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Les Éléphants de Goethe

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« J'en ai une telle joie que cela me remue jusqu'au fond des entrailles. » Le lecteur pourra être surpris d'apprendre que ce cri triomphal de Johann Wolfgang von Goethe accompagne sa découverte d'un os. Oliver Matuschek raconte la passion avec laquelle il a cherché à démontrer toute sa vie l'existence de l'os intermaxillaire chez tous les mammifères, contre l'avis de ses contemporains : « pour presque tous les anatomistes », son absence « chez l'homme constituait une caractéristique décisive qui prouvait une évolution distincte de celle des animaux ». La volonté de démontrer que l'éléphant en possède un lui aussi anime Goethe, qui composera finalement un Essai d'ostéologie comparée, dont le texte était accompagné de dix-huit illustrations de Johann Christian Wilhem Waitz, reproduites avec soin par les éditions Macula avec d'autres documents d'époque. On plonge dans un monde intellectuel passionné pour lequel un détail anatomique n'est pas une information vaine ni sèche : « Chaque créature n'est qu'une nuance et un son à l'intérieur d'une vaste harmonie qu'il faut étudier elle aussi dans sa totalité, sinon chaque élément n'est qu'une lettre morte. »


Traduit de l'allemand par Brigitte Cain-Hérudent, Macula, Paris, 2025, 96 pages, 18 euros.

Beyrouth, les sens de la fête

30 September 2026 at 08:49
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Elle est souvent présentée, voire encensée, dans de nombreux médias occidentaux comme le « lieu de la fête au Proche-Orient » (1), ce qui attesterait sa « résilience », terme en vogue qui horripile de nombreux Libanais de la capitale, sinon du pays tout entier. L'exception beyrouthine tiendrait, selon la géographe Marie Bonte, dans son « offre festive mais aussi dans la capacité des habitants à faire la fête, quelle que soit la conjoncture ». Après avoir retracé l'émergence de la vie nocturne au « temps des cabarets » (1920-1960) et son adaptation durant la guerre civile (1975-1990), elle montre comment, à partir des années 2000, « des bars et les boîtes de nuit se concentrent dans des îlots denses de monde, de bruit et de lumière, donnant à la ville des allures d'archipel ». Ces îlots sont traversés par des dynamiques politiques où se mêlent concurrence économique, reconstitution de hiérarchies entre les professions, formes de distinction sociale diverses selon les lieux fréquentés ou encore « appropriation d'une mémoire politique de gauche » via les choix musicaux et un usage des lieux dépassant le cadre de la fête. Certes, il peut s'agir aussi d'une échappatoire face à l'incertitude du lendemain.

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C'est ce mélange qui innerve le roman graphique, plus exactement le récit autobiographique imagé Rue de Phénicie, de Lamia Ziadé (2), après Ô nuit, ô mes yeux (2015), Ma très grande mélancolie arabe (2017) et Mon port de Beyrouth (2021), tous parus chez POL. L'autrice vit depuis longtemps à Paris, où elle poursuit son interrogation et sa célébration d'une identité singulière, et de sa ville natale, avec une liberté stimulante, une fantaisie fantastique — au long d'une déambulation nocturne à travers Beyrouth ainsi qu'à travers sa propre histoire, inextricablement liée à son « obsession, l'histoire moderne du Liban et du Proche-Orient ». Durant ses longs séjours à Beyrouth consacrés à l'écriture et à des expositions après une « vie de noctambule délurée » à Paris, la fête lui apparaît comme une forme de résistance dans une ville qui ne veut pas s'éteindre, au propre comme au figuré. À la fermeture du Paradise, le dernier bar ouvert de la nuit, elle se lance à la recherche d'une boîte fantasmée — la Boîte de Pandore —, ce qui lui sert de prétexte pour déambuler dans l'histoire politique du pays et de la région à travers des lieux hautement symboliques, comme le Musée national, ou des cimetières. Mais Lamia Ziadé n'est pas dupe de la dimension illusoire de sa quête.

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Deux autres déclinaisons ajoutent leurs variations à cette évocation obsédante. Dans le deuxième volume de la bande dessinée Le Génie de Beyrouth (3), qui revient sur le siège en 1982 de Beyrouth-Ouest — fief de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) et de ses soutiens libanais — par l'armée israélienne, les rues sont plongées dans l'obscurité et, pour le journaliste qui écrit à la lueur de la bougie, la ville semble « coincée dans son dernier carré, (…) obligée de faire face », elle ne peut plus se réfugier dans la nuit. Mais elle a des ressources insoupçonnées.

