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Exclusif : L’Iran, un cobra lové prêt à frapper

L’Iran et le Pakistan sont pleinement engagés dans la construction d’un ordre financier post-américain à la croisée du Moyen-Orient et de l’Asie du Sud.

Allons droit au cœur du sujet : après avoir soigneusement examiné l’échiquier, les dirigeants politiques et militaires de Téhéran sont déjà parvenus à la conclusion qu’une attaque conjointe américano-israélienne, dont la planification avance à un rythme effréné, est inévitable.

Ils se positionnent donc désormais comme un cobra lové, prêt à frapper et à injecter son venin mortel au premier signe d’une menace imminente du syndicat Epstein — sans même attendre une attaque effective.

Cette offensive préventive, dont les contours sont déjà tracés, sera dévastatrice ; elle s’étendra au-delà des bases américaines au Moyen-Orient vers d’autres cibles régionales, et pourrait notamment inclure les infrastructures énergétiques du Golfe ainsi que les câbles sous-marins (ce qui, dans ce cas, affecterait principalement le Golfe et l’Inde, bien plus que les États-Unis et l’Europe).

Nous sommes en présence d’un danger clair et immédiat : une opération militaire américano-israélienne destinée à exercer une pression sera certainement interprétée à Téhéran comme le début d’une attaque.

Ainsi, la pression en faveur de la guerre exercée par le «culte de la mort» et par Trump se heurte désormais à un seuil de tolérance iranien dangereusement bas. Les options de frappe du Pentagone vont des installations nucléaires iraniennes aux infrastructures énergétiques.

Il va sans dire que le «sociopathe en chef» — déjà en pleine panique face à la débâcle imminente des élections de mi-mandat — est une proie facile pour le puissant lobby sioniste pro-guerre et ses donateurs. Le danger stratégique suprême réside donc dans le fait que cette pression incessante puisse envoyer un signal que Téhéran interpréterait comme une attaque imminente, même si Washington affirme publiquement qu’aucune frappe n’aura lieu avant les élections de mi-mandat.

Le Yémen fait passer la situation à un niveau supérieur

Parallèlement, des sources privilégiées à Islamabad confirment le succès d’un essai de missile pakistanais à Mach 7, d’une portée de plusieurs milliers de kilomètres. Cette nouvelle capacité a tout ce qu’il faut pour modifier concrètement l’équilibre des pouvoirs au Moyen-Orient, en renforçant la portée dissuasive du Pakistan et sa capacité à influencer tous les calculs de sécurité régionaux, tout en approfondissant les liens du Pakistan avec la Chine, l’Iran et les pétro-monarchies du Golfe.

Et voici une autre exclusivité : des membres des services de renseignement militaire israéliens, notamment un général de division, ont quitté Riyad après que MbS, dans un prétendu moment de lucidité, eut dit «non» à l’offre d’»assistance» de la secte de la mort. Et pourtant, plus de 100 membres du CENTCOM sont toujours sur place.

La décision de MbS lui a peut-être été imposée par la Turquie et le Pakistan — les deux autres signataires de l’Alliance de défense de La Mecque, qui se sont soudainement retrouvés dans la même salle de crise à Riyad, côte à côte avec des agents de la secte de la mort.

Si leur départ a peut-être écarté un risque d’escalade, les agents américains restent révélés : toute frappe, d’où qu’elle vienne, faisant des victimes américaines entraînera immédiatement Washington dans la guerre entre l’Arabie saoudite et Ansarallah.

La guerre entre l’Arabie saoudite et Ansarallah atteint en effet un nouveau niveau de volatilité. Le mélange explosif constitué par l’interception d’un missile de croisière au-dessus de la province de Médine, les interceptions de drones ailleurs en Arabie saoudite et les frappes de missiles des forces armées yéménites contre le complexe présidentiel du gouvernement fantoche d’Aden n’est qu’un début.

Ce qui s’est passé après qu’Ansarallah a pris pour cible Najran — l’une des provinces du sud de l’Arabie saoudite volées au Yémen en 1934 par les Britanniques — est tout à fait stupéfiant.

Un porte-parole saoudien a accusé Ansarallah d’avoir lancé un missile de croisière sur Médine. La réponse du porte-parole emblématique des forces armées yéménites, le général Yahya Saree, a été cinglante : «Nous n’avons mené aucune opération militaire visant le territoire saoudien aujourd’hui. Par conséquent, l’affirmation de l’ennemi saoudien selon laquelle Médine aurait été prise pour cible est une pure invention et un mensonge grave».

Traduction : le Yémen frappe l’une de ses anciennes provinces ; les Saoudiens se lancent dans des fausses informations à outrance, inventant de toutes pièces une attaque contre l’une des deux mosquées sacrées — sans doute en préparation d’une opération sous faux pavillon ; puis le Yémen nie aussitôt avoir frappé quelque (italiques de ma part) territoire saoudien.

Cela signifie que Sanaa déclare subtilement, pour que tout le monde comprenne, qu’elle ne mène plus d’opérations à l’étranger (italiques de ma part) sur les trois provinces : Jizan, Najran et Asir. Elle prépare déjà — psychologiquement et opérationnellement — le terrain pour récupérer son territoire volé.

Tout cela se résume dans cette analyse yéménite succincte de la déconstruction de la fastueuse Maison des Saoud :

«Le Yémen sape les piliers ultra-fragiles de l’économie non pétrolière sur lesquels les pirates du désert ont fondé tous leurs espoirs : l’image, les investissements (IDE), l’évasion de la réalité, ainsi que l’impunité et l’invulnérabilité face au terrorisme à l’étranger».

Comment le Pakistan et l’Iran contournent le FMI

Prêtez maintenant attention à un événement assez surprenant qui s’est produit en milieu de semaine à Bangkok, lors de la réunion annuelle du FMI et de la Banque mondiale — dûment accueillie par des manifestations de rue en Thaïlande.

Le gouverneur de la Banque centrale d’Iran, Abdolnaser Hemmati, a rencontré le gouverneur de la Banque centrale du Pakistan, Jameel Ahmad, en marge de ce rituel annuel de premier plan à la gloire du dollar américain.

Le Pakistan est soumis à la poigne de fer des ajustements structurels imposés par le FMI et la Banque mondiale — et, pour couronner le tout, menacé de sanctions américaines parce qu’il entretient des relations commerciales avec l’Iran.

Le fait que le Pakistan et l’Iran discutent de facto de la dédollarisation au cœur même de la tanière du lion — le temple du dollar américain — n’a donc pas de prix.

L’infrastructure est en place depuis 2023, grâce à un accord de swap de devises utilisant le rial et la roupie à la place du dollar américain. Le troc est géré par les deux banques centrales, et les flux bancaires transitent par la Banque Melli en Iran et la Banque Mellat au Pakistan. Leurs marchés frontaliers — au moins six d’entre eux — sont en plein essor : des routes commerciales physiques qui contournent complètement le dollar américain.

Ce dont ils discutaient à Bangkok en début de semaine, c’est la manière d’étendre ce système : ils se moquent éperdument des sanctions secondaires américaines. D’autant plus que Téhéran offre à Islamabad ce que le système américain ne peut tout simplement pas offrir : la souveraineté, pas de changement de régime, pas d’austérité, pas de leçons de morale et, surtout, pas d’ajustement structurel.

Sans compter que le Pakistan a cruellement besoin du gaz iranien — et des routes commerciales de la nouvelle Route de la soie rendues possibles par la Chine.

L’Iran a bâti toute une économie en contournant complètement le FMI — et capable de survivre à un tsunami de sanctions, à un blocus et à la guerre.

Aujourd’hui, l’Iran et le Pakistan sont en pleine construction d’un ordre financier post-américain à la croisée du Moyen-Orient et de l’Asie du Sud — avec des swaps de devises, du troc, des marchés frontaliers en plein essor et des canaux bancaires adaptés, tournant ainsi en dérision les sanctions secondaires.

Soit dit en passant, cela se produit au moment même où un immense train iranien, chargé de pétrole brut — et le premier d’une longue série —, s’apprête à partir pour… la Chine via l’Asie centrale, sur la ligne ferroviaire de la «nouvelle Route de la soie» construite par la Chine.

Le cobra lové est peut-être prêt à frapper. Mais le cobra, depuis des temps immémoriaux, adore aussi faire des affaires.

Traduction:  Reseau International

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Cisjordanie occupée : des colons israéliens agressent un maire français et attaquent une délégation diplomatique européenne

Preview En Cisjordanie occupée, des colons israéliens masqués ont attaqué ce 17 octobre une délégation européenne à Taybeh et roué de coups Bernard Baudoux, un maire français de 78 ans. La Belgique dénonce cette agression visant aussi des Palestiniens et des diplomates. Cette attaque illustre la violence quotidienne des colons dans ce territoire occupé.
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Cisjordanie occupée: Paris et Washington pressent Israël de mettre fin aux attaques de colons

Des colons israéliens ont attaqué, samedi 17 octobre, un convoi de diplomates européens qui effectuaient une visite en Cisjordanie occupée, rouant de coups un maire français, ont indiqué à l'AFP un témoin et deux sources diplomatiques. Sur une vidéo consultée par l'AFP, Bernard Baudoux, maire communiste de la ville d'Aulnoye-Aymeries (nord), apparaît affalé au sol contre une voiture. Vendredi, c'est une photojournaliste du Washington Post qui était rouée des coups par des colons.

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Maroc : Amnesty International dénonce un système de surveillance visant les défenseurs des droits humains

Amnesty International dénonce l’existence d’un vaste système de surveillance au Maroc, destiné, selon l’organisation, à harceler, discréditer et réduire au silence les défenseurs des droits humains et les journalistes critiques du pouvoir. Dans un rapport intitulé « On commence par le verdict », l’ONG décrit les méthodes attribuées à la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), les services de renseignement intérieur marocains, et le rôle d’entreprises privées dans la fourniture des technologies utilisées.

Le document s’appuie notamment sur des témoignages d’anciens membres des services de renseignement, des documents internes divulgués et des enquêtes journalistiques. Selon Amnesty International, les opérations décrites associent des logiciels espions comme Pegasus, des interceptions de communications, le suivi des déplacements, des enregistrements clandestins et le recours à des informateurs.

L’organisation affirme que ces pratiques ne se limitent pas à la collecte de données, mais servent également à alimenter des campagnes de dénigrement dans des médias proches du pouvoir et sur les réseaux sociaux. Des informations privées, parfois intimes, seraient utilisées pour porter atteinte à la réputation des personnes ciblées et dissuader d’autres voix critiques de s’exprimer.

