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États-Unis : un mandat d’arrêt émis contre l’ancien président cubain Raúl Castro, 95 ans

19 October 2026 at 18:16

Une juge de Floride a délivré un mandat d’arrêt contre l’ancien président cubain Raúl Castro dans une affaire remontant à 1996. La décision, prise au niveau de l’État, a été signée par Ariana Fajardo Orshan, du 11e circuit judiciaire de Floride, à Miami, le 19 octobre.

Les faits datent du 24 février 1996, lorsque l’aviation cubaine avait abattu deux avions Cessna 337 appartenant à l’organisation d’exilés cubains Brothers to the Rescue, basée à Miami. Quatre personnes avaient été tuées, dont trois ressortissants américains.

L’organisation repérait des migrants cubains tentant de rejoindre les États-Unis par la mer. Elle menait aussi des actions contre le gouvernement cubain, notamment en larguant des tracts au-dessus de l’île.

Les circonstances de l’incident restent contestées. Washington affirme que les appareils ont été abattus au-dessus des eaux internationales. Cuba soutient, de son côté, qu’ils avaient violé son espace aérien et que les activités de l’organisation représentaient une menace pour sa sécurité nationale.

Des accusations rejetées par La Havane

À l’époque des faits, Raúl Castro était ministre cubain de la Défense. Frère cadet de Fidel Castro, il a ensuite dirigé le pays de 2008 à 2018, avant de céder la place à l’actuel président Miguel Díaz-Canel.

Le mandat survient près de cinq mois après les accusations portées le 20 mai 2026 contre l’ancien dirigeant et cinq autres personnes. Les poursuites fédérales comprennent quatre chefs de meurtre, deux de destruction d’aéronefs et un de complot visant à tuer des ressortissants américains. Les cinq autres accusés sont d’anciens membres de l’appareil militaire cubain, dont trois pilotes.

Le nouveau mandat délivré en Floride porte, quant à lui, sur une accusation de complot en vue de commettre un meurtre au premier degré.

Les autorités cubaines avaient rejeté les accusations américaines de mai, dénonçant une « méprisable provocation politique ».

Une décision sur fond de pressions américaines contre Cuba

Ce nouvel épisode judiciaire survient dans un contexte de fortes tensions entre Washington et La Havane. Un haut responsable de l’administration Trump avait déclaré que les poursuites engagées en mai s’inscrivaient dans une campagne de pression contre l’île.

Les relations se sont notamment dégradées après l’intervention américaine au Venezuela en janvier 2026, qui a conduit à la capture de l’ancien président vénézuélien Nicolás Maduro, l’un des principaux alliés du gouvernement cubain. Washington a aussi annoncé des mesures visant les pays qui approvisionnent Cuba en pétrole.

Pour sa part, la Russie maintient son opposition aux sanctions américaines visant l’île. En février, le président russe Vladimir Poutine a jugé ces restrictions inacceptables, tout en soulignant les liens historiques particuliers unissant les deux pays.

«Ce n’est pas la Russie, mais les États-Unis et l’UE qui ont déstabilisé les marchés énergétiques», affirme Sergueï Lavrov à Téhéran

19 October 2026 at 16:58

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s’est entretenu ce 19 octobre à Téhéran avec son homologue iranien, Abbas Araghchi. Les discussions ont principalement porté sur la crise dans le golfe Persique et le renforcement de la coopération russo-iranienne.

Lors de la conférence de presse commune, Sergueï Lavrov a réaffirmé la disponibilité de Moscou à contribuer à un règlement négocié entre les parties au conflit. Dénonçant les opérations américaines et israéliennes contre l’Iran, il a appelé au rétablissement de la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz et à des garanties contre toute nouvelle agression.

Araghchi a également désigné les opérations militaires américaines comme la principale cause de l’instabilité régionale. Il a souligné que Moscou et Téhéran partageaient une même position : les crises du Moyen-Orient doivent être réglées par la diplomatie, et non par la force.

Le chef de la diplomatie russe, par ailleurs, a rappelé les actions entreprises par Moscou en faveur de l’Iran. Selon lui, la Russie a fait obstacle, au sein de l’ONU, aux tentatives de légitimation des frappes américaines et israéliennes. Il a également évoqué les livraisons russes de médicaments et de produits alimentaires destinés à la population iranienne.

Moscou et Téhéran confirment la solidité de leur partenariat

Malgré le contexte régional, la Russie entend poursuivre ses engagements envers l’Iran. Araghchi a salué des négociations « très productives », soulignant que le traité de partenariat stratégique global avait renforcé les relations entre les deux pays.

Cette proximité se traduit aussi par des positions communes sur la scène internationale. Sergueï Lavrov a rappelé leur attachement à un ordre mondial multipolaire fondé sur la souveraineté des États et leur opposition aux mesures coercitives unilatérales contraires au droit international.

Sur le plan économique, Moscou a confirmé la poursuite des projets engagés avec Téhéran. Sergueï Lavrov a annoncé le retour progressif des spécialistes russes à la centrale nucléaire de Bouchehr et évoqué les perspectives de coopération dans les hydrocarbures. Les études techniques du projet ferroviaire Recht-Astara se poursuivent également, en attendant la finalisation des documents nécessaires par la partie iranienne.

Concernant les marchés énergétiques, Sergueï Lavrov a rejeté les affirmations selon lesquelles la Russie tirerait profit de la hausse des prix. Il a souligné l’importance de leur stabilité pour le développement économique à long terme, imputant aux Européens et à l’administration américaine précédente la déstabilisation des marchés après leur décision de renoncer aux approvisionnements russes.

Ukraine et autres dossiers internationaux

La question ukrainienne a également été abordée. Sergueï Lavrov a exposé à son homologue les derniers développements du conflit, affirmant que Kiev et ses soutiens européens n’étaient pas prêts à engager des négociations. Il a aussi dénoncé les restrictions visant, selon lui, la langue russe et les traditions orthodoxes en Ukraine.

Sur le dossier palestinien, le ministre russe a dénoncé les tentatives pour reléguer au second plan la création d’un État palestinien. Moscou et Téhéran ont insisté sur l’application des résolutions internationales concernant la Palestine et le Liban. Les deux ministres ont également évoqué la nécessité de relancer le dialogue au Yémen et de réduire les tensions entre l’Afghanistan et le Pakistan.

Enfin, Sergueï Lavrov a exprimé le souhait de voir le président iranien Massoud Pezechkian participer au sommet des pays exportateurs de gaz, prévu le 27 octobre à Moscou, ainsi qu’une délégation iranienne à la conférence sur la sécurité eurasiatique, organisée les 3 et 4 novembre à Minsk.

Un appel citoyen pour sortir l’Abkhazie de l’isolement

By: A A
19 October 2026 at 16:54

Frédéric DELORCA

Avec son climat subtropical qui permet d’avoir plusieurs récoltes de fruits par an et ses plages de sable fin sur les bords de la Mer Noire, et ses chemins de randonnée à travers les forêts profondes et les sommets enneigés du Caucase, l’Abkhazie, ancien lieu de villégiature de la nomenklatura soviétique, pourrait être un paradis touristique inscrit au catalogue de toutes les agences de voyage comme la Thaïlande et Acapulco.

Elle l’est chaque année pour plus d’un million de touristes russes (surtout depuis que la guerre d’Ukraine complique leurs voyages à travers le monde). Mais pour les médias mainstreams d’Europe occidentale, ce petit pays de 250 000 habitants, qui a fait sécession de la Géorgie en 1993 au terme d’une guerre de libération de David contre Goliath, n’est qu’une enclave qui serait purement et simplement annexée par les Russes et vouée à l’isolement et à l’embargo, jusqu’à ce qu’il ait retrouvé le giron de ses anciens maîtres à Tbilissi.