Quant à la narratrice du premier roman, proche de l'autobiographie, de la Franco-Libanaise Manal Salamé, si elle déclare préférer la ville de jour (4), car, « le jour, elle ne sait pas mentir », elle ne se refuse pas à parcourir la nuit et ses faux-semblants, ceux que, de retour au Liban après dix-sept ans d'absence, elle retrouve lors d'une longue soirée alcoolisée. À Beyrouth, on n'éteint pas les lumières.

Voir en ligne : /2026/10/APPELT/70087

(1) Marie Bonte, Nuits de Beyrouth. Géographie de la fête dans une ville post-conflit, ENS Éditions, Lyon, 2023.

(2) Lamia Ziadé, Rue de Phénicie, POL, Paris, 2025, 392 pages, 34 euros.

(3) Sélim Nassib et Léna Merhej, Le Génie de Beyrouth. La fille tombée du ciel (tome 2), Dargaud, Paris, 2026, 112 pages, 23 euros.

(4) Manal Salamé, Habibi Beyrouth, Éditions La Tribu, Paris, 2026, 309 pages, 21 euros.

L'État de Judée contre Israël

30 September 2026 at 08:49

Le 27 octobre, les électeurs israéliens se déplaceront aux urnes pour renouveler leur Parlement. Au-delà de la question de l'avenir politique du premier ministre sortant Benyamin Netanyahou, l'enjeu du scrutin réside dans la confirmation, ou non, de l'essor du sionisme religieux. Partisan d'une annexion des territoires palestiniens, ce courant contribue à une polarisation extrême de la société.

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Khaled Hourani. – « Rolling Pin » (​​Rouleau à pâtisserie), 2026

La mise en œuvre du projet sioniste a pris des décennies avant la naissance d'Israël. La situation actuelle doit interroger sur l'avenir de cet État, du moins dans sa forme actuelle. Sans chercher à susciter la crainte ni à faire de prophéties. Un éventuel effondrement ne se ferait pas en un jour. Mais une fissure majeure ronge les fondations : la montée en puissance de ce qu'il convient d'appeler l'État de Judée, par opposition à l'État d'Israël. Autrement dit, l'irrésistible émergence d'un mouvement fusionnant sionisme religieux et judaïsme orthodoxe, et dont les partisans veulent un État théocratique. Une forme de sionisme raciste et suprémaciste façonne leur projet radical de création d'un « Grand Israël » étendu à toute la Palestine historique. La situation des Palestiniens se dégraderait plus encore si cette force politique devenait hégémonique. Mais les citoyens juifs qui veulent vivre dans un État libéral, démocratique et pluraliste en pâtiraient également.

Au cœur idéologique de l'État de Judée, on trouve les colons religieux de Cisjordanie, pour beaucoup des disciples des rabbins Kook, père et fils. Le père, Abraham Isaac Kook (1865-1935), né en Lettonie, dans l'Empire russe, a fondé le sionisme religieux. À son arrivée en Palestine, en 1904, il devient la figure rabbinique de la remise en cause du point de vue juif orthodoxe selon lequel le sionisme est une tentative laïque d'interférer avec la volonté de Dieu qui ne saurait être soutenue par des Juifs pratiquants (1). Kook rallie à lui une partie de la communauté orthodoxe. Son legs principal à la cause ? Le centre d'études Merkaz HaRav (le « centre du rabbin »), soit le foyer de la forme la plus extrême du sionisme, un mélange d'idées messianiques, de racisme éhonté à l'égard des Palestiniens et de mépris pour le judaïsme réformé et laïque.

Le fils, Zvi Yehouda Kook (1891-1982), est, lui, le père spirituel du mouvement messianique Goush Emounim. Après la victoire de 1967 contre les armées arabes, ce « Bloc des fidèles », fondé en 1974, a judaïsé la Cisjordanie occupée et la bande de Gaza. Année après année, il a quitté les marges du système politique israélien jusqu'à en occuper le centre. Toute sa vie, le fils Kook a défendu la colonisation comme un impératif religieux, pour hâter la rédemption du peuple juif. Sa voix a pu se retrouver quelque peu étouffée dès lors que le Parti travailliste au pouvoir de 1967 à 1977 se montrait lui-même enclin à la judaïsation, en particulier dans les régions palestiniennes rurales qui sont aussi les moins densément peuplées. Et les disciples de Kook ne s'en satisfaisaient pas ; ils voulaient s'implanter dans les villes bibliques de Cisjordanie, où les Palestiniens vivaient alors très nombreux.