Pegasus et plusieurs entreprises de surveillance cités

Le rapport revient notamment sur le cas de Maâti Monjib, historien et défenseur des droits humains, présenté comme l’une des premières cibles de Pegasus au Maroc en 2017. Amnesty affirme que les autorités marocaines ont utilisé ce logiciel espion entre 2017 et 2021, voire au-delà, malgré leurs démentis.

L’ONG cite également plusieurs entreprises fournissant des technologies de surveillance, notamment la firme israélienne NSO Group, qui développe Pegasus, l’italienne Hacking Team, l’entreprise française Amesys et une société israélienne, Cellebrite. Le rapport évoque aussi des outils permettant l’interception de communications à grande échelle et le suivi des téléphones mobiles.

Amnesty estime qu'est ainsi instaurée une combinaison faite de surveillance, harcèlement judiciaire et campagnes de dénigrement portant atteinte à la vie privée, à la liberté d’expression et à la liberté d’association. L’organisation souligne également les conséquences de cses pratiques sur les familles et les réseaux professionnels des personnes visées.

Appels à des enquêtes indépendantes

L’ONG demande aux autorités marocaines de mettre fin à la surveillance des journalistes et des défenseurs des droits humains, de mener des enquêtes indépendantes sur les abus présumés et de garantir des recours aux victimes.

Elle appelle également à réformer le cadre juridique encadrant la surveillance et recommande aux États ainsi qu’aux entreprises concernées de suspendre certaines ventes et transferts de technologies tant que des garanties suffisantes contre les violations des droits humains ne sont pas établies.

Selon ce rapport, Amnesty International avait transmis ses conclusions aux autorités marocaines avant sa publication et les avait invitées à répondre. L’organisation indique n’avoir reçu aucune réponse.

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Israël : des réseaux publicitaires détournés pour espionner des centaines de millions d’internautes

Une entreprise israélienne spécialisée dans la publicité numérique aurait utilisé un vaste réseau de publicités en ligne pour surveiller des internautes et faciliter le piratage de leurs appareils, selon deux enquêtes publiées le 15 octobre par le Citizen Lab, un groupe de recherche canadien spécialisé dans la cybersécurité, et Confiant, une société américaine spécialisée dans la sécurité publicitaire.

Baptisée Discover-Tech, la société aurait exploité les infrastructures publicitaires de plusieurs grandes plateformes, dont Google, Comcast et le russe Yandex, pour diffuser des annonces permettant de repérer et de suivre l'activité des utilisateurs. Selon le Citizen Lab, ces publicités ont été diffusées sur plus de 120 000 sites web et 75 000 applications.

Le dispositif reposait notamment sur des annonces en apparence ordinaires, faisant la promotion de produits tels que des téléphones ou des écouteurs. Leur simple chargement sur une page web ou dans une application pouvait déclencher des mécanismes de collecte de données, sans nécessiter de clic de la part de l'utilisateur. Certaines publicités auraient également permis de récupérer des numéros de téléphone ou de faciliter l'installation de logiciels espions.

Des appareils d'Al Jazeera ciblés

Les chercheurs ont établi un lien entre Discover-Tech et Candiru, une entreprise israélienne spécialisée dans les logiciels espions, inscrite sur la liste noire du département américain du Commerce en 2021 pour des activités liées au ciblage malveillant de responsables publics, de journalistes, de militants et d'universitaires.

Selon le Citizen Lab, des logiciels espions de Candiru ont compromis 45 appareils Windows utilisés au sein de la chaîne qatarie Al Jazeera entre 2024 et 2025. Les chercheurs indiquent avoir pu confirmer ces intrusions grâce aux historiques informatiques transmis par le média.

Dans un communiqué, Al Jazeera a condamné les attaques visant plusieurs de ses employés et affirmé prendre des mesures pour protéger son personnel et ses systèmes informatiques.

Les annonces associées à Discover-Tech auraient également été diffusées sur des réseaux sensibles. Selon Confiant et le Citizen Lab, ceux-ci comprenaient notamment des environnements liés au Pentagone, à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), à la Cour pénale internationale, aux Nations unies et à l'Otan. Les chercheurs signalent aussi une présence importante de ces publicités dans les territoires palestiniens.

Google coupe les accès de Discover-Tech

Les révélations ont entraîné des mesures de plusieurs acteurs du secteur. Google a annoncé avoir exclu Discover-Tech de ses plateformes publicitaires pour violation systématique de ses règles d'utilisation. IAB Europe, une organisation professionnelle du secteur de la publicité numérique, a suspendu son statut de fournisseur agréé après un audit ayant relevé des manquements à ses politiques.

Beeswax, une filiale technologique publicitaire de Comcast, a également retiré l'entreprise de sa plateforme. D'autres acteurs ont suspendu ou bloqué ses accès dans le cadre de leurs propres contrôles.

Confiant estime que Discover-Tech diffusait au moins dix millions de publicités par jour dans le monde et que ses activités avaient probablement touché des centaines de millions de personnes. Ce chiffre constitue une estimation de l'entreprise de cybersécurité et non un décompte confirmé de victimes.

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L'OIT dans la tourmente

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Edvard Munch. — « Gatearbeidere i snø » (Ouvriers de voirie dans la neige), 1931–1933

La possibilité de déplacer la production là où les salaires sont plus bas et les protections sociales plus faibles met les salariés du monde entier en concurrence. Depuis sa création en 1919, par le traité de Versailles aux côtés de la Société des nations (SDN), l'Organisation internationale du travail (OIT) élabore des normes pour empêcher que les conditions imposées aux uns servent à dégrader celles des autres. Elle a inventé le tripartisme, c'est-à-dire le dialogue entre les gouvernements et les représentants de ceux qui travaillent et qui les emploient. Aujourd'hui encore, il s'agit de la seule institution mondiale réunissant représentants des gouvernements et des partenaires sociaux de 187 pays. Depuis 1946, elle est une agence spécialisée de l'Organisation des Nations unies. La mondialisation libérale a cependant renforcé la logique du moins-disant social : aux États de rendre leur main-d'œuvre “attractive”, aux salariés de justifier le coût de leurs protections.

L'élection du directeur général, le 16 novembre prochain, intervient sur fond d'offensive contre les moyens et l'indépendance de l'organisation. Le collège électoral compte 56 membres : 28 représentent les gouvernements, 14 les employeurs et 14 les travailleurs. Cette composition ménage aux syndicats une place exceptionnelle dans le système international, mais rend décisifs les appuis que chaque candidat peut trouver auprès des gouvernements et du patronat.

Le sortant togolais Gilbert Houngbo peut faire valoir certaines avancées (1). Sous son mandat, l'OIT a adopté des conventions sur les dangers biologiques et le travail des plateformes. La saisine de la Cour internationale de justice à son initiative a également permis de confirmer la protection du droit de grève, contestée par les représentants patronaux.

Les impayés de l'administration Trump réduisent les moyens dont dispose l'organisation pour élaborer de nouvelles normes et contrôler l'application des conventions existantes. La contribution obligatoire des États-Unis représente en effet 22 % de son budget ordinaire. Washington dispose ainsi d'un levier sur une organisation chargée d'encadrer les rapports de travail. Et les récentes démarches de M. Houngbo pour confier un poste stratégique à un responsable américain posent la question du prix politique à payer pour obtenir le retour des financements.

La ministre espagnole du travail Yolanda Díaz conteste ce rapprochement avec les Etats-Unis ainsi que la gestion de la crise financière par le sortant. Soutenue par le gouvernement espagnol et les deux principales confédérations syndicales du pays, les Commissions ouvrières (CCOO) et l'Union générale des travailleurs (UGT), elle oppose aux concessions de M. Houngbo son expérience des réformes sociales, notamment la hausse du salaire minimum et la réforme du marché du travail négociée avec les syndicats et le patronat ibériques. Pour ce qui est des financements, elle envisage toutefois de nouveaux partenariats public-privé, compatibles selon elle avec la défense de l'OIT. Reste à garantir que les entreprises sollicitées ne pèseront pas davantage sur les règles que l'institution élabore.

L'ancien ministre péruvien Javier González-Olaechea Franco revendique, lui, son expérience de chef d'entreprise. À l'en croire, Mme Díaz comprendrait mal comment se créent la richesse, les emplois et l'investissement. Dans une organisation chargée de protéger les travailleurs, la connaissance des exigences patronales vaudrait donc brevet de compétence. Soutenu par le gouvernement péruvien, M. Franco rencontre une opposition syndicale jusque dans son pays.

Pour les travailleurs, l'enjeu dépasse bien sûr le choix d'un directeur général. Les normes de l'OIT, les conventions qu'elles adoptent sur de nombreux sujets, constituent aussi des appuis pour s'organiser, faire grève et obtenir des changements. Affaiblir ces droits laisse les injustices intactes, tout en réduisant les moyens de les combattre collectivement.


(1) Lire « OIT : les enjeux d'une élection », de Carlos Lopes et Alain Supiot, 16 octobre 2026.

Dans nos archives

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Isabel Allende gana el Premio Planeta 2026 por la secuela de 'La casa de los espíritus': "Es como ganar el Nobel"

Isabel Allende gana el Premio Planeta 2026 por la secuela de 'La casa de los espíritus': "Es como ganar el Nobel"

Este es el primer galardón español de renombre que reconoce la labor de Isabel Allende, una autora querida por su público pero denostada por la crítica especializada desde sus inicios

Isabel Allende: “No podría escribir una novela sobre Trump, necesito la distancia del tiempo”

La ganadora del Premio Planeta 2026 ha sido Isabel Allende por la novela La hora antes del alba, la segunda parte de su ya clásica La casa de los espíritus. El finalista ha sido Sergio Hernández por La añoranza. Sus nombres se han anunciado durante una cena en el Pabellón 1 del Recinto de Montjuïc de la Fira de Barcelona, que ha estado presidida por los Reyes.

“No esperaba esto y menos ver a todo el mundo de pie, qué emoción tan grande”, ha dicho la autora chilena al subir al estrado para recoger su distinción. “Decidí correr el riesgo de presentarme porque me parecía un desafío tan importante como casarse a los 80 años”, ha declarado, con su gracia natural.

La hora antes del alba está protagonizada por Alba, la nieta de Esteban Trueba y Clara del Valle, quien regresa embarazada a la casa familiar tras haber sido torturada y apresada por la dictadura de su país. A través del amor y el ansia por ayudar a los demás conseguirá, poco a poco, volver a asentar los pilares de su vida.

