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How one invented claim becomes a chatbot’s confident answer in cognitive warfare: Ukraine’s drone chief maps Russia’s AI attack

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Ask a chatbot why something happened in the war, and the answer may be written by Russia. Russia is poisoning AI chatbots with millions of fake articles so they repeat Kremlin narratives as fact, a cognitive weapon with strategic impact, Ukraine’s Unmanned Systems Forces commander Robert “Madiar” Brovdi warns on Telegram.

Russia has waged a cognitive war against Ukraine for years, and it intensified sharply with the full-scale invasion. This war goes beyond fake news and disinformation: it aims to shape the deeply ingrained beliefs that drive people’s attitudes, decisions and behavior, and its newest weapon is artificial intelligence.

Brovdi calls it a cognitive operation with strategic impact, one his forces studied among the technological risks of 2027. People increasingly ask a chatbot “why did X happen?” and take the instant answer, he explains, without asking where it comes from.

“Artificial intelligence does not know the truth. It retells the internet, literally,” Brovdi claims.

How the strategy works, step by step

Brovdi lays out a chain that turns a single lie into something a machine will repeat as fact:

  1. The enemy invents a lie. For example, that Ukrainian soldiers did something terrible, when nothing of the sort happened.
  2. It is copied across thousands of sites. The same fabrication is published again and again, in many languages, until it looks like everyone is reporting it.
  3. It fakes a crowd of independent sources. The sites cross-link to one another, but ten sites copying one lie are not ten independent confirmations.
  4. A person asks the AI. They type “why did Ukrainian soldiers do X?”, though X may never have happened, so the lie is already smuggled into the question as fact.
  5. The AI may repeat the lie. If the system ingests unreliable material and checks facts poorly, it echoes the fabrication in a calm, confident tone.
  6. The person trusts it. “The AI said so,” they think, so the answer feels objective, and they believe it, retell it, or share it online.
  7. The lie shapes decisions and trust. People start to distrust the army, the state, or one another, and even an unproven fabrication has already changed how they feel.

The machines already repeat the lie

The attack runs on volume. Russia floods the web through the “Pravda” network, close to 200 sites in dozens of languages posting 4 to 6 million near-identical articles a year, Brovdi claims, written for machines, not people.

It works, by his account. Of the ten most popular chatbots studied, about a third of the time they reproduce Russian fakes, he noted, and four of ten in a 2024 test affirmed that Azov fighters had burned an effigy of Trump, a fabrication, and cited sources for it.

A war Ukraine admits it is losing

Brovdi is blunt about the balance. Ukraine is losing this fight to Russia’s troll farms, he concedes, even as a layer of homegrown trolls has sprung up too.

His closing advice was aimed at readers.

“Critical thinking should not be delegated. Not even to the smartest machine. Switch on your own judgment and always check the source and the information,” Brovdi states.

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Burnham’s Russia Narrative Car Crash is Worse Than We Thought

Andy Burnham's claim that Russia interfered with Brexit is risible for one very simple reason, says Ben Pile: EU policy on climate and energy is so suicidal that Putin could not have wanted Britain to leave.

The post Burnham’s Russia Narrative Car Crash is Worse Than We Thought appeared first on The Daily Sceptic.

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Russia Appears to Step Up Efforts to Influence U.S. Voters

One campaign has created social media posts focusing on U.S. support for Israel to sow discord ahead of the midterm elections.

© Anastasia Barashkova/Reuters

American officials say they have identified similar influence campaigns by Russia and others in years past, all trying to create discord over contentious topics.
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Tout le monde déteste l'IA

Les investisseurs n'ont d'yeux que pour elle ; ses architectes toisent les chefs d'État ; son usage se propage comme le feu dans la plaine : l'intelligence artificielle, dit-on, va transformer l'humanité. Mais l'humanité le veut-elle ? Face au Moloch numérique, qui exige le sacrifice de l'emploi, du climat et de la vie privée, les résistances se multiplient. Sauront-elles s'organiser alors que les grands partis, obnubilés par les machines, regardent ailleurs ?

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Norbert Bisky. « Cut » (Coupe) 2014
© Norbert Bisky - ADAGP, Paris, 2026 - photographie : Bernd Borchardt

« Il y a une bataille, dehors, qui bat son plein. Elle ébranlera bientôt vos fenêtres et secouera vos murs. » L'air de cette chanson de Bob Dylan sur les temps qui changent a-t-il effleuré l'esprit de M. Eric Schmidt le 15 mai dernier ? Ce vendredi-là, l'ancien président-directeur général de Google et ex-conseiller du Pentagone avait revêtu la coiffe à pompon, la toge à revers jaune et le sourire satisfait pour discourir devant un parterre d'étudiants de l'université de Tucson, en Arizona, à l'occasion de la remise des diplômes. Était-ce la cinquantième ou la centième fois qu'il débitait machinalement son topo sur l'intelligence-artificielle-qui-va-tout-bouleverser ? Soudain, un concert de huées et de cris de rage l'interrompt, et le tohu-bohu redouble sitôt qu'il articule ses lettres fétiches, « I » et « A ». Son sourire se fige en rictus. « Je sais ce que beaucoup d'entre vous ressentent. (…) Je comprends cette peur », lance M. Schmidt — dont la fortune dépasse 60 milliards de dollars — à des étudiants lestés d'une dette moyenne de 35 000 dollars, et dont l'IA menace d'annihiler les futurs emplois.

L'incident n'est pas isolé. Une houle contestataire enfle aux États-Unis contre le culte de l'automatisation, les ravages du tout-numérique, la prolifération des centres de données, l'arrogance et le pouvoir des élites de la tech, la corruption des élus qui se prosternent à leurs pieds. Jet de cocktail Molotov sur le domicile du fondateur d'OpenAI en avril, tirs d'armes à feu contre celui d'un conseiller municipal d'Indianapolis favorable à l'installation d'un data center, manifestions locales : les indices d'un grand ras-le-bol s'empilent. Au moment où l'avant-garde du secteur — OpenAI, Anthropic — annonce des entrées en Bourse, le Wall Street Journal frissonne : « La seule chose qui croît plus vite que ce secteur de l'IA, c'est peut-être le sentiment négatif des Américains à son égard (1). » À en croire les enquêtes d'opinion, c'est le cas d'une majorité d'entre eux ; plus des deux tiers jugent « trop rapide » le développement de cette nouvelle technologie, y compris les 18-29 ans (64 %) (2).

Comme la plupart des changements technologiques majeurs, le déferlement de l'IA sur les sociétés n'a fait l'objet d'aucune délibération collective ni même d'une discussion publique.

Le schéma n'a pas fondamentalement varié depuis la fin du XIXe siècle : les pouvoirs publics encouragent ces impositions privées au nom d'une « modernisation » qui consiste à liquider les classes « arriérées » soupçonnées d'entraver la marche en avant économique — artisans, paysans, ouvriers, employés. Mais, cette fois, l'ampleur et la rapidité du choc provoquent une rébellion à la composition sociale inédite. Les nouveaux luddites se recrutent aussi bien parmi les étudiants, les éleveurs, les catholiques galvanisés par l'encyclique papale Magnifica humanitas, qui appelle à « désarmer l'IA », qu'au sein de la bourgeoisie nationale-conservatrice de type MAGA (« Make America Great Again »). Pour le moment, rien n'agrège ces groupes dont les colères procèdent de trois logiques dissemblables.

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Norbert Bisky. – « Dies irae » (Jour de colère), 2016
© Norbert Bisky - ADAGP, Paris, 2026 - photo : Bernd Borchardt

La première, et la plus évidente, tient à la perspective d'un grand remplacement des cadres et professions intellectuelles supérieures par des machines. Des secteurs qui avaient accueilli la désindustrialisation avec l'indifférence hautaine que leur inspirait la foi dans l'« économie du savoir » se trouvent à leur tour menacés. La litanie des suppressions de postes dans la finance, le conseil, l'ingénierie informatique, l'architecture, la programmation ainsi que dans le monde de l'information, de la communication et des arts, etc., provoque un dessillement brutal, en particulier chez les plus jeunes, que le système d'enseignement américain fait entrer sur le marché du travail l'enclume de la dette au cou. Dans l'ombre de ces professions chargées de mettre en scène l'espace public, l'automatisation assombrit aussi l'avenir de cohortes d'invisibles : les employés administratifs du privé comme du public, incarnations des petites classes moyennes, souvent très féminisées, dont les fonctions dites « support » ou « d'arrière-boutique » (back-office) se trouvent confrontées à une vague de numérisation (3).

Si la classe dominante occidentale avait pu se satisfaire du chômage des prolétaires, qui produisaient beaucoup mais consommaient peu et faisaient peser sur la vie politique le souvenir déplaisant des révolutions, la robotisation des métiers occupés par les populations aisées introduit une double inconnue dans l'équation socio-économique : comment faire tourner la machine si les groupes qui tirent la consommation intérieure s'appauvrissent ? Comment perpétuer le théâtre politique si les couches-cibles des grands partis dépriment ou se rebellent (4) ? Bien sûr, les prophéties du déclassement numérique hantaient déjà le salariat dans les années 1990, et Internet a renouvelé plutôt qu'anéanti les classes moyennes. Mais le séisme de l'IA s'annonce d'une tout autre magnitude.

Une fin de soirée difficile

Pendant que les économistes libéraux prophétisent un ruissellement universel de lait et de miel, l'un des spécialistes mondiaux des effets de l'innovation prévient : « L'intelligence artificielle devrait creuser l'écart entre les revenus du capital et ceux du travail (5). » Ses infrastructures absorbent les investissements au détriment des autres secteurs, ses valorisations boursières enrichissent les riches et limitent la liberté de contestation de cette moitié des Américains dont l'épargne et les retraites dépendent des marchés. Davantage de milliardaires ou tous à la rue, l'alternative a de quoi enchanter. Les dirigeants de la Silicon Valley, qui devinent une fin de soirée difficile, réclament une forme de redistribution des bénéfices qui limiterait la prolétarisation de leurs clients.