Pourtant l’hypothèse d’une réunification relève de la pure politique fiction. Ni les 50 % d’abkhazes ethniques qui ont payé le prix du sang pour s’opposer à la politique assimilationniste des Géorgiens, ni les autres communautés (Arméniens, Russes, Grecs, Mingréliens) n’aspirent au retour de la Géorgie. Plus de trente ans de séparation entre les deux pays, l’Abkhazie s’est habituée à vivre loin de Tbilissi. Et les fièvres anti-russes attisées par l’Union Européenne et l’Amérique qui périodiquement enflamment Tbilissi (comme lorsqu’en 2008 le nationaliste Saakachvili, l’ex-patron de Raphaël Glucksman, avec le soutien de Washington, avait lancé ses troupes contre l’Ossétie du Sud, une autre entité qui s’était séparée de son pays) ne sont pas de nature à combler le fossé.

La question aujourd’hui pour le peuple abkhaze est de savoir comment construire un avenir pour soi-même quand on n’est reconnu que par quatre Etats : la Russie, le Nicaragua, le Vénézuéla et la Syrie… Si Taiwan n’est pas membre de l’ONU, cela n’empêche pas les Taiwanais de voyager à travers le monde, de même les Kosovars dont le pays n’est pas reconnu par l’Espagne ou par la Roumanie peuvent quand même se rendre dans l’Union européenne. Les Abkhazes ne bénéficient pas de ce genre de facilité. Car à l’absence de reconnaissance de leur Etat au niveau international s’ajoute une double peine liée au fait qu’ils sont assimilés par la propagande occidentale à une sorte d’axe du mal pro-russe. Du coup, non seulement leurs passeports ne sont pas reconnus (à tel point qu’ils ne peuvent même pas se rendre dans la Turquie voisine), mais ils subissent de plein fouet les sanctions économiques ciblées vers leur grand frère du Nord.

L’équation sommaire « Abkhazes = alliés des Russes », est pourtant plus complexe qu’il n’y paraît. En 1996 Eltsine avait placé l’Abkhazie sous embargo, et si Poutine se pose plutôt en protecteur, les Abkhazes veillent à ce que cela ne se fasse pas au détriment de leur souveraineté. En novembre 2024 par exemple, les manifestants à Soukhoumi étaient parvenus, en mode « gilets jaunes » à renverser le gouvernement jugé trop pro-Russe en envahissant le siège de ses institutions. Dans ce pays où tout le monde est prêt à défendre sa liberté avec les armes, l’achat des terres reste interdit aux étrangers, ce qui le préserve aussi de la spéculation et des excès du capitalisme cynique qu’il soit russe ou globalisé.

Avant de définir quel degré de proximité les Abkhazes doivent entretenir avec leur protecteur russe et avec les autres pays de la région, l’urgence première pour ce peuple est de desserrer sur un plan strictement humanitaire l’étau qui les étrangle, et qui fait que, par exemple, même le fait d’aller se faire soigner à l’étranger pour des soins médicaux (quand le système sanitaire local est largement défaillant) peut relever du casse-tête (car même la détention d’un passeport russe ne vous garantit pas un droit d’être soigné gratuitement à Sotchi).

D’une façon très significative, l’initiative pour desserrer cet étau a été prise par un collectif citoyen ancré dans la diaspora abkhaze en Turquie, une communauté issue de l’exil d’Abkhazes qui ont fui au XIXe siècle les massacres tsaristes. Cette communauté, qui compte environ 500 000 membres a progressivement repris conscience de ses racines caucasiennes dans les années 1990. En son sein l’avocat communiste Anit Baba a lancé en juin dernier une pétition pour convaincre le gouvernement turc d’autoriser les ressortissants d’Abkhazie à venir dans ce pays, et en vue du rétablissement de la liaison maritime entre Soukhoumi et les ports turcs.

Cette campagne a connu un succès immédiat dans les partis de gauche turcs, et même au sein de mouvements de droite, ainsi que dans les diverses communautés ethniques minoritaires comme les Kurdes et les Arméniens. Même la parti kémaliste qui dirigeait le pays dans les années 1990 a signé son soutien, sans oublier des organisations professionnelles comme l’union des barreaux de Turquie (les avocats), divers intellectuels et artistes etc.

Le succès de cette campagne est tel que le collectif « Fin de l’Isolement de l’Abkhazie » souhaite aujourd’hui étendre sa dynamique au monde entier en lançant un appel international contre l’enclavement de l’Abkhazie. Des comités en ce sens se constituent en Europe, en Asie, en Afrique, aux Etats-Unis. Le soutien à la pétition Ouvrez les portes verrouillées de la Mer Noire – mettez fin à l’isolement ! doit être l’occasion à la fois de tendre la main à ce courageux petit peuple qui depuis des siècles a résisté à toutes les tentatives d’asservissement et d’assimilation, et un moyen de dénoncer la politique occidentale qui applique un deux poids deux mesures entre les peuples « alliés » et les peuples « ennemis », en condamnant sans état d’âme ces derniers à l’oubli et à l’étranglement. Plutôt que de servir de supplétif à l’impérialisme de l’Union européenne en Géorgie, la France et les autres pays francophones s’honoreraient de plutôt choisir dans le Caucase le non-alignement et aider les Abkhazes à sortir du blocus économique et administratif. C’est ce que les citoyens doivent demander en signant cette pétition.

Lien pour la pétition (en français) : https://atlasalternatif.over-blog.com/2026/10/petition-pour-la-fin-de-l-isolement-de-l-abkhazie.html

Publié à l’origine par  Le Grand Soir

Violences de colons israéliens en Cisjordanie occupée: «Empêcher les Palestiniens de cultiver leurs terres contribue à les en chasser»

19 October 2026 at 15:45
La récolte des olives commence dans une atmosphère ultra-violente en Cisjordanie occupée. Accaparement de terres, vandalismes et surtout agressions physiques contre des Palestiniens, mais aussi des étrangers. Un maire français et une photographe américaine ont été frappés ces derniers jours. Les violences des colons sont rarement suivies d’enquêtes sérieuses ou de poursuites, selon des ONG israéliennes et palestiniennes, ce qui entretient un sentiment d’impunité. Le point sur cette situation avec Bushra Khalidi, directrice des politiques de l’ONG Oxfam international, basée en Palestine.

AES-CEDEAO : des signes de détente et l’ambition d’un accord-cadre à l’issue de la première session de négociations

19 October 2026 at 13:11

L’Alliance des États du Sahel (AES) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont engagé le 17 octobre à Dakar, capitale du Sénégal, des négociations formelles ambitionnant de définir un nouveau cadre de coopération entre les deux parties et ouvrant la voie à une redéfinition de leurs relations. Bien que les divergences politiques persistent entre les deux blocs régionaux, il est nécessaire pour les pays ouest-africains de maintenir les liens économiques, sécuritaires et humains. La rencontre est considérée comme une avancée diplomatique qui a permis de mettre en place des groupes de travail thématiques conjoints, chargés de poursuivre les discussions techniques sur un projet d’accord-cadre. Les conclusions de ces groupes devraient ensuite être soumises aux ministres lors de leur prochaine session.

Les discussions ont été conduites par le ministre sénégalais de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères Cheikh Niang, à la tête de la délégation de la CEDEAO, et par Karamoko Jean-Marie Traoré, chef de file de celle de l’AES. Le dialogue s’inscrit dans le prolongement des consultations engagées à Bamako le 22 mai 2025.

Le maintien des échanges économiques et de la mobilité des populations au cœur d’un futur accord

Les délégations des deux organismes régionaux ont exprimé le souhait de bâtir une coopération fondée sur le bon voisinage, compte tenu des relations socioculturelles, économiques et historiques qui lient les peuples de l’Afrique de l’Ouest. La perspective d’un accord-cadre repose sur 18 secteurs prioritaires répartis en cinq axes qui incluent la libre circulation des personnes et des biens, le commerce, l’humanitaire et la sécurité, avec une attention particulière portée aux questions de souveraineté, de dignité et de bien-être des populations.