Aunque se considera que sus anteriores títulos Hija de la fortuna y Retrato en sepia forman parte del universo de La casa de los espíritus, con esta nueva obra la autora retoma la saga familiar desde el punto en el que terminó la primera entrega. Según Luz Gabás, integrante del jurado junto a Pere Gimferrer, Eva Giner, Carmen Posadas, Paloma Sánchez-Garnica, Javier Sierra y Belén López, se trata de “una ficción histórica de superación sobre una familia que lucha por sobrevivir en un lugar convulso”.

“Desde que publiqué La casa de los espíritus he recibido miles de mensajes de lectores que querían saber qué había pasado con Alba”, ha afirmado. Allende tiene muchas ideas dentro que son “como semillas” y algunas de ellas acaban saliendo. “Ahora que veo tantas democracias amenazadas por el autoritarismo e incluso el fascismo, vuelvo a sentir el temor que me llevó a salir de mi país”, ha revelado.

Eso la ha llevado a recuperar la saga de la familia Trueba en el momento en el que la nieta de Esteban y Clara se convierte en la protagonista. “Es la historia de Alba en los años del terror, fortalecida por la maternidad, por el amor de dos hombres y por los espíritus que la acompañan”, ha resumido y ha afirmado que el título “se refiere al momento más oscuro de la noche” en el que el amanecer se empieza a intuir.

Tampoco ha dudado en afirmar que escribe sobre ciertos temas porque “están en el aire, pesan” y confía en el poder de la literatura para cambiar a los lectores gracias a su manera insidiosa “de entrar en una casa o en una mente o en una familia”. Y ha afirmado, contundente, que “Salvador Allende estaría contento de ver que lo que él sembró, no se perdió”.

Este es el primer galardón español de renombre que reconoce la labor (y el tirón comercial) de Isabel Allende, una autora querida por su público pero denostada por la crítica especializada desde sus inicios. De hecho, ella misma ha reconocido en su encuentro con los medios posterior a la cena que con este galardón, espera “ganar lectores que quizá no tendría de otra manera”. Y, además, ha dejado claro que también quería “el prestigio que este premio da, porque es una categoría que yo quiero tener. Es como ganar el Nobel”. 

Su bibliografía se ha nutrido de novelas, memorias, relatos, obras de teatro y literatura infantil. Cada 8 de enero se sienta ante el teclado, hace una pequeña ceremonia y se lanza a escribir hasta que su idea se consolida. Entre sus títulos más conocidos, además de su mencionado debut, están Eva Luna (1987), De amor y de sombra (1984), Paula (1994) o El viento conoce mi nombre (2023). Su última publicación ha sido La palabra mágica. Una vida escrita (2026), un libro en el que reflexiona sobre el valor de la escritura.

Para Allende, el premio supone una mudanza importante: después de 44 años en la editorial Plaza & Janés, propiedad del grupo Penguin Random House desde 2013, se pasa a la competencia directa. La autora es una superventas indiscutible desde hace mucho tiempo y el premio no hará más que aumentar ese triunfo entre los lectores.

A lo largo de sus más de siete décadas de trayectoria, los títulos galardonados han despachado más de 47 millones y medio de copias. Esto representa, según la organización, “una media de más de dos ejemplares del Premio Planeta, o del finalista, por cada hogar español”.

75 años de Premio Planeta

El evento ha tenido que trasladarse del Museu Nacional d’Art de Catalunya (MNAC), su sede habitual, a esta nueva ubicación por motivos de aforo, ya que ha despertado una gran expectación. Este año el galardón celebra su 75 aniversario, una cifra redonda que le da más peso, si cabe. La obra ganadora se lleva un millón de euros y la finalista 200.000 euros, además de un trofeo.

José Crehueras, presidente del grupo Planeta y Atresmedia, ha sido el encargado de abrir la ceremonia con un discurso emotivo: “a todos nos une ese tesoro al que llamamos libro”, ha apuntado. Después, Felipe VI ha tomado el relevo para recordar que es la quinta edición en la que la Reina y él acuden a esta ceremonia y resaltar la importancia de las novelas que “son capaces de despertar emociones, suscitar preguntas y ampliar nuestra mirada”.

Además, ha recordado la frase de Ana María Matute, la primera mujer que ganó el premio en 1954: “el que no inventa no vive”. Tras estos parlamentos ha dado comienzo una velada que, desde su primera edición, tiene lugar siempre el 15 de octubre. Se corresponde con la festividad de Santa Teresa, un gesto con el que José Manuel Lara Hernández, fundador de la empresa, quiso rendir homenaje a su esposa, María Teresa Bosch.

Entre los políticos presentes en la gala se encontraban, entre otros, Cándido Conde-Pumpido, presidente del Tribunal Constitucional; Salvador Illa, Presidente de la Generalitat de Catalunya; Ernest Urtasun, Ministro de Cultura; Jaume Collboni, Alcalde de Barcelona; Carlos Prieto, Delegado del Gobierno de España en Catalunya y Alberto Núñez Feijóo, presidente del Partido Popular.

Asimismo, se ha podido ver a nombres destacados del espectro literario como Eduardo Mendoza, Carmen Posadas, Boris Izaguirre, Nativel Preciado, Marta Robles, Ángeles Blanco, Pedro J. Ramírez y Cruz Sánchez de Lara, Alana S. Portero, Cristina Araújo, Sandra Barneda, Ángela Becerra, Juan Manuel de Prada, Pilar Eyre, Susana Fortes y Espido Freire. También se han sentado a las mesas del pabellón caras famosas de Atresmedia como Susana Griso y su marido Luís Enríquez; Matías Prats; Roberto Brasero, Alberto Chicote; Vicente Vallés y Sonsoles Ónega, Premio Planeta 2023.

Un misterio histórico como finalista

El premio finalista ha sido para el valenciano Sergio Hernández, por su obra La añoranza. Se trata de una novela de detectives protagonizada por un joven que, en 1959, pierde el corazón por un traductor de francés que desaparece de la noche a la mañana. Dos décadas después, un informe de las Brigadas Sociales franquistas vincula el suceso a un plan para acabar, supuestamente, con Antonio Machado. El autor se presentó al concurso con el seudónimo de Martín Guerrero y el título Los Caminantes.

Hernández ha explicado que su padre durante muchos años ha sido librero y, por tanto, sabe lo que significa este premio, “he crecido con este galardón en los estantes”, ha dicho. Esta novela le ha servido para redescubrirse a sí mismo y a la historia del país, por lo que ha sido “doblemente especial”.

Antes de despedirse con agradecimiento a sus padres, sus abuelos y “a todas las personas que han encontrado las respuestas en los libros” ha querido mencionar a sus autores de cabecera que también han publicado en Planeta. “Almudena Grandes; Javier Cercas que dijo ‘toda gran novela debe contener una gran pregunta’; Carmen Laforet y su Barcelona, y más que en ningún otro a Carlos Ruiz Zafón”. Su frase de despedida ha sido: “Como dijo Machado, hoy es siempre todo”.

En esta edición del Premio Planeta se han presentado 1.424 obras al concurso, un récord histórico. De ellas, nueve novelas han llegado a la recta final. Lo habitual suele ser que la lista sea de diez, pero una se descartó ya que ya se había publicado. Además, desde Planeta han recalcado que todas las obras han sido examinadas al detalle para evitar cualquier posible intrusión de la Inteligencia Artificial.

Hace unas semanas el premio Goncourt, el más prestigioso en lengua francesa, tuvo que eliminar de sus aspirantes a C’était ça ou mourir del canadiense Thélyson Orélien por el mismo motivo, lo que desató un escándalo como hacía tiempo que no se veía en el país vecino. Por si acaso, en Planeta han pasado las obras por los filtros suficientes para evitar cualquier amago de alboroto.

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Gaza : un an après le cessez-le-feu, l’ONU craint la reprise de la guerre

Depuis la trêve d’octobre 2025, quelque 1 500 Palestiniens ont été tués dans l’enclave. Devant le Conseil de sécurité, jeudi, le plus haut responsable de l’ONU dans la région a dénoncé l’impasse du processus de paix, tandis que la colonisation israélienne et les violences s’intensifient en Cisjordanie.

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La réouverture de la route 463 aux colons menace d’isoler Ramallah

L’armée israélienne s’apprête à rouvrir aux colons la route 463, un axe de dix kilomètres traversant le nord de Ramallah et d’el-Bireh. Cette mesure, selon plusieurs sources, menacerait d’isoler huit villages palestiniens et deux grands quartiers résidentiels, tout en séparant le nord et le sud du gouvernorat. 

Une route au cœur de la fragmentation

Construite au milieu des années 1990 pour relier les colonies de Beit El et de Dolev, la route 463 avait été fermée après le déclenchement de la seconde Intifada. Sa réouverture s’inscrit dans un budget d’infrastructures de 1,075 milliard de shekels (environ 355 millions de dollars) destiné aux colonies, illégales au regard du droit international.

Le gouvernement israélien souhaite accélérer le processus avant les élections du 27 octobre.

La Commission de résistance à la colonisation et au mur, affiliée à l’OLP, dénonce une « politique systématique visant à démanteler la contiguïté géographique et démographique palestinienne ». Des dizaines de milliers d’habitants seraient contraints d’emprunter une route alternative déjà saturée près du camp de Jalazone. Les villages de Surda, at-Tira, Ein Qiniya, Ras Karkar, Deir Ibzi ou Ein Arik seraient particulièrement touchés.

Jamal Juma, coordinateur de la Campagne populaire de résistance au mur et aux colonies, estime que la réouverture « encerclerait complètement la partie ouest de Ramallah ». Sur X, l’Association France Palestine Solidarité avait déjà alerté le 1er octobre en soulignant que « l’armée et les colons israéliens collaborent pour rouvrir la route 463 réservée aux colons et rompre la continuité territoriale ».

L'armée et les colons israéliens collaborent pour rouvrir la route 463 réservée aux colons et rompre la continuité territoriale. Selon Jamal Jumaa de @stopthewall, elle divisera Ramallah en coupant les universités dont Birzeit du reste de la ville. https://t.co/Icp4rZ426c

— Association France Palestine Solidarité (@AFPSOfficiel) October 1, 2026

Munif Treish, maire d’El-Bireh, rappelle que 95 % du tracé se situe en zone B, placée sous administration civile palestinienne selon les accords d’Oslo II. Il y voit une « violation flagrante » des engagements pris avec l’OLP et une « menace existentielle » pour 250 000 Palestiniens. La municipalité promet de mobiliser tous les moyens légaux pour s’y opposer tandis que la mobilisation internationale, notamment au sein de l’UE, ne semble pour l’heure pas produire d’effets.