Le prix à payer

Mais une politique d'État finit par associer ces deux branches du projet d'accaparement de la Cisjordanie — la première fondée sur des considérations sécuritaires, la seconde portée par les aspirations religieuses de Goush Emounim — lorsque le Likoud arrive au pouvoir en 1977, avec comme premier ministre Menahem Begin. Sous ce premier gouvernement de droite de l'histoire d'Israël, le fils Kook s'impose comme le maître à penser des Juifs qui colonisent de grandes parties de la Cisjordanie, bâtissant leurs avant-postes au cœur de régions densément peuplées de Palestiniens. Cette colonisation agressive devait à leurs yeux accélérer la « désarabisation » de la Cisjordanie en rendant plus difficile l'accès des habitants palestiniens aux ressources essentielles comme la terre, l'eau et même l'emploi.

Sous l'œil attentif de l'armée israélienne, sinon avec son aide, cette stratégie impitoyable est mise en œuvre quotidiennement. Les Palestiniens subissent un harcèlement continu. Des colons les blessent parfois, ou les tuent. Si les gouvernements israéliens successifs condamnent formellement les violences et prétendent ne pas avoir connaissance de ce qui se passe sur le terrain, les forces armées stationnées en Cisjordanie appuient les colons religieux qui créent une nouvelle réalité, à la place de leurs dirigeants : celle d'un Israël étendu.

De leur point de vue, leurs agressions relèvent d'une forme de représailles, le « prix à payer » (tag meir) par ceux qui s'opposent à l'entreprise de colonisation. Quand bien même il s'agit le plus souvent d'attaques non provoquées et d'une grande violence contre des villages, des fermes, des véhicules, des commerces ou des champs appartenant à des Palestiniens (lire « Terreur coloniale en Cisjordanie ».) La participation au gouvernement actuel de deux partis pro-colons — Otzma Yehudit (Force juive) et HaTzionout HaDatit (Parti sioniste religieux) — conforte cette politique. Leurs représentants respectifs, MM. Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich, chargés de la sécurité nationale et des finances, ont joué un rôle déterminant dans la phase en cours d'attaques terrifiantes contre les Palestiniens en Cisjordanie, qui a fait plus de mille morts depuis octobre 2023.

Pour les partisans de l'État de Judée, une théocratie doit terminer le travail que le sionisme laïque n'a pas su mener à bien : la destruction du peuple palestinien et la formation d'un « Grand Israël » conforme à celui que décriraient les Écritures — ce qui, en clair, signifie l'annexion de territoires voisins. Les sionistes laïques ont certes accompli la basse besogne consistant à créer l'État d'Israël — un travail de plusieurs décennies, commencé en 1892 lorsque les premiers colons sionistes sont arrivés à Jaffa —, mais là s'arrête leur mission historique. Les Juifs religieux estiment qu'il leur revient, à présent, de transformer leur ancienne terre en un véritable État juif.

Mais là n'est pas ce qui fissure les fondations d'Israël ; la plupart des Juifs laïques s'accommodent de cette transformation aux dépens des Palestiniens et, sur le plan territorial, des voisins arabes, notamment libanais et syriens. Le vrai problème tient à l'hostilité des forces qui portent l'État de Judée à l'égard des Juifs laïques. Tôt ou tard, elle finira par saper ce qui unifie et rassemble la société israélienne. Et la confrontation est déjà là.

L'État de Judée a remporté les élections législatives de novembre 2022 et formé un gouvernement de coalition fondé sur une étroite majorité à la Knesset de soixante-quatre députés sur cent vingt. Sa première décision, en janvier 2023, a consisté à modifier le système judiciaire du pays pour le conformer à son idéologie et à sa vision, en permettant au gouvernement de nommer les juges et en restreignant les capacités de la Cour suprême à juger de la constitutionnalité des lois votées au Parlement. Cette décision a fait monter les tensions entre les deux camps et provoqué des manifestations de laïques d'une ampleur sans précédent et toujours plus massives, jusqu'aux attaques du 7 octobre 2023 (2). Le bras de fer a révélé l'ampleur de la division entre les deux camps. Il s'agit en effet d'un combat existentiel entre des projets antagonistes, d'une lutte à mort autour de la vocation même de cet État fondé en 1948.

Pour l'heure, seule la crainte d'une disparition d'Israël oblige les deux parties à ne pas se désolidariser de manière définitive. Leur dénominateur commun demeure la perpétuation d'un système qui déshumanise les Palestiniens et nie leurs droits civiques et humains fondamentaux. On sait comment l'État de Judée considère les Palestiniens. Mais l'État d'Israël ne fait guère mieux. Certes, il est laïque, puisque surtout composé de descendants de Juifs européens qui souhaitent profiter d'une démocratie libérale. Mais ceux-ci n'ont

eux-mêmes cessé d'asseoir leur pouvoir sur la subordination des Palestiniens. Ils ne peuvent rien leur proposer de plus que le retrait des colonies de quelques parties de la Cisjordanie occupée et la levée de certaines des restrictions imposées aux habitants de la bande de Gaza. Leur vision actuelle de l'État juif ne remet pas fondamentalement en cause le régime d'apartheid qu'Israël est devenu.

