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Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?

Par Eric V.

Comme d'habitude dans nos colonnes, j'ai couvert la manifestation de ce jour et je vous en reporte des images au plus près de ce qui s'y est passé. Nous sommes loin de pouvoir faire tous les comptes à 20 heures, et la nuit qui s'annonce a de nombreuses "chances" d'être très violente. Mais voici un premier point forcément parcellaire !

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Premier point, essentiel : je tiens la manifestation d'aujourd'hui pour une insurrection, ou une première étape vers une insurrection contre l'ordre établi. Beaucoup aiment à y voir des violences urbaines, ou des pillages. Bien sûr, il y a eu des pillages, il y a eu des violences. Mais ce serait, de mon point de vue, passer à côté de la nature du mouvement que de ne pas voir l'événement dans son ensemble : une jeunesse en dehors du "système" , accompagnée de radicaux, a parcouru Paris pour défier et contester l'ordre en place, ce qui n'exclut, pour certains, le pillage de magasins en bonne et due forme.

Deuxième point, tout aussi essentiel : la Préfecture de Police n'est pas parvenue à imposer un trajet clair aux manifestants, de telle sorte que très vite la mobilisation s'est éparpillée en une multitude de cortèges sauvages, dont l'un semble ce soir vouloir prendre l'Élysée. Nous ne sommes donc pas face à une manifestation classique, mais face à une sorte de guérilla urbaine.

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Troisième point, encore plus essentiel : les forces de l'ordre étaient manifestement trop peu nombreuses à Paris (reste à comprendre pour quoi) et manifestement mal équipées. Selon les informations recueillies sur place, à 15h30, des compagnies entières étaient en rupture de munition, et ne disposaient plus que de matraques pour repousser des manifestants ou des émeutiers bien plus nombreux et bien plus déterminés.

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Dans ce contexte, comme on dit au football, les manifestants ont clairement dominé le match.

Enfin, et surtout, le mouvement a attiré des gens de tous horizons et de tous âges, pour l'essentiel tout à fait pacifiques et venus simplement exprimer leur grogne. Ce point est capital, car la manifestation n'a pas attiré que des lycéens ou des étudiants, ni des casseurs. Elle était massivement faite de gens ordinaires qui voulaient s'exprimer sans violence.

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L'étrange stratégie policière

Reste que de nombreuses questions seront à poser sur cette journée. Au premier chef sur la stratégie policière, qui n'a pas manqué d'étonner.

Dès 12h, des troubles ont éclaté entre les premiers participants, dont des Gilets Jaunes historiques comme Jérôme Rodriguez, et la police, place de la République. Immédiatement, la place a été nassée par la police, et ceux qui se trouvaient dans la nasse ont entamé une tournante de charges : tantôt, les manifestants chargeaient la police et s'essuyaient du gaz lacrymogène, tantôt la police les chargeaient et les repoussaient de l'autre côté de la place.

Dans le même temps, la police interdisait l'accès à la place pour ceux qui n'étaient pas arrivés assez tôt (la manifestation devait débuter à 14h). Les gens affluaient en masse de toutes les rues convergents vers la place. Empêchés d'accéder à la République, ces manifestants se sont répandus dans Paris, souvent dans des cortèges sauvages. Certains prenaient la route de la Bastille, d'autres du Marais, d'autres encore... de l'Élysée.

Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?
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C'est ainsi que la stratégie policière a produit le désordre : au lieu de les canaliser dans une manifestation mobile, elle les a dispersés et livrés à eux-mêmes.

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15h : les premiers désordres, sans intervention policière

Cette stratégie de dispersion des manifestants a conduit à de rapides désordres. Partout, des petits groupes de casseurs et de provocateurs profitaient de l'absence de la police pour dresser des barricades et incendier le matériel urbain qu'ils trouvaient à proximité. Ce fut notamment vrai dans le Marais totalement abandonné par la police.

Reportage : mais qui donc a livré Paris aux incendiaires ?
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La police est restée cantonnée place de la République, où des émeutiers semaient la terreur et le chaos, et a laissé les "quartiers" adjacents aux insurgés, souvent à la recherche d'un but pour manifester.

Dans cet étrange contexte, les rues comptaient encore des manifestants sincères et pacifiques, mais il devenait évident que les perturbateurs prenaient le dessus.

17h : l'heure du pillage et de la casse

Vers 17 heures, une police épuisée, manquant de munitions, et déforcée car de nombreuses unités étaient parties à l'Élysée pour protéger le Palais menacé par des manifestants déterminés à en découdre, faisait péniblement face à des nuées de voyous place de la République et alentour.

Là, le spectacle du chaos faisait peine à voir :

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Dans tous les cas, le pouvoir a donné le sentiment d'être sur la défensive, et désormais alourdi pour un corps préfectoral incapable de faire respecter l'ordre le plus élémentaire.

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La France vit-elle les premiers signes d'une « crise grecque » ?

Par Thibault de Varenne

Le gouverneur de la Banque de France jure que « la France n’est pas la Grèce ». Il a raison sur les chiffres. Il a tort de s’en tenir aux chiffres, car la Grèce n’a pas seulement perdu son crédit : elle a perdu la main sur son budget. C’est ce second risque qui nous guette.

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Le 1er octobre, l’OAT a frôlé 5 %

Le jeudi 1er octobre, quelques heures avant la présentation du budget 2027 en Conseil des ministres, le taux de l’emprunt d’État français à dix ans a touché 4,96 %. C’est son plus haut niveau depuis 2002. Le même jour, l’écart avec le taux allemand, ce que les marchés appellent le spread, a atteint 133 points de base, soit 1,33 point de pourcentage. On n’avait pas vu cela depuis mai 2012. Mai 2012 : le mois où la Grèce votait deux fois en six semaines, faute de majorité pour appliquer le plan de ses créanciers.

Cinq jours plus tard, le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, parle de mouvements « graves et préoccupants ». La France, dit-il, risque d’être « progressivement étranglée par la hausse des taux ». Puis il ajoute, pour rassurer : « La France n’est pas la Grèce de la crise de la zone euro. »

Quand un gouverneur prend la peine de dire que son pays n’est pas la Grèce, la question est posée. Le 23 octobre, Moody’s rendra son avis sur la note française, aujourd’hui Aa3 avec perspective négative. Le 12 octobre, Fitch a prévenu qu’elle pourrait abaisser la sienne si la dette continuait de monter, en citant « la fragmentation politique persistante ».

Répondons donc à la question, avec les chiffres d’Athènes en 2010 et ceux de Paris en 2026. La réponse tient en deux phrases. La France ne vit pas une crise grecque. Elle en prend le chemin politique, pas le chemin financier, et c’est le chemin politique qui a coûté le plus cher aux Grecs.

Les conservateurs et les souverainistes français sont-ils devenus les supplétifs du macronisme ?
RN, Reconquête, Debout la France, souverainistes : la veille du 17 octobre, la droite a choisi l'ordre de Laurent Nuñez contre la colère qu'elle prétend porter.
Crise de la dette française ? Mais non, arrêtez de vous faire peur ! (même si elle serait salutaire)
Il n'y aura pas de crise de la dette française. Il y aura une dégradation lente : ce qu'elle coûte à l'épargnant, et ce que changerait une élection de Mélenchon.

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Ce qu’a été la crise grecque

Il faut se rappeler l’ordre des faits, car on l’a oublié. En octobre 2009, le nouveau gouvernement grec de Georges Papandréou annonce que ses prédécesseurs ont maquillé les comptes. Le déficit prévu à 6 % du PIB passe à 12,7 %, puis, après révisions, dépasse 15,4 %. La dette atteint 128,5 % du PIB. Les marchés découvrent qu’on leur a menti. Ils ne prêtent plus.

Le 23 avril 2010, Athènes reconnaît qu’elle ne peut plus payer et demande l’aide internationale. Un premier plan de 110 milliards d’euros arrive, financé par le FMI et les États de la zone euro. Un deuxième suit en octobre 2011, de 130 milliards. En 2012, les créanciers privés acceptent d’effacer 107 milliards d’euros de créances : c’est la plus grande restructuration de dette d’un État de l’histoire moderne. En mars 2012, le taux grec à dix ans culmine vers 37 %, soit un écart d’environ 3 500 points de base avec l’Allemagne, d’après la Banque de France. Le 11 août 2015, un troisième plan d’au moins 82 milliards est conclu.

Le prix payé par les Grecs se lit en deux chiffres. Le PIB recule d’environ un quart entre 2009 et 2015. Le chômage atteint 27,9 % en juin 2013, selon l’institut statistique grec.

Mais le chiffre ne dit pas l’essentiel. Pendant huit ans, le budget grec ne s’est plus écrit à Athènes. Il s’écrivait avec la « troïka », le trio formé par la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le FMI, qui versait l’argent par tranches et vérifiait, à chaque tranche, que les réformes demandées avaient été votées. Les retraites, la TVA des îles, les privatisations de ports : tout passait par cette vérification. Un peuple votait ; un autre que lui disait si son vote était recevable. J’ai vu, à Bruxelles, des délégations arriver le soir avec un budget et repartir au matin avec un autre.

Voilà ce qu’on appelle une « crise grecque » : non pas seulement un déficit, mais un État qui perd le droit d’arbitrer ses propres dépenses.

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Quatre ressemblances qui ne trompent pas

La première est la durée. La Grèce n’est pas tombée en 2010 ; elle y est arrivée après des années de déficits que personne ne voulait regarder. La France n’a pas voté un budget en équilibre depuis 1974, et elle prévoit un déficit de 5,4 % du PIB en 2026, puis de 5,0 % en 2027. La dette passera de 119,3 % à 121,7 % du PIB. Elle n’est plus qu’à neuf points du niveau grec de 2009.

La deuxième est le poids des intérêts. En 2027, la charge de la dette devrait atteindre 91 milliards d’euros, selon le ministre de l’Économie Roland Lescure. C’est plus que l’Éducation nationale (63 milliards) et que la Défense (53 milliards). Le Haut Conseil des finances publiques note que la hausse des intérêts, 12 milliards de plus en un an, absorbe une large part de l’effort annoncé. C’est le mécanisme grec en petit : on économise, et l’économie part en intérêts.

La troisième est la dépendance à l’étranger. Fin juin 2026, les non-résidents détenaient 58,4 % des titres de dette publique français, contre 55,9 % trois mois plus tôt. Un créancier étranger n’a ni bulletin de vote ni patience particulière. S’il doute, il vend, et l’État réemprunte plus cher. En 2027, la France prévoit d’émettre un record de 340 milliards d’euros de dette à moyen et long terme : il faudra trouver des acheteurs pour chaque euro.

La quatrième est politique, et c’est la plus grave. Athènes, en 2011 et 2012, n’arrivait plus à former une majorité qui vote les plans. Paris n’en a plus depuis la dissolution de juin 2024. Le budget 2027 est le dernier avant l’élection présidentielle d’avril, et il est présenté par un gouvernement sortant devant une Assemblée sans majorité. C’est exactement ce que Fitch désigne par « fragmentation politique persistante ». Une dette se rembourse avec des impôts et des économies, et ces deux choses se votent. Quand on ne peut plus les voter, la dette cesse d’être une affaire de chiffres.

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Ce qui sépare Paris d’Athènes

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Les conservateurs et les souverainistes français sont-ils devenus les supplétifs du macronisme ?

Par Eric V.

Laure Lavalette s'inquiète pour les vitrines. Jordan Bardella voit des groupuscules d'extrême gauche. Zemmour veut prélever les allocations des parents de lycéens. Murer et Rougeyron se taisent. La veille du 17 octobre, la droite a choisi son camp : celui du préfet.

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« Bien sûr que je suis inquiète pour la journée de demain. Je suis inquiète pour les vitrines des commerçants, pour les bâtiments publics, pour les gens qui y seront. » La phrase a été prononcée ce vendredi sur Franceinfo par Laure Lavalette, porte-parole du Rassemblement national. Le même jour, sur CNEWS, Jordan Bardella expliquait que la mobilisation du 17 octobre était « un prétexte pour tous les groupuscules d'extrême gauche de perpétrer des débordements ».

Un parti qui fait campagne depuis dix ans sur la colère des Français trouve, la veille du jour où ils descendent dans la rue, ses premiers mots pour les vitrines. Laure Lavalette a ensuite réclamé une TVA à 5,5 % sur l'énergie, c'est vrai. Mais les vitrines sont venues d'abord. Le RN n'est pas le seul. Toute la droite conservatrice et souverainiste a fait la même chose cette semaine, avec des nuances de ton et une remarquable unité de fond : entre la colère et l'ordre, elle a choisi l'ordre. Celui de Laurent Nuñez.

17 octobre : convergence des luttes ou récupération par les auxiliaires de l'ordre macroniste ?
Le pouvoir redoute la convergence des luttes. Parcours fixé la veille, cortèges encadrés par la CGT : le 17 octobre a peu de chances de virer à l'insurrection.
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Une semaine de bons points

Reprenons le carnet de notes. Le 8 octobre, Éric Zemmour demandait que les lycéens bloqueurs, qu'il appelle des « émeutiers », soient « sévèrement sanctionnés » et que leurs parents paient les dégâts, « quitte à les prélever sur leurs allocations sociales ». Le 2 octobre, Nicolas Dupont-Aignan dénonçait les violences des cortèges lycéens et demandait « jusqu'où va-t-on laisser cette violence se banaliser ? ». Le 14, Marion Maréchal rassurait tout le monde : « 97 % des lycéens et étudiants ne se mobilisent pas ».