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Thélyson Orélien reconnaît des plagiats, mais nie avoir utilisé l’IA pour son roman

Preview Accusé d’avoir eu recours à l’intelligence artificielle pour écrire son roman «C’était ça ou mourir», l’écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien affirme qu’«aucune phrase» n’a été créée par une machine. Dans un texte transmis à l’AFP le 13 octobre, il reconnaît toutefois des plagiats antérieurs et présente ses excuses.
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Ah Dieu ! que la guerre est jolie

Longtemps ils ont incarné le type humain le plus méprisable qu'on puisse imaginer : les marchands de canons, dont Bob Dylan estimait qu'ils ne « valent pas le sang qui coule dans leurs veines ». Aujourd'hui, l'Union européenne les érige en héros du grand réarmement moral et militaire. Cet engouement morbide percole aussi dans le secteur financier, où l'État encourage les investissements « kaki ».

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Grace Graupe-Pillard. – « Gunboat » (Canonnière), 2009
© Grace Graupe-Pillard - gracegraupepillard.neoimages.net

« Voir un missile sortir de nos usines pour être livré aux forces, ça rend mon métier extrêmement concret, j'y ai ma part de responsabilité. » « Thibault », technicien dont le témoignage est cité dans une vidéo promotionnelle du fabricant MBDA, ne croit pas si bien dire. Les produits de son employeur ont récemment foudroyé écoles, mosquées et camps de réfugiés gazaouis, causant la mort de plus de cinq cents personnes, dont une centaine d'enfants (1). Cette entreprise européenne d'armement — au carnet de commandes bien garni, à hauteur de 44 milliards d'euros (Challenges, 23 février 2026) — met pourtant tout en œuvre pour enjoliver ses marchandises : un code éthique qui « veille au respect des libertés fondamentales et des droits humains » ; des opérations de sensibilisation du personnel sur l'identité de genre, la neurodiversité ou la ménopause ; le lancement de projets de reforestation et de préservation des nappes phréatiques ; ou encore l'adoption de « pratiques d'écoconception » du matériel de guerre, afin de « réduire l'impact environnemental à la source » (2) — un pas vers les bombes bio ?

Mais cette stratégie de gestion du risque réputationnel a-t-elle encore un sens quand les médias, les principaux partis de gouvernement et la présidence de la République communient dans la célébration du grand réarmement et de l'activité militaire (3) ? Les lecteurs de L'Express, du Point ou du Parisien ont récemment pu feuilleter des catalogues promotionnels d'engins français, les auditeurs de France Culture apprendre « comment préparer les hommes à la guerre » (30 octobre 2025), cependant que les abonnés du quotidien Le Monde découvraient en mars 2025 un dossier en six volets dont l'article initial s'intitule « Les dépenses militaires, un levier pour la croissance ».

Ce dernier fait écho aux directives de la « Revue nationale stratégique 2025 », qui appelle de ses vœux « une économie qui se prépare à la guerre ». Pour faire tomber sur le secteur une pluie d'« investissements massifs, qu'ils soient publics ou privés », le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) recommande que l'État s'assure que « les politiques internes des banques et des assurances n'aillent pas au-delà des exclusions réglementaires » : en clair, il s'agit de veiller à ce que les « règles ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance) ne dissuadent pas les investisseurs de financer les entreprises de la base industrielle et technologique de défense (BITD) » (4).

« Armées robotiques napoléoniennes »

Le 20 mars 2025, devant un parterre d'investisseurs et de patrons réunis à Bercy, M. Sébastien Lecornu, alors ministre des armées, soucieux de « lever les derniers verrous culturels et réglementaires », rappelait avec « fermeté » que le secteur militaire ne représentait pas un investissement « sale ». La Commission européenne a, elle, décidé que « la finance durable de l'Union européenne [était] compatible avec l'investissement dans le secteur de la défense » (5). Ainsi, certaines armes nucléaires, incendiaires, munitions à uranium appauvri deviennent éligibles aux investissements « éthiques », au même titre que les chars, les canons, les avions de chasse, les obus et les logiciels de surveillance. Seules les armes interdites restent pour le moment taboues. Depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022, le nombre de fonds ESG exposés à l'industrie de l'armement nucléaire aurait augmenté de plus de 50 % (Bloomberg, 24 août 2025). Ces placements gérés selon des critères « environnementaux, sociaux et de gouvernance » sont réputés liés au développement durable…

Un consortium de journalistes a récemment révélé que 120 milliards d'euros issus des fonds « verts » de banques telles que le Crédit agricole, le Crédit mutuel, la Banque populaire et la Caisse d'épargne (groupe BPCE) ont été investis entre 2021 et 2025 dans l'industrie des armes — dont certaines impliquées dans le génocide à Gaza. La Commission européenne les a justifiés par leur contribution à la « durabilité sociale ». Sans le savoir, de petits épargnants européens ont potentiellement contribué à valoriser les actions d'Elbit Systems, le plus grand fabricant d'armes israélien, impliqué dans la destruction de terres agricoles à Gaza, par le biais de fonds ESG consacrés à la « transition climatique » (6).

Ce fléchage des investissements privés en faveur du complexe militaro-industriel s'inscrit dans une stratégie de soutien institutionnel plus large. La sollicitation du contribuable européen — 800 milliards d'euros avec le plan « ReArm Europe » — et français — plus de 700 milliards cumulés sur les deux dernières lois de programmation militaire — s'accompagne d'une mobilisation du premier investisseur européen, la Bpifrance. Détenue par l'État, la « banque des entrepreneurs » a lancé en octobre 2025 une quête de financement auprès des particuliers, en partenariat avec le groupe BPCE. Avec leurs plans d'épargne-retraite (PER) ou leurs assurances-vie, les Français peuvent à présent directement miser sur des entreprises d'armement. Ces investissements, particulièrement risqués et sans garantie de rendement, s'ajoutent au milliard d'euros injecté chaque année depuis 2021 par Bpifrance dans les « jeunes pousses » du secteur (7). Trois dispositifs couronnent l'ensemble : un « fonds innovation défense » alimenté par la direction générale de l'armement (DGA), l'assureur allemand Allianz et MBDA à hauteur de 400 millions d'euros pour prendre des participations dans les entreprises prometteuses ; un « accélérateur défense » pour les accompagner dans leurs choix stratégiques ; un « prêt DEF'FI » avantageux pour combler leurs besoins de trésorerie. La banque d'investissement public vante même une « opération de porte à porte » auprès de centaines d'entreprises pour les avertir de cette manne financière à leur disposition.

Une fois créées et consolidées, les petites et moyennes entreprises seront mûres pour tomber dans les filets tendus par quelques grands groupes militaires Illustration de cette mécanique économique bien huilée : en janvier dernier, Dassault Aviation annonçait un investissement de 200 millions d'euros dans le vendeur de drones autonomes Harmattan AI, dont le jeune fondateur assimile ses marchandises à des « armées robotiques napoléoniennes » (Le Grand Continent, 15 février 2026). La valorisation de cette entreprise créée en 2024 dépasse à présent le milliard d'euros.

Si les investisseurs institutionnels ont depuis longtemps intégré les valeurs de l'armement dans leurs portefeuilles d'actifs, « la nouveauté réside dans l'appétit des fonds de capital-investissement [private equity funds], qualifiés de finance alternative, pour le secteur de l'armement », allant « à l'inverse des discours selon lesquels les marchés n'aiment pas la guerre », analyse Claude Serfati, économiste et spécialiste de l'industrie de l'armement. Dans un contexte d'intensification des guerres et des tensions géopolitiques, miser sur des entreprises grassement subventionnées et soutenues par des commandes pluriannuelles de l'État représente un bon pari, car « peu de secteurs industriels bénéficient d'un taux de croissance de leur chiffre d'affaires équivalent à celui de l'armement », complète le chercheur. En 2025, les entreprises technologiques de défense ont vu les investissements en provenance du capital-risque — largement dominé par les acteurs nord-américains — bondir de 132 % en Europe, soit la plus importante progression tous secteurs confondus (8).

D'autres filières industrielles réclament elles aussi leur part du gâteau. D'après une étude publiée en octobre 2025 par Bpifrance et titrée « Aux armes, dirigeants ? », une entreprise non liée au secteur militaire sur deux aimerait « s'y développer, soit par opportunité de développement, (…) soit par contrainte ». Les exemples récents de Renault, constructeur automobile en difficulté qui lance un projet de production de drones militaires, et Mistral IA, start-up d'intelligence artificielle en vogue ayant conclu un partenariat avec le ministère des armées, illustrent cette tendance.

Comme le rappelle Serfati, les dépenses publiques d'éducation, de transports ou de communications représentent des investissements beaucoup plus fructueux, en termes économiques et sociaux, que celles destinées aux armements : « Les entreprises n'utilisent pas de Rafale pour produire autre chose, pas plus que les ménages ne consomment de missiles. » Financer la santé ou le logement génère en outre davantage d'emplois indirects que les secteurs à dominante militaire, grâce notamment aux liens qu'ils établissent avec les autres filières de l'économie. L'activité à finalité sociale crée par exemple trois fois plus de postes que les secteurs de production militaire (9).

Mais considérer l'économie de guerre comme une industrie banale est-il seulement envisageable ? Aux millions de morts engendrés par les conflits armés depuis la seconde guerre mondiale s'ajoutent les désastres écologiques qu'ils entraînent. En excluant l'impact des combats, on estime que le complexe militaro-industriel représenterait à lui seul 5,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (10) ; atteindre le seuil des 3,5 % du produit intérieur brut (PIB) consacrés aux dépenses militaires fixé par l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) reviendrait à émettre 2,33 milliards de tonnes d'équivalent CO2 d'ici à 2030 — soit une consommation annuelle proche de celle du Brésil et du Japon réunis (11). Chargé d'études à l'Observatoire des armements, Tony Fortin compare la dérégulation du marché militaire à un « un libéralisme autoritaire opaque, où les industriels font ce qu'ils veulent ». Le secret-défense empêche en effet la Cour des comptes d'accéder à certaines données pour vérifier l'usage des ressources publiques, tandis que l'État invite les entreprises militaires « à recourir à la loi du 26 juillet 1968, dite de blocage, pour contrer des demandes d'informations, voire des audits intrusifs » (12).