L'État de Judée, quant à lui, se satisfait pour l'heure de sa situation favorable sur l'échiquier politique. Mais plus il gagne du terrain sur le plan électoral, plus Israël est menacé. Car l'élite technologique et financière, sur laquelle repose la prospérité de cet État, appartient majoritairement au camp laïque. Qu'elle vienne à quitter le pays, et c'est l'économie et la cohésion sociale qui en pâtiront. Or, depuis le 7 octobre 2023, on estime que plus d'un demi-million de membres du camp laïque-libéral auraient émigré. Cela ouvre la voie à de nouveaux triomphes électoraux d'un État de Judée qui ne dispose pas des capacités économiques et militaires ni même du sens stratégique nécessaires à la survie d'Israël.

« Abandonnés, oubliés, délaissés »

Et cette perspective est d'autant plus inquiétante que les institutions du pays sont déjà très fragilisées. Plus d'une décennie avant les attaques du 7 octobre 2023, Israël était déjà en crise. En décembre 2010, un feu de forêt a fait rage pendant plus de trois jours sur le mont Carmel, tuant quarante-quatre personnes. La gravité de la situation était telle que le gouvernement de M. Benyamin Netanyahou a fait appel à l'aide étrangère, notamment celle de la Grèce, de l'Italie, de la Russie et de la Turquie (3), pour venir à bout de l'incendie. Cet appel au secours a provoqué la stupéfaction des observateurs internationaux, qui s'attendaient à ce qu'un pays qui a connu plusieurs guerres dans son histoire récente soit doté d'un matériel de lutte contre le feu adéquat. Plus récemment, en avril 2021, la bousculade lors du pèlerinage du mont Méron, dans le nord du pays, qui a fait quarante-cinq morts et près de cent cinquante blessés, est un autre exemple de l'impéritie des autorités. De nombreuses mises en garde avaient pourtant été lancées contre le danger que pouvaient constituer d'importants mouvements de foule dans un lieu aussi étroit. En mars 2024, qualifiant le drame de « désastre qui aurait pu être évité », une commission d'enquête a directement mis en cause le premier ministre (4).

« Où est l'État ? » Voilà la question que de nombreuses personnes se posent en Israël, y compris les citoyens arabes confrontés, depuis plusieurs années, à une flambée de meurtres liés au crime organisé (5). Au lendemain des attaques du 7 octobre 2023, cette interrogation a pris une importance nouvelle en raison des pertes humaines jusqu'alors inimaginables subies par le pays. Ni le gouvernement ni les services publics dans leur ensemble n'ont semblé en mesure de répondre aux milliers de personnes qui avaient besoin d'aide pendant et après les affrontements. Des dizaines de milliers d'habitants des zones frontalières avec le Liban et Gaza ont dû être évacués, et le gouvernement n'avait pas de plan concret pour leur hébergement, leur scolarisation ou leur emploi à long terme. Les autorités ont d'ailleurs tout fait pour que ces déplacés retournent chez eux aussi vite que possible. Si ce fut le cas pour 90 % d'entre eux, l'avenir demeure incertain pour les 10 % restants — pour la plupart des survivants des kibboutz presque entièrement détruits au cours des affrontements. Les autorités demeurent réticentes à continuer de financer leur relogement dans d'autres régions. Certaines des personnes évacuées de la région frontalière avec le Liban ont découvert avec stupéfaction combien Israël avait négligé leurs communautés depuis des décennies. L'une d'elles témoignait ainsi dans le quotidien Haaretz : « Nous avons été abandonnés, délaissés, oubliés. (…) Pendant des années, nous étions invisibles, on se débrouillait avec presque rien, et tout d'un coup nous avons découvert un autre Israël — un Israël où les services de santé sont accessibles, où il y a de la culture, des transports publics (6). »

Pourquoi Israël, qui ne cesse de rappeler à qui veut l'entendre les dangers que représentent ses voisins et qui sollicite régulièrement une assistance militaire généreuse, était-il si peu préparé aux défis logistiques que les guerres entraînent dans leur sillage ? Pourquoi n'existait-il pas de plan d'évacuation des zones frontalières ? Cela s'explique par une fonction publique à la botte du système politique, où les nominations viennent récompenser des positions d'allégeance, sous la supervision de ministres pour qui la rhétorique prime sur tout le reste, notamment sur la mise en œuvre concrète des politiques. Bien sûr, les défaillances de la fonction publique ne constituent pas nécessairement une fissure dans les fondations du pays — des réformes et des changements dans l'administration pourraient améliorer la situation. Cependant, tant que l'État de Judée sera au pouvoir, il est très improbable qu'il mette l'infrastructure publique parmi ses priorités, ce qui ne peut qu'exacerber la désagrégation sociale.

