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Les Éléphants de Goethe

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« J'en ai une telle joie que cela me remue jusqu'au fond des entrailles. » Le lecteur pourra être surpris d'apprendre que ce cri triomphal de Johann Wolfgang von Goethe accompagne sa découverte d'un os. Oliver Matuschek raconte la passion avec laquelle il a cherché à démontrer toute sa vie l'existence de l'os intermaxillaire chez tous les mammifères, contre l'avis de ses contemporains : « pour presque tous les anatomistes », son absence « chez l'homme constituait une caractéristique décisive qui prouvait une évolution distincte de celle des animaux ». La volonté de démontrer que l'éléphant en possède un lui aussi anime Goethe, qui composera finalement un Essai d'ostéologie comparée, dont le texte était accompagné de dix-huit illustrations de Johann Christian Wilhem Waitz, reproduites avec soin par les éditions Macula avec d'autres documents d'époque. On plonge dans un monde intellectuel passionné pour lequel un détail anatomique n'est pas une information vaine ni sèche : « Chaque créature n'est qu'une nuance et un son à l'intérieur d'une vaste harmonie qu'il faut étudier elle aussi dans sa totalité, sinon chaque élément n'est qu'une lettre morte. »


Traduit de l'allemand par Brigitte Cain-Hérudent, Macula, Paris, 2025, 96 pages, 18 euros.

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Cyrus le Grand. Roi du monde

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Même si sa mère, dit-on, l'avait vu en rêve, il n'était écrit nulle part que Cyrus deuxième du nom allait se tailler un empire de la mer Égée à la vallée de l'Indus. Lorsqu'il monte sur le trône d'Anshan en 559 avant notre ère, son pouvoir ne s'exerce que sur la modeste province du Fars, dans l'actuel Iran. À la faveur d'un grand chamboulement régional, il voit l'opportunité d'une campagne à l'ouest, soumet un à un les pouvoirs mède, lydien et babylonien, et se proclame « roi du monde ». Matt Waters concentre ici une vie de recherches sur le monde perse. Parmi ses apports, le croisement des récits grecs et bibliques avec des sources tirées de l'épigraphie et de l'archéologie assyrienne, babylonienne et perse. Elles font de Cyrus un pont entre la lointaine Babylone et la familière Grèce d'Hérodote. Sa finesse en matières religieuse et politique est mise en valeur ; souplesse du conquérant soucieux de s'attirer les sympathies du conquis certes, mais aussi projection dans l'avenir d'un bâtisseur de temples et de palais, qui avait à l'esprit d'établir un empire voué à l'éternité. Il fonda l'Empire achéménide, qui dura deux siècles — jusqu'aux victoires d'Alexandre.

Voir en ligne : /2026/10/HEINISCH/70089

Passés/Composés, Paris, 2025, 288 pages, 23 euros.

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Colonisés, déplacés, exploités. Les travailleurs indochinois en Dordogne (1940-1948)

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Hiver 1940. Exilés de force, plusieurs centaines d'« Annamites » débarquent en Dordogne. Ils seront quatre mille au total, sur les vingt mille « travailleurs indochinois » envoyés pendant la seconde guerre mondiale en France, à trimer dans la poudrerie de Bergerac puis à endurer les baraquements du camp d'internement de Creysse. Intrigué, à la suite de la découverte d'un fonds photographique hors norme, le journaliste et historien Pierre Daum mène l'enquête. Dans ce beau livre illustré, il révèle comment ces « ouvriers utilisables à l'arrière du front », enrôlés comme « main-d'œuvre indigène », accomplissent toutes sortes de tâches : mélange des poudres, vendanges… et, ce qui mobilise plus d'un millier d'hommes sur trois ans, l'assainissement de la vallée des Beunes. La Libération marque le début de la contestation, accentuée par la guerre d'Indochine qui commence fin 1946. Dans les camps, des slogans fleurissent : « Vive l'indépendance du Vietnam ! » Il faudra néanmoins attendre 1948 pour les premiers rapatriements. L'ouvrage, saisissant, fait partie d'un vaste projet comprenant une exposition, un film et un mémorial.

Voir en ligne : /2026/10/JOUSNI/70090

Elytis, Bordeaux, 2026, 288 pages, 35 euros.

