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Mais pourquoi Glucksmann voit-il des génocides partout, sauf à Gaza ?

Par Eric V.

En janvier 2022, Raphaël Glucksmann saluait le vote reconnaissant « le génocide des Ouïghours ». Hier, face à Ségolène Royal, il refusait encore le mot pour Gaza. Entre les deux, une commission de l'ONU a conclu au génocide. Lui, non. Il faudrait savoir ce qui a changé : les faits, ou l'accusé.

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Le 20 janvier 2022, l'Assemblée nationale adopte une résolution qui « reconnaît » les violences infligées aux Ouïghours comme constitutives d'un génocide. Aucune juridiction n'a statué. Aucun organe des Nations unies n'a prononcé le mot. Raphaël Glucksmann, alors député européen, s'en félicite sur X : « Tous les groupes ont voté pour la résolution reconnaissant et condamnant le génocide des Ouïghours […] : c'est un message fort envoyé au régime chinois. » Le mot est posé, et il est applaudi.

Mars 2024. Le même homme, interrogé sur Gaza : « J'ai un emploi extrêmement précautionneux du terme génocide. » Il parle de carnage.

Septembre 2025. La commission d'enquête internationale indépendante mandatée par le Conseil des droits de l'homme conclut qu'Israël commet un génocide à Gaza. Elle retient quatre des cinq actes énumérés par la Convention de 1948 et nomme Netanyahou, Herzog et Gallant. Elle est présidée par Navi Pillay, ancienne présidente du Tribunal pénal international pour le Rwanda, ce qui ne manque pas de sel pour le coréalisateur de Tuez-les tous !.

Hier soir enfin, sur LCI, Ségolène Royal lui lance : « Si les mots sont importants, il faut reconnaître le génocide. » Il refuse. Crimes de guerre, crimes contre l'humanité, tout ce qu'on voudra — le mot, non.

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Deux dossiers, un seul dictionnaire

Posons les deux dossiers côte à côte, sans rien y ajouter.

Xinjiang, janvier 2022 : pas de juge, pas de conclusion onusienne. Le rapport du Haut-Commissariat, publié sept mois plus tard, parlera de possibles crimes contre l'humanité — pas de génocide. Verdict Glucksmann : génocide, et bravo.

Gaza, septembre 2026 : une commission de l'ONU conclut au génocide, une procédure est pendante devant la Cour internationale de justice. Verdict Glucksmann : précaution.

Si le critère était le juge, les Ouïghours n'auraient pas eu droit au mot. Si c'était le poids des conclusions internationales, Gaza l'aurait obtenu la première. Si c'était l'ampleur des morts, la question ne se poserait même pas. Reste une variable, une seule, qui couvre les deux cas sans en laisser un de côté : l'identité de l'accusé. Contre Pékin, le mot circule librement. Contre un allié, il devient précautionneux.

Je ne sais pas ce qui se passe dans la conscience de M. Glucksmann, et je suppose qu'il est sincère dans les deux cas. Le tableau n'a pas besoin de ses intentions. Il suffit qu'on le lise.

L'intention, justement

La meilleure défense de Glucksmann tient en un mot, et c'est un mot de juriste : l'intention. Le génocide exige la preuve d'une volonté de détruire un groupe comme tel. Au Xinjiang, les camps et les stérilisations forcées documentaient une politique d'État ; à Gaza, il y a une guerre, un ennemi armé, un 7 octobre, et l'intention se discute. C'est un argument sérieux, et il mérite mieux qu'un haussement d'épaules.

Il a pourtant deux défauts. Le premier : c'est précisément sur l'intention que la commission Pillay s'est prononcée, en s'appuyant sur les déclarations publiques des dirigeants israéliens. On peut contester sa conclusion. On ne peut pas prétendre qu'elle n'a pas regardé. Le second : cette exigence probatoire, si scrupuleuse aujourd'hui, personne ne l'a vue à l'œuvre en 2022, quand il s'agissait d'applaudir un vote sans juge. La rigueur qui ne s'exerce que d'un côté n'est pas de la rigueur. C'est un tri.

Le Courrier n'a pas besoin de trancher la qualification juridique de Gaza pour constater ceci : l'étalon a changé en cours de route, et personne n'a été prévenu.

NAZA ? ou la déchéance opposée aux témoins de Gaza
Comment établir le génocide à Gaza ? — chronique documentaire de la semaine du 11 au 17 septembre 2026. Avec Élise Rochefort.

Le mot devenu carte de membre

Le plus inconfortable reste à dire, et il ne concerne pas seulement Glucksmann. Ceux qui trouvaient grotesque la résolution de 2022, et qui exigent aujourd'hui le mot pour Gaza, font exactement la même opération, en miroir. Chaque camp tient son registre : ici des génocides, là des carnages, ailleurs des « opérations ». Nous avons fait du terme le plus lourd du droit international un signe de reconnaissance entre gens du même bord. Qui l'emploie dit moins ce qu'il a vu que de quel côté il se tient.

Ce n'est pas nouveau, et c'est bien le problème. Mais d'un éditorialiste, on peut s'en accommoder. D'un candidat à la présidence de la République, non. Celui qui entrera à l'Élysée votera à l'ONU, signera des ventes d'armes, choisira ses silences au Conseil de sécurité. On sait désormais avec quel dictionnaire il le ferait.

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Dernier mot

Un mot qu'on accorde selon l'accusé n'est plus une qualification. C'est une allégeance.

M. Glucksmann a bâti sa réputation sur l'idée que nommer les crimes est le premier devoir d'un homme libre. Il a raison. Il lui reste à nous expliquer pourquoi ce devoir, impérieux à Pékin, devient facultatif ailleurs.

Précautionneux, donc.

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Macron à New-York : "Je ferai payer les Français pour les guerres étrangères"

Par Eric V.

Alors que le prix à la pompe s'envole, Macron est bien décidé à continuer à chérir les causes des maux qu'il dénonce, en particulier une soumission humiliante aux USA et à leurs guerres, qu'elles soient directes ou par proxy.

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Macron n'a pas encore prononcé son discours à l'Assemblée Générale de l'ONU, mais il a quand même beaucoup parlé à l'extérieur de la salle. En particulier, il a proposé une masse d'initiatives pour tenter d'endiguer la crise pétrolière que le Courrier annonce depuis le mois d'avril.

Au menu de ses péroraisons, notamment, une présence militaire française en Arabie Saoudite, pour protéger les installations pétrolières déjà menacées par l'Iran, et désormais directement menacées par le mouvement Ansarullah. Bref, des dépenses militaires, et une prise de risque pour sécuriser une région déstabilisée par une guerre israélo-américaine qui nous est imposée.

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Chérir les causes de nos maux

Emmanuel Macron s'agite, avec son Premier Ministre Lecornu, pour refroidir la colère qui monte en France face à l'augmentation des prix du pétrole, et en particulier du carburant domestique. En année électorale, il faut bien reconnaître que l'ébullition peut très vite partir en vrille. La stratégie est d'endetter un peu plus l'État pour soulager la pression sur le pouvoir d'achat.

Dans le même temps (le fameux "en même temps" que tout le monde connaît), Macron prend bien soin de ne pas s'attaquer aux racines du mal : sa soumission à l'ordre "occidental", conduit par Donald Trump, qui lève un impôt de fait sur les peuples pour financer la défense d'un État d'Israël dominé par de dangereux extrémistes. Là encore, le projet de Grand Israël qui anime les délires d'un Ben Gvir ou d'un Smotrich, dont Nétanyahou est prisonnier autant que complice, se traduit par un appauvrissement des Français, qui n'ont rien demandé.

On peut certes compter sur la presse Bolloré, relais fidèle des positions israéliennes, pour faire croire à ces pauvres Français que c'est le prix à payer pour défendre l'Occident face à la menace islamiste. Certains tombent encore dans le panneau.

La réalité est que nous payons aujourd'hui pour une guerre qui n'est pas la nôtre. On comprend bien que, pour survivre, Israël doive affronter l'Iran dont le fondement est la contestation sioniste. Mais l'intérêt des Français, dans cette affaire, où est-il ?

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Ukraine, Iran : quels sont les risques de dégradation et d'accélération des conflits ?

Par Thibault de Varenne

Le 13 septembre, un drone russe a frappé la locomotive d'un train ukrainien à cinq kilomètres de la frontière polonaise. Des responsables européens étaient à bord, dont un ancien premier ministre britannique, qui rentraient d'une conférence à Kiev. Le 16 au soir, un drone venu du Yémen a été abattu au sud de La Mecque, avant d'entrer dans l'espace aérien interdit qui entoure la ville sainte. Quatre mille kilomètres séparent ces deux engins. Ils posent la même question, et c'est celle du titre : ces deux guerres peuvent-elles s'aggraver, s'accélérer, se rejoindre — et jusqu'où ?

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Je vais essayer d'y répondre proprement, c'est-à-dire en distinguant, parce que le mot « escalade » recouvre trois choses qui ne se ressemblent pas. Mais il faut d'abord poser le terrain, pour le lecteur qui ne suit pas ces dossiers chaque matin.

Où en est-on, en Ukraine

La guerre entre dans son cinquième hiver, et la première chose à dire est que les deux camps décrivent deux fronts différents. Kiev affirme avoir repris cette année 745 kilomètres carrés dans la région de Dnipropetrovsk — vingt-six localités, a dit le président ukrainien le 12 août — puis, à la mi-septembre, 85 kilomètres carrés autour de Lyman, dans le Donbass, selon son 3e corps d'armée, dont le commandant parle d'une « pince nord » russe « défaite ». Moscou dit l'inverse. Le 28 juillet déjà, l'état-major d'un régiment de la 25e armée russe annonçait « nettoyer et consolider » Lyman même. Le 31 août, un analyste russe publié par RT tenait les 745 kilomètres carrés pour une opération de communication, la plupart des localités « libérées » montrant selon lui des images récentes de troupes d'assaut russes. Le 19 septembre, un expert militaire cité par TASS rapportait de « nouvelles lignes » prises à l'est et au sud-est de Droujkivka. Un lecteur honnête ne peut pas trancher entre ces deux cartes : chacune est dessinée par un belligérant, et le seul arbitre que la presse du Sud cite régulièrement est un institut de Washington, qui n'est pas plus neutre que les deux autres.

Ce que l'on peut dire tient en trois points que les deux camps admettent. D'abord, la « ceinture de forteresses » — Sloviansk, Kramatorsk, Droujkivka, les villes qui verrouillent le cinquième du Donetsk que l'Ukraine tient encore — n'est pas tombée : l'analyste de RT la décrit lui-même comme « le dernier bastion » que le nouveau commandant en chef ukrainien a ordre de tenir « à tout prix ». Ensuite, le rythme russe s'est effondré par rapport à l'an dernier. En décembre 2025, le chef d'état-major russe revendiquait 6 300 kilomètres carrés conquis dans l'année ; en 2026, les communiqués de Moscou annoncent des villages, des « lignes » et des « positions », et l'analyste de RT concède que l'offensive ukrainienne du printemps « a ralenti l'avance russe » et « retardé les événements décisifs » autour de Zaporijjia. Enfin, chacun affirme que l'offensive de l'autre a échoué, ce qui est la définition exacte d'un front qui ne bouge plus. Le président russe s'était fixé le 31 décembre pour prendre la ceinture ; c'est sa quinzième échéance depuis 2022. Et le Kremlin a démenti cette semaine préparer une mobilisation de 300 000 hommes d'ici la fin de l'année.

Là aussi, il faut relire ce que nous avons écrit, y compris ce qui a vieilli. Le 13 juin, je notais que les communiqués russes, à force de préciser qu'ils avançaient malgré l'adversaire, trahissaient une mécanique qui s'enraye. Le 18 juillet, je relayais — en les qualifiant de communiqués — les annonces d'une progression méthodique sur l'axe de Sloviansk et dans la région de Soumy, et je parlais d'un front qui glisse. Le 10 septembre, je concluais que la Russie n'avait pas gagné parce qu'elle n'avait pas pris ce qu'elle a inscrit dans sa Constitution, et qu'elle avançait — lentement, mais qu'elle avançait. Deux mois séparent le front qui glisse du front qui ne bouge plus, et c'est l'été qui les sépare : les annonces de juillet, à l'échelle où elles étaient faites, n'ont pas été confirmées par les cartes russes elles-mêmes. Je préfère le dire que le laisser deviner.

Ce qui change n'est pas la ligne de front, c'est ce qui vole au-dessus. Kiev affirme que la Russie a lancé environ 2 100 drones et 78 missiles en une seule semaine de septembre — chiffre ukrainien, donc à prendre comme tel. Une part croissante de ces drones sont à réaction, plus rapides que les engins à hélice ; l'Ukraine dit en intercepter neuf sur dix quand ils sont à hélice, six sur dix quand ils sont à réaction. Les Nations unies comptent 1 396 civils tués au premier semestre, en hausse de 37 % sur un an. Et l'on a enregistré ce mois-ci le premier cas documenté d'un drone d'attaque entièrement autonome, guidé par un calculateur embarqué qui choisit sa cible et frappe sans opérateur.

En sens inverse, l'Ukraine a frappé 26 raffineries russes depuis janvier, huit dans la seule semaine passée, en visant les unités de distillation qui demandent des mois de réparation. Diverses estimations évaluent à 30 % la capacité de raffinage russe mise hors service ; la gouverneure de la banque centrale russe a reconnu que l'inflation de l'été venait « d'abord de la situation sur le marché des carburants ». Le 1er septembre, le président ukrainien a déclaré que « les jours sûrs dans le ciel russe sont terminés », visant toute compagnie aérienne qui traverse l'espace russe. Le président russe a répondu que c'était « un pas vers le terrorisme d'État » et qu'il n'y aurait « pas de négociations avec des terroristes ».

Les négociations existent pourtant. L'envoyé américain a affirmé cette semaine qu'un accord entre Washington et Moscou était « largement préparé », et que l'obstacle était le refus de Kiev de céder le cinquième du Donetsk qu'elle tient encore. Moscou demande cette cession plus une zone démilitarisée au-delà. Jeudi, le Congrès américain a voté des sanctions dites secondaires — c'est-à-dire frappant non la Russie mais ceux qui lui achètent son pétrole et son gaz, Chine et Inde au premier rang.

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Où en est-on, avec l'Iran

La guerre a commencé le 28 février par des frappes américaines et israéliennes sur Téhéran. Elle devait durer quelques jours ; elle en est à son septième mois. L'Iran a répondu en frappant des cibles américaines au Koweït, à Bahreïn, en Jordanie, à Oman, et en fermant de fait le détroit d'Ormuz — le goulet par où passait avant-guerre un cinquième du pétrole et du gaz liquéfié mondiaux.

En juin, un mémorandum d'entente négocié par le Pakistan et le Qatar a prolongé un cessez-le-feu : l'Iran déminait Ormuz et laissait passer les navires ; les États-Unis levaient leur blocus naval et leurs sanctions. Le texte a tenu moins de deux semaines, chacun accusant l'autre de l'avoir rompu, et il est venu à expiration en août. Le 31 août, les forces américaines ont attaqué l'île de Larak, dans le détroit ; l'Iran a riposté sur deux bases en Jordanie. Le lendemain, à Bichkek, le président iranien disait que Téhéran reviendrait au mémorandum si Washington y revenait. Le 17 septembre, le président américain affirmait avoir parlé « directement » à l'Iran et être « vers la fin de la guerre » ; le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien répondait qu'il n'y aurait pas de pourparlers tant que les conditions iraniennes ne seraient pas remplies. Ni guerre déclarée, ni paix : un cessez-le-feu qui ne cesse pas le feu.

Ce journal ne découvre pas cette durée. Le 8 juin, au lendemain de la reprise des frappes, j'écrivais qu'une trêve qui ne traite pas les causes ne suspend pas la guerre mais la met au repos. Le 17 juin, jour de la signature du mémorandum, que la trêve tiendrait probablement ses soixante jours et qu'elle ne deviendrait pas une paix ; le 20, que ces soixante jours ressemblaient moins à une convalescence qu'à un sursis. Le 23 juillet, qu'une guerre entre deux États était en train de devenir la guerre d'un État contre sa région, et que les guerres qui franchissent ce seuil ne reviennent pas d'elles-mêmes en deçà. Le 1er septembre, que l'Iran s'était organisé pour une guerre longue et fragmentée là où ses adversaires avaient bâti des appareils faits pour des guerres courtes. Je ne rappelle pas ces dates pour m'en prévaloir. Je les rappelle pour que le lecteur puisse vérifier, pièce par pièce, ce qui tenait — et ce qui ne tenait pas. Car une chose ne tenait pas. Le 3 juillet, le baril sous quatre-vingt-dix dollars, j'écrivais que le monde n'avait pas tremblé quand Ormuz s'était fermé, et qu'on ne fermait plus un marché. Le marché a tenu tant qu'il restait une seconde route. Depuis que la route de la mer Rouge a été frappée à son tour, il tremble. Je m'étais trompé sur la marge, non sur le mécanisme : ce n'est pas un détroit qui fait un choc, c'est le second.

