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Au rythme des trèves

Création originale pour « Manière de voir »

« Ce qui m'intéresse, c'est une manière de raconter les histoires avec des images qui s'insèrent dans un récit mais peuvent aussi fonctionner indépendamment », explique Bademjan — aubergine, en français — un artiste iranien de 32 ans. Des images comme autant d'idées autonomes qui ensemble, articulent un propos structuré.

Basé à Téhéran, Bademjan dessinait « constamment » enfant, et s'il s'intéresse à l'animation et à l'illustration au lycée, c'est finalement la peinture qu'il étudie à l'université. « Je n'ai jamais décidé d'être un auteur de bande dessinées : cela correspond simplement à ma manière de penser et de raconter des histoires », précise-t-il. S'il a existé une tradition de magazines satiriques illustrés dans le pays, c'est surtout via Internet et les réseaux sociaux que les auteurs et autrices actuels font circuler leurs œuvres. Bademjan, lui, se sent proche d'artistes qui mêlent peinture, bande dessinée et illustration plutôt que de traiter séparément ces disciplines, de Shel Silverstein à Jaakko Pallasvu, en passant par Marjane Satrapi, Turner, Goya ou Jafar Panahi. « Toutes ces influences se recoupent dans une certaine mesure : l'observation de la vie quotidienne, l'humour, la politique, la place de la ville, et la possibilité de raconter des histoires avec des images relativement simples. »

« Il est difficile de faire des plans à long terme en Iran, parce que les circonstances peuvent changer très vite. J'essaie de continuer à apprendre et à faire le meilleur travail possible tant que je le peux », confie-t-il. Quant à la guerre, « comme beaucoup d'Iraniens, j'espère voir un futur avec moins de violence et plus de liberté. Mais ce qui me préoccupe le plus, c'est le sort des gens ordinaires : alors qu'ils n'ont que peu de prise sur les décisions, ils en payent toujours le prix le plus élevé. »

Voir en ligne : /mav/209/BADEMJAN/69913
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La passion d'un peuple

Genre majeur en Iran, la poésie transcende les classes sociales et les niveaux d'instruction. Au fil de cette livraison de « Manière de voir », le lecteur pourra découvrir des auteurs classiques, renommés, reconnus, anciens ou contemporains, et prendre la mesure de ce qui constitue le ciment emblématique d'une nation.

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« La gloire de l'Iran a toujours été sa culture », a écrit Richard Nelson Frye (1920-2014) (1). Nul doute que l'éminent philologue américain aurait acquiescé à une variante de cette affirmation : la gloire de l'Iran sera toujours sa poésie. Rares sont, en effet, les pays où la vénération pour cet art est aussi répandue. Il ne s'agit pas ici seulement de goûts littéraires plus ou moins élitistes ou de versifications par amour des joutes orales comme cela est fréquent dans le monde arabe voisin. De Téhéran à Tabriz, dans les grands centres urbains comme dans les villages les plus éloignés, c'est une manière d'être et de vivre. L'ADN d'un peuple fier de son héritage culturel.

Nicolas Bouvier le raconte bien dans son célèbre livre L'Usage du monde (dernière édition : La Découverte, Paris, 2014). En 1953, après la Yougoslavie et la Turquie, il traverse l'Iran en compagnie de son ami, le peintre Thierry Vernet, dont les dessins illustrent l'ouvrage. En chemin, ils demandent à un calligraphe d'inscrire un quatrain du grand poète Hafez sur la portière gauche de leur Fiat Topolino. Des vers que tout voyageur se devrait de connaître : « Même si l'abri de ta nuit est peu sûr / Et ton but encore lointain / Sache qu'il n'existe pas de chemin sans terme. Ne sois pas triste. » L'inscription s'avérera un précieux viatique, comme le raconte l'écrivain voyageur : « Retrouvé, aux étapes, ces meutes de curieux serrés autour de la voiture, et le flic qui déchiffre laborieusement sur notre portière cette inscription qui pourrait être subversive. Dès le second vers, le public enchaîne en chœur, l'exercice se transforme en récitation murmurante, les visages grêlés s'éclairent et les verres de thé qu'il était, tout à l'heure, impossible d'obtenir surgissent comme par enchantement. » Et d'ajouter ceci : « Pendant des mois cette inscription nous servit de sésame et de sauvegarde dans des coins du pays où l'on n'a guère sujet d'aimer l'étranger. »

Quels que soient le milieu social, l'appartenance ethnique et les idées politiques, le she'r e farsi, la poésie iranienne, l'une des plus anciennes du monde, irrigue la vie quotidienne par sa puissance évocatrice. Si le Coran est plutôt sévère avec les poètes, le régime n'a jamais cherché à interdire la poésie, y compris celle de la période antéislamique, et il se dit même que l'ancien Guide Ali Khamenei en était un grand amateur. Aujourd'hui, des applications permettent de recevoir chaque jour sur son téléphone des poèmes que l'on commentera à son gré sur les forums et les réseaux sociaux. Le célèbre Divan de Hafez, que toute famille se doit de posséder, permet, via la pratique du fal-e Hafez, de prendre une décision ou de trouver une réponse à ses questions les plus matérielles ou les plus intimes en ouvrant le recueil au hasard pour s'en inspirer. On peut aussi se rendre à Chiraz pour consulter un falgir, à la fois conteur et oracle, capable de réciter par cœur toute l'œuvre du poète, pour savoir ce que l'avenir réserve grâce à son interprétation de tel ou tel vers choisi au hasard.

Les poèmes pour forger des slogans

Ce rapport « quasi hystérique » à la poésie, selon l'essayiste Daryush Shayegan (2), est aussi un fait politique (3). Depuis des siècles, et plus encore depuis l'avènement de la République islamique, les poèmes sont une matière pour forger des slogans, imaginer des graffitis ou concevoir des métaphores engagées. Le Livre des rois de Ferdowsi (934-1020), les quatrains d'Omar Khayyam (1048-1131), les envolées mystiques de Jalal Ad-Din Rumi (1207-1273) et l'humanisme de Sadi (1213-1292), sans oublier les œuvres de poètes contemporains — dont un certain nombre sont passés par la case prison —, sont autant de matériaux dont la contestation s'empare — en les renouvelant ou en les adaptant au besoin — afin de défier l'ordre et de contourner la censure. Les mots « nuit », « feu », « lumière », « hiver » et même « floraison » ont leurs significations politiques, et chaque vers peut présenter plusieurs sens. « Souviens-toi de la bougie éteinte, souviens-toi », écrivit le grand linguiste Ali Akbar Dehkhoda (1879-1959) en hommage à un ami journaliste exécuté en 1908, quand la monarchie réprimait les partisans d'une modernisation politique du pays (4). La référence à la bougie demeure une constante dans les marches contestatrices ou durant les obsèques des victimes tombées sous les balles de la répression. Nul ne sait quel sort attend l'Iran mais une chose est certaine, la poésie y règnera toujours.

(1). Richard Nelson Frye, Greater Iran : A 20th-Century Odyssey, Mazda Publisher, Costa Mesa (Californie, États-Unis), 2005. (2). Daryush Shayegan, L'Âme poétique persane, Albin Michel, Paris, 2017. (3). Cf. Nasim Vahabi, « Iran. La poésie, bande originale des révoltes populaires », Orient XXI, 28 décembre 2023. (4). Cité par Nasim Vahabi, ibid.

Voir en ligne : /mav/209/BELKAID/69917
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Ôter ses œillères, comprendre un pays

« Axe du mal » ou « axe de la résistance » ? On fustige ou on soutient l'Iran, son système politique comme son non-alignement. Pourtant, manichéisme ou « campisme » interdisent de saisir la viscosité des questions géopolitiques et l'âpreté du quotidien des Iraniens. La marche singulière de cette nation insubordonnée invite à interroger les certitudes, oublier les préjugés et repérer les subterfuges.

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Pooya Aryanpour //// « Gone With the Wind » (Parti avec le vent), vue d'ensemble, exposition au sein de la sucrerie de Kahrizak, Téhéran, 2022
© Pooya Aryanpour - Dastan Gallery

Le premier piège lorsque l'on s'intéresse à la République islamique d'Iran consiste à s'arrêter au second terme. Ou de ne voir dans son drapeau, choisi après la révolution de 1979, qu'« Allah » calligraphié en son centre sous la forme d'une tulipe, symbole des « martyrs ». Sous le régime du chah (1941-1979), l'absence de libertés, la répression et le contrôle de la vie publique limitaient fortement l'expression des revendications sociales. Dans ces conditions, l'islam est devenu un ciment révolutionnaire, une sorte de bélier politique et social enfonçant les murailles de l'ancien régime impérial. Le clergé chiite était partagé entre une fraction proche du pouvoir en place et une autre qui jouait un rôle de contre-pouvoir. Aujourd'hui, il occupe sans conteste une place atypique dans l'appareil d'État. Mais cette forme d'islam politique n'a guère à voir avec ses avatars contemporains, notamment dans la sphère sunnite, issus de lectures rigoristes et ultraconservatrices du Coran. Et elle a perdu beaucoup de sa force de cohésion idéologique des premières années.

Pour le penseur révolutionnaire Ali Shariati (1933-1977), la spiritualité éveillait d'autant plus les consciences qu'elle portait en elle une émancipation : la quête de liberté des plus pauvres qui alimenta la dynamique révolutionnaire. Mais le mouvement social porté par l'islam devait éviter toute institutionnalisation. Loin de prôner la résignation ou le fatalisme social, le premier Guide, Rouhollah Khomeiny (1900-1989), s'appuyait, lui, sur les principes de l'islam non pour refuser la modernité, mais pour trouver un chemin propre à son pays. Il a théorisé son modèle de pouvoir par le velayat-e-faqih, qui inspire la Constitution de décembre 1979 : une sorte d'« État de droit islamique », fondé sur la primauté d'un juriste-théologien, un « sage » religieux, dont l'érudition doit permettre de puiser dans les textes islamiques les fondements de ses arbitrages entre les composantes du pouvoir temporel. Mais, dans la pratique, les sources juridiques sont plurielles.

Car, sous la gouverne des clercs, la révolution de 1979 accélère la construction d'institutions modernes, paradoxalement de plus en plus sécularisées, comme la société. En revanche, si la nouvelle Constitution voulue par Khomeiny accorde une place importante à la souveraineté du peuple, celle-ci s'exerce par un suffrage universel… sous contrôle. En dernier ressort, le clergé s'est arrogé de nombreux pouvoirs, dont celui de sélectionner les candidats et de contrôler les élus (lire « Un pluralisme en trompe-l'œil »). Toutefois, parler de théocratie serait accepter la fiction qui fait officiellement du Guide un régent, le représentant du douzième imam le temps de son « occultation », entamée en 874. Les motivations de ses orientations appartiennent évidemment au profane et témoignent des luttes de pouvoir.

Assurer une continuité symbolique

La répression des mouvements sociaux, dès les premières années, signale l'abandon des idéaux de justice sociale et de liberté. La fin de la guerre Iran-Irak, en 1988, parachève le verrouillage de la société. Avec la nomination du second Guide, Ali Khamenei, en 1989, l'érudition a semblé moins compter que l'intrication, voire la compromission dans le premier cercle des décideurs. Autant de critiques redoublées après la nomination de son fils Mojtaba, à la suite de son assassinat revendiqué par Israël le 28 février dernier. Certes, ce choix de l'Assemblée des experts (tous religieux) visait à assurer une continuité symbolique du système, mais au risque de voir émerger une logique dynastique, alors que la force des institutions nées de la révolution tient à une dilution des pouvoirs. Cette dernière relativise d'ailleurs l'impact de l'élimination de nombreux chefs politiques ou militaires, contrairement à ce qu'imaginaient probablement les dirigeants aventuristes israéliens et américains.