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Du Zanskar à Séoul

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L'écrivain Serge Safran, qui anima jadis les éditions Le Castor astral et cofonda Zulma, livre ici une nouvelle version non expurgée de ses pérégrinations commencées à l'été 1978, vers la fin de la vingtaine — fragments qui proviennent de ses dizaines de carnets, rédigés sous l'effet d'une quête impérative : « Écrire n'est parfois qu'un devoir d'amour. » Il traverse le Ladakh, le Pendjab, il observe les sikhs, souligne l'importance du Temple d'or, qui quelques années plus tard verra le massacre de militaires, d'indépendantistes sikhs et de pèlerins. Au fil des ans, il voyagera à Chypre, en Corée… C'est le Gérard de Nerval de Voyage en Orient qui ouvre le recueil : « Tu ne m'as pas encore demandé où je vais : le sais-je moi-même ? » Odeurs d'épices, visages d'enfants, rencontres multiples… Safran décrit l'abondance des paradis artificiels possibles — « sort suave, stylo lourd » —, s'interroge sur la philosophie qui le soutient : doit-il noter ou transcrire ? Le voyage permet de voir la part invisible.

Voir en ligne : /2026/10/MEYNAUD/70088

Héliopoles, Paris, 2025, Paris, 368 pages, 25 euros.

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Dialogue avec mes frères. Conscience noire et histoire africaine

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Après avoir publié en 2025 le classique de l'historien du Guyana, Comment l'Europe sous-développa l'Afrique, les Éditions B42 rendent disponible en français The Groundings With My Brothers, paru à Londres en 1969. La traduction a choisi « dialogue » pour groundings, mot qui contient à la fois l'idée d'un ancrage et une référence à la culture rastafari dans laquelle « le terme créole “groundation” décrit une forme d'assemblée dans laquelle les membres de la communauté s'engagent dans une discussion ». Ce recueil est une compilation de discours de l'intellectuel guyanien Walter Rodney (1942-1980), liés à la Jamaïque, un pays dont il est chassé en 1968. C'est pendant la période où il a enseigné à l'université de Kingston que l'historien, militant de la cause noire, consolide sa conception et sa pratique de l'intellectuel engagé dans la lutte contre les oppressions, partageant ses connaissances dans les ghettos de l'île. Une position dont il ne se défera pas et qui peut être résumée selon ses termes : « Le Black Power doit s'efforcer de transformer les membres de l'intelligentsia noire en serviteurs des masses noires. »

Voir en ligne : /2026/10/FERRARINI/70084

Éditions B42, Montreuil, 2026, 136 pages, 17 euros.

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André Martel, du jargon comme l'un des Beaux-Arts

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Agrégé de grammaire, lauréat de Jeux floraux avec ses Poèmes d'un poilu, André Martel (1893-1976) abandonna sur le tard la métrique et le « lyrisme un peu mièvre » pour l'invention verbale jubilatoire, agissant tel « un recours magique contre la langue commune devenue suspecte et dangereuse, vécue comme complice d'un réel invivable et mortifère », à la manière de la glossolalie chez Antonin Artaud et du muttum de Pierre Guyotat, autres « grands traumatisés ». « Le Paralloïdre népasun macabre. Biénocontre i dénécrope en jésulitter un bocalazare franlatigal. » Ainsi se défendait-il des attaques d'un « pauvre niaicessaire, pauvre conard », critique du Figaro littéraire qui avait diagnostiqué un « délire » dans ses écrits et l'avait accusé de nihilisme. Utilisant verlan, pataquès, mots-valises, analogies sonores et autres soudures autogènes, ses textes en paralloïdre (une langue qu'il avait inventée), remarqués par Jean Dubuffet et le docteur Gaston Ferdière, demeuraient introuvables jusqu'à leur compilation récente par les rares et précieuses éditions On verra bien, qui publient dans la foulée cette biographie.

Voir en ligne : /2026/10/E__L/70085

On verra bien, Limoges, 2026, 140 pages, 15 euros.