Un rapport de l'inspection générale du Pentagone, publié cette semaine, chiffre les quatre premiers mois à 33 milliards de dollars, dont 22 milliards de munitions consommées, une trentaine au moins de drones Reaper — les grands appareils de surveillance et de frappe — perdus, et reconnaît des « goulets d'étranglement » dans le réapprovisionnement. C'est un document américain, pas une source du Sud, mais c'est une pièce comptable et non un communiqué.

Et puis il y a le troisième théâtre, celui que les deux autres ont fait naître. Entre le 10 et le 12 septembre, les Houthis — le mouvement issu du zaydisme, branche du chiisme propre au nord du Yémen, qui tient Sanaa depuis 2014 et qui est l'allié de Téhéran sans en être la marionnette — ont pris Moka, puis l'île de Mayoun, puis toute la côte yéménite de la mer Rouge. Ils tiennent donc physiquement Bab el-Mandeb, le détroit qui commande l'accès à Suez et la route par laquelle l'Arabie saoudite exportait son brut en contournant Ormuz. Depuis juillet, ils ont décrété un blocus de la navigation saoudienne, frappent les bases et les terminaux du royaume, et affirment avoir abattu un F-15 saoudien — revendication de belligérant. Téhéran a salué un « triomphe divin ». Le baril a repassé les cent dollars. Et Washington, sollicité deux fois par Riyad pour frapper le mouvement selon des informations reprises par Al Jazeera, a refusé, tout en recevant des émissaires houthis dans son ambassade à Mascate.

Voilà le terrain. Trois foyers, deux détroits fermés ou menacés, un garant qui compte ses munitions.

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Trois façons pour une guerre de grandir

Le 18 juillet, dans ces colonnes, j'avais distingué trois pentes possibles pour ces deux guerres — l'accord, la conflagration, le pourrissement — et tenu la troisième pour la plus probable, parce qu'elle ne demandait de décision à personne. Deux mois plus tard, c'est bien celle-là que nous descendons. Mais « pourrissement » est un mot de moraliste, non d'analyste, et il faut le décomposer. On confond, sous le mot d'escalade, trois mouvements distincts, et l'on ne peut évaluer un risque qu'après les avoir séparés.

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Syrie : la transition rattrapée par la crise économique

Près de deux ans après la chute de Bachar Al-Assad, la Syrie accumule les signes de normalisation : retour de millions de déplacés, réintégration du nord-est kurde, reprise des institutions et ouverture économique. Mais la flambée des prix du carburant, des tensions persistantes à Soueïda et les incursions israéliennes rappellent la fragilité d’une transition qui doit désormais produire des résultats tangibles.

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Gaza : après les bombes, les immeubles tuent à leur tour

Un immeuble fragilisé par les bombardements israéliens s’est effondré mercredi à Gaza, tuant au moins 20 personnes et ensevelissant des dizaines d’autres. Le drame met au jour une menace devenue quotidienne dans l’enclave : faute de logements, des dizaines de milliers de Palestiniens vivent désormais dans des bâtiments endommagés et dangereux.

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Le dernier espoir

À Gaza, l'exiguïté des lieux et le poids écrasant des jours qui passent sans rien changer à notre situation m'obligent sans cesse à chercher le calme, même s'il ne dure que quelques minutes. Me voici sur le front de mer. Le bruit est omniprésent. Comment pourrait-il en être autrement dans un périmètre de quelques kilomètres carrés où s'entassent plus de deux millions de personnes, au cœur de l'une des tragédies les plus cruelles au monde ?

Mais ce n'est pas le grondement de la mer ou les vibrations des groupes électrogènes qui assaillent mes oreilles. C'est une discussion animée entre quatre jeunes hommes avachis sur des chaises en plastique. Ils parlent de la guerre. De ceux qui nous ont oubliés. De ceux qui font mine de nous aider mais qui n'ont rien à offrir si ce n'est quelques gesticulations. L'Iran ?

Hassan, 22 ans, a obtenu son diplôme universitaire il y a quelques mois. Il a perdu plusieurs membres de sa famille pendant les bombardements. Il s'est longtemps accroché à l'idée que l'Iran restait le dernier espoir capable de renverser la situation en modifiant le rapport de forces avec Israël. Il n'a pas perdu espoir. Pour lui, cela vaut encore la peine d'attendre. En infligeant une défaite aux Israéliens, la République islamique pourrait contribuer à ce que l'étau sur Gaza se desserre. « Téhéran, dit-il, n'a jamais abandonné ses alliés lors des crises précédentes. » Hossam et Rifât, à peine plus âgés, voient les choses différemment. Ils n'attendent rien de personne. Pas plus de l'Iran que des pays arabes. « Chacun son bât », disent-ils. « Gaza paye seule le prix lourd », dit l'un pour qui, même s'ils sont bombardés tous les jours, les Iraniens sont loin d'éprouver les mêmes souffrances que les Palestiniens. L'autre ne veut pas parler de géopolitique. Pour lui, la seule chose qui compte, c'est « la fin de cet enfer » que nous vivons depuis des années. La discussion se prolonge. Elle ne diffère guère de ce que j'ai pu entendre ici ou là. Tout tourne autour de ce que nous avons subi et de cette question lancinante : pourquoi le monde a-t-il laissé faire ça ? Comment en sommes-nous arrivés à espérer que l'Iran, pays auquel nombre d'entre nous ne se sont jamais intéressés, puisse voler à notre secours ? Le quatrième jeune homme, silencieux jusque-là, me dit que l'Iran est juste l'un des derniers espoirs auxquels on peut se raccrocher. Rifât n'est pas d'accord et se lève en maugréant : « Ces trois dernières années, Israël a démontré qu'il imposait sa volonté au monde entier. Il est vain d'attendre des miracles », lâche-t-il avant de s'en aller d'un pas traînant. Hossam acquiesce : « Après des années de guerre, le fossé entre ce que nous vivons et ce que nous espérons s'est considérablement creusé, et les vœux ne changent pas la réalité. » Pour nous tous, la situation en Iran nous apparaît tragique à double titre. Nous savons ce que la guerre fait aux peuples. Et nous craignons de ne plus avoir le moindre espoir.

Voir en ligne : /mav/209/AABED/69911
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Iran. Guerres, révoltes, espérances

Numéro coordonné par Akram Belkaïd

Édition : Philippe Descamps
Conseil éditorial : Shervin Ahmadi et Marmar Kabir

Conception graphique : Louis Moreau-Ávila
Maquette : Jérôme Grillère
Photogravure : Patrick Puech — Wilhem
Cartographie : Cécile Marin et Fanny Privat
Correction : Xavier Monthéard et Florent Paillery

Remerciements à nos stagiaires, Éléonore Guillemin-Baulny, Emma Lévy et Dorian Maillot. Merci aussi pour leurs contributions à Sepideh Nikoukar (choix et traduction des poèmes), Kamyar Roudakian (récits) et Pourya Toranj Sim (indicateurs et statistiques).

Éditorial

Un défi existentiel ///// Akram Belkaïd

Perspectives

Une nation multiséculaire et pluriethnique ///// Cécile Marin
L'archipel chiite et l'« axe de la résistance » ///// C. M.
Le pétrole au cœur de la guerre ///// C. M.

Ôter ses œillères, comprendre un pays ///// Philippe Descamps et Marmar Kabir

Chronologie. De la révolution islamique à la guerre ouverte avec les États-Unis et Israël ///// Dorian Maillot et Olivier Pironet

La passion d'un peuple ///// A.B.

1. La dernière guerre ?

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Déclenchée le 28 février 2026, l'attaque américano-israélienne contre l'Iran a ouvert une nouvelle page dans l'histoire déjà tourmentée de la République islamique. Jusque-là, le régime né de la révolution de 1979 a toujours su résister et survivre aux agressions extérieures, dont celle de l'Irak en 1980 ou les bombardements de juin 2025. Mais la recomposition stratégique en cours au Proche-Orient et l'aspiration au mieux-être de la population changent la donne.

Washington à la traîne de Tel-Aviv ///// Adlène Mohammedi

La relève attend son heure ///// Bernard Hourcade

L'année du sang ///// Ph. D. et M. K.

Une défense à deux visages ///// Akram Kharief

Premier round en douze jours ///// Shervin Ahmadi, Ph. D. et M. K.

2. Un pouvoir face à sa société

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Se résigner, quitter le pays ou subir la répression. Depuis bientôt cinq décennies, c'est le choix auquel sont confrontés bon nombre d'Iraniens — et en particulier les femmes — qui souhaitent plus de libertés, notamment politiques et sociétales, voire un changement de régime. S'il est attentif aux apparences et à un certain formalisme démocratique, le pouvoir garde la même ligne depuis 1979 : empêcher tout changement quitte à user de la violence contre les protestataires.

Un pluralisme en trompe-l'œil ///// A.B.

Institutions de la république islamique ///// Ph. D. et C. M.

Quand la répression lézarde le pouvoir ///// Stéphane A. Dudoignon

L'improbable changement ///// S. A. et Ph. D.

Les fantômes de Sanandaj ///// Airin Bahmani et Bruno Jäntti

3. Voisins et rivaux

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Conscients de la détermination des États-Unis et d'Israël à faire tout leur possible pour isoler et affaiblir la République islamique, les dirigeants iraniens ont très tôt mis en œuvre la stratégie de « défense avancée ». Cela consistait à soutenir des régimes (Syrie) et des organisations politico-militaires (Hezbollah, houthistes) lui offrant une plus grande influence régionale. Cette approche pragmatique n'est pas exempte d'échecs, comme en témoignent les relations ambiguës qu'entretient Téhéran avec Bagdad et Ankara.

Une folle guerre, asymétrique et intermittente ///// Ph. D.

« Une civilisation va mourir » ///// Benoît Bréville

Défiance irakienne contre Téhéran ///// Feurat Alani

Un nationalisme non impérialiste ///// B. H.

La Turquie, modèle et repoussoir ///// Thierry Kellner et Mohammed Reza Djalili

Convergences et divergences entre voisins ///// Fanny Privat

4. La culture, envers et contre tout

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Le contraste est saisissant. D'un côté, un régime capable de violences contre ses opposants ou de simples protestataires, y compris les plus pacifiques. De l'autre, un amour partagé par la majorité des Iraniens pour les arts, à l'image de l'engouement pour la poésie ou le cinéma. Au fil du temps, certains créateurs ont appris à façonner des œuvres polysémiques afin de tromper la vigilance de la censure. Mais il arrive que l'exil soit pour eux l'unique moyen de poursuivre leur travail.

Un cinéma au succès ambigu ///// Adrien Cluzet

Une lignée artistique exceptionnelle ///// Gilbert Lazard

De pierres et de silence ///// Ignacio Ramonet

« Le chagrin, c'est quitter son pays » ///// Thelma Katabi

Voix de faits

Citations, extraits, repères…

Vu de Téhéran, Ispahan et Gaza

Une répression, encore une

La jeune fille et le pilote

L'adieu au Guide

Les femmes soulèvent le voile

Trompeuses apparences

Une économie dans la guerre

Le dernier espoir

Une synagogue sous les bombes

Poétesses et poètes

Omar Khayyam, Mahsati Ganjavi, Mirza Abdolqader Bedil Dehlavi, Tahereh Ghorrat-ol-Eyn

Houshang Ebtehaj

Mohammad-Reza Shafiei-Kadkani

Mehdi Akhavan Sales (« Omid »)

Ahmad Shamlou

Forough Farrokhzad

Nima Youshidj

Jala Ad-Din Rumi

Hafez

Balises

Moushak-baran

Padafand

Pasdar

Ayatollah

Basirat

Sandis-khor

Fetneh

« Axe arabo-hébreu-occidental »

Los-Anjelesi

Notche-ye Amrika

Savak

Filternet

Jalons

Quand Tel-Aviv et Téhéran s'alliaient

Femmes, le combat séculaire

« Le Monde diplomatique » en persan

Rodomontades et pirouettes

Quel statut pour les houthistes

Un conflit dévastateur

Les thuriféraires de la monarchie

Filmographie

« Je ne suis pas un roman »

La fille, son chauffeur, Dieu et Marx

Iconographie

Ce numéro est accompagné des œuvres de :

• Pooya Aryanpour

• Hoda Kashiha

• Newsha Tavakolian

• Jean Gaumy

• Certaines œuvres sélectionnées appartiennent aux fonds de M. Christian Bromberger et du Hanna Holborn Gray Special Collections Research Center

Lire la présentation des artistes

Bande dessinée

Coordonnée par Guillaume Barou

Au rythme des trèves ///// Bademjan

Dates de parution des articles

Les articles publiés dans ce numéro — à l'exception de 4 inédits et de la majorité des encadrés — sont déjà parus dans Le Monde diplomatique. La plupart ont fait l'objet d'une actualisation et leur titre a été modifié. La date de première publication ainsi que les titres originaux figurent ci-dessous.

Philippe Descamps et Marmar Kabir, « Kosovo : bras de fer serbo-albanais » (inédit).
Akram Belkaïd, « La passion d'un peuple » (inédit).
Adlene Mohammedi, « Quand Israël entraîne les États-Unis », avril 2026.
Bernard Hourcade, « Quelle relève pour l'Iran ? », mars 2026.
Philippe Descamps et Marmar Kabir, « L'Iran dans la tourmente », février 2026.
Akram Kharief, « Défense à double détente en Iran », juin 2019.
Shervin Ahmadi, Philippe Descamps et Marmar Kabir, « Un défi à la nation iranienne », juillet 2025.


Akram Belkaïd, « Un pluralisme en trompe-l'œil » (inédit).
Stéphane A. Dudoignon, « En Iran, le pouvoir se fracture », décembre 2022.
Shervin Ahmadi et Philippe Descamps, « Espoirs et simulacres du changement en Iran », mai 2016.
Airin Bahmani et Bruno Jäntti, « Les ombres de Sanandaj », février 2020 (dans Manière de voir, n° 169, « Le combat kurde »).


Philippe Descamps, « Une folle guerre, asymétrique et intermittente » (inédit).
Benoît Bréville, « Une journée comme une autre », mai 2026.
Feurat Alani, « Les Irakiens contre la mainmise de l'Iran », janvier 2020.
Bernard Hourcade, « L'Iran se réinvente en puissance régionale », février 2018.
Mohammad-Reza Djalili et Thierry Kellner, « Ankara et Téhéran, alliés ou concurrents ? », janvier 2017.


Adrien Cluzet, « Le clair-obscur du cinéma iranien », novembre 2024.
Gilbert Lazard, « Une lignée exceptionnelle d'auteurs de génie », décembre 1965.
Ignacio Ramonet, « “Le jardin de pierres”, un film de Parviz Kimiavi », mars 1977.
Thelma Katebi, « Être chanteur en Iran », août 2020.

Voir en ligne : /mav/209/

209

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Une synagogue sous les bombes

Sur les près de cent mille Juifs recensés avant 1979, environ quinze mille vivent encore en Iran. Cette communauté, la plus importante du Proche-Orient en dehors d'Israël, demeure foncièrement attachée à son pays.

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Le mardi 7 avril, à 3 h 30, un appel m'apprend que trois missiles israéliens ont entièrement détruit la synagogue Rafi'nia, rue Fariman à Téhéran. Ce lieu de prière abrite également les réunions de l'Association des diplômés juifs d'Iran. Sur place, je découvre les étagères brisées et renversées, les livres déchiquetés éparpillés sur le sol. Çà et là, parmi les décombres, on aperçoit des fragments des tapis précieux qui, autrefois, ornaient les murs. Le poids des souvenirs rend pour moi cette destruction encore plus douloureuse. Après m'être enquise de l'état des habitants de la ruelle et avoir constaté qu'ils étaient sains et saufs, ma principale préoccupation va aux anciens rouleaux de la Torah. Le chef des secouristes accepte de ne pas utiliser une pelleteuse et de prendre le risque de déblayer à la main pour ne pas les abîmer. Conservés dans de solides caisses en bois, les rouleaux sont exhumés au bout de cinq jours.

Tous les Juifs du monde connaissent cette histoire : après la prise de Babylone, en 538 avant l'ère présente, le roi achéménide Cyrus le Grand libéra les déportés du royaume de Juda. Une partie d'entre eux prit le chemin de la Perse et découvrit dans la région de l'actuelle Ispahan un climat qui leur rappela celui de Jérusalem. Ils s'y établirent et prirent racine. Aujourd'hui, dans l'un des pays musulmans les plus radicaux du Proche-Orient, vit encore une communauté de plusieurs milliers de Juifs.

Nous, Juifs iraniens, n'avons jamais cessé de vivre sur cette terre. Nous avons été mêlés à tout ce qu'elle a traversé, pris dans le même creuset des heures heureuses et des heures sombres du pays. Nous sommes toujours vivants, nous respirons encore et nous faisons signe au monde : « Hé, nous sommes là ! » Nous ne sommes ni misérables, ni apeurés, ni rongés par l'inquiétude : nous formons une communauté soudée, structurée et prospère, dotée d'organisations de jeunesse, d'associations de femmes et d'institutions communautaires à Téhéran, Chiraz ou Ispahan. Notre communauté est porteuse d'une identité à la fois juive et iranienne.