Voir en ligne : /2026/10/PAPPE/70067

(1) Lire Anne Waeles, « “Dieu n'existe pas, mais il nous a donné cette terre” », Le Monde diplomatique, avril 2024.

(2) Lire Charles Enderlin, « Israël, le coup d'État identitaire », Le Monde diplomatique, février 2023.

(3) « Israel accepts foreign aid in tackling deadly forest fire », France 24, 4 décembre 2010.

(6) Shlomit Tsur, « “We suddenly discovered another Israel” : Why these war evacuees chose not to return home », Haaretz, Tel-Aviv, 22 octobre 2024.

Bibi: Send More Bombs

23 September 2026 at 01:00
Reprinted from Gary Taphorn’s Substack: As we approach the three-year mark of the start of Israel’s genocide in Gaza, Israel has signaled that it has every intention of continuing its massive bombing campaigns against Gaza, Lebanon, Iran, and possibly other countries. And Donald Trump has signaled that he is ready to help. On September 15, […]

The AI frontier asks to be paced: anatomy of a panic

21 September 2026 at 22:21

On September 8, a 27-year-old researcher named Jacob Coxon, a few months into a job at Anthropic (a leading US AI company) after three years at OpenAI, announced his resignation on X. “Neither company is acting responsibly,” he wrote. “They are racing straight to self-improving superintelligence and gambling with our lives.” Within a day, the post had been read more than 100 million times. Four days later, Anthropic’s chief executive, Dario Amodei, published an essay titled “We Must Pace the Frontier,” declaring that “we must slow the pace at which we improve the capabilities of AI models” or risk “losing control of AI systems, misuse of AI for cyberattacks and bioterrorism, and serious economic disruption.” Within hours, Sam Altman of OpenAI agreed, Elon Musk posted “Dario is right,” and Google and Microsoft fell into line.

Coxon was interviewed by Time, Axios, and NBC within two days, and Amodei’s essay was front-page news across the business press. Compare that with what happens to people who expose the harms AI is causing right now. Warnings about AI-generated fraud, model bias including racist bias, about chatbots and vulnerable users, about surveillance and AI’s use in military kill chains and the genocide in Gaza, get a news cycle at best. A warning about a hypothetical machine superintelligence got a global media event and a policy proposal from the industry’s leadership within four days.

AI systems do need regulating. The question is why the men who spent a decade racing towards what they now call an existential threat discovered their conscience on the same weekend, and what kind of regulation they are actually asking for.

What the Dario essay asks for

Stripped of its language of alignment and catastrophe, Dario Amodei’s essay is a list of demands. First, outside “evaluators” from bodies such as METR, a lab that tests AI models, would be given “company badges, desks, and laptops” inside the big labs. Second, the leading companies “within democratic countries” would jointly set safety standards and limits on how fast they build, for which Amodei asks the US government for “a narrow waiver” from antitrust law. Third, models crossing certain capability thresholds would have to carry “certifications” of good behavior, and limits on the computing power used to train them are put on the table. Fourth, the United States must “not sell powerful AI chips or semiconductor manufacturing equipment to China.” Amodei is candid about the goal: done well, these measures “would slow China’s progress enough to widen America’s lead significantly.”

The words “open source” do not appear in the essay. They do not need to. AI models come in two kinds. Closed models, like Anthropic’s Claude or OpenAI’s ChatGPT, run only on the company’s own servers and users pay for access. Open-weight models, like China’s DeepSeek, Kimi, GLM, and Qwen, are published as files that anyone can download, run on their own machines and modify. A certificate that must travel with a model cannot be attached to a file that anyone may copy. A ceiling on computing power freezes the ranking of the firms that already occupy the frontier. An antitrust waiver lets the five largest companies write rules for everyone else. The effect is a licensing regime only the incumbents can satisfy; the technology publication The Register called it regulatory capture with a nicer name.

The incident that supposedly proves it

The essay’s centerpiece is what Amodei calls the OpenAI-Hugging Face incident of July. In plain terms: OpenAI was testing its AI “agents,” programs that can act on their own, on a set of hacking puzzles. Roughly a third of the puzzles were impossible, driving the agents to look for ways to cheat the marking. The agents were supposed to be sealed off from each other without access to the internet. In practice, they weren’t, and through that loophole they found their way into a second test environment that was connected to the open internet. From there, one of them found login credentials that OpenAI staff had left exposed online, used them to break into Hugging Face, a website where AI models are shared, and rummaged through private files to work out how their answers were being marked. Amodei describes this as “a swarm of agents” acting as “a fanatically devoted collective” that, with more capability, “could have caused catastrophic damage.”