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La Corruption du meilleur engendre le pire. Entretiens avec David Cayley

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Refusant toute titularisation, il parcourait les universités comme enseignant itinérant. Convaincu que l'amitié était indispensable à la communauté d'esprit, il organisait des séminaires affinitaires et des dîners où le vin contribuait à la « recherche de la vérité ». Comprenant qu'il était déjà trop âgé, il avait renoncé à apprendre le japonais ou le chinois pour penser dans un autre système mental. Dans ces entretiens avec David Cayley, menés dans les années 1990, ici regroupés et réédités, Ivan Illich (1926-2002), théoricien de l'école, penseur de l'écologie politique, commente ses premiers livres, leurs intentions, et confronte leurs diverses thèses au temps présent. Si les thématiques abordées sont nombreuses (l'école et la santé, l'histoire de la perception du corps et celle des images…), on découvre surtout un aspect effacé de la légende qui l'entoure : une méditation continue de l'Évangile et de ses commentateurs irrigue l'ensemble de son œuvre, sans y faire pourtant référence.

Voir en ligne : /2026/10/LONDON/70083

L'Échappée, Paris, 2026, 512 pages, 24 euros.

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Politique monétaire et lutte de classes

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Ce recueil d'une quinzaine de textes théoriques issus majoritairement du marxisme hétérodoxe (notamment de l'opéraïsme italien et de l'autonomie ouvrière) entend contribuer à éclairer l'un des domaines les plus obscurs de la théorie économique : la politique monétaire. L'analyse de différentes séquences, allant de la fin des années 1960-1970 (effondrement du compromis keynésien, fin de la convertibilité du dollar en or) jusqu'à la période récente (construction de la zone euro, crise inflationniste persistante, politique douanière de la nouvelle administration Trump), met en évidence la fonction politique que la monnaie assure dans la reproduction des rapports sociaux capitalistes. De ce point de vue, la politique monétaire doit être étudiée comme le lieu où se cristallisent non seulement la concurrence entre les États, mais aussi l'affrontement mondial entre les classes, à travers la lutte pour l'appropriation et la répartition de la plus-value par les différents capitaux nationaux.

Voir en ligne : /2026/10/VERDUN/70080

Les Éditions de l'Asymétrie, Toulouse, 2026, 650 pages, 20 euros.

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Maquisards

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« Terroristes, c'était ainsi que l'on nommait les gars du maquis », chante Céline Girault. Avec le metteur en scène de théâtre Philippe Chuyen et sept jeunes en insertion issus de missions locales, le cinéaste se met, quatre-vingts ans plus tard, dans les pas de Gleb Sivirine, alias lieutenant Vallier, à la tête d'une troupe de très jeunes maquisards. Le journal de bord du résistant, son Cahier rouge (aux éditions Parole), sera suivi à la lettre jusqu'à sa représentation théâtrale, dans le strict respect de la temporalité du maquis Vallier (six mois, de février à août, en 1944 pour les résistants, en 2024 pour les comédiens). Des gorges de la Siagnole à la presqu'île de Giens en passant par le Verdon et Canjuers, on suit les apprentis comédiens qui vivent au jour le jour cette évocation, jusqu'au village de Collobrières, que d'autres jeunes, apprentis soldats, ont libéré huit décennies auparavant. En un crapahutage mémoriel dans les sentiers périlleux du Haut-Var, de bergeries en grottes, la troupe, un peu foutraque mais fidèle, fait revivre l'histoire d'une très modeste armée de l'ombre attendant désespérément un débarquement libérateur.

Voir en ligne : /2026/10/PLANTET/70081

2025, 90 min, en salles depuis le 16 septembre.

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Leap Life

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À la croisée de la poésie, de l'improvisation et du rap, le slam eut son succès à la fin des années 1990. Saul Williams y contribua, au titre de coscénariste et acteur principal du film Slam (1998), récompensé par les festivals de Cannes et Sundance. Après quoi il prit la tangente. Auteur d'une abondante discographie, dont Amethyst Rock Star (2001) fut un moment particulièrement ardent, il a surtout fréquenté les marges où le confine son intransigeance. Sept ans après son dernier album, il sort Leap Life sur le label de ses débuts et renoue avec ce qu'il a fait de meilleur. Les quinze titres sont articulés comme une cérémonie destinée à entrer en communication avec les morts des conflits en Palestine, au Soudan, à Haïti, au Congo, au Yémen… Il y pose son spoken word (« discours parlé ») sur des instrumentaux astringents, alternant spiritual jazz, hip-hop, ambient, dub et abstractions électroniques, avec des contributeurs comme le saxophoniste Kamasi Washington, Robert Del Naja (de Massive Attack), Moor Mother, Georgia Anne Muldrow… Mais aussi le mystérieux Gonjasufi, un rappeur mystique dont l'influence chapeaute cet album aussi copieux qu'intense, Williams ne parlant jamais pour ne rien dire.