À la perspective du chômage des diplômés s'ajoute l'angoisse, corrosive bien que statistiquement invisible, d'être inutile au monde. Et trahi par ceux qui le dirigent. Le pouvoir des élites non élues alimente une deuxième forme de colère. L'affaire Mythos en fournit une bonne illustration. En avril dernier, la société Anthropic choisit de ne pas rendre public Claude Mythos Preview, son dernier modèle d'IA, si puissant, prétend-elle, que des utilisateurs malintentionnés pourraient s'en servir pour compromettre des infrastructures informatiques critiques. Éthique ou promotionnel, le geste a immédiatement suscité un malaise bien résumé par la juriste Mariana Olaizola Rosenblat : « Les sociétés démocratiques ne devraient pas dépendre de la retenue morale des dirigeants d'entreprise lorsque l'enjeu concerne la stabilité de nos systèmes financiers, de nos réseaux électriques, de nos hôpitaux et de nos élections (6). » Pendant qu'il est encore temps, « l'État doit intervenir et légiférer vigoureusement », plaide-t-elle. C'est précisément ce que M. Donald Trump veut empêcher afin de favoriser les champions américains dans leur compétition avec la Chine (7). L'affrontement mondial autour de l'IA a d'ailleurs incité la Maison Blanche à suspendre mi-juin l'accès des non-Américains a une version bridée de Mythos. Soucieux d'évoluer dans un cadre clair et prévisible, le fondateur d'Anthropic réclame « une réglementation plus stricte et contraignante de l'IA ». Et M. Chris Lehane, directeur des affaires internationales d'OpenAI, suggère que les intérêts imbriqués de l'État et de l'industrie numérique « nécessiteraient pour les gérer la mise en place d'un nouvel hybride public-privé » (8). Dans tous les cas, les impératifs géopolitiques oblitèrent les considérations démocratiques.

Par-delà ses effets sur l'emploi, cette IA en roue libre dirigée par des suprémacistes technologiques nourrit l'idée d'une perte de contrôle face à une technologie caractérisée par son autonomie croissante — les modèles de génération suivante écriront eux-mêmes les lignes de code nécessaires à leur propre perfectionnement… Évidente pour les dirigeants, ce genre de fuite en avant ne va pas de soi pour les autres. Car le type même de rapports sociaux qu'implique l'automatisation révolte le public, et en particulier ceux que l'hebdomadaire The Economist (6 juin 2026) baptise avec épouvante la « Gen Z socialiste » : surveillance généralisée, inégalités abyssales, indifférence à l'environnement, cynisme des élites de la tech qui interdisent à leurs enfants les services qu'ils imposent au reste du monde, interactions robotisées pour les pauvres et domesticité humaine pour les riches.

Manque à ce tableau idyllique le carburant de la machine : la puissance de calcul. Et donc les centres de données. Or une proportion croissante d'Américains — 70 % en mars selon Gallup — refusent l'implantation dans leur voisinage de ces installations bruyantes, polluantes, qui dévorent les paysages, amputent les terres agricoles, assèchent les nappes phréatiques, emploient peu de salariés et, surtout, font exploser les prix de l'électricité. Leur multiplication rend le sujet brûlant : les États-Unis comptaient en avril dernier plus de 3 000 grands data centers opérationnels, essentiellement dans des aires urbaines, mais les 1 500 supplémentaires en cours de construction se situent aux deux tiers en zones rurales, en particulier dans le Sud et le Midwest (9). Ces projets — qui ne répondent pas à un besoin au moment de leur mise en chantier — anticipent la croissance exponentielle de l'IA : le pari d'un avenir virtuel déglingue la vie réelle.

Contrairement aux deux premières, cette troisième composante de la colère contre l'IA s'appuie sur des communautés locales, des mobilisations tangibles ainsi que sur une base sociologiquement diversifiée et transpartisane : mères de famille inquiètes pour l'environnement, chrétiens du Texas, fermiers, ouvriers républicains, techniciens des télécommunications, militants progressistes. « Le niveau d'opposition ne varie pas significativement en fonction de l'âge, de l'origine ethnique, du niveau d'études, du revenu ou du degré d'urbanisation », observe l'enquête de Gallup publiée le 13 mai dernier. « L'affrontement n'oppose pas la droite à la gauche, les démocrates aux républicains, les banlieues à la campagne. En réalité, c'est le haut contre le bas », explique M. Saul Levin, un activiste interrogé par le journaliste Andrew Cockburn. Son enquête à Saline, une petite ville du Michigan où doit s'implanter un data center à 16 milliards de dollars, montre la distance qui s'installe entre, d'un côté, les élus déconcertés par l'opposition locale, les pontes de la tech qui dépêchent avocats et lobbyistes pour les dissuader d'agir, les dirigeants de compagnies d'électricité qui font monter les prix, et, de l'autre, des administrés massés dans les mairies qui secouent leurs représentants (10). La plupart ne s'étaient jamais mobilisés. Un peu comme les « gilets jaunes » en France en 2018-2019, ils se sentent trompés par les politiciens et découvrent la puissance de l'action collective. Le site DataCenterWatch.org dénombre 142 groupes militants dans 24 États. Au cours du seul premier trimestre 2026, 75 projets ont été bloqués ou retardés pour une valeur estimée à 130 milliards de dollars, contre 48 projets ajournés ou annulés pour 156 milliards de dollars au cours de l'année 2025. « Les élus de plus de dix États ont déposé cette année des projets de loi visant à suspendre la construction », rapportait début juin le Washington Post. Et « les habitants de Monterey Park, en Californie, ont approuvé la première interdiction permanente des centres de données, avec plus de 86 % des suffrages » (11).

L'humain d'abord, mais lequel ?

Alors qu'édiles locaux et parlementaires accueillaient avec des cris d'amour et d'exubérantes exonérations fiscales ces cathédrales numériques louangées par M. Trump, l'aversion qu'elles suscitent désormais constitue un enjeu des élections de mi-mandat. Pourtant, à l'exception de quelques figures de gauche (MM. Bernie Sanders et Ro Khanna, Mme Alexandria Ocasio-Cortez, partisans d'un moratoire dans la construction des data centers) ou républicaines (M. Ronald DeSantis, Mme Marjorie Taylor Greene), la contestation populaire ne trouve qu'un relais limité, y compris chez les démocrates. La pression des industriels, les campagnes de dénigrement financées par les lobbys et l'influence de certains syndicats favorables aux installations douchent les velléités oppositionnelles.

Toujours à l'affût d'un élixir qui revitaliserait un mouvement MAGA déboussolé par l'aventurisme militaire de M. Trump et sa dévotion pour les milliardaires de la tech, l'ancien stratège de la Maison Blanche Steve Bannon a, lui, publié en avril une lettre signée d'une soixantaine de personnalités conservatrices proches du président américain pour exhorter ce dernier à réglementer l'IA. « Nous savons que nous ne pouvons pas compter sur ces entreprises pour s'autoréguler », explique le document. La missive était conçue comme une rampe de lancement de « Humans First », déclinaison numérique d'« America First » : « Les mondialistes du numérique cherchent à détourner notre mouvement pour pousser Washington à faire passer les géants de l'IA avant le peuple américain. “Humans First” marque le début de la lutte pour reconquérir notre pays. » Pendant que les partis tergiversent, l'extrême droite tente sa chance…

Déjà, la bataille dépasse le cadre américain. L'IA et les data centers mobilisent au Chili, au Mexique, en Espagne. En France, où M. Emmanuel Macron abaisse le marchepied aux industriels du numérique, le foisonnement des centres de données à Marseille, Grenoble, en Seine-et-Marne, dans les Hauts-de-France, etc., attise le mécontentement des riverains et favorise l'éclosion de collectifs d'opposants. Si l'impopularité abyssale du président de la République ne joue pas en faveur de son IA chérie, la poursuite de la numérisation à marche forcée reste étrangement absente de la campagne électorale qui démarre. Après la propriété, le libre-échange, l'intégration européenne ou l'Alliance atlantique, cette question compte-t-elle désormais au nombre des sujets sur lesquels le vote n'a pas prise ? La peur de rater l'avenir, la mauvaise réputation de mouvements politiquement hétérogènes, l'attrait d'une feinte souveraineté faite d'infrastructures certes locales mais qui tournent sur des puces américaines Nvidia anesthésient le sens critique des meilleures volontés.

« L'humain d'abord » ou « Humans first », populisme populaire ou nationalisme réactionnaire, « gilets jaunes » ou Tea Party : le destin du soulèvement contre les machines pose l'une des grandes questions politiques de notre temps.

Voir en ligne : /2026/07/RIMBERT/69683

(1) Amrith Ramkumar, Katherine Blunt et Lindsay Ellis, « The American rebellion against AI Is gaining steam », The Wall Street Journal, New York, 18 mai 2026.

(2) Mike Allen, « AI hate wave is here », Axios, 17 mai 2026.

(3) Ben Casselman, « Forget about coders. The real A.I. threat is in the back office », The New York Times, 15 juin 2026.

(4) Lire Frédéric Lordon, « Marx va avoir raison (IA et lutte des classes) », La pompe à phynance, Les blogs du Diplo, 2 mars 2026.

(5) Daron Acemoglu, « The simple macroeconomics of AI », (PDF), NBER working paper, mai 2024.

(6) Mariana Olaizola Rosenblat, « The governance gap Mythos exposed — And how to address it », Just Security, 29 avril 2026.

(7) Lire Evgeny Morozov, « Face à la Chine, l'Amérique a un plan », Le Monde diplomatique, juin 2026.

(8) Respectivement Dario Amodei, « Politicy on the AI exponential », Dario Amodei, juin 2026, et Axios, 13 mai 2026.

(9) Skyler Seets et Kaitlyn Radde, « Most new data centers in the U.S. are coming to rural areas », Pew Research Center, 13 avril 2026. D'autres sources dénombrent davantage d'installations.