Ce sont les hostiles. Viennent ensuite les silencieux, plus nombreux qu'on ne croit. Sur leurs comptes X, depuis un mois, je n'ai trouvé aucun appel au 17 octobre chez Philippe Murer, aucun chez Pierre-Yves Rougeyron. François Asselineau fait exception à moitié : il a salué le 6 octobre une manifestation de jeunes réclamant la démission d'Emmanuel Macron, mais il n'a pas relayé l'appel du 17. Florian Philippot, lui, s'est demandé le 14 septembre « qu'en penser vraiment ? », a jugé qu'« un peuple debout est toujours préférable à l'inaction », puis a appelé quatre jours plus tard à sa propre manifestation, le 3 octobre, place du Palais-Royal. Un défilé à soi, plutôt que la colère des autres.

En face, la gauche, socialistes compris, appelle à descendre dans la rue. On peut trouver cela opportuniste, et ça l'est. Mais il faut regarder le résultat : la seule colère populaire de l'automne est abandonnée par ceux qui prétendent parler au nom du peuple, et ramassée par la CGT et La France insoumise.

La vieille préférence

Ce n'est pas nouveau, c'est très français. Le 30 mai 1968, la droite a eu son grand jour dans la rue, et c'était pour défiler sur les Champs-Élysées derrière le général de Gaulle, contre la grève. Depuis, elle ne descend en masse dans la rue que pour défendre une institution : l'école libre en 1984, la famille en 2013. Contre l'impôt ou contre la police, presque jamais.

On me dira qu'il y a des casseurs, et c'est vrai : le ministère attend 50 à 100 black blocs dans des villes comme Nantes ou Lyon, et personne de sensé ne défend une vitrine brisée. Mais la vitrine n'est pas la question. La question est de savoir de quel côté l'on se tient quand des lycées manquent de professeurs, que le gazole ne redescend pas et que le budget taxe ce qui reste. La droite conservatrice et souverainiste a répondu : du côté du préfet.

Je suppose qu'il y entre du calcul. Un parti qui se voit à l'Élysée en 2027 n'a pas envie d'hériter d'un pays qui a pris l'habitude de la rue, et il veut que les retraités et les commerçants qui votent pour lui le voient en gardien. C'est compréhensible. C'est aussi exactement ce que faisait Emmanuel Macron en 2018.

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L'ordre de qui ?

Il y a pourtant une confusion au cœur de cette préférence, et elle n'a rien de tactique. Le conservateur français confond l'ordre de la société avec l'ordre de l'État. Il croit défendre la France quand il défend la préfecture. Or l'État qu'il protège samedi est celui qui a voté les ZFE, qui fiscalise la transmission des entreprises et qui laisse filer la dette vers 3 810 milliards d'euros. Ce n'est pas la civilisation que gardent les CRS boulevard Voltaire. C'est un guichet.

On objectera que l'insurrection n'est pas une politique. Je suis d'accord : je ne crois pas au Grand soir, et je ne l'appelle pas. Mais entre l'émeute et le soutien au ministre de l'Intérieur, il existe toute une gamme de positions, dont la plus simple : dire que la colère est juste et que l'État en est la cause. Personne, à droite, ne l'a dite cette semaine.

Et vous, lecteur conservateur, qui avez soupiré en voyant les images des lycées bloqués ? Vous aviez peut-être raison sur la méthode. Mais posez-vous la question qu'ils ne se posent pas : si la colère ne vient plus jamais de chez vous, qui la portera, et contre qui ?

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Dernier mot

Samedi, les supplétifs ne seront pas dans la rue. Ils seront sur les plateaux, à compter les vitrines avec le ministre. Le 18 au matin, ils dénonceront de nouveau le « système », et Laurent Nuñez pourra les remercier d'avoir tenu, la veille, exactement les mêmes propos que lui.

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Sept médecins, sept arrêts maladie le même jour : la réanimation des bébés de Limoges est à l'arrêt

Cinq nouveau-nés transférés en cinq jours vers Bordeaux, Poitiers, Bayonne, Périgueux et Brive. Le service de réanimation néonatale du CHU de Limoges est à l'arrêt depuis le 8 octobre : sept médecins, soit l'intégralité de l'effectif, sont en arrêt maladie. La direction répond par un communiqué sur la « continuité des prises en charge ».

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À Limoges, la continuité des soins se joue désormais au-delà des murs de l’hôpital. Quand un service spécialisé ne peut plus accueillir certains patients, ce sont les familles et les établissements voisins qui doivent absorber les conséquences.

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Sept arrêts de travail suffisent à désorganiser un service entier

Depuis le jeudi 8 octobre, l’Hôpital de la femme, de la mère et de l’enfant du CHU de Limoges fonctionne partiellement. Les sept médecins du service de réanimation néonatale, soit la totalité de l’effectif médical concerné, sont en arrêt maladie. La maternité ne peut donc plus conserver les nouveau-nés nécessitant une hospitalisation en réanimation.

Selon France 3 Nouvelle-Aquitaine, sept enfants et quatre femmes enceintes présentant des grossesses à risque ont été transférés vers d’autres établissements en cinq jours, notamment à Bordeaux, Poitiers ou Clermont-Ferrand. La direction du CHU affirme, dans un communiqué, mettre « tout en œuvre pour garantir la continuité des prises en charge des patientes et des nouveaux nés ». Le dispositif d’urgence doit être maintenu, tandis que des professionnels d’autres services sont appelés en renfort. La CGT évoque, de son côté, le déclenchement d’un « plan rose », destiné à gérer cette situation exceptionnelle.

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L’épuisement des équipes est évoqué, mais la direction reste discrète

Comment un service aussi sensible peut-il se retrouver sans aucun de ses sept médecins réanimateurs ? La question mérite une réponse, sans transformer des arrêts maladie individuels en mouvement de grève ni présumer de leurs causes. Les médecins concernés n’ont pas souhaité s’exprimer auprès des médias.

Le représentant CGT Christophe Zégadi décrit un été « très très compliqué » pour les pédiatres et le personnel, qui auraient effectué « énormément d’heures ». La syndicaliste Florence Metge évoque, elle aussi, des difficultés d’organisation. Selon les hypothèses rapportées par France 3 Nouvelle-Aquitaine, un épuisement professionnel ou des dysfonctionnements internes pourraient expliquer le contexte. Ces pistes restent à établir.

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Au 16 octobre, les informations publiées indiquent que les arrêts devaient courir jusqu’au dimanche 18 octobre, sans confirmation d’une prolongation au-delà de cette date dans les sources consultées. Rappelons que le CHU de Limoges, premier employeur du Limousin, affiche un budget de 700 millions d'euros. Il manquait 60 infirmiers et 40 aides-soignants en 2022. La rénovation de l'hôpital Dupuytren est estimée à plus de 500 millions d'euros, que l'État ne finance pas.

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Mort de Salah Hamidi aux urgences : l’hôpital reconnaît « l’entière responsabilité » de l'erreur, le procureur a classé sans suite

Un homme de 49 ans est mort sur un parking d’Essonne après être sorti des urgences. L’établissement a admis par écrit une erreur d’interprétation d’électrocardiogramme. Le parquet d’Évry a pourtant classé la plainte sans suite, estimant que le patient « se portait bien » à sa sortie. Sa famille, elle, l’a retrouvé mort quelques heures plus tard, sur un parking, à trois kilomètres de l’hôpital. Une nouvelle plainte a été déposée en juillet 2026 pour obtenir un procès.

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Le dossier soulève une question qui dépasse le seul établissement hospitalier : que vaut la reconnaissance écrite d’une erreur médicale lorsque la justice décide de ne pas poursuivre, sans même avertir les proches de la victime ?

Mort de Salah Hamidi aux urgences : l’hôpital reconnaît « l’entière responsabilité » de l'erreur, le procureur a classé sans suite
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Un homme de 49 ans renvoyé chez lui malgré des signes cardiaques

Le 24 janvier 2024, vers 5 heures du matin, Salah Hamidi, chauffeur chez Veolia depuis une vingtaine d’années, signale aux pompiers des douleurs thoraciques, une gêne respiratoire et des engourdissements dans les bras. Pris en charge à 5 h 26 au Centre hospitalier Sud Essonne Dourdan-Étampes, il subit une prise de sang et deux électrocardiogrammes.

Vers 8 h 10, il quitte l’établissement à pied, muni d’une ordonnance et conseillé de consulter un cardiologue. Sa voiture se trouve à près de trois kilomètres. Il prévient une collègue qu’il ne travaillera pas et demande à son frère jumeau de le retrouver à la pharmacie. Il ne quittera finalement jamais le parking de l’hôpital.

Après 9 h 23, son téléphone ne répond plus. Sa sœur, Karima Hamidi, le retrouve allongé côté passager dans son véhicule. Malgré une quarantaine de minutes de réanimation, son décès est constaté à 12 h 55.

Saisie par la famille, l’ARS répond moins d’un mois plus tard. Son courrier indique que les anomalies du second électrocardiogramme étaient compatibles avec un syndrome coronarien aigu. L’établissement reconnaît alors « l'entière responsabilité » d'une erreur d'interprétation. Cette reconnaissance porte sur la lecture de l’examen, mais ne constitue pas, à elle seule, une décision judiciaire sur l’ensemble des responsabilités.

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Un classement sans suite contesté, une famille toujours en quête de justice

Dès le 25 janvier 2024, la famille dépose plainte. Le 10 juillet 2025, le procureur d’Évry classe l’affaire sans suite, invoquant des témoignages et des examens selon lesquels Salah Hamidi « se portait bien » à sa sortie. Selon les informations rapportées, la famille n’est pas informée de cette décision au moment où elle intervient.

Fin juillet 2026, les proches déposent une plainte avec constitution de partie civile afin d’obtenir un examen judiciaire de l’affaire. Leur avocat, Jean-Christophe Coubris, conteste la cohérence du classement. Le 15 octobre 2026, BFMTV rapporte également une nouvelle plainte de Karima Hamidi visant l’établissement. Les sources disponibles ne précisent pas comment ces deux démarches s’articulent. L’hôpital indique, de son côté, avoir tenté à plusieurs reprises de joindre Karima Hamidi.

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À ce jour, aucune procédure n’a abouti à un jugement ou à une condamnation. Dans un service public financé par la collectivité, la confiance ne repose pas seulement sur la qualité des soins : elle exige aussi que les erreurs soient examinées avec rigueur et que les familles puissent comprendre les décisions prises. Une reconnaissance écrite ne remplace pas un procès ; un classement sans suite ne dissipe pas les questions qu’elle soulève.

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17 octobre : convergence des luttes ou récupération par les auxiliaires de l'ordre macroniste ?

Par Eric V.

République, boulevard Voltaire, Nation : le parcours n'a été fixé que ce matin, et il est contesté par les manifestants. Entre-temps, la CGT, LFI et le NPA ont déclaré les cortèges, et l'intersyndicale a déjà fixé la suite au 5 novembre. Le Grand soir annoncé a son service d'ordre.

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Ce vendredi matin, la préfecture de police a voulu trancher : le cortège parisien partirait de la place de la République et s'arrêterait place de la Nation. Il aura fallu trois jours pour en arriver là. Jeudi, le préfet Patrice Faure avait interdit le parcours déclaré par les étudiants de l'Interfac, de République à la Concorde, au nom de « risques sérieux de troubles à l'ordre public ». Il avait refusé dans la foulée celui des Gilets jaunes et des syndicats, de l'Opéra à la Bastille, et proposé à la place un détour par Clichy, Pigalle et Barbès, que personne ne voulait.

Le mouvement, lui, n'a ni chef ni bureau. Il est né sur les réseaux, contre le prix du gazole et la vie chère, et il s'est grossi en route des lycéens, des étudiants, puis des syndicats. Une carte collaborative recense plus de mille actions ; une source proche du ministère de l'Intérieur en compte 200 à 300, dont une soixantaine de manifestations. À Paris, les autorités attendent entre 20 000 et 40 000 personnes.

Le pouvoir a peur, et il ne s'en cache pas. Laurent Nuñez a réuni cette semaine les chefs de la police, de la gendarmerie et du renseignement ; il a briefé les préfets par visioconférence ; il annonce 50 à 100 black blocs dans des villes comme Nantes, Rennes ou Lyon, et promet « une intervention ferme et immédiate » contre tout blocage durable. Sébastien Lecornu, qui parlait déjà le 1er octobre de « violences urbaines » à propos des lycées, n'a pas changé de vocabulaire.

Qu'est-ce qui fait trembler un ministre de l'Intérieur à la veille d'un samedi d'automne ? Pas les vitrines, il en a vu d'autres. C'est un mot, que la gauche française se transmet comme un bijou de famille depuis cent cinquante ans : la convergence des luttes. L'idée que les colères, en se rejoignant dans la rue, finiront par faire tomber le pouvoir d'un coup, un soir, comme un fruit trop mûr. Le Grand soir.

Ce Grand soir est-il possible le 17 octobre ? Personne n'a de boule de cristal. Mais on peut regarder comment la machine est montée, et la machine dit déjà beaucoup.

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Une colère partout, et nulle part réunie

Commençons par concéder ce qui est vrai : la colère existe, et elle est profonde. Le pouvoir d'achat arrive en tête des préoccupations des Français dans l'enquête Toluna-Harris d'octobre. Plus d'un millier de lycées ont été touchés par les blocages depuis la fin septembre, pour des professeurs absents et jamais remplacés. Les chefs d'entreprise voient arriver un budget qui taxe la transmission de leur société, les automobilistes un gazole qui ne redescend pas, les étudiants un Parcoursup qu'ils détestent, et les fonctionnaires une grève programmée pour le 5 novembre.