Chez de nombreux progressistes et surtout au Maghreb, en Afrique ou en Amérique latine, les sanctions occidentales sous la dictée des États-Unis et les critiques du « régime » de Téhéran vaudraient comme autant de preuves de sa bravoure, le prix de son indépendance, un gage de vertu. Si elle a échappé à la colonisation, la Perse se bat, il est vrai, depuis le milieu du XIXe siècle contre les ingérences étrangères. Seule la mobilisation de sa population lui a permis de s'extraire du Grand Jeu qui opposait Russes et Britanniques pour le contrôle de la région, durant la guerre de l'hiver 1856-1857 par exemple, ou la révolte du tabac de 1890. Cette dernière dessine d'ailleurs une trame familière à tant de peuples vassalisés : un pouvoir politique autocratique, aux mains du chah Naser Al-Din Qajar, octroie à une compagnie britannique le monopole de la culture, de la vente et de l'exportation du tabac. Les marchands et le clergé protestent en vain jusqu'à la fatwa du grand ayatollah Mirza Hassan Shirazi, qui interdit la consommation de tabac. Manifestations et boycott obligent en définitive le chah à renoncer à cette concession britannique en 1892.

Double discours occidental

Le coup d'État anglo-américain de 1953 ou le large soutien économique et militaire reçu par Saddam Hussein (ex-URSS, États-Unis, France, pays du Golfe, etc.) durant la guerre Iran-Irak (1980-1988) ont inoculé une méfiance vis-à-vis des grandes puissances. Le double discours occidental actuel devient limpide quand on rappelle que le programme nucléaire a été lancé dans les années 1970 par le chah… avec l'aide des Américains, des Allemands et des Français. Les revendications iraniennes sur le golfe Arabo-Persique ne posaient pas de problèmes quand « notre ami » Mohammad Reza Pahlavi étendait les eaux territoriales de son pays, en 1959, ou s'empressait de prendre le contrôle de trois îles stratégiques proches du détroit d'Ormuz lors du départ des Britanniques de la région en 1971. Rien de neuf dans les revendications actuelles : le rôle-clé du Golfe pour le commerce maritime et les relations internationales est documenté depuis plusieurs millénaires.

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Pooya Aryanpour //// « Gone With the Wind » (Parti avec le vent), détail, exposition au sein de l'usine sucrière de Kahrizak, Téhéran, 2022
© Pooya Aryanpour - Dastan Gallery

Pastichée par l'impérialisme débridé de M. Donald Trump, l'animosité belliciste des États-Unis — dont les dépenses militaires représentaient en 2025 cent vingt-huit fois celles de l'Iran — ne justifie pas pour autant qu'un gouvernement tire sur les manifestants, pourchasse les femmes libres, ses opposants, ses artistes, propose une rançon pour la mort de l'écrivain Salman Rushdie, liquide bien d'autres auteurs moins célèbres en Occident, censure et contrôle la presse, sanctionne étudiants, enseignants, syndicalistes ou recoure massivement à la peine de mort (2 159 exécutions en 2025 selon Amnesty International). Le « campisme », ou le choix binaire d'un camp, conduit aussi certains à ne pas voir la nature profondément néolibérale, inégalitaire et oligarchique de l'économie iranienne, ou à ignorer tous ces jeunes qui « votent avec leurs pieds » et émigrent. Cette fuite des cerveaux dilapide un important capital humain et scientifique difficilement acquis, grâce à la généralisation de l'accès à l'éducation, à la construction de nombreuses écoles et à la démocratisation de l'enseignement supérieur, notamment au bénéfice des filles, qui représentent aujourd'hui près de 60 % des étudiants. La rhétorique antioccidentale égare également nombre d'observateurs, qui en font une lecture littérale, ignorant l'ambivalence des sentiments partagés jusqu'au sommet du pouvoir. Les enfants des dignitaires ne font pas leurs études en Chine ou en Russie, mais en Europe et aux États-Unis. Et pour éliminer Saddam Hussein en 2003 ou combattre l'Organisation de l'État islamique (OEI) entre 2014 et 2019, les Occidentaux ont pu compter sur la complicité de Téhéran.

Téhéran seul face à ses ennemis

Sans surprise, Israël et les États-Unis ont tenté d'embarquer une partie des forces kurdes iraniennes dans leur croisade, espérant peut-être que cette minorité lance une nouvelle rébellion comme celle qui fut écrasée après 1979 (lire l'article page 45). Il faudrait davantage que des incursions locales pour prendre le contrôle d'un pays grand comme trois fois la France. La diversité ethnolinguistique des plus de 90 millions d'habitants est trop souvent présentée comme une faiblesse. Certes, un peu plus de la moitié de la population seulement est d'origine persane (indo-européenne), les turcophones (Azéris, Turkmènes, Afsharis…) représentent près du tiers, le restant se répartit entre Kurdes, Arabes, Baloutches, Lors, Assyro-Chaldéens, Bakhtiaris, Gilakis, Arméniens, etc. Le persan, ou farsi, joue toutefois de longue date le rôle d'une lingua franca, un lien commun et d'échange vers les pays ou populations persanophones (en Afghanistan, au Tadjikistan, et ailleurs en Asie centrale). Inscrite dans une histoire plurimillénaire, cette civilisation a produit un sentiment d'appartenance, un nationalisme qui dépasse les divergences d'intérêt, d'origine ou d'opinion. On le perçoit notamment dans le rôle de la culture, de la littérature, et particulièrement de la poésie (lire l'article page 15). Partagé par près de 90 % de la population, l'islam chiite contribue également à forger une communauté de destin, héritée de l'époque safavide, lorsque le chiisme duodécimain fut érigé en religion d'État.

Plus délicate encore apparaît la perception du positionnement géopolitique de la République islamique. Elle participe à l'Organisation de coopération de Shanghaï (OCS) — très souple —, dialogue avec la Russie et la Chine, vend des drones à la première et achète beaucoup d'électronique à la seconde. Mais aucune alliance ne vient sceller cette entente « amicale », et non désintéressée. Téhéran est seul pour faire face à ses ennemis, la volonté d'indépendance demeurant l'une des seules revendications fondamentales de 1979 qui subsistent encore aujourd'hui.

Depuis, une nuée d'articles annoncent régulièrement une « exportation de la révolution », mais négligent les divergences culturelles ou religieuses qui l'empêchent. Les dirigeants iraniens ont beau jeu de rappeler que leur pays n'a jamais envahi ses voisins et ne fait que répondre aux agressions. Ils ont néanmoins construit un réseau de complices, ou de comparses, le plus souvent liés par une position dissidente au sein de l'islam : chiites d'Irak, du Liban (Hezbollah) ou d'Afghanistan, houthistes du Yémen, alaouites de Syrie, mais aussi sunnites du Hamas ou du Djihad islamique à Gaza, voire laïques du Front populaire de libération de la Palestine. Cet « axe de la résistance » à l'impérialisme d'Israël et des États-Unis comprend une dimension militaire, régulièrement à l'œuvre dans le conflit asymétrique ces derniers mois. Mais il a été ébranlé par la chute du régime syrien de M. Bachar Al-Assad et produit sans doute autant d'hostilité que de crainte dans le monde arabe.

En politique, le brouillage atteint son paroxysme. Les réformateurs ne sont pas nécessairement « de gauche » — certains sont ultralibéraux — et les conservateurs « de droite ». Même les politiques « sociales » attribuées au président (conservateur) Mahmoud Ahmadinejad, sur le logement notamment, sont inspirées par une approche libérale de l'économie. L'État social construit avec peine recule dans la santé, l'éducation, partout. Les audaces redistributives des premières années apparaissent bien lointaines. Les journaux réformateurs critiquent la Chine ou la Russie, mais cela ne les empêche pas d'appeler à serrer les coudes sous les bombardements.

Le mystère le plus difficile à percer tient au nucléaire. L'Iran a toujours déclaré vouloir développer un programme civil sans acquérir la bombe, une fatwa d'Ali Khameinei l'interdit d'ailleurs. Mais alors, pourquoi signer le traité de non-prolifération tout en produisant un uranium enrichi à 60 %, bien au-delà des besoins d'un programme électronucléaire civil ? Ambiguïté stratégique ? Dissimulation ? Cette volonté d'arriver au seuil de la maîtrise de la bombe fournit depuis plus de vingt ans le prétexte idéal à Israël et aux États-Unis pour s'agiter. Mais ne pas franchir ce seuil conduit à renoncer aux moyens de dissuader les agressions.

Les interventions constantes des États-Unis et la confrontation permanente voulue par Israël prolongent une logique de domination par la force aux relents colonialistes. Elles attisent les tensions régionales pour imposer un ordre injuste du monde qui fait le jeu des pouvoirs autoritaires. L'histoire contemporaine du peuple iranien se confond ainsi avec celle des ingérences étrangères et d'une double confiscation — intérieure et extérieure — de son aspiration à choisir librement et démocratiquement son destin.

Voir en ligne : /mav/209/DESCAMPS/69918
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Une folle guerre, asymétrique et intermittente

Avec l'agression militaire du 13 juin 2025, relancée le 28 février 2026 par Israël et les États-Unis, éclot une guerre restée larvée depuis 1979. La tournure insolite que prend le conflit au fil des mois nécessiterait d'ouvrir un nouveau chapitre dans les ouvrages de polémologie. Amateurisme viriliste d'un côté, art de la dissimulation et de la survie de l'autre, les évidences ne dispensent pas d'identifier les impasses.

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Hossein Norouzian ////
Trois livres sont représentés sur l'affiche : en arrière-plan se trouvent le Coran avec la couverture bleue et la Constitution, tandis qu'au premier plan le « Livre de la liberté » est entre les mains d'une personne portant une épingle à nourrice, symbole de la pauvreté du peuple. En bas sont reproduits des slogans révolutionnaires tagués à la craie ou à la bombe sur les murs de Téhéran. De haut en bas : « Mort à Bakhtyâr, laquais inféodé », « Vive les moudjahidins de l'armée de l'air », « Technicien de l'aviation, tu es la lumière de nos yeux », « Mort au sionisme » figurant près d'une étoile de David, « Fruit de l'impérialisme » attaché au drapeau des États-Unis et enfin « Mort au chah » pour lequel le mot « roi » est écrit à l'envers afin de montrer qu'il est déchu, 1978. © Hossein Norouzian

De « triomphe » en « triomphe », l'Amérique s'enlise une nouvelle fois au Proche-Orient. Toute escarmouche dans la région prenant une dimension géopolitique majeure — compte tenu des réserves d'hydrocarbures qu'elle recèle —, les combats intermittents et le blocage du détroit d'Ormuz entraînent une tempête dans l'économie mondiale. Et la circonspection dans le restant du monde.

La supériorité militaire apporte rarement de bons conseils. L'ivresse de la force, doublée d'une vanité hors du commun, a conduit le président Donald Trump à s'affranchir de toute expertise non martiale, à ignorer les leçons de l'histoire contemporaine qu'il prétendait naguère enseigner et à oublier la géographie. Le 24 août 2026, quatorze mois après avoir lancé ses premiers bombardiers pour détruire les installations nucléaires iraniennes, il avouait à sa manière la déroute : retour à la politique de sanctions économiques pratiquées depuis la révolution islamique de 1979… Le secrétaire au Trésor Scott Bessent menaçait même de sanctions secondaires les partenaires commerciaux de Téhéran.

M. Trump doit se fâcher contre son complice israélien, qui continue de bombarder le Liban à sa guise et fait détruire les habitations au sud du fleuve Litani

Déjà, la « guerre des douze jours » — du 13 au 24 juin 2025 — laissait beaucoup de questions sans réponse. Le programme d'enrichissement d'uranium était-il vraiment proche de déboucher sur une capacité à produire une bombe nucléaire, comme le serine M. Benyamin Netanyahou depuis… déjà trois décennies ? Les destructions y mettaient-elles vraiment fin ? La structure du pouvoir était-elle ébranlée au point de rendre possible un renversement ? Des échanges de bombes, de missiles et de drones remplaçaient-ils des combats et des conquêtes au sol ?

L'épisode a probablement conforté le premier ministre israélien dans sa conviction qu'il pouvait mener le président des États-Unis par le bout du nez (lire « Quand Israël entraîne les États-Unis »). L'explication fournie par le secrétaire d'État (ministre des affaires étrangères) pour justifier les bombardements « préventifs » lancés à partir du 28 février attestait le malaise : « Nous savions qu'une action israélienne allait avoir lieu, nous savions qu'elle déclencherait une attaque contre les forces américaines et nous savions que, si nous ne frappions pas de manière préventive avant le lancement de ces attaques, nous subirions davantage de pertes », avouait sans fard M. Marco Rubio le 2 mars (1).