(10) Andrew Cockburn, « The data-center divide. Why politicians are squandering the anti-AI backlash », Harper's, New York, juin 2026.

(11) Liz Goodwin et Riley Beggin, « Why most politicians are not calling for data center bans despite voter's anger », The Washington Post, 7 juin 2026.

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Russia-linked bot networks kept their weekly rhythm after drone strikes on three Yandex data centers—disinformation monitor LetsData

Collage by Euromaidan Press

The claim that strikes on Russian tech giant Yandex thinned out social media bots finds no support in the networks tracked by Ukrainian disinformation-monitoring company LetsData, co-founder Ksenia Iliuk told Euromaidan Press on 13 October. She cautioned that the strikes may still have affected networks outside the company’s view.

At the Warsaw Security Forum, Lithuania’s prime minister suggested allies should ask Ukraine to strike more Russian data centers because that might help protect European elections from foreign interference. Bot networks are one tool of that interference, so whether the strikes mute them carries weight well beyond Ukraine.

No drop in the networks LetsData tracks

Drones hit Yandex data centers in Sasovo and Vladimir between 8 and 11 October. Ukrainian drone maker Fire Point said its FP-1 drones struck Yandex’s Kaluga site in between. On 12 October, Ukrainian President Volodymyr Zelenskyy told the Warsaw Security Forum that once Ukraine’s response reached Yandex, social media had fewer bots.

more than 500 drones moscow’s count kh-101 fuel plant second yandex data center far-north refinery hit · post smoke over ukhta komi republic after reported drone attack lukoil 9 2026
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More than 500 drones by Moscow’s count: Kh-101 fuel plant, second Yandex data center, and a far-north refinery hit

LetsData checked X and Facebook, where bot networks usually stand out clearly, Iliuk said. Its analysts looked at networks attributed to Russia’s influence ecosystem. Among them are groups of X accounts spreading domains from what she called a new wave of Doppelgänger, a Russian campaign that clones real news sites.

Those networks look unaffected, Iliuk said. None of them has stopped posting or broken its usual rhythm, she added. Some are slightly less active, but LetsData’s analysts say that is typical for them. The networks run on a weekly cycle, and the check fell in the part of the week when they post less.

A network that jumped from Germany to Ukraine

LetsData worked with two samples. One covers accounts that systematically target Ukraine, Moldova, and Armenia. The other covers bot networks the company has followed for some time that keep changing their target audience, so they have no fixed country.

ukrainian drones hit three russian tech giant yandex’s data centers four days ukraine’s president says bots thinned out too · post flickr/hesham elmahdy social media internet trolls networks ukraine news
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Ukrainian drones hit three of Russian tech giant Yandex’s data centers in four days. Ukraine’s president says the bots thinned out too

About two weeks ago, one network from that second sample wrote about elections in Germany and spread fake Die Welt sites, she said. It now posts about mobilization in Ukraine and shares a fake site of Ukrinform, Ukraine’s state news agency.

What the check can’t see

The company can compare only within networks whose usual behavior it knows, Iliuk said. Checking the whole internet is impossible because the scale is colossal, she said. A Cloudflare chart that circulated as evidence counted automated web requests from Yandex’s network, including its search crawlers, not social media posts, Cybernews reported.

So the networks LetsData follows show no impact, Iliuk said. That does not mean the strikes had no effect at all, she noted. They may have shown up in networks the company isn’t tracking now. LetsData will keep watching and report other signals if they appear.

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Ten years on, Britain’s prime minister says Russia meddled in the Brexit vote—and warns Germany and France

ten years britain’s prime minister says russia meddled brexit vote—and warns germany france · post andy burnham britain's new 29 2026 hl-8sqawgaax0se ukraine news ukrainian reports

UK Prime Minister Andy Burnham said Russia interfered in the 2016 referendum that took Britain out of the European Union, in podcast excerpts released on 11 October, the Associated Press reported. His remarks are believed to be the first time a British prime minister has publicly acknowledged such meddling.

Russia’s information war keeps running through Europe’s ballots. German security sources said in August that Moscow was escalating disinformation before state elections, and Ukraine’s Center for Countering Disinformation found more than 200 Russian fake news sites aimed at France last year.

One question, one clear answer

Burnham told The Rest Is Politics podcast that he asked his advisers whether Russia had interfered in the 2016 vote. He asked after taking office in July.

“I’ve had the clear answer that yes, there was,” he said.

He argued that such things must now be put clearly on the record. He did not say how Russia interfered or offer evidence, and Moscow has long denied interfering in foreign votes.

Burnham said he had discussed Russian interference with German Chancellor Friedrich Merz in Berlin the previous week. “You know he was saying to me that the AfD are clearly linked to Russia, funded I believe,” Burnham said, referring to Germany’s far-right Alternative for Germany party. Putting such interference on the record would help “voters in Germany and France understand that some of this politics is instigated via our enemies, namely Russia,” he added.

Years of silence

In 2020, Parliament’s Intelligence and Security Committee found that the government had actively avoided investigating whether Russia meddled in the referendum. The report noted open-source signs of Russian attempts to sway the Brexit campaign. The government, it said, had never looked for hard evidence.

The government rejected the committee’s call for a review.

“We have seen no evidence of successful interference in the EU Referendum,” it said.

That same year, London said Russian actors had almost certainly tried to interfere in the 2019 general election. The government said they did it by amplifying leaked UK-US trade documents online.

From 2019 to 2016

Three weeks ago, Burnham stopped short of this. At the UN General Assembly on 22 September, he said the Kremlin spends around £1.3 billion each year on manipulating information. That is roughly $1.7 billion at recent exchange rates. He cited evidence that Russian agencies tried to interfere in the 2019 general election, but he did not mention 2016.

In the same speech, he said Britain had already helped Moldova protect its elections from Russian interference.

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Ukrainian drones hit three of Russian tech giant Yandex’s data centers in four days. Ukraine’s president says the bots thinned out too

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Ukraine’s drone strikes on Russian tech giant Yandex thinned out social media bots, Ukrainian President Volodymyr Zelenskyy said on 12 October. Network data do show Yandex’s automated traffic collapsing after the strikes. Disinformation researchers say that traffic is search crawling, not trolls. A Ukrainian social media monitor told Euromaidan Press its own data show no clear drop in bot activity either.

Russian influence operations are a live threat to European votes. In August, the Matryoshka network fabricated news clips aimed at Sweden’s general election. German and French authorities flagged the same network targeting Germany’s local votes and French presidential hopeful Gabriel Attal. A way to switch such networks off would hand allies a new tool, which is why the claim needs testing.

The president’s claim

Addressing the Warsaw Security Forum by video link, Zelenskyy said that once Ukraine began answering Russia’s operation against Ukrainian data centers and its strikes reached Yandex, many social media platforms suddenly became a little easier to breathe on.

Many people noticed less hatred, discord, and provocation because there were fewer bots, he said. It was quite clear where those bots came from, he noted. Their disappearance once Yandex went down proves again that Europe is not the source of the problems, he added.

Lithuanian Prime Minister Mindaugas Sinkevičius said at the same forum that allies should ask Zelenskyy to strike more data centers in Russia, answering a question on how to protect their elections from interference.

Three data centers in four days

Drones first hit Yandex’s data center in Sasovo, Ryazan Oblast, on 8 October. Yandex said it shut the site down completely. The next day, a strike on its Kaluga site completely disabled several modules, the company said. Yandex calls Kaluga its largest data center, Russian science outlet T-Invariant noted.

Ukrainian drone maker Fire Point said its FP-1 long-range drones carried out that strike.

After the first strike, on Sasovo, a source at Yandex summed up the mood for The Bell: “Things are rotten. We keep working.”

Overnight on 11 October, drones hit the third site, in Vladimir. Yandex said it fully halted that data center too. Vladimir Oblast Governor Aleksandr Avdeev acknowledged an attack on “infrastructure” near the city. It started a fire and cut power to two substations serving 5,000 residents, he claimed.

Dima, have you tried turning it off and on again?

— Fire Point (@FirePointUA) October 11, 2026

What the traffic data show

Automated web requests from Yandex’s network fell to 0.4% of their two-week peak after the third strike, Cloudflare Radar data showed, Cybernews reported. That chart counts automated requests to websites, mostly from Yandex’s own search crawlers. It does not count social media posts.

The chart “has nothing to do with social media,” the Russian opposition analysis group Antibot4navalny wrote.

To those implying that Kremlin-controlled social media bot/troll farms became silent after Ukraine hit a Yandex data center, posting this CloudFare chart ( radar.cloudflare.com/bots/as13238 ):Hate to disappoint you all ⤵

— antibot4navalny | bot blocker | блокировщик ботов (@antibot4navalny.bsky.social) 2026-10-11T20:54:52.717Z

Russia’s overall bot traffic last week looked much like any other week. Yandex’s own figure began recovering on Sunday. Covert troll farms usually hide behind residential proxies, hacked devices, virtual private networks (VPNs), and Western cloud providers, the outlet added.

What Ukrainian social media shows so far

Yevhen Luzan tracks Ukrainian social media sentiment as an analyst at the Ukrainian nonprofit CAT-UA. Its daily reviews sample about 500 random posts. On 11 October, that sample showed an unusually small share of posts criticizing Ukraine’s authorities, he told Euromaidan Press. Accounts showing signs of bot activity made up only a few tenths of a percent of that criticism. That is within the margin of error.

The same day, though, US President Donald Trump’s deal for Russian diesel supplies dominated Ukrainian feeds. Luzan said a rally-around-the-flag effect could explain the shift, as outrage at Washington crowded out domestic stories.

“To state it definitively and draw a cause-and-effect link from this correlation would be too bold,” he said.

Across the wider pool of about 10,000 daily mentions, CAT-UA sees no significant drop in posting activity in recent days. The curve shows only the usual rises and dips around the start and end of the week, Luzan said.

“For now, even a hypothetical drop in bot farm activity dissolves entirely in the natural fluctuations of the information space,” he said.