Seulement, cette colère est émiettée. Chacun la porte dans son coin, avec sa revendication, son vocabulaire et son calendrier. Le lycéen de Créteil ne demande pas la même chose que l'artisan de la Somme, qui ne demande pas la même chose que l'agent des finances publiques. Ce sont des braises éparses, pas un incendie.

Le pouvoir le sait, et c'est précisément ce qui l'inquiète : des braises éparses peuvent se rejoindre. La fusion de ces colères produirait une réaction chimique dont personne ne connaît la formule, et c'est cette inconnue, plus que le nombre, qui tient éveillés les préfets.

Reste à savoir si les Grands soirs existent vraiment. C'est l'une des images les plus chères à l'imaginaire français, et l'une des moins démontrables. Le 14 juillet 1789, on prend la Bastille, et l'on en fait l'acte de naissance de la Révolution. Mais les États généraux siégeaient depuis le 5 mai, les députés du tiers s'étaient proclamés Assemblée nationale le 17 juin et avaient juré au Jeu de paume le 20 de ne pas se séparer. Personne ne peut prouver que la Révolution n'aurait pas eu lieu sans la prise d'une forteresse qui ne gardait plus que sept prisonniers. Faut dire que le soir fait une meilleure gravure que le mois de procédure qui l'a précédé.

Je soupçonne donc le Grand soir d'être un récit après coup plus qu'un mécanisme. Mais le simple fait que le ministère de l'Intérieur passe sa semaine à le redouter prouve une chose : beaucoup, au sommet de l'État, le croient possible. Laurent Nuñez ne réunit pas tous les préfets en visioconférence pour un défilé.

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Le système a de l'instinct

Face à cette peur, le système ne réfléchit pas, il réagit, et il réagit plutôt bien. Il n'a besoin ni de complot ni de chef d'orchestre : il a des réflexes, polis par des décennies de cortèges.

Le premier réflexe appartient à la préfecture. Fixer un parcours la veille au matin, ce n'est pas de l'indécision, c'est une technique. Un trajet connu trop tôt attire des cars de province, des groupes organisés, des rendez-vous ; un trajet connu trop tard décourage les arrivées massives et laisse aux seuls Parisiens le soin de remplir les boulevards. Le parcours République–Nation, par le boulevard Voltaire, est celui de tant de manifestations syndicales depuis un demi-siècle : large, droit, facile à fermer aux deux bouts. On ne marche pas sur l'Élysée en descendant vers la Nation.

Les auxiliaires

Mais la préfecture ne fait que la moitié du travail. L'autre moitié, la plus délicate, elle ne peut pas la faire elle-même. Elle revient à la gauche installée, et d'abord à la CGT.

Le 13 octobre, la confédération a annoncé qu'elle rejoindrait les manifestations de samedi, pour faire barrage, dit-elle, aux « tentatives de détournement » de l'extrême droite. Le 15, Matignon citait La France insoumise, le NPA et la CGT parmi ceux qui déclaraient des cortèges. Avec eux arrivent un service d'ordre, des chasubles, un camion sono, et surtout des revendications. À Dijon, le communiqué de Solidaires réclame l'indexation des salaires et la taxation des superprofits ; le prix du gazole n'y figure plus. Et l'étape suivante est déjà fixée : la grève du 5 novembre, décidée par cinq confédérations avant même que la rue ne bouge.

Je ne dis pas que la CGT travaille pour Matignon. Je dis qu'elle fait samedi exactement ce que Matignon ne peut pas faire : donner à une colère sans adresse un parcours, un ordre du jour et une date de rendez-vous. Dans une armée, on appelle cela des auxiliaires.

Ce n'est pas nouveau, c'est très français. En mai 1968, pendant que les étudiants dépavaient le Quartier latin, la CGT de Georges Séguy se méfiait d'eux comme de la peste, et c'est avec elle que Georges Pompidou négocia, rue de Grenelle, jusqu'au 27 mai, une hausse de 35 % du salaire minimum. Le Grand soir s'est conclu par un accord salarial, puis, un mois plus tard, par une Chambre introuvable de droite. On peut y voir une trahison. J'y vois plutôt un savoir-faire.

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Du collectif à l'hybride

Mettons bout à bout ce que nous avons sous les yeux. Un trajet défini et déclaré. Un service d'ordre. Des organisations responsables, qui ont un siège, un bureau et des interlocuteurs en préfecture. En une semaine, le 17 octobre est passé du collectif insaisissable, que personne ne pouvait convoquer ni disperser, à un mouvement structuré. Hybridé, pour être exact.

Le politologue néerlandais Cas Mudde a donné l'outil le plus utile pour comprendre ce qui se passe. Dans un article de 2004 devenu classique, « The Populist Zeitgeist », publié par la revue Government and Opposition, il définit le populisme comme une idéologie qui sépare la société en deux groupes homogènes et antagonistes, « le peuple pur » et « l'élite corrompue », et qui veut que la politique exprime la volonté générale du peuple. Il ajoute surtout que c'est une idéologie « mince » : elle dit contre qui l'on se bat, pas ce que l'on veut construire. Pour durer, elle doit donc s'attacher à une idéologie « épaisse », une idéologie hôte, le nationalisme à droite, le socialisme à gauche, qui lui fournit un programme, des cadres et une doctrine.

Les Gilets jaunes de 2018 étaient le cas d'école d'un populisme mince à l'état pur : « eux » contre « nous », le référendum d'initiative citoyenne, et rien d'autre. C'est ce qui les rendait insaisissables, et c'est aussi ce qui les a fait mourir, faute d'hôte. Ceux de 2026 en ont trouvé un en trois jours. La CGT, Solidaires et La France insoumise leur apportent l'épaisseur : l'indexation, les superprofits, le barrage. Ils y gagnent un service d'ordre et une date au 5 novembre. Ils y perdent le rond-point.

Et vous, qui attendez peut-être de ce samedi qu'il fasse ce que vous n'osez pas faire vous-même ? Le Grand soir a cette commodité qu'il dispense de tous les petits matins. On le délègue à la rue comme on délègue tout le reste, et quand la rue le délègue à son tour à un syndicat, on s'étonne qu'il ait fini rue de Grenelle.

Dernier mot

Samedi soir, il y aura peut-être beaucoup de monde place de la Nation, et l'on parlera d'un succès. Je le souhaite à ceux qui défilent, dont beaucoup ont d'excellentes raisons d'être là.

Mais un cortège qui part de République à l'heure dite, sous chasuble CGT, avec un rendez-vous fixé au 5 novembre, ne prend pas de Bastille. Il arrive à la Nation, il se disperse, et il rentre en RER. Il y a peu de risques que le 17 octobre se transforme en insurrection : le pouvoir a pris ses précautions, et ses auxiliaires ont pris les leurs.

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Alexandre Jardin, Glucksmann et les Gueux : ce qu'il a écrit, ce qu'on lui reproche

Par Élise Rochefort

Le 11 octobre 2026, Raphaël Glucksmann a remporté la primaire de la gauche sociale-démocrate avec 66,17 % des voix, sur 120 787 votants et 134 467 inscrits. Dans les jours qui ont suivi, plusieurs messages de l'écrivain Alexandre Jardin, président de l'association Les Gueux, ont été lus comme un soutien au candidat. Alexandre Jardin le conteste. Les textes sont publics et datés.

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Ce qu'Alexandre Jardin a écrit

Le 12 octobre au matin, en réponse à un internaute, il écrit : « Il y a par cette victoire un rempart - du moins pour l'instant. Plus Glucksmann le martèle plus la France est protégée - pour l'instant. » Le rempart désigne, dans le même message, la défaite des « alliés ouverts de LFI ».

Le 14 octobre, il publie une mise au point. Il y qualifie d'« idée parfaitement imbécile » l'affirmation selon laquelle il soutiendrait Raphaël Glucksmann. Il écrit s'être réjoui que « la ligne de M. Faure de soumission immédiate à LFI ait perdu à gauche », dans « un scrutin qui est ce qu'il est ». Il ajoute que « à peu près toutes les idées » du candidat ont, à ses yeux, « détruit, avec une rare constance, notre société. Notre économie. Notre puissance. » Il rappelle son engagement pour un référendum d'initiative citoyenne.

Le 15 octobre, il précise : « Même si je combat cet homme, je préfère qu'il y ait une gauche non LFI. » Le 16 octobre, il écrit que « pour l'instant tout ce qui peut affaiblir LFI est bon pour la France ».

Un premier message, antérieur à ces textes, est cité par un internaute le 12 octobre à la mi-journée. Selon cette citation, il comportait les formules « Je suis fier », « Il est porteur d'une idée digne de la gauche sociale-démocrate » et « Ce soir, la France est moins sale ». Ce message n'apparaît plus sur le compte d'Alexandre Jardin le 16 octobre. Son contenu exact n'a pas pu être vérifié à la source.

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Le dossier des ZFE

L'association Les Gueux s'est constituée en 2025 contre les zones à faibles émissions, qui restreignent la circulation des véhicules les plus anciens dans les grandes agglomérations. Alexandre Jardin y voit une forme de ségrégation sociale, selon un entretien accordé à Causeur en mai 2025. Le 17 mars 2025, il avait interpellé Raphaël Glucksmann sur X, en lui demandant si la social-démocratie rejoindrait la mobilisation des Gueux.

Le 8 octobre 2026, l'Assemblée nationale a examiné la proposition de loi de Pierre Meurin (RN) abrogeant les ZFE. Un amendement de suppression de l'article unique a été rejeté par 164 voix contre 49. Les débats se sont interrompus à minuit, sans vote sur l'ensemble du texte. Selon le relevé de NosParlementaires, le groupe socialiste a voté pour les amendements de suppression, comme Renaissance et les écologistes ; le RN, LFI, le groupe UDR et la Droite républicaine ont voté contre. Le groupe socialiste compte parmi ses membres les deux députés de Place publique, le parti de Raphaël Glucksmann.

Le 15 octobre, Alexandre Jardin a dénoncé « l'obstruction de tous les partis » favorables au maintien des ZFE, « officiellement Renaissance, PS, Verts », et « le mépris de la pauvreté derrière ce comportement ». Les deux prises de position, celle du 12 et celle du 15, sont publiées à trois jours d'intervalle.

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La réception

Dans les milieux qui avaient soutenu le mouvement des Gueux, la réaction a été rapide. Le compte qui cite le premier message parle de « rétropédalage » et signe « nous, les gueux » ; son message a été vu plus de 19 000 fois. D'autres internautes évoquent une « félonie », en rappelant les votes sur les ZFE ; une vidéo publiée sur YouTube s'intitule « la trahison des gueux ? ».

Le 15 octobre, sur CNEWS, Christine Kelly a interrogé Alexandre Jardin : « Comment avez-vous fricoté avec Raphaël Glucksmann ? » L'extrait, diffusé sur X

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Éclatement de la bulle IA : le moment darwinien arrive-t-il ?

Par Vincent Clairmont

Le 14 octobre, les obligations de CoreWeave, loueur indépendant de puissance de calcul pour l'intelligence artificielle, ont vu leur rendement approcher 15 %, selon CNBC. Le lendemain, le Financial Times rapportait que les investisseurs se débarrassent des obligations des centres de données, et Ludovic Subran, directeur des investissements d'Allianz, parlait d'un « moment darwinien ». Une question se pose depuis : faut-il revoir ce que j'écrivais le 17 juillet ? Ma réponse est non. C'est exactement ce que j'écrivais.

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Ce que j'avais posé en juillet

Je distinguais une correction boursière d'une purge, au sens autrichien : la liquidation des investissements engagés parce que le crédit était trop bon marché pour refléter le vrai coût du temps. Et je désignais le déclencheur. Ce ne serait pas la Bourse, ce serait le crédit. Une bulle d'investissement ne meurt pas quand les actions baissent. Elle meurt le jour où sa dette ne se refinance plus au prix prévu.

Bulle de l'IA : sommes-nous aux préliminaires de l'éclatement ? Ce que votre portefeuille doit faire — et surtout ne pas faire
Concentration record, Shiller PE > 40, financement circulaire : les signaux de bulle IA s'accumulent. Vincent Clairmont vous dit quoi faire de votre épargne, sans paniquer.

Ce qui s'est passé cette semaine

Trois faits, dans cet ordre.

Premièrement, la dette des plus fragiles est entrée en zone de détresse. Les obligations de CoreWeave se traitent sous 80 cents pour un dollar de valeur nominale, niveau qui signale un doute sérieux sur le remboursement. Sur la semaine, l'action a perdu 17 % et celle de Nebius, son concurrent, 18 %, selon la reprise de l'article du FT par KuCoin.

Deuxièmement, la défiance remonte vers les signatures solides. Les obligations émises par Meta, Nvidia et Oracle pour financer leurs centres de données passent sous le pair, c'est-à-dire sous leur prix d'émission. Ce ne sont pas des emprunteurs en difficulté. C'est le prix de l'argent qui a changé sous leurs pieds.

Troisièmement, ce prix de l'argent monte. Les prix à la production américains ont augmenté de 6,3 % sur un an en septembre, contre 5,5 % attendus, et le rendement du Trésor américain à 10 ans s'établissait à 5,085 % le 15 octobre, selon TheStreet. Une nouvelle hausse de la Fed est désormais jugée possible dès la fin du mois.

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L'écart que personne ne peut combler

Gartner estime que les propriétaires de centres de données devraient générer 8 500 milliards de dollars de revenus d'ici fin 2030 pour couvrir leur coût du capital. La dépense totale en services d'IA plafonnerait à 3 600 milliards. Le cabinet ajoute

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Andouille de Guémené : six pays européens ont obtenu une dérogation, la France n'a jamais voulu la demander

Trois artisans du Morbihan paient 5 000 euros d’analyses pour prouver qu’ils respectent un seuil dont on a changé la méthode de mesure. Six États membres ont demandé et obtenu la dérogation prévue par le texte européen. Paris a refusé de la solliciter, au nom de l’égalité de traitement des fabricants.

