécanisme grec en petit : on économise, et l’économie part en intérêts.

La troisième est la dépendance à l’étranger. Fin juin 2026, les non-résidents détenaient 58,4 % des titres de dette publique français, contre 55,9 % trois mois plus tôt. Un créancier étranger n’a ni bulletin de vote ni patience particulière. S’il doute, il vend, et l’État réemprunte plus cher. En 2027, la France prévoit d’émettre un record de 340 milliards d’euros de dette à moyen et long terme : il faudra trouver des acheteurs pour chaque euro.

La quatrième est politique, et c’est la plus grave. Athènes, en 2011 et 2012, n’arrivait plus à former une majorité qui vote les plans. Paris n’en a plus depuis la dissolution de juin 2024. Le budget 2027 est le dernier avant l’élection présidentielle d’avril, et il est présenté par un gouvernement sortant devant une Assemblée sans majorité. C’est exactement ce que Fitch désigne par « fragmentation politique persistante ». Une dette se rembourse avec des impôts et des économies, et ces deux choses se votent. Quand on ne peut plus les voter, la dette cesse d’être une affaire de chiffres.

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Ce qui sépare Paris d’Athènes

Received — 16 October 2026 ⏭ Le Courrier des Stratèges

Les conservateurs et les souverainistes français sont-ils devenus les supplétifs du macronisme ?

16 October 2026 at 17:36

Par Eric V.

Laure Lavalette s'inquiète pour les vitrines. Jordan Bardella voit des groupuscules d'extrême gauche. Zemmour veut prélever les allocations des parents de lycéens. Murer et Rougeyron se taisent. La veille du 17 octobre, la droite a choisi son camp : celui du préfet.

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« Bien sûr que je suis inquiète pour la journée de demain. Je suis inquiète pour les vitrines des commerçants, pour les bâtiments publics, pour les gens qui y seront. » La phrase a été prononcée ce vendredi sur Franceinfo par Laure Lavalette, porte-parole du Rassemblement national. Le même jour, sur CNEWS, Jordan Bardella expliquait que la mobilisation du 17 octobre était « un prétexte pour tous les groupuscules d'extrême gauche de perpétrer des débordements ».

Un parti qui fait campagne depuis dix ans sur la colère des Français trouve, la veille du jour où ils descendent dans la rue, ses premiers mots pour les vitrines. Laure Lavalette a ensuite réclamé une TVA à 5,5 % sur l'énergie, c'est vrai. Mais les vitrines sont venues d'abord. Le RN n'est pas le seul. Toute la droite conservatrice et souverainiste a fait la même chose cette semaine, avec des nuances de ton et une remarquable unité de fond : entre la colère et l'ordre, elle a choisi l'ordre. Celui de Laurent Nuñez.

17 octobre : convergence des luttes ou récupération par les auxiliaires de l'ordre macroniste ?
Le pouvoir redoute la convergence des luttes. Parcours fixé la veille, cortèges encadrés par la CGT : le 17 octobre a peu de chances de virer à l'insurrection.
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Une semaine de bons points

Reprenons le carnet de notes. Le 8 octobre, Éric Zemmour demandait que les lycéens bloqueurs, qu'il appelle des « émeutiers », soient « sévèrement sanctionnés » et que leurs parents paient les dégâts, « quitte à les prélever sur leurs allocations sociales ». Le 2 octobre, Nicolas Dupont-Aignan dénonçait les violences des cortèges lycéens et demandait « jusqu'où va-t-on laisser cette violence se banaliser ? ». Le 14, Marion Maréchal rassurait tout le monde : « 97 % des lycéens et étudiants ne se mobilisent pas ».

Ce sont les hostiles. Viennent ensuite les silencieux, plus nombreux qu'on ne croit. Sur leurs comptes X, depuis un mois, je n'ai trouvé aucun appel au 17 octobre chez Philippe Murer, aucun chez Pierre-Yves Rougeyron. François Asselineau fait exception à moitié : il a salué le 6 octobre une manifestation de jeunes réclamant la démission d'Emmanuel Macron, mais il n'a pas relayé l'appel du 17. Florian Philippot, lui, s'est demandé le 14 septembre « qu'en penser vraiment ? », a jugé qu'« un peuple debout est toujours préférable à l'inaction », puis a appelé quatre jours plus tard à sa propre manifestation, le 3 octobre, place du Palais-Royal. Un défilé à soi, plutôt que la colère des autres.

En face, la gauche, socialistes compris, appelle à descendre dans la rue. On peut trouver cela opportuniste, et ça l'est. Mais il faut regarder le résultat : la seule colère populaire de l'automne est abandonnée par ceux qui prétendent parler au nom du peuple, et ramassée par la CGT et La France insoumise.

La vieille préférence

Ce n'est pas nouveau, c'est très français. Le 30 mai 1968, la droite a eu son grand jour dans la rue, et c'était pour défiler sur les Champs-Élysées derrière le général de Gaulle, contre la grève. Depuis, elle ne descend en masse dans la rue que pour défendre une institution : l'école libre en 1984, la famille en 2013. Contre l'impôt ou contre la police, presque jamais.

On me dira qu'il y a des casseurs, et c'est vrai : le ministère attend 50 à 100 black blocs dans des villes comme Nantes ou Lyon, et personne de sensé ne défend une vitrine brisée. Mais la vitrine n'est pas la question. La question est de savoir de quel côté l'on se tient quand des lycées manquent de professeurs, que le gazole ne redescend pas et que le budget taxe ce qui reste. La droite conservatrice et souverainiste a répondu : du côté du préfet.

Je suppose qu'il y entre du calcul. Un parti qui se voit à l'Élysée en 2027 n'a pas envie d'hériter d'un pays qui a pris l'habitude de la rue, et il veut que les retraités et les commerçants qui votent pour lui le voient en gardien. C'est compréhensible. C'est aussi exactement ce que faisait Emmanuel Macron en 2018.

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L'ordre de qui ?

Il y a pourtant une confusion au cœur de cette préférence, et elle n'a rien de tactique. Le conservateur français confond l'ordre de la société avec l'ordre de l'État. Il croit défendre la France quand il défend la préfecture. Or l'État qu'il protège samedi est celui qui a voté les ZFE, qui fiscalise la transmission des entreprises et qui laisse filer la dette vers 3 810 milliards d'euros. Ce n'est pas la civilisation que gardent les CRS boulevard Voltaire. C'est un guichet.

On objectera que l'insurrection n'est pas une politique. Je suis d'accord : je ne crois pas au Grand soir, et je ne l'appelle pas. Mais entre l'émeute et le soutien au ministre de l'Intérieur, il existe toute une gamme de positions, dont la plus simple : dire que la colère est juste et que l'État en est la cause. Personne, à droite, ne l'a dite cette semaine.

Et vous, lecteur conservateur, qui avez soupiré en voyant les images des lycées bloqués ? Vous aviez peut-être raison sur la méthode. Mais posez-vous la question qu'ils ne se posent pas : si la colère ne vient plus jamais de chez vous, qui la portera, et contre qui ?

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Dernier mot

Samedi, les supplétifs ne seront pas dans la rue. Ils seront sur les plateaux, à compter les vitrines avec le ministre. Le 18 au matin, ils dénonceront de nouveau le « système », et Laurent Nuñez pourra les remercier d'avoir tenu, la veille, exactement les mêmes propos que lui.

Sept médecins, sept arrêts maladie le même jour : la réanimation des bébés de Limoges est à l'arrêt

Cinq nouveau-nés transférés en cinq jours vers Bordeaux, Poitiers, Bayonne, Périgueux et Brive. Le service de réanimation néonatale du CHU de Limoges est à l'arrêt depuis le 8 octobre : sept médecins, soit l'intégralité de l'effectif, sont en arrêt maladie. La direction répond par un communiqué sur la « continuité des prises en charge ».

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À Limoges, la continuité des soins se joue désormais au-delà des murs de l’hôpital. Quand un service spécialisé ne peut plus accueillir certains patients, ce sont les familles et les établissements voisins qui doivent absorber les conséquences.