L'Iran peut compliquer le trafic maritime

Téhéran n'avait les moyens d'intercepter ni les avions ni les missiles, ni même semble-t-il de déjouer les attaques ciblées contre les plus hauts responsables civils et militaires, et principalement le Guide suprême Ali Khamenei, tué par des bombes israéliennes dès le 28 février. Toutefois, comme le sait tout étudiant de première année en science politique, l'Iran peut sérieusement compliquer le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz… Tirant les leçons de la guerre des villes contre l'Irak dans les années 1980, Téhéran a développé un programme balistique robuste, disséminé et non négociable, dont il a tiré le meilleur parti.

L'inversion du rapport du fort au faible fut telle qu'aucune monarchie du Golfe n'osa utiliser aux côtés de l'allié américain son arsenal offensif, pourtant pléthorique et acquis chèrement auprès des Occidentaux. Quant aux moyens défensifs, et notamment les missiles américains Patriot, ils s'avèrent extrêmement coûteux et longs à fabriquer quand le voisin produit des drones légers par milliers. L'Iran a concentré ses attaques sur Israël et les bases américaines de la région. Mais ses militaires ont aussi fait comprendre que tout dérapage important visant les installations vitales (centrale électrique, raffinerie, usine de désalinisation, centrale nucléaire civile) ferait l'objet de rétorsions immédiates sur l'autre rive du Golfe, démontrant l'extrême fragilité de cette vie artificielle de gratte-ciel et de centre commerciaux construits au milieu du désert.

Le 8 avril, les deux camps acceptent un cessez-le-feu. M. Trump doit se fâcher contre son complice israélien, qui continue de bombarder le Liban à sa guise et fait détruire les habitations au sud du fleuve Litani, complétant la liste de crimes de guerre qui lui sont imputables. Les États-Unis, eux, n'ont atteint aucun des objectifs égrénés au fil des mois : Téhéran menace tout navire qui ne suit pas ses consignes ; la défense de la nation en danger consolide le pouvoir en place ; l'uranium enrichi à 60 % reste en Iran ; ses capacités balistiques paraissent peu touchées ; la prolifération nucléaire semble encouragée, et le pétrole est redevenu une arme de dissuasion. Enfin, à l'échelle régionale, houthistes, Hamas et Hezbollah demeurent aux commandes dans les zones qu'ils contrôlent. Commence alors une phase — inachevée — de « ni paix ni guerre » faite d'attaques sporadiques et de répliques immédiates entre deux annonces de progrès dans les négociations (lire ci-contre).

Celles-ci aboutissent le 17 juin au protocole d'accord d'Islamabad en quatorze points, signé électroniquement comme un vulgaire document immobilier par M. Trump depuis Versailles et par le président iranien Massoud Pezechkian depuis Téhéran. Très vite, même les élus républicains dénoncent une situation moins favorable qu'avant la guerre. La presse israélienne va jusqu'à évoquer une « capitulation » américaine. Le bilan humain provisoire serait de 3 400 morts en Iran à cette date (2) — sans compter les milliers de blessés —, de plus de 4 383 morts entre 2023 et juillet 2026 au Liban (3), de quelques dizaines chez leurs voisins arabes.

Israël reconnaît une soixantaine de morts après les attaques iraniennes ou du Hezbollah (4), mais censure toute information sur les dégâts matériels. L'« État juif », tel qu'il se proclame, s'est montré toujours plus fort, capable d'intervenir dans sept pays (5), mais aussi plus seul et illégitime que jamais. Les États-Unis déplorent la perte de seulement dix-huit soldats, mais le crédit de la première puissance militaire mondiale s'est fortement dégradé. Les bases américaines semblent poser plus de problèmes de sécurité qu'apporter des solutions aux pays qui les accueillent. Le marché de l'énergie reste sous tension permanente, avec des hauts et des bas rythmés par les fanfaronnades du président américain, pour le plus grand profit des spéculateurs.

Un tel fiasco stratégique, diplomatique et économique conduit certains à évoquer une victoire des dirigeants iraniens. Ce serait oublier l'affaissement du pays et les ressorts intérieurs de leur maintien au pouvoir, pas si loin de ceux du président des États-Unis dans sa politique extérieure : rodomontades, verrouillage idéologique et logique de force pure. Les conservateurs de tout poil ont plus vocation à se faire la guerre qu'à s'unir.

Le sursaut national provoqué par l'agression n'efface pas la répression des dernières années. Le système de pouvoir a, certes, prouvé sa robustesse. Et permis l'émergence d'habiles négociateurs, capables d'ouverture politique, comme le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf ou le président de la République Pezechkian (voir le schéma page 37). Mais l'assassinat de Khamenei semble avoir renforcé autour de son fils — et successeur invisible — Mojtaba le poids des plus intransigeants envers leur peuple. Soit qu'ils appartiennent à une gérontocratie qui rappelle les derniers temps de l'ex-URSS — le président de l'Assemblée des experts a 95 ans, celui du Conseil des gardiens de la Constitution a 99 ans —, soit qu'ils doivent leur ascension à une fidélité sans faille à l'appareil d'État de la République islamique, comme le nouveau secrétaire du Conseil supérieur de la sécurité nationale, M. Mohsen Rezaï, qui commanda le Corps des gardiens de la révolution de 1981 à 1997 avant d'occuper plusieurs postes de haut rang.

Le Proche-Orient est paralysé. Ses habitants guettent le moindre accrochage comme chaque promesse des médiateurs. La Chine et la Russie savonnent la planche de M. Trump et ne goûtent guère les menaces de sanctions économiques secondaires. L'Europe se tait, quand elle ne se soumet pas au « grand frère ». Les citoyens du monde hésitent entre humour noir, colère et désespoir.

L'épisode a conforté le premier ministre israélien dans sa conviction qu'il pouvait mener le président des États-Unis par le bout du nez
Voir en ligne : /mav/209/DESCAMPS/69942

(1) « Secretary of State Marco Rubio remarks to press », département d'État américain, 2 mars 2026.

(2) « Islamic Republic of Iran : Humanitarian Update No. 06 », Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), 30 juin 2026.

(3) Sources : Ministère de la santé publique (Liban), et Organisation mondiale de la santé (OMS), « Health Brief », (PDF), 26 juillet.

(4) Christine Jeavans et Matt Murphy, « Thousands killed in US-Israeli war on Iran — but experts say true total may never be known », BBC, 19 juin 2026.

(5) Irak, Iran, Liban, Qatar, Syrie, Tunisie et Yémen, sans oublier la campagne génocidaire à Gaza et des opérations militaires en Cisjordanie.

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Un pluralisme en trompe-l'œil

Les Iraniens sont régulièrement invités à se déplacer dans les bureaux de vote pour élire leur maire, leur député et le président de la République. Mais, outre l'interdiction de partis politiques indépendants, le système demeure verrouillé en raison de l'implacable filtrage des candidats par le Conseil des gardiens de la Constitution.

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Jean Gaumy //// Agriculteurs près de Rasht, province de Guilan, Iran, 1986
© Jean Gaumy/Magnum Photos

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Bien que la République islamique d'Iran se distingue de nombre de régimes autoritaires voisins par son origine révolutionnaire et par le maintien d'institutions électives, ses dirigeants semblent aujourd'hui guidés par deux impératifs que ne renieraient pas certains autocrates arabes. Le premier est d'empêcher la remise en cause du système institutionnel (voir la carte « Institutions de la république islamique ») et d'assurer à n'importe quel prix la pérennité de la Jomhuriye Eslamiye Iran (« République islamique d'Iran »), instaurée après la révolution de 1979. Cela se traduit par l'absence de véritables partis politiques indépendants, par l'interdiction et la répression de nombreuses organisations d'opposition, ainsi que par des vagues d'arrestations et d'exécutions de leurs militants. Ces restrictions concernent aussi les organisations syndicales et les médias.

Dans ce cadre très contraint, le second impératif relève quant à lui de la nécessité de veiller aux apparences en admettant un certain pluralisme mais uniquement au sein d'un périmètre idéologique bien défini. Ce qui exclut, par exemple, un changement des institutions. Officiellement, la « voix du peuple » compte puisque les Iraniennes et les Iraniens désignent au suffrage universel leur président, leurs députés et leurs conseillers municipaux. Mais, en réalité, le système dominé par le clergé et placé sous l'autorité du Guide suprême oriente à son gré la vie publique grâce à plusieurs mécanismes de contrôle. À cet égard, l'élection, tous les quatre ans, d'un président de la République illustre à la perfection ce formalisme démocratique puisque personne ne peut être candidat sans l'aval du Conseil des gardiens de la Constitution (texte fondateur adopté par référendum le 3 décembre 1980, et modifié le 28 juillet 1989). Composé de six clercs et de six juristes, le Conseil, ou Shora-ye negahban-e qanun-e assassi, vérifie la conformité des lois avec la Constitution ou les préceptes de l'islam, et c'est lui qui décide qui peut se présenter sans avoir à fournir d'explications publiques sur le rejet de tel ou tel postulant. En somme, cette structure joue à la fois le rôle de Conseil constitutionnel et de commission de contrôle des listes électorales.

En 2013, année de l'élection du modéré Hassan Rohani, ce Conseil fit beaucoup parler de lui en rejetant la totalité des candidatures liées au camp des réformateurs, généralement plus favorables à l'ouverture vers l'Occident, à un assouplissement des restrictions sociétales et aux privatisations (les conservateurs, quant à eux, défendent davantage les normes religieuses et se montrent plus méfiants envers l'Occident, tout en soutenant des intérêts économiques puissants liés aux oligarques). C'est ainsi qu'Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, pourtant lui-même ancien président de la République (1989-1997), fut empêché de concourir. Dans le même temps, et peut-être par souci d'équilibre, le Conseil refusa aussi de permettre au vice-président sortant, l'ultraconservateur Esfandiar Rahim Mashaei, très proche du président Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013), de se présenter. En 2017, tandis que M. Rohani allait être réélu, ce fut au tour de M. Ahmadinejad de subir l'affront d'un refus de validation de sa candidature. À l'époque, les observateurs se perdirent en conjectures. Était-ce dû à la volonté du Guide suprême de la révolution Ali Khamenei d'empêcher le retour aux affaires d'un homme aux déclarations intempestives et dont les deux mandats (2005-2009 puis 2009-2013) furent marqués par un raidissement du régime et, surtout, par la dégradation des relations avec la plupart des pays occidentaux ? Quoi qu'il en soit, M. Ahmadinejad est, depuis cette date, systématiquement candidat aux scrutins présidentiels (2017, 2021 et 2024) sans jamais pouvoir obtenir le feu vert du Conseil.

Jeunes et femmes écartés

En 2021, il ne fut pas le seul à être écarté, puisque, comme en 2013, la majorité des candidats réformateurs furent priés de rester chez eux, y compris M. Mohsen Hachemi Rafsandjani, le fils de l'ancien président. Le Conseil provoqua aussi une polémique de grande ampleur en décidant de changer les règles officielles d'admission (âge, niveau d'études, etc.) à quelques jours seulement de la clôture des listes. Seuls ceux ayant entre 40 et 75 ans étant habilités à se présenter, cette manœuvre fut interprétée par les médias proches des réformateurs comme la volonté d'exclure le très jeune ministre sortant de l'information Mohammad-Javad Azari Jahromi.