Nos synagogues restent ouvertes, nos jeunes passent sous la houppa (le dais nuptial) pour se marier, nos morts reposent en paix dans leurs cimetières confessionnels. À l'étranger, cette réalité singulière a toujours été assimilée à la propagande d'État et reléguée à la marge. Mais, aujourd'hui, je suis là pour témoigner, en tant que journaliste iranienne et juive, de comment nous, citoyens de toutes religions, de toutes langues et de toutes origines, continuons à vivre ensemble. Comment, depuis des siècles, on nous apprend à passer devant les lieux de culte des autres sans hostilité ni mépris ; à respecter et à aimer nos voisins et nos amis musulmans, comme eux-mêmes nous respectent et nous aiment.

Nous sommes là !

Voir en ligne : /mav/209/YASHAYAIE/69915
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Une répression, encore une

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Dans l'après-midi du 8 janvier, je sors pour ma promenade habituelle. N'écoutant pas la chaîne Iran International, très proche d'Israël, je ne sais pas encore que Reza Pahlavi — le fils du dernier chah — appelle au renversement du régime. Il incite la population à descendre dans la rue et assure avoir le soutien de Donald Trump et Benyamin Netanyahou. Cinq jours plus tôt, l'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro a démontré la capacité des États-Unis à mener des interventions audacieuses.

Depuis le 28 décembre, la rue gronde. À la suite d'une forte fluctuation du taux de change, une partie des marchands d'or et de téléphones portables a déclenché un mouvement de grève. Soutien traditionnel du régime, le grand bazar de Téhéran tourne au ralenti. Ce matin, tous les vendeurs d'or ont baissé leurs rideaux. Certains se tenaient devant leur magasin, montant la garde, tandis que les forces de sécurité étaient présentes en grand nombre.

En approchant de la place Tajrish, dans le nord de la ville, l'air empeste les gaz lacrymogènes. Des affrontements ont commencé. Deux jeunes filles me demandent de leur commander une voiture de transport avec chauffeur, via une application baptisée Snapp !. Je constate alors que toutes les communications sont coupées : Internet, textos, appels téléphoniques.

Des jeunes scandent « Mort à Khamenei » et « C'est la dernière bataille, Pahlavi revient ». L'un d'eux m'assure que Trump a promis de faire tomber le régime des mollahs. Un autre affirme que le Guide Ali Khamenei a fui à Moscou, comme Bachar Al-Assad. Dans la zone où je me trouve, pas de tir, les heurts ressemblent à ceux d'une manifestation à Paris. Plus tard, j'apprends que des coups de feu sont entendus en périphérie de Téhéran, notamment à Fardis, ainsi qu'à Rasht, dans le nord, et dans de petites villes de l'ouest du pays.

Je sors de nouveau le lendemain. Cette fois, j'entends des coups de feu et vois des forces de l'ordre tirer sur les manifestants. Une scission intervient au sein des protestataires : certains ne veulent scander que « Mort à Khamenei » et n'ont pas envie de louer le fils du chah. Manifestations et affrontements durent jusqu'au milieu de la nuit. Pendant quelques jours encore, des gens scandent « Mort à Khamenei » depuis leurs immeubles le soir.

Une semaine plus tard, le gouvernement iranien reconnaît la mort de 3 117 personnes, dont 209 membres des forces de l'ordre et du personnel non armé (concierges de certains bâtiments administratifs, pompiers, conducteurs d'ambulance). L'organisation non gouvernementale Human Rights Activists in Iran (Hrana) estime ce nombre à 6 488. Le président Trump avance le chiffre de 32 000 morts, et le média Iran International, établi à l'étranger, plus de 33 000. Le bureau du président Massoud Pezechkian déclare que toutes les victimes de ces manifestations sont des « enfants d'Iran ». Le Guide se dit « endeuillé par le sang versé », mais prêt à « briser le dos des séditieux ». En dehors des « agents de l'étranger », il classe les manifestants en trois catégories : « défenseurs de la sécurité, passants et trompés ».

Voir en ligne : /mav/209/AHMADI/69930
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Voix de faits

Citations, extraits, repères…

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« Ney »

Flûte dont le nom persan signifie « roseau » et dont on joue dans les mondes arabe, turc et persanophone. Connu dès l'Antiquité, cet instrument se décline en de nombreuses tailles.

5 millions de tonnes de CO2

C'est la quantité de dioxyde de carbone ou équivalent émise lors des quatorze premiers jours de la guerre, soit autant qu'un pays comme l'Islande en un an, selon une estimation du Climate and Community Institute. C'est aussi l'équivalent des rejets annuels d'un total de 1,1 million de véhicules à moteur à combustion.

Source : Fred Otu-Larbi, Patrick Bigger et Benjamin Neimark, « Two weeks of war in Iran unleashed more carbon pollution than Iceland does in a year », Climate and Community Institute, 21 mars 2026.

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Fierté

« C'est en lisant les vers du poète du Xe siècle Ferdowsi (940-1020) que j'ai compris la fierté du peuple iranien mais aussi sa longue tradition révolutionnaire : cette alliance impétueuse de dignité et de fureur me convient parfaitement ! » Bertrand Badie, politiste de père iranien
Source : Le Monde, 20 mars 2026.

« Mort à l'Amérique ! »

Ou « Marg bar Amrika ! » en iranien. Slogan repris et popularisé par les étudiants durant la prise d'otages de l'ambassade américaine de Téhéran en 1979, et qui fut promis à une longue prospérité sur les murs des villes ou dans les manifestations pro-régime. Dans ses Mémoires, l'ancien président Hachémi Rafsandjani (1934-2017) affirme qu'en juillet 1984 le Parlement avait décidé de l'abandonner, tout comme le slogan « Mort à l'Union soviétique », mais que le moment propice n'est pas venu.

Opération « chat botté »

Parmi ses projets pour abattre le régime iranien, le renseignement extérieur israélien (Mossad) œuvrait au retour au pouvoir de l'ancien président Mahmoud Ahmadinejad à la faveur d'un soulèvement militaire des forces d'opposition kurdes. Pour mémoire, le concerné, qui fut président de 2005 à 2013, fut l'un des plus violents contempteurs d'Israël, et c'est sous son mandat que la question du programme nucléaire iranien est devenue une source de tension majeure entre Téhéran et Tel-Aviv.

Source : The New York Times, 13 juillet 2026.

Frantz Fanon à Alo Shariati

« Ton interprétation de la renaissance de l'esprit religieux et tes efforts pour mobiliser cette grande puissance — qui à l'heure actuelle est en proie aux conflits internes ou atteinte de paralysie — dans un but d'émancipation d'une grande partie de l'humanité menacée par l'aliénation et la dépersonnalisation et dont le retour à l'islam apparaît comme un repli sur soi sera le chemin que tu as pris (…). Quant à moi, bien que ma voie se sépare, voire s'oppose à la tienne, je suis persuadé que nos chemins se croiseront finalement vers cette destination où l'homme vit bien. » Lettre de Frantz Fanon à Ali Shariati, penseur de la révolution iranienne et qui avait traduit ses œuvres en persan.
Source : Frantz Fanon, Écrits sur l'aliénation et la liberté, La Découverte, Paris, 2015.

Savak, CIA et Mossad

De sinistre mémoire, l'Organisation pour le renseignement et la sécurité nationale (Savak selon l'acronyme persan) était connue pour sa brutalité, ses arrestations arbitraires, le recours à la censure et une surveillance étroite de toute la société. Cette police politique du chah a vu le jour avec l'aide des services secrets américains en 1957. Dans le cadre des bonnes relations avec Israël — que l'Iran avait reconnu dès 1950 —, les services de renseignement de Tel-Aviv (Mossad) formèrent les officiers iraniens aux techniques d'interrogatoire, de surveillance et de contre-espionnage.

PIB en berne

La « pression maximale » exercée par les États-Unis sur l'économie iranienne aurait entraîné une contraction du produit intérieur brut de 7,3 % entre 2018 et 2022, selon l'économiste Vali Nasr (Iran's Grand Strategy. A Political History, Princeton University Press, 2026). La pauvreté aurait augmenté de 11 %.

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Un nez parfait

Les rues de Téhéran grouillent de jeunes (surtout des femmes) avec le nez dans le plâtre ou affublé d'un pansement. Les rhinoplasties sont à la mode, et certains Iraniens branchés portent un plâtre sans avoir subi d'opération, seulement pour afficher leur statut social. Comment expliquer une telle mode ? De nombreuses raisons ont été avancées. La première serait le code vestimentaire — de moins en moins respecté ces dernières années — selon lequel les femmes doivent se couvrir les cheveux et le corps et qui fait du visage le centre de l'attention et de l'apparence. La seconde tiendrait au désœuvrement des jeunes, qui rêvent de ressembler aux vedettes de Hollywood.

Tapis

C'est à Pazyryk, une vallée du Haut-Altaï, en Sibérie méridionale, que des archéologues soviétiques découvrirent en 1949 dans le pergélisol un tapis de laine de mouton noué et finement tissé à la main. Préservé par le gel, ce tapis daté du IVe ou IIIe siècle avant notre ère est le plus ancien connu de cette qualité. Il proviendrait soit des Scythes, soit des Perses achéménides. Les tapis persans noués à la main demeurent à ce jour les plus célèbres et les plus recherchés des tapis d'Orient.

Voie nucléaire

« L'un des principaux dirigeants réformateurs iraniens, Saeed Laylaz, a déclaré récemment que l'Iran était contraint par les événements de devenir une puissance nucléaire. Il indique que, depuis quarante ans, l'Iran a déclaré à de nombreuses reprises aux Américains être prêt à telle ou telle concession, pensant que ces derniers allaient le laisser tranquille. Mais le résultat a été davantage de pression, puis la guerre. Les Iraniens n'ont donc plus le choix : soit ils deviennent une puissance nucléaire, soit ils meurent. La seule issue de cette guerre serait un Iran nucléaire. » Source : Siavosh Ghazi, Carnet de guerre. 40 jours dans Téhéran sous les bombardements, First, Paris, 2026.

208
(milliards de barils)

Réserves prouvées de pétrole de l'Iran en 2025, selon l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), soit près de huit fois la consommation annuelle mondiale. Le pays occupe la troisième place dans le monde derrière le Venezuela et l'Arabie saoudite, devant le Canada.

Le persan en héritage

Langue officielle de l'Iran, le persan est compris par la plupart des Iraniens, bien qu'il ne soit la langue maternelle que d'un peu plus de la moitié de la population. Il est parlé en Afghanistan et au Tadjikistan, pays où il est également la langue officielle. L'histoire de la région fait aussi que le persan a beaucoup influencé d'autres langues, proches comme le kurde, mais aussi distinctes comme le turc ottoman et surtout l'ourdou du Pakistan, lui-même très proche de l'hindi, officiel en Inde. Plus largement, la plupart des langues d'Asie du Sud et du Sud-Ouest appartiennent à la famille indo-iranienne.

Michel Foucault et l'Iran

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« Il n'y a, certes, aucune honte à changer d'opinion ; mais il n'y a aucune raison de dire qu'on en change lorsqu'on est aujourd'hui contre les mains coupées, après avoir été hier contre les tortures de la Savak. (…) La spiritualité à laquelle se référaient ceux qui allaient mourir est sans commune mesure avec le gouvernement sanglant d'un clergé intégriste. Les religieux iraniens veulent authentifier leur régime par les significations qu'avait le soulèvement. On ne fait pas autre chose qu'eux en disqualifiant le fait du soulèvement parce qu'il y a aujourd'hui un gouvernement de mollahs. »

Michel Foucault s'explique dans Le Monde du 11 mai 1979. Envoyé spécial pour le Corriere della Sera, le philosophe s'était beaucoup vu reprocher son intérêt pour cette révolution religieuse et ses propos sur l'unité populaire contre le chah, le « soulèvement de toute une société ». En réalité, il s'intéressa davantage au « mouvement » de délégitimation du politique qu'à son débouché.

« Axe du mal »

« Des États comme ceux-ci [Corée du Nord, Iran et Irak], ainsi que leurs alliés terroristes constituent un axe du mal qui s'arme pour menacer la paix mondiale. En cherchant à se doter d'armes de destruction massive, ces régimes représentent un danger grave et croissant. Ils pourraient fournir ces armes à des terroristes, leur donnant ainsi les moyens d'assouvir leur haine. Ils pourraient attaquer nos alliés ou tenter de faire chanter les États-Unis. Dans tous ces cas, le prix de l'indifférence serait catastrophique. »

George W. Bush, discours sur l'état de l'Union, 29 janvier 2002.

Impayés

En juillet 2026, les autorités iraniennes recensaient 20 676 personnes et entreprises n'ayant pas régularisé des revenus estimés à 94,4 milliards d'euros, des sommes principalement liées au rapatriement des revenus d'exportation. À eux seuls, 225 grands débiteurs concentreraient 53 milliards d'euros. Cela ne signifie toutefois pas que ces montants ont disparu : selon l'Organisation générale de l'inspection, une partie importante correspondrait à des erreurs d'enregistrement douanier, notamment au niveau des sociétés pétrolières publiques, ou à des devises déjà utilisées pour financer des importations. L'affaire révèle surtout l'opacité du circuit des devises en Iran.

« Tahdig »

Cette couche croustillante et savoureuse qui se forme au fond de la casserole lors de la préparation du riz est la gourmandise convoitée d'un repas persan. Souvent parfumée au safran et au beurre, elle doit être soigneusement surveillée pendant la cuisson. Les cuiseurs à riz modernes permettent de la réussir plus facilement.

Armes chimiques

Durant la guerre contre l'Irak, l'Iran a subi plusieurs attaques chimiques lancées par Bagdad. Le régime de Saddam Hussein fit ainsi usage de 54 000 obus d'artillerie et de 27 000 missiles chimiques, ainsi que de 19 500 bombes gazeuses aériennes.

Source : Vali Nasr, Iran's Grand Strategy. A Political History, Princeton University Press, 2026.

Golfe Persique ou Arabique ?

« Il y a plus de deux mille ans que le golfe en question s'appelle le golfe Persique : en fait, depuis que les Perses se sont installés dans la province de l'Iran qui le borde. Au cours de ces deux millénaires, jamais ce nom n'a changé. Tous les géographes et les historiens de l'Antiquité n'ont connu le golfe que sous le nom de Persique… En Europe, à partir du XVIe siècle, dans les grands atlas — comme ceux de Gerard Mercator et d'Abraham Ortelius, par exemple —, c'est exclusivement la désignation de “Sinus Persicus” qui est utilisée. Jusque vers 1960, tous les atlas et ouvrages de géographie, même les manuels scolaires publiés dans les pays arabes, n'ont utilisé que “khaleej al-farsi”. »

Extrait d'un courrier de protestation de l'ambassade d'Iran en France adressé au « Diplo » après la publication d'un article mentionnant le « golfe Arabique » (Jean-Pierre Viennot, « Nouveaux affrontements dans la région du golfe Arabique entre éléments traditionalistes et forces révolutionnaires », Le Monde diplomatique, janvier 1970).

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Mise en garde

« Au président iranien Rohani : NE MENACEZ PLUS JAMAIS, AU GRAND JAMAIS, LES ÉTATS-UNIS, SINON VOUS EN SUBIREZ DES CONSÉQUENCES QUE PEU DE PERSONNES DANS L'HISTOIRE ONT JAMAIS CONNUES. NOUS NE SOMMES PLUS UN PAYS QUI TOLÉRERA VOS PAROLES DÉMENTIELLES DE VIOLENCE ET DE MORT. SOYEZ PRUDENT ! »

Donald Trump, en 2018
Source : compte Twitter de Donald J. Trump (@realDonaldTrump)

103 milliards de dollars

Ce serait le bilan financier des cent vingt premiers jours de guerre pour les États-Unis, selon l'estimation du chercheur Stephen Semler, qui prend non seulement en compte le coût des opérations, mais aussi celui des munitions et des pertes. Selon l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, les dépenses militaires de l'Iran en 2025 auraient été de 7,5 milliards de dollars. Source : Stephen Semler, « US spent $103 billion on the Iran war in four months », Newsletter n° 345, Polygraph, 13 juillet 2026.

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« Khar kardan »

Expression familière qui signifie « faire un âne de quelqu'un », autrement dit l'amadouer, le duper ou le prendre pour un imbécile. En écho, un dicton célèbre affirme que « Mieux vaut être embrassé par un âne qu'être “rendu âne'' par un baiser ». Autrement dit : un baiser de peu de valeur est préférable à celui qui manipule et fait perdre la tête.

« Tondre la pelouse »

« La communication du commandement interarmées américain qui couvre le Moyen-Orient indique que les États-Unis devront probablement conduire des frappes de manière assez régulière pour empêcher l'Iran de reconstruire ses capacités balistiques et son infrastructure de radars. L'expression, quelque peu vulgaire, qui résume cette stratégie est : ''tondre la pelouse''. Autrement dit, empêcher Téhéran de reconstituer ses arsenaux. »

Martin Quenez, chercheur en relations transatlantiques au German Marshall Fund
Source : Cultures Monde, France culture, 2 septembre 2026

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55 kilomètres

C'est la plus faible distance entre les deux rives continentales du détroit d'Ormuz. Les îles Larak (Iran) et l'archipel de Salamah (Oman) ne sont distants que de 38 kilomètres. Cet étroit passage maritime permet l'acheminement de l'essentiel du pétrole et du gaz produits par l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït, le Qatar, l'Irak, Bahreïn et l'Iran. En 2025, un quart du transport maritime mondial de pétrole et un cinquième du commerce maritime mondial de gaz naturel liquéfié (GNL) a franchi ce détroit.