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Sept arrêts de travail suffisent à désorganiser un service entier

Depuis le jeudi 8 octobre, l’Hôpital de la femme, de la mère et de l’enfant du CHU de Limoges fonctionne partiellement. Les sept médecins du service de réanimation néonatale, soit la totalité de l’effectif médical concerné, sont en arrêt maladie. La maternité ne peut donc plus conserver les nouveau-nés nécessitant une hospitalisation en réanimation.

Selon France 3 Nouvelle-Aquitaine, sept enfants et quatre femmes enceintes présentant des grossesses à risque ont été transférés vers d’autres établissements en cinq jours, notamment à Bordeaux, Poitiers ou Clermont-Ferrand. La direction du CHU affirme, dans un communiqué, mettre « tout en œuvre pour garantir la continuité des prises en charge des patientes et des nouveaux nés ». Le dispositif d’urgence doit être maintenu, tandis que des professionnels d’autres services sont appelés en renfort. La CGT évoque, de son côté, le déclenchement d’un « plan rose », destiné à gérer cette situation exceptionnelle.

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L’épuisement des équipes est évoqué, mais la direction reste discrète

Comment un service aussi sensible peut-il se retrouver sans aucun de ses sept médecins réanimateurs ? La question mérite une réponse, sans transformer des arrêts maladie individuels en mouvement de grève ni présumer de leurs causes. Les médecins concernés n’ont pas souhaité s’exprimer auprès des médias.

Le représentant CGT Christophe Zégadi décrit un été « très très compliqué » pour les pédiatres et le personnel, qui auraient effectué « énormément d’heures ». La syndicaliste Florence Metge évoque, elle aussi, des difficultés d’organisation. Selon les hypothèses rapportées par France 3 Nouvelle-Aquitaine, un épuisement professionnel ou des dysfonctionnements internes pourraient expliquer le contexte. Ces pistes restent à établir.

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Au 16 octobre, les informations publiées indiquent que les arrêts devaient courir jusqu’au dimanche 18 octobre, sans confirmation d’une prolongation au-delà de cette date dans les sources consultées. Rappelons que le CHU de Limoges, premier employeur du Limousin, affiche un budget de 700 millions d'euros. Il manquait 60 infirmiers et 40 aides-soignants en 2022. La rénovation de l'hôpital Dupuytren est estimée à plus de 500 millions d'euros, que l'État ne finance pas.

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Mort de Salah Hamidi aux urgences : l’hôpital reconnaît « l’entière responsabilité » de l'erreur, le procureur a classé sans suite

Un homme de 49 ans est mort sur un parking d’Essonne après être sorti des urgences. L’établissement a admis par écrit une erreur d’interprétation d’électrocardiogramme. Le parquet d’Évry a pourtant classé la plainte sans suite, estimant que le patient « se portait bien » à sa sortie. Sa famille, elle, l’a retrouvé mort quelques heures plus tard, sur un parking, à trois kilomètres de l’hôpital. Une nouvelle plainte a été déposée en juillet 2026 pour obtenir un procès.

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Le dossier soulève une question qui dépasse le seul établissement hospitalier : que vaut la reconnaissance écrite d’une erreur médicale lorsque la justice décide de ne pas poursuivre, sans même avertir les proches de la victime ?

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Un homme de 49 ans renvoyé chez lui malgré des signes cardiaques

Le 24 janvier 2024, vers 5 heures du matin, Salah Hamidi, chauffeur chez Veolia depuis une vingtaine d’années, signale aux pompiers des douleurs thoraciques, une gêne respiratoire et des engourdissements dans les bras. Pris en charge à 5 h 26 au Centre hospitalier Sud Essonne Dourdan-Étampes, il subit une prise de sang et deux électrocardiogrammes.

Vers 8 h 10, il quitte l’établissement à pied, muni d’une ordonnance et conseillé de consulter un cardiologue. Sa voiture se trouve à près de trois kilomètres. Il prévient une collègue qu’il ne travaillera pas et demande à son frère jumeau de le retrouver à la pharmacie. Il ne quittera finalement jamais le parking de l’hôpital.

Après 9 h 23, son téléphone ne répond plus. Sa sœur, Karima Hamidi, le retrouve allongé côté passager dans son véhicule. Malgré une quarantaine de minutes de réanimation, son décès est constaté à 12 h 55.

Saisie par la famille, l’ARS répond moins d’un mois plus tard. Son courrier indique que les anomalies du second électrocardiogramme étaient compatibles avec un syndrome coronarien aigu. L’établissement reconnaît alors « l'entière responsabilité » d'une erreur d'interprétation. Cette reconnaissance porte sur la lecture de l’examen, mais ne constitue pas, à elle seule, une décision judiciaire sur l’ensemble des responsabilités.

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Un classement sans suite contesté, une famille toujours en quête de justice

Dès le 25 janvier 2024, la famille dépose plainte. Le 10 juillet 2025, le procureur d’Évry classe l’affaire sans suite, invoquant des témoignages et des examens selon lesquels Salah Hamidi « se portait bien » à sa sortie. Selon les informations rapportées, la famille n’est pas informée de cette décision au moment où elle intervient.

Fin juillet 2026, les proches déposent une plainte avec constitution de partie civile afin d’obtenir un examen judiciaire de l’affaire. Leur avocat, Jean-Christophe Coubris, conteste la cohérence du classement. Le 15 octobre 2026, BFMTV rapporte également une nouvelle plainte de Karima Hamidi visant l’établissement. Les sources disponibles ne précisent pas comment ces deux démarches s’articulent. L’hôpital indique, de son côté, avoir tenté à plusieurs reprises de joindre Karima Hamidi.

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À ce jour, aucune procédure n’a abouti à un jugement ou à une condamnation. Dans un service public financé par la collectivité, la confiance ne repose pas seulement sur la qualité des soins : elle exige aussi que les erreurs soient examinées avec rigueur et que les familles puissent comprendre les décisions prises. Une reconnaissance écrite ne remplace pas un procès ; un classement sans suite ne dissipe pas les questions qu’elle soulève.

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17 octobre : convergence des luttes ou récupération par les auxiliaires de l'ordre macroniste ?

16 October 2026 at 11:46

Par Eric V.

République, boulevard Voltaire, Nation : le parcours n'a été fixé que ce matin, et il est contesté par les manifestants. Entre-temps, la CGT, LFI et le NPA ont déclaré les cortèges, et l'intersyndicale a déjà fixé la suite au 5 novembre. Le Grand soir annoncé a son service d'ordre.

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Ce vendredi matin, la préfecture de police a voulu trancher : le cortège parisien partirait de la place de la République et s'arrêterait place de la Nation. Il aura fallu trois jours pour en arriver là. Jeudi, le préfet Patrice Faure avait interdit le parcours déclaré par les étudiants de l'Interfac, de République à la Concorde, au nom de « risques sérieux de troubles à l'ordre public ». Il avait refusé dans la foulée celui des Gilets jaunes et des syndicats, de l'Opéra à la Bastille, et proposé à la place un détour par Clichy, Pigalle et Barbès, que personne ne voulait.

Le mouvement, lui, n'a ni chef ni bureau. Il est né sur les réseaux, contre le prix du gazole et la vie chère, et il s'est grossi en route des lycéens, des étudiants, puis des syndicats. Une carte collaborative recense plus de mille actions ; une source proche du ministère de l'Intérieur en compte 200 à 300, dont une soixantaine de manifestations. À Paris, les autorités attendent entre 20 000 et 40 000 personnes.

Le pouvoir a peur, et il ne s'en cache pas. Laurent Nuñez a réuni cette semaine les chefs de la police, de la gendarmerie et du renseignement ; il a briefé les préfets par visioconférence ; il annonce 50 à 100 black blocs dans des villes comme Nantes, Rennes ou Lyon, et promet « une intervention ferme et immédiate » contre tout blocage durable. Sébastien Lecornu, qui parlait déjà le 1er octobre de « violences urbaines » à propos des lycées, n'a pas changé de vocabulaire.

Qu'est-ce qui fait trembler un ministre de l'Intérieur à la veille d'un samedi d'automne ? Pas les vitrines, il en a vu d'autres. C'est un mot, que la gauche française se transmet comme un bijou de famille depuis cent cinquante ans : la convergence des luttes. L'idée que les colères, en se rejoignant dans la rue, finiront par faire tomber le pouvoir d'un coup, un soir, comme un fruit trop mûr. Le Grand soir.