Un autre aspect du tri des candidats à l'élection présidentielle illustre le caractère non démocratique de la République islamique. À ce jour, aucune femme n'a pu obtenir l'aval du Conseil. Cette fermeture intransigeante semble même dissuader les impétrantes. En 2017, elles étaient 137, toutes orientations politiques confondues, à déposer leur candidature. Ce nombre est tombé à 40 pour le scrutin de 2021 et… à 4 pour 2024, dont la députée de Téhéran Zohre Elahian. Pourquoi une telle exclusion alors que des Iraniennes sont élues au Majlis, l'Assemblée consultative islamique, même si, en moyenne, elles n'y constituent qu'entre 4 % et 6 % de l'ensemble des députés ? La question est posée avec insistance depuis la fin des années 1980 avec l'irruption, dans le champ politique, d'Iraniennes se revendiquant à la fois de la République islamique et du féminisme. Mme Faezeh Rafsandjani, fille cadette de l'ancien président et favorable à un rapprochement avec les États-Unis, a ainsi très tôt défendu l'idée que la loi ne pouvait empêcher les femmes de se présenter à la magistrature suprême : « Quelle est la différence entre la présidence de la République et la direction d'une administration [dirigée par une femme]  ? Aucune, déclarait-elle dans les colonnes du Monde diplomatique en 1996 (1) alors qu'elle venait d'être élue députée de Téhéran. Dans les deux cas, il s'agit d'une responsabilité exécutive. Alors pourquoi une femme ne pourrait-elle pas diriger le pays si elle peut être à la tête d'une administration ? (…) Ce n'est pas l'islam mais l'interprétation par le clergé de ses préceptes qui est à l'origine de l'interdiction des femmes à la magistrature. » Mme Azam Taleghani, ancienne députée et fille de l'ayatollah Mahmoud Taleghani, figure importante de la révolution de 1979, a combattu, elle aussi, cette restriction. Première Iranienne à déposer une candidature à l'élection présidentielle, en 1997, elle renouvela cette démarche à plusieurs reprises afin de contraindre le Conseil des gardiens à clarifier sa position. En 2017, elle résumait ainsi son combat : « Les femmes représentent 50 % de la population iranienne ; le pays mérite donc au moins une candidate. »

La bataille pour la licéité des candidatures féminines à l'élection présidentielle tourne autour de l'article 115 de la Constitution, qui exige que le président soit choisi parmi les rajol-e siasi. La traduction littérale de ces termes arabes équivaut à « homme(s) politique(s) ». Mais de nombreuses personnes en Iran, y compris des religieux, estiment que c'est sa définition plus large, autrement dit « personnalité(s) politique(s) », qui doit primer. Quoi qu'il en soit, le 13 septembre 2020, M. Abbas-Ali Kadkhodaei, alors porte-parole du Conseil, admettait dans une déclaration qu'il n'existe pas de disposition juridique formelle interdisant l'accès des femmes à la fonction suprême (2) : « Il ne s'agit pas à proprement parler d'interdictions légales, mais plutôt de considérations culturelles. Une femme pourrait accéder à la présidence un jour (3).  » Le scrutin de 2024 n'a pas confirmé cette prédiction. Peut-être sera-ce le cas en 2028 ?

« Où est mon vote ? »

Malgré les limites politiques de l'exercice (absence de partis politiques et d'organisations indépendantes, tri des candidats, absence des femmes), les dirigeants de la République islamique ont toujours présenté l'élection présidentielle comme une preuve de la légitimité du régime. Il est vrai que le déroulement des campagnes, avec profusion d'articles, des débats parfois musclés entre candidats et une multitude de sondages, tranche souvent avec les plébiscites peu surprenants auxquels on peut assister au Proche-Orient, notamment à l'époque des régimes baasistes en Irak et en Syrie, avec des présidents élus à plus de 95 % des suffrages… Mais au fil du temps, cet argument de la légitimité s'avère à double tranchant. En 2009, c'est pour protester contre le trucage du scrutin que des millions d'Iraniens ont défilé dans la rue malgré la répression, qui, selon un bilan officiel, a provoqué la mort de 109 personnes (plusieurs milliers, selon l'opposition à l'étranger). « Où est mon vote ? », clamaient les manifestants, accusant le régime d'avoir frauduleusement œuvré à la réélection de M. Ahmadinejad, ce dernier affirmant que le scrutin avait été « totalement libre » et qualifiant ses contempteurs de « racailles ».

Ce « mouvement vert », de la couleur de M. Mir Hossein Moussavi, principal adversaire de M. Ahmadinejad, a démontré les limites du système puisque ce dernier n'a pas eu d'autre choix que de truquer le scrutin pour empêcher la défaite du président sortant. Par son usage des réseaux sociaux, notamment Twitter (aujourd'hui X), il a inspiré d'autres vagues à travers le monde : les occupations populaires de places publiques à Madrid, New York ou Athènes, sans oublier les « printemps arabes » de 2011. Mais il a surtout constitué le point de départ d'une séquence qui demeure ouverte et qui se traduit souvent par le même enchaînement dramatique : colère populaire et manifestations — souvent liées à la dégradation de la situation économique —, répression sanglante, arrestations et jugements expéditifs parfois suivis d'exécutions. L'élection présidentielle de 2009 a aussi dégoûté un grand nombre d'Iraniens de la politique. Cette année-là, le taux de participation fut de 85 %. Au second tour du scrutin de 2024, cet indicateur que les autorités ont longtemps brandi comme une preuve de légitimité du régime atteignait à peine 50 %, et seulement 40 % pour le premier.

Voir en ligne : /mav/209/BELKAID/69944

(1) Lire Azadh-Thiebaut Kian, « Islamistes et laïques pour la première fois unies », Le Monde diplomatique, novembre 1996.

(2) Cf. Raz Zimmt, « Will Iran let a woman run for president in 2021 ? », Atlantic Council, 15 octobre 2020.

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‘Major win’ for democracy as Supreme Court rejects Trump attack on mail-in voting

An election worker processes mail-in ballots at the Los Angeles County Ballot Processing Center during California's state primary election in the City of Industry, California, on June 2, 2026. Photo by Patrick T. Fallon / AFP via Getty Images
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This story originally appeared in Common Dreams on Sep. 14, 2026. It is shared here under a Creative Commons (CC BY-NC-ND 3.0) license.

The US Supreme Court on Monday night rejected a bid by the Trump administration to keep onerous US Postal Service rules for mail-in ballots in place, which voting-rights defenders said risked depriving millions of people of the franchise in this year’s midterm elections.

After a back-and-forth legal battle over the USPS rules that dragged on for months, the nation’s highest court issued the 7-2 ruling without elaborating on its legal reasoning, though right-wing Justices Samuel Alito and Clarence Thomas issued dissents in favor of President Donald Trump’s side.

The ruling in USPS v. California was in response to a legal challenge brought by the League of Women’s Voters, the attorneys general of numerous states, and others who argued that newly-announced rules by the Postal Service regarding mail-in ballots, changes prompted by an executive order issued by Trump, would prevent people from having their ballots counted and cause chaos for those trying to administer this year’s elections.

A victory for democracy, a defeat for election deniers. https://t.co/MKjfKmgyTv

— David Crowley (@DavidCCrowley) September 15, 2026

In response to the ruling, the plaintiffs’ legal team said the decision was “a critical step to ensuring free and fair elections this November by maintaining access to mail voting for millions of eligible voters across the United States and lifting the dire threat that the Postal Service would disenfranchise them.”

“Mail voting is safe, secure, and reliable—and the Trump administration has presented no evidence to the contrary, as the courts have repeatedly recognized,” the statement continued. “We will remain vigilant in countering threats to free and fair elections and ensuring that every eligible voter is able to cast a ballot and have it count.”

“Today’s decision is a victory for our democracy and a powerful affirmation of the rule of law,” said California Attorney General Rob Bonta in a statement. “The stakes in this litigation could not have been higher.”

Virginia Kase Solomón, president and CEO of Common Cause, was among the other pro-democracy advocates who welcomed the decision.

“Today’s decision is a major win for the millions of everyday Americans who count on vote-by-mail—our seniors, service members, busy parents, rural voters, and voters with disabilities,” said Solomón in a statement. “Vote-by-mail is safe, proven, and vital; even the president uses it. This executive order was a blatant power grab designed to silence voters and undermine our elections, but it failed because the people and the law were on our side. Our Constitution is clear: states run our elections, and voters choose their leaders—not the other way around. No administration can strip the people of their power.”

Michael McNulty, senior policy director for Issue One, a nonpartisan group that works to defend free and fair elections, also welcomed the ruling, but said vigilance would still be necessary going forward.

“The fight to preserve states’ authority to administer elections is far from over,” warned McNulty.

“President Trump continuously and falsely claims fraud in mail-in voting without evidence,” he added. “Despite voting multiple times with this method, he remains obsessed with centralizing control over elections to tilt the playing field. However, for now, one piece of that centralization effort is blocked, and it ensures that mail-in voting for the midterms won’t be disrupted.”

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‘Actively malevolent’: Trump EPA to eviscerate rules on planet-heating pollution from power plants

Stacks from the Hugh L. Spurlock Generating Station are seen on June 12, 2025 in Maysville, Kentucky. Photo by Jeff Swensen/Getty Images
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This story originally appeared in Common Dreams on Sep. 14, 2026. It is shared here under a Creative Commons (CC BY-NC-ND 3.0) license.

In what environmental advocates describe as “another gift to the fossil fuel industry,” the Trump administration plans to end rules limiting the release of planet-heating emissions from power plants that burn coal and gas.

Power plants are considered the largest industrial source of greenhouse gas emissions in the US and account for about a quarter of the nation’s climate pollution, according to the Environmental Protection Agency (EPA).

In 2024, the EPA under the Biden administration used the Clean Air Act to require that many new gas plants and existing coal plants reduce their carbon emissions by 90%, including by installing carbon capture technology, by 2032.

The EPA estimated that the rule would reduce the amount of CO2 emissions by about 1.38 billion metric tons over the next two decades, the equivalent of about a year of emissions from the entire US electric power sector.

Another gift to the fossil fuel industry!
The US will allow power plant polluters to dump unlimited planet-warming pollution that power plants pump into the air while burning coal and gas.@maxinejoselow https://t.co/ZeiSaFkEpC

— Safe Climate Campaign now @safe-climate.bsky.soc (@safe_climate) September 14, 2026

On Monday, Lee Zeldin, the EPA administrator under President Donald Trump, announced an end to this policy at a meeting of energy ministers at the Group of 20 conference in Houston.

Not only will this prevent the enactment of a policy that the EPA has estimated would prevent around 1,200 premature deaths and 360,000 asthma cases by 2035. But the administration is also rolling out a proposal seeking to prevent future administrations from regulating carbon emissions as a health risk.

It is an effort that runs parallel to the administration’s rescission of the 2009 “endangerment finding,” which allowed the EPA to regulate vehicle emissions under Section 202 of the Clean Air Act on the grounds that they are harmful to human health. That move is also being challenged in court.

Power plants are regulated under a different section of the Clean Air Act, Section 111, which allows the EPA to regulate facilities that “cause, or contribute significantly to” dangerous air pollution.

But whereas the courts have previously interpreted this statute to regulate the outputs of entire facilities, the Trump administration is asking courts to adopt a novel reading of the statute which says each individual chemical under scrutiny must “contribute significantly” to climate change.

As Meredith Hankins, legal director for climate and energy at the Natural Resources Defense Council, explained in a policy memo last week, it likely won’t be easy for the administration to prove that the CO2 emissions from US power plants aren’t a significant driver of climate change.

“Power sector emissions account for a quarter of total US emissions, so if they cannot be counted as significant, it’s hard to conceive of any emissions that would,” Hankins wrote. “In fact, if the US power sector were a nation, it would be the world’s fifth-largest emitter after China, the United States, India, and Russia. That’s a pretty ‘significant contribution’ to the problem.”

The effort to gut power plant regulations comes after the hottest meteorological summer recorded in US history and amid a year with one of the largest numbers of climate disasters on record, including widespread drought, destructive wildfires, and repeated flooding and tornado outbreaks.

As the planet has warmed over the last half-century, the US has seen a sharp, near-sevenfold increase in weather disasters costing over $1 billion, according to data from the National Oceanic and Atmospheric Administration.

“While wildfires rage, floods devastate communities, and families struggle to afford skyrocketing electricity bills and insurance premiums, the Trump administration is handing the fossil fuel industry a license to keep polluting,” said Holly Bender, chief program officer for the Sierra Club, following news of the EPA’s rollback of power plant rules. “This is full-throated climate denial while the climate crisis happens in real time and a shocking betrayal of the American public.”