How a crawler chart became a bot story

The claim that Russian social media bots fell by half is unproven and built on a misread chart, disinformation analyst Joohn Choe concluded in a fact-check. It traces back to an 8 October post by security researcher Jeremiah Fowler. That post said Russian bot traffic had dropped to 49%. On 11 October, radio reporter Jamie Dupree spread it on X. Tom’s Hardware then ran it under a headline calling the crawler traffic “Russian disinformation bot traffic,” wording it has since changed.

According to Cloudflare Data Explorer the amount of russian bot traffic has dropped to 49% after Ukraine struck a yandex data center. Could this disrupt the midterm elections in the US? pic.twitter.com/SRtMyjaV22

— Jeremiah Fowler Security Researcher (@yoda69) October 8, 2026

Ukrainian military analyst Tatarigami claimed that Texas separatist accounts with identical “Veteran, Christian, Father, MAGA” bios had gone quiet. He said Quebec separatists and Polish anti-EU accounts went quiet alongside them.

Polish military analyst Jarosław Wolski claimed that AfD’s online support fell 56%, posting a chart without naming its source. Another X user said “Polish” bots had vanished.

Zderusyfikowany internet (ukraińskie trafienia w centra Yandexa) nagle objawia cuda w socjalach: poparcie dla AfD w socjalmediach spadło o 56%. Mniej "polskich" kont szczujących na Ukraińców, mniej "ukraińskich" szczujących na Polaków, poparcie w sieci dla MAGA gwałtownie spadło… pic.twitter.com/zi4rwqNR9I

— Jarosław Wolski (@wolski_jaros) October 11, 2026
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The cyber-fueled cult of Ibrahim Traoré

Thomas Sankara had a signature look: a natty red beret, worn with military fatigues. A striking figure, Sankara was a military officer and the radical, anti-imperialist prime minister of the Republic of Upper Volta. His arrest in 1983 led to demonstrations, followed by a coup, after which Sankara was released and installed as president. By the following year Sankara had given the country he now led its new name — Burkina Faso. He fashioned a Burkinabè identity in his own anti-imperialist image, eschewing French for local languages, promoting economic self-reliance and national pride. 

In 1986, he famously took the then French president François Mitterrand to task in a fiery speech broadcast both in Burkina Faso and France. Sankara’s dashing uniform played an outsized role in how his words were interpreted. Here was Africa’s own Che Guevara. But by October 1987, Sankara was dead, killed during a military coup led by his former friend and ally Blaise Compaoré.

France, the old colonial power, backed Compaoré. Soon after the coup, French officials once again flocked to Ouagadougou, helping to prop up Compaoré for decades. 

Burkinabè children wearing false kepis during the military parade in Ouagadougou to commemorate the second anniversary of the revolution of the Burkina Faso. August 4, 1985. Daniel LAINE / AFP via Getty Images.

This potted history is important to understanding the phenomenon of Ibrahim Traoré, Burkina Faso’s current president, an authoritarian head of state who in his charisma and self-presentation so deliberately echoes Sankara.

On September 30, thousands of Burkinabè gathered in Ouagadougou’s Place de la Révolution to hail Traoré on the fourth anniversary of the coup that brought him to power. As the second coming of Sankara, Traoré — whatever their entirely different political ideologies – is arguably the face of contemporary African anti-imperialism. It is a meticulously cultivated image that has almost nothing to do with Traoré’s actual record, or his achievements in Burkina Faso. 

Traoré is a pan-African leader for a digital age, an autocrat who has suspended his country’s constitution, dismantled its admittedly fledgling democratic institutions and been accused of crimes against humanity, but who has used artificial intelligence, particularly deepfakes, to bury that record beneath a highly effective cyber cult of personality.

How do Burkinabè reconcile the man with the persona? And is Traoré a triumph of the algorithm, the kind of politician increasingly familiar from Ouagadougou to Delhi, Berlin, Buenos Aires, and of course Washington, DC?

Left: Burkina Faso President Thomas Sankara during a speech on October 5, 1983, in Paris, France. Alain MINGAM/Gamma-Rapho via Getty Images. Right: New coup leader Captain Ibrahim Traoré at a news conference on October 2, 2022 in Ouagadougou, Burkina Faso. Stringer/Anadolu Agency via Getty Images.

The man, the myth, the algorithm 

Ibrahim Traoré came to power in September 2022. In his own telling, while Sankara was installed as president, Traoré led the putsch himself. By January 2023, Burkina Faso terminated its military accord with France, giving French special forces one month to leave the country. In June this year, Burkina Faso ended all diplomatic relations with France. 

As Traoré turned away from France, he strengthened relations with Moscow. It’s in keeping with the pattern across the countries of the Sahel — Burkina Faso and its neighbours Mali and Niger — as the region’s colonial history with France has been swept clean by a broom held first by the mercenaries of the Wagner Group and latterly the Russian state itself, represented by the Africa Corps. 

But in April and May 2026, Africa Corps forces were dealt a humiliating defeat in northern Mali by a combination of Tuareg separatists and allegedly Al-Qaeda linked Islamists. The Malian defence minister was assassinated in a suicide bombing at his home near the capital Bamako. With Russia so involved militarily in the Sahel countries, Ukraine has admitted to assisting rebel forces. Both Mali and Niger have cut diplomatic ties with Kyiv. And Burkina Faso has described Kyiv as a destabilising force in the region, making the Sahel effectively a front in Russia’s war with Ukraine. As recently as September, Traoré named Ukraine as a part of Burkina Faso’s “map of enemies” for which, he added menacingly, “we need to prepare.”

Russia, as Coda Story has reported for years, has used everything from weapons sales to mercenaries to paying African influencers to both spread Russian narratives and hold Moscow up as the alternative to continuing to rely on exploitative economic relationships with the West, particularly erstwhile European colonialists.

Despite the extent of Russian attempts to influence the Sahel, it’s not Moscow that is signing the most consequential deals with the military juntas it helps prop up. It’s Beijing. And the deals being signed with China to mine the region’s extensive mineral wealth — the lithium, gold, copper, zinc, bauxite and uranium — have served as a reminder to the United States that it too should resume stalled relationships in the Sahel. Early in 2026, Burkina Faso signed a near $150 million healthcare deal with the U.S. in exchange, it appeared, for favourable access to minerals. Both Zambia and Zimbabwe backed away from similar deals, expressing concern about U.S. demands for data and minerals that amounted to an infringement of sovereignty. 

Burkina Faso's President Ibrahim Traoré arrives in Moscow, Russia on May 8, 2025. Grigory Sysoev / RIA Novosti/Anadolu via Getty Images.

The deals with China and the United States are being negotiated alongside a drive to reduce reliance on foreign loans and grants and ramp up domestic production, particularly of gold. Traoré claims his economic policies emphasise nationalisation and self-reliance. His government has taken over major mining operations and increased state stakes in other industries. In early 2024, his administration suspended export permits for small-scale gold production to crack down on smuggling and keep mineral wealth inside the country. Last month, he inaugurated Burkina Faso’s first gold refinery. 

Some of this has had positive economic effects. The World Bank, in a June 2026 update, said the country had an estimated 5.3% growth in 2025, up from 4.8% in 2024, and its fiscal deficit narrowed from 5.8% of GDP to 1.8%. Inflation was also negative, 0.5%, compared to 4.2% in 2024. Reports by the World Bank and IMF have ascribed these growth to external factors such as the gold rally, climate-driven increase in agricultural outputs, and reduction in energy prices. 

Economic growth, though, is part of a larger story that includes a crackdown on the press, particularly critical coverage of alleged human rights violations. Human Rights Watch documented 1,840 civilian deaths between January 2023 and April 2025, over 1,200 of which were directly attributed to government forces. Even as the report acknowledged widespread violations by Islamist groups, the actions of the Burkina Faso military, it said, “amounted to war crimes and crimes against humanity.” At the same time, Traoré has clamped down on Burkinabè civil society, banning over 100 human rights organizations and dissolving all political parties.

None of it appears to have affected his carefully-honed image in certain online spaces.

Street of Ouagadougou shows a poster celebrating former President Thomas Sankara, known as "Africa's Che Guevara" and the portrait of the Argentine-born guerrilla leader Ernesto Che Guevara. Ahmed Ouobaa/AFP via Getty Images.
Streets of Accra, Ghana, May 9, 2026. Olatunji Olaigbe.
A graffiti portrait of the president of Burkina Faso Ibrahim Traoré. Boniface Muthoni/SOPA Images/LightRocket via Getty Images.


A pan-African hero 

Traoré is everywhere. In Accra, the capital of Ghana, his image is pasted onto buses and in parks. In January 2025, at the swearing-in of the Ghanaian president John Mahama, it was Traoré who the crowd responded to, cheering for a rockstar rather than a head of state. Even Mahama joked that Traoré had stolen the show. Artwork celebrating Traoré is frequently posted online. The commentary that accompanies the art is gushing. “Through this artwork,” reads one Facebook tribute, “I celebrate the spirit of a man who stands for sovereignty, truth, and the rise of a self-determined Africa.”

Meanwhile, the Ivory Coast government has granted refugee status to at least 69,000 Burkinabè fleeing Burkina Faso.

In May, when I travelled to Ghana and Ivory Coast to talk to people displaced from Burkina Faso, at least five sources decided they no longer wanted to speak. Guaranteeing anonymity didn’t seem to matter. A Burkinabè journalist who was helping me find people to speak to, stopped responding to my messages the day after I arrived in Accra. Those who did speak to me refused to be quoted for fear that harm would come to family and friends left behind in Burkina Faso.

Reporters have been intimidated into silence. “Today, any journalist living in the country is forced to practice self-censorship to avoid being arrested,” says Harouna Simbo Drabo, disinformation analyst and Director of Programs & Partnerships of Faso Check. “Burkinabé journalists have two options,” he told me, “either practice self-censorship or go into exile.” After threats to his life, Drabo has left Burkina Faso.