Ce Grand soir est-il possible le 17 octobre ? Personne n'a de boule de cristal. Mais on peut regarder comment la machine est montée, et la machine dit déjà beaucoup.

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Une colère partout, et nulle part réunie

Commençons par concéder ce qui est vrai : la colère existe, et elle est profonde. Le pouvoir d'achat arrive en tête des préoccupations des Français dans l'enquête Toluna-Harris d'octobre. Plus d'un millier de lycées ont été touchés par les blocages depuis la fin septembre, pour des professeurs absents et jamais remplacés. Les chefs d'entreprise voient arriver un budget qui taxe la transmission de leur société, les automobilistes un gazole qui ne redescend pas, les étudiants un Parcoursup qu'ils détestent, et les fonctionnaires une grève programmée pour le 5 novembre.

Seulement, cette colère est émiettée. Chacun la porte dans son coin, avec sa revendication, son vocabulaire et son calendrier. Le lycéen de Créteil ne demande pas la même chose que l'artisan de la Somme, qui ne demande pas la même chose que l'agent des finances publiques. Ce sont des braises éparses, pas un incendie.

Le pouvoir le sait, et c'est précisément ce qui l'inquiète : des braises éparses peuvent se rejoindre. La fusion de ces colères produirait une réaction chimique dont personne ne connaît la formule, et c'est cette inconnue, plus que le nombre, qui tient éveillés les préfets.

Reste à savoir si les Grands soirs existent vraiment. C'est l'une des images les plus chères à l'imaginaire français, et l'une des moins démontrables. Le 14 juillet 1789, on prend la Bastille, et l'on en fait l'acte de naissance de la Révolution. Mais les États généraux siégeaient depuis le 5 mai, les députés du tiers s'étaient proclamés Assemblée nationale le 17 juin et avaient juré au Jeu de paume le 20 de ne pas se séparer. Personne ne peut prouver que la Révolution n'aurait pas eu lieu sans la prise d'une forteresse qui ne gardait plus que sept prisonniers. Faut dire que le soir fait une meilleure gravure que le mois de procédure qui l'a précédé.

Je soupçonne donc le Grand soir d'être un récit après coup plus qu'un mécanisme. Mais le simple fait que le ministère de l'Intérieur passe sa semaine à le redouter prouve une chose : beaucoup, au sommet de l'État, le croient possible. Laurent Nuñez ne réunit pas tous les préfets en visioconférence pour un défilé.

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Le système a de l'instinct

Face à cette peur, le système ne réfléchit pas, il réagit, et il réagit plutôt bien. Il n'a besoin ni de complot ni de chef d'orchestre : il a des réflexes, polis par des décennies de cortèges.

Le premier réflexe appartient à la préfecture. Fixer un parcours la veille au matin, ce n'est pas de l'indécision, c'est une technique. Un trajet connu trop tôt attire des cars de province, des groupes organisés, des rendez-vous ; un trajet connu trop tard décourage les arrivées massives et laisse aux seuls Parisiens le soin de remplir les boulevards. Le parcours République–Nation, par le boulevard Voltaire, est celui de tant de manifestations syndicales depuis un demi-siècle : large, droit, facile à fermer aux deux bouts. On ne marche pas sur l'Élysée en descendant vers la Nation.

Les auxiliaires

Mais la préfecture ne fait que la moitié du travail. L'autre moitié, la plus délicate, elle ne peut pas la faire elle-même. Elle revient à la gauche installée, et d'abord à la CGT.

Le 13 octobre, la confédération a annoncé qu'elle rejoindrait les manifestations de samedi, pour faire barrage, dit-elle, aux « tentatives de détournement » de l'extrême droite. Le 15, Matignon citait La France insoumise, le NPA et la CGT parmi ceux qui déclaraient des cortèges. Avec eux arrivent un service d'ordre, des chasubles, un camion sono, et surtout des revendications. À Dijon, le communiqué de Solidaires réclame l'indexation des salaires et la taxation des superprofits ; le prix du gazole n'y figure plus. Et l'étape suivante est déjà fixée : la grève du 5 novembre, décidée par cinq confédérations avant même que la rue ne bouge.

Je ne dis pas que la CGT travaille pour Matignon. Je dis qu'elle fait samedi exactement ce que Matignon ne peut pas faire : donner à une colère sans adresse un parcours, un ordre du jour et une date de rendez-vous. Dans une armée, on appelle cela des auxiliaires.

Ce n'est pas nouveau, c'est très français. En mai 1968, pendant que les étudiants dépavaient le Quartier latin, la CGT de Georges Séguy se méfiait d'eux comme de la peste, et c'est avec elle que Georges Pompidou négocia, rue de Grenelle, jusqu'au 27 mai, une hausse de 35 % du salaire minimum. Le Grand soir s'est conclu par un accord salarial, puis, un mois plus tard, par une Chambre introuvable de droite. On peut y voir une trahison. J'y vois plutôt un savoir-faire.

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Du collectif à l'hybride

Mettons bout à bout ce que nous avons sous les yeux. Un trajet défini et déclaré. Un service d'ordre. Des organisations responsables, qui ont un siège, un bureau et des interlocuteurs en préfecture. En une semaine, le 17 octobre est passé du collectif insaisissable, que personne ne pouvait convoquer ni disperser, à un mouvement structuré. Hybridé, pour être exact.

Le politologue néerlandais Cas Mudde a donné l'outil le plus utile pour comprendre ce qui se passe. Dans un article de 2004 devenu classique, « The Populist Zeitgeist », publié par la revue Government and Opposition, il définit le populisme comme une idéologie qui sépare la société en deux groupes homogènes et antagonistes, « le peuple pur » et « l'élite corrompue », et qui veut que la politique exprime la volonté générale du peuple. Il ajoute surtout que c'est une idéologie « mince » : elle dit contre qui l'on se bat, pas ce que l'on veut construire. Pour durer, elle doit donc s'attacher à une idéologie « épaisse », une idéologie hôte, le nationalisme à droite, le socialisme à gauche, qui lui fournit un programme, des cadres et une doctrine.

Les Gilets jaunes de 2018 étaient le cas d'école d'un populisme mince à l'état pur : « eux » contre « nous », le référendum d'initiative citoyenne, et rien d'autre. C'est ce qui les rendait insaisissables, et c'est aussi ce qui les a fait mourir, faute d'hôte. Ceux de 2026 en ont trouvé un en trois jours. La CGT, Solidaires et La France insoumise leur apportent l'épaisseur : l'indexation, les superprofits, le barrage. Ils y gagnent un service d'ordre et une date au 5 novembre. Ils y perdent le rond-point.

Et vous, qui attendez peut-être de ce samedi qu'il fasse ce que vous n'osez pas faire vous-même ? Le Grand soir a cette commodité qu'il dispense de tous les petits matins. On le délègue à la rue comme on délègue tout le reste, et quand la rue le délègue à son tour à un syndicat, on s'étonne qu'il ait fini rue de Grenelle.

Dernier mot

Samedi soir, il y aura peut-être beaucoup de monde place de la Nation, et l'on parlera d'un succès. Je le souhaite à ceux qui défilent, dont beaucoup ont d'excellentes raisons d'être là.

Mais un cortège qui part de République à l'heure dite, sous chasuble CGT, avec un rendez-vous fixé au 5 novembre, ne prend pas de Bastille. Il arrive à la Nation, il se disperse, et il rentre en RER. Il y a peu de risques que le 17 octobre se transforme en insurrection : le pouvoir a pris ses précautions, et ses auxiliaires ont pris les leurs.

Alexandre Jardin, Glucksmann et les Gueux : ce qu'il a écrit, ce qu'on lui reproche

16 October 2026 at 10:23

Par Élise Rochefort

Le 11 octobre 2026, Raphaël Glucksmann a remporté la primaire de la gauche sociale-démocrate avec 66,17 % des voix, sur 120 787 votants et 134 467 inscrits. Dans les jours qui ont suivi, plusieurs messages de l'écrivain Alexandre Jardin, président de l'association Les Gueux, ont été lus comme un soutien au candidat. Alexandre Jardin le conteste. Les textes sont publics et datés.