She added that “the Sierra Club will fight back against this reckless and dangerous proposal with everything we have in the courts, in Congress, and in communities across the country.”

If successful, the reversal of the power plant rules would be one of the most significant steps in Zeldin’s push to eviscerate the EPA’s authority to combat climate change on behalf of the fossil fuel industry. Earlier this summer, during a meeting of the National Coal Council, he bragged that “many of the items” on the industry’s “wish list are now done.”

He has put the wheels in motion to roll back virtually every Biden-era regulation on the coal industry, including rules limiting pollution from mercury and toxic metals, controls on toxic wastewater from coal plants, and limits on coal ash.

And while seeking to undermine the legal basis to regulate greenhouse gases, Zeldin’s EPA has also taken a sledgehammer to its practical ability to do so, dismantling offices that collect climate data, erasing information about human-caused climate change from the agency’s websites, and filling research panels with scientists employed by the fossil fuel industry.

Former State Department energy official Alan Eyre noted that on the world stage, the US “has always been obstructionist” when it comes to climate policy. Under Trump, he said, “we’re actively malevolent.”

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Tous américains

L'Amérique, c'est le monde. En deux propositions d'un enchaînement logique audacieux, le président George W. Bush a en effet expliqué : « Maintenant que la guerre nous a été déclarée, nous conduirons le monde à la victoire. » Le 11 septembre 2001, en tout cas, les Etats-Unis ont essuyé des pertes supérieures à celles causées par toutes leurs opérations militaires menées successivement depuis vingt ans contre la Grenade, la Libye, le Panama, l'Irak, la Somalie, Haïti, l'Afghanistan, le Soudan et la Yougoslavie. Un tel événement — et la destruction d'une aile du Pentagone — méritait peut-être mieux que le traitement médiatique presque exclusivement compassionnel auquel il a d'abord donné lieu.

Œil pour œil… Devant les décombres du World Trade Center, 67 % des Américains ont admis que l'éventualité de « plusieurs milliers de victimes civiles innocentes » causées par une riposte militaire n'apaiserait pas leur soif de revanche (1). Sans doute imaginent-ils que ces victimes-là se trouveront dans le camp de leur adversaire. Ce qui compte moins. Pour eux. Et donc pour nous, puisque « nous sommes tous américains ».

Ce genre de citoyenneté ne va pas sans contraintes. Après avoir réclamé la liberté de conduire une politique étrangère dictée par leurs seuls intérêts, les Etats-Unis exigent en effet, au moment de l'épreuve, une solidarité sans faille, l'alignement de leurs alliés. « La coopération dans l'effort de guerre, prévient le Washington Post, doit être une exigence absolue. Tout refus de coopérer (…) devrait définir un adversaire de l'Amérique et entraîner des conséquences sérieuses, économiques ou militaires  (2). »

« Sur toutes nos lèvres »

On coopéra. Le 18 septembre 2001, lors d'une de ces innombrables émissions, « spéciales » à force d'être vides, réalisées en direct de New York par France-Inter, le journaliste de service crut bon d'égrener presque chaque minute l'heure de la côte Est. Elle était vraisemblablement devenue la nôtre. Tous américains, nous vivions à New York et nous parlions tous anglais. « Les attaques, précisa The International Herald Tribune, ont remis en cause l'idée que les autres pays, en particulier en Europe, pouvaient avoir des systèmes de valeur et des niveaux de confort proches de ceux de l'Amérique tout en refusant de s'impliquer dans la confrontation entre les Etats-Unis et les forces terroristes qui narguent l'Occident (3). »

Interrogé par France-Inter, le réalisateur Michael Cimino n'avait rien à dire. Mais il le disait de Los Angeles, et en anglais. La politologue-journaliste Nicole Bacharand, éblouie par son babillage, lui donna la réplique : « Thank you, Michael, and remember this : we are all Americans (4). » Et puis, le 14 septembre, sur France-Musiques : « Bonjour à tous. Aujourd'hui à midi, nous serons tous américains en faisant, trois minutes durant, silence. (…) Huit cents millions d'Européens communieront peu ou prou dans la même attitude à la même heure, rejoignant en cela vos quotidiens qui, le premier choc passé, s'arrêtent un instant ce matin pour se recueillir et réfléchir. » « Réfléchir », le mot fut donc prononcé au moins une fois pendant ces journées-là.

Peut-être inspiré par le grand instant de recueillement européen, Jean d'Ormesson adressa deux jours plus tard, par l'entremise du Figaro, une « Lettre ouverte au président Bush ». Il lui écrivait : « Vous connaissez le cri qui est sur toutes nos lèvres : “Nous sommes tous des Américains.” » Mais, pour Le Journal du dimanche, il était dit qu'on n'en resterait pas là : « Si c'est l'Amérique qui est en deuil, ce sont toutes les démocraties qui sont frappées. Et en danger. En ce sens, oui, nous sommes tous des Américains. »

« Nous » ? « Tous » ? Sans indiquer au nom de quelle autorité ils le faisaient — celle de l'information ? -, nombre de commentateurs dominants se sont ainsi jugés habilités à « nous » prescrire des appartenances collectives, des minutes de silence, des cris sur nos lèvres. Au moment où un journaliste présumé trop impertinent se voyait, lui, imposer « non pas trois minutes, mais une semaine de silence (5) », la démocratie attaquée nous valut même une revue de presse involontairement éclairante : « Lisez Jean-Marie Colombani à la “une” du Monde. Lisez Serge July, de Libération, Michel Schifres dans Le Figaro. Lisez la chronique de Jacques Julliard, l'éditorial de Jean Daniel dans Le Nouvel Observateur. Celui de Claude Imbert dans Le Point ou de Denis Jeambar dans L'Express. Lisez ces dizaines de pages, ces centaines d'articles qui expliquent finalement tous la même chose (6). » Oui, la même chose. Mais alors pourquoi tout lire ?

Et l'Etat opéra son retour. Désormais les marchés le réclamaient. Car, ainsi que l'annonça un de leurs plus loyaux interprètes, « la seule réponse qu'attendent les milieux d'affaires, les milieux économiques, c'est évidemment une réponse politique très forte, parce que c'est le système capitaliste même qui a été touché en son cœur (7) ». Le 17 septembre, peut-être pour rassurer les actionnaires épouvantés et conforter notre patriotisme désormais délocalisé, on annonça, à tort, que la baisse des cours avait été enrayée à Wall Street. Le correspondant de France-Inter précisa aussitôt : « Il s'agit de ne pas offrir une deuxième victoire aux ennemis de l'Amérique (8). »

Puis on s'interrogea : dans quel chaudron intellectuel et politique avait pu bouillonner autant de haine et de détermination ? La réponse ne tarda pas : « Les primates vociférateurs et casseurs de l'antimondialisation, en déshérence de maoïsme, s'en prennent en réalité à l'Amérique, synonyme de capitalisme. Cette obsession aboutit à une véritable déresponsabilisation du monde (9). » Complaisamment cité par un quotidien du matin que ce filon-là allait beaucoup mobiliser, un « décideur » économique trop longtemps bâillonné libéra enfin sa plume : « En s'attaquant à un tel symbole (le World Trade Center), les terroristes rejoignent le discours des antimondialistes, dont la parole est devenue omniprésente (10). » Très présents en effet sur les ondes pendant l'été, les « antimondialistes » se voyaient désormais sommés de rendre gorge : qui sème le vent récolte la tempête, New York permettrait d'effacer Gênes. Un journaliste américain à Paris commit ces quelques lignes : « L'horreur de ces avions détournés qui s'écrasent sur ce symbole du World Trade Center souligne l'absurdité de cette violence déplacée contre la mondialisation et renforce la main des autorités qui doivent y faire face. Diaboliser de manière violente les Etats-Unis et les organisations du commerce mondial s'apparente à présent à une entreprise potentiellement meurtrière (11). » World Trade Center ne signifiait-il pas Centre du commerce mondial… ?

Les galeux et les pelés

Quand il apparut que, quelques jours avant l'attentat, Oussama Ben Laden avait peut-être spéculé de manière à profiter de la réaction prévisible des marchés à un événement dont il aurait eu connaissance avant les autres, nul n'eut l'idée sacrilège de mettre en cause le système capitaliste, les milliardaires et les délits d'initiés. Les galeux et les pelés avaient déjà été repérés ailleurs. Ainsi, interrogeant un dirigeant d'Attac-France sur les ondes d'Europe 1 (groupe Matra-Hachette-Lagardère), la journaliste-commissaire lui demanda : « Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui disent : qui vole un œuf, vole un bœuf ? Je traduis : qui arrache un pied de maïs transgénique est capable un jour — on ne sait pas — de poser une bombe ? » Effectivement, on ne sait jamais…

On sait cependant que la pudeur qui recommandait de ne pas faire son miel de la mort de milliers de civils new-yorkais ne fut pas longtemps de mise. Des industriels profitèrent de l'émotion générale pour annoncer, en catimini, de gigantesques « plans sociaux ». Et, le 17 septembre, M. Franz-Christoph Zeitler, membre du conseil de la Bundesbank, estima que, « dans cette situation difficile psychologiquement et économiquement, la priorité est de maintenir le bon fonctionnement et la liquidité des marchés financiers. La discussion sur une nouvelle taxation des marchés internationaux des capitaux, telle que la taxe Tobin, est extrêmement contre-productive ». Ne serait-elle pas même carrément criminelle ?

Voir en ligne : /2001/10/HALIMI/7965

(1) Sondage du New York Times, réalisé les 13 et 14 septembre 2001. La question posée était : « Les Etats-Unis doivent-ils prendre des mesures militaires contre les auteurs de l'attaque même si cela signifie que des milliers de civils innocents peuvent être tués ? »

(2) Editorial du Washington Post publié dans l'International Herald Tribune du 14 septembre 2001.

(3) John Vinocur, « The New World Order Is a Clash of Civilizations », International Herald Tribune, Paris, 13 septembre 2001. Hors Occident, et en particulier dans les pays du Sud, l'émotion causée par les événements fut moindre. Au Cameroun, par exemple, le journal Le Messager estima que « cet attentat-surprise a été à la mesure de l'arrogance avec laquelle le pays de George Bush tente aujourd'hui d'affirmer sur le monde une domination de mauvais aloi ».

(4) « Merci Michael, et souvenez-vous bien que nous sommes tous américains. »

(5) Daniel Mermet, comme il en fit lui-même la révélation sur France-Inter, le 17 septembre.

(6) France Info, 13 septembre 2001.

(7) Jean-Marc Sylvestre, TF1, 12 septembre 2001.

(8) Flash de 18 heures. Ce jour-là, Wall Street perdit 7,1 %.

(9) Jean-François Revel (de l'Académie française), « Pourquoi tant de haine ? », Le Point, 14 septembre 2001.

(10) Le Figaro Economie, 13 septembre 2001. Le site de l'Acrimed a réuni nombre de citations de ce type.

(11) John Vinocur, op. cit. Lire aussi « Terrorists Exploit Anti-Globalization », International Herald Tribune, 22-23 septembre 2001.

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La rue avec Gaza, les élites derrière Israël

On n'avait plus vu cela depuis la mobilisation de 2003 contre la guerre d'Irak menée par MM. George W. Bush et Anthony Blair. Le 11 novembre dernier, selon les organisateurs, plus de 800 000 personnes auraient défilé à Londres en solidarité avec Gaza. Les manifestants ciblaient le gouvernement conservateur comme le Parti travailliste, qui lui aussi a pris fait et cause pour Israël.

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Depuis le début de l'offensive israélienne contre Gaza, en octobre dernier, un fossé s'est creusé entre la classe politique et l'opinion publique britanniques. Le gouvernement conservateur de M. Rishi Sunak et l'opposition travailliste de M. Keir Starmer ont apporté un soutien sans réserve à la guerre menée par M. Benyamin Netanyahou au nom du droit d'Israël à se défendre.