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À Guémené-sur-Scorff, dans le Morbihan, il ne reste que trois producteurs artisanaux de cette spécialité fumée au bois de hêtre. Leur savoir-faire, attesté depuis au moins le XVIIIe siècle, pourrait-il être fragilisé par une méthode de contrôle devenue plus contraignante ? L’affaire mérite mieux qu’une réponse servie froide au nom de la réglementation.

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Une peau de boyau suffit à faire flamber les résultats

L’andouille de Guémené est fabriquée à partir de chaudins de porc fumés, puis séchés pendant deux à trois semaines. Le fumage dépose sur la peau des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), des substances issues notamment de la combustion, dont certaines présentent des risques sanitaires. Le benzo[a]pyrène, l’un des HAP surveillés, est notamment classé génotoxique : il peut endommager le matériel génétique des cellules.

Communiqué de presse | Andouilles de Guémené - Rappel des faits 14 ...
Communiqué de presse | Andouilles de Guémené - Rappel des faits 14 octobre 2026 L’andouille est l’un des plus anciens savoir-faire charcutiers de Fra

La réglementation européenne, durcie en 2011 et applicable depuis le 1er septembre 2014, fixe pour les viandes fumées des plafonds de 12 microgrammes par kilogramme pour la somme de quatre HAP et de 2 microgrammes par kilogramme pour le benzo[a]pyrène. Un régime dérogatoire destiné à certains produits traditionnels permet respectivement 30 et 5 microgrammes par kilogramme.

L’Irlande, la Pologne, l’Espagne, le Portugal, la Croatie et Chypre en bénéficient. Pas la France, qui n’a jamais sollicité ce dispositif. Selon les producteurs, la méthode d’analyse a également changé : jusqu’en 2016, les contrôles s’effectuaient sans la peau ; depuis, celle-ci est intégrée lorsque le boyau est considéré comme comestible. Aucune instruction administrative publiée n’est toutefois citée pour documenter ce changement.

Benoît Rivalan, de la Maison Rivalan-Quidu et président de la Maison de l’andouille, rapporte des résultats d’environ 150 µg/kg peau comprise, contre 10 à 15 µg/kg lorsqu’une gaine textile est utilisée avant fumage. Ces chiffres sont ceux du producteur, et non ceux d’une série d’analyses publiques. Il affirme avoir dépensé environ 5 000 euros en analyses sur un seul mois.

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Pendant que Bruxelles fixe les seuils, les artisans paient l’addition

Début septembre 2026, la Maison de l’andouille a temporairement suspendu ses ventes. Une pétition a recueilli près de 20 000 signatures. Le député du Morbihan Jean-Michel Jacques réclame des seuils dérogatoires adaptés aux fabrications traditionnelles ou le retour à l’ancien protocole, accompagné d’une mention sur l’emballage déconseillant la consommation de la peau.

Trois groupes politiques ont porté un vœu examiné au Conseil régional de Bretagne le 15 octobre. La veille, la préfecture du Morbihan annonçait qu’une solution était « en passe d’être finalisée ». Dès le lendemain, la question gagnait la Normandie, où l’andouille de Vire est également concernée. Ni la DGAL, ni la direction départementale du Morbihan, ni la Commission européenne ne sont citées dans les sources disponibles comme ayant répondu aux interrogations soulevées. L’andouille de Guémené ne bénéficie par ailleurs ni d’une AOP ni d’une IGP : sa protection ne repose donc pas sur ces labels européens.

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Protéger les consommateurs est légitime ; expliquer pourquoi certains pays ont obtenu des aménagements quand Paris n’a pas engagé la démarche l’est tout autant.L’accusation de fabrication non conforme est savoureuse : elle est servie chaude par des administrations qui n’ont pas demandé la dérogation, ne répondent pas et laissent trois artisans payer pour une peau que personne ne mange. Si quelqu’un andouille le consommateur dans cette histoire, ce n’est pas le charcutier de Guémené.

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Qui, de Le Pen ou de Mélenchon, effondrera la France le plus vite ?

Par Eric V.

Le Pen 32 %, Mélenchon 16 %. L'une promet 140 milliards d'économies sans que personne ne perde rien, l'autre 106 milliards d'impôts nouveaux. Sur notre carte libertarienne, ils sont à +4,2 et +5. Reste à savoir lequel nous mènerait le plus vite aux soixante euros par jour au distributeur.

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Le 29 juin 2015, à Athènes, les distributeurs de billets ne donnaient plus que soixante euros par jour et par carte. Les banques sont restées fermées trois semaines, jusqu'au 20 juillet. Entre la fin de 2014 et la fin de juin, les Grecs avaient retiré 42 milliards d'euros de leurs comptes, le quart de leurs dépôts. Ils n'avaient pas attendu de voir le gouvernement d'Alexis Tsipras à l'œuvre : dès décembre 2014, le mois où des élections anticipées furent convoquées, 2,5 milliards étaient déjà sortis. Le 13 juillet, après dix-sept heures de négociation, Tsipras signait un plan plus dur que celui que son peuple venait de rejeter par référendum.

Je pense à ces soixante euros en regardant les sondages français. Le dernier, réalisé par l'Ifop du 12 au 14 octobre, donne Marine Le Pen à 32 % et Jean-Luc Mélenchon à 16 % au premier tour. Le second tour Le Pen-Mélenchon n'est plus une hypothèse d'école.

Il faut donc répondre à la question que pose le titre, et je vais y répondre : Mélenchon effondrerait la France plus vite. En quelques semaines, par la peur, sur le modèle grec. Marine Le Pen l'effondrerait plus lentement, en un budget, par la déception. Les deux arriveraient au même endroit, et notre carte dit pourquoi.

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Deux candidats au même étage

Le Courrier a publié cette semaine une carte libertarienne de trente-quatre forces politiques, placées sur deux axes : la distance à laquelle se prend la décision, et le sens dans lequel elle circule, du décret vers le citoyen ou du contrat entre citoyens. Marine Le Pen y figure à +4,3 sur la souveraineté et +4,2 sur l'État. Jean-Luc Mélenchon à +2 et +5. Sur l'axe qui compte pour un budget, celui de l'État, ils sont l'un à côté de l'autre, tout en haut.

Macron, Le Pen, Mélenchon, tous étatistes ? notre mapping politique libertarien
Macron et Mélenchon s'opposent sur l'Europe mais se rejoignent sur l'État. Notre carte libertarienne des 34 forces politiques.

Cela veut dire une chose simple. Ni l'un ni l'autre ne propose de réduire le périmètre de l'État. L'une promet de le faire payer par d'autres, l'autre de le faire payer par plus d'impôts. Le premier à dire au retraité, au fonctionnaire ou à l'allocataire qu'il recevra moins n'est pas encore candidat.

Le terrain sur lequel l'un ou l'autre arriverait est connu. La dette publique approche 3 640 milliards d'euros, près de 120 % du PIB. Le Trésor doit lever 340 milliards sur les marchés en 2027. L'État emprunte à dix ans à 4,87 %, et plus cher que l'Italie. Et 57,5 % de sa dette négociable est détenue par des non-résidents, qui n'ont aucune raison sentimentale de rester.

Mélenchon, ou l'horloge du marché

Le 14 octobre, Jean-Luc Mélenchon et Éric Coquerel ont présenté leur budget : 106,4 milliards de recettes nouvelles, 81,7 milliards de dépenses nouvelles, un impôt sur les héritages qui rapporterait 20 milliards de plus, une taxe sur les patrimoines au-delà de 100 millions, la suppression de la flat tax, 100 milliards d'épargne « mobilisés » chaque année, l'assurance-vie rendue « moins intéressante ». Et l'annulation, ou le gel, de la dette française détenue par la Banque centrale européenne, quelque 640 milliards. Vincent Clairmont en a fait les comptes ici même : 106 milliards de prélèvements en plus pour viser le même déficit que le gouvernement Lecornu.

Contre-budget Mélenchon : 106 milliards de plus pour le même déficit que Lecornu
Le contre-budget LFI prélève 106 milliards de plus et dépense 82 milliards de plus, pour viser le même déficit que Lecornu : 5 % du PIB.

La crise ne viendrait pas de l'application de ce programme. Elle viendrait de son annonce. Un épargnant n'attend pas qu'on taxe son héritage pour déplacer son argent, et un fonds de pension de Singapour n'attend pas qu'on gèle la créance de la BCE pour vendre ses titres français. Il lui suffit de comprendre qu'un gouvernement est prêt à ne pas rembourser l'un de ses créanciers.

On m'opposera Allende, et on aura raison d'y penser. Au Chili, l'inflation est passée de 22 % en 1971 à 163 % en 1972, puis à plus de 500 % en 1973 ; les rayons des magasins se sont vidés, le riz et la farine se vendaient au marché noir, et l'État n'avait plus de réserves de change. Mais il a fallu trois ans. Allende disposait d'une monnaie nationale : il imprimait, et la crise passait par les prix, lentement.

Mélenchon n'aurait pas de planche à billets. Il aurait l'euro, comme Tsipras. Dans une monnaie qu'on ne contrôle pas, la crise ne passe pas par les prix, elle passe par les comptes. Faut dire qu'un Français inquiet n'a pas besoin de cacher des billets sous son carrelage : il lui suffit d'ouvrir un compte dans une banque allemande ou néerlandaise, en dix minutes, depuis son téléphone. C'est la variante grecque, et elle va plus vite que la chilienne.

On répondra que la France n'est pas la Grèce : deuxième économie de la zone euro, trop grosse pour qu'on la laisse tomber, et la BCE dispose depuis juillet 2022 d'un instrument pour acheter la dette d'un pays attaqué. C'est vrai, et c'est précisément là que le piège se referme. Cet instrument, la BCE ne l'accorde qu'à des conditions écrites : le respect des règles budgétaires européennes, une dette jugée soutenable, le suivi des recommandations de la Commission. La France est sous procédure pour déficit excessif depuis juillet 2024. Un gouvernement qui ajouterait 82 milliards de dépenses et proposerait d'annuler la créance de la BCE ne remplirait aucune de ces conditions. On aiderait sans doute la France, oui. Comme on a aidé la Grèce le 13 juillet 2015, contre un mémorandum.

Je suppose que Mélenchon le sait. Il a vu Tsipras. Mais un candidat qui promet de ne pas plier ne peut pas annoncer, entre les deux tours, qu'il pliera.

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Le Pen, ou l'horloge du budget

Avec Marine Le Pen, le marché ne paniquerait pas le premier soir. Il l'a montré le 7 octobre : le jour où elle a présenté son plan de 140 milliards d'économies, le taux à dix ans a reflué à 4,75 %. Les investisseurs connaissent le précédent italien. Giorgia Meloni, venue de la droite souverainiste, gouverne depuis 2022, et l'écart de taux de l'Italie avec l'Allemagne était tombé fin 2025 à 72 points de base, au plus bas depuis 2010, parce que son budget s'est révélé plus prudent que ses discours.

Le marché ferait donc à Marine Le Pen crédit de ses renoncements futurs. C'est là que commence son problème.

Thibault de Varenne l'a décrit dans ces colonnes le 22 septembre : le Rassemblement national a différé pendant des années tous ses arbitrages internes, sur le voile, sur la Russie, sur les retraites, et il les voit remonter ensemble. Le programme du 7 octobre ne tranche aucun d'eux. Il additionne. Près de la moitié de l'effort repose sur trois payeurs qui ne votent pas en France : 32,5 milliards demandés aux fraudeurs, 19,5 à Bruxelles, 29 aux étrangers privés de prestations. La retraite revient à 62 ans, ce que l'Institut Montaigne chiffre jusqu'à 34 milliards par an, et le même plan inscrit 15 à 20 milliards d'économies sur les retraites. Enfin, la candidate veut inscrire dans la Constitution une règle d'or qui plafonnerait le déficit 2027 à 2,4 %, quand sa propre trajectoire affiche 4,9 %.

Rien de cela ne déclenche une crise un soir d'élection. Tout cela déclenche une crise le jour où il faut écrire le premier projet de loi de finances, à l'automne 2027. Ce jour-là, il n'y a que deux chemins. Le premier est celui de Meloni : tenir les comptes, donc renoncer à la retraite à 62 ans telle qu'elle a été promise, et découvrir que la fraude recouvrée ne fait que 600 millions par an. L'électorat populaire qui a porté le RN au pouvoir apprend alors qu'il paiera. Le second est de tenir les promesses : le déficit dépasse les engagements, Bruxelles constate que la France ne corrige pas son déficit excessif, l'instrument de la BCE se ferme, et l'on retrouve l'horloge du marché avec six mois de retard.

Dans le premier cas, la crise est sociale. Dans le second, elle est financière. Dans les deux, elle arrive avec le premier budget.

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Le premier à vendre

Il serait confortable d'en rester là, et de compter les points entre deux candidats. Mais une fuite de capitaux n'est pas l'œuvre d'une poignée de spéculateurs. À Athènes, les 42 milliards ne sont pas sortis des coffres de fonds anglo-saxons : ils sont sortis des comptes de retraités, de commerçants, d'épargnants ordinaires qui ont pris peur avant les autres.

En France, ce sera pareil. Le premier à vendre ne sera pas forcément un fonds de Singapour. Ce sera peut-être vous, le lundi qui suit le second tour, en déplaçant votre assurance-vie ou votre livret avant que le voisin ne le fasse. Et ce sera aussi vous, si Marine Le Pen est élue, qui descendrez dans la rue à l'automne quand on vous annoncera que les 62 ans attendront. Ensemble, ces deux candidats réunissent 48 % des intentions de vote au premier tour. Ces 48 %, ce ne sont pas eux qui les ont écrits : ce sont des électeurs qui veulent l'État protecteur sans la facture.