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Ce qu'Alexandre Jardin a écrit

Le 12 octobre au matin, en réponse à un internaute, il écrit : « Il y a par cette victoire un rempart - du moins pour l'instant. Plus Glucksmann le martèle plus la France est protégée - pour l'instant. » Le rempart désigne, dans le même message, la défaite des « alliés ouverts de LFI ».

Le 14 octobre, il publie une mise au point. Il y qualifie d'« idée parfaitement imbécile » l'affirmation selon laquelle il soutiendrait Raphaël Glucksmann. Il écrit s'être réjoui que « la ligne de M. Faure de soumission immédiate à LFI ait perdu à gauche », dans « un scrutin qui est ce qu'il est ». Il ajoute que « à peu près toutes les idées » du candidat ont, à ses yeux, « détruit, avec une rare constance, notre société. Notre économie. Notre puissance. » Il rappelle son engagement pour un référendum d'initiative citoyenne.

Le 15 octobre, il précise : « Même si je combat cet homme, je préfère qu'il y ait une gauche non LFI. » Le 16 octobre, il écrit que « pour l'instant tout ce qui peut affaiblir LFI est bon pour la France ».

Un premier message, antérieur à ces textes, est cité par un internaute le 12 octobre à la mi-journée. Selon cette citation, il comportait les formules « Je suis fier », « Il est porteur d'une idée digne de la gauche sociale-démocrate » et « Ce soir, la France est moins sale ». Ce message n'apparaît plus sur le compte d'Alexandre Jardin le 16 octobre. Son contenu exact n'a pas pu être vérifié à la source.

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Le dossier des ZFE

L'association Les Gueux s'est constituée en 2025 contre les zones à faibles émissions, qui restreignent la circulation des véhicules les plus anciens dans les grandes agglomérations. Alexandre Jardin y voit une forme de ségrégation sociale, selon un entretien accordé à Causeur en mai 2025. Le 17 mars 2025, il avait interpellé Raphaël Glucksmann sur X, en lui demandant si la social-démocratie rejoindrait la mobilisation des Gueux.

Le 8 octobre 2026, l'Assemblée nationale a examiné la proposition de loi de Pierre Meurin (RN) abrogeant les ZFE. Un amendement de suppression de l'article unique a été rejeté par 164 voix contre 49. Les débats se sont interrompus à minuit, sans vote sur l'ensemble du texte. Selon le relevé de NosParlementaires, le groupe socialiste a voté pour les amendements de suppression, comme Renaissance et les écologistes ; le RN, LFI, le groupe UDR et la Droite républicaine ont voté contre. Le groupe socialiste compte parmi ses membres les deux députés de Place publique, le parti de Raphaël Glucksmann.

Le 15 octobre, Alexandre Jardin a dénoncé « l'obstruction de tous les partis » favorables au maintien des ZFE, « officiellement Renaissance, PS, Verts », et « le mépris de la pauvreté derrière ce comportement ». Les deux prises de position, celle du 12 et celle du 15, sont publiées à trois jours d'intervalle.

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La réception

Dans les milieux qui avaient soutenu le mouvement des Gueux, la réaction a été rapide. Le compte qui cite le premier message parle de « rétropédalage » et signe « nous, les gueux » ; son message a été vu plus de 19 000 fois. D'autres internautes évoquent une « félonie », en rappelant les votes sur les ZFE ; une vidéo publiée sur YouTube s'intitule « la trahison des gueux ? ».

Le 15 octobre, sur CNEWS, Christine Kelly a interrogé Alexandre Jardin : « Comment avez-vous fricoté avec Raphaël Glucksmann ? » L'extrait, diffusé sur X

Éclatement de la bulle IA : le moment darwinien arrive-t-il ?

16 October 2026 at 10:09

Par Vincent Clairmont

Le 14 octobre, les obligations de CoreWeave, loueur indépendant de puissance de calcul pour l'intelligence artificielle, ont vu leur rendement approcher 15 %, selon CNBC. Le lendemain, le Financial Times rapportait que les investisseurs se débarrassent des obligations des centres de données, et Ludovic Subran, directeur des investissements d'Allianz, parlait d'un « moment darwinien ». Une question se pose depuis : faut-il revoir ce que j'écrivais le 17 juillet ? Ma réponse est non. C'est exactement ce que j'écrivais.

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Ce que j'avais posé en juillet

Je distinguais une correction boursière d'une purge, au sens autrichien : la liquidation des investissements engagés parce que le crédit était trop bon marché pour refléter le vrai coût du temps. Et je désignais le déclencheur. Ce ne serait pas la Bourse, ce serait le crédit. Une bulle d'investissement ne meurt pas quand les actions baissent. Elle meurt le jour où sa dette ne se refinance plus au prix prévu.

Bulle de l'IA : sommes-nous aux préliminaires de l'éclatement ? Ce que votre portefeuille doit faire — et surtout ne pas faire
Concentration record, Shiller PE > 40, financement circulaire : les signaux de bulle IA s'accumulent. Vincent Clairmont vous dit quoi faire de votre épargne, sans paniquer.

Ce qui s'est passé cette semaine

Trois faits, dans cet ordre.

Premièrement, la dette des plus fragiles est entrée en zone de détresse. Les obligations de CoreWeave se traitent sous 80 cents pour un dollar de valeur nominale, niveau qui signale un doute sérieux sur le remboursement. Sur la semaine, l'action a perdu 17 % et celle de Nebius, son concurrent, 18 %, selon la reprise de l'article du FT par KuCoin.

Deuxièmement, la défiance remonte vers les signatures solides. Les obligations émises par Meta, Nvidia et Oracle pour financer leurs centres de données passent sous le pair, c'est-à-dire sous leur prix d'émission. Ce ne sont pas des emprunteurs en difficulté. C'est le prix de l'argent qui a changé sous leurs pieds.

Troisièmement, ce prix de l'argent monte. Les prix à la production américains ont augmenté de 6,3 % sur un an en septembre, contre 5,5 % attendus, et le rendement du Trésor américain à 10 ans s'établissait à 5,085 % le 15 octobre, selon TheStreet. Une nouvelle hausse de la Fed est désormais jugée possible dès la fin du mois.

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L'écart que personne ne peut combler

Gartner estime que les propriétaires de centres de données devraient générer 8 500 milliards de dollars de revenus d'ici fin 2030 pour couvrir leur coût du capital. La dépense totale en services d'IA plafonnerait à 3 600 milliards. Le cabinet ajoute

Andouille de Guémené : six pays européens ont obtenu une dérogation, la France n'a jamais voulu la demander

16 October 2026 at 08:30

Trois artisans du Morbihan paient 5 000 euros d’analyses pour prouver qu’ils respectent un seuil dont on a changé la méthode de mesure. Six États membres ont demandé et obtenu la dérogation prévue par le texte européen. Paris a refusé de la solliciter, au nom de l’égalité de traitement des fabricants.

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À Guémené-sur-Scorff, dans le Morbihan, il ne reste que trois producteurs artisanaux de cette spécialité fumée au bois de hêtre. Leur savoir-faire, attesté depuis au moins le XVIIIe siècle, pourrait-il être fragilisé par une méthode de contrôle devenue plus contraignante ? L’affaire mérite mieux qu’une réponse servie froide au nom de la réglementation.

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Une peau de boyau suffit à faire flamber les résultats

L’andouille de Guémené est fabriquée à partir de chaudins de porc fumés, puis séchés pendant deux à trois semaines. Le fumage dépose sur la peau des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), des substances issues notamment de la combustion, dont certaines présentent des risques sanitaires. Le benzo[a]pyrène, l’un des HAP surveillés, est notamment classé génotoxique : il peut endommager le matériel génétique des cellules.

Communiqué de presse | Andouilles de Guémené - Rappel des faits 14 ...
Communiqué de presse | Andouilles de Guémené - Rappel des faits 14 octobre 2026 L’andouille est l’un des plus anciens savoir-faire charcutiers de Fra

La réglementation européenne, durcie en 2011 et applicable depuis le 1er septembre 2014, fixe pour les viandes fumées des plafonds de 12 microgrammes par kilogramme pour la somme de quatre HAP et de 2 microgrammes par kilogramme pour le benzo[a]pyrène. Un régime dérogatoire destiné à certains produits traditionnels permet respectivement 30 et 5 microgrammes par kilogramme.