Selon la presse africaine, l’ouverture entre les deux organisations ne signifie pas pour autant un retour des pays de l’AES, à savoir le Burkina Faso, le Mali et le Niger, dans le giron de la CEDEAO, car les trois pays sahéliens maintiennent leur position sur l’irréversibilité de leur retrait de l’organisation ouest-africaine. Cela n’exclut toutefois pas la possibilité d’un partenariat régional.
Pour la suite du processus, il s’agit de traduire ces négociations en dispositions effectives régissant les relations et la coexistence entre les deux organisations.

Cisjordanie occupée: Israël annonce l'arrestation de dix personnes après de récentes attaques de colons

By: RFI
19 October 2026 at 12:10
La police israélienne a annoncé, lundi 19 octobre, l'arrestation de dix personnes soupçonnées d'être impliquées dans des attaques perpétrées par des colons contre une photographe américaine et un maire français en visite en Cisjordanie occupée. Ce dernier figurait dans un convoi de diplomates européens. Face au tollé international, le ministre de la Défense, Israël Katz, réclame une réponse policière stricte, refusant tout recours à la détention administrative.

Législatives en Israël: Benyamin Netanyahu obtient le soutien tardif de Donald Trump

By: RFI
19 October 2026 at 06:25
Dans un peu plus d’une semaine, les Israéliens se rendront aux urnes. Des législatives qui s’annoncent serrées avec un enjeu important. C’est la première élection depuis le 7-Octobre et après trois années de guerre. Le vote risque de se résumer à un référendum – pour ou contre – Benyamin Netanyahu. Et hier, le Premier ministre, qui est candidat à sa réélection, a obtenu le soutien de Donald Trump.

Exclusif : L’Iran, un cobra lové prêt à frapper

By: A A
17 October 2026 at 19:31

L’Iran et le Pakistan sont pleinement engagés dans la construction d’un ordre financier post-américain à la croisée du Moyen-Orient et de l’Asie du Sud.

Allons droit au cœur du sujet : après avoir soigneusement examiné l’échiquier, les dirigeants politiques et militaires de Téhéran sont déjà parvenus à la conclusion qu’une attaque conjointe américano-israélienne, dont la planification avance à un rythme effréné, est inévitable.

Ils se positionnent donc désormais comme un cobra lové, prêt à frapper et à injecter son venin mortel au premier signe d’une menace imminente du syndicat Epstein — sans même attendre une attaque effective.

Cette offensive préventive, dont les contours sont déjà tracés, sera dévastatrice ; elle s’étendra au-delà des bases américaines au Moyen-Orient vers d’autres cibles régionales, et pourrait notamment inclure les infrastructures énergétiques du Golfe ainsi que les câbles sous-marins (ce qui, dans ce cas, affecterait principalement le Golfe et l’Inde, bien plus que les États-Unis et l’Europe).

Nous sommes en présence d’un danger clair et immédiat : une opération militaire américano-israélienne destinée à exercer une pression sera certainement interprétée à Téhéran comme le début d’une attaque.

Ainsi, la pression en faveur de la guerre exercée par le «culte de la mort» et par Trump se heurte désormais à un seuil de tolérance iranien dangereusement bas. Les options de frappe du Pentagone vont des installations nucléaires iraniennes aux infrastructures énergétiques.

Il va sans dire que le «sociopathe en chef» — déjà en pleine panique face à la débâcle imminente des élections de mi-mandat — est une proie facile pour le puissant lobby sioniste pro-guerre et ses donateurs. Le danger stratégique suprême réside donc dans le fait que cette pression incessante puisse envoyer un signal que Téhéran interpréterait comme une attaque imminente, même si Washington affirme publiquement qu’aucune frappe n’aura lieu avant les élections de mi-mandat.

Le Yémen fait passer la situation à un niveau supérieur

Parallèlement, des sources privilégiées à Islamabad confirment le succès d’un essai de missile pakistanais à Mach 7, d’une portée de plusieurs milliers de kilomètres. Cette nouvelle capacité a tout ce qu’il faut pour modifier concrètement l’équilibre des pouvoirs au Moyen-Orient, en renforçant la portée dissuasive du Pakistan et sa capacité à influencer tous les calculs de sécurité régionaux, tout en approfondissant les liens du Pakistan avec la Chine, l’Iran et les pétro-monarchies du Golfe.

Et voici une autre exclusivité : des membres des services de renseignement militaire israéliens, notamment un général de division, ont quitté Riyad après que MbS, dans un prétendu moment de lucidité, eut dit «non» à l’offre d’»assistance» de la secte de la mort. Et pourtant, plus de 100 membres du CENTCOM sont toujours sur place.

La décision de MbS lui a peut-être été imposée par la Turquie et le Pakistan — les deux autres signataires de l’Alliance de défense de La Mecque, qui se sont soudainement retrouvés dans la même salle de crise à Riyad, côte à côte avec des agents de la secte de la mort.

Si leur départ a peut-être écarté un risque d’escalade, les agents américains restent révélés : toute frappe, d’où qu’elle vienne, faisant des victimes américaines entraînera immédiatement Washington dans la guerre entre l’Arabie saoudite et Ansarallah.

La guerre entre l’Arabie saoudite et Ansarallah atteint en effet un nouveau niveau de volatilité. Le mélange explosif constitué par l’interception d’un missile de croisière au-dessus de la province de Médine, les interceptions de drones ailleurs en Arabie saoudite et les frappes de missiles des forces armées yéménites contre le complexe présidentiel du gouvernement fantoche d’Aden n’est qu’un début.

Ce qui s’est passé après qu’Ansarallah a pris pour cible Najran — l’une des provinces du sud de l’Arabie saoudite volées au Yémen en 1934 par les Britanniques — est tout à fait stupéfiant.

Un porte-parole saoudien a accusé Ansarallah d’avoir lancé un missile de croisière sur Médine. La réponse du porte-parole emblématique des forces armées yéménites, le général Yahya Saree, a été cinglante : «Nous n’avons mené aucune opération militaire visant le territoire saoudien aujourd’hui. Par conséquent, l’affirmation de l’ennemi saoudien selon laquelle Médine aurait été prise pour cible est une pure invention et un mensonge grave».

Traduction : le Yémen frappe l’une de ses anciennes provinces ; les Saoudiens se lancent dans des fausses informations à outrance, inventant de toutes pièces une attaque contre l’une des deux mosquées sacrées — sans doute en préparation d’une opération sous faux pavillon ; puis le Yémen nie aussitôt avoir frappé quelque (italiques de ma part) territoire saoudien.

Cela signifie que Sanaa déclare subtilement, pour que tout le monde comprenne, qu’elle ne mène plus d’opérations à l’étranger (italiques de ma part) sur les trois provinces : Jizan, Najran et Asir. Elle prépare déjà — psychologiquement et opérationnellement — le terrain pour récupérer son territoire volé.

Tout cela se résume dans cette analyse yéménite succincte de la déconstruction de la fastueuse Maison des Saoud :

«Le Yémen sape les piliers ultra-fragiles de l’économie non pétrolière sur lesquels les pirates du désert ont fondé tous leurs espoirs : l’image, les investissements (IDE), l’évasion de la réalité, ainsi que l’impunité et l’invulnérabilité face au terrorisme à l’étranger».

Comment le Pakistan et l’Iran contournent le FMI

Prêtez maintenant attention à un événement assez surprenant qui s’est produit en milieu de semaine à Bangkok, lors de la réunion annuelle du FMI et de la Banque mondiale — dûment accueillie par des manifestations de rue en Thaïlande.

Le gouverneur de la Banque centrale d’Iran, Abdolnaser Hemmati, a rencontré le gouverneur de la Banque centrale du Pakistan, Jameel Ahmad, en marge de ce rituel annuel de premier plan à la gloire du dollar américain.