The people whose job is computer security reached a different conclusion. The investigation by METR, the very body Amodei wants embedded in every lab, found that sandboxes meant to isolate the AI agents were not, that the credentials should never have been exposed, and that OpenAI’s security team had noticed the agents misbehaving days earlier and done nothing. One practitioner quoted by IANS Research summed it up: “many failures and lack of controls that could have prevented this from happening in the first place.” Any bank that ran untested software with live internet access and exposed passwords would be found negligent. Routine containment, of the kind every serious IT department practices, would have stopped it.

Calling a security lapse a “fanatically devoted collective” is not analysis. It is anthropomorphizing, dressing an operational failure in the language of science fiction. And it is useful. A company whose product is being marketed as near-superintelligence that must be restrained for humanity’s sake has a far better story for investors than a company that left its passwords on the internet. The doom narrative and the hype narrative are part of the same cycle. Both say: this technology is so powerful that you cannot afford to be without it, and only we can be trusted with it.

Why now

The timing becomes clear once one looks at the money. The five big American technology companies are budgeted to spend close to $690 billion this year on data centers and chips, and borrowing now funds 32% of that spending, up from 9% two years ago. On the very day Amodei’s essay appeared, Altman announced that OpenAI’s stock market listing, which bankers had been preparing at valuations of up to $1 trillion, would not happen in 2026 because it was “an ill-advised moment,” citing safety. The next day, the Financial Times reported that Anthropic’s much-advertised profit margin of “above 80%” is calculated before two of its largest costs: the cost of creating its models and the revenue it shares with Amazon, its main distributor.

Meanwhile, the competition has arrived, and it is nearly free. On OpenRouter, a widely used exchange through which software developers send requests to AI models, Chinese open-weight models now handle 58% of the traffic from American firms; a year ago American models held 70%. DeepSeek and Qwen charge 60 to 90% less than Anthropic and OpenAI. A firm that cannot win on price, cannot fund its next model from earnings and cannot yet sell shares to the public has one option left: change the rules.

Washington says no, for its own reasons

The Trump administration has so far refused. The president’s response was that “whoever wins AI, wins,” and his AI adviser David Sacks called the whole affair a “doomer psyop” aimed at open-source models. This is not a defense of the public interest. It is arithmetic. According to ING, spending on AI equipment, software and data centers accounted for roughly a third of all US economic growth in the second quarter of this year; on the broadest measure, half. The rest of the economy is being squeezed by the war on Iran: petrol prices have risen 53% since it began, consumer inflation reached 4.2% in May, and energy costs are up 23.5% on the year. Take the data-center boom out, and the United States is close to recession. Washington cannot allow the frontier to be paced because the frontier is the only thing still growing.

Two futures

China’s official response was brief. “Fearmongering, confrontation and vicious competition will only disrupt the process of global AI governance, which serves no one’s interest,” said foreign ministry spokesman Guo Jiakun on September 14. A more revealing reply came from inside DeepSeek, where Shengyu Liu, a kernel software engineer, published a widely circulated essay arguing that the safest path is to keep frontier AI open and cheap rather than concentrated in any single company, American or Chinese. As AI develops, he wrote, society “may be pulled toward one of two extremes: communism or Cyberpunk 2077.” In the first, “productive capacity is liberated on an enormous scale, and people’s standard of living rises substantially.” In the second, “a handful of technology companies control most of society’s resources”; a tiny number of people have access to the most advanced AI, “while most people are left with only weak, second-rate AI.”

That is the real choice, and it is a choice about ownership, not about speed. Real regulation would hold companies liable for the harm done by the software they run, including inside their own labs, and would treat running powerful agents without containment as the negligence it is. It would cost the labs money, which is why it is not in Amodei’s essay. What is in the essay is a request to be made gatekeepers of a technology built on borrowed money that its owners now fear they cannot sell.

The frontier does not need pacing. It needs owners who can be held to account, and a public that is not frightened into paying monopoly prices for AI services by the very people who build it.

Bappa Sinha is a veteran technologist interested in the impact of technology on society and politics.