Dernier mot

Je réponds donc à la question posée. Mélenchon irait plus vite : de l'ordre de quelques semaines entre son élection et le premier contrôle des capitaux, parce qu'il annonce qu'un créancier ne sera pas remboursé, dans une monnaie qu'il ne contrôle pas, avec 57,5 % de la dette entre des mains étrangères. Marine Le Pen irait moins vite : un budget, celui de l'automne 2027, parce qu'elle a promis en même temps la retraite à 62 ans et une règle d'or à 2,4 %.

Sur notre carte, l'une est à +4,2, l'autre à +5. La différence de vitesse ne vient pas de l'écart entre ces deux chiffres. Elle vient de ce que l'un des deux programmes annonce un créancier non remboursé. La destination, elle, est la même : un État dont les dépenses atteignent 57,2 % du PIB, et que ni l'une ni l'autre ne propose de réduire d'un euro.

À Athènes, il a fallu six mois entre l'annonce des élections et les soixante euros au distributeur. À Paris, avec Mélenchon, je ne parierais pas sur six mois. Avec Marine Le Pen, je parierais sur octobre 2027.

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À Strasbourg, 43 scanners annulés pour des cochons : un proche d’un malade du cancer porte plainte

Le 12 octobre 2026, Gabriel Weisser, proche d’un patient atteint d’un cancer, a déposé plainte contre X auprès du procureur de Strasbourg pour « mise en danger de la vie d’autrui et omission de porter secours ». Pour mémoire, en mars 2025, quarante-trois patients de l’IHU de Strasbourg ont vu leur scanner annulé. Selon le rapport Igas-Igesr : l’IHU est suspecté d’avoir annulé des examens sur des patients cancéreux et donné la priorité à la recherche sur des cochons. Le rapport définitif, remis en décembre 2025, est resté confidentiel dix mois.

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Dans un établissement voué à l’innovation médicale, la recherche ne devrait jamais devenir une justification à l’effacement des patients. Or, à Strasbourg, les circonstances de l’annulation de dizaines d’examens destinés à des malades du cancer soulèvent une question élémentaire : qui doit répondre lorsque l’organisation d’un service hospitalier empêche l’accès aux soins ?

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Dix mois de silence après un rapport accablant

Selon les conclusions du rapport définitif de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (Igesr), remises en décembre 2025, l’Institut hospitalo-universitaire de Strasbourg présentait « de nombreuses irrégularités dans l’organisation de l’établissement ».

Les faits remontent à mars 2025. Un courriel interne daté du 14 mars demandait l’annulation de tous les scanners prévus ce jour-là, faute de manipulateurs disponibles. Quarante-trois patients ont été concernés, les professionnels étant mobilisés sur des recherches menées sur des cochons pour le compte d’entreprises privées.

Le 12 octobre 2026, Gabriel Weisser, proche d’un patient atteint d’un cancer, a saisi le procureur de la République de Strasbourg d’une plainte contre X pour « mise en danger de la vie d’autrui et omission de porter secours ». Il s’agit d’une plainte, et non d’une condamnation : la justice devra déterminer les responsabilités éventuelles.

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Recherche privée, personnel réduit et pression sur les salariés

Le professeur Christian Debry, directeur de l’IHU, conteste l’idée d’un arbitrage entre recherche et soins. Il a notamment invoqué un risque d’absentéisme parmi les manipulateurs. Mais l’équipe d’imagerie serait passée de quatorze personnes à seulement trois ou quatre, une évolution qui pose la question des moyens humains et de la capacité de l’établissement à assurer ses missions.

Un autre élément interpelle : dans un courriel du 10 juin 2025, la direction rappelait au personnel son devoir de confidentialité et évoquait un licenciement en cas de prise de parole dans la presse. Cette consigne, rapportée dans le dossier, nourrit les interrogations sur la liberté d’alerte au sein de l’établissement.

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Cette affaire montre ce que devient un hôpital public lorsque la recherche contractuelle, rémunératrice, côtoie des soins en sous-effectif : la tentation de sacrifier le malade, qui ne rapporte rien à l’heure, à l’industriel, qui paye. Nénamoins,pour l'heure rien ne prouve encore que ce fut le cas ; c’est précisément ce que l’enquête devra établir. Dans un système où l’État est à la fois financeur, régulateur et juge de ses propres établissements, ce sont les citoyens qui doivent s’improviser.

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Après son cancer du sein, Ambre reprend à mi-temps et se découvre 8 000 euros de dette

Atteinte d’un cancer du sein à 27 ans, Ambre a repris le travail à mi-temps thérapeutique. Son assurance a cessé de payer sans qu’elle en soit informée. Son employeur lui réclame aujourd’hui 8 000 euros, et elle a perdu la moitié de ses revenus.

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Actuellement, Ambre a 29 ans. En 2024, on lui diagnostique un cancer du sein. Six mois de chimiothérapie, une trentaine de séances de radiothérapie, un an et demi d’arrêt maladie. En septembre 2025, elle reprend le chemin du travail. Mi-temps thérapeutique, poste adapté : elle passe de conductrice de travaux sur les chantiers à un poste administratif. Elle travaille à 40 %, son employeur lui verse 40 % de son ancien salaire, et une assurance souscrite par l’entreprise complète pour atteindre 80 % de ses revenus. Puis le 25 août 2026, un appel de son chef fait tout basculer : l’assurance a cessé de payer depuis juin. Les 40 % qu’elle a continué de percevoir, elle les doit désormais à son employeur. Total : 8 000 euros de dette.

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Reprendre le travail, puis découvrir une dette de 8 000 euros

Après son cancer du sein et sa chimiothérapie, Ambre reprend son activité à mi-temps thérapeutique. Ce dispositif permet une reprise progressive du travail, adaptée à la situation du salarié. Mais à son retour, elle apprend qu’elle ne sera plus indemnisée.

Jusqu’alors, son employeur avançait son salaire. Désormais, celui-ci lui réclame 8 000 euros. Cinq ans après le diagnostic, plus d’un quart des malades ont perdu une partie de leurs revenus, d’après une étude de l’Inserm. C’est ce qui est arrivé à Ambre, elle a perdu la moitié de ses revenus. La difficulté ne se limite donc pas à une somme à rembourser : elle doit aussi composer avec une baisse substantielle de ses ressources.

A quel moment la salariée a-t-elle été informée des conséquences financières de sa reprise à mi-temps ? Les éléments rapportés ne permettent pas de déterminer précisément les responsabilités respectives des acteurs ni les modalités exactes du trop-perçu. Mais ils mettent en évidence le risque d’un système dans lequel les règles de rémunération et d’indemnisation ne sont pas suffisamment lisibles pour ceux qui les subissent.

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L'opacité administrative, une facture pour les salariés

Une dette de 8 000 euros ne représente pas une simple régularisation comptable pour une personne qui vient de traverser une maladie grave et dont les revenus ont diminué de moitié. Or, le salarié ne maîtrise ni les circuits de paiement ni les échanges entre les organismes et l’employeur.

La responsabilité de chacun doit certes être établie sur la base des documents et des règles applicables, et c’est la salariée seule qui absorbe l’erreur. L’absence d’information suffit à produire de la maltraitance administrative.

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On demande aux malades de revenir, de reprendre leur place, de cotiser à nouveau. On pourrait au moins leur dire à quelles conditions ils seront payés. Faute de quoi la reprise du travail devient pour Ambre un risque, sur lequel personne ne lui avait demandé son avis.

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Contre-budget Mélenchon : 106 milliards de plus pour le même déficit que Lecornu

Par Vincent Clairmont

Le 14 octobre, LFI a présenté son contre-budget : 106,4 milliards de recettes nouvelles, 81,7 milliards de dépenses nouvelles, et un objectif de déficit de 5 % du PIB. C'est celui du gouvernement. Ce n'est pas un autre budget. C'est le même, avec 106 milliards de prélèvements en plus.

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Le 14 octobre, au siège de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon et Éric Coquerel, président de la commission des finances de l'Assemblée, ont présenté leur budget pour 2027 : 106,4 milliards d'euros de recettes nouvelles, 81,7 milliards de dépenses nouvelles. L'objectif de déficit affiché est de 5 % du PIB. C'est celui du projet de loi de finances de Sébastien Lecornu.

Mélenchon se dit « dans l'épure ». Lisons-le donc en comptable.

Ma thèse, et je la tiens jusqu'au bout : ce contre-budget n'est pas une alternative au budget Lecornu. C'est le même budget, avec 106 milliards de prélèvements en plus et 82 milliards de dépenses publiques en plus, pour le même déficit. Sur la carte libertarienne publiée hier par Eric V. dans ces colonnes, Mélenchon est placé à +5 sur l'axe de l'État, tout en haut. Le document du 14 octobre est le chiffrage de ce +5.

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Ce que paie le contribuable

Les prélèvements obligatoires représentaient 43,6 % du PIB en 2025, selon l'Insee. 106 milliards de plus, sur un PIB d'environ 3 000 milliards, c'est près de 3,5 points supplémentaires : un taux de l'ordre de 47 %.

La taxe sur les héritages doit rapporter 20 milliards de plus. Or l'ensemble des droits de succession et de donation a rapporté 20,7 milliards en 2025. Le programme double donc l'impôt sur la transmission. Le « rabotage » des niches doit rapporter 22 milliards, dont le crédit d'impôt recherche, le pacte Dutreil, qui allège la transmission d'une entreprise familiale à condition que les héritiers la gardent, et le crédit d'impôt pour l'emploi à domicile. Celui qui paie, c'est le fils qui reprend l'atelier de son père, et la retraitée qui déclare son aide-ménagère au lieu de la payer de la main à la main.

Où va l'épargne

LFI veut aussi « mobiliser » 100 milliards d'épargne par an : plafond du Livret A porté à 30 000 euros pour flécher 30 à 40 milliards vers le logement, assurance-vie rendue « moins intéressante » pour pousser l'argent vers un nouveau produit.

Je travaille dans une maison de gestion. Quand un client nous confie son argent, l'allocation se décide par contrat et il la signe. Ici, l'épargnant apporte l'argent et l'État décide de l'allocation, en rendant moins rentable tout ce qu'il n'a pas choisi.

C'est ce que la carte d'Eric V. appelle la pente : la décision descend d'en haut. Mises appelait cela l'éviction : chaque euro fléché par l'État vers le logement manque à l'entreprise qui l'aurait emprunté.

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La dette et ceux qui la détiennent

LFI annonce 25 milliards de réduction de la dette dès la première année. Un État qui vise 5 % de déficit emprunte plus de 150 milliards nets dans l'année. Sa dette ne baisse pas. Elle augmente un peu moins vite.

Le même document prévoit d'annuler ou de geler la dette française détenue par la Banque centrale européenne, ce que Coquerel a confirmé. L'Eurosystème détient

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Zelensky est-il en train de jouer avec le feu ?

Par Thibault de Varenne

« Le verrou a sauté. C'est fini. » Ce matin, dans le Financial Times, Volodymyr Zelensky a annoncé que l'Ukraine reprenait ses frappes sur les raffineries russes. Elle les avait suspendues trois jours, après le « cessez-le-feu énergétique » proclamé dimanche par Donald Trump. Moscou ne l'a jamais accepté. Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a répondu par une question : « A-t-il été précisé ? » Pendant la pause, une attaque russe sur Kiev a mobilisé, selon la même source, 39 missiles balistiques et environ 120 drones. Six morts. Plus de 600 000 personnes privées d'électricité.

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Le 13 octobre, j'écrivais ici que trois choses rapprochaient l'Europe d'une guerre chaude avec la Russie : une date de guerre répétée à toutes les tribunes, un plan de riposte qui frapperait le sol russe, et l'absence de tout traité. J'ajoutais qu'ensemble, elles permettaient qu'un incident de frontière déclenche la guerre sans que personne l'ait décidée. Depuis ce matin, cet incident est devenu plus probable. Il faut dire pourquoi, et à qui revient l'allumette.

L'OTAN se rapproche-t-elle d'une guerre « chaude » avec la Russie ?
Tusk 2027, Rutte « cinq ans », l'Allemagne 2029 : l'Europe a donné une date à la guerre avec la Russie, et l'OTAN un plan pour frapper Kaliningrad. Comment un incident pourrait tout déclencher.
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Ce que Kiev a perdu en trois jours

Le Financial Times rapporte la version de Zelensky. Pendant la pause, les alertes américaines qui signalent le départ des missiles balistiques russes ont cessé d'arriver. Le réseau Starlink, par lequel communiquent une grande partie des unités ukrainiennes, a été ralenti dans tout le pays. Des militaires américains auraient prévenu : « Si vous n'arrêtez pas, nous bloquerons le renseignement. » On a parlé ensuite à Kiev d'une panne technique. « Ce n'était pas un problème technique, c'était une volonté », répond Zelensky.

La Maison-Blanche dément avoir coupé quoi que ce soit. Elon Musk, propriétaire de Starlink, a fait observer que le réseau militaire Starshield appartient au gouvernement américain, qui en fixe le débit. Chacun tirera de cette précision ce qu'il voudra. Le service a été depuis partiellement rétabli, selon les autorités ukrainiennes.

Retenons le fait, qui ne dépend d'aucune version : l'Ukraine reprend ses frappes à longue portée au moment où elle voit moins bien, communique moins bien, et ne sait plus si les yeux qu'on lui prêtait resteront ouverts demain.