Le Pakistan est soumis à la poigne de fer des ajustements structurels imposés par le FMI et la Banque mondiale — et, pour couronner le tout, menacé de sanctions américaines parce qu’il entretient des relations commerciales avec l’Iran.

Le fait que le Pakistan et l’Iran discutent de facto de la dédollarisation au cœur même de la tanière du lion — le temple du dollar américain — n’a donc pas de prix.

L’infrastructure est en place depuis 2023, grâce à un accord de swap de devises utilisant le rial et la roupie à la place du dollar américain. Le troc est géré par les deux banques centrales, et les flux bancaires transitent par la Banque Melli en Iran et la Banque Mellat au Pakistan. Leurs marchés frontaliers — au moins six d’entre eux — sont en plein essor : des routes commerciales physiques qui contournent complètement le dollar américain.

Ce dont ils discutaient à Bangkok en début de semaine, c’est la manière d’étendre ce système : ils se moquent éperdument des sanctions secondaires américaines. D’autant plus que Téhéran offre à Islamabad ce que le système américain ne peut tout simplement pas offrir : la souveraineté, pas de changement de régime, pas d’austérité, pas de leçons de morale et, surtout, pas d’ajustement structurel.

Sans compter que le Pakistan a cruellement besoin du gaz iranien — et des routes commerciales de la nouvelle Route de la soie rendues possibles par la Chine.

L’Iran a bâti toute une économie en contournant complètement le FMI — et capable de survivre à un tsunami de sanctions, à un blocus et à la guerre.

Aujourd’hui, l’Iran et le Pakistan sont en pleine construction d’un ordre financier post-américain à la croisée du Moyen-Orient et de l’Asie du Sud — avec des swaps de devises, du troc, des marchés frontaliers en plein essor et des canaux bancaires adaptés, tournant ainsi en dérision les sanctions secondaires.

Soit dit en passant, cela se produit au moment même où un immense train iranien, chargé de pétrole brut — et le premier d’une longue série —, s’apprête à partir pour… la Chine via l’Asie centrale, sur la ligne ferroviaire de la «nouvelle Route de la soie» construite par la Chine.

Le cobra lové est peut-être prêt à frapper. Mais le cobra, depuis des temps immémoriaux, adore aussi faire des affaires.

Traduction:  Reseau International

Cisjordanie occupée : des colons israéliens agressent un maire français et attaquent une délégation diplomatique européenne

17 October 2026 at 17:32
Preview En Cisjordanie occupée, des colons israéliens masqués ont attaqué ce 17 octobre une délégation européenne à Taybeh et roué de coups Bernard Baudoux, un maire français de 78 ans. La Belgique dénonce cette agression visant aussi des Palestiniens et des diplomates. Cette attaque illustre la violence quotidienne des colons dans ce territoire occupé.

Cisjordanie occupée: Paris et Washington pressent Israël de mettre fin aux attaques de colons

17 October 2026 at 16:08
Des colons israéliens ont attaqué, samedi 17 octobre, un convoi de diplomates européens qui effectuaient une visite en Cisjordanie occupée, rouant de coups un maire français, ont indiqué à l'AFP un témoin et deux sources diplomatiques. Sur une vidéo consultée par l'AFP, Bernard Baudoux, maire communiste de la ville d'Aulnoye-Aymeries (nord), apparaît affalé au sol contre une voiture. Vendredi, c'est une photojournaliste du Washington Post qui était rouée des coups par des colons.

Maroc : Amnesty International dénonce un système de surveillance visant les défenseurs des droits humains

17 October 2026 at 14:37

Amnesty International dénonce l’existence d’un vaste système de surveillance au Maroc, destiné, selon l’organisation, à harceler, discréditer et réduire au silence les défenseurs des droits humains et les journalistes critiques du pouvoir. Dans un rapport intitulé « On commence par le verdict », l’ONG décrit les méthodes attribuées à la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), les services de renseignement intérieur marocains, et le rôle d’entreprises privées dans la fourniture des technologies utilisées.

Le document s’appuie notamment sur des témoignages d’anciens membres des services de renseignement, des documents internes divulgués et des enquêtes journalistiques. Selon Amnesty International, les opérations décrites associent des logiciels espions comme Pegasus, des interceptions de communications, le suivi des déplacements, des enregistrements clandestins et le recours à des informateurs.

L’organisation affirme que ces pratiques ne se limitent pas à la collecte de données, mais servent également à alimenter des campagnes de dénigrement dans des médias proches du pouvoir et sur les réseaux sociaux. Des informations privées, parfois intimes, seraient utilisées pour porter atteinte à la réputation des personnes ciblées et dissuader d’autres voix critiques de s’exprimer.

Pegasus et plusieurs entreprises de surveillance cités

Le rapport revient notamment sur le cas de Maâti Monjib, historien et défenseur des droits humains, présenté comme l’une des premières cibles de Pegasus au Maroc en 2017. Amnesty affirme que les autorités marocaines ont utilisé ce logiciel espion entre 2017 et 2021, voire au-delà, malgré leurs démentis.

L’ONG cite également plusieurs entreprises fournissant des technologies de surveillance, notamment la firme israélienne NSO Group, qui développe Pegasus, l’italienne Hacking Team, l’entreprise française Amesys et une société israélienne, Cellebrite. Le rapport évoque aussi des outils permettant l’interception de communications à grande échelle et le suivi des téléphones mobiles.

Amnesty estime qu'est ainsi instaurée une combinaison faite de surveillance, harcèlement judiciaire et campagnes de dénigrement portant atteinte à la vie privée, à la liberté d’expression et à la liberté d’association. L’organisation souligne également les conséquences de cses pratiques sur les familles et les réseaux professionnels des personnes visées.

Appels à des enquêtes indépendantes

L’ONG demande aux autorités marocaines de mettre fin à la surveillance des journalistes et des défenseurs des droits humains, de mener des enquêtes indépendantes sur les abus présumés et de garantir des recours aux victimes.

Elle appelle également à réformer le cadre juridique encadrant la surveillance et recommande aux États ainsi qu’aux entreprises concernées de suspendre certaines ventes et transferts de technologies tant que des garanties suffisantes contre les violations des droits humains ne sont pas établies.

Selon ce rapport, Amnesty International avait transmis ses conclusions aux autorités marocaines avant sa publication et les avait invitées à répondre. L’organisation indique n’avoir reçu aucune réponse.

Israël : des réseaux publicitaires détournés pour espionner des centaines de millions d’internautes

17 October 2026 at 11:44

Une entreprise israélienne spécialisée dans la publicité numérique aurait utilisé un vaste réseau de publicités en ligne pour surveiller des internautes et faciliter le piratage de leurs appareils, selon deux enquêtes publiées le 15 octobre par le Citizen Lab, un groupe de recherche canadien spécialisé dans la cybersécurité, et Confiant, une société américaine spécialisée dans la sécurité publicitaire.

Baptisée Discover-Tech, la société aurait exploité les infrastructures publicitaires de plusieurs grandes plateformes, dont Google, Comcast et le russe Yandex, pour diffuser des annonces permettant de repérer et de suivre l'activité des utilisateurs. Selon le Citizen Lab, ces publicités ont été diffusées sur plus de 120 000 sites web et 75 000 applications.

Le dispositif reposait notamment sur des annonces en apparence ordinaires, faisant la promotion de produits tels que des téléphones ou des écouteurs. Leur simple chargement sur une page web ou dans une application pouvait déclencher des mécanismes de collecte de données, sans nécessiter de clic de la part de l'utilisateur. Certaines publicités auraient également permis de récupérer des numéros de téléphone ou de faciliter l'installation de logiciels espions.

Des appareils d'Al Jazeera ciblés

Les chercheurs ont établi un lien entre Discover-Tech et Candiru, une entreprise israélienne spécialisée dans les logiciels espions, inscrite sur la liste noire du département américain du Commerce en 2021 pour des activités liées au ciblage malveillant de responsables publics, de journalistes, de militants et d'universitaires.