Source : « Détroit d'Ormuz : quelle importance dans le transport de pétrole et de gaz ? », www.connaissancedesenergies.org, 26 avril 2026.

Turcs, Iraniens et Arabes

« C'est en Turquie que j'ai compris à quel point la vision du monde arabe à l'égard de l'Iran est biaisée. Les Turcs voient dans les Iraniens des égaux. Ils n'ont pas d'idées préconçues à leur égard et encore moins du racisme ou du mépris. Ces deux pays sont pourtant rivaux, mais le peuple turc a le sentiment d'être face à une civilisation qui mérite le respect. Les Arabes ont beaucoup à apprendre de cela. »

Abdelkader Fayez, directeur du bureau d'Al-Jazira en Iran
Source : Iran Podcast (en arabe), 8 janvier 2025.

Palme d'or et menacé de prison

Le cinéaste Jafar Panahi a été moult fois récompensé pour son œuvre : Caméra d'or à Cannes pour Le Ballon blanc en 1995 ; Lion d'or à Venise pour Le Cercle en 2000 ; Ours d'or à Berlin pour Taxi Téhéran en 2015 ; Palme d'or à Cannes en 2025 pour Un simple accident. Condamné par contumace à un an de détention en décembre 2025, pour « activité de propagande contre l'État », Panahi a vu sa peine confirmée en juin 2026. Un recours restait néanmoins possible selon son avocat. Il a déjà fait deux séjours en prison, en 2010 et entre 2022 et 2023. Il a choisi de rentrer dans son pays pour continuer son travail après sa dernière récompense à Cannes.

250 000

Nombre de millionnaires en dollars que compterait le pays, selon le magazine Forbes (21 juin 2021).

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« Grand Satan »

En farsi, « Sheytan bozorg ». Expression utilisée par l'ayatollah Rouhollah Khomeiny pour désigner les États-Unis d'Amérique et reprise dans nombre de publications, qu'elles soient officielles ou non.

« Balaal kababi »

Vendu par des marchands ambulants, ce mets est emblématique de la cuisine de rue iranienne. Il consiste en du maïs grillé sur du charbon de bois et se consomme généralement en été.

Ski

Prisé des alpinistes et des skieurs-alpinistes, le mont Damavand est le point culminant de l'Iran, à 5 610 mètres. Ce volcan iconique fait partie de la chaîne de l'Elbourz, qui sépare Téhéran de la mer Caspienne. De nombreux textes mythologiques s'y réfèrent.

Digérer l'envahisseur

« Bien que plusieurs fois envahis par les Grecs, les Arabes, les Turcs et les Mongols, les Iraniens n'ont jamais été détruits ou, pire encore, assimilés. Leur culture, leur peuple ont survécu à tous les traumatismes, même les plus violents. (…) Vaincus, les Iraniens ? Alors qu'ils finissent toujours par intégrer l'envahisseur, l'étranger, en l'“iranisant'', un fait extrêmement rare dans l'histoire des peuples ? Face à l'invasion arabe, la civilisation égyptienne s'est perdue en l'espace de deux générations. Il n'y a pas eu de phénomène semblable en Iran. »

Ardavan Amir-Aslani, avocat et essayiste.
Source : De la Perse à l'Iran. 2 500 ans d'histoire, L'Archipel, Paris, 2018.

Effacer la mémoire

Les bombardements américains et israéliens ont également touché les lieux où l'Iran transmet son savoir et conserve son histoire. Plus de trente universités ont ainsi été endommagées. Le patrimoine n'a pas davantage été épargné : le palais du Golestan à Téhéran, la mosquée du Vendredi et les palais d'Ali Qapou et de Chehel Sotoun à Ispahan ont subi des destructions.

Sources : AFP, Reuters, Unesco.

Ouverture d'esprit

« À Téhéran, quantité de gens qui n'auront jamais l'occasion ni les moyens de voir Paris parlent parfaitement français. Et ce n'est pas le résultat d'une influence politique ni — comme l'anglais en Inde — d'une influence coloniale. C'est celui de la culture iranienne, curieuse de tout ce qui est autre. »

Nicolas Bouvier, L'Usage du monde, La Découverte, Paris, 2014 (1re éd. : 1963).

Précarité

Selon l'économiste iranien Mohammad Maljoo, la proportion de travailleurs concernés par des contrats à durée déterminée, équivalents aux CDD en France, serait passée d'environ 6 % en 1989 à plus de 90 % en 2017.

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Drapeau

Le 29 juillet 1980, l'Iran se dote d'un nouveau drapeau pour signifier la rupture avec le régime du chah. L'emblème porte deux phrases calligraphiées en langue arabe : Allah Akbar (« Dieu est plus grand ») et La ilah illa Allah (« Il n'y a de dieu que Dieu »). Pour signifier leur défiance à l'égard de la République islamique, de nombreux groupes d'opposition utilisent soit le drapeau au lion et au soleil, soit le drapeau tricolore vert-blanc-rouge sans emblèmes. Tous les deux ont été interdits par la Fédération internationale de football association (FIFA) lors des Coupes du monde de football en 2022 et en 2026.

« Enfer ardent »

« Tout le peuple iranien est uni face à toute attaque et à toute menace. Pour tout envahisseur, l'Iran se transformera en un enfer ardent. »

Mohammad Khatami, 10 février 2005. À l'époque président de la République islamique, ce réformateur a subi des restrictions de déplacement et de parole depuis le soutien qu'il a apporté au « mouvement vert », provoqué par l'élection controversée de M. Mahmoud Ahmadinejad en 2009.

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Jeunes prodiges

En juin 2026, l'équipe nationale iranienne de mathématiques a remporté l'Olympiade internationale de mathématiques et de sciences (IMSO) organisée par la Chine. Cette compétition annuelle destinée aux élèves du primaire (âgés de 13 ans et moins) a réuni des représentants de 49 pays.

3 millions

C'est le nombre d'étudiants dans l'enseignement supérieur, dont le tiers est inscrit en sciences de l'ingénieur.

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« Femme, Vie, Liberté »

« Zan, Zendegi, Azadi » : slogan d'abord scandé par des femmes kurdes et des militants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, Turquie). En septembre 2022, à la suite de la mort à Téhéran de Mahsa Amini, une étudiante iranienne arrêtée trois jours plus tôt par la police religieuse pour « port de vêtements jugés inappropriés », les manifestants se l'approprient, et il est désormais célèbre dans le monde entier.

Voir en ligne : /mav/209/A/69909
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Ôter ses œillères, comprendre un pays

« Axe du mal » ou « axe de la résistance » ? On fustige ou on soutient l'Iran, son système politique comme son non-alignement. Pourtant, manichéisme ou « campisme » interdisent de saisir la viscosité des questions géopolitiques et l'âpreté du quotidien des Iraniens. La marche singulière de cette nation insubordonnée invite à interroger les certitudes, oublier les préjugés et repérer les subterfuges.

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Pooya Aryanpour //// « Gone With the Wind » (Parti avec le vent), vue d'ensemble, exposition au sein de la sucrerie de Kahrizak, Téhéran, 2022
© Pooya Aryanpour - Dastan Gallery

Le premier piège lorsque l'on s'intéresse à la République islamique d'Iran consiste à s'arrêter au second terme. Ou de ne voir dans son drapeau, choisi après la révolution de 1979, qu'« Allah » calligraphié en son centre sous la forme d'une tulipe, symbole des « martyrs ». Sous le régime du chah (1941-1979), l'absence de libertés, la répression et le contrôle de la vie publique limitaient fortement l'expression des revendications sociales. Dans ces conditions, l'islam est devenu un ciment révolutionnaire, une sorte de bélier politique et social enfonçant les murailles de l'ancien régime impérial. Le clergé chiite était partagé entre une fraction proche du pouvoir en place et une autre qui jouait un rôle de contre-pouvoir. Aujourd'hui, il occupe sans conteste une place atypique dans l'appareil d'État. Mais cette forme d'islam politique n'a guère à voir avec ses avatars contemporains, notamment dans la sphère sunnite, issus de lectures rigoristes et ultraconservatrices du Coran. Et elle a perdu beaucoup de sa force de cohésion idéologique des premières années.

Pour le penseur révolutionnaire Ali Shariati (1933-1977), la spiritualité éveillait d'autant plus les consciences qu'elle portait en elle une émancipation : la quête de liberté des plus pauvres qui alimenta la dynamique révolutionnaire. Mais le mouvement social porté par l'islam devait éviter toute institutionnalisation. Loin de prôner la résignation ou le fatalisme social, le premier Guide, Rouhollah Khomeiny (1900-1989), s'appuyait, lui, sur les principes de l'islam non pour refuser la modernité, mais pour trouver un chemin propre à son pays. Il a théorisé son modèle de pouvoir par le velayat-e-faqih, qui inspire la Constitution de décembre 1979 : une sorte d'« État de droit islamique », fondé sur la primauté d'un juriste-théologien, un « sage » religieux, dont l'érudition doit permettre de puiser dans les textes islamiques les fondements de ses arbitrages entre les composantes du pouvoir temporel. Mais, dans la pratique, les sources juridiques sont plurielles.

Car, sous la gouverne des clercs, la révolution de 1979 accélère la construction d'institutions modernes, paradoxalement de plus en plus sécularisées, comme la société. En revanche, si la nouvelle Constitution voulue par Khomeiny accorde une place importante à la souveraineté du peuple, celle-ci s'exerce par un suffrage universel… sous contrôle. En dernier ressort, le clergé s'est arrogé de nombreux pouvoirs, dont celui de sélectionner les candidats et de contrôler les élus (lire « Un pluralisme en trompe-l'œil »). Toutefois, parler de théocratie serait accepter la fiction qui fait officiellement du Guide un régent, le représentant du douzième imam le temps de son « occultation », entamée en 874. Les motivations de ses orientations appartiennent évidemment au profane et témoignent des luttes de pouvoir.

Assurer une continuité symbolique

La répression des mouvements sociaux, dès les premières années, signale l'abandon des idéaux de justice sociale et de liberté. La fin de la guerre Iran-Irak, en 1988, parachève le verrouillage de la société. Avec la nomination du second Guide, Ali Khamenei, en 1989, l'érudition a semblé moins compter que l'intrication, voire la compromission dans le premier cercle des décideurs. Autant de critiques redoublées après la nomination de son fils Mojtaba, à la suite de son assassinat revendiqué par Israël le 28 février dernier. Certes, ce choix de l'Assemblée des experts (tous religieux) visait à assurer une continuité symbolique du système, mais au risque de voir émerger une logique dynastique, alors que la force des institutions nées de la révolution tient à une dilution des pouvoirs. Cette dernière relativise d'ailleurs l'impact de l'élimination de nombreux chefs politiques ou militaires, contrairement à ce qu'imaginaient probablement les dirigeants aventuristes israéliens et américains.

Chez de nombreux progressistes et surtout au Maghreb, en Afrique ou en Amérique latine, les sanctions occidentales sous la dictée des États-Unis et les critiques du « régime » de Téhéran vaudraient comme autant de preuves de sa bravoure, le prix de son indépendance, un gage de vertu. Si elle a échappé à la colonisation, la Perse se bat, il est vrai, depuis le milieu du XIXe siècle contre les ingérences étrangères. Seule la mobilisation de sa population lui a permis de s'extraire du Grand Jeu qui opposait Russes et Britanniques pour le contrôle de la région, durant la guerre de l'hiver 1856-1857 par exemple, ou la révolte du tabac de 1890. Cette dernière dessine d'ailleurs une trame familière à tant de peuples vassalisés : un pouvoir politique autocratique, aux mains du chah Naser Al-Din Qajar, octroie à une compagnie britannique le monopole de la culture, de la vente et de l'exportation du tabac. Les marchands et le clergé protestent en vain jusqu'à la fatwa du grand ayatollah Mirza Hassan Shirazi, qui interdit la consommation de tabac. Manifestations et boycott obligent en définitive le chah à renoncer à cette concession britannique en 1892.

Double discours occidental

Le coup d'État anglo-américain de 1953 ou le large soutien économique et militaire reçu par Saddam Hussein (ex-URSS, États-Unis, France, pays du Golfe, etc.) durant la guerre Iran-Irak (1980-1988) ont inoculé une méfiance vis-à-vis des grandes puissances. Le double discours occidental actuel devient limpide quand on rappelle que le programme nucléaire a été lancé dans les années 1970 par le chah… avec l'aide des Américains, des Allemands et des Français. Les revendications iraniennes sur le golfe Arabo-Persique ne posaient pas de problèmes quand « notre ami » Mohammad Reza Pahlavi étendait les eaux territoriales de son pays, en 1959, ou s'empressait de prendre le contrôle de trois îles stratégiques proches du détroit d'Ormuz lors du départ des Britanniques de la région en 1971. Rien de neuf dans les revendications actuelles : le rôle-clé du Golfe pour le commerce maritime et les relations internationales est documenté depuis plusieurs millénaires.

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Pooya Aryanpour //// « Gone With the Wind » (Parti avec le vent), détail, exposition au sein de l'usine sucrière de Kahrizak, Téhéran, 2022
© Pooya Aryanpour - Dastan Gallery

Pastichée par l'impérialisme débridé de M. Donald Trump, l'animosité belliciste des États-Unis — dont les dépenses militaires représentaient en 2025 cent vingt-huit fois celles de l'Iran — ne justifie pas pour autant qu'un gouvernement tire sur les manifestants, pourchasse les femmes libres, ses opposants, ses artistes, propose une rançon pour la mort de l'écrivain Salman Rushdie, liquide bien d'autres auteurs moins célèbres en Occident, censure et contrôle la presse, sanctionne étudiants, enseignants, syndicalistes ou recoure massivement à la peine de mort (2 159 exécutions en 2025 selon Amnesty International). Le « campisme », ou le choix binaire d'un camp, conduit aussi certains à ne pas voir la nature profondément néolibérale, inégalitaire et oligarchique de l'économie iranienne, ou à ignorer tous ces jeunes qui « votent avec leurs pieds » et émigrent. Cette fuite des cerveaux dilapide un important capital humain et scientifique difficilement acquis, grâce à la généralisation de l'accès à l'éducation, à la construction de nombreuses écoles et à la démocratisation de l'enseignement supérieur, notamment au bénéfice des filles, qui représentent aujourd'hui près de 60 % des étudiants. La rhétorique antioccidentale égare également nombre d'observateurs, qui en font une lecture littérale, ignorant l'ambivalence des sentiments partagés jusqu'au sommet du pouvoir. Les enfants des dignitaires ne font pas leurs études en Chine ou en Russie, mais en Europe et aux États-Unis. Et pour éliminer Saddam Hussein en 2003 ou combattre l'Organisation de l'État islamique (OEI) entre 2014 et 2019, les Occidentaux ont pu compter sur la complicité de Téhéran.

Téhéran seul face à ses ennemis

Sans surprise, Israël et les États-Unis ont tenté d'embarquer une partie des forces kurdes iraniennes dans leur croisade, espérant peut-être que cette minorité lance une nouvelle rébellion comme celle qui fut écrasée après 1979 (lire l'article page 45). Il faudrait davantage que des incursions locales pour prendre le contrôle d'un pays grand comme trois fois la France. La diversité ethnolinguistique des plus de 90 millions d'habitants est trop souvent présentée comme une faiblesse. Certes, un peu plus de la moitié de la population seulement est d'origine persane (indo-européenne), les turcophones (Azéris, Turkmènes, Afsharis…) représentent près du tiers, le restant se répartit entre Kurdes, Arabes, Baloutches, Lors, Assyro-Chaldéens, Bakhtiaris, Gilakis, Arméniens, etc. Le persan, ou farsi, joue toutefois de longue date le rôle d'une lingua franca, un lien commun et d'échange vers les pays ou populations persanophones (en Afghanistan, au Tadjikistan, et ailleurs en Asie centrale). Inscrite dans une histoire plurimillénaire, cette civilisation a produit un sentiment d'appartenance, un nationalisme qui dépasse les divergences d'intérêt, d'origine ou d'opinion. On le perçoit notamment dans le rôle de la culture, de la littérature, et particulièrement de la poésie (lire l'article page 15). Partagé par près de 90 % de la population, l'islam chiite contribue également à forger une communauté de destin, héritée de l'époque safavide, lorsque le chiisme duodécimain fut érigé en religion d'État.

Plus délicate encore apparaît la perception du positionnement géopolitique de la République islamique. Elle participe à l'Organisation de coopération de Shanghaï (OCS) — très souple —, dialogue avec la Russie et la Chine, vend des drones à la première et achète beaucoup d'électronique à la seconde. Mais aucune alliance ne vient sceller cette entente « amicale », et non désintéressée. Téhéran est seul pour faire face à ses ennemis, la volonté d'indépendance demeurant l'une des seules revendications fondamentales de 1979 qui subsistent encore aujourd'hui.