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La route des drones longe l'OTAN

Il faut maintenant regarder une carte. Les cibles les plus rentables de Kiev sont les ports pétroliers russes de la Baltique, Ust-Luga et Primorsk, à l'ouest de Saint-Pétersbourg. Ils sont à quelques dizaines de kilomètres de l'Estonie et de la Finlande. Pour les atteindre, les drones partis d'Ukraine passent à proximité de la frontière de l'Alliance atlantique.

Ce printemps, l'Ukraine les a frappés à répétition. Entre le 23 mars et le 8 juin, on a compté une quinzaine d'incidents où des drones ukrainiens égarés sont tombés en territoire allié. Le 25 mars, l'un d'eux a touché la cheminée de la centrale électrique d'Auvere, en Estonie. Le 30 mars, un autre s'est écrasé près de Kouvola, en Finlande, avec une charge qui n'avait pas explosé. Le 7 mai, un troisième a explosé sur un dépôt pétrolier de Rēzekne, en Lettonie ; des écoles ont fermé, et le ministre letton de la Défense a démissionné. Le 19 mai, un F-16 roumain a abattu un drone au-dessus de l'Estonie. Le 8 juin, c'est un Rafale français qui en a détruit un au-dessus de la Lettonie. Kiev s'est excusé auprès d'Helsinki et a mis en cause le brouillage russe. Le 31 mars, le Kremlin avait menacé de riposter contre tout pays qui « prêterait » son espace aérien à ces frappes.

Un pilote français a donc déjà tiré, cette année, sur un engin entré dans le ciel de l'OTAN. Personne ne s'en souvient. C'est ainsi que les choses commencent.

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L'incident que les services ont décrit

Le 24 septembre, le renseignement militaire danois décrivait les formes que pourrait prendre une attaque russe limitée contre un pays de l'OTAN. L'une d'elles est une attaque sous faux drapeau avec des drones de fabrication ukrainienne. L'hypothèse est précise, et elle est terrible. Le jour où un drone tombera sur une

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Pourquoi l'inflation américaine déstabilise les marchés

Par Élise Rochefort

Le 14 octobre 2026, le Bureau des statistiques du travail américain a publié l'indice des prix à la consommation de septembre. Sur douze mois, les prix ont augmenté de 3,7 %. Ils avaient augmenté de 3,4 % en août. Les économistes interrogés avant la publication attendaient 3,6 %. Le jour même, l'indice S&P 500 a perdu 1,11 % et le Nasdaq 1,88 %. Le lendemain matin, les Bourses d'Asie ont reculé bien davantage : l'indice coréen Kospi a perdu environ 8 % en séance, l'indice japonais Nikkei environ 5 %. Cette fiche explique pourquoi un écart d'un dixième de point fait bouger des marchés du monde entier.

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Ce que dit le chiffre

L'indice mesure le prix d'un panier de dépenses courantes : loyers, nourriture, carburant, voitures, soins, services. En septembre, ce panier a coûté 0,6 % de plus qu'en août.

La hausse vient d'abord de l'essence. Son prix a augmenté de 9,1 % en un mois, ce qui représente plus de la moitié de la hausse totale. L'énergie dans son ensemble a augmenté de 5,2 %. Cette hausse suit la quasi-fermeture du détroit d'Ormuz, par où transitait avant la guerre environ un cinquième du pétrole mondial. Le baril de Brent cotait 106,58 dollars le 14 octobre au matin.

Les statisticiens calculent aussi une inflation dite « sous-jacente », qui exclut l'énergie et l'alimentation, parce que leurs prix varient fortement d'un mois à l'autre. Elle s'établit à 2,6 % sur un an. Elle était de 2,4 % en août. Le consensus attendait 2,5 %.

Pour un salarié américain, le résultat se lit sur la fiche de paie. Corrigé de la hausse des prix, le salaire horaire moyen a baissé de 0,7 % sur un an.

Que coûte chaque année un général patriote au petit peuple qu'il prétend aimer ?
Au moins 54 000 € par an : la part de la retraite d'un général cinq étoiles payée par le budget de l'État, et non par les cotisations. Le calcul, hypothèses comprises.
Macron, Le Pen, Mélenchon, tous étatistes ? notre mapping politique libertarien
Macron et Mélenchon s'opposent sur l'Europe mais se rejoignent sur l'État. Notre carte libertarienne des 34 forces politiques.
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Ce que fait la banque centrale

La Réserve fédérale, la banque centrale des États-Unis, a pour mission de contenir la hausse des prix autour de 2 % par an. Son principal outil est son taux directeur : le taux auquel les banques se prêtent de l'argent au jour le jour. Quand il monte, tous les crédits deviennent plus chers, les ménages et les entreprises empruntent moins, achètent moins, et les prix ralentissent.

La Réserve fédérale a relevé ce taux d'un quart de point le 16 septembre. Il se situe entre 3,75 % et 4 %. Sa prochaine réunion a lieu les 27 et 28 octobre. Après la publication du 14 octobre, les investisseurs ont relevé la probabilité d'une nouvelle hausse à cette date. Les estimations varient selon les instruments de mesure : de 35 % à 50 % environ selon les sources citées par la presse financière.

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Pourquoi les actions baissent quand les taux montent

Le taux de la banque centrale entraîne celui des emprunts de l'État américain. Le rendement du titre à dix ans est monté à 5,28 % le 14 octobre. Les investisseurs le considèrent comme le placement de référence le plus sûr.

Une action donne droit à une part des bénéfices futurs d'une entreprise. Ces bénéfices ne sont pas garantis. Soit une action qui coûte 100 dollars et dont l'entreprise verse 5 dollars de bénéfice par an : elle rapporte 5 %. Si l'État américain offre 5,28 % sans risque, un acheteur n'a plus de raison de payer 100 dollars pour un revenu incertain de 5 %. Il ne l'achète qu'à un prix plus bas. C'est ce recalcul qui fait baisser les cours.

Les entreprises dont les bénéfices sont attendus dans un avenir lointain, comme celles de la technologie, sont les plus touchées. C'est pourquoi le Nasdaq, qui les regroupe, a reculé davantage que les autres indices. L'or a lui aussi baissé, d'environ 2 % : il ne rapporte aucun intérêt, et son attrait diminue quand les placements sans risque rapportent davantage.

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Ce matin en Asie

Le 15 octobre, à l'ouverture des marchés asiatiques, la baisse s'est amplifiée. Selon l'agence Associated Press, l'indice Kospi de Séoul a reculé de 8 % en séance, à 5 527 points. Il a perdu plus de 16 % en un mois, après avoir dépassé 9 000 points en juin. L'indice Nikkei de Tokyo a cédé 5 %, celui de Taïwan 3,4 %, Shanghai 2 % et Hong Kong 1,3 %. Ces chiffres sont des cours de séance et peuvent différer des cours de clôture.

Les plus fortes baisses touchent les fabricants de puces électroniques : SK Hynix recule de 11,1 %, Kioxia de 11,2 %, Samsung Electronics de 9,7 %, Tokyo Electron de 7,5 %. Le groupe d'investissement SoftBank perd 9,6 %. La Corée et le Japon sont les deux places où ces entreprises pèsent le plus. Leurs cours avaient fortement progressé cette année, portés par les commandes liées à l'intelligence artificielle. Leurs bénéfices sont attendus pour les années à venir : ce sont les plus sensibles à une hausse des taux.

Le même jour, le Fonds monétaire international a publié un rapport sur l'Asie. Il y écrit qu'une correction des investissements ou des valorisations liés à l'intelligence

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Trésorerie négative : le préfet a dû saisir la chambre des comptes sur les finances de Houilles

À Houilles, dans les Yvelines, la gestion financière municipale fait l’objet de critiques de la chambre régionale des comptes après la découverte d’une trésorerie négative et d’un déficit préoccupant. Le 30 juillet 2026, la commune annonçait la saisine de la juridiction financière par le préfet. Élu en avril, le nouveau maire affirme avoir engagé des mesures correctrices : le déficit serait redescendu à 4,45 %, juste sous le seuil de 5 % qu’il présente comme déterminant.

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Dans les Yvelines, la commune de Houilles et ses quelque 33 000 habitants découvrent avec stupeur la fragilité financière de leur municipalité. Alors que chaque contribuable paie ses taxes sans aucun moyen de contrôler en temps réel l'usage de ses deniers, la gestion passée a mené la trésorerie dans une zone négative. La préfecture des Yvelines et l’actuel maire Romain Bertrand (DVC), élu en avril 2026, sont à l’origine de la saisine en raison d’un déficit de la commune supérieur à 5 % des recettes de fonctionnement, seuil légal autorisé.

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Une alerte tardive qui arrive après la dégradation des comptes

La chambre régionale des comptes d’Île-de-France a publié un avis des comptes publics de la commune de Houilles (Yvelines) le 1er octobre 2026. Le rapport de la chambre régionale des comptes porte sur la gestion financière de la mairie. Il relève une trésorerie négative et un déficit. Le déficit traduit un déséquilibre budgétaire, tandis qu’une trésorerie insuffisante peut compliquer le règlement des dépenses courantes.

Le 30 juillet, la Ville informait ses habitants que le préfet des Yvelines avait saisi la chambre. Cette intervention institutionnelle signale que la situation ne relève plus seulement des arbitrages internes à la municipalité. Elle appelle un examen extérieur des comptes et des mesures nécessaires à leur rétablissement.

Le rapport porte sur une gestion antérieure à l’arrivée de l’équipe municipale actuelle. Il serait donc injustifié d’imputer les difficultés à un élu en particulier sans éléments établissant sa responsabilité. Reste à savoir, comment les déséquilibres ont-ils pu atteindre ce niveau avant de donner lieu à une procédure de contrôle ?

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Un déficit ramené sous le seuil, mais une vigilance nécessaire

Le maire, élu au printemps 2026, dit avoir été à l’initiative de cette saisine dès son arrivée. Le 2 octobre, il a fait savoir que le déficit était ramené à 4,45 %, soit sous le seuil de 5 %. Ces deux chiffres viennent de lui. Il indique que de premières mesures ont été prises depuis. La commune n’est pas pour autant « sous tutelle » : le seuil de 5 % n’a pas été franchi, selon le maire.

Ce chiffre doit lui être attribué : il ne constitue pas, à lui seul, une démonstration de l’assainissement durable des finances communales. La distinction est importante. Une amélioration ponctuelle ne suffit pas à établir que la commune a retrouvé des marges financières solides, ni que les causes de la dégradation ont été durablement corrigées. Le suivi des dépenses, des recettes et des disponibilités de trésorerie reste donc essentiel.

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L’affaire de Houilles rappelle enfin une faiblesse du contrôle démocratique local : les contribuables financent les services municipaux, mais disposent rarement d’une lecture immédiate et accessible des risques financiers auxquels leur commune est exposée. Les procédures de contrôle sont nécessaires ; elles ne remplacent pas une information régulière, intelligible et suffisamment précoce. La responsabilité publique exige que les alertes ne deviennent pas compréhensibles pour les habitants seulement lorsque le préfet doit intervenir.

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Macron, Le Pen, Mélenchon: all statists? Our libertarian political map

by Eric Verhaeghe — Le Courrier des Stratèges

Six months before France's April 2027 presidential election, Macron sits at −5 on sovereignty and Mélenchon at +2: everything divides them. On the state, +4 and +5: nothing does. We placed 34 French parties and public figures on a two-axis libertarian map. Thirty-two of them sit in the top half. In the bottom right corner, there is almost no one. That is where we stand.

Thirty-four dots on a page

Macron, Le Pen, Mélenchon: all statists? Our libertarian political map

Emmanuel Macron, −5 and +4. Jean-Luc Mélenchon, +2 and +5. Marine Le Pen, +4.3 and +4.2. Bruno Retailleau, +1 and +4. On October 12, Le Courrier des Stratèges placed thirty-four French parties and public figures on a two-axis map, each axis running from −5 to +5, and the first finding is geographic: everyone is at the top. They fight fiercely over the horizontal axis, they trade insults over it, they campaign on it, and when the time comes to say what they expect from the state, they all find themselves at the same altitude.

Only two names drop below the midline on the sovereigntist side: David Lisnard (+1, −2), the mayor of Cannes, who talks about decentralization and shrinking the state, and Sarah Knafo (+4, −1), openly hostile to public spending. Below −2, only reference points outside any party remain: libertarians, who have no electoral offer in France, this publication, at +4 and −4, and the author of these lines, slightly above.

A map neither left nor right will draw

The left-right axis dates back to the summer of 1789: in the National Constituent Assembly, deputies who supported the king's veto sat to the right of the president, the others to the left. It served for two centuries. Today, it places Bruno Retailleau, the conservative leader, and Jean-Luc Mélenchon, the hard-left leader, at opposite ends of a line, while our map puts them at almost the same altitude, +4 and +5. And it says nothing about the one question a libertarian asks in front of a ballot: will this candidate decide in my place, and from how far away?

American libertarians hit the same wall. In the early 1970s, David Nolan drew a two-axis chart, economic freedom and personal freedom, to show that neither Republicans nor Democrats represented them. The Political Compass picked up the idea in 2001. Both tools measure what the state allows. They do not measure where it decides from. Yet that is the French question of 2027: a president elected in Paris, rules written partly in Brussels, and a farmer's hedge in rural Corrèze that has to go up to the prefect, the central government's representative in each department.

Hence this map, built for one specific purpose: to see, behind the quarrels of the horizontal axis, which floor each player stands on. It is published with this article, and anyone may challenge a position.

The positions are orders of magnitude. One could argue for former Prime Minister Édouard Philippe at +1.3 rather than +2, or for Éric Zemmour a notch higher. No one will pull the top half down. The map rests on two criteria, and only two. Here they are, because everything else follows from them.