Selon le Citizen Lab, des logiciels espions de Candiru ont compromis 45 appareils Windows utilisés au sein de la chaîne qatarie Al Jazeera entre 2024 et 2025. Les chercheurs indiquent avoir pu confirmer ces intrusions grâce aux historiques informatiques transmis par le média.

Dans un communiqué, Al Jazeera a condamné les attaques visant plusieurs de ses employés et affirmé prendre des mesures pour protéger son personnel et ses systèmes informatiques.

Les annonces associées à Discover-Tech auraient également été diffusées sur des réseaux sensibles. Selon Confiant et le Citizen Lab, ceux-ci comprenaient notamment des environnements liés au Pentagone, à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), à la Cour pénale internationale, aux Nations unies et à l'Otan. Les chercheurs signalent aussi une présence importante de ces publicités dans les territoires palestiniens.

Google coupe les accès de Discover-Tech

Les révélations ont entraîné des mesures de plusieurs acteurs du secteur. Google a annoncé avoir exclu Discover-Tech de ses plateformes publicitaires pour violation systématique de ses règles d'utilisation. IAB Europe, une organisation professionnelle du secteur de la publicité numérique, a suspendu son statut de fournisseur agréé après un audit ayant relevé des manquements à ses politiques.

Beeswax, une filiale technologique publicitaire de Comcast, a également retiré l'entreprise de sa plateforme. D'autres acteurs ont suspendu ou bloqué ses accès dans le cadre de leurs propres contrôles.

Confiant estime que Discover-Tech diffusait au moins dix millions de publicités par jour dans le monde et que ses activités avaient probablement touché des centaines de millions de personnes. Ce chiffre constitue une estimation de l'entreprise de cybersécurité et non un décompte confirmé de victimes.

L'OIT dans la tourmente

16 October 2026 at 18:03
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Edvard Munch. — « Gatearbeidere i snø » (Ouvriers de voirie dans la neige), 1931–1933

La possibilité de déplacer la production là où les salaires sont plus bas et les protections sociales plus faibles met les salariés du monde entier en concurrence. Depuis sa création en 1919, par le traité de Versailles aux côtés de la Société des nations (SDN), l'Organisation internationale du travail (OIT) élabore des normes pour empêcher que les conditions imposées aux uns servent à dégrader celles des autres. Elle a inventé le tripartisme, c'est-à-dire le dialogue entre les gouvernements et les représentants de ceux qui travaillent et qui les emploient. Aujourd'hui encore, il s'agit de la seule institution mondiale réunissant représentants des gouvernements et des partenaires sociaux de 187 pays. Depuis 1946, elle est une agence spécialisée de l'Organisation des Nations unies. La mondialisation libérale a cependant renforcé la logique du moins-disant social : aux États de rendre leur main-d'œuvre “attractive”, aux salariés de justifier le coût de leurs protections.

L'élection du directeur général, le 16 novembre prochain, intervient sur fond d'offensive contre les moyens et l'indépendance de l'organisation. Le collège électoral compte 56 membres : 28 représentent les gouvernements, 14 les employeurs et 14 les travailleurs. Cette composition ménage aux syndicats une place exceptionnelle dans le système international, mais rend décisifs les appuis que chaque candidat peut trouver auprès des gouvernements et du patronat.

Le sortant togolais Gilbert Houngbo peut faire valoir certaines avancées (1). Sous son mandat, l'OIT a adopté des conventions sur les dangers biologiques et le travail des plateformes. La saisine de la Cour internationale de justice à son initiative a également permis de confirmer la protection du droit de grève, contestée par les représentants patronaux.

Les impayés de l'administration Trump réduisent les moyens dont dispose l'organisation pour élaborer de nouvelles normes et contrôler l'application des conventions existantes. La contribution obligatoire des États-Unis représente en effet 22 % de son budget ordinaire. Washington dispose ainsi d'un levier sur une organisation chargée d'encadrer les rapports de travail. Et les récentes démarches de M. Houngbo pour confier un poste stratégique à un responsable américain posent la question du prix politique à payer pour obtenir le retour des financements.

La ministre espagnole du travail Yolanda Díaz conteste ce rapprochement avec les Etats-Unis ainsi que la gestion de la crise financière par le sortant. Soutenue par le gouvernement espagnol et les deux principales confédérations syndicales du pays, les Commissions ouvrières (CCOO) et l'Union générale des travailleurs (UGT), elle oppose aux concessions de M. Houngbo son expérience des réformes sociales, notamment la hausse du salaire minimum et la réforme du marché du travail négociée avec les syndicats et le patronat ibériques. Pour ce qui est des financements, elle envisage toutefois de nouveaux partenariats public-privé, compatibles selon elle avec la défense de l'OIT. Reste à garantir que les entreprises sollicitées ne pèseront pas davantage sur les règles que l'institution élabore.

L'ancien ministre péruvien Javier González-Olaechea Franco revendique, lui, son expérience de chef d'entreprise. À l'en croire, Mme Díaz comprendrait mal comment se créent la richesse, les emplois et l'investissement. Dans une organisation chargée de protéger les travailleurs, la connaissance des exigences patronales vaudrait donc brevet de compétence. Soutenu par le gouvernement péruvien, M. Franco rencontre une opposition syndicale jusque dans son pays.

Pour les travailleurs, l'enjeu dépasse bien sûr le choix d'un directeur général. Les normes de l'OIT, les conventions qu'elles adoptent sur de nombreux sujets, constituent aussi des appuis pour s'organiser, faire grève et obtenir des changements. Affaiblir ces droits laisse les injustices intactes, tout en réduisant les moyens de les combattre collectivement.


(1) Lire « OIT : les enjeux d'une élection », de Carlos Lopes et Alain Supiot, 16 octobre 2026.

Dans nos archives

Isabel Allende gana el Premio Planeta 2026 por la secuela de 'La casa de los espíritus': "Es como ganar el Nobel"

15 October 2026 at 22:30

Isabel Allende gana el Premio Planeta 2026 por la secuela de 'La casa de los espíritus': "Es como ganar el Nobel"

Este es el primer galardón español de renombre que reconoce la labor de Isabel Allende, una autora querida por su público pero denostada por la crítica especializada desde sus inicios

Isabel Allende: “No podría escribir una novela sobre Trump, necesito la distancia del tiempo”

La ganadora del Premio Planeta 2026 ha sido Isabel Allende por la novela La hora antes del alba, la segunda parte de su ya clásica La casa de los espíritus. El finalista ha sido Sergio Hernández por La añoranza. Sus nombres se han anunciado durante una cena en el Pabellón 1 del Recinto de Montjuïc de la Fira de Barcelona, que ha estado presidida por los Reyes.

“No esperaba esto y menos ver a todo el mundo de pie, qué emoción tan grande”, ha dicho la autora chilena al subir al estrado para recoger su distinción. “Decidí correr el riesgo de presentarme porque me parecía un desafío tan importante como casarse a los 80 años”, ha declarado, con su gracia natural.

La hora antes del alba está protagonizada por Alba, la nieta de Esteban Trueba y Clara del Valle, quien regresa embarazada a la casa familiar tras haber sido torturada y apresada por la dictadura de su país. A través del amor y el ansia por ayudar a los demás conseguirá, poco a poco, volver a asentar los pilares de su vida.

Aunque se considera que sus anteriores títulos Hija de la fortuna y Retrato en sepia forman parte del universo de La casa de los espíritus, con esta nueva obra la autora retoma la saga familiar desde el punto en el que terminó la primera entrega. Según Luz Gabás, integrante del jurado junto a Pere Gimferrer, Eva Giner, Carmen Posadas, Paloma Sánchez-Garnica, Javier Sierra y Belén López, se trata de “una ficción histórica de superación sobre una familia que lucha por sobrevivir en un lugar convulso”.