A escuta dos imigrantes no arranque do Dona Maria

No dia 18 de setembro o Teatro Nacional D. Maria II reabre ao público. Neste contexto, a Sala Estúdio acolherá, de 23 a 27 de setembro, uma peça participativa encenada por Keli Freitas. Um retrato de Lisboa por pessoas que a fazem mover. Em O Último Telefone Público de Lisboa, sete imigrantes tentam ultrapassar a barreira do som: expressão metafórica para a limitação da língua ou das dificuldades laborais e habitacionais com que se deparam aqueles que chegam vindos de outro país. Falamos (…)

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More Threats to the Freedom of Speech

18 September 2026 at 01:00
The freedom of speech and of the press is not a gift bestowed by a president, Congress or a federal agency. It is a natural right of all persons. The First Amendment does not create that right; it prohibits the government from infringing upon it. The ability to think, speak, write, criticize, ridicule, persuade, offend, […]

Europe : prête pour la puissance ?

17 September 2026 at 11:44
Ursula Von der Leyen a prononcé un discours annuel sur l'état de l'Union européenne, résolument offensif devant le Parlement Européen. Entre la concurrence chinoise, la menace russe et l'abandon américain, l'Europe, dépendante en énergie et à la traîne sur l'IA, a-t-elle les moyens de devenir - enfin - une puissance ? On va plus loin avec Zyad Limam, Anne Corpet et Pierre Benazet à Bruxelles.

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La fille, son chauffeur, Dieu et Marx

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J'ai cessé de croire en Dieu à l'âge de 7 ans, en 1977, sur le chemin de l'école. C'était durant le long trajet en voiture que je faisais chaque matin sous une voûte de platanes pour rejoindre le centre de Téhéran. Mon chauffeur, qui était marxiste, m'expliquait le matérialisme dialectique. Et comme tout Iranien qui se respecte, il utilisait la poésie pour me convaincre. Je ne me souviens plus des termes exacts, ni même de la teneur de son raisonnement, la conversation avait lieu en persan. Mais je me rappelle qu'il était question d'une rose réduite en poussière.

Aujourd'hui, ce qui me frappe bien sûr dans cette scène est que les petites filles de 7 ans avaient droit à leur chauffeur personnel en Iran.

Mes parents, tous deux universitaires, n'étaient pourtant pas parmi les plus riches. Mais nous vivions dans une tour ultramoderne située à Vanak, dans les hauteurs de cette ville construite à flanc de montagne. Nous avions une piscine. Et des séances de cinéma en plein air étaient organisées le samedi soir où on projetait des films de Woody Allen. Elsa, une aide-ménagère philippine, était payée pour s'occuper de notre appartement et me parler en anglais. Et, dans les embouteillages monstrueux que nous traversions chaque matin avec « mon chauffeur », des paysans sans le sou transportaient leurs fruits à dos d'âne au milieu des voitures américaines à la carrosserie rutilante. Quant aux gardiens d'immeubles à Vanak, je me souviens qu'ils étaient bruns, chétifs, et qu'on voyait sur leur corps les signes de la malnutrition dont ils avaient souffert dans leurs villages. C'était cela l'Iran d'avant la révolution : une société marquée par les inégalités et l'urbanisation galopante.

Comment s'appelait ce jeune marxiste qui avait entrepris de parfaire mon éducation politique ? Impossible de m'en souvenir. Quand nous n'avions pas de grandes conversations sur Dieu, on parlait de mes dessins animés préférés. Et il accueillait avec des commentaires critiques ma passion pour Spider-Man, signe pour lui d'une américanisation sans frein de son pays.

Mais, après l'avènement de la République islamique, les programmes américains disparurent rapidement des écrans de télévision, les speakerines ultramaquillées aux décolletés plongeants et aux robes à paillettes furent remplacées par des femmes portant de longs tchadors noirs, et les images des pendaisons publiques s'étalèrent dans les journaux.

Notre départ a eu lieu durant cette période chaotique où le port du voile commençait à être imposé aux femmes dans l'espace public. C'était plus d'un an après la fuite du chah et le retour triomphant de Khomeiny en Iran. Naïvement, je croyais ma mère lorsqu'elle me disait que nous n'allions passer que quelques semaines de vacances à Paris en attendant que « toute cette histoire de révolution » se termine.

El autor confeso del crimen de Francisca Cadenas quiere reconstruir los hechos ante el tribunal del jurado que lo enjuiciará

14 September 2026 at 20:05
"Julián sí va a participar en la reconstrucción (del crimen de Francisca Cadenas), pero lo va a hacer ante los miembros del tribunal del jurado". Así lo ha avanzado esta tarde José Duarte, abogado del autor confeso de la muerte de su vecina hace 9 años en Hornachos, después de que su cliente se negara a participar en este lunes en esta diligencia judicial, en la que si ha colaborado su hermano Manuel González, investigado junto al primero por el asesinato.