First criterion: distance

The horizontal axis measures proximity. It asks a simple question: how far from the citizen is the decision made? At +5, no rule stands above national law. At −5, the nation is presented as an outdated level for the big issues. Emmanuel Macron has occupied that point since his Sorbonne speech of September 26, 2017, in which "European sovereignty" became the natural frame for defense, energy and currency.

The word globalism annoys people, and I take it in its strict sense, because it has been badly soiled. It does not designate a club, a conspiracy, or a category of people. It designates a doctrine, which can be read in public speeches: the right level of decision, for most things, is the most distant one. Sovereigntism is the opposite doctrine: the right level is the closest one.

Two words that are constantly confused must be told apart right away. A knife maker in Saint-Étienne who sells knives in Osaka is doing globalization. A single rule, written in Brussels or Geneva, setting how the Osaka maker and the Saint-Étienne maker must label their knives, is globalism. The first is an exchange, the second a command. One can like the first and loathe the second, and on reflection that is the most consistent position there is.

Second criterion: slope

The vertical axis measures slope. It does not ask where the decision is made, but in which direction it flows. Does it come from above, through decree, regulation, plan, prior authorization? Or does it arise sideways, through contract, trade, association, agreement between neighbors?

An example is worth more than a definition. Since October 1, a French farmer who wants to remove a field hedge must file a "single declaration" with the prefect (decree no. 2026-829 of August 28, 2026). He must justify the absence of an alternative, wait two months for review, replant at least the length destroyed, and, from 2027, respect a ban period of at least twenty-one weeks set by order. The text merges thirteen earlier regulations and is presented as a simplification. It is vertical from start to finish: the question of a hedge between two fields goes up to the prefecture and comes back down as a receipt.

This axis does not measure left and right. France Unbowed (LFI) and the Communist Party are at +4.5; the National Rally at +3.8; Macron's Renaissance at +3.4. Ecological planning, national preference and the strategist state do not have the same content. They have the same slope.

The two axes do not overlap

This is where the map bothers sovereigntists, and I count myself among them. Being close is not enough to be horizontal. The National Rally is at +4 on sovereignty and +3.8 on the state: national preference, retirement at 62, the protective state. Nicolas Dupont-Aignan is at +5.3 and +3.6, with reindustrialization planned from Paris. This kind of sovereigntism brings the signature back from Brussels to Paris, and keeps the decree.

French history knows this case well. Colbert, Louis XIV's finance minister, was a sovereigntist before the word existed: royal manufactures, production regulations, inspectors checking the width of cloth. The nation was close, orders fell from above, and the draper wove at the width set by the king. Nothing new about it; it is very French.

Lisnard and Knafo show that the opposite combination exists on the right. It remains rare, and it has no party machine.

Why the libertarian is first a man of proximity

In September 1945, in "The Use of Knowledge in Society", Hayek made an observation no one has ever refuted: the knowledge needed for a decision is dispersed, local, often tacit. The baker knows what his oven is worth, the farmer knows where water pools, the craftsman knows what his customer will pay. No central bureau can gather that knowledge. Prices transmit it without anyone giving an order.

A rule of logic, not of taste, follows. If knowledge is local, the decision must be made where it lies. And the place closest to any decision that concerns me is me. Family, firm, town and nation come next, in that order, as levels of delegation. That is why French libertarianism speaks of individual sovereignty before national sovereignty: the second only makes sense as protection for the first.

The libertarian is therefore a sovereigntist by construction. He is one in a precise way: between decision-makers close to one another, coordination happens sideways, through contract and exchange. The liquid democracy we advocate is its political form: everyone votes himself, or delegates his vote, revocably, to whomever he chooses. Delegation starts at the bottom, and it can be taken back the next day.

Some will object that American libertarians defend global free trade, sometimes open borders, and look like globalists. The objection deserves better than a shrug. The answer lies in the distinction drawn above. Free trade is the most horizontal form there is: millions of contracts concluded without a center. It needs no world government. The Cobden-Chevalier Treaty of 1860, which opened trade between France and the United Kingdom, was signed by two sovereign nations, and it removed barriers instead of writing rules. A libertarian can want planetary trade and local decisions. What he cannot want is for the rules of trade to be written by an authority no one chose.

Why globalism cannot come down

Turn the logic around. A decision made for 450 million Europeans, or for eight billion humans, cannot know the hedge in Corrèze, the baker's oven in Lens or the order book of a subcontractor in the Jura. It can therefore take only one form: a uniform rule, applied everywhere in the same way, enforced by an administration. Distance requires rules, and rules require slope. A horizontal globalist would be a man who wants to decide everything from as far away as possible without imposing anything on anyone. He does not exist, and the map shows it: the bottom left quadrant is empty. The lowest point in the pro-European camp is Édouard Philippe's Horizons party, at +1.

The digital euro is a textbook case. Under the European Parliament's position, the holding limit would be set by the Commission, by delegated act, on the recommendation of the ECB. Parliament and the Council could object. They could not amend it. The amount of digital public money a French citizen will be allowed to keep will thus be decided three floors above him, by an institution he does not elect.

Federalists answer with subsidiarity, written into Article 5 of the Treaty on European Union: the Union acts only if the national level is not enough. It is their best argument, and it is worth looking at how it works. National parliaments can send the Commission a "yellow card" if they gather a third of the votes. Since 2009, they have done so three times. The Commission withdrew its proposal once, in 2012, on the right to strike. It kept its proposal twice, on the European Public Prosecutor's Office and, on July 20, 2016, on posted workers. In this system, the center decides what it leaves to the periphery. Subsidiarity, conceived this way, does not make power rise from below. It lets some of it trickle back down, when the top agrees.

That is the asymmetry. Proximity does not guarantee horizontality: the National Rally proves it. Distance does guarantee verticality: the empty quadrant proves it.

A crowded top half

It would be convenient to stop here and blame the political offer. That would be a bit of a lie. If almost everyone is at the top of the map, it is because voters are there too. Us, I mean. When diesel goes above two euros, we ask the state for a rebate, not for lower taxes. When a neighbor is a nuisance, we ask the mayor for a bylaw. When a profession worries us, we ask for prior licensing. Each of these gestures, taken alone, has its reasons. Put end to end, they draw exactly the map we deplore.

Verticality has its charm, mind you: it brings relief. Whoever asks for a decree no longer has to negotiate with his neighbor, or bear alone the risk of a failed contract. I suppose that is why it wins so often, and why it wins on both sides of the horizontal axis at once.

Last word

Thirty-four names on the map. Thirty-two in the top half. Two below the line on the sovereigntist side, and none below −2. None in the quadrant of horizontal globalists, because that quadrant cannot exist. Below −3, there is only a publication, its editor and a family of ideas that has no party.

In April 2027, every ballot on offer will bear the name of someone standing in the top half. The empty quadrant will not be filled by a vote. It fills up every time one of us settles with a neighbor what he was about to ask the prefect for.

How we scored

Each party or figure receives two scores from −5 to +5. The scale below says what each level means; the names are examples from the map. Positions are orders of magnitude, open to debate within a point: they are meant for comparison, not grading.

Horizontal axis: where decisions are made

ScoreMeaningExamples
+5Full sovereigntism. Exit from the EU treaties, even from the EU and NATO. No rule above national law.UPR, Debout la France, Philippot
+4Rupture sovereigntism. Stay in the EU but subordinate it: primacy of national law, national preference, referendums against Brussels.National Rally, Reconquête, Le Pen, Zemmour, Knafo
+3Negotiating sovereigntism. Non-alignment, rejection of free-trade treaties, renegotiation rather than exit.Communist Party, Ruffin, Villepin, UDR
+2Nation first, international horizon. Hostile to current treaties, but in the name of another supranational project ("social Europe", alter-globalism).France Unbowed, Mélenchon
+1Europe by habit, nation by reflex. Accepts the European framework, challenges it case by case (immigration, farming, energy).The Republicans (LR), Retailleau, Lisnard
0Indifference. Where decisions are made is not an issue.No major player
−1 / −2Pragmatic Europeanism. The EU is the natural framework, without an explicit federal project.Darmanin (−2)
−3Committed Europeanism. More integration wanted: common budget, common foreign policy.Socialist Party, Hollande, Horizons, Philippe, Greens
−4Federalism. The European level is the right one for most things: tax, defense, industry. The nation-state executes.Renaissance, MoDem, Place publique, Glucksmann, Attal, Bayrou
−5"European sovereignty." The nation is explicitly presented as an outdated level for the big issues.Macron

Vertical axis: what is expected from the state

ScoreMeaningExamples
+5Planning. The state sets prices, output and behavior; nationalizations, bans, a new constitution imposed from above.France Unbowed, Communist Party, Mélenchon, Ruffin, Darmanin (on law and order)
+4Protective, commanding state. The state must "protect" and "restore order"; social spending and authority go together.National Rally, Le Pen, Macron, Retailleau, Greens, Tondelier
+3Extended regulatory state. The market exists, but regulation comes first: the strategist state, agencies, sector plans.Socialist Party, Place publique, Glucksmann, Renaissance, LR, UDR, Villepin, Debout la France, Bardella
+2Referee state. Fewer interventions, but order still comes from above; talk of "responsibility" without shrinking the state's scope.MoDem, Bayrou, Zemmour, Reconquête, Marion Maréchal
+1Cautious decentralization. Loosen the state without shrinking it: local freedom, simplification, fiscal discipline.Horizons, Philippe
0Balance point. As much spontaneous order as commanded order.No major player
−1 / −2Openly liberal. Declared reduction of the state's scope, spending cuts as a program, trust in local and private initiative.Knafo (−1), Lisnard (−2)
−3 / −4Spontaneous order. The state limited to core sovereign functions and a few common goods; the rest goes to individuals, towns and contracts. Direct or liquid democracy.Le Courrier des Stratèges (−4), Eric Verhaeghe (−3.4)
−5Minarchy. The state reduced to courts, police and defense, or less.Libertarians

Le Courrier des Stratèges is an independent French libertarian publication, founded and edited by Eric Verhaeghe. A former senior civil servant and business federation executive turned entrepreneur and essayist, he writes on the French state, surveillance, and the case for individual sovereignty.

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Macron, Le Pen, Mélenchon, tous étatistes ? notre mapping politique libertarien

Par Eric V.

Macron −5, Mélenchon +2 sur la souveraineté : tout les oppose. Sur l'État, +4 et +5 : rien ne les sépare. Le Courrier a placé 34 partis et personnalités sur une carte libertarienne à deux axes. Trente-deux sont dans la moitié haute. En bas à droite, il n'y a presque personne. C'est là que nous sommes.

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Trente-quatre points sur une feuille

Emmanuel Macron, −5 et +4. Jean-Luc Mélenchon, +2 et +5. Marine Le Pen, +4,3 et +4,2. Bruno Retailleau, +1 et +4. Le Courrier a placé le 12 octobre trente-quatre partis et personnalités sur une carte à deux axes, gradués de −5 à +5, et le premier constat est géographique : tout le monde est en haut. On se dispute avec férocité l'axe horizontal, on y échange des noms d'oiseaux, on y fait campagne, et l'on se retrouve, au moment de dire ce qu'on attend de l'État, à la même altitude.

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Deux noms seulement passent sous la ligne médiane du côté souverainiste : David Lisnard (+1, −2), qui parle de girondisme et de réduction de l'État, et Sarah Knafo (+4, −1), ouvertement hostile à la dépense publique. Sous −2, il ne reste que des repères hors partis : les libertariens, qui n'ont aucune offre électorale en France, ce journal, placé à +4 et −4, et l'auteur de ces lignes, un peu au-dessus.

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Une carte que la gauche et la droite ne dessinent pas

L'axe gauche-droite date de l'été 1789 : à la Constituante, les députés favorables au veto royal se sont rangés à droite du président, les autres à gauche. Il a servi deux siècles. Aujourd'hui, il place Bruno Retailleau et Jean-Luc Mélenchon aux deux bouts d'une ligne, alors que notre carte les met presque à la même altitude, +4 et +5. Et il ne dit rien de la question que se pose un libertarien devant un bulletin : ce candidat décidera-t-il à ma place, et depuis où ?

Les libertariens américains ont buté sur le même mur. Au début des années 1970, David Nolan a dessiné un diagramme à deux axes, liberté économique et liberté personnelle, pour montrer que ni les républicains ni les démocrates ne les représentaient. Le Political Compass a repris l'idée en 2001. Ces deux outils mesurent ce que l'État permet. Ils ne mesurent pas d'où il le décide. Or c'est la question française de 2027 : un président élu à Paris, des normes écrites pour partie à Bruxelles, et une haie de Corrèze qui remonte à la préfecture.

D'où cette carte, faite pour un usage précis : voir, derrière les querelles de l'axe horizontal, l'étage où chacun se tient. Elle est publiée avec cet article, et chacun peut y contester une position.

Les positions sont des ordres de grandeur. On peut discuter Philippe à +1,3 plutôt qu'à +2, ou Zemmour un cran plus haut. On ne fera pas descendre la moitié haute. Cette carte repose sur deux critères, et sur deux seulement. Les voici, parce que tout le reste en découle.

Premier critère : la distance

L'axe horizontal mesure un degré de proximité. Il pose une question simple : à quelle distance du citoyen se prend la décision ? À +5, aucune norme ne s'impose au-dessus de la loi nationale. À −5, la nation est présentée comme un échelon dépassé pour les grands sujets. Emmanuel Macron occupe ce point depuis son discours de la Sorbonne du 26 septembre 2017, où la « souveraineté européenne » devenait le cadre naturel de la défense, de l'énergie et de la monnaie.