“Desde que publiqué La casa de los espíritus he recibido miles de mensajes de lectores que querían saber qué había pasado con Alba”, ha afirmado. Allende tiene muchas ideas dentro que son “como semillas” y algunas de ellas acaban saliendo. “Ahora que veo tantas democracias amenazadas por el autoritarismo e incluso el fascismo, vuelvo a sentir el temor que me llevó a salir de mi país”, ha revelado.

Eso la ha llevado a recuperar la saga de la familia Trueba en el momento en el que la nieta de Esteban y Clara se convierte en la protagonista. “Es la historia de Alba en los años del terror, fortalecida por la maternidad, por el amor de dos hombres y por los espíritus que la acompañan”, ha resumido y ha afirmado que el título “se refiere al momento más oscuro de la noche” en el que el amanecer se empieza a intuir.

Tampoco ha dudado en afirmar que escribe sobre ciertos temas porque “están en el aire, pesan” y confía en el poder de la literatura para cambiar a los lectores gracias a su manera insidiosa “de entrar en una casa o en una mente o en una familia”. Y ha afirmado, contundente, que “Salvador Allende estaría contento de ver que lo que él sembró, no se perdió”.

Este es el primer galardón español de renombre que reconoce la labor (y el tirón comercial) de Isabel Allende, una autora querida por su público pero denostada por la crítica especializada desde sus inicios. De hecho, ella misma ha reconocido en su encuentro con los medios posterior a la cena que con este galardón, espera “ganar lectores que quizá no tendría de otra manera”. Y, además, ha dejado claro que también quería “el prestigio que este premio da, porque es una categoría que yo quiero tener. Es como ganar el Nobel”. 

Su bibliografía se ha nutrido de novelas, memorias, relatos, obras de teatro y literatura infantil. Cada 8 de enero se sienta ante el teclado, hace una pequeña ceremonia y se lanza a escribir hasta que su idea se consolida. Entre sus títulos más conocidos, además de su mencionado debut, están Eva Luna (1987), De amor y de sombra (1984), Paula (1994) o El viento conoce mi nombre (2023). Su última publicación ha sido La palabra mágica. Una vida escrita (2026), un libro en el que reflexiona sobre el valor de la escritura.

Para Allende, el premio supone una mudanza importante: después de 44 años en la editorial Plaza & Janés, propiedad del grupo Penguin Random House desde 2013, se pasa a la competencia directa. La autora es una superventas indiscutible desde hace mucho tiempo y el premio no hará más que aumentar ese triunfo entre los lectores.

A lo largo de sus más de siete décadas de trayectoria, los títulos galardonados han despachado más de 47 millones y medio de copias. Esto representa, según la organización, “una media de más de dos ejemplares del Premio Planeta, o del finalista, por cada hogar español”.

75 años de Premio Planeta

El evento ha tenido que trasladarse del Museu Nacional d’Art de Catalunya (MNAC), su sede habitual, a esta nueva ubicación por motivos de aforo, ya que ha despertado una gran expectación. Este año el galardón celebra su 75 aniversario, una cifra redonda que le da más peso, si cabe. La obra ganadora se lleva un millón de euros y la finalista 200.000 euros, además de un trofeo.

José Crehueras, presidente del grupo Planeta y Atresmedia, ha sido el encargado de abrir la ceremonia con un discurso emotivo: “a todos nos une ese tesoro al que llamamos libro”, ha apuntado. Después, Felipe VI ha tomado el relevo para recordar que es la quinta edición en la que la Reina y él acuden a esta ceremonia y resaltar la importancia de las novelas que “son capaces de despertar emociones, suscitar preguntas y ampliar nuestra mirada”.

Además, ha recordado la frase de Ana María Matute, la primera mujer que ganó el premio en 1954: “el que no inventa no vive”. Tras estos parlamentos ha dado comienzo una velada que, desde su primera edición, tiene lugar siempre el 15 de octubre. Se corresponde con la festividad de Santa Teresa, un gesto con el que José Manuel Lara Hernández, fundador de la empresa, quiso rendir homenaje a su esposa, María Teresa Bosch.

Entre los políticos presentes en la gala se encontraban, entre otros, Cándido Conde-Pumpido, presidente del Tribunal Constitucional; Salvador Illa, Presidente de la Generalitat de Catalunya; Ernest Urtasun, Ministro de Cultura; Jaume Collboni, Alcalde de Barcelona; Carlos Prieto, Delegado del Gobierno de España en Catalunya y Alberto Núñez Feijóo, presidente del Partido Popular.

Asimismo, se ha podido ver a nombres destacados del espectro literario como Eduardo Mendoza, Carmen Posadas, Boris Izaguirre, Nativel Preciado, Marta Robles, Ángeles Blanco, Pedro J. Ramírez y Cruz Sánchez de Lara, Alana S. Portero, Cristina Araújo, Sandra Barneda, Ángela Becerra, Juan Manuel de Prada, Pilar Eyre, Susana Fortes y Espido Freire. También se han sentado a las mesas del pabellón caras famosas de Atresmedia como Susana Griso y su marido Luís Enríquez; Matías Prats; Roberto Brasero, Alberto Chicote; Vicente Vallés y Sonsoles Ónega, Premio Planeta 2023.

Un misterio histórico como finalista

El premio finalista ha sido para el valenciano Sergio Hernández, por su obra La añoranza. Se trata de una novela de detectives protagonizada por un joven que, en 1959, pierde el corazón por un traductor de francés que desaparece de la noche a la mañana. Dos décadas después, un informe de las Brigadas Sociales franquistas vincula el suceso a un plan para acabar, supuestamente, con Antonio Machado. El autor se presentó al concurso con el seudónimo de Martín Guerrero y el título Los Caminantes.

Hernández ha explicado que su padre durante muchos años ha sido librero y, por tanto, sabe lo que significa este premio, “he crecido con este galardón en los estantes”, ha dicho. Esta novela le ha servido para redescubrirse a sí mismo y a la historia del país, por lo que ha sido “doblemente especial”.

Antes de despedirse con agradecimiento a sus padres, sus abuelos y “a todas las personas que han encontrado las respuestas en los libros” ha querido mencionar a sus autores de cabecera que también han publicado en Planeta. “Almudena Grandes; Javier Cercas que dijo ‘toda gran novela debe contener una gran pregunta’; Carmen Laforet y su Barcelona, y más que en ningún otro a Carlos Ruiz Zafón”. Su frase de despedida ha sido: “Como dijo Machado, hoy es siempre todo”.

En esta edición del Premio Planeta se han presentado 1.424 obras al concurso, un récord histórico. De ellas, nueve novelas han llegado a la recta final. Lo habitual suele ser que la lista sea de diez, pero una se descartó ya que ya se había publicado. Además, desde Planeta han recalcado que todas las obras han sido examinadas al detalle para evitar cualquier posible intrusión de la Inteligencia Artificial.

Hace unas semanas el premio Goncourt, el más prestigioso en lengua francesa, tuvo que eliminar de sus aspirantes a C’était ça ou mourir del canadiense Thélyson Orélien por el mismo motivo, lo que desató un escándalo como hacía tiempo que no se veía en el país vecino. Por si acaso, en Planeta han pasado las obras por los filtros suficientes para evitar cualquier amago de alboroto.

La réouverture de la route 463 aux colons menace d’isoler Ramallah

14 October 2026 at 19:02

L’armée israélienne s’apprête à rouvrir aux colons la route 463, un axe de dix kilomètres traversant le nord de Ramallah et d’el-Bireh. Cette mesure, selon plusieurs sources, menacerait d’isoler huit villages palestiniens et deux grands quartiers résidentiels, tout en séparant le nord et le sud du gouvernorat. 