Voir en ligne : /2026/10/DELHAYE/70082

Big Dada, 2026, CD 16 euros, vinyle 36 euros, digital 6 euros.

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La véritable histoire d'un petit gars monté à Paris pour faire la révolution. René Lefeuvre dans les combats du XXe siècle

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Artisan maçon autodidacte devenu correcteur d'imprimerie, René Lefeuvre (1902-1988) va s'enthousiasmer pour la révolution d'Octobre, mais la lecture de La Révolution russe de Rosa Luxemburg — « la seule femme que j'ai aimée », dira cet homosexuel tourmenté — va éveiller son esprit critique. En 1936, il fonde ce qui sera le grand œuvre de sa vie, les éditions Spartacus, avec pour premier titre Seize Fusillés. Où va la révolution russe ?, de Victor Serge. La grande période, ce sont les années 1968-1979, qui verront la publication d'une centaine de titres avec pour credo l'anticapitalisme, l'anticolonialisme, le refus du fascisme et l'antibolchevisme dans une veine marxiste antiautoritaire. Il avait fait sienne la formule de son ami Jorge Valadas, alias Charles Reeve : « Le désir de changer le monde est indispensable à qui prétend vivre debout. »

Voir en ligne : /2026/10/GANDINI/70077

Syllepse, Paris, 2026, 144 pages, 12 euros.

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Mon refuge et mon orage

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Cette autobiographie, Arundhati Roy l'écrit comme un roman. Elle la commence quand sa mère vient de disparaître, et c'est d'abord un portrait de cette femme, figure féministe et parent redoutable, qu'elle peint, dans ce qui fut « un livre aussi difficile à écrire qu'il l'est à ne pas écrire ». C'est aussi une fresque politique et sociale car, comme sa mère, elle est une combattante (« Mrs Roy m'a appris à penser, puis ma façon de penser l'a rendue furieuse »). Au mépris du danger, elle rédigera plusieurs articles et livres en soutien aux luttes des opprimés — comme celle qui s'oppose à la construction du barrage de la Narmada —, elle marchera aussi dans la forêt de Dandakaranya avec la guérilla naxalite. D'abord architecte, puis scénariste, elle travaille pendant quatre ans à son roman Le Dieu des petits riens (1997), qui a connu un grand retentissement international. Assumant la porosité entre réel et fiction, elle intègre à son récit Anjum, le personnage intersexe au cœur de son deuxième roman, Le Ministère du bonheur suprême (2017), qui fonde une communauté trans dans un cimetière…

Voir en ligne : /2026/10/MEYNAUD/70078

Gallimard, Paris, 2026, 400 pages, 24 euros.

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François et ses frères. Biographie collective de François d'Assise

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« Le séjour terrestre de François n'est pas passé inaperçu », écrit Sylvain Piron dans le livre qu'il consacre au fondateur de l'ordre franciscain et à ses compagnons. Pourtant, la tâche du biographe n'est pas simple. François n'a laissé que peu d'écrits, et les récits de sa vie produits après sa mort, en 1226, sont des collections de souvenirs et de paroles rapportées, aux visées hagiographiques ou politiques. L'auteur entreprend de retrouver les faits derrière la légende rétrospective, l'anecdote inexacte, les histoires de miracle. Il s'appuie sur des avancées historiographiques, des arguments grammaticaux, géographiques ou patronymiques et des sources externes (légende locale, iconographie). Le plaisir de lecture tient à ce que Piron mêle le récit de la vie de François à celui de sa réflexion historique : il donne à voir les raisons qui le poussent à suivre une source et précise le degré de certitude à accorder à sa propre version d'un épisode. Cette conception horizontale du savoir reflète celle de son sujet qui, malgré son institutionnalisation dans l'Église, n'a cessé de vouloir être un frère et non un maître.


La Tempête, Bordeaux, 2026, 336 pages, 22 euros.