Pour reprendre le contrôle, Fortin préconise un plus fort niveau de transparence de l'État sur les exportations. « Les Pays-Bas doivent rendre publiques sous deux semaines les licences d'exportation accordées aux entreprises militaires », tout comme l'Allemagne, où le Parlement contrôle tous les appels d'offres supérieurs à 25 millions d'euros. En France, la commission parlementaire créée en 2023 pour contrôler les exportations n'est pour lui qu'« une coquille vide qui ne commencera à exercer pleinement son rôle que si le débat prend de l'ampleur dans la société civile ». L'Observatoire a créé un réseau de surveillance des entreprises d'armement et formé des citoyens à enquêter sur leurs activités. La coalition d'organisations militantes Guerre à la guerre, créée en 2025, tente également de mobiliser la société civile au travers d'actions et de rassemblements — quatre mille personnes se sont réunies au salon aéronautique du Bourget pour s'opposer aux « marchands de mort ». Les récentes mobilisations des dockers de Gênes — soutenus par un cortège de cinquante mille personnes dans la ville —, Marseille et Tanger, mais aussi de leurs collègues de Suède et de Belgique (13), pour bloquer des cargaisons de matériel militaire à destination d'Israël, traduisent la volonté d'une partie de la société de peser sur les conflits. La perspective d'une production militaire par Renault provoque elle aussi des remous chez les travailleurs. Car le « grand réarmement » que l'Union européenne propose comme voie de salut, c'est d'abord cela : une industrie consommatrice d'argent public dont la paix menace les bénéfices.

Voir en ligne : /2026/05/JUSQUIAME/69545

(1) Ariane Lavrilleux et al., « Gaza : le missilier MBDA complice de crimes de guerre », Disclose, 17 juillet 2025.

(2) « Sustainability report 2024 » (PDF), MBDA, juin 2025.

(3) Jérémie Younes, « Atmosphère de guerre et militarisation du débat public », Acrimed, 2 février 2026.

(4) « Revue nationale stratégique 2025 », SGDSN, Paris, juillet 2025.

(6) Yann Philippin, Giorgio Michalopoulos et Stefano Valentino, « Avec l'argent des fonds verts, des banques financent les entreprises d'armement », Mediapart, 17 décembre 2025.

(8) « The state of defence tech 2025 », dealroom.co, 29 septembre 2025.

(9) Claude Serfati, L'État radicalisé. La France à l'ère de la mondialisation armée, La Fabrique, Paris, 2022.

(10) Stuart Parkinson et Linsey Cottrell, « Estimating the military's global greenhouse gas emissions », Scientists for Global Responsability & Conflict and Environment Observatory, novembre 2022.

(11) « Nato's 3,5 % spending goal. Unsustainable on every count », Transnational Institute, 19 juin 2025.

(12) « Revue nationale stratégique 2025 », op. cit.

(13) Sophie Boutière-Damahi, « De l'Indochine à Gaza, quand les dockers se mobilisent contre la guerre », 12 août 2025.

Lire aussi le courrier des lecteurs dans notre édition de juin 2026.

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Guerre à Gaza Tsahal maladie

Détenu, comme nombre d'autres médecins palestiniens, depuis près de deux ans dans une prison israélienne de haute sécurité, Hussam Abu Safiya, directeur d'un hôpital de Gaza, est régulièrement torturé par ses geôliers. Un sort infligé avec la bénédiction…
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Documentaire « Naza », ou comment Israël fait tabula rasa de Gaza

Une cartographie 3D de la bande de Gaza, un système d'écoute ultra-perfectionné, une IA qui aide au ciblage… et des dizaines de milliers de civils palestiniens tués. Les réalisateurs israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor livrent un documentaire choc, construit…

© Aurel

Gaza : pour l’ambassadeur d’Israël en France, la paix n’a jamais été aussi proche
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Thélyson Orélien nega IA mas admite plágio no romance

Escritor, excluído do Prémio Goncourt a 25 de setembro, responde às acusações mas reconhece erros "inaceitáveis". A AFP obteve resultados contraditórios nos detetores de IA.

© AFP via Getty Images

O romance de estreia de Thélyson Orélien conquistou o Prémio Romance Fnac 2026 e tornou-se um dos sucessos da rentrée literária francesa
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Syrie : la transition à l’épreuve du quotidien et des fractures communautaires

Près de deux ans après la chute de Bachar Al-Assad, la Syrie multiplie les signes de normalisation, mais peine à en faire profiter sa population. Entre la flambée des prix, les violences confessionnelles, les incursions israéliennes et les écoles dévastées, l’ONU a dressé lundi le tableau d’une transition dont les avancées restent fragiles.

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Piratage de Élysée par l’israël et pseudo alerte russe : qui est vraiment la menace ?

Le Libre Penseur

Vendredi 18 septembre 2026, Emmanuel macron réunit à l’Élysée chefs de partis et candidats à la présidentielle de 2027. Les patrons de la DGSE et de la DGSI sont là, la situation est grave ! Il affirme que la menace hybride russe s’intensifie : drones, cyberattaques, sabotages… La fin du monde ! Il cite Leipzig, où un drone chargé d’explosifs a été trouvé près d’un avion-cargo. Il ordonne un plan de protection des infrastructures critiques. Le message est clair, le pays doit se tendre. Cette mise en scène de tension sert à éviter le bilan et à peser sur le climat électoral. Point.

Georges Malbrunot va par contre citer un agent du renseignement français (DGSI). La menace existe oui, mais macron la surestime largement, c’est du vent. Aucun nouvel épisode n’aurait été détecté ces dernières semaines. Pourquoi sortir cela maintenant ? Sauf stratégie de communication avant la présidentielle, en visant Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

L’agent ajoute autre chose. Poutine serait acculé en Ukraine, il perd beaucoup d’hommes. Des renforts nord-coréens arrivent et en Afrique, la logistique russe coince. Selon lui, mieux vaudrait frapper les télécoms russes que multiplier les discours. Il décrit aussi une offensive des services vers les médias pour appuyer la communication de l’Élysée. De la pure propagande bidon et grossière comme on en a l’habitude depuis 9 ans de macronisme dégénéré.

D’autant que ce n’est pas la première fois que macron ment concernant la menace russe, c’est un multi récidiviste. Il nous avait déjà fait le coup des cyberattaques des hôpitaux ! Pourtant les médias complices corrompus continuent de diffuser ses fake news sans aucun regard critique ou analyse sérieuse !

Malbrunot et la GDSI sur la menace russe

Le même jour, Poutine répète que la Russie n’a aucune intention agressive envers l’Europe. Aucun fondement, dit-il. Moscou serait prêt à rétablir des relations. Il ajoute : laissez-nous vivre en paix, sinon nous réagirons. On entend pourtant depuis des années que Poutine est mourant : multi cancers, tremblements, rumeurs de décès… Il a 73 ans certes mais il apparaît encore, il est allé en Inde. Rien de public ne prouve une mort imminente.

On dit aussi qu’il perd la guerre. En septembre 2026, c’est une guerre d’usure. La Russie avance peu et cher. L’Ukraine frappe Moscou et des raffineries. Ni effondrement russe ni victoire nette. Imaginer une attaque des 27 pays de l’UE est d’une grande absurdité et totalement contradictoire avec le discours dominant.

Deux jours plus tôt, Challenges révèle un autre fait. Le téléphone de Dora Cattuti, conseillère Afrique du Nord et Moyen-Orient à la cellule diplomatique de l’Élysée, aurait été piraté ; l’opération est attribuée au Mossad. Le logiciel espion a été mis en place via un faux mail de l’Autorité palestinienne. Découvert lors d’un contrôle de sécurité. L’Élysée parle d’inexactitudes et ne confirme pas. Le Quai d’Orsay se tait car il n peut pas sanctionner Tel-Aviv. Ce n’est pas une première : Pegasus, outil israélien, a déjà ciblé des responsables français. Paris avait même étudié son achat avant d’y renoncer.

Cette nouvelle affaire est d’autant plus grave qu’elle n’est pas une première et que l’Élysée ne fera absolument rien. Pas de sanctions, pas de convocation de l’ambassadeur israélien… walou ! Telles des serpillères, les membres de l’exécutif vont encore ramper.

Alors qui menace vraiment ? Mettre en scène une seule alerte et taire l’autre n’éclaire personne. Au contraire il est question de propagande et de tromperie. C’est aussi un joli écran de fumée pour camoufler 10 années de carnage de la macronie, 10 années de sabotage, 10 années de suicide français sans avoir besoin ni des Russes, ni des Iraniens, ni des fréristes…

Et ce n’est pas le risible air martial très théâtralisé de ce nain insignifiant qui va rendre réel un mensonge aussi pathétique.

Publié à l’origine par Reseau International
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Yet Another Literary Prizewinner Seems to Be AI

Because literary journals tend to have small circulations, few readers are likely to have come across “The Whistleblower,” a short story by the Zimbabwean writer Simbarashe Steyn Kundizeza. Published in 2021 in a journal called Transition, the story is a taut and closely observed political thriller in miniature. Its narrator, a sharp but inexperienced computer-science graduate in Harare, Zimbabwe, encounters an intelligence officer at the mall—a former teacher of his—who now wants something from him. At first, the graduate is nervous for what turns out to be the wrong reason: “I’d had a brief relationship with his niece Agatha and I wasn’t sure whether he knew about this or how he felt about it if he did.”

A more recent story with Kundizeza’s name on it, “The Blue Fighter,” will surely find its way to more readers. Last week, it was named the winner of the prestigious Caine Prize for African Writing, which awards 10,000 British pounds (about $13,000) for a short story by an African writer. Some previous winners, including Namwali Serpell and NoViolet Bulawayo, are now among the world’s most celebrated authors.

Taste is subjective, but trust me, this story is bad—maudlin and full of tired tropes. Here, the Zimbabwean narrator is the son of a hapless father who squanders the family’s money trying to breed fish in tanks, to the mother’s chagrin. “‘We can’t afford this house anymore,’ she said one evening, placing the notice in front of him while he tested the seal on his newest creation,” the story reads. “Not with anger, but with the quiet resignation of someone who had known all along this moment would come.” At the end, the narrator compares the last remaining fish to his family: “Not broken, just learning how to live differently. Alone, sometimes. But still moving. Still here.”

That this narrator has all the personality of a chatbot is probably not coincidental. The AI detector Pangram flags almost the entire story as AI-generated; a notable exception is its epigraph, also about a father with a fish fixation, which is excerpted from what’s described as an unpublished poem by Vangile Gantsho. This isn’t the first prize-winning story to be flagged by Pangram. It comes after similar scandals over this year’s Commonwealth Prize and Prix Goncourt—two other renowned literature contests—in which Pangram flagged AI use among finalists.