L’Irlande, la Pologne, l’Espagne, le Portugal, la Croatie et Chypre en bénéficient. Pas la France, qui n’a jamais sollicité ce dispositif. Selon les producteurs, la méthode d’analyse a également changé : jusqu’en 2016, les contrôles s’effectuaient sans la peau ; depuis, celle-ci est intégrée lorsque le boyau est considéré comme comestible. Aucune instruction administrative publiée n’est toutefois citée pour documenter ce changement.

Benoît Rivalan, de la Maison Rivalan-Quidu et président de la Maison de l’andouille, rapporte des résultats d’environ 150 µg/kg peau comprise, contre 10 à 15 µg/kg lorsqu’une gaine textile est utilisée avant fumage. Ces chiffres sont ceux du producteur, et non ceux d’une série d’analyses publiques. Il affirme avoir dépensé environ 5 000 euros en analyses sur un seul mois.

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Pendant que Bruxelles fixe les seuils, les artisans paient l’addition

Début septembre 2026, la Maison de l’andouille a temporairement suspendu ses ventes. Une pétition a recueilli près de 20 000 signatures. Le député du Morbihan Jean-Michel Jacques réclame des seuils dérogatoires adaptés aux fabrications traditionnelles ou le retour à l’ancien protocole, accompagné d’une mention sur l’emballage déconseillant la consommation de la peau.

Trois groupes politiques ont porté un vœu examiné au Conseil régional de Bretagne le 15 octobre. La veille, la préfecture du Morbihan annonçait qu’une solution était « en passe d’être finalisée ». Dès le lendemain, la question gagnait la Normandie, où l’andouille de Vire est également concernée. Ni la DGAL, ni la direction départementale du Morbihan, ni la Commission européenne ne sont citées dans les sources disponibles comme ayant répondu aux interrogations soulevées. L’andouille de Guémené ne bénéficie par ailleurs ni d’une AOP ni d’une IGP : sa protection ne repose donc pas sur ces labels européens.

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Protéger les consommateurs est légitime ; expliquer pourquoi certains pays ont obtenu des aménagements quand Paris n’a pas engagé la démarche l’est tout autant.L’accusation de fabrication non conforme est savoureuse : elle est servie chaude par des administrations qui n’ont pas demandé la dérogation, ne répondent pas et laissent trois artisans payer pour une peau que personne ne mange. Si quelqu’un andouille le consommateur dans cette histoire, ce n’est pas le charcutier de Guémené.

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Received — 15 October 2026 ⏭ Le Courrier des Stratèges

Qui, de Le Pen ou de Mélenchon, effondrera la France le plus vite ?

15 October 2026 at 21:23

Par Eric V.

Le Pen 32 %, Mélenchon 16 %. L'une promet 140 milliards d'économies sans que personne ne perde rien, l'autre 106 milliards d'impôts nouveaux. Sur notre carte libertarienne, ils sont à +4,2 et +5. Reste à savoir lequel nous mènerait le plus vite aux soixante euros par jour au distributeur.

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Le 29 juin 2015, à Athènes, les distributeurs de billets ne donnaient plus que soixante euros par jour et par carte. Les banques sont restées fermées trois semaines, jusqu'au 20 juillet. Entre la fin de 2014 et la fin de juin, les Grecs avaient retiré 42 milliards d'euros de leurs comptes, le quart de leurs dépôts. Ils n'avaient pas attendu de voir le gouvernement d'Alexis Tsipras à l'œuvre : dès décembre 2014, le mois où des élections anticipées furent convoquées, 2,5 milliards étaient déjà sortis. Le 13 juillet, après dix-sept heures de négociation, Tsipras signait un plan plus dur que celui que son peuple venait de rejeter par référendum.

Je pense à ces soixante euros en regardant les sondages français. Le dernier, réalisé par l'Ifop du 12 au 14 octobre, donne Marine Le Pen à 32 % et Jean-Luc Mélenchon à 16 % au premier tour. Le second tour Le Pen-Mélenchon n'est plus une hypothèse d'école.

Il faut donc répondre à la question que pose le titre, et je vais y répondre : Mélenchon effondrerait la France plus vite. En quelques semaines, par la peur, sur le modèle grec. Marine Le Pen l'effondrerait plus lentement, en un budget, par la déception. Les deux arriveraient au même endroit, et notre carte dit pourquoi.

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Deux candidats au même étage

Le Courrier a publié cette semaine une carte libertarienne de trente-quatre forces politiques, placées sur deux axes : la distance à laquelle se prend la décision, et le sens dans lequel elle circule, du décret vers le citoyen ou du contrat entre citoyens. Marine Le Pen y figure à +4,3 sur la souveraineté et +4,2 sur l'État. Jean-Luc Mélenchon à +2 et +5. Sur l'axe qui compte pour un budget, celui de l'État, ils sont l'un à côté de l'autre, tout en haut.

Macron, Le Pen, Mélenchon, tous étatistes ? notre mapping politique libertarien
Macron et Mélenchon s'opposent sur l'Europe mais se rejoignent sur l'État. Notre carte libertarienne des 34 forces politiques.

Cela veut dire une chose simple. Ni l'un ni l'autre ne propose de réduire le périmètre de l'État. L'une promet de le faire payer par d'autres, l'autre de le faire payer par plus d'impôts. Le premier à dire au retraité, au fonctionnaire ou à l'allocataire qu'il recevra moins n'est pas encore candidat.

Le terrain sur lequel l'un ou l'autre arriverait est connu. La dette publique approche 3 640 milliards d'euros, près de 120 % du PIB. Le Trésor doit lever 340 milliards sur les marchés en 2027. L'État emprunte à dix ans à 4,87 %, et plus cher que l'Italie. Et 57,5 % de sa dette négociable est détenue par des non-résidents, qui n'ont aucune raison sentimentale de rester.

Mélenchon, ou l'horloge du marché

Le 14 octobre, Jean-Luc Mélenchon et Éric Coquerel ont présenté leur budget : 106,4 milliards de recettes nouvelles, 81,7 milliards de dépenses nouvelles, un impôt sur les héritages qui rapporterait 20 milliards de plus, une taxe sur les patrimoines au-delà de 100 millions, la suppression de la flat tax, 100 milliards d'épargne « mobilisés » chaque année, l'assurance-vie rendue « moins intéressante ». Et l'annulation, ou le gel, de la dette française détenue par la Banque centrale européenne, quelque 640 milliards. Vincent Clairmont en a fait les comptes ici même : 106 milliards de prélèvements en plus pour viser le même déficit que le gouvernement Lecornu.

Contre-budget Mélenchon : 106 milliards de plus pour le même déficit que Lecornu
Le contre-budget LFI prélève 106 milliards de plus et dépense 82 milliards de plus, pour viser le même déficit que Lecornu : 5 % du PIB.

La crise ne viendrait pas de l'application de ce programme. Elle viendrait de son annonce. Un épargnant n'attend pas qu'on taxe son héritage pour déplacer son argent, et un fonds de pension de Singapour n'attend pas qu'on gèle la créance de la BCE pour vendre ses titres français. Il lui suffit de comprendre qu'un gouvernement est prêt à ne pas rembourser l'un de ses créanciers.

On m'opposera Allende, et on aura raison d'y penser. Au Chili, l'inflation est passée de 22 % en 1971 à 163 % en 1972, puis à plus de 500 % en 1973 ; les rayons des magasins se sont vidés, le riz et la farine se vendaient au marché noir, et l'État n'avait plus de réserves de change. Mais il a fallu trois ans. Allende disposait d'une monnaie nationale : il imprimait, et la crise passait par les prix, lentement.

Mélenchon n'aurait pas de planche à billets. Il aurait l'euro, comme Tsipras. Dans une monnaie qu'on ne contrôle pas, la crise ne passe pas par les prix, elle passe par les comptes. Faut dire qu'un Français inquiet n'a pas besoin de cacher des billets sous son carrelage : il lui suffit d'ouvrir un compte dans une banque allemande ou néerlandaise, en dix minutes, depuis son téléphone. C'est la variante grecque, et elle va plus vite que la chilienne.