He’s one of the luckier journalists. Since 2022, at least seven Burkinabè reporters have been forcibly conscripted into the army after criticizing the Traoré junta's crackdown on the press. Guezouma Sanogo, Boukari Ouoba, and Luc Pagbelguem were abducted days after their union denounced state media as "instruments of propaganda." Atiana Serge Oulon, editor-in-chief of L'Événement, is among the disappeared. Many, like Drabo, have either left Burkina Faso or quit their jobs. 

As conditions deteriorate, what information is becoming available is government propaganda amplified by social media linked to Russian misinformation. In the absence of accurate, verified information, there is inevitably only disinformation. For instance, one of the most persistent pieces of disinformation is the story that Traoré — a supposedly avowed anti-imperialist despite his kowtowing to Moscow, Beijing and Washington — rejected billions of dollars in International Monetary Fund handouts because he believes, à la Thomas Sankara, in economic self-reliance. It is a story that has been debunked but was repeatedly told to me by Traoré supporters, including at least one journalist.

The claim was cited more than 700 times in a single three-day window in January 2025 alone, racking up millions of views across Facebook, X, and TikTok. Dubawa fact-checked the story and found that rather than rejecting money from the IMF, the Burkina Faso government had negotiated a 48-month IMF loan program in September 2023 and drew on World Bank financing in 2024. 

By mid-2025. Code for Africa's analysis found social media in sub-Saharan Africa flooded with AI-generated videos casting Traoré alongside Beyoncé, Rihanna, and, in one particularly unhinged iteration, Pope Leo XIV, all of whom supposedly endorsed him as a Pan-African hero holding the line against the West. After US AFRICOM commander Michael Langley criticized Traoré's handling of Burkina Faso’s gold reserves in a Senate hearing, a network of 165 Facebook accounts began posting identical language claiming Putin had deployed special forces to protect Traoré from an American assasination plot. In ten days it pulled 10.9 million views. 

In Accra, I caught a bus with a picture of Traoré emblazoned on the side. The driver, who only identified himself as Kofi, insisted that before we spoke I should tell him what I thought of Traoré. I say I am not Burkinabè, that I have not visited Burkina Faso but that I have spoken to many people whose lives have been upended by Traoré’s strongman politics. I told him about Burkinabè journalists in exile, forced to join the army, or even disappeared. I told him that when asked about a transition to democracy, Traoré said it was important for Burkinabè to “forget” about democracy. “We have to tell the truth,” Traoré said, “democracy isn’t for us.” I told him about the Burkinabè refugees I met in Treichville, a district in Abidjan, the Ivory Coast capital.

Kofi listened and then told me that “good things take sacrifice,” including the death of a free press. When I asked what he meant by good things, he showed me AI-generated videos of a smart city Traoré had supposedly built.

African identity is tightly wound around the belief that the continent has more potential than it has achieved. The deficit can be attributed to a lot of issues, but chiefly to Western exploitation and the complicity of African leaders. “African countries have also fallen into autocratic democracy,” Sanusi Sanusi, Research Analyst at the Digital Tech, AI & Information Disorder Analysis Centre, DAIDAC, tells me. “There is an election every couple of years but it isn't free or fair.”

Supporters of Traoré wave Burkina Faso and Russian flags during a rally at Place de la Nation Ouagadougou on April 30, 2025. AFP via Getty Images.

Neil Postman, in Amusing Ourselves to Death, writes that “disinformation does not mean false information. It means misleading information — misplaced, irrelevant, fragmented or superficial information — information that creates the illusion of knowing something but which in fact leads one away from knowing.”

Many Traoré supporters I spoke with, most of whom were men, were convinced they knew things I did not. They told me to educate myself more on Western hypocrisy in Africa. They said they did not have faith in those who appointed themselves arbiters of what was fact and what was disinformation. In Lagos I met Lemi Ghariokwu, who designed album covers for the iconic Nigerian musician Fela Kuti, a revolutionary figure. Ghariokwu, who has a portrait of Ibrahim Traoré hanging in his studio, told me that “Western education and propaganda has made our elite class toothless bulldogs.” Listening to them, it seemed as if a successful Africa needed strongmen, needed autocrats.

In Abidjan, the last person I spoke to about Traoré was Oumar, a Burkinabè taxi driver who had moved to the Ivorian capital in 2021. He told me he “supports Traoré with all my heart.” But as we talked, he admitted he had not been back home because “things are only getting worse.” Three Burkinabè refugees I spoke to told me they thought I might be a government agent planted among them to find out what they really thought about Traoré and that I would then report those thoughts back to Ouagadougou.

Many of the Traoré supporters I spoke with thought I was brainwashed by Western media or, worse, too docile to participate in an African revolution. For my part, I thought they were ill-informed and unable or, worse, unwilling to see through propaganda.

The fundamental curse of the age of information and connection is that we rarely confront how the mediums meant to unite us have fractured us. An unprecedented flood of data has shattered shared reality into millions of customized, mutually hostile subcultures.

With the help of AI and social media, Traoré has managed to decouple national and anti-imperial pride from government performance. By the middle of next year, Burkina Faso will no longer be part of the International Criminal Court, denounced by Traoré as an “instrument of neocolonial oppression”, and thus no longer accountable in any international forum. His government has said it is “decolonizing” the school curriculum. Cheered on by social media, Traoré has used anti-imperial grievances and resentments to argue that authoritarian military rule is the only safeguard for sovereignty.

As some Burkinabè exiles told me ironically, they thought both I, so sceptical of Traoré, and the Traoré die-hards in the African diaspora could use a few months living in Burkina Faso. We should, they said, experience the country Traoré has made IRL. See past the carefully curated myth of the man himself, the largely online fantasy of the pan-African, anti-imperial revolutionary who needs to break a few eggs to make the omelet, and assess the country he runs unchallenged.

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Poland’s ‘Bloody Friday’: School Killings, Mass Arrests and Fears of Russian Disinformation

Poland has launched a nationwide security operation after three knife attacks at educational institutions left one woman dead and more than a dozen people injured. Police have detained 117 people amid a wave of online threats, while intelligence officials are examining whether Russian disinformation networks exploited the violence to spread panic.

Poland is confronting an unprecedented school security crisis after a succession of violent attacks by young people triggered widespread fear, school closures and a nationwide police mobilisation. By Sunday, 11 October, officers had detained 117 people and conducted nearly 64,000 security checks at educational establishments, as the authorities attempted to contain both genuine threats and an escalating campaign of intimidation on social media.

The crisis reached its height on Friday, 9 October, when warnings circulated about a supposed nationwide killing campaign known as “Bloody Friday”. Videos, threatening messages and lists of potential targets spread through TikTok, messaging platforms and school discussion groups, prompting parents to keep children at home and several local authorities to suspend classroom teaching.

Although police have found no evidence of an organised nationwide conspiracy, the violence that preceded the rumours was real. Three separate attacks took place between 7 and 10 October, while investigators are examining hundreds of other incidents involving threats or suspected criminal activity.

Two attacks that triggered nationwide panic

The first major incident occurred on Wednesday, 7 October, at a vocational school in Ostrołęka, north-east of Warsaw. A 19-year-old student armed with a machete attacked pupils, teachers and other people in and around the building, injuring nine victims before harming himself.

Investigators subsequently discovered a homemade explosive device inside his backpack. The suspect was arrested, and prosecutors brought nine charges against him, including attempted murder. The discovery of explosives raised further questions about the extent of his preparations and the possibility of a substantially higher death toll.

The following day, a 15-year-old former pupil entered a primary school in Leszczydół-Nowiny, near Wyszków, and attacked three members of staff with a knife. A 37-year-old caretaker died from her injuries, while two teachers, including the headteacher, were wounded.

According to investigators, the teenager wore a helmet-mounted camera, raising suspicions that he intended to record the assault. The official prosecution statement confirmed the victim’s death and the detention of the suspect.

The attacks were followed by threatening messages from other teenagers, including a video attributed to a 17-year-old in the Przasnysz district who claimed to be participating in a competition involving killings. Police subsequently detained him. In Sierpc, another 17-year-old was arrested after allegedly discussing plans for violence at school; officers discovered two knives.

Thousands of schools under police surveillance

The rumours produced an immediate reaction. Schools in Wyszków, Ciechanów, Pułtusk and other municipalities cancelled classroom teaching or introduced remote lessons. Elsewhere, parents independently withdrew their children, leaving some classrooms largely empty.

Police launched an extensive preventive operation, deploying additional officers around schools and investigating online threats.

According to the figures released on 11 October, the authorities had recorded 275 incidents requiring investigation, detained 117 people and carried out nearly 64,000 checks at schools, nurseries and other educational facilities.

The situation deteriorated further on Saturday, 10 October, when a 21-year-old student attacked three people at a post-secondary educational institution in Warsaw. Two 17-year-old girls and a 24-year-old woman were injured. One victim required hospital treatment, although none of the injuries was considered life-threatening.

Interior Minister Marcin Kierwiński subsequently stated that investigators had established no links between the recent attacks. The authorities nevertheless remain concerned about imitation offences, particularly where threatening material circulates among teenagers through closed online communities.

Russia’s possible role in spreading panic

The events have also raised questions about whether hostile foreign actors deliberately amplified the crisis. Tomasz Siemoniak, Poland’s minister responsible for coordinating the intelligence services, warned that Russian organisations routinely exploit domestic emergencies to spread disinformation and undermine confidence in public institutions.

In his statement on 9 October, Siemoniak acknowledged the possibility of foreign involvement but stressed the need for evidence before assigning responsibility.

There is, at present, no publicly established evidence that Moscow organised the school attacks or directed the subsequent threats. Nevertheless, the rapid circulation of alarming videos, fabricated warnings and unverified target lists illustrates how genuine violent incidents can be exploited to disrupt everyday life without further physical attacks.

The episode also presents a challenge for European regulators. Poland is examining measures against dangerous online content, while its existing obligations under the EU Digital Services Act provide a framework for addressing systemic risks associated with major platforms.