In the case of the Commonwealth Prize, one of them eventually won; the Prix Goncourt pulled a writer from consideration after suspected AI use was compounded by plagiarism allegations over his earlier work. Any of these incidents might have been written off as a fluke. Together, they point to something of a crisis of trust—in both writers and technology—that threatens to undermine a global system of literary recognition.

[Read: The literary AI scandal that changes everything]

AI detection is fallible, which has raised concerns among some readers and writers about the prospect of false positives. But Pangram, which uses AI for its classification of text, is highly accurate: The company says its tool mistakenly labels human text as AI in about one in 24,000 cases; outside research also finds false positives to be extremely rare. When I ran all 25 of the previous Caine Prize-winning stories through Pangram, it labeled them as 100 percent human-written; the same is true of Kundizeza’s “The Whistleblower.”  

I reached out to Kundizeza about Pangram’s assessment of “The Blue Fighter” through his agent, Adrienne Ingrum at the Serendipity Literary Agency. She wrote that Regina Brooks, the agency’s CEO, would send me “evidence that the author and we at Serendipity are completely confident that the story is Simba’s own work.” Neither Ingrum nor Brooks followed up before publication.

I also spoke at length with Ellah Wakatama, who chairs the Caine Prize’s board of trustees. Wakatama, a longtime book editor, told me that AI-generated fiction is not eligible for the prize. As soon as she learned of an inquiry I’d sent about the Pangram assessment of Kundizeza’s story, she and her colleagues initiated an investigation and contacted the author. Wakatama told me that she and a colleague will interview the prize judges, and that she’ll reread Kundizeza’s story and talk with him in detail about his methods. She added that a colleague has been in contact with Kundizeza’s agent about whether a verification process might include, say, reviewing previous drafts.

Yet Wakatama forcefully rejected the notion that an AI detector could, or should, be used to gauge AI involvement. “My stance, as the person who leads the prize, is that if there is such an accusation, I want proof that does not come from a machine.” She said she planned to approach Kundizeza with “compassion” and the presumption of honesty. Wakatama is also Zimbabwean. “As an African,” she said, “my first stance is, if I ask you, Are you telling the truth? and if you say yes, I am going to believe you—especially because the accusers are not coming from amongst our own people.”

Wakatama remarked on details in Kundizeza’s story that strike her as so typically Zimbabwean that a Zimbabwean must have written them: the shame of moving from a nice suburb to a less privileged township; how the mother’s initial forbearance with the father gives way to taking matters into her own hands. Wakatama also perceives multiple layers of meaning. She doesn’t think AI models are capable of that kind of cultural or literary nuance.

[Read: The Pangram backlash unfolding on college campuses]

But then, she acknowledged that she doesn’t use AI or AI detectors. “My first response when somebody asks me to use AI is that I think about water and energy,” she said—that is, AI companies’ excessive use of both. “That honestly overwhelms me, and I don’t want to.”

Wakatama isn’t involved in choosing the Caine Prize winner—a panel of judges reads all the submissions—but her approach to AI is common among organizations that award prizes or other honors to writers. Partly, this is a pragmatic response to the risk of false positives. “Our legal parameters don’t allow us to contest the honesty of our writers just because a tool says that,” Razmi Farook, the director-general of the Commonwealth Foundation, told me during the scandal over its prize.

But this wariness also reflects a general aversion, in literary and arts circles, to engaging with AI products, even if just to understand them better—including Pangram. The start-up’s product itself is based on AI, and it belongs to the Silicon Valley ecosystem; the company recently raised $50 million in funding, according to a person familiar with the deal.

The skepticism is easy to understand, but it might be shortsighted. Research suggests that the people most familiar with AI output excel at sniffing it out. I’ve covered AI for almost a decade, and have written fiction for even longer; in short, I’ve had plenty of exposure to both literature and chatbot output. I know from experience that, for example, AI models aren’t terrible at picking up on cultural details.

When I read “The Blue Fighter,” I was struck by the proliferation of language that is common in AI-produced writing: the not x, but y sentence constructions; the glut of metaphors; the platitudinous aphorisms. “Anger burns out eventually,” the narrator’s mother says at one point. “Hunger doesn’t.” The earlier story by Kundizeza lacked those stylistic qualities, its prose and dialogue far more plainspoken and natural-sounding: “So how are things with my niece, huh?” the intelligence officer asks at one point.

What I also noticed, more disturbingly, was the presence of stereotypes about African life common among outsiders: a blundering, unemployed father; a resilient matriarch who dispenses clichéd approximations of wisdom; an environment of deprivation. Research consistently shows that AI products reproduce cultural tropes, including those having to do with the African continent.

[Read: The most famous AI writing tic is also the most mysterious]

The novelist and critic Tope Folarin, a former Caine Prize winner who has written about how dominant white culture shapes global literature, told me after reading the story that it would be unfortunate if Kundizeza had relied on AI for any of it, because its plot is “deeply human” and “deserves human expression.” He also said, “There are a lot of writers from the global South who feel this extreme pressure to write to expectations so their work is legible to the West, and obviously chatbots have glommed onto that.” He called the incident a “tragedy.”

Wakatama, for her part, explained her suspicion of AI detection by referencing the long, fraught history of science being used to oppress people of color. To a skeptical reader, her invocation of race might sound like a preemptive excuse. But in our conversation, she came across as open-minded and intellectually honest. I considered her wariness of Silicon Valley well founded and reasonable—particularly because the writers implicated in three major literary scandals this year were all nonwhite and non-American.

Pangram’s internal research finds false positives to be rare or nonexistent across multiple races and languages, as well as for English-language learners writing in English. In a separate peer-reviewed study, researchers at the Vrije Universiteit Brussel found zero false positives for English-language writing by non-native English speakers. It’s also notable that Pangram didn’t detect AI in any previous Caine Prize–winning stories or in a pre-ChatGPT story of Kundizeza’s. Yet third-party research into Pangram’s effectiveness for writers across nationalities is limited.

Still, it seems that arts communities’ revulsion toward AI has fostered a self-defeating underinvestment in understanding how exactly it functions, and how those who are repelled by AI companies’ presence in cultural spheres might beat back its encroachment. If an AI-detection tool is known to work really well, couldn’t we at least use it alongside other methods? Barring that, couldn’t we build some expertise in detecting fakery the old-fashioned way—through human training and intuition?

“Language carries culture,” the Kenyan novelist Ngũgĩ wa Thiong’o once wrote, “and culture carries, particularly through orature and literature, the entire body of values by which we come to perceive ourselves and our place in the world.” Language, he added, is “thus inseparable from ourselves as a community of human beings with a specific form and character, a specific history, a specific relationship to the world.” Ngũgĩ, following this line of reasoning, chose to return to his native language of Gĩkũyũ after having built a career writing in English. That is, he analyzed the situation, and then changed his approach.

Maybe the broader artistic community can learn from that. Toward the end of our conversation, Wakatama told me, “I am fervently praying that you’re wrong.” It would be easier if I were wrong; indeed, maybe I am. But if I’m right, it means that several of the world’s most prestigious literary prizes have been infected by language that represents not people’s actual values and cultures but a damaging mimicry of them by products of the most powerful companies and people in the world. This is the time to do something about it.

© llustration by The Atlantic. Source: jayk7 / Getty.

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Madrid, refuge latino-américain

Depuis le milieu des années 2010, de riches Latino-Américains, en particulier vénézuéliens, choisissent de s'installer dans la capitale espagnole. En parallèle, des centaines de milliers de leurs compatriotes moins privilégiés viennent occuper les emplois les plus précaires ou monter des petits commerces. Parmi eux, de potentiels futurs électeurs que la droite cherche à séduire.

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David Canales. – Manifestation d'opposants au gouvernement du président vénézuélien Nicolás Maduro, Madrid, 2023
© David Canales / SOPA Images / Sipa USA - Alamy Live News

Trottoirs immaculés, grandes avenues ouvertes et bordées d'arbres, passants chics, restaurants gastronomiques… Le quartier madrilène de Salamanca, où le revenu médian place ses habitants dans le 1 % le plus riche d'Espagne, arbore les attributs habituels des beaux quartiers d'une capitale européenne. Ce fief de la haute bourgeoisie, prudemment épargné par les bombes de Francisco Franco lors du siège de la ville entre 1936 et 1939, accueille désormais une nouvelle population étrangère tout aussi aisée.

« Il y a environ cinq mille riches Vénézuéliens à Salamanca », constate David Placer, qui se présente comme un « journaliste indépendant spécialiste de la communauté vénézuélienne ». M. Juan Carlos Gutiérrez fait partie de ces personnes fortunées. Il nous accueille chaleureusement dans son nouveau restaurant, El Impero. Les détails sont soignés, à l'image de cet avocat pénaliste aujourd'hui spécialisé dans le droit international relatif aux droits humains, dans le privé mais aussi auprès de la Cour pénale internationale (CPI). Cuisine ouverte, chefs italiens, opéra chanté par un artiste équato-guinéen, ambiance cosmopolite : l'avocat des figures de l'opposition au chavisme semble ravi de son premier investissement en Espagne.

Restaurants italiens et appartements de luxe

Trois anciens présidents mexicains de droite ont aussi choisi de s'installer à Madrid : MM. Felipe Calderón, Enrique Peña Nieto et Carlos Salinas de Gortari, lequel a récemment obtenu la nationalité. Depuis 2013, ils sont nombreux à avoir, comme eux, choisi la capitale espagnole pour nouveau havre. Ces Vénézuéliens, Mexicains, Colombiens venus investir ici, et parfois vivre et travailler, jettent cependant souvent leur dévolu sur des biens plus discrets — et plus coûteux — que des restaurants italiens. En particulier des appartements entièrement rénovés avec le plus grand luxe par des promoteurs spécialisés. Le quartier de Salamanca en regorge. « Ils font trois cents à quatre cents mètres carrés, c'est quelque chose de normal pour ce type d'appartements, pour un prix moyen de 12 000 à 14 000 euros le mètre carré », nous expliquent Mme Ofelia Núñez et M. Carlos de Almeida, respectivement directrice de l'investissement résidentiel et directeur des nouvelles constructions résidentielles de la branche espagnole de l'entreprise américaine de conseil en immobilier Coldwell Banker Richard Ellis (CBRE). Le prix moyen du mètre carré dans la capitale était évalué à 4 335 euros en mars 2024, contre 3 741 euros deux ans plus tôt.