Depuis, une nuée d'articles annoncent régulièrement une « exportation de la révolution », mais négligent les divergences culturelles ou religieuses qui l'empêchent. Les dirigeants iraniens ont beau jeu de rappeler que leur pays n'a jamais envahi ses voisins et ne fait que répondre aux agressions. Ils ont néanmoins construit un réseau de complices, ou de comparses, le plus souvent liés par une position dissidente au sein de l'islam : chiites d'Irak, du Liban (Hezbollah) ou d'Afghanistan, houthistes du Yémen, alaouites de Syrie, mais aussi sunnites du Hamas ou du Djihad islamique à Gaza, voire laïques du Front populaire de libération de la Palestine. Cet « axe de la résistance » à l'impérialisme d'Israël et des États-Unis comprend une dimension militaire, régulièrement à l'œuvre dans le conflit asymétrique ces derniers mois. Mais il a été ébranlé par la chute du régime syrien de M. Bachar Al-Assad et produit sans doute autant d'hostilité que de crainte dans le monde arabe.

En politique, le brouillage atteint son paroxysme. Les réformateurs ne sont pas nécessairement « de gauche » — certains sont ultralibéraux — et les conservateurs « de droite ». Même les politiques « sociales » attribuées au président (conservateur) Mahmoud Ahmadinejad, sur le logement notamment, sont inspirées par une approche libérale de l'économie. L'État social construit avec peine recule dans la santé, l'éducation, partout. Les audaces redistributives des premières années apparaissent bien lointaines. Les journaux réformateurs critiquent la Chine ou la Russie, mais cela ne les empêche pas d'appeler à serrer les coudes sous les bombardements.

Le mystère le plus difficile à percer tient au nucléaire. L'Iran a toujours déclaré vouloir développer un programme civil sans acquérir la bombe, une fatwa d'Ali Khameinei l'interdit d'ailleurs. Mais alors, pourquoi signer le traité de non-prolifération tout en produisant un uranium enrichi à 60 %, bien au-delà des besoins d'un programme électronucléaire civil ? Ambiguïté stratégique ? Dissimulation ? Cette volonté d'arriver au seuil de la maîtrise de la bombe fournit depuis plus de vingt ans le prétexte idéal à Israël et aux États-Unis pour s'agiter. Mais ne pas franchir ce seuil conduit à renoncer aux moyens de dissuader les agressions.

Les interventions constantes des États-Unis et la confrontation permanente voulue par Israël prolongent une logique de domination par la force aux relents colonialistes. Elles attisent les tensions régionales pour imposer un ordre injuste du monde qui fait le jeu des pouvoirs autoritaires. L'histoire contemporaine du peuple iranien se confond ainsi avec celle des ingérences étrangères et d'une double confiscation — intérieure et extérieure — de son aspiration à choisir librement et démocratiquement son destin.

Voir en ligne : /mav/209/DESCAMPS/69918
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De la révolution islamique à la guerre avec les États-unis et Israël

Fin d'une monarchie

1977

Janvier. Troubles à l'université de Téhéran.

7-9 octobre. Manifestations pour exiger le retour de l'ayatollah Rouhollah Khomeiny, exilé en Irak. 15-16 novembre. La contestation estudiantine est brutalement réprimée dans la capitale.

1978

Janvier. La séquence manifestations-répression devient presque quotidienne. 8 septembre. Le chah instaure la loi martiale. L'armée tue des milliers de manifestants. C'est le « vendredi noir ».

6 octobre. L'imam Khomeiny est expulsé d'Irak et s'installe à Neauphle-le-Château, en France. 10 et 11 décembre. Des millions de manifestants défilent contre le chah à Téhéran.

1979

16 janvier. Face à la pression de la rue, le chah quitte le pays pour l'Égypte.

19 janvier. Quatre millions de personnes défilent dans la capitale pour réclamer le renversement du régime et le retour de Khomeiny. Après quinze ans d'exil, ce dernier revient au pays le 1er février.

Mars. Des Iraniennes non vêtues du hijab se voient refuser l'accès à leur lieu de travail.

Avril. La République islamique d'Iran est approuvée par 98 % des voix lors d'un référendum. Elle est proclamée par Khomeiny le lendemain. Répression contre les mouvements de gauche.

Juin. Présentation de la nouvelle Constitution, qui entérine le contrôle du clergé sur les institutions politiques.

Août-septembre. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (pasdarans) écrase violemment l'insurrection kurde dans le nord-ouest du pays.

4 novembre. Les « étudiants de la voie de l'imam » prennent en otage une cinquantaine d'agents diplomatiques à l'ambassade américaine de Téhéran, réclamant l'extradition du chah hospitalisé à New York. Les employés consulaires américains resteront détenus pendant 444 jours.

Purges et conflit avec l'Irak

1980

Janvier. Abolhassan Bani Sadr est élu président de la République islamique avec 76 % des voix.

Avril. Les États-Unis rompent leurs relations diplomatiques avec l'Iran. L'opération américaine « Eagle Claw », qui tente de sauver les otages à l'ambassade de Téhéran, tourne au désastre (huit soldats américains perdent la vie dans une collision entre un hélicoptère et un avion de transport).

Juillet. Les autorités annoncent avoir déjoué un coup d'État militaire. 22 septembre. Début de l'invasion irakienne.

Novembre. Khomeiny confie la conduite de la guerre aux pasdarans.

1981

20 janvier.

Après une médiation de l'Algérie, les diplomates américains sont relâchés.

17 février. Les bassidji, organe milicien de mobilisation de la jeunesse populaire, sont intégrés à l'armée des pasdarans.

7 juin. Avec pragmatisme, Khomeiny partage avec Israël des renseignements dans le cadre de l'opération de bombardement « Opéra », qui cible la centrale nucléaire irakienne d'Osirak.

21 juin. Exclue du partage du pouvoir, une partie de la gauche passe dans l'opposition armée.

28 juin. Nouvelle répression contre les forces de gauche. 27 septembre. Sous le titre de l'offensive du « huitième imam », de nombreux territoires sont repris en Irak.

2 octobre. Ali Khamenei est élu président de la République et nomme M. Mir Hossein Moussavi premier ministre.

1982

Mars. Téhéran annonce la création d'un centre de technologie nucléaire à Ispahan en vue de produire de l'uranium enrichi. L'Iran refuse les propositions de cessez-le-feu avancées par Bagdad.

Juillet. Le président américain Ronald Reagan signe un décret autorisant les États-Unis à faire « le nécessaire » pour empêcher l'Iran de vaincre l'Irak.

Exporter la révolution

1983

Mars. L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) préconise un accord de coopération et d'assistance technique avec l'Iran, projet abandonné sous la pression de Washington.

Octobre. Téhéran commandite des attentats-suicides du Hezbollah libanais contre des marines américains et des soldats français, tuant 241 Américains et 58 Français. Les États-Unis et la France imposent des sanctions contre l'Iran.

1984

Février. Des dizaines de milliers de soldats iraniens meurent durant l'opération « Kheybar ». L'ayatollah Hossein Ali Montazeri, longtemps numéro deux derrière Khomeiny, met en garde l'imam contre l'emprise croissante des pasdarans.

Mars. Téhéran accuse Bagdad de faire usage d'armes chimiques (gaz moutarde et innervant). Ces faits sont confirmés par les Nations unies.

Mai. Malgré plusieurs revers, Khomeiny refuse toujours le cessez-le-feu. Automne. Purge au sein des pasdarans pour éliminer les partisans d'une guerre extrême contre l'Irak.

1986

Février. Les troupes iraniennes prennent le port irakien de Fao. Khomeiny refuse toujours la paix.

16 août. Khamenei est réélu à la présidence.

1987

Janvier-février. L'Iran échoue à prendre Bassora. Au sein du régime, le débat fait rage entre partisans de l'ouverture libérale et de l'étatisation.

1988

18 janvier. Le premier ministre Moussavi admet que les inégalités ont augmenté depuis 1980.

18 avril. L'armée de Saddam Hussein regagne du terrain. 3 juillet. Le croiseur américain USS Vincennes abat le vol civil Iran Air 655, faisant 290 morts.

12-18 juillet. L'armée irakienne investit Dehloran, ville iranienne qui héberge un quartier général des pasdarans. Khomeiny accepte la paix avec l'Irak.

17 août. Les troupes irakiennes se retirent des territoires iraniens. Août-décembre. 4 000 prisonniers politiques sont exécutés.

1989

Février. Khomeiny prononce une fatwa contre l'écrivain Salman Rushdie pour son roman Les Versets sataniques. Il écarte de sa succession l'ayatollah Montazeri.

4 juin. Khamenei succède à Khomeiny après sa mort. Juillet. La réforme constitutionnelle. Hachémi Rafsandjani, qui a joué un rôle-clé dans la désignation de Khamenei comme Guide suprême, est élu président avec 94,95 % des voix.

Stabilisation

1991

Janvier. L'Iran demeure neutre face à l'intervention américaine en Irak.

1992

Avril. Le président Rafsandjani est réélu avec 63 % des suffrages.

17 septembre. Les services de renseignement assassinent quatre leaders du Parti démocratique du Kurdistan iranien dans un restaurant à Berlin.

1995

Mars. Signature d'un contrat d'une valeur de 1 milliard de dollars avec l'entreprise américaine Conoco pour une concession de pétrole. Le président William Clinton bloque le projet par décret, sous pression du Congrès.

1996

Août. Le Congrès américain adopte la loi Amato-Kennedy, qui interdit à toute entreprise américaine ou étrangère d'investir plus de 20 millions de dollars par an dans les hydrocarbures iraniens.

Réformes et dossier nucléaire

1997

Mai. Téhéran signe un accord de coopération technique avec l'AIEA. Le modéré Mohammad Khatami est élu président de la République. Un vent réformiste souffle sur le pays.

1998

Janvier. Dans une interview accordée à CNN, M. Khatami évoque un rapprochement avec les États-Unis. Mai. Attaques de la presse conservatrice contre le président. M. Gholamhossein Karbaschi, maire de Téhéran et soutien de M. Khatami, est arrêté. Septembre. En visite à New York, M. Khatami déclare que l'État iranien ne mettra pas en œuvre la fatwa contre Rushdie. Automne. Assassinats en série d'opposants politiques et d'écrivains dissidents.

1999

Février. Pour la première fois de l'histoire de la République islamique, des élections municipales sont organisées dans plus de 1 000 communes (elles seront remportées par les candidats du camp réformateur).

Juillet. Les étudiants de l'université de Téhéran protestent contre la fermeture du journal Salaam par le pouvoir judiciaire. La répression est violente (17 morts). Les pasdarans s'en prennent directement au président Khatami. C'est la fin du « printemps des médias », entamé après l'élection de M. Khatami.

2001

Automne. Téhéran fournit des renseignements à l'alliance militaire occidentale engagée dans la guerre contre le régime des talibans en Afghanistan.

2002

29 janvier. Lors de son discours sur l'état de l'Union, le président américain George W. Bush désigne l'Iran comme l'un des pays de l'« axe du Mal » aux côtés de l'Irak et de la Corée du Nord. Avril. M. Khatami cherche à normaliser les relations diplomatiques avec les pays du Golfe.

2003

3 mai. Le renversement du régime de Saddam Hussein par les forces anglo-américaines accroît l'influence de l'Iran en Irak.

Août. M. Mohamed El-Baradei, directeur général de l'AIEA, inspecte le site nucléaire de Natanz et découvre des taux d'uranium enrichi supérieurs aux normes civiles.

8-12 septembre. L'AIEA intime à l'Iran de prouver avant le 31 octobre qu'il ne développe pas l'arme nucléaire.

10 octobre. Chirine Ebadi reçoit le prix Nobel de la paix pour sa lutte en faveur des droits des femmes, des enfants et des réfugiés.

21-23 octobre. L'imam Khamenei publie une fatwa interdisant à l'Iran de développer une bombe nucléaire.

10-11 novembre. L'Iran accepte de suspendre ses activités en échange de négociations avec les Européens sur un partenariat nucléaire civil.

18 décembre. Téhéran signe le protocole additionnel au traité de non-prolifération (TNP).

2004

30 octobre. Le géant chinois du gaz Sinopec signe un contrat d'une valeur de 70 milliards de dollars pour importer du gaz naturel liquéfié depuis l'Iran pour une période de vingt-cinq ans.

14 novembre. Sous la pression du Royaume-Uni, de la France et de l'Allemagne, le responsable iranien des négociations sur le nucléaire et futur président Hassan Rohani affirme que l'Iran va geler son programme d'enrichissement d'uranium. Washington rejette le compromis.

La revanche des conservateurs

2005

5-8 août. M. Mahmoud Ahmadinejad, conservateur populiste qui promet de combattre les inégalités sociales et la corruption, est élu président. Il rompt avec l'ouverture de M. Khatami et reprend la doctrine de la « défense sacrée » et le programme d'enrichissement de l'uranium à Ispahan.

2006

4 février. L'AIEA décide de transférer le dossier du nucléaire iranien aux Nations unies. Téhéran suspend les inspections-surprises prévues par le TNP. 11 avril. M. Ahmadinejad annonce le succès de l'enrichissement de l'uranium à 3,5 %, soit assez pour être utilisé dans un réacteur nucléaire civil.

12 juin. Des manifestations à Téhéran pour l'égalité des sexes sont réprimées.

31 juillet. Résolution de l'ONU donnant un mois à l'Iran pour suspendre ses activités nucléaires, sous peine de sanctions.

30 septembre. Le Congrès américain vote l'« Iran Freedom Support Act », qui alloue 20 millions de dollars par an au financement de groupes iraniens « prodémocratie » et anti-République islamique.

23 décembre. Le Conseil de sécurité vote la résolution 1737, qui impose des sanctions au programme nucléaire iranien.

2007

22 février. L'AIEA constate que l'Iran n'a pas respecté l'ultimatum de l'ONU. Mars. La répression contre les femmes qui revendiquent l'égalité des droits se poursuit.

24 mars. L'ONU adopte la résolution 1747, qui durcit les sanctions économiques et commerciales contre l'Iran.

2009

Juin. « Mouvement vert ». Des centaines de milliers de Téhéranais descendent dans les rues pour manifester contre la fraude électorale à la suite de l'élection de M. Ahmadinejad face à M. Moussavi.

Septembre. L'État vend 51 % de la compagnie des télécommunications de l'Iran pour 7,8 milliards de dollars à Mobin Trust Consortium, entreprise sous le contrôle des pasdarans. C'est l'une des multiples ventes sous la présidence de M. Ahmadinejad qui renforcent la domination des pasdarans sur l'économie iranienne.

2010

12 janvier. Le meurtre de Masoud Ali-Mohammadi, professeur de physique à l'université de Téhéran, marque le début d'une série d'assassinats de scientifiques nucléaires civils iraniens par le Mossad, qui se poursuivra tout au long de la décennie.

Avril. M. Esmail Kahron, professeur d'écologie à l'université de Téhéran, classe l'Iran en avant-dernière place mondialement en matière d'érosion des sols, causée par les centaines de digues et barrages érigés par les pasdarans.

17 mai. Téhéran et Ankara signent un accord d'échange d'uranium enrichi et de barres de combustible pour apaiser les tensions sur le nucléaire.

Juin. Le Conseil de sécurité des Nations unies impose une quatrième vague de sanctions contre l'Iran. Septembre. Sous l'appellation « Opérations Jeux olympiques », le virus américano-israélien Stuxnet infecte 30 000 systèmes informatiques iraniens liés aux installations nucléaires.

Vers l'accord avec les États-Unis

2011

Février. M. Moussavi est placé en résidence surveillée, où il demeure sans avoir été jugé depuis cette date.

Printemps. Khamenei soutient à la fois les révolutions tunisienne, égyptienne, libyenne, yéménite et bahreïnie du « printemps arabe », signe d'après lui d'un « réveil islamique ». À l'inverse, le régime choisit de soutenir M. Bachar Al-Assad en Syrie.

Septembre. La centrale nucléaire de Bouchehr est connectée au réseau national. Novembre. Le rapport de l'AIEA infirme la thèse selon laquelle l'Iran fabriquerait une bombe atomique.

2012

Septembre. Des étudiants lancent la campagne « Dévoiler le droit des femmes à se dévoiler » sur les réseaux sociaux.

Décembre. Les États-Unis et Israël utilisent à nouveau le ver informatique Stuxnet pour saboter les installations pétrolières et les centrifuges nucléaires iraniennes.

2013

Mars. Début, à Oman, des négociations secrètes avec les États-Unis sur le nucléaire. Juin. M. Rohani, protégé de Rafsandjani, remporte l'élection présidentielle en se distinguant lors de sa campagne par une critique du bilan diplomatique de M. Ahmadinejad, alors que le pays se retrouve de plus en plus isolé dans la région.

2014

Juin. Les forces Al-Qods (branche des pasdarans habilitée à se déployer à l'étranger) s'engagent aux côtés de leurs homologues irakiennes contre l'Organisation de l'État islamique (OEI).

2015

2 avril. M. Rohani annonce que l'Iran n'enrichira pas son uranium à plus de 3,7 % pendant quinze ans, ne construira pas de nouveau site nucléaire, réduira de 19 000 à 6 104 le nombre de centrifuges, et diluera de 95 % son stock d'uranium enrichi.

14 juillet. L'accord Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA) sur le nucléaire iranien, jugé historique, est signé avec les cinq membres du Conseil de sécurité des Nations unies, et l'Allemagne. Téhéran accepte de suspendre le programme de recherche nucléaire pendant dix ans.