On répondra que la France n'est pas la Grèce : deuxième économie de la zone euro, trop grosse pour qu'on la laisse tomber, et la BCE dispose depuis juillet 2022 d'un instrument pour acheter la dette d'un pays attaqué. C'est vrai, et c'est précisément là que le piège se referme. Cet instrument, la BCE ne l'accorde qu'à des conditions écrites : le respect des règles budgétaires européennes, une dette jugée soutenable, le suivi des recommandations de la Commission. La France est sous procédure pour déficit excessif depuis juillet 2024. Un gouvernement qui ajouterait 82 milliards de dépenses et proposerait d'annuler la créance de la BCE ne remplirait aucune de ces conditions. On aiderait sans doute la France, oui. Comme on a aidé la Grèce le 13 juillet 2015, contre un mémorandum.

Je suppose que Mélenchon le sait. Il a vu Tsipras. Mais un candidat qui promet de ne pas plier ne peut pas annoncer, entre les deux tours, qu'il pliera.

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Le Pen, ou l'horloge du budget

Avec Marine Le Pen, le marché ne paniquerait pas le premier soir. Il l'a montré le 7 octobre : le jour où elle a présenté son plan de 140 milliards d'économies, le taux à dix ans a reflué à 4,75 %. Les investisseurs connaissent le précédent italien. Giorgia Meloni, venue de la droite souverainiste, gouverne depuis 2022, et l'écart de taux de l'Italie avec l'Allemagne était tombé fin 2025 à 72 points de base, au plus bas depuis 2010, parce que son budget s'est révélé plus prudent que ses discours.

Le marché ferait donc à Marine Le Pen crédit de ses renoncements futurs. C'est là que commence son problème.

Thibault de Varenne l'a décrit dans ces colonnes le 22 septembre : le Rassemblement national a différé pendant des années tous ses arbitrages internes, sur le voile, sur la Russie, sur les retraites, et il les voit remonter ensemble. Le programme du 7 octobre ne tranche aucun d'eux. Il additionne. Près de la moitié de l'effort repose sur trois payeurs qui ne votent pas en France : 32,5 milliards demandés aux fraudeurs, 19,5 à Bruxelles, 29 aux étrangers privés de prestations. La retraite revient à 62 ans, ce que l'Institut Montaigne chiffre jusqu'à 34 milliards par an, et le même plan inscrit 15 à 20 milliards d'économies sur les retraites. Enfin, la candidate veut inscrire dans la Constitution une règle d'or qui plafonnerait le déficit 2027 à 2,4 %, quand sa propre trajectoire affiche 4,9 %.

Rien de cela ne déclenche une crise un soir d'élection. Tout cela déclenche une crise le jour où il faut écrire le premier projet de loi de finances, à l'automne 2027. Ce jour-là, il n'y a que deux chemins. Le premier est celui de Meloni : tenir les comptes, donc renoncer à la retraite à 62 ans telle qu'elle a été promise, et découvrir que la fraude recouvrée ne fait que 600 millions par an. L'électorat populaire qui a porté le RN au pouvoir apprend alors qu'il paiera. Le second est de tenir les promesses : le déficit dépasse les engagements, Bruxelles constate que la France ne corrige pas son déficit excessif, l'instrument de la BCE se ferme, et l'on retrouve l'horloge du marché avec six mois de retard.

Dans le premier cas, la crise est sociale. Dans le second, elle est financière. Dans les deux, elle arrive avec le premier budget.

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Le premier à vendre

Il serait confortable d'en rester là, et de compter les points entre deux candidats. Mais une fuite de capitaux n'est pas l'œuvre d'une poignée de spéculateurs. À Athènes, les 42 milliards ne sont pas sortis des coffres de fonds anglo-saxons : ils sont sortis des comptes de retraités, de commerçants, d'épargnants ordinaires qui ont pris peur avant les autres.

En France, ce sera pareil. Le premier à vendre ne sera pas forcément un fonds de Singapour. Ce sera peut-être vous, le lundi qui suit le second tour, en déplaçant votre assurance-vie ou votre livret avant que le voisin ne le fasse. Et ce sera aussi vous, si Marine Le Pen est élue, qui descendrez dans la rue à l'automne quand on vous annoncera que les 62 ans attendront. Ensemble, ces deux candidats réunissent 48 % des intentions de vote au premier tour. Ces 48 %, ce ne sont pas eux qui les ont écrits : ce sont des électeurs qui veulent l'État protecteur sans la facture.

Dernier mot

Je réponds donc à la question posée. Mélenchon irait plus vite : de l'ordre de quelques semaines entre son élection et le premier contrôle des capitaux, parce qu'il annonce qu'un créancier ne sera pas remboursé, dans une monnaie qu'il ne contrôle pas, avec 57,5 % de la dette entre des mains étrangères. Marine Le Pen irait moins vite : un budget, celui de l'automne 2027, parce qu'elle a promis en même temps la retraite à 62 ans et une règle d'or à 2,4 %.

Sur notre carte, l'une est à +4,2, l'autre à +5. La différence de vitesse ne vient pas de l'écart entre ces deux chiffres. Elle vient de ce que l'un des deux programmes annonce un créancier non remboursé. La destination, elle, est la même : un État dont les dépenses atteignent 57,2 % du PIB, et que ni l'une ni l'autre ne propose de réduire d'un euro.

À Athènes, il a fallu six mois entre l'annonce des élections et les soixante euros au distributeur. À Paris, avec Mélenchon, je ne parierais pas sur six mois. Avec Marine Le Pen, je parierais sur octobre 2027.

À Strasbourg, 43 scanners annulés pour des cochons : un proche d’un malade du cancer porte plainte

Le 12 octobre 2026, Gabriel Weisser, proche d’un patient atteint d’un cancer, a déposé plainte contre X auprès du procureur de Strasbourg pour « mise en danger de la vie d’autrui et omission de porter secours ». Pour mémoire, en mars 2025, quarante-trois patients de l’IHU de Strasbourg ont vu leur scanner annulé. Selon le rapport Igas-Igesr : l’IHU est suspecté d’avoir annulé des examens sur des patients cancéreux et donné la priorité à la recherche sur des cochons. Le rapport définitif, remis en décembre 2025, est resté confidentiel dix mois.

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Dans un établissement voué à l’innovation médicale, la recherche ne devrait jamais devenir une justification à l’effacement des patients. Or, à Strasbourg, les circonstances de l’annulation de dizaines d’examens destinés à des malades du cancer soulèvent une question élémentaire : qui doit répondre lorsque l’organisation d’un service hospitalier empêche l’accès aux soins ?

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Dix mois de silence après un rapport accablant

Selon les conclusions du rapport définitif de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (Igesr), remises en décembre 2025, l’Institut hospitalo-universitaire de Strasbourg présentait « de nombreuses irrégularités dans l’organisation de l’établissement ».

Les faits remontent à mars 2025. Un courriel interne daté du 14 mars demandait l’annulation de tous les scanners prévus ce jour-là, faute de manipulateurs disponibles. Quarante-trois patients ont été concernés, les professionnels étant mobilisés sur des recherches menées sur des cochons pour le compte d’entreprises privées.

Le 12 octobre 2026, Gabriel Weisser, proche d’un patient atteint d’un cancer, a saisi le procureur de la République de Strasbourg d’une plainte contre X pour « mise en danger de la vie d’autrui et omission de porter secours ». Il s’agit d’une plainte, et non d’une condamnation : la justice devra déterminer les responsabilités éventuelles.

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Recherche privée, personnel réduit et pression sur les salariés

Le professeur Christian Debry, directeur de l’IHU, conteste l’idée d’un arbitrage entre recherche et soins. Il a notamment invoqué un risque d’absentéisme parmi les manipulateurs. Mais l’équipe d’imagerie serait passée de quatorze personnes à seulement trois ou quatre, une évolution qui pose la question des moyens humains et de la capacité de l’établissement à assurer ses missions.

Un autre élément interpelle : dans un courriel du 10 juin 2025, la direction rappelait au personnel son devoir de confidentialité et évoquait un licenciement en cas de prise de parole dans la presse. Cette consigne, rapportée dans le dossier, nourrit les interrogations sur la liberté d’alerte au sein de l’établissement.

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Cette affaire montre ce que devient un hôpital public lorsque la recherche contractuelle, rémunératrice, côtoie des soins en sous-effectif : la tentation de sacrifier le malade, qui ne rapporte rien à l’heure, à l’industriel, qui paye. Nénamoins,pour l'heure rien ne prouve encore que ce fut le cas ; c’est précisément ce que l’enquête devra établir. Dans un système où l’État est à la fois financeur, régulateur et juge de ses propres établissements, ce sont les citoyens qui doivent s’improviser.