Les changements introduits par le Parti populaire (PP, droite) en 2013 expliquent en grande partie l'intérêt soudain des Latino-Américains pour l'immobilier de luxe à Madrid. « L'une de ces dispositions est la création des Socimi [sociétés anonymes cotées d'investissement immobilier], des entreprises consacrées à la spéculation immobilière et qui ne paient presque aucun impôt sur les bénéfices, nous explique Mme Valeria Racu, porte-parole du Syndicat des locataires de Madrid. Cela permet un cycle spéculatif très rapide. » Le clan de M. Henrique Capriles Radonski, candidat à la présidentielle vénézuélienne contre Hugo Chávez en 2012 puis contre M. Nicolás Maduro en 2013, s'est très vite montré friand de ce nouveau régime fiscal, comme en témoigne le lancement des sociétés Agartha (2014) et Orinoquia Real Estate (2017), destinées respectivement au coworking et aux locations de courte durée de logements de standing.

« Madrid propose la pression fiscale la plus réduite de toutes les régions espagnoles », se félicite Mme Kuka Jiménez, directrice de la communication d'Invest In Madrid, un organisme qui dépend de la direction de l'économie de la communauté autonome. « Elle est actuellement la seule à ne pas avoir ses propres impôts locaux », s'enthousiasme-t-elle. Un choix qui lui a permis de devenir le principal point d'entrée des investissements directs étrangers, avec plus de 50 % du total de ceux réalisés dans le pays (1). « Un énorme dumping fiscal », selon M. Pablo Carmona, de la Fondation des communs.

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Olmo Calvo. – Livreurs d'origine latino-américaine, Madrid, 2019

« Toutes les semaines, nous avons deux ou trois investisseurs en provenance d'Amérique latine qui cherchent à acquérir une résidence, à 80 % à Madrid », raconte le cofondateur du cabinet Cremades & Calvo-Sotelo. M. Javier Cremades, l'un des plus prestigieux avocats du pays, nous reçoit dans ses locaux tapissés de portraits des deux fondateurs. Depuis la très chic rue Jorge Juan, en plein quartier de Salamanca, M. Cremades fournit des conseils aux fortunes étrangères désireuses de s'implanter en Espagne et aide en matière de droits humains. Notamment en soutenant l'opposition vénézuélienne en exil. « Nous avons aussi travaillé pour l'administration [du « président par intérim » autoproclamé de 2019 à fin 2022] Juan Guaidó afin de tenter de récupérer des actifs [de l'État vénézuélien au profit de cette administration parallèle] ».

L'argent n'est cependant pas le seul motif d'émigration. Les Vénézuéliens récemment arrivés à Madrid en délicatesse avec le gouvernement de M. Maduro sont nombreux. « En 2017, j'étais physiquement épuisé », confie M. Gutiérrez, désormais associé du cabinet Cremades & Calvo-Sotelo. Il fuit alors le pays et abandonne ses affaires, dans l'hôtellerie et la vente de voitures. M. Antonio Ledezma, maire de Caracas de 2008 à 2015 et l'un des opposants les plus hostiles au pouvoir, quitte également le pays en 2017. À peine arrivé, il se voit offrir la nationalité espagnole par l'ancien président du gouvernement Mariano Rajoy (PP), et la refuse. D'autres l'acceptent, comme le père de l'opposant radical Leopoldo López, M. Leopoldo López Gil, aujourd'hui député européen du PP, les parents de M. Capriles Radonski, ou M. Miguel Henrique Otero. Ce dernier a vu le journal vénézuélien dont il est directeur et propriétaire, El Nacional, un temps favorable à Chávez lorsque celui-ci cheminait vers sa première élection (1998), attaqué par le pouvoir actuel. Il dirige désormais une édition numérique du titre depuis chez lui, dans le quartier de Salamanca, dont il définit la ligne comme « opposée aux populismes de gauche ».

« C'était plus facile que d'aller aux États-Unis »

Tous les nouveaux arrivants à Madrid en provenance d'Amérique latine ne sont pourtant pas des multimillionnaires, d'anciens dirigeants de droite ou des opposants politiques. « Le nombre de Vénézuéliens a explosé dans les quartiers d'Entrevías ou de San Diego, observe Placer. Ce sont des quartiers pauvres de Madrid. » Outre l'opposition en exil, beaucoup de Vénézuéliens sont venus en Espagne dans l'espoir d'une vie meilleure.

Un détour par le marché couvert de Maravillas, dans le quartier populaire de Tetuán, permet de s'en rendre compte. Le bâtiment abrite de nombreux étals, la plupart tenus par des Latino-Américains. En plus de la farine de maïs qui permet de confectionner les arepas, des petits pains typiques de la cuisine colombienne et vénézuélienne, on y trouve des piles d'exemplaires du bimensuel gratuit El Venezolano. M. Miguel T. a installé là son commerce d'arepas depuis quatre ans, et reconnaît sans ambages : « Je ne me mêle pas trop de politique. Nous sommes ici pour des raisons économiques. » Un peu plus loin, M. Gema Serrano tient un stand de primeurs. Sa compagne est ainsi vénézuélienne et est venue à Madrid « pour des questions de sécurité plus que de politique », et parce que « c'était plus facile que d'aller aux États-Unis ».

Depuis janvier 2015, les migrants latino-américains gonflent le chiffre des arrivées d'étrangers dans la région de Madrid. Ils y représentaient alors 49 % (561 000 personnes) des immigrés. Début 2022, 58 % des étrangers (816 000) vivant dans la communauté autonome étaient nés dans un pays d'Amérique latine. Alors que les personnes originaires de Chine, du Maroc ou de Roumanie ont vu leur nombre stagner ou baisser, celui des Vénézuéliens, Colombiens, Péruviens, Dominicains et Honduriens a considérablement augmenté. En 2021, les Équatoriens privaient les Roumains de leur statut de communauté étrangère la plus importante de la région, avant d'être eux-mêmes dépassés par les Vénézuéliens en 2022 (2).

Porosité des droites des deux côtés de l'Atlantique

« La majorité est issue de la classe moyenne ou aisée, avec des diplômes universitaires. Les pauvres fuient à pied », précise M. Cremades. Un profil sociologique que confirme le directeur d'El Nacional, M. Otero : « Ceux qui arrivent ici sont les plus riches, car il faut acheter un billet d'avion. Pour aller en Colombie, il suffit de traverser un pont. » Les précaires sud-américains constituent le gros des troupes de livreurs à vélo qui quadrillent la ville pour le compte de Deliveroo, Uber Eats ou Glovo. M. Pedro H., l'un de ces travailleurs des plates-formes, confirme le phénomène : sur les huit livreurs avec lesquels il attend les commandes, place de la Glorieta de Cuatro Caminos, dans le quartier de Tetuán, six sont vénézuéliens et deux colombiens. La plupart louent le droit d'utiliser l'application à un autoentrepreneur déclaré, faute de bénéficier d'un permis de travail. Le tout pour dix heures de disponibilité par jour et un revenu oscillant entre 600 et 800 euros mensuels.

La langue et la culture ont beau rester un facteur facilitant a priori l'intégration, les plus pauvres ne sont pas accueillis à bras ouverts. Cependant, contrairement aux autres nationalités, les Vénézuéliens obtiennent en général le permis de résidence. Et ce depuis 2018 et une décision de la commission interministérielle de l'asile et des réfugiés — sous le gouvernement de M. Rajoy — qui accorde aux Vénézuéliens la possibilité de bénéficier d'un droit de résidence temporaire pour des motifs humanitaires, et non en vertu du droit d'asile. En tout, selon les données du ministère de l'intérieur, 113 487 décisions favorables ont été rendues entre 2019 et 2022. Selon Mme Elena Muñoz, responsable juridique au sein de la Commission espagnole d'aide aux réfugiés, une organisation non gouvernementale (ONG) qui œuvre en faveur des demandeurs d'asile, « 98 % de ces autorisations [au titre du motif humanitaire] ont été données à des Vénézuéliens ». Les Latino-Américains peuvent par ailleurs demander la nationalité espagnole après deux ans de résidence légale dans le pays. Ils jouissent de facilités en matière de visas de tourisme.

Pour les plus aisés et les plus diplômés, la situation est différente. La qualité de vie d'une capitale européenne, la présence de nombreuses universités privées, des prix de l'immobilier de luxe encore relativement attractifs comparés à Miami ou Paris, la langue et la culture communes, ainsi que la solidarité de classe qui fonctionne grâce aux relais bien placés auprès des gouvernements, en particulier de droite, ont fait de Madrid une destination à la mode.

« Il y a toujours eu une relation très intense entre la droite espagnole et la droite vénézuélienne », confirme Juan Carlos Monedero, professeur de science politique à l'université Complutense de Madrid, spécialiste de l'Amérique latine et par ailleurs cofondateur du parti de gauche radicale Podemos. Bien que ces liens aient une très forte dimension personnelle et entrepreneuriale, selon lui, ils sont aussi nourris par une proximité politique.

Réélue en mai 2023 avec la majorité absolue des sièges à la tête de la communauté autonome de Madrid et désormais figure majeure du PP, l'ultralibérale Isabel Díaz Ayuso a d'ailleurs fait de l'antichavisme un leitmotiv de son discours. Son slogan « Communisme ou liberté » est massivement utilisé par son camp depuis les élections locales de 2021. Une branche de la direction du PP de Madrid consacrée aux « nouveaux Madrilènes », placée sous le contrôle de Mme Ayuso, a été créée et confiée à un Vénézuélien, M. Gustavo Eustache. Si ce dernier, que nous rencontrons au siège de la formation, rue Génova, assure « avoir travaillé avec énormément de communautés », il admet cibler surtout les Latino-Américains, qui représentent « le gros de ceux qui ont le droit de voter ». M. Eustache, qui arbore fièrement son bracelet « Communisme ou liberté », connaît par cœur les chiffres et la composition des communautés d'étrangers, et laboure sans relâche le terrain pour sa candidate. Quitte à investir jusqu'aux autels des églises évangéliques assidûment fréquentées par la frange la plus conservatrice de cet électorat (3).

M. Eustache serait-il devenu essentiel pour le PP ? Au niveau national, la question ne se pose pas vraiment : le nombre de Latino-Américains jouissant de la double nationalité, disposant donc du droit de vote, s'avère trop faible. Les données de l'Institut national des statistiques espagnol (INE) permettent d'identifier 2,2 millions d'étrangers disposant du droit de vote (6,5 % du corps électoral), dont 1,5 million de Latino-Américains (4,3 % du corps électoral) (4). À Madrid, la situation est différente : d'une part, la concentration de personnes nées à l'étranger est beaucoup plus importante ; d'autre part, les titulaires d'une double nationalité ne sont pas forcément les seuls à voter. En effet, lorsqu'il existe une convention permettant aux Espagnols de voter dans un pays étranger, l'Espagne applique la réciprocité pour les élections municipales.