20 juillet. La résolution 2231 du Conseil de sécurité de l'ONU avalise le JCPOA.

Octobre. L'intervention militaire de la Russie pour sauver le régime syrien est saluée par Téhéran.

2016

2 janvier. L'Arabie saoudite exécute l'imam chiite saoudien Nimr Baqr Al-Nimr. Des Iraniens s'attaquent à l'ambassade saoudienne à Téhéran et à son consulat à Machhad. Riyad rompt ses relations diplomatiques, et Doha rappelle son ambassadeur.

16 janvier. Les sanctions onusiennes sont levées. Mai. Le tribunal révolutionnaire de Téhéran condamne l'activiste féminine Narges Mohammadi à seize ans de prison pour « avoir établi et dirigé le groupe clandestin illégal Legam », qui lutte contre la peine de mort en Iran.

15-16 juillet. Téhéran apporte son soutien au régime turc victime d'une tentative de coup d'État.

21 décembre. Ankara, Téhéran et Moscou s'accordent sur le principe d'un cessez-le-feu élargi en Syrie.

2017

Juillet-août. Dans une sorte de scène de ménage régionale, l'Arabie saoudite, l'Égypte, Bahreïn et les Émirats arabes unis rompent leurs relations avec le Qatar et imposent un blocus à sa seule frontière terrestre. Les quatre alliés exigent, entre autres, le gel des projets pétro-gaziers avec l'Iran. Téhéran soutient Doha en envoyant de l'aide humanitaire. Le Qatar annonce le retour de son ambassadeur à Téhéran.

21 novembre. M. Rohani proclame la fin de l'OEI. 27 décembre. Mme Vida Mohaved ôte son foulard et le tient au bout d'un bâton pendant plus d'une heure sur l'avenue Enghelab, où se sont déroulées les manifestations de 1979 et de 2009, avant d'être arrêtée. Des manifestations se déroulent dans plusieurs villes, les autorités procèdent à 4 000 arrestations, 1 500 manifestants sont tués. 29-30 décembre. Manifestations massives contre la hausse des prix et la corruption. Les protestataires décrient la hausse de 50 % des prix de l'essence.

Isolement et répression

2018

Janvier. Alors qu'ils enquêtent sur l'utilisation des ressources aquifères, qui connaissent une situation critique, huit membres du Persian Wildlife Heritage Fund sont arrêtés pour « espionnage » et « crime contre la sécurité nationale » (lire « Un défi existentiel »).

8 mars. Manifestations féministes contre le hijab lors de la Journée internationale des droits des femmes, des dizaines de manifestantes sont arrêtées.

Avril. Les habitants d'Ispahan manifestent leur colère après que les ressources hydriques de la province ont été détournées vers Yazd, causant une pénurie d'eau et une sécheresse sévère.

8 mai. Retrait des États-Unis de l'accord sur le nucléaire (JCPOA) et lancement de la politique de « pression maximale », avec le rétablissement de lourdes sanctions économiques (qui passent de 370 à 1 500), y compris sur les entreprises américaines ou étrangères qui viendraient à commercer avec l'Iran.

16-17 mai. Les États européens déclarent leur volonté unanime de rester dans l'accord JCPOA, sans pour autant trouver une riposte commune à l'application extraterritoriale des lois américaines qui pénaliseraient les entreprises européennes opérant en Iran.

Juillet. Un rapport spécial du Parlement, intitulé « Éléments efficaces de la mise en œuvre des politiques sur le voile et solutions disponibles », reconnaît que seules 35 % des femmes acceptent le tchador, et que 70 % d'entre elles font partie des bad hijab ou ne sont pas favorables à l'obligation de son port.

2019

Avril. M. Donald Trump impose de nouvelles sanctions à l'Iran. En réponse, Téhéran déclare reprendre l'enrichissement de l'uranium.

Mai. Les pasdarans attaquent quatre pétroliers provenant du port émirati de Foujeyrah dans le golfe d'Oman. Un drone de surveillance de l'armée américaine est aussi abattu.

9 septembre. La militante féministe Sahar Khodayari s'immole après avoir reçu une peine de six mois de prison pour avoir tenté d'assister à un match de football au stade.

14 septembre. Frappes contre les infrastructures pétrolières saoudiennes de Bouqaiq et de Khourays, échappant au système de défense antiaérien fourni par l'Amérique. L'ONU juge peu crédible la revendication des houthistes.

16-17 novembre. Le gouvernement suspend les subventions sur le prix de l'essence, des manifestations éclatent dans des centaines de villes, dont les métropoles majeures, ce qui n'était pas le cas en décembre 2017. Comme à chaque soulèvement, la répression est brutale. Le régime accuse les États-Unis d'être à l'origine des troubles et arrête huit personnes pour complot.

2020

3 janvier. Le général Ghassem Soleimani, commandant de la Force Al-Qods, est tué par un drone américain.

16 avril. M. Rohani annonce que l'Iran reprend l'enrichissement de son uranium.

Décembre. Le Parlement adopte une loi qui mandate le gouvernement pour répondre aux actes non conformes des autres pays signataires du JCPOA par des actes eux-mêmes non conformes.

2021

Février. Accélération du programme d'enrichissement d'uranium et suspension des inspections de l'AIEA.

Mars. Ouverture de négociations avec la Chine pour un investissement à long terme de 450 milliards de dollars dans l'économie iranienne, dans le cadre des nouvelles routes de la soie (BRI). Les discussions ne déboucheront pas.

Juin. Ebrahim Raïssi succède à M. Rohani à la présidence.

Juillet. Des manifestants défilent dans le Sud-Ouest, dans les villes du Khouzistan, contre le manque d'eau, la pauvreté et la discrimination. Plusieurs sont tués par les tirs de la police. Une semaine plus tard, d'autres régions se soulèvent, y compris Ispahan.

Septembre. Entrée de l'Iran dans l'Organisation de coopération de Shanghaï (OCS), composée de la Chine, de la Russie, de l'Inde, des pays d'Asie centrale et du Pakistan.

2022

8 mars. Mmes Yasmin Ariani, Munirah Arabshai et Mozghan Keshavarz sont condamnées à cinquante-cinq ans de prison pour avoir publié une vidéo d'elles distribuant, sans hijab, des fleurs aux passants lors de la Journée internationale des droits des femmes.

Août. Téhéran renonce à signer un nouvel accord nucléaire avec Washington.

14 septembre. Mahsa Amini tombe dans le coma après son arrestation par la police des mœurs pour « port de vêtements inappropriés » et est déclarée morte deux jours plus tard. Cette tragédie provoque le début du mouvement « Femme, vie, liberté ». Le régime coupe l'accès à Internet et ouvre le feu sur les manifestants. L'association Iran Human Rights comptabilise au moins 92 manifestants tués entre le 16 septembre et le 2 octobre. Des centaines d'autres le seront au cours des mois suivants.

Septembre. « Vendredi noir » à Zahedan, dans le Baloutchistan (sud-est du pays) : 96 manifestants sont tués par les autorités alors qu'ils protestent contre le viol d'une fille baloutche de 15 ans par le chef de la police de Chahabar.

26 octobre. Les manifestations et grèves s'intensifient lors du 40e jour de deuil depuis le meurtre de Mahsa Amini.

19 novembre. Sévère mise en garde du Guide suprême Khamenei contre les manifestants. 21 novembre. La sélection iranienne de football refuse d'entonner l'hymne national à la Coupe du monde au Qatar.

15 décembre. L'Iran est exclu de la Commission de la condition de la femme des Nations unies.

Vers la guerre

2023

10 mars. Téhéran et Riyad annoncent la reprise de leurs relations diplomatiques, un accord parrainé par Pékin. Avril. Selon Iran Human Rights, le bilan des manifestants tués depuis la mort de Mahsa Amini dépasserait 537 personnes, tandis que plusieurs centaines d'autres ont été exécutés.

11 septembre. Un an après les manifestations « Femme, vie, liberté », l'imam Khamenei publie un tweet accusant les États-Unis d'avoir formé un « groupe de crise » visant à déstabiliser la région.

Octobre. Israël cible des généraux des pasdarans, ainsi que les installations nucléaires iraniennes. La militante Narges Mohammadi obtient le prix Nobel de la paix.

2024

1er janvier. L'Iran rejoint les Brics. Avril. Israël bombarde le consulat iranien à Damas, tuant plusieurs hauts fonctionnaires. Téhéran riposte en envoyant 300 drones vers Israël, la plupart interceptés.

18 mai. Le président Raïssi perd la vie dans un accident d'hélicoptère. Juillet. Le réformiste Massoud Pezechkian remporte l'élection présidentielle. Alors qu'Ismaïl Haniyeh, chef du Hamas, se rend à Téhéran pour célébrer son investiture, il est tué par une frappe de drone israélienne.

Octobre. Après l'assassinat du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, par Israël, Téhéran lance l'opération « Promesse honnête II » et cible des installations militaires en Israël avec plus de 200 missiles.

Décembre. À Damas, la chute du régime de M. Al-Assad est un revers pour la stratégie de « défense avancée » iranienne.

2025

Février.

Téhéran enclenche l'expulsion de 1,6 million de réfugiés afghans.

13 juin. Israël lance « Lion debout », une campagne de bombardements contre l'Iran ; seize scientifiques nucléaires iraniens sont assassinés.

22 juin. Les États-Unis interviennent directement avec l'opération « Marteau de minuit », bombardant les sites nucléaires de Fordo, Natanz et Ispahan, un coup de massue pour le programme nucléaire iranien. La « guerre de douze jours » met fin aux négociations sur ce programme. L'Iran riposte notamment contre la base américaine d'Al-Oudeid au Qatar.

Septembre. Le Conseil de sécurité des Nations unies autorise le rétablissement des sanctions contre l'Iran.

2026

6-8 janvier. Alors que l'inflation est de 60 %, le gouvernement annonce une augmentation des salaires de 20 % seulement. Le bazar proteste contre la vie chère et de la dépréciation de la monnaie nationale face au dollar. Les manifestations gagnent tout le pays et subissent la répression des forces de sécurité. Plusieurs milliers de morts sont recensés. Les États-Unis incitent les Iraniens à se révolter, mais n'apportent finalement aucune aide.

28 février. Washington et Tel-Aviv lancent l'opération « Fureur épique » visant des centaines de cibles militaires, nucléaires et de commandement. L'imam Khamenei est tué. L'Iran répond par des frappes de missiles et de drones contre Israël et des bases américaines au Proche-Orient.

8 mars. L'ayatollah Mojtaba Khamenei, fils d'Ali Khamenei, lui succède.

8 avril. Un premier cessez-le-feu entre en vigueur.

17 juin. MM. Trump et Pezechkian signent un mémorandum d'entente en 14 points, ouvrant soixante jours de négociations. L'accord prévoit le maintien du cessez-le-feu, la réouverture du détroit d'Ormuz, des discussions sur le nucléaire iranien, un allègement progressif des sanctions, des mécanismes de vérification internationaux et une clause concernant le Liban, par laquelle l'Iran s'engage à limiter son soutien militaire au Hezbollah et à empêcher toute attaque contre Israël depuis le territoire libanais.

8 juillet. Après des accusations réciproques de violations du cessez-le-feu, l'Amérique mène plus de 80 bombardements contre des installations iraniennes.

24 août. Après avoir alterné le chaud (négociations) et le froid (menaces de bombardement), Washington annonce un nouveau train de sanctions contre l'Iran. L'administration Trump somme les pays commerçant avec Téhéran de rompre tous leurs liens sous peine de sanctions secondaires. La Chine répond qu'elle « défendra ses droits et intérêts légitimes ».

Voir en ligne : /mav/209/MAILLOT/69937
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Un défi existentiel

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Newsha Tavakolian //// Il ne reste de l'ancien port de plaisance de Rahmanlou que des bâtiments vides et des bateaux abandonnés.
© Newsha Tavakolian/Magnum Photos

Des sirènes hurlantes, des embouteillages monstres étendus sur des kilomètres, des forces de l'ordre déployées dans les rues pour dissuader émeutes, manifestations et pillages tandis que quatorze millions d'habitants évacuent Téhéran et sa banlieue. Ces scènes dignes d'un film dystopique auraient pu avoir lieu. Ce n'est pas la menace du président américain Donald Trump de faire disparaître la civilisation iranienne en une nuit (lire « Une journée comme une autre ») qui en aurait été la cause, mais un ordre des autorités de la République islamique. En novembre 2025, les pluies d'automne ne sont pas au rendez-vous. L'Iran connaît la pire sécheresse depuis un siècle. Les cinq barrages qui approvisionnent la capitale sont presque à sec et les coupures d'eau sont quotidiennes, surtout la nuit. La tension est identique dans la ville de Machhad (nord-est), que quatre barrages environnants sont bien en peine d'alimenter. Le président Massoud Pezechkian met alors en garde ses compatriotes. Si la situation ne s'améliore pas, il faudra évacuer la mégapole et ses environs (1). Pour le long terme, il évoque même un possible transfert définitif de la capitale surpeuplée vers la région de Makran, près du détroit d'Ormuz. Un projet jugé irréalisable par nombre d'experts mais dont l'évocation frappe tout de même les esprits, tant elle conforte l'idée d'un choc environnemental majeur à venir.

Des villages entiers sont privés d'eau potable, l'exode rural s'aggrave, les équilibres sociaux et territoriaux sont bouleversés

La hausse, toute relative, de la pluviométrie au premier semestre 2026 a conjuré le scénario de l'évacuation forcée, mais le problème de fond demeure. Trente-cinq millions d'Iraniens sont confrontés quotidiennement à la pénurie d'eau. Les réserves totales ont diminué de 211 kilomètres cubes entre 2003 et 2019 — l'équivalent de deux années de consommation nationale —, tandis que le niveau moyen des nappes souterraines a fortement baissé (2). Dans certaines régions, notamment dans l'Est et dans le Sud, l'eau potable n'est accessible aux habitants que via des camions-citernes payants, ce qui provoque de longues files d'attente. Une centaine de zones humides ont disparu, et l'assèchement des rivières contribue à l'aggravation des tempêtes de poussière qui sévissent à partir du printemps.

Contrairement au discours officiel, la sécheresse et le réchauffement climatique, présentés comme une fatalité, ne sont pas les seuls responsables de cette crise. C'est aussi, et avant tout, une affaire de mauvaise gestion et de politiques environnementales erratiques depuis les années 1970. « La pénurie d'eau en Iran, particulièrement à Téhéran, n'est pas un phénomène passager ou le résultat d'une seule année de sécheresse, écrit ainsi le très critique quotidien économique de Téhéran Jahan-e Sanat. C'est le signe d'un déséquilibre profond et structurel du système national d'approvisionnement et de consommation » (17 février 2026).

Autrement dit, l'Iran manque d'une politique centralisée et cohérente de l'eau qui arbitrerait entre les besoins. Les efforts consentis en faveur de l'agriculture — laquelle représente 90 % de la consommation des ressources hydriques — sont pointés du doigt. Afin de procurer des revenus décents aux populations rurales, mais aussi pour garantir la sécurité alimentaire d'un pays exposé aux sanctions internationales, les autorités ont multiplié les mesures pour doper la production agricole. Des dizaines de barrages et de retenues plus modestes ont été construits un peu partout, le plus souvent sans planification ni études préalables, déplaçant des populations et affectant les écosystèmes. Faute d'entretien, nombre de ces structures sont délabrées ou connaissent des taux d'envasement élevés. Le gouvernement est tout aussi incapable de contrôler la consommation d'eau des sites industriels, surtout quand ils sont liés à des dignitaires du régime ou à la galaxie interlope des gardiens de la révolution.

Dans le même temps, les forages illégaux se multiplient et contribuent à la diminution des ressources. Un comble quand on sait que l'Iran s'enorgueillit de techniques plurimillénaires de gestion rationnelle de l'eau souterraine — tels les fameux qanat ou galeries. La corruption et le népotisme endémiques ont ainsi engendré des passe-droits qui génèrent le gaspillage et des inégalités d'accès. Tout le contraire de la traditionnelle « justice de l'eau » garantissant sa répartition équitable.

« Des groupes paraétatiques et paramilitaires contrôlent les ressources naturelles, notamment l'eau, à travers la construction et la gestion de barrages », confirme la chercheuse Dorna Javan (3). Tout cela a un coût. Des villages entiers sont privés d'eau potable, l'exode rural s'aggrave, et ce sont les équilibres sociaux et territoriaux qui sont bouleversés.

Jusqu'à présent, le régime a minimisé, pour ne pas dire nié, l'importance des problèmes écologiques. La recherche sur ces thèmes est entravée, comme l'a montré la répression subie par les personnes qui ont lancé l'alerte, il y a plus de dix ans, concernant le brutal assèchement d'Ourmia, qui fut le plus grand lac du Proche-Orient et qui a quasiment disparu. Mais la réalité risque fort de rattraper un pouvoir de plus en plus contesté. On le sait, l'absence de libertés individuelles et politiques, la corruption, la crise économique, l'effondrement de la monnaie, les sanctions internationales et les attaques américano-israéliennes sont autant de dangers pour la pérennité du régime islamique. Mais, avec la crise de l'eau, c'est l'avenir d'un pays et de son peuple qui se joue.