Pourtant, la population britannique rejette l'idée selon laquelle Israël devrait bombarder l'enclave jusqu'à l'élimination du Hamas. En novembre, 59 % des personnes interrogées par YouGov souhaitaient qu'Israël mette un terme à sa campagne militaire, quand seulement 19 % d'entre elles se déclaraient favorables à sa poursuite. En février, 66 % des sondés soutenaient un cessez-le-feu et seulement 13 % d'entre eux la guerre contre les Palestiniens. Aujourd'hui, l'opinion publique demande l'arrêt des ventes d'armes aux Israéliens à une majorité de 56 %, contre 17 % qui réclament sa poursuite (1).

La présidente conservatrice de la commission des affaires étrangères à Westminster a révélé fin mars l'existence d'une note des services juridiques du gouvernement britannique établissant qu'Israël violait le droit humanitaire international. Comme une telle conclusion emporte que Londres cesse de vendre des armes à Tel-Aviv, l'exécutif a refusé de rendre public le document. Mais, le 1er avril, des frappes de missiles israéliennes ont tué trois salariés britanniques de l'organisation caritative World Central Kitchen avec quatre autres de leurs collègues, alors qu'ils apportaient de l'aide à Gaza. Le surlendemain, plus de six cents juristes et universitaires — dont trois juges retraités de la Cour suprême britannique — dénonçaient l'illégalité des ventes à l'armée israélienne (2).

Depuis plus de six mois, la solidarité avec le peuple palestinien donne lieu à des manifestations qui comptent parmi les plus massives de l'histoire moderne. Semaine après semaine et mois après mois, les rues de Londres et d'autres villes britanniques se remplissent de manifestants appelant au cessez-le-feu. La plus importante à ce jour a réuni plusieurs centaines de milliers de personnes. En réponse, le gouvernement Sunak a condamné les protestataires et cherché des moyens de les criminaliser.

« Marches de la haine »

En novembre, la ministre de l'intérieur a demandé à la police métropolitaine de Londres d'interdire la grande manifestation qui se préparait. Comme les officiers de police de la « Met » lui ont répondu qu'elle n'avait aucune raison légale de prendre une telle décision, Mme Suella Braverman a allégué que les manifestants entendaient profaner un mémorial de la Grande Guerre pour inciter des radicaux d'extrême droite à attaquer la marche, ce qui aurait donné un prétexte pour interdire de futurs rassemblements. Mais les militants excités par la ministre s'en sont pris aux forces de l'ordre et ont blessé plusieurs policiers, grièvement dans certains cas.

À la suite de ce fiasco, M. Sunak a dû exiger la démission de Mme Braverman, mais son gouvernement et la presse de droite ont poursuivi leurs attaques contre les manifestations en faveur du cessez-le-feu, qualifiées de « marches de la haine ». Dans leur viseur, toujours, le slogan « Du fleuve à la mer, la Palestine sera libre », qualifié d'antisémite.

Lorsqu'elle était encore ministre de l'intérieur, Mme Braverman avait recommandé aux services de police d'interpréter ce mot d'ordre comme l'« expression d'un violent désir de voir Israël rayé de la carte » et de punir son utilisation au nom du respect de l'ordre public (3). Dans un cas au moins, la police a suivi les instructions de la ministre : à Manchester, une jeune femme d'origine palestinienne a été arrêtée pour injure à caractère raciste parce qu'elle l'avait prononcé (4).

Les soutiens d'Israël prétendent discerner le « vrai » sens du slogan « Du fleuve à la mer, la Palestine sera libre » : ils y voient à coup sûr un appel au massacre ou à l'expulsion dès lors qu'il ne dit pas ce qu'il adviendra de la population juive d'Israël une fois cette aspiration satisfaite. Les Palestiniens et leurs alliés, qui martèlent qu'il s'agit en réalité d'un appel à l'égalité et non au nettoyage ethnique, se voient fréquemment refuser l'accès aux médias britanniques. Du reste, les défenseurs d'Israël invoquent à l'envi son « droit à se défendre » et son « droit à l'existence ». Or la première formule ne précise pas quelles méthodes l'État peut légitimement employer au nom de l'autodéfense, et la seconde ignore la question de l'existence d'un État palestinien, à côté d'Israël. Les Palestiniens les perçoivent certainement comme des menaces et des agressions, du moins telles qu'elles sont employées en règle générale par les principaux défenseurs de la guerre contre Gaza, mais les proférer ne vaudra à personne d'être poursuivi pour injure à caractère raciste.

Début mars, lors d'un discours prononcé devant le 10 Downing Street, M. Sunak a fait franchir un cap supplémentaire à la campagne gouvernementale contre le mouvement de solidarité avec la Palestine. Il a prétendu que les manifestations en faveur d'un cessez-le-feu avaient entraîné « une hausse choquante des perturbations et des actes criminels extrémistes », se traduisant notamment par des « intimidations, des menaces et la préparation d'actions violentes ». En réalité, la contestation, particulièrement pacifique et disciplinée, a donné lieu à moins d'arrestations qu'un festival de musique ou qu'un événement sportif de même ampleur (5). Le discours du premier ministre se fondait essentiellement sur des affirmations de journalistes prétendant sans la moindre preuve, que Londres tendrait à devenir une zone interdite aux Juifs (6).

Deux universitaires britanniques ont obtenu la condamnation pour diffamation de la ministre de la recherche Michelle Donelan, qui les avait qualifiés de soutiens du Hamas (7). Les archevêques de Canterbury et de York ont cru devoir s'inquiéter d'une approche qui « ciblerait de manière disproportionnée les musulmans » après que le gouvernement a confié au ministre aux communautés Michael Gove le soin d'élaborer une nouvelle définition de l'extrémisme : figure de proue de la droite néoconservatrice, M. Gove affirme en effet depuis longtemps que les musulmans britanniques représentent une menace pour la démocratie libérale ; à son initiative, les autorités considéreront désormais comme extrémiste toute velléité de saper les institutions ou les « valeurs » britanniques (8).

Les attaques contre le mouvement de solidarité avec la Palestine se nourrissent aussi des déclarations de personnalités gouvernementales affublées de titres orwelliens, tel M. John Woodcock : le « conseiller indépendant en matière de violences et de perturbations politiques » a récemment proposé que les principaux partis consentent à la « “tolérance zéro” à l'égard des groupes qui menacent la démocratie », par exemple Palestine Solidarity Campaign (PSC) (9). « Si les opinions “extrémistes” sont illégales, s'inquiétait sur X, le 4 mars, la députée tory Miriam Cates, alors celui qui définit l'“extrémisme” a le pouvoir de restreindre la liberté d'expression, la liberté de religion, la liberté de la presse et la liberté d'association. C'est la voie vers l'autoritarisme. »

M. Woodcock est, lui, un ancien député travailliste, rallié à M. Boris Johnson en 2019. Mais nombre de députés de son ancien camp partagent son hostilité envers les manifestations contre la guerre à Gaza, à commencer par le dirigeant du parti, M. Starmer. Au début de l'offensive israélienne, ce dernier s'est dit convaincu qu'Israël avait le droit de couper l'eau et l'électricité aux civils de Gaza — action pourtant constitutive de crime de guerre. Face à l'indignation, M. Starmer a dû retirer ses propos, en alléguant contre l'évidence qu'il avait mal compris la question (10).

Il a par ailleurs suspendu deux parlementaires : M. Andrew McDonald, pour avoir déclaré, lors d'une manifestation à Londres : « Nous ne nous arrêterons pas tant que justice n'aura pas été faite. Tant que l'ensemble de la population, israélienne comme palestinienne, du fleuve à la mer, ne pourra vivre dans la liberté et la paix » ; et Mme Kate Osamor, parce qu'elle avait qualifié la guerre à Gaza de génocide, alors que la Cour internationale de justice (CIJ) avait déjà jugé recevable la plainte déposée par l'Afrique du Sud contre Israël. M. McDonald a réintégré son groupe parlementaire après la défaite essuyée par le Parti travailliste fin février, à l'occasion d'une élection partielle importante à Rochdale, dans l'agglomération de Manchester. Le vainqueur, M. George Galloway, ancien député travailliste devenu un électron libre, avait fait de ce scrutin un référendum contre le soutien de M. Starmer à Israël.

La victoire de M. Galloway est survenue à la suite d'une violente controverse. Quelques jours avant son élection, le Parti national écossais (SNP) avait déposé à la Chambre des communes une motion en faveur d'un cessez-le-feu. Le Labour désirait supprimer les références au « châtiment collectif du peuple palestinien » et au « massacre de civils innocents ». Il souhaitait aussi remplacer l'appel clair et net à un cessez-le-feu par des circonlocutions qui auraient donné à M. Netanyahou une marge de manœuvre suffisante pour poursuivre sa guerre. Selon la formulation proposée par les travaillistes, « les Israéliens ont le droit d'avoir la garantie que les horreurs du 7 octobre 2023 ne se reproduiront pas ». Mais il n'était nullement question du droit des Palestiniens à obtenir la garantie que les horreurs subies depuis le 7 octobre (et bien avant) ne se reproduiraient pas.

Comme M. Starmer ne voulait ni que ses députés votent contre la motion du SNP ni qu'ils s'abstiennent, il a imposé au président de la Chambre Lindsay Hoyle un vote des amendements travaillistes préalable à celui de la motion. Cette violation des règles de procédure parlementaire lui a permis d'empêcher le troisième parti de la Chambre de défendre une position reflétant l'opinion majoritaire dans le pays.

Le refus des travaillistes d'appeler clairement au cessez-le-feu contredit les opinions de ses propres partisans. En février, selon YouGov, 83 % des électeurs ayant voté pour le Labour lors de la précédente élection générale voulaient en effet qu'Israël mette un terme à sa campagne militaire. Seuls 3 % d'entre eux se déclaraient favorables à la poursuite des opérations. L'entêtement de M. Starmer à soutenir la guerre de M. Netanyahou procède de son refus de distinguer lutte contre l'antisémitisme et soutien à Tel-Aviv. Car l'association de la défense des droits des Palestiniens à l'hostilité aux Juifs lui sert à marginaliser la gauche de son parti depuis qu'il en a pris la direction, en 2020. Mais cette arme de lutte interne devient un problème politique majeur dans la perspective de l'élection générale.

Bien qu'une violence ininterrompue, émaillée de crimes de guerre, s'abatte depuis plus de six mois sur les civils palestiniens, les deux principaux partis britanniques restent inébranlables dans leur défense d'Israël. Et bien que des figures politiques aussi importantes que le conservateur Nicholas Soames, membre de la Chambre des lords, et le maire travailliste de Londres, M. Sadiq Khan, appellent désormais à l'arrêt des ventes d'armes, MM. Sunak et Starmer affirment encore à cette heure que le Royaume-Uni doit continuer à soutenir l'effort de guerre israélien. Même si cette position évoluait dans les semaines à venir, l'un et l'autre auront causé des dommages à leur réputation, ainsi qu'au crédit diplomatique de leur pays.

(Traduit de l'anglais par Nicolas Vieillescazes.)

Voir en ligne : /2024/05/FINN/66827

(1) Patrick Wintour, « Majority of voters in UK back banning arms sales to Israel, poll finds », The Guardian, Londres, 3 avril 2024. Cf. aussi Matthew Smith, « Israel-Palestine : Fundamental attitudes to the conflict among Western Europeans », 20 décembre 2023, et « British attitudes to the Israel-Gaza conflict : February 2024 update », 15 février 2024.

(2) Alex Barton, « Former Supreme Court judges say government's arming Israel breaches international law », The Telegraph, Londres, 4 avril 2024.

(3) Rajeev Syal et Aubrey Allegretti, « Waving Palestinian flag may be a criminal offence, Braverman tells police », The Guardian, 10 octobre 2023.

(4) Haroon Siddique, « Police accused of stifling protest after Manchester arrest over Palestine chant », The Guardian, 21 mars 2024.

(8) Nadeem Badshah, « Archbishops of Canterbury and York warn against new extremism definition », The Guardian, 12 mars 2024. Cf. aussi Peter Oborne, « UK extremism : Michael Gove is turning British Muslims into an enemy within », 19 mars 2024.

(9) Elizabeth Short, « “Profoundly anti-democratic and repressive” », The Morning Star, Londres, 12 mars 2024.