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Travail

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Quel sens donner au mot « travail » dans la société contemporaine ? Multivoque, il peut désigner tout à la fois une activité, un résultat, une situation sociale. Ce court essai analyse la notion dans toutes ses acceptions ainsi que leurs conséquences sociales. Lorsque l'on parle de « production utile », par qui cette utilité est-elle affirmée ? Les combats féministes enseignent que la qualification même de travail relève du rapport de forces. Le terme renvoie également à une division sociale des tâches et, généralement, au salariat. Dès lors, comment déjouer le lien établi entre insertion sociale et subordination professionnelle ? Comment penser le contrat de travail dans un monde traversé de rapports de pouvoir ? Livre utile dans une société où certains brandissent la « valeur » pour mieux individualiser une condition sociale : celle qui oblige chacun à vendre sa force de travail sur un marché qui n'offre pas d'emploi à tous. La sociologue Marie-Anne Dujarier, sensible aux ambiguïtés du revenu universel et peu favorable aux luttes collectives destinées, selon elle, à adoucir la situation, soutient de façon éclairante l'appropriation collective des moyens de subsistance.

Voir en ligne : /2026/10/LEVERBE/70076

Anamosa, Paris, 2026, 112 pages, 9 euros.

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Le Refroidissement techno-logique

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Un titre surprenant, qui condense avec humour le point de vue de Vincent Peyret, relaté à travers de nombreuses anecdotes : avec le numérique, notre quotidien a perdu en chaleur humaine. En tant qu'adultes, nous nous en accommodons plus ou moins, mais les enfants peuvent en être bousculés, à l'instar de la fillette de l'auteur, qui, dans un train, cherchait maladroitement à entrer en interaction avec des voyageurs. En vain : ils n'arrivaient pas à se « déscotcher » de leurs écrans… Soucieux d'en regarder aussi les aspects potentiellement positifs, Peyret (qui anime la rédaction du Postillon, journal satirique de Grenoble), reconnaît que oui, Internet permet des choses formidables, mais il lui importe d'en « réaliser l'audit complet ». Se demandant s'il y a plus de bonheur dans le monde qu'il y a trente ans, il constate qu'au contraire le « numérique bouche l'horizon » et diffuse des « sortes de gaz à effet de porte de verre entre les gens et à l'intérieur d'eux-mêmes ».

Voir en ligne : /2026/10/POLLMANN/70074

Le Monde à l'envers, Grenoble, 2026, 72 pages, 5 euros.

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Forestier·es

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Paru dans la collection « Excursions littéraires » de la coopérative Dire le travail, voilà un recueil au sens plein du terme : recueil de poèmes, fictions ou récits de ceux qui travaillent avec la forêt, mais aussi rassemblement d'expériences diverses. De la formation de bûcheron à l'élaboration d'un plan de coupe, en passant par une réunion de terrain en vue de la construction d'une desserte forestière, ou par une prospection hivernale visant à repérer grands tétras et gélinottes, entre abattage, ébranchage et débardage, les trente-quatre textes tracent avec précision et imagination les contours de ces travaux. Gestionnaires, bûcheronnes, gardes forestières évoquent les plaisirs et les douleurs d'être « au bois », comme les conséquences délétères du dérèglement climatique ou du démantèlement néolibéral de leurs missions. Il y a dans l'ensemble une liberté et une fermeté où l'on pourra entendre un écho du style d'Anouk Lejczyk (Copeaux de bois, Les Éditions du Panseur, 2023), qui a accompagné les onze auteurs et autrices dans leur travail d'écriture. Georges Navel et John Berger ne sont pas loin, il est bon de passer du temps avec leurs compagnons d'aujourdhui.

Voir en ligne : /2026/10/THOURET/70075

Dire le travail, Paris, 2026, 192 pages, 18 euros.

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Kongo et Angola. 1650-1750. Une rencontre en images

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Les centaines de textes, dessins et gravures qui illustrent cet ouvrage lèvent le voile sur un pan méconnu de l'histoire de l'Afrique précoloniale. En 1645, des capucins franciscains abordent l'embouchure du fleuve Congo, afin d'évangéliser les populations du royaume du Kongo et de l'Angola. Ils multiplient les écrits, riches de très nombreuses images destinées à la hiérarchie papale et à l'instruction des futurs frères. Cécile Fromont, professeure d'histoire de l'art et d'architecture à Harvard, interroge ce « corpus visuel capucin » en le reliant aux contextes culturel, social et politique des peuples concernés. Elle note que l'enjeu central des capucins consistait à « extirper de cette région ce qu'ils jugeaient être de l'idolâtrie ». Certaines aquarelles montrent des scènes pacifiques et d'autres d'une extrême violence. L'historienne insiste sur le « processus de création transculturelle » qui fut mis en œuvre, les missionnaires ayant développé des échanges avec les érudits africains.