Voir en ligne : /mav/209/BELKAID/69940

(1) Agence France-Presse (AFP), 22 novembre 2025.

(2) Peyman Saemian, Mohammad Tourian, Amir AghaKouchak, Kaveh Madani et Nico Sneuuw, « How much water did Iran lose over the last two decades ? », Journal of Hydrology : Regional Studies, vol. 41, Amsterdam, juin 2022.

(3) ​​​​​​​ « Dorna Javan : En Iran, les crises environnementales agissent comme un puissant accélérateur du mécontentement social », entretien accordé à Eva Sammadar, Reporterre, 21 janvier 2026.

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Rodomontades et pirouettes

Depuis les attaques lancées le 28 février, les propos du président des États-Unis n'aident guère à comprendre l'état du conflit et des négociations, tant ses revirements donnent le tournis. La presse américaine a dénombré des dizaines de volte-face, dont voici un florilège :

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« Nous gagnons la guerre haut la main. Nous avons décimé tout leur empire du mal. » Propos aux journalistes à bord de l'avion présidentiel Air Force One, 7 mars 2026.

« Je pense que la guerre est pratiquement terminée. » « Ils ont tiré tout ce qu'ils avaient à tirer, et ils feraient mieux de ne pas tenter de coup fourré, sinon ce sera la fin de ce pays. » CBS, 9 mars.

« C'est une excursion qui nous préserve de la guerre. » Réponse à des journalistes dans l'Ohio, 11 mars.

« Si l'Iran ne rouvre pas complètement le détroit d'Ormuz, sans menace, dans les quarante-huit heures suivant précisément cet instant, les États-Unis d'Amérique frapperont et anéantiront leurs diverses centrales électriques en commençant par la plus grande ! » Truth Social, 22 mars.

« J'ai le plaisir d'annoncer que les États-Unis d'Amérique et l'Iran ont eu dans les deux derniers jours des conversations très fructueuses et productives concernant une résolution complète de nos différends au Proche-Orient. (…) J'ai donné pour instruction au ministère de la guerre de reporter toute frappe militaire contre les centrales électriques et les infrastructures énergétiques iraniennes pour une durée de cinq jours. » Truth Social, 23 mars.

« Une civilisation entière va mourir ce soir pour ne plus jamais renaître. » Truth Social, 7 avril.

« À la suite d'entretiens avec le premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif et le maréchal Asim Munir (…) et sous réserve que la République islamique d'Iran accepte l'ouverture complète, immédiate et sécurisée du détroit d'Ormuz, je consens à suspendre les bombardements et toute attaque contre l'Iran pour une durée de deux semaines. » Truth Social, 8 avril.

« Le détroit d'Ormuz est entièrement ouvert et opérationnel pour le trafic, mais le blocus naval restera en vigueur envers l'Iran uniquement, jusqu'à ce que notre transaction avec ce pays soit finalisée à 100 %. Ce processus devrait être très rapide, dans la mesure où la plupart des points ont déjà été négociés. » Truth Social, 17 avril.

« Ils étaient gentils à gérer. C'étaient des gens forts, des gens intelligents. Mais ils ne sont pas radicalisés, et ils cherchent, vous savez, à aider leur pays. » Lors du G7 à Évian, 16 juin.

« T'es complètement cinglé. Tu serais en prison sans moi. Je te sauve la mise. Tout le monde te déteste maintenant. Tout le monde déteste Israël à cause de ça. » Échange avec le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou rapporté par un officiel américain à Axios, 1er juin.

« C'est pour eux une dernière chance de signer un bon document. » PBS, 3 août.

« Si Oman [allié des États-Unis depuis un traité de 1833] se met en travers de notre chemin, on les bombarde jusqu'à les réduire en miettes. » Entretien avec Fox News, 17 août.

Déclarations compilées par Éléonore Guillemin-Baulny et Emma Lévy.

Voir en ligne : /mav/209/A/69941
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Une folle guerre, asymétrique et intermittente

Avec l'agression militaire du 13 juin 2025, relancée le 28 février 2026 par Israël et les États-Unis, éclot une guerre restée larvée depuis 1979. La tournure insolite que prend le conflit au fil des mois nécessiterait d'ouvrir un nouveau chapitre dans les ouvrages de polémologie. Amateurisme viriliste d'un côté, art de la dissimulation et de la survie de l'autre, les évidences ne dispensent pas d'identifier les impasses.

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Hossein Norouzian ////
Trois livres sont représentés sur l'affiche : en arrière-plan se trouvent le Coran avec la couverture bleue et la Constitution, tandis qu'au premier plan le « Livre de la liberté » est entre les mains d'une personne portant une épingle à nourrice, symbole de la pauvreté du peuple. En bas sont reproduits des slogans révolutionnaires tagués à la craie ou à la bombe sur les murs de Téhéran. De haut en bas : « Mort à Bakhtyâr, laquais inféodé », « Vive les moudjahidins de l'armée de l'air », « Technicien de l'aviation, tu es la lumière de nos yeux », « Mort au sionisme » figurant près d'une étoile de David, « Fruit de l'impérialisme » attaché au drapeau des États-Unis et enfin « Mort au chah » pour lequel le mot « roi » est écrit à l'envers afin de montrer qu'il est déchu, 1978. © Hossein Norouzian

De « triomphe » en « triomphe », l'Amérique s'enlise une nouvelle fois au Proche-Orient. Toute escarmouche dans la région prenant une dimension géopolitique majeure — compte tenu des réserves d'hydrocarbures qu'elle recèle —, les combats intermittents et le blocage du détroit d'Ormuz entraînent une tempête dans l'économie mondiale. Et la circonspection dans le restant du monde.

La supériorité militaire apporte rarement de bons conseils. L'ivresse de la force, doublée d'une vanité hors du commun, a conduit le président Donald Trump à s'affranchir de toute expertise non martiale, à ignorer les leçons de l'histoire contemporaine qu'il prétendait naguère enseigner et à oublier la géographie. Le 24 août 2026, quatorze mois après avoir lancé ses premiers bombardiers pour détruire les installations nucléaires iraniennes, il avouait à sa manière la déroute : retour à la politique de sanctions économiques pratiquées depuis la révolution islamique de 1979… Le secrétaire au Trésor Scott Bessent menaçait même de sanctions secondaires les partenaires commerciaux de Téhéran.

M. Trump doit se fâcher contre son complice israélien, qui continue de bombarder le Liban à sa guise et fait détruire les habitations au sud du fleuve Litani

Déjà, la « guerre des douze jours » — du 13 au 24 juin 2025 — laissait beaucoup de questions sans réponse. Le programme d'enrichissement d'uranium était-il vraiment proche de déboucher sur une capacité à produire une bombe nucléaire, comme le serine M. Benyamin Netanyahou depuis… déjà trois décennies ? Les destructions y mettaient-elles vraiment fin ? La structure du pouvoir était-elle ébranlée au point de rendre possible un renversement ? Des échanges de bombes, de missiles et de drones remplaçaient-ils des combats et des conquêtes au sol ?

L'épisode a probablement conforté le premier ministre israélien dans sa conviction qu'il pouvait mener le président des États-Unis par le bout du nez (lire « Quand Israël entraîne les États-Unis »). L'explication fournie par le secrétaire d'État (ministre des affaires étrangères) pour justifier les bombardements « préventifs » lancés à partir du 28 février attestait le malaise : « Nous savions qu'une action israélienne allait avoir lieu, nous savions qu'elle déclencherait une attaque contre les forces américaines et nous savions que, si nous ne frappions pas de manière préventive avant le lancement de ces attaques, nous subirions davantage de pertes », avouait sans fard M. Marco Rubio le 2 mars (1).

L'Iran peut compliquer le trafic maritime

Téhéran n'avait les moyens d'intercepter ni les avions ni les missiles, ni même semble-t-il de déjouer les attaques ciblées contre les plus hauts responsables civils et militaires, et principalement le Guide suprême Ali Khamenei, tué par des bombes israéliennes dès le 28 février. Toutefois, comme le sait tout étudiant de première année en science politique, l'Iran peut sérieusement compliquer le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz… Tirant les leçons de la guerre des villes contre l'Irak dans les années 1980, Téhéran a développé un programme balistique robuste, disséminé et non négociable, dont il a tiré le meilleur parti.

L'inversion du rapport du fort au faible fut telle qu'aucune monarchie du Golfe n'osa utiliser aux côtés de l'allié américain son arsenal offensif, pourtant pléthorique et acquis chèrement auprès des Occidentaux. Quant aux moyens défensifs, et notamment les missiles américains Patriot, ils s'avèrent extrêmement coûteux et longs à fabriquer quand le voisin produit des drones légers par milliers. L'Iran a concentré ses attaques sur Israël et les bases américaines de la région. Mais ses militaires ont aussi fait comprendre que tout dérapage important visant les installations vitales (centrale électrique, raffinerie, usine de désalinisation, centrale nucléaire civile) ferait l'objet de rétorsions immédiates sur l'autre rive du Golfe, démontrant l'extrême fragilité de cette vie artificielle de gratte-ciel et de centre commerciaux construits au milieu du désert.

Le 8 avril, les deux camps acceptent un cessez-le-feu. M. Trump doit se fâcher contre son complice israélien, qui continue de bombarder le Liban à sa guise et fait détruire les habitations au sud du fleuve Litani, complétant la liste de crimes de guerre qui lui sont imputables. Les États-Unis, eux, n'ont atteint aucun des objectifs égrénés au fil des mois : Téhéran menace tout navire qui ne suit pas ses consignes ; la défense de la nation en danger consolide le pouvoir en place ; l'uranium enrichi à 60 % reste en Iran ; ses capacités balistiques paraissent peu touchées ; la prolifération nucléaire semble encouragée, et le pétrole est redevenu une arme de dissuasion. Enfin, à l'échelle régionale, houthistes, Hamas et Hezbollah demeurent aux commandes dans les zones qu'ils contrôlent. Commence alors une phase — inachevée — de « ni paix ni guerre » faite d'attaques sporadiques et de répliques immédiates entre deux annonces de progrès dans les négociations (lire ci-contre).

Celles-ci aboutissent le 17 juin au protocole d'accord d'Islamabad en quatorze points, signé électroniquement comme un vulgaire document immobilier par M. Trump depuis Versailles et par le président iranien Massoud Pezechkian depuis Téhéran. Très vite, même les élus républicains dénoncent une situation moins favorable qu'avant la guerre. La presse israélienne va jusqu'à évoquer une « capitulation » américaine. Le bilan humain provisoire serait de 3 400 morts en Iran à cette date (2) — sans compter les milliers de blessés —, de plus de 4 383 morts entre 2023 et juillet 2026 au Liban (3), de quelques dizaines chez leurs voisins arabes.

Israël reconnaît une soixantaine de morts après les attaques iraniennes ou du Hezbollah (4), mais censure toute information sur les dégâts matériels. L'« État juif », tel qu'il se proclame, s'est montré toujours plus fort, capable d'intervenir dans sept pays (5), mais aussi plus seul et illégitime que jamais. Les États-Unis déplorent la perte de seulement dix-huit soldats, mais le crédit de la première puissance militaire mondiale s'est fortement dégradé. Les bases américaines semblent poser plus de problèmes de sécurité qu'apporter des solutions aux pays qui les accueillent. Le marché de l'énergie reste sous tension permanente, avec des hauts et des bas rythmés par les fanfaronnades du président américain, pour le plus grand profit des spéculateurs.

Un tel fiasco stratégique, diplomatique et économique conduit certains à évoquer une victoire des dirigeants iraniens. Ce serait oublier l'affaissement du pays et les ressorts intérieurs de leur maintien au pouvoir, pas si loin de ceux du président des États-Unis dans sa politique extérieure : rodomontades, verrouillage idéologique et logique de force pure. Les conservateurs de tout poil ont plus vocation à se faire la guerre qu'à s'unir.

Le sursaut national provoqué par l'agression n'efface pas la répression des dernières années. Le système de pouvoir a, certes, prouvé sa robustesse. Et permis l'émergence d'habiles négociateurs, capables d'ouverture politique, comme le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf ou le président de la République Pezechkian (voir le schéma page 37). Mais l'assassinat de Khamenei semble avoir renforcé autour de son fils — et successeur invisible — Mojtaba le poids des plus intransigeants envers leur peuple. Soit qu'ils appartiennent à une gérontocratie qui rappelle les derniers temps de l'ex-URSS — le président de l'Assemblée des experts a 95 ans, celui du Conseil des gardiens de la Constitution a 99 ans —, soit qu'ils doivent leur ascension à une fidélité sans faille à l'appareil d'État de la République islamique, comme le nouveau secrétaire du Conseil supérieur de la sécurité nationale, M. Mohsen Rezaï, qui commanda le Corps des gardiens de la révolution de 1981 à 1997 avant d'occuper plusieurs postes de haut rang.

Le Proche-Orient est paralysé. Ses habitants guettent le moindre accrochage comme chaque promesse des médiateurs. La Chine et la Russie savonnent la planche de M. Trump et ne goûtent guère les menaces de sanctions économiques secondaires. L'Europe se tait, quand elle ne se soumet pas au « grand frère ». Les citoyens du monde hésitent entre humour noir, colère et désespoir.

L'épisode a conforté le premier ministre israélien dans sa conviction qu'il pouvait mener le président des États-Unis par le bout du nez
Voir en ligne : /mav/209/DESCAMPS/69942

(1) « Secretary of State Marco Rubio remarks to press », département d'État américain, 2 mars 2026.

(2) « Islamic Republic of Iran : Humanitarian Update No. 06 », Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), 30 juin 2026.

(3) Sources : Ministère de la santé publique (Liban), et Organisation mondiale de la santé (OMS), « Health Brief », (PDF), 26 juillet.

(4) Christine Jeavans et Matt Murphy, « Thousands killed in US-Israeli war on Iran — but experts say true total may never be known », BBC, 19 juin 2026.

(5) Irak, Iran, Liban, Qatar, Syrie, Tunisie et Yémen, sans oublier la campagne génocidaire à Gaza et des opérations militaires en Cisjordanie.

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Sanctions britanniques : Israël peut dormir tranquille

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Albert Daenens. « Zuivere plastiek » (Plastique pur), avant 1952

Au titre d'une initiative conjointe engageant douze pays dont la France, le ministre des affaires étrangères britannique a annoncé le 8 septembre, devant la Chambre des communes, de nouvelles sanctions visant les colonies israéliennes en Cisjordanie. M. Edward (« Ed ») Miliband a dénoncé notamment le « nettoyage ethnique » qui y sévit. Les mesures qu'il a détaillées cibleront « des entreprises et des individus qui fournissent des services, tels que la construction, les infrastructures, le financement et l'immobilier, destinés à l'expansion » de la colonisation. Il s'agit aussi d'interdire l'importation des produits de ces mêmes colonies – que les Nations unies estiment illégales au regard du droit international.

Ces dispositions relèvent en partie du jeu politique interne. Le nouveau gouvernement de M. Andrew (« Andy ») Burnham semble enfin prendre acte de l'impasse dans laquelle le Parti travailliste s'est mis en refusant de faire droit à l'émotion et aux mobilisations suscitées par l'aggravation de la tragédie que vit le peuple palestinien au cours de la période récente. Déjà, le 11 novembre 2023, plus de 800 000 personnes avaient défilé à Londres en solidarité avec Gaza. Ces derniers mois, les Verts, beaucoup plus offensifs sur le sujet que les travaillistes, progressent dans les sondages et aux élections partielles ou locales.

Les sanctions contre les colonies illégales sont aussi tardives. En effet, depuis le 7 octobre 2023, les forces de Tel-Aviv ou des colons ont tué plus de 1 100 Palestiniens, dont plus de 240 enfants, en Cisjordanie. L'armée israélienne inflige également des détentions ou des incarcérations arbitraires, des humiliations de toutes sortes, des contrôles incessants qui rendent les déplacements cauchemardesques sur ce territoire.

Les dispositions annoncées par M. Miliband sont enfin dérisoires. D'une part, l'État visé par ces sanctions en raison de la seule colonisation de la Cisjordanie commet un génocide, des crimes de guerre et s'en prend illégalement au Liban, à la Syrie ou à l'Iran. D'autre part, les importations des colonies ne représentent qu'une proportion minime des 6 milliards de livres (près de 7 milliards d'euros) d'échanges commerciaux entre le Royaume-Uni et Israël. D'après Bloomberg, cité par L'Opinion (8 septembre 2026), « des diplomates britanniques ont eux-mêmes assuré Washington que les sanctions (contre les colonies israéliennes) étaient avant tout symboliques et qu'elles n'avaient pas vocation à miner la relation diplomatique et commerciale entre les deux États ».

Dans nos archives

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La rue avec Gaza, les élites derrière Israël

On n'avait plus vu cela depuis la mobilisation de 2003 contre la guerre d'Irak menée par MM. George W. Bush et Anthony Blair. Le 11 novembre dernier, selon les organisateurs, plus de 800 000 personnes auraient défilé à Londres en solidarité avec Gaza. Les manifestants ciblaient le gouvernement conservateur comme le Parti travailliste, qui lui aussi a pris fait et cause pour Israël.