Diego Meneses, viudo de Francisca Cadenas, tras concluir la reconstrucción: "Lolo es el causante de todo lo que ha pasado y se quiere escapar"

14 September 2026 at 15:53
El viudo de Francisca Cadenas, Diego Meneses, ha reconocido que este lunes está siendo un día muy duro para la familia. "Estamos peor que nunca todos", ha asegurado a la prensa, más de seis horas después de que se iniciara la reconstrucción de los hechos.

¡Asesinos, asesinos!: los hermanos investigados por el crimen de Francisca Cadenas llegan a Hornachos

14 September 2026 at 09:01
Entre gritos de "¡asesinos, asesinos!" acaban de llegar a la calle Nueva de Hornachos Julián y Manuel González, los dos hermanos investigados por el asesinato de su vecina Francisca Cadenas hace 9 años. Cuando los hermanos han pasado en el furgón de la Guardia Civil que los ha trasladado desde la cárcel, los vecinos no han podido contenerse y han aporreado el vehículo.

When War Comes Home: A Constitutional Warning

10 September 2026 at 01:00
A failed war does not end when the drones stop flying. It creates a new danger: A government that refuses to admit defeat and a president who, having failed abroad, seeks muscular victories elsewhere. The war against Iran is a case study in the limits of military power, the dangers of presidential overreach and the […]

PASSATEMPO Vidas em Scroll: Quando a escola entra em cena

O desafio é bem simples: parar o scroll por alguns minutos e transformar aquilo que acontece no mundo digital numa história. Os alunos do 3.º Ciclo e Ensino Secundário são chamados a pensar a tecnologia e a sua utilização puxando pela criatividade.

Bonus episode: The EU enlargement game

What happens if your economy is suddenly in crisis, Brussels offers help with strings attached—and Turkey, China or Russia can move faster? What if your country delivers every reform the EU asks for, only for a member state to block the next step anyway? And after years of waiting, would voters still choose to join?

In this special bonus episode, The Neighbourhood goes live from Lisbon for an EU enlargement game. Jessica Hendrick brings together RE-ENGAGE experts representing six EU candidate countries and throws a series of fictional—but very plausible—political and economic shocks at them inspired by real headlines: Russia’s intensified attacks on Ukrainian infrastructure, Ireland’s EU presidency push on enlargement, Iceland’s referendum, Germany’s regional elections and the upcoming 2026 Enlargement Package. Drawing on three years of surveys, interviews and crisis simulations, each expert has to answer for their country.

Playing for each country:

  • Albania: Morten Bøås, research professor at the Norwegian Institute of International Affairs (NUPI), representing RE-ENGAGE’s Albanian partners at the European University of Tirana
  • Bosnia and Herzegovina: Damir Kapidžić, director of the Institute for Social Science Research at the University of Sarajevo
  • Georgia: Ketevan Bolkvadze, senior lecturer in the department of political science at Lund University, originally from Georgia
  • Moldova: Mathilde T. E. Giske, research fellow at the Norwegian Institute of International Affairs (NUPI), representing RE-ENGAGE’s Moldovan partners at Moldova State University
  • Serbia: Luka Filipović, research associate at the Institute for Contemporary History in Serbia
  • Ukraine: Roman Petrov, president of the Ukrainian European Studies Association

The result is part enlargement simulation, part policy conversation and part game night. The experts bargain over a fictional €100 million EU cheque, decide whether the EU can compete with faster offers from other powers, test how easily disinformation could exploit frustration with enlargement, and imagine what would happen if EU membership was finally put to a public vote. Along the way, Serbia proposes keeping its relationship with Brussels “casual”, Bosnia finds a creative use for €100 million, and Ukraine calls for Hungarian “Varangians” when backsliding strikes.

When a crisis hits, does speed matter more than values? Can “Europe never wanted you anyway” become a winning political message? And if a country finally joins the EU, what stops democracy from sliding backwards once the prize of membership is secured?

Further reading:
RE-ENGAGE research overview
RE-ENGAGE research on Albania
RE-ENGAGE research on Bosnia and Herzegovina
RE-ENGAGE research on Georgia
RE-ENGAGE research on Moldova
RE-ENGAGE research on Serbia
RE-ENGAGE research on Ukraine

This podcast was recorded live in Lisbon on September 3rd, 2026.

Source

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Twilight’s Last Gleaming

4 September 2026 at 01:00
There is a point in the decline of republics when the problem is no longer that government breaks its own laws. Governments will always behave unlawfully. The deeper problem comes when the constitutional machinery designed to prevent those acts stops functioning — when spending becomes detached from arithmetic, presidential power becomes detached from law, and […]
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