Voir en ligne : /2026/10/PIOT/70073

CNRS Éditions, Paris, 2026, 254 pages, 39 euros.

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La Mauvaise réputation. Essai sur les frontières africaines

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« Il semble plus difficile de déboulonner un mythe qu'une statue », reconnaît la chercheuse Caroline Roussy. Non, les frontières africaines n'ont pas été tracées lors de la conférence de Berlin en 1884-1885. Le mythe de leur « artificialité » nourrit les amertumes postcoloniales et les déclinaisons du discours panafricaniste. Sans jamais minorer les ressorts de cette « mauvaise réputation », ainsi que les blessures qu'elle signale, cet essai apporte un éclairage décisif sur les « processus longs et négociés » de ce qu'on peut nommer une coproduction entre puissances coloniales et acteurs locaux. Parce que toute frontière est un « objet politique », l'Organisation de l'unité africaine (OUA) a adopté, en 1964, le principe de leur intangibilité. Cette décision, pragmatique et lucide, consacre la compatibilité entre les souverainetés territoriales et l'idéal d'intégration panafricaine. On comprend alors comment les Africains sont devenus acteurs et dépositaires de leur géographie. Au gré des processus d'intégration, des crises et des recompositions géopolitiques.

Voir en ligne : /2026/10/LALOUPO/70072

Riveneuve, Paris, 2026, 224 pages, 11,50 euros.

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Comprendre la question kurde

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Du démembrement de l'Empire ottoman (1918-1922) aux attaques américaines contre l'Iran (2026), en passant par les deux guerres du Golfe (1990 et 2003) et la guerre civile en Syrie (2011-2024), les Kurdes n'ont cessé de se battre pour la reconnaissance de leurs droits culturels et politiques. Une constante : à chaque déstabilisation du Proche-Orient, la « question kurde » revient sur le devant de la scène internationale. En analysant, avec rigueur et pédagogie, les étapes de la longue résistance d'un peuple toujours sans État, Didier Billion, directeur adjoint de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), décrypte, sans simplification, une lutte qui touche des communautés réparties dans quatre pays (Iran, Turquie, Irak et Syrie). L'auteur note que la lutte armée n'est plus l'« unique moyen promu pour faire valoir [ses] revendications ». Au-delà du vieux rêve d'indépendance, les organisations kurdes vont devoir, selon lui, se concentrer sur la « question des droits démocratiques culturels et politiques » au sein même des États fédéral (Irak) et centralisés (Turquie, Iran et Syrie) qui leur contestent toujours le droit à une autonomie territoriale.

Voir en ligne : /2026/10/PIOT/70070

Armand Colin, Paris, 2026, 224 pages, 19,90 euros.

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La Palestine au cœur du capitalisme mondial

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Alors que certains analystes insistent sur l'extrémisme du gouvernement israélien actuel ou l'activité du lobby pro-Israël en Occident, les auteurs de cet ouvrage proposent d'examiner les convergences et conflits d'intérêts économiques et politiques dans la région. Ils retracent l'histoire d'une zone riche en combustibles fossiles, où l'Occident avait besoin d'un point d'appui, d'où l'importance pour les États-Unis de légitimer Israël, et pour Israël, de prendre le contrôle de l'économie palestinienne. Leur propos entend mettre au jour une continuité depuis les accords d'Oslo jusqu'à aujourd'hui : le génocide serait un moyen, extrême, mais s'inscrivant dans le sillon d'autres mécanismes visant le même résultat, comme le contrôle économique et la restriction de circulation. L'histoire d'Israël serait avant tout celle d'un colonialisme de peuplement impliquant, comme toujours, un racisme à caractère exterminateur. Dès lors, la question palestinienne apparaît moins comme une exception, et la solidarité devient « un combat commun contre les structures responsables de la dépossession, de la répression et de l'exploitation, dans la région et au-delà ».

Voir en ligne : /2026/10/LEVERBE/70071

Éditions Amsterdam, Paris, 2026, 160 pages, 13 euros.

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