Une route au cœur de la fragmentation

Construite au milieu des années 1990 pour relier les colonies de Beit El et de Dolev, la route 463 avait été fermée après le déclenchement de la seconde Intifada. Sa réouverture s’inscrit dans un budget d’infrastructures de 1,075 milliard de shekels (environ 355 millions de dollars) destiné aux colonies, illégales au regard du droit international.

Le gouvernement israélien souhaite accélérer le processus avant les élections du 27 octobre.

La Commission de résistance à la colonisation et au mur, affiliée à l’OLP, dénonce une « politique systématique visant à démanteler la contiguïté géographique et démographique palestinienne ». Des dizaines de milliers d’habitants seraient contraints d’emprunter une route alternative déjà saturée près du camp de Jalazone. Les villages de Surda, at-Tira, Ein Qiniya, Ras Karkar, Deir Ibzi ou Ein Arik seraient particulièrement touchés.

Jamal Juma, coordinateur de la Campagne populaire de résistance au mur et aux colonies, estime que la réouverture « encerclerait complètement la partie ouest de Ramallah ». Sur X, l’Association France Palestine Solidarité avait déjà alerté le 1er octobre en soulignant que « l’armée et les colons israéliens collaborent pour rouvrir la route 463 réservée aux colons et rompre la continuité territoriale ».

L'armée et les colons israéliens collaborent pour rouvrir la route 463 réservée aux colons et rompre la continuité territoriale. Selon Jamal Jumaa de @stopthewall, elle divisera Ramallah en coupant les universités dont Birzeit du reste de la ville. https://t.co/Icp4rZ426c

— Association France Palestine Solidarité (@AFPSOfficiel) October 1, 2026

Munif Treish, maire d’El-Bireh, rappelle que 95 % du tracé se situe en zone B, placée sous administration civile palestinienne selon les accords d’Oslo II. Il y voit une « violation flagrante » des engagements pris avec l’OLP et une « menace existentielle » pour 250 000 Palestiniens. La municipalité promet de mobiliser tous les moyens légaux pour s’y opposer tandis que la mobilisation internationale, notamment au sein de l’UE, ne semble pour l’heure pas produire d’effets.

Thélyson Orélien reconnaît des plagiats, mais nie avoir utilisé l’IA pour son roman

14 October 2026 at 18:06
Preview Accusé d’avoir eu recours à l’intelligence artificielle pour écrire son roman «C’était ça ou mourir», l’écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien affirme qu’«aucune phrase» n’a été créée par une machine. Dans un texte transmis à l’AFP le 13 octobre, il reconnaît toutefois des plagiats antérieurs et présente ses excuses.

Ah Dieu ! que la guerre est jolie

Longtemps ils ont incarné le type humain le plus méprisable qu'on puisse imaginer : les marchands de canons, dont Bob Dylan estimait qu'ils ne « valent pas le sang qui coule dans leurs veines ». Aujourd'hui, l'Union européenne les érige en héros du grand réarmement moral et militaire. Cet engouement morbide percole aussi dans le secteur financier, où l'État encourage les investissements « kaki ».

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Grace Graupe-Pillard. – « Gunboat » (Canonnière), 2009
© Grace Graupe-Pillard - gracegraupepillard.neoimages.net

« Voir un missile sortir de nos usines pour être livré aux forces, ça rend mon métier extrêmement concret, j'y ai ma part de responsabilité. » « Thibault », technicien dont le témoignage est cité dans une vidéo promotionnelle du fabricant MBDA, ne croit pas si bien dire. Les produits de son employeur ont récemment foudroyé écoles, mosquées et camps de réfugiés gazaouis, causant la mort de plus de cinq cents personnes, dont une centaine d'enfants (1). Cette entreprise européenne d'armement — au carnet de commandes bien garni, à hauteur de 44 milliards d'euros (Challenges, 23 février 2026) — met pourtant tout en œuvre pour enjoliver ses marchandises : un code éthique qui « veille au respect des libertés fondamentales et des droits humains » ; des opérations de sensibilisation du personnel sur l'identité de genre, la neurodiversité ou la ménopause ; le lancement de projets de reforestation et de préservation des nappes phréatiques ; ou encore l'adoption de « pratiques d'écoconception » du matériel de guerre, afin de « réduire l'impact environnemental à la source » (2) — un pas vers les bombes bio ?

Mais cette stratégie de gestion du risque réputationnel a-t-elle encore un sens quand les médias, les principaux partis de gouvernement et la présidence de la République communient dans la célébration du grand réarmement et de l'activité militaire (3) ? Les lecteurs de L'Express, du Point ou du Parisien ont récemment pu feuilleter des catalogues promotionnels d'engins français, les auditeurs de France Culture apprendre « comment préparer les hommes à la guerre » (30 octobre 2025), cependant que les abonnés du quotidien Le Monde découvraient en mars 2025 un dossier en six volets dont l'article initial s'intitule « Les dépenses militaires, un levier pour la croissance ».

Ce dernier fait écho aux directives de la « Revue nationale stratégique 2025 », qui appelle de ses vœux « une économie qui se prépare à la guerre ». Pour faire tomber sur le secteur une pluie d'« investissements massifs, qu'ils soient publics ou privés », le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) recommande que l'État s'assure que « les politiques internes des banques et des assurances n'aillent pas au-delà des exclusions réglementaires » : en clair, il s'agit de veiller à ce que les « règles ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance) ne dissuadent pas les investisseurs de financer les entreprises de la base industrielle et technologique de défense (BITD) » (4).

« Armées robotiques napoléoniennes »

Le 20 mars 2025, devant un parterre d'investisseurs et de patrons réunis à Bercy, M. Sébastien Lecornu, alors ministre des armées, soucieux de « lever les derniers verrous culturels et réglementaires », rappelait avec « fermeté » que le secteur militaire ne représentait pas un investissement « sale ». La Commission européenne a, elle, décidé que « la finance durable de l'Union européenne [était] compatible avec l'investissement dans le secteur de la défense » (5). Ainsi, certaines armes nucléaires, incendiaires, munitions à uranium appauvri deviennent éligibles aux investissements « éthiques », au même titre que les chars, les canons, les avions de chasse, les obus et les logiciels de surveillance. Seules les armes interdites restent pour le moment taboues. Depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022, le nombre de fonds ESG exposés à l'industrie de l'armement nucléaire aurait augmenté de plus de 50 % (Bloomberg, 24 août 2025). Ces placements gérés selon des critères « environnementaux, sociaux et de gouvernance » sont réputés liés au développement durable…

Un consortium de journalistes a récemment révélé que 120 milliards d'euros issus des fonds « verts » de banques telles que le Crédit agricole, le Crédit mutuel, la Banque populaire et la Caisse d'épargne (groupe BPCE) ont été investis entre 2021 et 2025 dans l'industrie des armes — dont certaines impliquées dans le génocide à Gaza. La Commission européenne les a justifiés par leur contribution à la « durabilité sociale ». Sans le savoir, de petits épargnants européens ont potentiellement contribué à valoriser les actions d'Elbit Systems, le plus grand fabricant d'armes israélien, impliqué dans la destruction de terres agricoles à Gaza, par le biais de fonds ESG consacrés à la « transition climatique » (6).

Ce fléchage des investissements privés en faveur du complexe militaro-industriel s'inscrit dans une stratégie de soutien institutionnel plus large. La sollicitation du contribuable européen — 800 milliards d'euros avec le plan « ReArm Europe » — et français — plus de 700 milliards cumulés sur les deux dernières lois de programmation militaire — s'accompagne d'une mobilisation du premier investisseur européen, la Bpifrance. Détenue par l'État, la « banque des entrepreneurs » a lancé en octobre 2025 une quête de financement auprès des particuliers, en partenariat avec le groupe BPCE. Avec leurs plans d'épargne-retraite (PER) ou leurs assurances-vie, les Français peuvent à présent directement miser sur des entreprises d'armement. Ces investissements, particulièrement risqués et sans garantie de rendement, s'ajoutent au milliard d'euros injecté chaque année depuis 2021 par Bpifrance dans les « jeunes pousses » du secteur (7). Trois dispositifs couronnent l'ensemble : un « fonds innovation défense » alimenté par la direction générale de l'armement (DGA), l'assureur allemand Allianz et MBDA à hauteur de 400 millions d'euros pour prendre des participations dans les entreprises prometteuses ; un « accélérateur défense » pour les accompagner dans leurs choix stratégiques ; un « prêt DEF'FI » avantageux pour combler leurs besoins de trésorerie. La banque d'investissement public vante même une « opération de porte à porte » auprès de centaines d'entreprises pour les avertir de cette manne financière à leur disposition.