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The Shift: 25 years after 9/11, our country is still dominated by the “War on Terror”

President George W. Bush addresses the nation from the White House following the terrorist attacks on the World Trade Center and the Pentagon. Photo by Greg Mathieson/Mai/Getty Images

This story originally appeared in Mondoweiss on Sep. 11, 2026. It is shared here with permission.

This week marks the 25th anniversary of the 9/11 attacks.

The United States has experienced much political and social upheaval since then, but the subsequent “War on Terror” paved the way for our current moment, and there are booming echoes of the era all around us.

Once again, the United States is waging a disastrous war in the Middle East with no discernible end in sight. Islamophobic rallies targeting NYC Mayor Zohran Mamdani conjure up memories of the “Ground Zero Mosque” controversy. The government designates activist and advocacy organizations as terrorists. The Guantánamo Bay detention camp remains open. In fact, a legal immigrant was just sent there.

CBS reveals that the Taliban seized roughly $7 billion worth of American-purchased military hardware after the United States officially lost that war 5 years ago.

“Taliban fighters patrol in armored vehicles once supplied to Afghan forces, wearing American tactical gear and carrying American weapons,” reads the report. “CBS News saw one Humvee in the Afghan capital still adorned with a faded Green Bay Packers decal — a remnant from its past operators.”

The small number of Americans who opposed that war were either dismissed or attacked. So too were those who warned that the Bush administration’s overreach would result in disaster.

“The civil libertarians were mostly ignored, and as one new threat followed another — Iraq, ISIS, ‘lone wolves’ — the president’s reach continued to grow. Across the Bush and Obama administrations, the commander in chief was given, or simply took, new powers to prosecute, shut down and seize the assets of alleged terrorist groups and their supporters,” writes Radley Balko in the New York Times. “With the arrival of armed drones, the president assumed the right to remotely assassinate anyone, anywhere outside U.S. borders, at any time, including American citizens.”

“If the ratcheting diminishment of our liberties came slowly and sometimes without much outcry under Presidents Bush, Obama and Joe Biden, the consequences of all those years of expanded presidential power are plainly visible now,” he continues. “Mr. Trump is using every authority we have given the president since Sept. 11, 2001, and some we haven’t, in ways the civil libertarians had tried to warn us about at the start.”

One of the major differences between the current war on Iran and Bush’s war on Iraq is that a sizable chunk of the population fell for the administration’s lies back then. The polling shows that’s not the case this time around, and, despite information from the region being consistently repressed, there seems to be a growing understanding that the United States military is losing quite badly.

They say Americans don’t vote based on foreign policy, but that isn’t exactly true. Many people voted for Obama over Hillary Clinton in the 2008 primary because he opposed the Iraq War. People voted for Trump because he claimed he wouldn’t launch any new wars. It’s quite obvious that Kamala Harris’s connection to Israel’s genocide hurt her at the polls.

Whether or not this typically translates into policy shifts is a separate debate.

Obama’s election effectively killed the domestic antiwar movement, and he launched the largest assassination campaign in world history. Trump’s rhetoric predictably turned out to be nonsense. The Democratic Party’s establishment certainly didn’t rethink its Israel policy as a result of the Harris loss.

This is all to say that the war in Iran, which the administration now says might last through 2029, could help propel the Democrats back into power during the midterms, but will that actually result in a foreign policy reset?

In recent weeks, Democratic leaders and presidential hopefuls have directed their anger toward Twitch streamer Hasan Piker, hoping to quash the party’s left flank before the 2028 nomination process. For them, it’s an existential battle that transcends the question of which party may or may not control Congress at any given time and there’s no broader discussion about reversing our current course beyond removing Trump from office.

Michigan’s Democratic Senate nominee, Abdul El-Sayed, was recently attacked for an old 9/11 tweet in which he expressed sympathy for those who died on that day and those who were killed in the wars after.

“Today, I mourn the 3K lives, 6K injuries, & infrastructural devastation in NYC, perpetrated ignorantly in the name of my faith,” it read. “Tomorrow, I’ll mourn ~1M lives, millions of injuries, & infrastructural devastation in 3 countries, perpetrated ignorantly in the name of my country.”

According to Brown University’s Costs of War project, an additional 3.6-3.8 million people have died indirectly in post-9/11 war zones, which brings the overall death toll to at least 4.5-4.7 million and counting.

25 years after 9/11, the American Empire is undoubtedly in decline, but its demise seemingly remains far off, and we’ve yet to collectively reckon with its ongoing crimes.

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Israel’s Gaza ‘solution’ is to empty it of Palestinians, defense minister says

A view of Palestinian displacement camps amid widespread destruction in Gaza City on August 29, 2026 in Gaza City, Gaza. Photo by Omar Ashtawy/Getty Images

This article was originally published by Truthout on Sept. 03, 2026. It is shared here under a  Creative Commons (CC BY-NC-ND 4.0) license.

Israeli Defense Minister Israel Katz admitted this week that Israel’s goal for Gaza is the mass expulsion of Palestinians from Gaza in “every way possible,” despite denying allegations of ethnic cleansing for years.

“There is no real solution for Gaza in the end without this migration,” Katz said at a conference hosted by Israeli outlet Yedioth Ahronoth on Wednesday, per a translation by France 24. Israel “is organized and prepared to get them out — by sea, by air, by every way possible.”

This plan would amount to ethnic cleansing, something that Palestinians and human rights advocates have long said Israel is carrying out in Gaza and the occupied West Bank. In a report earlier this year, the UN Human Rights Office warned that Israel was carrying out policies consistent with ethnic cleansing between 2024 and 2025, including famine, destruction of civilian infrastructure, and overall imposing conditions “incompatible with [Palestinians’] continued existence in Gaza as a group.”

Katz said that Israel is “seeking Trump’s support” for the idea because no country will take in Palestinians without the approval of the U.S.

The White House has not commented on the plan. When Donald Trump took office last year, he proposed a plan for forced displacement of the entire population of Gaza, dubiously framing it as “voluntary.”

The administration’s stance has since evolved, however. In July, Trump’s “Board of Peace” announced a plan that would still implement colonial control over Gaza, but that would transition power over the Strip to a Palestinian board and demand Israel withdraw its troops from the Strip.

In a rare break with the U.S. last month, Netanyahu announced that he would not be supporting that plan. Keeping with his usual practice of introducing unworkable provisions into negotiations, he said that Israel would not withdraw until Hamas was totally disarmed.

Disarmament — which critics say would still give Israel massive power over Gaza — was already included in the Board of Peace’s 15-point plan. But Netanyahu seems determined to ensure Israel can still carry out its genocide and occupation in Gaza, pledging again on Wednesday that Israel is “not retreating.”

“We control 60 percent of the Strip, and we are not stopping, because we are eliminating the terrorists who threaten us, day in and day out,” he reportedly said.

Trump also previously vowed to end aid to Israel if it annexed the West Bank, however, despite Israel’s ongoing annexation of the occupied Palestinian territory.

The Israeli officials’ remarks were made just weeks before critical Israeli elections in October, in which Katz and Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu are hoping to retain far right control of the state.

Politicians in Netanyahu’s caucus have been openly calling for cruelty toward Palestinians as a campaign strategy. This week, National Security Minister Itamar Ben-Gvir posted then deleted an AI-generated video that showed a line of Palestinians on a conveyor belt being loaded into a detention facility operated by Ben-Gvir. The Palestinians are then shown leaving the facility emaciated, with the politician seemingly showing off Israel’s systematized policy of starvation of Palestinians.

Israeli officials have denied allegations of ethnic cleansing for years.

“The charge of ‘ethnic cleansing’ against Israel is false and dangerous. It is not a legal definition but a political label, used to inflame tensions, spread hate, and fuel antisemitism,” said Israel’s ambassador to the United States, Yechiel Leiter, last year. “Israel does not deport Palestinians because of their identity. Israel has, rather, temporarily removed non-combatant populations from war-zones in order to guarantee their safety.”

The statement was made in response to a September 2025 report released by Senators Chris Van Hollen (D-Maryland) and Jeff Merkley (D-Oregon) saying that Israel was deliberately destroying civilian infrastructure and starving Palestinians with the goal of ethnic cleansing.

“After our trip to the Gaza-Egypt border last year, [Merkley] & I released a report entitled, ‘The Netanyahu Government is Implementing a Plan to Ethnically Cleanse Gaza of Palestinians.’ Now the Israeli Min[ister] of Defense confirmed that’s the goal,” said Van Hollen on Wednesday. “We must end our complicity.”

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‘Treated worse than cattle’: 2,500 Tyson workers laid off, plant shutters overnight

Tyson workers were blindsided by the closure of their plant August 14. Photo: Caitlyn Clark
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This story originally appeared in Labor Notes on Sept. 01, 2026. It is shared here with permission.

Ouano Tante worked the afternoon shift at the Tyson beef plant in Joslin, Illinois, for five years. But when she and hundreds of her co-workers arrived at work on August 13, they found the plant closed.

They speculated that someone on the morning shift might have gotten injured. Then two mid-level supervisors came outside in tears. Plant supervisors told workers the plant was closing permanently, effective immediately.

Inside, the early-morning shift had just ended when the workers were informed it would be their last. The cafeteria erupted into chaos. Plant supervisors stood guard by the doors, workers said, while everyone received their closure paperwork.

“People were crying, shaking,” Tante said. “When we were leaving the parking lot, there were so many car accidents. People were so upset.”

“They gave no reason, nothing,” said Ahoro Asselissime. “People have no job. No money to pay our bills. For 11 years, I made money for them. And now they’re not doing anything for me.”

DISASTER FOR COMMUNITY

Joslin is home to just 56 residents. But 2,500 workers from Africa, Latin America, and Burma toiled at the meatpacking plant there, butchering cattle for Tyson, one of the world’s largest meatpacking companies. The workers were represented by Food and Commercial Workers (UFCW) Local 1546.

Most of the workers live in the Quad Cities, clustered around the Illinois-Iowa border 160 miles west of Chicago. Everyone there knows someone who works at Tyson, the area’s ninth-largest employer. The closure announcement sent the community into a tailspin.

Tante, originally from Togo, had the job of determining the age of cattle by checking the size of their teeth. An overhead conveyor would move carcasses, suspended by their ankles, along the chain. Tante checked the teeth, sprinted up a set of stairs to mark the cattle’s ankles with ink, then sprinted back down to catch the next carcass.

Simultaneously, other workers drained blood from the animal by slicing the neck with knives. If Tante didn’t work fast enough or was off-pace with the other workers, she said, she could get cut by their knives.

PALTRY SEVERANCE

The laid-off workers will be paid for 36 hours a week until October, but that’s far less than they had been making with overtime.

“I got $500 this week,” said Asselissime. “My rent is $925. I have to put gas in my car, buy food for my kids. Everything is so expensive now.” Prior to the closure, Asselissime could expect around $900 a week.

“I’ve been sounding the alarm about how Tyson treats their workers for years,” said Nana Ouro-Agoro, founder of Akwaaba, a nonprofit organization that provides support to the Quad Cities’ immigrant population.

Originally from Togo, Ouro-Agoro came to the Quad Cities after winning the immigration lottery in 2008. She learned that many of her neighbors worked at Tyson, where they were frequently injured on the job and afraid to speak out. Workers told her they were being treated “worse than the cattle.”

“It was hard for me to sleep at night, hearing my fellow immigrants were working hard, getting injured, and nothing was being done,” she said.

Akwaaba helped Tyson workers with translation services and resources to help them assert their rights, including when Tyson abruptly fired dozens of Togolese workers as alleged retaliation for reporting injuries and sexual harassment. Now, about 500 of their clients—roughly 1 in 4—are out of work.

And because so much of the local economy depends on income from Tyson workers, “we’re going to see a crisis in every sector,” Ouro-Agoro said.

ONE MONOPOLY AFTER ANOTHER

It’s been a profitable few years for Tyson. So why shutter the plant? Tyson cites the nationwide cattle shortage.

Cattle stock in the United States is at a 75-year low. The costs of raising cattle have gone up significantly for ranchers, in part due to drought and higher prices for fertilizer and diesel, exacerbated by the war on Iran.