For Donald Tusk’s government, the immediate priority is preventing further attacks as schools reopen under heightened security. The longer-term challenge concerns the interaction between online radicalisation, copycat violence and disinformation capable of transforming isolated crimes into a national emergency.

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« Sans les images ? »

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Tan Mu. — « Minneapolis », 2020
© Tan Mu - tanmustudio.com - Peres Projects, Berlin, Séoul, Milan

Un mur de Nanterre, le 29 juin dernier. Des lettres violettes inscrites à la bombe. « Sans vidéo Nahel serait une statistique pour la Place Beauvau. Fuck le 17 ». Deux jours auparavant, Nahel Merzouk, 17 ans, avait trouvé la mort au volant d'une voiture, après qu'un agent lui eut tiré en pleine poitrine, à bout portant. Des images tournées par une passante et diffusées sur les réseaux sociaux le jour même ont remis en cause la version policière reprise dans les premiers articles sur le drame. Le 27 juin à 8 h 22, le compte rendu du centre de commandement consignait : « Individu blessé par balle à la poitrine gauche. Le fonctionnaire de police s'est mis à l'avant pour le stopper. Le conducteur a essayé de repartir en fonçant sur le fonctionnaire. » Or la séquence filmée montre le motard ouvrant le feu depuis le côté d'un véhicule qui redémarre lentement.

Sans image, que se serait-il passé ? « S'il n'y avait pas eu la vidéo, s'est interrogée la jeune femme qui l'a postée, une collègue de son auteure, quelle aurait été la suite (1)  ? » Plusieurs médias ont comparé l'émotion suscitée par la mort de Nahel Merzouk à la relative indifférence dans laquelle, deux semaines plus tôt, Alhoussein Camara était décédé d'une balle dans le thorax à Saint-Yrieix-sur-Charente, dans la banlieue d'Angoulême. Lors d'un contrôle de police sur la route de son travail, ce jeune homme de 19 ans aurait refusé d'obtempérer et heurté les jambes d'un agent avec sa voiture. Un ami d'enfance témoignait, interdit : « Je sais tellement qu'il n'a pas pu blesser ce policier, mais comment le prouver sans vidéo (2)… »

Les images, en réalité, ne suffisent pas toujours. Du moins à obtenir justice. En 1991, Rodney King, un Afro-Américain de 25 ans, est passé à tabac par quatre policiers à Los Angeles. Avec une petite caméra portative, un riverain capte la scène. Son enregistrement et sa diffusion provoquent l'indignation. La vidéo devient dès lors un outil de preuve, un moyen de scandaliser et de mobiliser, mais aussi d'engager des poursuites judiciaires. L'affaire n'aurait sans doute jamais conduit à un procès sans cette captation, et sans son passage en boucle sur Cable News Network (CNN) : même s'ils ne permettront pas de faire condamner les responsables — les policiers sont acquittés un an plus tard —, ils cristallisent une colère qui conduira aux plus grandes émeutes qu'ait connues Los Angeles.

Dans les années 1960, des collectifs avaient déjà utilisé des caméras comme instrument de surveillance de la police (copwatching). Une coalition d'organisations noires les expérimenta dans le quartier de Watts à Los Angeles à la suite de nombreux meurtres policiers, suivie à Oakland par le Black Panther Party à partir de 1966. Act Up se dota aussi d'un groupe de vidéastes dans les années 1980, dont un des buts était de filmer les manifestations pour prévenir les violences policières. Catherine Gund Saalfield, l'une des fondatrices de Damned Interfering Video Activist Television (DIVA TV), expliquait alors : « Nous avons une banque d'images de flics pliant les poignets des gens jusqu'au point de rupture, de flics matraquant des manifestants sur le dos et les épaules (3). »

À la différence des tenants du cinéma d'intervention — les groupes Medvedkine, par exemple — ou de la télévision alternative, DIVA TV ne cherchait plus seulement à donner la parole aux sans-voix ou à faire exister des corps exclus de la visibilité. La caméra devait servir d'outil dans la lutte, les vidéos de preuve. Mais ce copwatching relevait encore de la pratique politique, de la longue histoire des expériences audiovisuelles militantes. Au cours de la période récente, dans les cas des homicides de George Floyd aux États-Unis ou de Cédric Chouviat en France en 2020, ce sont des voisins ou des passants qui ont filmé la scène ; des caméras de vidéosurveillance ont capté l'arrestation violente de Théo Luhaka à Aulnay-sous-Bois en 2017 ou les coups assenés au producteur de musique Michel Zecler (en 2020 également) ; et, aux États-Unis, où leur emploi est quasi systématique, certaines vidéos de violences proviennent des caméras corporelles de policiers.

Pour les activistes d'aujourd'hui, l'Observatoire national des pratiques et des violences policières (ONVP) ou David Dufresne et sa plate-forme « Allô Place Beauvau », le partage apparaît plus déterminant que l'enregistrement. Et il faudra s'en remettre aux acteurs judiciaires et médiatiques, dont le rôle devient décisif. Or, du journal télévisé au procès, faire parler l'image implique une série de procédés tant techniques que rhétoriques. La parole de l'expert ou du témoin la décrit, la commente ou la met en contexte. À la télévision, les vidéos subissent des modifications matérielles. Des inserts graphiques dirigent le regard vers ce qui devrait être vu, quand le ralenti « peut amener les téléspectateurs à percevoir une action comme plus intentionnelle (4) », le ralentissement induisant le sentiment que l'auteur des faits a eu le temps de penser son action. Il en va de même lors des procès, où les captures d'écran, parfois imprimées et annotées, se substituent à la projection, comme, en France, dans l'affaire Gaye Camara en 2019 (5).

Reste que les effets sociaux des images inquiètent les autorités et agacent les forces de l'ordre. Face à la multiplication des entraves policières à la liberté de filmer, notamment lors des manifestations, le ministère de l'intérieur avait dû rappeler à ses troupes par la voie d'une circulaire datée du 23 décembre 2008 que « les policiers ne bénéficient pas de protection particulière en matière de droit à l'image (…). La liberté de l'information, qu'elle soit le fait de la presse ou d'un simple particulier, prime le droit au respect de l'image ou de la vie privée dès lors que cette liberté n'est pas dévoyée par une atteinte à la dignité de la personne ou au secret de l'enquête ou de l'instruction ».

Malgré cela, en septembre 2019, un jeune « gilet jaune » dijonnais a été condamné à cinq mois de prison avec sursis pour avoir filmé et mis en ligne les images d'affrontements entre des manifestants et des gendarmes. Une décision rendue sur le fondement d'un article du code pénal introduit en 2007 pour sanctionner le happy slapping (ou « vidéo baffe », une agression captée puis diffusée sur les réseaux sociaux). La majorité de M. Emmanuel Macron a ensuite tenté d'entraver la circulation des vidéos de violences policières. Finalement écarté par le Conseil constitutionnel, l'article 24 de la proposition de loi relative à la sécurité globale visait à punir de cinq ans d'emprisonnement la diffusion d'images d'un agent portant « atteinte à son intégrité physique ou psychique ».

La loi promulguée en 2021 a quand même autorisé les policiers à exploiter en temps réel des caméras installées dans les halls d'immeuble ou l'extension de l'accès à la vidéosurveillance aux agents des polices municipales et de la Société nationale des chemins de fer français (SNCF). Face à la multiplication des dispositifs d'enregistrement au sein de la population, il s'agit de construire des contre-feux. « Quand on est attaqué par l'image, il faut se défendre par l'image (6) », soutient M. David Le Bars, secrétaire général du Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN).

Cette volonté d'opposer œil pour œil les caméras-piétons et de vidéosurveillance à celles des citoyens comme celle d'empêcher la circulation de certaines images trahissent la foi des gouvernants dans leur capacité à sensibiliser ou à révéler la répression au plus grand nombre. Cette foi se double d'une croyance dans la puissance mimétique qui conduirait des individus généralement jeunes, peu diplômés, de classes populaires à s'égarer dans la violence pour reproduire ce qu'ils ont vu. À ce titre, le président de la République a souligné le 30 juin dernier, dans une allocution depuis la cellule interministérielle de crise, le « rôle considérable » de Snapchat et TikTok dans les soulèvements des quartiers populaires qui ont suivi la mort de Nahel Merzouk, et dénoncé la diffusion d'images des violences commises dans de très nombreuses villes françaises.

Face à la censure des médias audiovisuels, les plates-formes numériques ont permis au cours des années 2010 de diffuser assez librement des enregistrements. Mais ces entreprises, actrices majeures du capitalisme, n'ont pas vocation à soutenir les révoltes. À l'Assemblée nationale le 10 juillet, la responsable des affaires publiques de Snapchat en France a assuré que son entreprise avait « travaillé conjointement avec le ministère de l'intérieur et les différentes autorités afin d'endiguer le plus rapidement possible les différents dérapages qu'on a pu percevoir sur le terrain ». Avant de se féliciter du résultat de cette collaboration en constatant que « l'ensemble des stories qui étaient publiées » aux derniers soirs du soulèvement provenaient d'utilisateurs « qui se plaignaient justement des émeutes et des conséquences des émeutes ».

Le matin du même jour, le commissaire européen au marché intérieur avait averti de la fin de la fête. Déplorant que les réseaux sociaux n'aient pas préalablement censuré tout message susceptible d'accentuer les émeutes, M. Thierry Breton a prévenu : « Tout cela ne sera plus possible à partir du 25 août », en vertu d'un nouveau règlement sur les services numériques. « Lorsqu'il y aura des contenus haineux, des contenus qui appellent par exemple à la révolte, qui appellent également à tuer ou à brûler des voitures, [les plates-formes] auront l'obligation dans l'instant de les effacer. Si elles ne le font pas, elles seront immédiatement sanctionnées », voire temporairement interdites. Le temps de la désillusion pour les militants qui, depuis le « printemps arabe », associaient réseaux sociaux et liberté ? « Sans les images la révolution n'aurait pas eu lieu », nous disait un Tunisien en 2011… Sans les images ou sans les moyens pour les diffuser ?