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Après son cancer du sein, Ambre reprend à mi-temps et se découvre 8 000 euros de dette

15 October 2026 at 09:45

Atteinte d’un cancer du sein à 27 ans, Ambre a repris le travail à mi-temps thérapeutique. Son assurance a cessé de payer sans qu’elle en soit informée. Son employeur lui réclame aujourd’hui 8 000 euros, et elle a perdu la moitié de ses revenus.

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Actuellement, Ambre a 29 ans. En 2024, on lui diagnostique un cancer du sein. Six mois de chimiothérapie, une trentaine de séances de radiothérapie, un an et demi d’arrêt maladie. En septembre 2025, elle reprend le chemin du travail. Mi-temps thérapeutique, poste adapté : elle passe de conductrice de travaux sur les chantiers à un poste administratif. Elle travaille à 40 %, son employeur lui verse 40 % de son ancien salaire, et une assurance souscrite par l’entreprise complète pour atteindre 80 % de ses revenus. Puis le 25 août 2026, un appel de son chef fait tout basculer : l’assurance a cessé de payer depuis juin. Les 40 % qu’elle a continué de percevoir, elle les doit désormais à son employeur. Total : 8 000 euros de dette.

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Reprendre le travail, puis découvrir une dette de 8 000 euros

Après son cancer du sein et sa chimiothérapie, Ambre reprend son activité à mi-temps thérapeutique. Ce dispositif permet une reprise progressive du travail, adaptée à la situation du salarié. Mais à son retour, elle apprend qu’elle ne sera plus indemnisée.

Jusqu’alors, son employeur avançait son salaire. Désormais, celui-ci lui réclame 8 000 euros. Cinq ans après le diagnostic, plus d’un quart des malades ont perdu une partie de leurs revenus, d’après une étude de l’Inserm. C’est ce qui est arrivé à Ambre, elle a perdu la moitié de ses revenus. La difficulté ne se limite donc pas à une somme à rembourser : elle doit aussi composer avec une baisse substantielle de ses ressources.

A quel moment la salariée a-t-elle été informée des conséquences financières de sa reprise à mi-temps ? Les éléments rapportés ne permettent pas de déterminer précisément les responsabilités respectives des acteurs ni les modalités exactes du trop-perçu. Mais ils mettent en évidence le risque d’un système dans lequel les règles de rémunération et d’indemnisation ne sont pas suffisamment lisibles pour ceux qui les subissent.

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L'opacité administrative, une facture pour les salariés

Une dette de 8 000 euros ne représente pas une simple régularisation comptable pour une personne qui vient de traverser une maladie grave et dont les revenus ont diminué de moitié. Or, le salarié ne maîtrise ni les circuits de paiement ni les échanges entre les organismes et l’employeur.

La responsabilité de chacun doit certes être établie sur la base des documents et des règles applicables, et c’est la salariée seule qui absorbe l’erreur. L’absence d’information suffit à produire de la maltraitance administrative.

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On demande aux malades de revenir, de reprendre leur place, de cotiser à nouveau. On pourrait au moins leur dire à quelles conditions ils seront payés. Faute de quoi la reprise du travail devient pour Ambre un risque, sur lequel personne ne lui avait demandé son avis.

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Contre-budget Mélenchon : 106 milliards de plus pour le même déficit que Lecornu

15 October 2026 at 10:10

Par Vincent Clairmont

Le 14 octobre, LFI a présenté son contre-budget : 106,4 milliards de recettes nouvelles, 81,7 milliards de dépenses nouvelles, et un objectif de déficit de 5 % du PIB. C'est celui du gouvernement. Ce n'est pas un autre budget. C'est le même, avec 106 milliards de prélèvements en plus.

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Le 14 octobre, au siège de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon et Éric Coquerel, président de la commission des finances de l'Assemblée, ont présenté leur budget pour 2027 : 106,4 milliards d'euros de recettes nouvelles, 81,7 milliards de dépenses nouvelles. L'objectif de déficit affiché est de 5 % du PIB. C'est celui du projet de loi de finances de Sébastien Lecornu.

Mélenchon se dit « dans l'épure ». Lisons-le donc en comptable.

Ma thèse, et je la tiens jusqu'au bout : ce contre-budget n'est pas une alternative au budget Lecornu. C'est le même budget, avec 106 milliards de prélèvements en plus et 82 milliards de dépenses publiques en plus, pour le même déficit. Sur la carte libertarienne publiée hier par Eric V. dans ces colonnes, Mélenchon est placé à +5 sur l'axe de l'État, tout en haut. Le document du 14 octobre est le chiffrage de ce +5.

Macron, Le Pen, Mélenchon, tous étatistes ? notre mapping politique libertarien
Macron et Mélenchon s'opposent sur l'Europe mais se rejoignent sur l'État. Notre carte libertarienne des 34 forces politiques.
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Ce que paie le contribuable

Les prélèvements obligatoires représentaient 43,6 % du PIB en 2025, selon l'Insee. 106 milliards de plus, sur un PIB d'environ 3 000 milliards, c'est près de 3,5 points supplémentaires : un taux de l'ordre de 47 %.

La taxe sur les héritages doit rapporter 20 milliards de plus. Or l'ensemble des droits de succession et de donation a rapporté 20,7 milliards en 2025. Le programme double donc l'impôt sur la transmission. Le « rabotage » des niches doit rapporter 22 milliards, dont le crédit d'impôt recherche, le pacte Dutreil, qui allège la transmission d'une entreprise familiale à condition que les héritiers la gardent, et le crédit d'impôt pour l'emploi à domicile. Celui qui paie, c'est le fils qui reprend l'atelier de son père, et la retraitée qui déclare son aide-ménagère au lieu de la payer de la main à la main.

Où va l'épargne

LFI veut aussi « mobiliser » 100 milliards d'épargne par an : plafond du Livret A porté à 30 000 euros pour flécher 30 à 40 milliards vers le logement, assurance-vie rendue « moins intéressante » pour pousser l'argent vers un nouveau produit.

Je travaille dans une maison de gestion. Quand un client nous confie son argent, l'allocation se décide par contrat et il la signe. Ici, l'épargnant apporte l'argent et l'État décide de l'allocation, en rendant moins rentable tout ce qu'il n'a pas choisi.

C'est ce que la carte d'Eric V. appelle la pente : la décision descend d'en haut. Mises appelait cela l'éviction : chaque euro fléché par l'État vers le logement manque à l'entreprise qui l'aurait emprunté.

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La dette et ceux qui la détiennent

LFI annonce 25 milliards de réduction de la dette dès la première année. Un État qui vise 5 % de déficit emprunte plus de 150 milliards nets dans l'année. Sa dette ne baisse pas. Elle augmente un peu moins vite.

Le même document prévoit d'annuler ou de geler la dette française détenue par la Banque centrale européenne, ce que Coquerel a confirmé. L'Eurosystème détient

Zelensky est-il en train de jouer avec le feu ?

15 October 2026 at 09:47

Par Thibault de Varenne

« Le verrou a sauté. C'est fini. » Ce matin, dans le Financial Times, Volodymyr Zelensky a annoncé que l'Ukraine reprenait ses frappes sur les raffineries russes. Elle les avait suspendues trois jours, après le « cessez-le-feu énergétique » proclamé dimanche par Donald Trump. Moscou ne l'a jamais accepté. Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a répondu par une question : « A-t-il été précisé ? » Pendant la pause, une attaque russe sur Kiev a mobilisé, selon la même source, 39 missiles balistiques et environ 120 drones. Six morts. Plus de 600 000 personnes privées d'électricité.

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Le 13 octobre, j'écrivais ici que trois choses rapprochaient l'Europe d'une guerre chaude avec la Russie : une date de guerre répétée à toutes les tribunes, un plan de riposte qui frapperait le sol russe, et l'absence de tout traité. J'ajoutais qu'ensemble, elles permettaient qu'un incident de frontière déclenche la guerre sans que personne l'ait décidée. Depuis ce matin, cet incident est devenu plus probable. Il faut dire pourquoi, et à qui revient l'allumette.