But the crisis facing Tyson workers and cattle ranchers alike is driven by one major factor: corporate consolidation. The “Big Four”—Tyson, Cargill, JBS, and National Beef—own over 80 percent of the U.S. beef industry.

The Big Four have, according to multiple court decisions, colluded to fix prices for just about everything, from the price customers pay at the grocery store to the price cattle ranchers receive for their livestock.

Yet despite the strain placed on cattle herds, U.S. beef production in real terms has remained relatively steady, due to the heavier weight of today’s cattle compared to decades ago.

Tyson isn’t the only one closing plants. JBS, the world’s largest meatpacker, closed a facility in Memphis in June, laying off 200. JBS also announced plans to close a 1,500-worker processing plant in Souderton, Pennsylvania, but efforts from union and political leaders pushed JBS to convert the plant to a smaller facility, saving 400 jobs.

With nearly 4,000 meatpacking jobs cut just this summer, is the cattle shortage really to blame?

As of the most recent fiscal quarter, Tyson’s operating income is up 8 percent, or $547 million, over last year. Tyson attributes the increase to growth in its chicken and prepared foods segments.

Tyson CEO Donnie King took home nearly $35 million in total compensation last year, 781 times more than the median Tyson worker and double the average CEO-to-worker pay ratio among S&P 500 companies.

While cattle shortages could be cutting into beef profits (Tyson reported a third-quarter beef operating loss of $138 million), overall the company is making money hand over fist. And as the meatpackers squeeze cattle producers, the shortage itself is a problem of the Big Four’s own making.

But meatpacker consolidation is only one piece of the puzzle. The meatpackers may claim that they are also the victims of collusion—by the grocery giants.

Walmart, Amazon, Kroger, and Albertsons can collude to lower prices paid to meatpackers too. Estimates place Walmart at between 20 and 25 percent ownership of the grocery industry, while Amazon (thanks to its acquisition of Whole Foods) is now the second-largest grocery retailer in the U.S.

Grocers are pushing down prices paid to packers, while packers are slashing prices paid to ranchers. In 1980, cattle producers took home $0.63 of every consumer beef dollar and the packers and retailers took home a combined $0.37. As of 2021, that number is exactly flipped, according to More Perfect Union. All the while, workers and consumers get the shortest end of the stick; price collusion lines the pockets of meatpacking and grocery store executives, while depressing worker wages and inflating consumer prices.

UNION PENS AGREEMENT

After the Joslin plant closure, the union released the following statement: “UFCW Local 1546 has a long-standing and proud union partnership with Tyson Foods, and we were extremely disappointed in not receiving advance notice of this news. If given the opportunity, we could have sat down and found an economic solution to keep this plant operating, but sadly our voice was silenced.”

Four days after the company’s closure announcement, Local 1546 President Robert O’Toole signed an agreement with Tyson, which includes severance pay of one to four weeks, depending on years of service, on top of the two months of payments.

The UFCW agrees to “not to take any steps or action to… interfere in any way with the orderly closing of the Plant, and the Union agrees not to support any such steps or action by others.”

Many workers feel their union leadership has left them hung out to dry. “The union doesn’t care about us, Tyson doesn’t care about us,” said Asselissime. “A lot of immigrants work for this company, from Mexico, from Africa. That’s why they don’t care.”

Some workers were already mobilizing independently. The day after Tyson announced the closure, laid-off workers rallied outside the plant gates with community supporters and political groups. The workers demanded Tyson make a plan to keep the plant open; if that wasn’t possible, they wanted six months of severance pay, not two.

At various points in its history, the UFCW has taken up key fights against the packers. In 2007, it spearheaded a lawsuit against the Department of Homeland Security after ICE raids detained 12,000 workers at six meatpacking plants.And in 2008, after a 16-year battle, it organized the world’s largest pork processing plant, the Smithfield plant in Tar Heel, North Carolina.

But in recent years, the International union seems to have changed its tune, tying itself to the meat cartels in exchange for short-term, modest gains. Now Tyson workers say that labor-management “partnership” is swinging back at the members, with little response from union leadership.

“The union hasn’t said anything, aside from telling us to go apply for unemployment,” said Tante. “I thought the union should defend us, so I was surprised they didn’t do anything. The union could have fought for us to get more severance, but they didn’t.”

PROTESTS CONTINUE

Several hundred maintenance workers who remain in the plant are reportedly dismantling equipment and preparing the plant for demolition.

Meatpackers are notorious for refusing to sell plants to other packers, wanting to stifle competition. In 2018, for example, when Tyson closed a plant in Cherokee, Iowa, it refused to sell until the next owners agreed to limit the number of cattle they would slaughter there.

While some workers might move and get jobs at other plants, Tyson has not outlined formal transfer rights or relocation stipends (in previous plant closures, relocation bonuses have been up to $15,000). JBS has held mass hiring events in the Quad Cities for those willing to relocate to Nebraska or Utah.

Veronica Ceballos, originally from Mexico, worked at Tyson for 19 years, commuting on rural backroads through harsh Iowa winters. Even after she injured her back working on the line, she transferred to a different position and continued working. Since her children are now adults, she says, she has the flexibility to relocate if necessary. But she worries for co-workers who don’t have that option.

Several hundred Tyson workers and their families have continued organizing protests and rallies, calling on Illinois governor J.B. Pritzker to invoke eminent domain to bring the plant under state ownership and re-open its doors, and on Tyson to increase severance pay to six months. On September 3, workers and community supporters will caravan to Springfield to march on the state capitol building at noon.

“There are people who’ve worked at Tyson for 20 years, 30 years. People with health issues, people who are sick, people who can no longer work elsewhere,” Asselissime said in a speech at a rally of about 100 workers on August 27. “We need fair severance pay, so we can have a future.”

Caitlyn Clark is a national organizer at Essential Workers for Democracy (www.ew4d.org), an organization dedicated to rank and file member education and empowerment for workers in grocery, meatpacking, and retail.

Correction 09/10/2026: Workers were informed about the plant closure on August 13, not August 14 as previously stated.

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Maryland community pushes for answers about plastic recycling plant

Recycled plastic materials in a bin in Wye Mills, Maryland, on March 25, 2025, at a recycling drop center. Photo by JIM WATSON/AFP via Getty Images

This story originally appeared in Prism on Aug. 31, 2026.

After years of organizing, residents in Howard County, Maryland, say they’re running out of options to find out what their plastic recycling corporate neighbor, W.R. Grace, is emitting. 

The multinational chemical company and the state’s main permitting agency have fulfilled state and federal permitting and regulatory requirements for W.R. Grace’s pilot program to recycle plastic.

“As long as the facility meets local zoning and land-use requirements, MDE is obligated to review an air quality permit application for activities related to the facility,” the Maryland Department of the Environment (MDE) said in its final determination letter, granting the necessary air permit. While MDE required the company to control and monitor for volatile organic compounds and “forever chemicals,” an environmental impact assessment was not required given the scope of the pilot project. MDE’s air quality control regulations prohibit a source from causing a nuisance or odor. 

In recent weeks, residents have reported foul odors emanating from the W.R. Grace facility, which initiated the pilot program in 2023. Residents told Prism that they don’t know whether the air is toxic; W.R. Grace has claimed that some of the information about the process is proprietary, limiting what the public can learn about its operations and emissions. 

Residents of Cedar Creek and River Hill, two communities in Columbia, Maryland, that sit as close as 240 feet from the chemical facility, said the company can legally leave the public in the dark. This isn’t just an issue for Maryland residents, but should ring an alarm bell for communities across the country.

“Even in this very Democratic city … no one’s listening,” said Shamieka Preston, a community organizer with the Stop Grace Coalition who said she lives 400 feet outside the facility’s fenceline. Preston ran for Howard County Council to represent District 4 and lost her primary election in June. She ran on a platform to hold W.R. Grace accountable after other attempts failed, including a court challenge to the company’s operations permit and trying to change zoning rules about how far industrial facilities have to be from residential areas.

In 2022, Preston moved her family from California for a better quality of life and safety. In Maryland, her family could live in a larger house and access high-quality public schools. Soon after the family’s move to Cedar Creek, W.R. Grace applied for its permit. 

Plastics recycling

Advanced chemical recycling, or “pyrolysis,” refers to the process of applying extreme amounts of heat to plastic without the presence of oxygen, turning it into pyrolysis oil. Once that oil is refined, it can be used as transportation fuel. W.R. Grace disputes that its experimental technologies conduct pyrolysis.

“Grace scientists have developed a new way of recycling plastic that has the potential to reduce emissions, save energy, and lower costs compared to other plastic recycling options such as pyrolysis,” a W.R. Grace spokesperson told Prism in an email.

The company “followed the proper MDE process, including participating in a public hearing and a 120-day comment period,” the spokesperson said, adding that the “pilot research project will not impact the health or wellbeing of our local community or the employees who work at the facility every day.” 

Plastics recycling, pyrolysis, and chemical recycling are the latest forms of so-called solutions to the climate crisis, said Rita O’Connell, a staff organizer at Beyond Plastics, a research and advocacy organization housed at Bennington College in Vermont. She told Prism that people should be wary of the narrative that plastic is recyclable and its consumption relatively harmless. O’Connell has consulted with the Stop Grace Coalition. 

About 6% of all plastics that have ever been produced have been successfully recycled, she said.

“The promise of chemical recycling for legislators and municipal leaders is, ‘Oh good, we don’t have to worry so much about this plastic crisis because we can just send it off to be turned back into plastic,’” O’Connell said. “That essentially functions as an incredibly effective public relations campaign for the plastics and the petrochemicals industries to keep making as much plastic as they want.”

Maryland residents are also concerned that W.R. Grace has claimed many of the components of its research are proprietary, including information about feedstock sources and composition, fuel, and what chemicals are used in the heating process. The company has repeatedly stated that atmospheric emissions from the pilot program will be “low,” despite the thermal oxidizer running 16 hours per day, 250 days per year.

Lisa Krausz, who lives in River Hill near the W.R. Grace facility, told Prism that the emissions aren’t any less of a concern just because the pilot program engages in less chemical recycling than a commercial operation might. In fact, “pilot projects can actually be more risky because they’re testing stuff,” Krausz said. “It’s all experimental.”

W.R. Grace isn’t required by the state to make public what catalyst it uses to break down plastic feedstock. But, Krausz said that some catalysts, like chromium, can become toxic after exposure to high heat. 

Who does plastics recycling really benefit?

The Biden administration ushered in a wave of experimentation with advanced chemical recycling. In 2022, the Environmental Protection Agency (EPA) announced that its New Chemical Division would “streamline” the review of “environmentally friendly chemical substitutes” in order to bring new fuels to market that would help reduce greenhouse gas emissions. Sources of fuel that are derived from “waste” such as plastic are included in this effort.

Despite the lofty goals of chemical recycling to meet the moment of unprecedented plastic pollution, environmental advocates caution that plastic pyrolysis is a way to offer the oil and gas industry a public relations lifeline and convince the public that recycling is an effective means of waste management. 

Scott Throwe, vice president of the consulting organization Throwe Environmental, worked at the EPA for three decades, including helping to lead development and enforcement of Clean Air Act regulations. 

Throwe said there is almost no federal guidance or leadership on the subject of pyrolysis. Without a risk analysis for the industry, specific regulations addressing air pollutants that result from this process, or understanding the manifold and complex risks of emissions, companies simply have to make sure their emissions don’t violate the current Clean Air Act regulations—even if those regulations were written prior to pyrolysis facilities starting to operate.

Deregulation and destabilization at the EPA have a filter-down effect on states. “There’s a very strong laissez-faire attitude at EPA with the states right now, and the state agencies basically, for all practical purposes, have carte blanche,” Throwe said. The problem, he said, is that state agencies might not have the breadth of experience or institutional knowledge to establish and maintain robust monitoring schemes. 

“This is a pilot plant, so things are going to go wrong—that’s the nature of pilot operations,” Throwe told Prism.

Correction, Aug. 31, 2026: This story has been updated to correct where two residents live: Lisa Krausz live in River Hill, and Shamieka Preston lives in Cedar Creek.

Editorial Team:
Sahar Fatima, Lead Editor
Carolyn Copeland, Top Editor
Stephanie Harris, Copy Editor

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