Une fois créées et consolidées, les petites et moyennes entreprises seront mûres pour tomber dans les filets tendus par quelques grands groupes militaires Illustration de cette mécanique économique bien huilée : en janvier dernier, Dassault Aviation annonçait un investissement de 200 millions d'euros dans le vendeur de drones autonomes Harmattan AI, dont le jeune fondateur assimile ses marchandises à des « armées robotiques napoléoniennes » (Le Grand Continent, 15 février 2026). La valorisation de cette entreprise créée en 2024 dépasse à présent le milliard d'euros.

Si les investisseurs institutionnels ont depuis longtemps intégré les valeurs de l'armement dans leurs portefeuilles d'actifs, « la nouveauté réside dans l'appétit des fonds de capital-investissement [private equity funds], qualifiés de finance alternative, pour le secteur de l'armement », allant « à l'inverse des discours selon lesquels les marchés n'aiment pas la guerre », analyse Claude Serfati, économiste et spécialiste de l'industrie de l'armement. Dans un contexte d'intensification des guerres et des tensions géopolitiques, miser sur des entreprises grassement subventionnées et soutenues par des commandes pluriannuelles de l'État représente un bon pari, car « peu de secteurs industriels bénéficient d'un taux de croissance de leur chiffre d'affaires équivalent à celui de l'armement », complète le chercheur. En 2025, les entreprises technologiques de défense ont vu les investissements en provenance du capital-risque — largement dominé par les acteurs nord-américains — bondir de 132 % en Europe, soit la plus importante progression tous secteurs confondus (8).

D'autres filières industrielles réclament elles aussi leur part du gâteau. D'après une étude publiée en octobre 2025 par Bpifrance et titrée « Aux armes, dirigeants ? », une entreprise non liée au secteur militaire sur deux aimerait « s'y développer, soit par opportunité de développement, (…) soit par contrainte ». Les exemples récents de Renault, constructeur automobile en difficulté qui lance un projet de production de drones militaires, et Mistral IA, start-up d'intelligence artificielle en vogue ayant conclu un partenariat avec le ministère des armées, illustrent cette tendance.

Comme le rappelle Serfati, les dépenses publiques d'éducation, de transports ou de communications représentent des investissements beaucoup plus fructueux, en termes économiques et sociaux, que celles destinées aux armements : « Les entreprises n'utilisent pas de Rafale pour produire autre chose, pas plus que les ménages ne consomment de missiles. » Financer la santé ou le logement génère en outre davantage d'emplois indirects que les secteurs à dominante militaire, grâce notamment aux liens qu'ils établissent avec les autres filières de l'économie. L'activité à finalité sociale crée par exemple trois fois plus de postes que les secteurs de production militaire (9).

Mais considérer l'économie de guerre comme une industrie banale est-il seulement envisageable ? Aux millions de morts engendrés par les conflits armés depuis la seconde guerre mondiale s'ajoutent les désastres écologiques qu'ils entraînent. En excluant l'impact des combats, on estime que le complexe militaro-industriel représenterait à lui seul 5,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (10) ; atteindre le seuil des 3,5 % du produit intérieur brut (PIB) consacrés aux dépenses militaires fixé par l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) reviendrait à émettre 2,33 milliards de tonnes d'équivalent CO2 d'ici à 2030 — soit une consommation annuelle proche de celle du Brésil et du Japon réunis (11). Chargé d'études à l'Observatoire des armements, Tony Fortin compare la dérégulation du marché militaire à un « un libéralisme autoritaire opaque, où les industriels font ce qu'ils veulent ». Le secret-défense empêche en effet la Cour des comptes d'accéder à certaines données pour vérifier l'usage des ressources publiques, tandis que l'État invite les entreprises militaires « à recourir à la loi du 26 juillet 1968, dite de blocage, pour contrer des demandes d'informations, voire des audits intrusifs » (12).

Pour reprendre le contrôle, Fortin préconise un plus fort niveau de transparence de l'État sur les exportations. « Les Pays-Bas doivent rendre publiques sous deux semaines les licences d'exportation accordées aux entreprises militaires », tout comme l'Allemagne, où le Parlement contrôle tous les appels d'offres supérieurs à 25 millions d'euros. En France, la commission parlementaire créée en 2023 pour contrôler les exportations n'est pour lui qu'« une coquille vide qui ne commencera à exercer pleinement son rôle que si le débat prend de l'ampleur dans la société civile ». L'Observatoire a créé un réseau de surveillance des entreprises d'armement et formé des citoyens à enquêter sur leurs activités. La coalition d'organisations militantes Guerre à la guerre, créée en 2025, tente également de mobiliser la société civile au travers d'actions et de rassemblements — quatre mille personnes se sont réunies au salon aéronautique du Bourget pour s'opposer aux « marchands de mort ». Les récentes mobilisations des dockers de Gênes — soutenus par un cortège de cinquante mille personnes dans la ville —, Marseille et Tanger, mais aussi de leurs collègues de Suède et de Belgique (13), pour bloquer des cargaisons de matériel militaire à destination d'Israël, traduisent la volonté d'une partie de la société de peser sur les conflits. La perspective d'une production militaire par Renault provoque elle aussi des remous chez les travailleurs. Car le « grand réarmement » que l'Union européenne propose comme voie de salut, c'est d'abord cela : une industrie consommatrice d'argent public dont la paix menace les bénéfices.

Voir en ligne : /2026/05/JUSQUIAME/69545

(1) Ariane Lavrilleux et al., « Gaza : le missilier MBDA complice de crimes de guerre », Disclose, 17 juillet 2025.

(2) « Sustainability report 2024 » (PDF), MBDA, juin 2025.

(3) Jérémie Younes, « Atmosphère de guerre et militarisation du débat public », Acrimed, 2 février 2026.

(4) « Revue nationale stratégique 2025 », SGDSN, Paris, juillet 2025.

(6) Yann Philippin, Giorgio Michalopoulos et Stefano Valentino, « Avec l'argent des fonds verts, des banques financent les entreprises d'armement », Mediapart, 17 décembre 2025.

(8) « The state of defence tech 2025 », dealroom.co, 29 septembre 2025.

(9) Claude Serfati, L'État radicalisé. La France à l'ère de la mondialisation armée, La Fabrique, Paris, 2022.

(10) Stuart Parkinson et Linsey Cottrell, « Estimating the military's global greenhouse gas emissions », Scientists for Global Responsability & Conflict and Environment Observatory, novembre 2022.

(11) « Nato's 3,5 % spending goal. Unsustainable on every count », Transnational Institute, 19 juin 2025.

(12) « Revue nationale stratégique 2025 », op. cit.

(13) Sophie Boutière-Damahi, « De l'Indochine à Gaza, quand les dockers se mobilisent contre la guerre », 12 août 2025.

Lire aussi le courrier des lecteurs dans notre édition de juin 2026.

Guerre à Gaza Tsahal maladie

13 October 2026 at 20:00
Détenu, comme nombre d'autres médecins palestiniens, depuis près de deux ans dans une prison israélienne de haute sécurité, Hussam Abu Safiya, directeur d'un hôpital de Gaza, est régulièrement torturé par ses geôliers. Un sort infligé avec la bénédiction…
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