(3) Catherine Saalfield, « On the make : Activist video collectives » (PDF), dans Martha Gever, John Greyson et Pratibha Parmar (sous la dir. de), Queer Looks. Perspectives on Lesbian and Gay Film and Video, Routledge, Londres et New York, 1993.

(4) Cf. Zachary Burns, Eugene Caruso et Benjamin Converse, « Slow motion increases perceived intent », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 113, Washington, DC, 2016.

(5) Cf. Nicolas Chapuis, « Les tirs de légitime défense par les policiers, une zone grise pour les enquêteurs », Le Monde, 24 octobre 2019.

(6) Cité par Chloé Pilorget-Rezzouk, « Les caméras-piétons, une fausse bonne idée ? », Libération, Paris, 15 juillet 2020.

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Meloni Seeks EU Trademark for Her Voice as AI Deepfake Threat Grows

Italian Prime Minister Giorgia Meloni has applied to register her voice as an EU trademark, seeking an additional legal tool against artificial-intelligence systems capable of cloning politicians’ voices and producing convincing fake recordings.

Giorgia Meloni has applied to register her voice with the European Union Intellectual Property Office as governments and public figures look for new ways to counter increasingly convincing AI-generated deepfakes.

The Italian prime minister submitted a short audio recording in which she says “Io sono Giorgia Meloni” — “I am Giorgia Meloni” — to the EUIPO on Monday.

The four-second recording forms part of an application for a sound trademark intended to strengthen legal protection against unauthorised use of her voice.

The application filed with the EU intellectual-property system is currently listed as under examination. It is linked to categories including downloadable multimedia material, cultural activities and the organisation of political events.

Registration would not give Meloni ownership over every recording or imitation of her voice, nor would it automatically prevent AI systems from reproducing it.

It could, however, provide another legal basis for challenging certain commercial or misleading uses where the protected sound mark is employed without authorisation.

The distinction between a trademark and copyright is important in this case. Meloni has applied to protect a sound identifier through EU trademark law rather than to establish general copyright ownership over the natural characteristics of her voice.

Her application comes as voice-cloning technology becomes increasingly accessible.

Modern generative-AI systems can create convincing synthetic speech from relatively small samples of recorded audio. The technology is used legitimately for dubbing, accessibility and media production, but it can also be used for fraud, impersonation and political disinformation.

Meloni herself has previously been targeted by manipulated images and other deepfake material. She has also taken legal action in Italy over sexually explicit deepfake images created using her likeness.

The problem has acquired additional importance for politicians because synthetic recordings can be produced and circulated rapidly during election campaigns.

A false recording no longer requires sophisticated audio-editing equipment or extensive access to the target. Public figures provide large quantities of clean audio through speeches, television appearances, podcasts and social-media video — precisely the material needed to train voice-cloning systems.

The EU has already begun imposing specific transparency requirements on synthetic content.

EU Today reported in August that new provisions under the EU AI Act require certain AI-generated or manipulated audio, images and video to be marked in machine-readable form and impose disclosure obligations for deepfake material.

Those rules address transparency rather than ownership.

Trademark law potentially offers a different route by allowing an individual or organisation to claim rights over a specific sound used as a commercial or identifying mark.

Sound trademarks are not new. Companies have long registered jingles, tones and other distinctive audio signatures. What is unusual in Meloni’s application is the attempt by a serving head of government to use the system partly as protection against AI impersonation.

The phrase chosen for the application is itself closely associated with Meloni’s political identity.

“Io sono Giorgia” became widely recognised following a 2019 speech in which she described herself as a woman, mother, Italian and Christian. The phrase subsequently became the basis of online remixes before being adopted as the title of her autobiography.

Other performers have also sought stronger protection for their voices as generative AI improves.

Italian singer Giusy Ferreri has filed a similar application, while actors and musicians internationally have pressed governments and technology companies to prevent unauthorised voice cloning.

Meloni’s filing is unlikely on its own to settle the broader legal question of whether an individual can effectively control AI reproductions of his or her voice.

It does, however, illustrate how existing intellectual-property law is being tested against technology that can reproduce personal characteristics that were previously difficult to copy convincingly.

The EUIPO must now determine whether Meloni’s application satisfies the requirements for registration. Until that process is completed, the filing remains an application rather than an approved EU trademark.

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Steinmeier Warns of German Political Fragmentation After AfD Gains

German President Frank-Walter Steinmeier has warned that political division and disinformation are placing growing pressure on the country’s democratic institutions after a succession of state elections weakened Chancellor Friedrich Merz’s Christian Democrats and strengthened parties outside Germany’s traditional political centre.

Speaking during German Unity Day celebrations, Steinmeier compared the present political climate with divisions associated with the Weimar Republic, while stopping short of saying that Germany had reached such a point.

His intervention follows a difficult September for Merz.

Alternative for Germany won 43.8 per cent in Saxony-Anhalt, while in Mecklenburg-Western Pomerania the AfD finished first with 38.2 per cent. Merz’s CDU recorded just 4.9 per cent in the latter state, leaving it outside the regional parliament for the first time.

Berlin produced a different winner but a similar problem for the established parties, with Die Linke taking first place.

The combined results have accelerated the fragmentation of a party system that for much of the post-war period revolved around two large political blocs.

EU Today examined that shift after the September elections, arguing that Germany’s political centre was losing voters in several directions at once.

Steinmeier did not confine his warning to electoral arithmetic.

He criticised the use of political demagoguery and warned that organised disinformation was damaging democratic debate. He referred to material originating from Kremlin-linked actors, domestic extremists and other networks using digital platforms to amplify manipulated information.

The remarks come during an increasingly difficult period for Merz.

The Chancellor took office promising to restore economic momentum and political stability. Instead, Germany continues to face concerns about industrial competitiveness, living standards, energy costs and the ability of its political system to absorb an increasingly fragmented electorate.

The pressure is particularly evident in eastern Germany.

Before September’s elections, EU Today noted that Merz was approaching a political reckoning in the east, where the CDU was losing ground while the AfD converted dissatisfaction over migration, energy, economic policy and distrust of established institutions into electoral support.

The subsequent results were worse for the CDU than many in the party had anticipated.

In Saxony-Anhalt, the AfD finished more than 26 percentage points ahead of the CDU. In Mecklenburg-Western Pomerania, the CDU failed even to cross the threshold for parliamentary representation.

The consequences extend beyond German domestic politics.

Germany remains the EU’s largest economy and one of the principal states shaping European decisions on Ukraine, defence, migration, fiscal policy and industrial competitiveness. Political instability in Berlin can therefore affect negotiations in Brussels as well as the domestic legislative programme.

Economic policy is central to the dispute.

Germany’s manufacturing sector has faced stronger competition from China, while the rupture of the previous economic relationship with Russia has increased costs for energy-intensive industries. Russia’s continuing war against Ukraine has simultaneously required Berlin to spend more on defence and provide substantial assistance to Kyiv.

The German cabinet’s 2027 budget reflects that change. The government has approved federal expenditure of €555.4 billion, including €109.7 billion for the Defence Ministry and €11.6 billion for continued support to Ukraine.

The political difficulty is that higher security expenditure comes alongside pressure to invest in infrastructure, public services and an economy struggling to recover stronger growth.

The rise of the AfD has consequently become more than a debate over whether other parties should maintain the so-called firewall preventing formal co-operation with it.

The more difficult question for Germany’s established parties is why voters are abandoning them and whether economic and political dissatisfaction can be reversed through government policy rather than coalition arrangements designed chiefly to exclude competitors from office.

Steinmeier’s intervention places that argument inside a historical frame familiar to Germans.

The Federal Republic’s post-war institutions were deliberately designed to avoid the failures of the interwar period. But constitutional safeguards alone cannot prevent political fragmentation if large groups of voters cease to regard established parties as capable of responding to the issues that concern them.

Germany enters the final months of 2026 with that question moving from the margins of its politics to the centre.

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Dire « tu » à une machine

« Les gens qui construisent l'intelligence artificielle croient sincèrement qu'elle pourrait tous nous tuer d'ici à la fin de la décennie », a admis en septembre dernier un salarié démissionnaire d'Anthropic, l'une des entreprises les plus à la pointe du secteur. Alerte ou alarmisme ? Quoi qu'il en soit, les robots conversationnels ont déjà profondément modifié notre rapport aux machines et aux autres humains.

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Romain Zeder. – « Narcisse », 2022
© Romain Zeder

En 1966, dix ans après la conférence de Dartmouth, qui marque le coup d'envoi du programme de recherche technoscientifique consacré à l'« intelligence artificielle » (IA), le premier robot conversationnel voit le jour aux États-Unis, entre les murs du célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT). Ce programme, développé par Joseph Weizenbaum, alors professeur d'informatique au MIT, permet de simuler des interactions linguistiques (1). Le principe est simple : un utilisateur tape une phrase à l'aide d'une machine à écrire connectée à un ordinateur, le logiciel analyse la phrase, génère une réponse adaptée en fonction de son script et envoie la réponse sous forme de texte. Son créateur le nomme Eliza, du nom d'un des personnages de la pièce de théâtre Pygmalion (2), Eliza Doolittle, une fleuriste qui apprend un langage aristocratique afin de se faire passer pour une duchesse. Le programme simule non pas une aristocrate, mais un psychothérapeute dans une parodie d'échange avec le patient. Il se contente de reformuler les affirmations de l'utilisateur, la plupart du temps sous forme de question, afin de le faire parler davantage, sans jamais fournir de réponse détaillée.

Ce choix s'explique par des raisons techniques : le programme n'a pas accès à un stock d'informations dans lequel il pourrait puiser pour produire ses réponses, il procède par identification des mots-clés dans les phrases émises et applique des règles. Par exemple, s'il reconnaît des mots comme « père » ou « mère » dans les requêtes écrites par l'utilisateur, le logiciel génère une réponse du type « Parlez-moi de votre famille ». À défaut, Eliza répond avec une phrase générale, du type « Je comprends », « Très bien », « Poursuivez ».