Le mot de mondialisme fâche, et je le prends au sens strict, parce qu'on l'a beaucoup sali. Il ne désigne ni un club, ni un complot, ni une catégorie de gens. Il désigne une doctrine, qui se lit dans des discours publics : le bon niveau de décision, pour l'essentiel, est le plus éloigné. Le souverainisme est la doctrine inverse : le bon niveau est le plus proche.

Il faut distinguer tout de suite deux mots que l'on confond sans arrêt. Un fabricant de Saint-Étienne qui vend des couteaux à Osaka fait de la mondialisation. Une règle unique, écrite à Bruxelles ou à Genève, qui fixe la manière dont le fabricant d'Osaka et celui de Saint-Étienne doivent étiqueter leurs couteaux, relève du mondialisme. Le premier est un échange, le second un commandement. On peut aimer l'un et détester l'autre, et c'est même, à le bien regarder, la position la plus cohérente qui soit.

Second critère : la pente

L'axe vertical mesure un degré d'inclinaison. Il ne demande pas où se prend la décision, mais dans quel sens elle circule. Vient-elle d'en haut, par le décret, la norme, le plan, l'autorisation préalable ? Ou naît-elle de côté, par le contrat, l'échange, l'association, l'accord entre voisins ?

Un exemple vaut mieux qu'une définition. Depuis le 1er octobre, un agriculteur qui veut arracher une haie de champ doit déposer une « déclaration unique » auprès du préfet (décret n° 2026-829 du 28 août 2026). Il justifie l'absence de solution alternative, attend deux mois d'instruction, replante au moins la longueur détruite, et respecte, à partir de 2027, une période d'interdiction d'au moins vingt et une semaines fixée par arrêté. Le texte fusionne treize réglementations antérieures, et on le présente comme une simplification. Il est vertical de bout en bout : la question d'une haie entre deux parcelles remonte à la préfecture, puis en redescend sous forme de récépissé.

Cet axe ne mesure pas la gauche et la droite. LFI et le PCF sont à +4,5 ; le RN à +3,8 ; Renaissance à +3,4. La planification écologique, la préférence nationale et l'État stratège n'ont pas le même contenu. Elles ont la même pente.

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Les deux axes ne se recouvrent pas

C'est ici que la carte dérange les souverainistes, et je m'y range. Être proche ne suffit pas à être horizontal. Le Rassemblement national est à +4 sur la souveraineté et à +3,8 sur l'État : préférence nationale, retraite à 62 ans, État protecteur. Nicolas Dupont-Aignan est à +5,3 et +3,6, avec une réindustrialisation planifiée depuis Paris. Ce souverainisme-là rapatrie la signature de Bruxelles à Paris, et il garde le décret.

L'histoire française connaît bien ce cas. Colbert était souverainiste avant le mot : manufactures royales, règlements de fabrication, inspecteurs chargés de vérifier la largeur des draps. La nation était proche, l'ordre tombait d'en haut, et le drapier fabriquait à la largeur fixée par le roi. Ce n'est pas nouveau, c'est très français.

Lisnard et Knafo montrent que la combinaison inverse existe à droite. Elle reste rare, et elle ne dispose d'aucun appareil.

Pourquoi le libertarien est d'abord un homme de la proximité

En septembre 1945, dans « The Use of Knowledge in Society », Hayek faisait une observation que l'on n'a jamais réfutée : la connaissance utile à une décision est dispersée, locale, souvent tacite. Le boulanger sait ce que vaut son four, le paysan sait où l'eau stagne, l'artisan sait ce que son client acceptera de payer. Aucun bureau central ne peut rassembler ce savoir. Les prix le transmettent sans qu'aucun ordre soit donné.

Il en découle une règle de logique, et non de goût. Si le savoir est local, la décision doit se prendre là où il se trouve. Et le lieu le plus proche de toute décision qui me concerne, c'est moi. La famille, l'entreprise, la commune, la nation viennent ensuite, dans cet ordre, comme des échelons de délégation. C'est pourquoi le libertarisme français parle de souveraineté individuelle avant de parler de souveraineté nationale : la seconde n'a de sens que comme protection de la première.

Le libertarien est donc souverainiste par construction. Il l'est aussi d'une manière précise : entre des décideurs proches les uns des autres, la coordination se fait de côté, par le contrat et par l'échange. La démocratie liquide que nous défendons en est la forme politique : chacun vote lui-même, ou délègue sa voix, de manière révocable, à qui il choisit. La délégation part d'en bas, et elle peut être reprise le lendemain.

On objectera que les libertariens américains défendent le libre-échange mondial, parfois les frontières ouvertes, et qu'ils ont l'air de mondialistes. L'objection mérite mieux qu'un haussement d'épaules. La réponse tient dans la distinction posée plus haut. Le libre-échange est la forme la plus horizontale qui soit : des millions de contrats passés sans centre. Il n'a besoin d'aucun gouvernement mondial. Le traité Cobden-Chevalier de 1860, qui a ouvert le commerce entre la France et le Royaume-Uni, a été signé par deux nations souveraines, et il supprimait des barrières au lieu d'écrire des normes. Un libertarien peut vouloir des échanges planétaires et des décisions communales. Ce qu'il ne peut pas vouloir, c'est que la règle des échanges soit écrite par une autorité que personne n'a choisie.

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Pourquoi le mondialisme ne peut pas descendre

Retournons la logique. Une décision prise pour 450 millions d'Européens, ou pour huit milliards d'humains, ne peut pas connaître la haie de Corrèze, le four du boulanger de Lens ou le carnet de commandes d'un sous-traitant du Jura. Elle ne peut donc prendre qu'une forme : une règle uniforme, appliquée partout de la même manière, contrôlée par une administration. La distance oblige à la norme, et la norme oblige à la pente. Un mondialiste horizontal serait un homme qui veut décider de tout depuis le plus loin possible sans rien imposer à personne. Il n'existe pas, et la carte le montre : le quadrant inférieur gauche est vide. Le point le plus bas du camp européiste est Horizons, à +1.

Le cas de l'euro numérique est un modèle du genre. Dans la position du Parlement européen, le plafond de détention serait fixé par la Commission, par acte délégué, sur recommandation de la BCE. Le Parlement et le Conseil pourraient s'y opposer. Ils ne pourraient pas l'amender. La somme d'argent public numérique qu'un Français aura le droit de garder sera donc décidée à trois étages au-dessus de lui, par une institution qu'il n'élit pas.

Les fédéralistes répondent par la subsidiarité, inscrite à l'article 5 du traité sur l'Union européenne : l'Union n'agit que si l'échelon national ne suffit pas. C'est leur meilleur argument, et il faut regarder comment il fonctionne. Les parlements nationaux peuvent adresser un « carton jaune » à la Commission s'ils réunissent un tiers des voix. Depuis 2009, ils l'ont fait trois fois. La Commission a retiré son texte une fois, en 2012, sur le droit de grève. Elle a maintenu le sien deux fois, sur le parquet européen et, le 20 juillet 2016, sur les travailleurs détachés. Dans ce dispositif, c'est le centre qui décide de ce qu'il laisse à la périphérie. La subsidiarité, ainsi conçue, ne fait pas monter le pouvoir d'en bas. Elle en fait redescendre une partie, quand le haut y consent.

L'asymétrie est là. La proximité ne garantit pas l'horizontalité : le RN le prouve. La distance, elle, garantit la verticalité : le quadrant vide le prouve.

Une moitié haute bien remplie

Il serait commode de s'arrêter là et d'accuser l'offre politique. Ce serait mentir un peu. Si presque tout le monde est en haut de la carte, c'est que les électeurs y sont aussi. Nous, je veux dire. Quand le gazole dépasse deux euros, nous demandons une remise à l'État, pas une baisse de ses taxes. Quand un voisin dérange, nous demandons un arrêté au maire. Quand une profession nous inquiète, nous demandons une autorisation préalable. Chacun de ces gestes, pris isolément, a ses raisons. Mis bout à bout, ils dessinent exactement la carte que nous déplorons.

Faut dire que la verticalité a un charme : elle soulage. Celui qui demande un décret n'a plus à négocier avec son voisin, ni à assumer seul le risque d'un contrat raté. Je suppose que c'est pour cela qu'elle gagne si souvent, et qu'elle gagne des deux côtés de l'axe horizontal à la fois.

Dernier mot

Trente-quatre noms sur la carte. Trente-deux dans la moitié haute. Deux sous la ligne du côté souverainiste, et aucun sous −2. Aucun dans le quadrant des mondialistes horizontaux, parce que ce quadrant ne peut pas exister. Sous −3, on ne trouve qu'un journal, son directeur et une famille d'idées qui n'a pas de parti.

En avril 2027, chaque bulletin proposé portera le nom de quelqu'un qui se tient dans la moitié haute. Le quadrant vide ne se remplira pas par un vote. Il se remplit chaque fois que l'un de nous règle avec son voisin ce qu'il s'apprêtait à demander au préfet.

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Capital-décès : faut-il encore payer quand les enfants sont autonomes ?

Par Vincent Clairmont

Jean-David G. pose, sous ma fiche du 7 octobre sur le capital-décès des indépendants, la question que cette fiche laissait ouverte. Ses enfants sont adultes et autonomes. Il travaille avec son épouse, tous deux indépendants, et chacun pourrait à la rigueur remplacer l'autre. Faut-il continuer à payer la prime ?

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Ma réponse : la raison principale de s'assurer a disparu, mais pas toutes les raisons. Il reste trois questions à trancher avant de résilier. Si les trois réponses sont oui, la garantie décès peut être réduite ou supprimée.

Ce qui a changé

Dans ma fiche, la première ligne du calcul était le revenu à remplacer, multiplié par le nombre d'années jusqu'à l'autonomie du dernier enfant. Pour Jean-David, ce nombre d'années est à zéro. C'était la ligne la plus lourde : 360 000 euros sur les 360 000 de mon cas type. Le reste du calcul tient désormais en trois questions.

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Première question : le survivant vit-il de son seul revenu ?

Deux indépendants qui travaillent ensemble ne forment pas deux revenus séparés. Ils forment souvent une seule entreprise qui tourne à deux. « Se substituer l'un à l'autre » veut dire, en pratique, faire seul le travail de deux, ou embaucher, ou réduire l'activité. Je préconise de chiffrer le scénario honnêtement : quel chiffre d'affaires l'entreprise réalise-t-elle avec une seule personne pendant douze mois ? Si le survivant garde un niveau de vie acceptable avec ce chiffre, la question est réglée.

Deuxième question : le survivant peut-il porter seul les dettes ?

Un prêt professionnel cautionné par les deux époux reste dû en entier par le

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36 blessés, des rongeurs dans une guérite : la SNCF condamnée à 128 250 euros douze ans après Denguin

Le tribunal correctionnel de Pau a condamné la SNCF en première instance, le 9 octobre 2026, pour la collision de Denguin (Pyrénées-Atlantiques), survenue en 2014 et ayant fait 36 blessés. Le rapport d’enquête technique pointait dès février 2016 des câbles rongés dans une guérite. L’amende sera réglée par une entreprise publique, donc par l’usager et le contribuable.

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Le 9 octobre 2026, le tribunal correctionnel de Pau a rendu son jugement dans une affaire qui interroge autant la sécurité ferroviaire que la lenteur de la réponse judiciaire. L’accident de Denguin, survenu le 17 juillet 2014, avait fait 36 blessés. Douze ans plus tard, la sanction pénale tombe, sans effacer les conséquences humaines de la collision.

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Un signal vert alors que la voie était occupée

Le 17 juillet 2014, vers 17 h 30, un TER à destination de Dax a percuté l’arrière d’un TGV qui circulait lentement sur la même voie. Le TER roulait encore à 95 km/h au moment du choc, après avoir atteint 128 km/h. Au total, 228 voyageurs se trouvaient à bord des deux trains. Trente-six ont été blessés, dont une victime ayant subi 176 jours d’incapacité totale de travail.

Le rapport du Bureau d’enquêtes sur les accidents de transport terrestre (BEA-TT), publié en février 2016, avait identifié des câbles endommagés par des rongeurs dans une guérite de signalisation. Le contact entre des fils dénudés aurait provoqué l’affichage d’un feu vert alors que la voie était occupée. Les enquêteurs avaient relevé des insuffisances en matière de prévention et d’entretien, tout en écartant l’erreur de conduite comme cause de l’accident. La SNCF conteste les conclusions de cette enquête et avait demandé sa relaxe. Le tribunal a néanmoins retenu sa responsabilité pénale en première instance.

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128 250 euros d’amende, plus de 950 000 euros d’indemnisations

La SNCF est condamnée à 128 250 euros d’amende pour blessures involontaires. La condamnation se décompose en 120 000 euros pour la victime la plus gravement touchée, 7 500 euros pour des blessures ayant entraîné une incapacité inférieure à trois mois et 750 euros pour trois victimes sans incapacité reconnue. Le ministère public réclamait plus de 300 000 euros. De son côté, la SNCF a déjà versé plus de 950 000 euros d’indemnisations. Elle n’exclut pas de faire appel, sans l’avoir annoncé à ce jour.

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Pour autant, aucun dirigeant, aucun responsable de la maintenance n’est mis en cause dans cette décision. L’entreprise qui n’a pas entretenu une guérite paiera avec l’argent de ses clients captifs et des contribuables qui comblent ses déficits. Le coût de la négligence est mutualisé.

L’amende sera supportée par l’entreprise condamnée, mais la SNCF appartient au secteur public : son coût pèsera indirectement, sur les finances de l’entreprise et potentiellement sur ses usagers et la collectivité. Les victimes, elles, ont dû attendre.

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