L'OTAN se rapproche-t-elle d'une guerre « chaude » avec la Russie ?
Tusk 2027, Rutte « cinq ans », l'Allemagne 2029 : l'Europe a donné une date à la guerre avec la Russie, et l'OTAN un plan pour frapper Kaliningrad. Comment un incident pourrait tout déclencher.
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Ce que Kiev a perdu en trois jours

Le Financial Times rapporte la version de Zelensky. Pendant la pause, les alertes américaines qui signalent le départ des missiles balistiques russes ont cessé d'arriver. Le réseau Starlink, par lequel communiquent une grande partie des unités ukrainiennes, a été ralenti dans tout le pays. Des militaires américains auraient prévenu : « Si vous n'arrêtez pas, nous bloquerons le renseignement. » On a parlé ensuite à Kiev d'une panne technique. « Ce n'était pas un problème technique, c'était une volonté », répond Zelensky.

La Maison-Blanche dément avoir coupé quoi que ce soit. Elon Musk, propriétaire de Starlink, a fait observer que le réseau militaire Starshield appartient au gouvernement américain, qui en fixe le débit. Chacun tirera de cette précision ce qu'il voudra. Le service a été depuis partiellement rétabli, selon les autorités ukrainiennes.

Retenons le fait, qui ne dépend d'aucune version : l'Ukraine reprend ses frappes à longue portée au moment où elle voit moins bien, communique moins bien, et ne sait plus si les yeux qu'on lui prêtait resteront ouverts demain.

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La route des drones longe l'OTAN

Il faut maintenant regarder une carte. Les cibles les plus rentables de Kiev sont les ports pétroliers russes de la Baltique, Ust-Luga et Primorsk, à l'ouest de Saint-Pétersbourg. Ils sont à quelques dizaines de kilomètres de l'Estonie et de la Finlande. Pour les atteindre, les drones partis d'Ukraine passent à proximité de la frontière de l'Alliance atlantique.

Ce printemps, l'Ukraine les a frappés à répétition. Entre le 23 mars et le 8 juin, on a compté une quinzaine d'incidents où des drones ukrainiens égarés sont tombés en territoire allié. Le 25 mars, l'un d'eux a touché la cheminée de la centrale électrique d'Auvere, en Estonie. Le 30 mars, un autre s'est écrasé près de Kouvola, en Finlande, avec une charge qui n'avait pas explosé. Le 7 mai, un troisième a explosé sur un dépôt pétrolier de Rēzekne, en Lettonie ; des écoles ont fermé, et le ministre letton de la Défense a démissionné. Le 19 mai, un F-16 roumain a abattu un drone au-dessus de l'Estonie. Le 8 juin, c'est un Rafale français qui en a détruit un au-dessus de la Lettonie. Kiev s'est excusé auprès d'Helsinki et a mis en cause le brouillage russe. Le 31 mars, le Kremlin avait menacé de riposter contre tout pays qui « prêterait » son espace aérien à ces frappes.

Un pilote français a donc déjà tiré, cette année, sur un engin entré dans le ciel de l'OTAN. Personne ne s'en souvient. C'est ainsi que les choses commencent.

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L'incident que les services ont décrit

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Pourquoi l'inflation américaine déstabilise les marchés

15 October 2026 at 09:21

Par Élise Rochefort

Le 14 octobre 2026, le Bureau des statistiques du travail américain a publié l'indice des prix à la consommation de septembre. Sur douze mois, les prix ont augmenté de 3,7 %. Ils avaient augmenté de 3,4 % en août. Les économistes interrogés avant la publication attendaient 3,6 %. Le jour même, l'indice S&P 500 a perdu 1,11 % et le Nasdaq 1,88 %. Le lendemain matin, les Bourses d'Asie ont reculé bien davantage : l'indice coréen Kospi a perdu environ 8 % en séance, l'indice japonais Nikkei environ 5 %. Cette fiche explique pourquoi un écart d'un dixième de point fait bouger des marchés du monde entier.

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Ce que dit le chiffre

L'indice mesure le prix d'un panier de dépenses courantes : loyers, nourriture, carburant, voitures, soins, services. En septembre, ce panier a coûté 0,6 % de plus qu'en août.

La hausse vient d'abord de l'essence. Son prix a augmenté de 9,1 % en un mois, ce qui représente plus de la moitié de la hausse totale. L'énergie dans son ensemble a augmenté de 5,2 %. Cette hausse suit la quasi-fermeture du détroit d'Ormuz, par où transitait avant la guerre environ un cinquième du pétrole mondial. Le baril de Brent cotait 106,58 dollars le 14 octobre au matin.

Les statisticiens calculent aussi une inflation dite « sous-jacente », qui exclut l'énergie et l'alimentation, parce que leurs prix varient fortement d'un mois à l'autre. Elle s'établit à 2,6 % sur un an. Elle était de 2,4 % en août. Le consensus attendait 2,5 %.

Pour un salarié américain, le résultat se lit sur la fiche de paie. Corrigé de la hausse des prix, le salaire horaire moyen a baissé de 0,7 % sur un an.

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Ce que fait la banque centrale

La Réserve fédérale, la banque centrale des États-Unis, a pour mission de contenir la hausse des prix autour de 2 % par an. Son principal outil est son taux directeur : le taux auquel les banques se prêtent de l'argent au jour le jour. Quand il monte, tous les crédits deviennent plus chers, les ménages et les entreprises empruntent moins, achètent moins, et les prix ralentissent.

La Réserve fédérale a relevé ce taux d'un quart de point le 16 septembre. Il se situe entre 3,75 % et 4 %. Sa prochaine réunion a lieu les 27 et 28 octobre. Après la publication du 14 octobre, les investisseurs ont relevé la probabilité d'une nouvelle hausse à cette date. Les estimations varient selon les instruments de mesure : de 35 % à 50 % environ selon les sources citées par la presse financière.

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Pourquoi les actions baissent quand les taux montent

Le taux de la banque centrale entraîne celui des emprunts de l'État américain. Le rendement du titre à dix ans est monté à 5,28 % le 14 octobre. Les investisseurs le considèrent comme le placement de référence le plus sûr.

Une action donne droit à une part des bénéfices futurs d'une entreprise. Ces bénéfices ne sont pas garantis. Soit une action qui coûte 100 dollars et dont l'entreprise verse 5 dollars de bénéfice par an : elle rapporte 5 %. Si l'État américain offre 5,28 % sans risque, un acheteur n'a plus de raison de payer 100 dollars pour un revenu incertain de 5 %. Il ne l'achète qu'à un prix plus bas. C'est ce recalcul qui fait baisser les cours.

Les entreprises dont les bénéfices sont attendus dans un avenir lointain, comme celles de la technologie, sont les plus touchées. C'est pourquoi le Nasdaq, qui les regroupe, a reculé davantage que les autres indices. L'or a lui aussi baissé, d'environ 2 % : il ne rapporte aucun intérêt, et son attrait diminue quand les placements sans risque rapportent davantage.

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Ce matin en Asie

Le 15 octobre, à l'ouverture des marchés asiatiques, la baisse s'est amplifiée. Selon l'agence Associated Press, l'indice Kospi de Séoul a reculé de 8 % en séance, à 5 527 points. Il a perdu plus de 16 % en un mois, après avoir dépassé 9 000 points en juin. L'indice Nikkei de Tokyo a cédé 5 %, celui de Taïwan 3,4 %, Shanghai 2 % et Hong Kong 1,3 %. Ces chiffres sont des cours de séance et peuvent différer des cours de clôture.

Les plus fortes baisses touchent les fabricants de puces électroniques : SK Hynix recule de 11,1 %, Kioxia de 11,2 %, Samsung Electronics de 9,7 %, Tokyo Electron de 7,5 %. Le groupe d'investissement SoftBank perd 9,6 %. La Corée et le Japon sont les deux places où ces entreprises pèsent le plus. Leurs cours avaient fortement progressé cette année, portés par les commandes liées à l'intelligence artificielle. Leurs bénéfices sont attendus pour les années à venir : ce sont les plus sensibles à une hausse des taux.

Le même jour, le Fonds monétaire international a publié un rapport sur l'Asie. Il y écrit qu'une correction des investissements ou des valorisations liés à l'intelligence

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