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Depuis le début de l'offensive israélienne contre Gaza, en octobre dernier, un fossé s'est creusé entre la classe politique et l'opinion publique britanniques. Le gouvernement conservateur de M. Rishi Sunak et l'opposition travailliste de M. Keir Starmer ont apporté un soutien sans réserve à la guerre menée par M. Benyamin Netanyahou au nom du droit d'Israël à se défendre.

Pourtant, la population britannique rejette l'idée selon laquelle Israël devrait bombarder l'enclave jusqu'à l'élimination du Hamas. En novembre, 59 % des personnes interrogées par YouGov souhaitaient qu'Israël mette un terme à sa campagne militaire, quand seulement 19 % d'entre elles se déclaraient favorables à sa poursuite. En février, 66 % des sondés soutenaient un cessez-le-feu et seulement 13 % d'entre eux la guerre contre les Palestiniens. Aujourd'hui, l'opinion publique demande l'arrêt des ventes d'armes aux Israéliens à une majorité de 56 %, contre 17 % qui réclament sa poursuite (1).

La présidente conservatrice de la commission des affaires étrangères à Westminster a révélé fin mars l'existence d'une note des services juridiques du gouvernement britannique établissant qu'Israël violait le droit humanitaire international. Comme une telle conclusion emporte que Londres cesse de vendre des armes à Tel-Aviv, l'exécutif a refusé de rendre public le document. Mais, le 1er avril, des frappes de missiles israéliennes ont tué trois salariés britanniques de l'organisation caritative World Central Kitchen avec quatre autres de leurs collègues, alors qu'ils apportaient de l'aide à Gaza. Le surlendemain, plus de six cents juristes et universitaires — dont trois juges retraités de la Cour suprême britannique — dénonçaient l'illégalité des ventes à l'armée israélienne (2).

Depuis plus de six mois, la solidarité avec le peuple palestinien donne lieu à des manifestations qui comptent parmi les plus massives de l'histoire moderne. Semaine après semaine et mois après mois, les rues de Londres et d'autres villes britanniques se remplissent de manifestants appelant au cessez-le-feu. La plus importante à ce jour a réuni plusieurs centaines de milliers de personnes. En réponse, le gouvernement Sunak a condamné les protestataires et cherché des moyens de les criminaliser.

« Marches de la haine »

En novembre, la ministre de l'intérieur a demandé à la police métropolitaine de Londres d'interdire la grande manifestation qui se préparait. Comme les officiers de police de la « Met » lui ont répondu qu'elle n'avait aucune raison légale de prendre une telle décision, Mme Suella Braverman a allégué que les manifestants entendaient profaner un mémorial de la Grande Guerre pour inciter des radicaux d'extrême droite à attaquer la marche, ce qui aurait donné un prétexte pour interdire de futurs rassemblements. Mais les militants excités par la ministre s'en sont pris aux forces de l'ordre et ont blessé plusieurs policiers, grièvement dans certains cas.

À la suite de ce fiasco, M. Sunak a dû exiger la démission de Mme Braverman, mais son gouvernement et la presse de droite ont poursuivi leurs attaques contre les manifestations en faveur du cessez-le-feu, qualifiées de « marches de la haine ». Dans leur viseur, toujours, le slogan « Du fleuve à la mer, la Palestine sera libre », qualifié d'antisémite.

Lorsqu'elle était encore ministre de l'intérieur, Mme Braverman avait recommandé aux services de police d'interpréter ce mot d'ordre comme l'« expression d'un violent désir de voir Israël rayé de la carte » et de punir son utilisation au nom du respect de l'ordre public (3). Dans un cas au moins, la police a suivi les instructions de la ministre : à Manchester, une jeune femme d'origine palestinienne a été arrêtée pour injure à caractère raciste parce qu'elle l'avait prononcé (4).

Les soutiens d'Israël prétendent discerner le « vrai » sens du slogan « Du fleuve à la mer, la Palestine sera libre » : ils y voient à coup sûr un appel au massacre ou à l'expulsion dès lors qu'il ne dit pas ce qu'il adviendra de la population juive d'Israël une fois cette aspiration satisfaite. Les Palestiniens et leurs alliés, qui martèlent qu'il s'agit en réalité d'un appel à l'égalité et non au nettoyage ethnique, se voient fréquemment refuser l'accès aux médias britanniques. Du reste, les défenseurs d'Israël invoquent à l'envi son « droit à se défendre » et son « droit à l'existence ». Or la première formule ne précise pas quelles méthodes l'État peut légitimement employer au nom de l'autodéfense, et la seconde ignore la question de l'existence d'un État palestinien, à côté d'Israël. Les Palestiniens les perçoivent certainement comme des menaces et des agressions, du moins telles qu'elles sont employées en règle générale par les principaux défenseurs de la guerre contre Gaza, mais les proférer ne vaudra à personne d'être poursuivi pour injure à caractère raciste.

Début mars, lors d'un discours prononcé devant le 10 Downing Street, M. Sunak a fait franchir un cap supplémentaire à la campagne gouvernementale contre le mouvement de solidarité avec la Palestine. Il a prétendu que les manifestations en faveur d'un cessez-le-feu avaient entraîné « une hausse choquante des perturbations et des actes criminels extrémistes », se traduisant notamment par des « intimidations, des menaces et la préparation d'actions violentes ». En réalité, la contestation, particulièrement pacifique et disciplinée, a donné lieu à moins d'arrestations qu'un festival de musique ou qu'un événement sportif de même ampleur (5). Le discours du premier ministre se fondait essentiellement sur des affirmations de journalistes prétendant sans la moindre preuve, que Londres tendrait à devenir une zone interdite aux Juifs (6).

Deux universitaires britanniques ont obtenu la condamnation pour diffamation de la ministre de la recherche Michelle Donelan, qui les avait qualifiés de soutiens du Hamas (7). Les archevêques de Canterbury et de York ont cru devoir s'inquiéter d'une approche qui « ciblerait de manière disproportionnée les musulmans » après que le gouvernement a confié au ministre aux communautés Michael Gove le soin d'élaborer une nouvelle définition de l'extrémisme : figure de proue de la droite néoconservatrice, M. Gove affirme en effet depuis longtemps que les musulmans britanniques représentent une menace pour la démocratie libérale ; à son initiative, les autorités considéreront désormais comme extrémiste toute velléité de saper les institutions ou les « valeurs » britanniques (8).

Les attaques contre le mouvement de solidarité avec la Palestine se nourrissent aussi des déclarations de personnalités gouvernementales affublées de titres orwelliens, tel M. John Woodcock : le « conseiller indépendant en matière de violences et de perturbations politiques » a récemment proposé que les principaux partis consentent à la « “tolérance zéro” à l'égard des groupes qui menacent la démocratie », par exemple Palestine Solidarity Campaign (PSC) (9). « Si les opinions “extrémistes” sont illégales, s'inquiétait sur X, le 4 mars, la députée tory Miriam Cates, alors celui qui définit l'“extrémisme” a le pouvoir de restreindre la liberté d'expression, la liberté de religion, la liberté de la presse et la liberté d'association. C'est la voie vers l'autoritarisme. »

M. Woodcock est, lui, un ancien député travailliste, rallié à M. Boris Johnson en 2019. Mais nombre de députés de son ancien camp partagent son hostilité envers les manifestations contre la guerre à Gaza, à commencer par le dirigeant du parti, M. Starmer. Au début de l'offensive israélienne, ce dernier s'est dit convaincu qu'Israël avait le droit de couper l'eau et l'électricité aux civils de Gaza — action pourtant constitutive de crime de guerre. Face à l'indignation, M. Starmer a dû retirer ses propos, en alléguant contre l'évidence qu'il avait mal compris la question (10).

Il a par ailleurs suspendu deux parlementaires : M. Andrew McDonald, pour avoir déclaré, lors d'une manifestation à Londres : « Nous ne nous arrêterons pas tant que justice n'aura pas été faite. Tant que l'ensemble de la population, israélienne comme palestinienne, du fleuve à la mer, ne pourra vivre dans la liberté et la paix » ; et Mme Kate Osamor, parce qu'elle avait qualifié la guerre à Gaza de génocide, alors que la Cour internationale de justice (CIJ) avait déjà jugé recevable la plainte déposée par l'Afrique du Sud contre Israël. M. McDonald a réintégré son groupe parlementaire après la défaite essuyée par le Parti travailliste fin février, à l'occasion d'une élection partielle importante à Rochdale, dans l'agglomération de Manchester. Le vainqueur, M. George Galloway, ancien député travailliste devenu un électron libre, avait fait de ce scrutin un référendum contre le soutien de M. Starmer à Israël.

La victoire de M. Galloway est survenue à la suite d'une violente controverse. Quelques jours avant son élection, le Parti national écossais (SNP) avait déposé à la Chambre des communes une motion en faveur d'un cessez-le-feu. Le Labour désirait supprimer les références au « châtiment collectif du peuple palestinien » et au « massacre de civils innocents ». Il souhaitait aussi remplacer l'appel clair et net à un cessez-le-feu par des circonlocutions qui auraient donné à M. Netanyahou une marge de manœuvre suffisante pour poursuivre sa guerre. Selon la formulation proposée par les travaillistes, « les Israéliens ont le droit d'avoir la garantie que les horreurs du 7 octobre 2023 ne se reproduiront pas ». Mais il n'était nullement question du droit des Palestiniens à obtenir la garantie que les horreurs subies depuis le 7 octobre (et bien avant) ne se reproduiraient pas.

Comme M. Starmer ne voulait ni que ses députés votent contre la motion du SNP ni qu'ils s'abstiennent, il a imposé au président de la Chambre Lindsay Hoyle un vote des amendements travaillistes préalable à celui de la motion. Cette violation des règles de procédure parlementaire lui a permis d'empêcher le troisième parti de la Chambre de défendre une position reflétant l'opinion majoritaire dans le pays.

Le refus des travaillistes d'appeler clairement au cessez-le-feu contredit les opinions de ses propres partisans. En février, selon YouGov, 83 % des électeurs ayant voté pour le Labour lors de la précédente élection générale voulaient en effet qu'Israël mette un terme à sa campagne militaire. Seuls 3 % d'entre eux se déclaraient favorables à la poursuite des opérations. L'entêtement de M. Starmer à soutenir la guerre de M. Netanyahou procède de son refus de distinguer lutte contre l'antisémitisme et soutien à Tel-Aviv. Car l'association de la défense des droits des Palestiniens à l'hostilité aux Juifs lui sert à marginaliser la gauche de son parti depuis qu'il en a pris la direction, en 2020. Mais cette arme de lutte interne devient un problème politique majeur dans la perspective de l'élection générale.

Bien qu'une violence ininterrompue, émaillée de crimes de guerre, s'abatte depuis plus de six mois sur les civils palestiniens, les deux principaux partis britanniques restent inébranlables dans leur défense d'Israël. Et bien que des figures politiques aussi importantes que le conservateur Nicholas Soames, membre de la Chambre des lords, et le maire travailliste de Londres, M. Sadiq Khan, appellent désormais à l'arrêt des ventes d'armes, MM. Sunak et Starmer affirment encore à cette heure que le Royaume-Uni doit continuer à soutenir l'effort de guerre israélien. Même si cette position évoluait dans les semaines à venir, l'un et l'autre auront causé des dommages à leur réputation, ainsi qu'au crédit diplomatique de leur pays.

(Traduit de l'anglais par Nicolas Vieillescazes.)

Voir en ligne : /2024/05/FINN/66827

(1) Patrick Wintour, « Majority of voters in UK back banning arms sales to Israel, poll finds », The Guardian, Londres, 3 avril 2024. Cf. aussi Matthew Smith, « Israel-Palestine : Fundamental attitudes to the conflict among Western Europeans », 20 décembre 2023, et « British attitudes to the Israel-Gaza conflict : February 2024 update », 15 février 2024.

(2) Alex Barton, « Former Supreme Court judges say government's arming Israel breaches international law », The Telegraph, Londres, 4 avril 2024.

(3) Rajeev Syal et Aubrey Allegretti, « Waving Palestinian flag may be a criminal offence, Braverman tells police », The Guardian, 10 octobre 2023.

(4) Haroon Siddique, « Police accused of stifling protest after Manchester arrest over Palestine chant », The Guardian, 21 mars 2024.

(8) Nadeem Badshah, « Archbishops of Canterbury and York warn against new extremism definition », The Guardian, 12 mars 2024. Cf. aussi Peter Oborne, « UK extremism : Michael Gove is turning British Muslims into an enemy within », 19 mars 2024.

(9) Elizabeth Short, « “Profoundly anti-democratic and repressive” », The Morning Star, Londres, 12 mars 2024.

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Sanctions contre Israël, "une action concrète et sincère" contre la colonisation israélienne

Après l’annonce par 12 pays de restrictions visant le commerce avec les colonies israéliennes en Cisjordanie, l’ambassadrice de Palestine en France, Hala Abou-Hassira, salue sur France 24 des mesures prises à un "moment crucial". Elle appelle désormais à aller plus loin pour faire pression sur Israël et "faire respecter le droit international".

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Cisjordanie : trois questions autour des sanctions occidentales contre les colonies israéliennes

Douze pays, dont la France, le Royaume-Uni et le Canada, ont indiqué mardi vouloir imposer des restrictions de commerce sur les biens issus des colonies israéliennes implantées en Cisjordanie occupée. France 24 fait le point sur les questions qui se posent après cette annonce.

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Fut-il le pire ?

Dans huit mois, M. Emmanuel Macron quittera l'Élysée. Et, suivant la tradition du journalisme politique, comme si une heure de dissidence rachetait une décennie de révérences, les critiques fusent. L'hebdomadaire The Economist moque un « canard boiteux » après avoir cru au « sauveur de l'Europe ». Deux courtisans parisiens racontent dans un livre « l'histoire d'un homme exceptionnel… qui s'est exceptionnellement planté ». Porte-voix des élites libérales, M. Alain Minc voit en lui le « pire président de la Ve République (1) ».

Ingratis servire nefas — « on ne gagne rien à servir les ingrats ». Car, depuis 2017, M. Macron a, largement, suivi les orientations du rapport Minc (1994) ou de la commission dirigée par M. Jacques Attali (2008), dont il était alors l'adjoint. De même celles de l'Union européenne ou de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) sur les dépenses de défense. Davantage qu'aucun de ses prédécesseurs, ce président a débarrassé la diplomatie du Quai d'Orsay des traces d'indépendance qui la distinguait encore. Paris a désormais la politique russe de Kiev, la politique vénézuélienne de Washington, la politique iranienne d'Abou Dhabi, la politique commerciale de Berlin, et plus de politique africaine du tout depuis que les États du Sahel ont congédié son armée.

M. Macron a aussi achevé de transformer l'État en Comité de salut privé, assurant des dividendes record aux actionnaires (2). La France est devenue un paradis pour les fonds spéculatifs, qui ont désormais la main sur des milliers d'entreprises, dont plusieurs fleurons. La Sécurité sociale, elle, n'a plus vocation à allouer à chacun selon ses besoins, tandis que le service public, asphyxié, vire au cauchemar pour les agents et les usagers.

Le président a joué la partition de l'extrême centre libéral atlantiste en virtuose. Mais à contretemps. Héros de la mondialisation et du dépassement de la politique, il n'a vu venir ni l'éclipse de l'une ni le retour de l'autre. Démonétisée par la résurgence internationale de la souveraineté ou de la planification, sa stratégie de l'offre a échoué. Le chômage repart à la hausse, la croissance stagne. Le déficit commercial reste élevé, au point que la moitié de l'empreinte carbone nationale tient aux émissions importées ; celui des finances publiques justifierait le manque de pompiers comme de Canadair.

C'est donc un pays livré aux flammes que M. Macron nargue sur son Jet-Ski en trombe. L'allégorie d'un mandat qui s'achève dans une double fuite en avant. La cause ukrainienne doit, d'une part, ressouder son camp après la dissolution ratée de l'Assemblée nationale et relancer l'industrie de défense européenne. Au nom de l'autonomie stratégique. Au risque, surtout, d'un grand réarmement allemand (lire notre dossier), voire d'une confrontation avec la Russie. D'autre part, le choix récent d'un défenseur des droits réactionnaire ou le soutien du gouvernement à une présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre confirment le verrouillage opéré depuis quelques années.

« Voilà un homme qui a réprimé les libertés (…) avec une violence sans précédent (…). Et qui vient dire ensuite que Marine Le Pen est un danger pour les libertés individuelles et la démocratie, constatait déjà la favorite de la prochaine présidentielle dans Le Figaro il y a cinq ans. C'est une plaisanterie. » Au soir du 7 mai 2017, M. Macron avait, lui, eu ce mot à propos des électeurs de Mme Le Pen : « Je ferai tout pour qu'ils n'aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes. » Deux quinquennats plus tard, on mesure le résultat.

Voir en ligne : /2026/09/RZEPSKI/69891

(1) The Economist, Londres, 8 janvier 2026 ; Nicolas Domenach et Maurice Szafran, Néron à l'Élysée. Comment il a tout gâché, Albin Michel, Paris, 2026 ; Alain Minc dans L'Express, Paris, 7 octobre 2025.

(2) Lire Pierre Rimbert et Grégory Rzepski, « Le Comité de salut privé », Le Monde diplomatique, septembre 2022.

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