« C'est la nouvelle réalité. Les personnes nées à l'étranger représentent 21 % de la population de la communauté autonome de Madrid, près de 1,5 million de personnes — 61 % d'origine latino-américaine, 21 % d'origine européenne —, dont 1 million bénéficiant du droit de vote [aux municipales]  : 500 000 du fait d'accords bilatéraux, et 500 000 à la suite de l'obtention de la nationalité », détaille M. Eustache. Un chiffre certes non négligeable, mais cela ne signifie pas que tous votent, ni que tous votent à droite… Comparé au poids électoral des Latino-Américains dans le comté de Miami-Dade — 915 000 personnes, soit 58 % des inscrits, dont un tiers sont cubains —, celui des Latino-Américains de Madrid est donc à relativiser (5).

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Olmo Calvo. – Immeuble de luxe habité majoritairement par de riches Latino-Américains, quartier de Salamanca, Madrid, 2021

La droite construit ce récit antichaviste et pro-immigrés latino-américains à destination des Espagnols : il permet de mobiliser l'électorat conservateur et bourgeois grâce à l'indémodable peur des communistes prêts à prendre possession des avenues de la capitale. La diabolisation de la gauche, souhaitant transformer l'Espagne en un « chaos digne du Venezuela », constitue celle-ci en repoussoir. Pour les conservateurs, cette dramatisation vise aussi à contenir le concurrent d'extrême droite, le parti Vox, en jouant la carte du vote utile (6). « Dans la construction de la figure du méchant universel, le Venezuela a remplacé Cuba et l'URSS, analyse ainsi Monedero. Cela s'ajoute au fait qu'une partie d'entre nous, en Espagne, notamment chez Podemos, avons eu des relations avec les gouvernements progressistes en Amérique latine. Moi, j'ai travaillé avec Chávez, par exemple. »

La persistance de cette thématique dans le discours du PP et de Vox peut aussi être vue comme un marqueur idéologique au sein de la droite. Il lui est d'autant plus utile qu'il permet d'opposer un échec à son propre échec : celui du capitalisme néolibéral et la crise de 2008, qui a violemment éprouvé l'Espagne. La droite vénézuélienne et la droite espagnole cherchent en effet à construire la légitimité de leur discours suivant une posture de défense inconditionnelle de la démocratie. Alors que Mme Ayuso traite l'ancien dirigeant de Podemos et l'actuel président du gouvernement Pedro Sánchez de dictateur, M. Ledezma affirme de son côté que Podemos « est une franchise du chavisme ». Le parti d'extrême droite Vox n'hésite pas à relativiser les crimes du franquisme ? « Ils défendent la démocratie », nous explique-t-il. Il ira même jusqu'à signer, en octobre 2020, la « lettre de Madrid », un document élaboré à l'initiative d'une fondation présidée par M. Santiago Abascal, le dirigeant de Vox. Le Forum de São Paulo, une structure qui rassemble la gauche latino-américaine, y est qualifié de « groupe criminel » et les gouvernements de gauche de la région de « totalitaires » (7). Parmi les autres signataires, Mme Marion Maréchal, la nièce de Mme Marine Le Pen, M. Eduardo Bolsonaro (fils de l'ancien président d'extrême droite du Brésil), Mme Giorgia Meloni, la dirigeante de Fratelli d'Italia devenue depuis présidente du Conseil en Italie…

La porosité entre les droites des deux côtés de l'Atlantique est accentuée par le fait que la plupart des membres de la communauté vénézuélienne, moins politisés, peu ou pas fortunés, ne sont pas des admirateurs du gouvernement de M. Maduro. Ce qui les rend souvent sensibles aux discours critiques concernant le rôle de l'État ou les méfaits du « socialisme ». « Il est logique de penser qu'ils ne vont pas s'affilier à des partis similaires à ceux qu'ils ont fuis », note ainsi M. López Gil.

« Le vote des Latinos qui fuient l'Amérique latine est un vote conservateur : la famille, la loi, l'ordre, la libre entreprise », veut croire de son côté M. Otero. Monedero confirme : « À court terme, il est pratiquement impossible de convaincre ces personnes de soutenir la gauche, parce que leur architecture neuronale leur dit que la gauche est mauvaise. » Un constat que semble corroborer une étude menée en 2021 par Laura Morales et Carles Pamies, auprès des Vénézuéliens résidant en Espagne, dans laquelle les deux chercheurs montrent que ces derniers « sont beaucoup plus susceptibles de voter pour des partis de droite que le reste des Latino-Américains » (8).

Un processus de gentrification qui s'accélère

Mais les Vénézuéliens émigrés sont-ils si à droite que cela ? « Ils sont en réalité plus antichavistes que de droite », estime le journaliste Placer. Difficile dans ces conditions de former un bloc idéologiquement cohérent. Plusieurs interlocuteurs pointent d'ailleurs l'absence de réelle organisation de la communauté, avec des groupes poursuivant chacun leur propre feuille de route. « Ce n'est pas une communauté si forte, chacun s'occupe un peu de ses affaires », explique par exemple M. Miguel T., le commerçant du marché de Maravillas. Placer pointe lui aussi l'absence de structuration dans et entre les différents groupes de Vénézuéliens : « Je ne crois pas que leur but soit d'influencer leur pays d'origine depuis Madrid. Ils n'ont pas de projet politique. Le but est davantage de peser ici, entre eux, pour leurs affaires », tranche-t-il. Leur penchant très à droite est aussi un handicap, selon lui : « Aux États-Unis, les Cubains sont plus intelligents, ils maintiennent des contacts avec les deux bords. Ici, ils ont oublié le PSOE [Parti socialiste ouvrier espagnol], qui est au pouvoir. »

En tout état de cause, l'arrivée de Latino-Américains fortunés a déjà eu une incidence : « Cela génère un processus de gentrification », explique le sociologue Andrés Walliser. Avec un changement important dans la configuration du régime de propriété dans les zones concernées. « Dans ces quartiers, aujourd'hui, le marché est saturé ; il ne reste que quelques immeubles appartenant à une seule famille », confirment Mme Núñez et M. de Almeida, de CBRE Espagne. Ainsi, les acheteurs se tournent petit à petit vers d'autres quartiers. « Les fonds d'investissement et les agences spécialisées expulsent les locataires [en renchérissant le prix des loyers], qui se tournent alors vers d'autres quartiers, dont ils expulsent à leur tour les habitants », résume Mme Racu.

À défaut d'une capitale des oppositions de droite aux gouvernements de gauche, les millionnaires latino-américains du continent auront au moins activement participé à l'émergence… d'une Miami immobilière fondée sur le dumping fiscal.

Voir en ligne : /2024/05/ESTRUCH/66822

(1) « Inversión exterior » (PDF), Subdirección general de análisis económico, communauté autonome de Madrid, deuxième trimestre 2022.

(4) Fernando Peinado, « ¿A quién votan los hispanoamericanos ? », El País, 26 mars 2023.

(5) Luis Noe-Bustamante, « Latinos make up record 17 % of Florida registered voters in 2020 », Pew Research Center, Washington, DC, 19 octobre 2020.

(6) Lire Maëlle Mariette, « Impossible recentrage du Parti populaire espagnol », Le Monde diplomatique, juillet 2023.

(8) Laura Morales et Carles Pàmies, « El voto de los venezolanos (y otros latinoamericanos) en Madrid : mitos y realidades », 26 avril 2021.

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Fraude sociale : comment le juge anti-business Charles Prats a pipeauté la droite patriote

Par Elise Rochefort

Le répertoire national compte 113,1 millions de numéros d'inscription pour 67 millions d'habitants. Sur ce total, 21,1 millions ont été attribués à des personnes nées à l'étranger, soit 18,6 %. Ces chiffres figurent dans le rapport rendu en 2019 par la commission des affaires sociales du Sénat. Ils ne dénombrent pas des bénéficiaires. Ils dénombrent des lignes. Les estimations publiées par le magistrat Charles Prats entre 2018 et 2020 — 14, puis 30, puis 50 milliards d'euros de fraude sociale par an — assimilent ces lignes à des prestations versées. Ce qui a conduit à d'importants recrutements dans les URSSAF... pour traquer les entreprises.

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La première est l'immatriculation : un numéro est attribué, à la naissance par l'Insee, ou par le Service administratif national d'immatriculation des assurés (SANDIA) pour une personne née hors de France, à la demande d'un organisme.

La deuxième est l'affiliation à un régime.

La troisième est l'ouverture de droits, soumise à des conditions propres à chaque prestation : résidence stable, titre de séjour en cours de validité, cotisations ou ressources.

La quatrième est le versement, qui suppose une demande, un dossier instruit et des coordonnées bancaires. Le rapport sénatorial le formule ainsi : « l'obtention d'un NIR ne permettant pas à lui seul d'obtenir une prestation ».

L'immatriculation n'emporte donc ni affiliation, ni droit, ni paiement. Le numéro demeure au répertoire quand son titulaire a quitté la France, quand il est décédé, quand il n'a travaillé qu'une saison ou quand il a achevé ses études. Le rapport cite ces quatre situations.

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Deux chiffres officiels mesurent l'écart entre numéros et droits

Le Sénat recense 21,1 millions de numéros attribués à des personnes nées à l'étranger. Une réponse ministérielle publiée au Journal officiel du Sénat le 7 novembre 2019 recense 12,4 millions de personnes nées à l'étranger disposant d'un droit ouvert à au moins une prestation. Sous réserve que les deux périmètres coïncident, 8,7 millions de numéros, soit quatre sur dix, ne correspondent à aucun droit ouvert. Un droit ouvert n'est pas davantage un versement : l'affiliation à l'assurance maladie en est un, qu'un soin ait été remboursé ou non.

Le calcul de 2018 passe de la première étape à la quatrième

Prats part d'un audit du SANDIA de 2011, portant sur environ 2 100 dossiers d'immatriculation, où la proportion de pièces non conformes est de 6,3 % ou de 10,6 % selon les reprises. Ce taux est appliqué à 1,8 million d'immatriculations, et chaque dossier ainsi compté se voit attribuer 7 000 euros de prestations par an. Le résultat est de 14 milliards. Une pièce d'état civil jugée non conforme dans un dossier d'immatriculation y vaut preuve d'un versement.

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Le calcul de 2020 passe de la troisième étape à la quatrième, après une soustraction

Le 16 mars 2020, sur Sud Radio (média qui a beaucoup relayé Prats, notamment au micro d'André Bercoff, très engagé dans la critique de la Palestine et dans la réverbération des positions israéliennes), Charles Prats retranche des 12,4 millions

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