Il s'agit donc d'un dispositif assez basique. Pourtant, les effets psychiques s'avèrent stupéfiants. Weizenbaum lui-même s'étonne de la vitesse et de l'intensité avec lesquelles les utilisateurs l'anthropomorphisent et l'investissent émotionnellement : « Je ne m'étais pas rendu compte que de si courtes interactions avec un programme informatique relativement simple pouvaient induire des pensées délirantes chez des personnes plutôt normales », écrira-t-il dix ans plus tard, revenant ainsi de manière critique sur cette expérimentation technologique (3). Weizenbaum cite le cas de sa secrétaire, qui lui demande de sortir de la pièce lorsqu'elle expérimente le programme, comme s'il s'agissait d'une personne humaine à laquelle elle s'apprêtait à confier ses plus intimes secrets. L'informaticien s'étonne ainsi des « attributions extrêmement exagérées » auxquelles « même un public bien éduqué est capable de procéder (…) à l'égard de technologies qu'il ne comprend pas ». Selon Weizenbaum, notre tendance collective à accorder à l'ordinateur des intentions ou des émotions tient en grande partie à notre incapacité à comprendre le fonctionnement interne de ces programmes informatiques. En détaillant le mécanisme d'Eliza, l'informaticien tente donc de dépouiller l'ensemble de son « aura magique », dans le but de démystifier ces nouvelles technologies.

Soixante ans plus tard, ces efforts n'ont manifestement pas porté leurs fruits. Si l'expression « effet Eliza » désigne désormais la tendance à assimiler le fonctionnement d'un ordinateur à un comportement humain ou à attribuer à un système informatique une intériorité psychique (des intentions, des émotions, de la compréhension…), les réflexions critiques de l'informaticien semblent avoir été largement oubliées. Depuis le lancement du robot conversationnel ChatGPT en 2022, on ne compte plus les individus parmi ses millions d'usagers s'adressant à ce type de dispositifs numériques à la deuxième personne du singulier. Tout se passe comme s'ils dialoguaient avec un humain capable de comprendre les demandes qui lui sont adressées et comme si l'expérimentation de laboratoire du chercheur informaticien était désormais menée à une échelle de masse par une poignée d'entreprises privées.

Dès lors, l'anthropomorphisation relève du quotidien. L'« effet Eliza » alimente un nouveau marché, et les délires identifiés à l'époque par Weizenbaum prennent une dimension collective et planétaire — y compris à travers notre langue usuelle, qui mobilise les termes anthropomorphiques d'« intelligence artificielle », d'« assistant virtuel » ou encore d'« agent conversationnel ». Contrairement à Eliza, dont le programme simple avait été clairement explicité par son concepteur dans un article scientifique, les produits logiciels actuels s'appuient sur des algorithmes qui demeurent la plupart du temps inconnus des usagers et dont les spécificités ne sont pas toujours divulguées. En somme, ces robots conversationnels se révèlent aussi faciles à utiliser que difficiles à comprendre. Or, comme l'avait anticipé Weizenbaum et comme le confirme une récente étude (4), moins nous comprenons, plus nous anthropomorphisons, et plus nous avons tendance à solliciter ces dispositifs à la place de personnes humaines — par exemple, pour la demande de conseils ou le soutien émotionnel. L'étude montre que les sentiments d'émerveillement ou de magie suscités par ces programmes incitent à des usages anthropomorphiques, eux-mêmes susceptibles d'engendrer des formes de dépendance affective. Sans surprise, les personnes qui comprennent mieux le fonctionnement de ces dispositifs ont moins tendance à se confier, et utilisent davantage les algorithmes pour des tâches spécifiques et limitées (analyse de résultats, synthèse documentaire, etc.).

Il n'est guère étonnant que les entreprises qui conçoivent ces services numériques développent toutes sortes de spécifications susceptibles d'aviver notre tendance à l'anthropomorphisation pour nous rendre dépendants. Pareille stratégie s'observait déjà sur les réseaux sociaux commerciaux à travers des fonctionnalités comme le défilement infini ou les recommandations personnalisées, destinées à maximiser l'engagement des usagers en les incitant à rester connectés et en les enfermant dans des bulles adaptées. Cette économie de l'attention revêt désormais la forme d'une économie de l'attachement qui exploite nos affects et nos émotions en jouant sur nos inclinations psychiques (5). La plupart des dispositifs gratuitement disponibles pour le grand public utilisent ainsi la première personne du singulier (le pronom « je »), relancent les usagers avec de nouvelles questions et les flattent ou les confortent dans leurs opinions — pour ne citer que quelques-unes des techniques mobilisées (6). Loin de démystifier nos rapports aux machines algorithmiques, tel que le préconisait Weizenbaum, le modèle exploite notre besoin de reconnaissance et nous incite à entretenir des relations personnalisées avec ces services numériques.

Ces projections anthropomorphiques sont évidemment décuplées dans le cas des applications fournissant des « compagnons » virtuels expressément conçus pour simuler des conversations émotionnelles ou amicales avec les usagers, comme celles proposées par les entreprises Replika ou Character.AI. Certains en viennent ainsi à tomber amoureux de leur chatbot, alors que les plus désespérés leur demandent des conseils pour se suicider. Plusieurs plaintes déposées aux États-Unis concernent des utilisateurs ayant mis fin à leurs jours après des échanges avec des robots, lesquels auraient encouragé leurs idées noires. À en croire un rapport du Center for Countering Digital Hate (7), ces cas pourraient illustrer un problème plus structurel lié à la fréquence des instructions nocives générées par ces systèmes : conseils pour se mutiler, listes de médicaments pour une surdose, lettres d'adieu rédigées.

Au-delà de ces dangers pour la santé des jeunes usagers, il semble légitime de s'interroger sur les effets à long terme des interactions quotidiennes avec des automates numériques. Comment affecteront-ils nos vies psychiques ? Comment conserver des savoirs sociaux fondamentaux comme l'écoute, l'empathie, la patience, ou encore la capacité à débattre et à argumenter, une fois acquise l'habitude d'adresser des demandes impératives à des robots conversationnels disponibles vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept, toujours de notre côté, toujours prêts à nous flatter ? Car, tant que nous disposons des ressources matérielles pour les faire fonctionner, les systèmes algorithmiques ne seront jamais fatigués, jamais malades, jamais dans le besoin d'une quelconque attention.

« Capitalisme de la solitude »

Ces robots fournissent donc des simulacres d'altérité qui suppriment les risques de l'exposition à autrui et la surprise que toute rencontre implique. L'individu qui s'entretient avec son chatbot ne rencontre personne, si ce n'est un reflet algorithmique de lui-même, généré sur la base des calculs probabilistes effectués sur ses données personnelles. Illusionné par ce reflet qui semble lui parler à la deuxième personne du singulier, il le prend alors pour un autre, confondant sa propre image avec une altérité, exactement comme Narcisse dans le mythe, qui finit par tomber amoureux de son reflet, à l'image des individus s'éprenant de leur double numérique.

À travers les chatbots ne se nouent ni une relation sociale avec un autre ni une relation réflexive avec soi-même, mais un rapport à soi confondu avec un rapport à l'autre, qui pourrait nous pousser à régresser dans un état de confusion caractérisé par l'indistinction du moi et de l'autre, du moi et du monde, des pulsions et de la réalité. Loin de constituer des alter ego, ces simulacres numériques dénient toute possibilité de séparation, donc de relation. L'économie de l'attachement menace ainsi la possibilité même de se relier, les liens sociaux étant peu à peu supplantés par une dépendance affective à des services numériques contrôlés par des entreprises privées, auxquels des publicités ciblées sont désormais intégrées (8). Alors que l'isolement est désormais reconnu comme un problème de santé publique (9), ce « capitalisme de la solitude (10) » pourrait bien engendrer une prolétarisation sociale généralisée.

Face à une telle situation, les intuitions de Weizenbaum méritent sans doute d'être remises au goût du jour. Plusieurs propositions politiques vont dans ce sens. Par exemple, l'idée de désanthropomorphiser les chatbots, en évitant la première personne du singulier, les relances ou les flatteries (11). Une telle décision semblerait conforme aux règlements européens comme le Digital Services Act, dont l'article 25 interdit les interfaces trompeuses (dark patterns), ou comme l'AI Act, dont l'article 5 proscrit les systèmes d'IA qui déploient des techniques subliminales ou manipulatrices. On pourrait aussi envisager un changement de modèle plus profond, valorisant les technologies contributives qui soutiennent les relations d'entraide ou de solidarité, le partage des savoirs entre pairs ou la constitution de groupes capacitants (12). Ces technologies existent, mais leur généralisation nécessite un soutien politique, de nouveaux droits collectifs et de nouveaux modèles économiques. Le destin numérique de nos liens affectifs en dépend.

Voir en ligne : /2026/10/ALOMBERT/70097

(1) Joseph Weizenbaum, « Eliza — a computer program for the study of natural language communication between man and machine », Communications of the Association for Computing Machinery, vol. 9, n° 1, New York, 1966.

(2) Le célèbre film My Fair Lady (1964), de George Cukor, adapté de la comédie musicale du même nom (1956), est directement inspiré de cette pièce de George Bernard Shaw écrite en 1912.

(3) Joseph Weizenbaum, Computer Power and Human Reason. From Judgement to Calculation, W. H. Freeman, San Francisco, 1976.

(4) Gil Appel, Chiara Longoni et Stephanie M. Tully, « Lower Artificial Intelligence literacy predicts greater AI receptivity », Journal of Marketing, vol. 89, n° 5, Chicago, 13 janvier 2025.

(5) Mark Esposito et Aurélie Jean, « GenAI : d'une économie de l'attention à une économie de l'attachement », Harvard Business Review, Brighton (États-Unis), 2025.

(6) Esben Kran et al., « DarkBench : Benchmarking dark patterns in large language models », arXiv, 13 mars 2025.

(7) « Fake friend. How ChatGPT betrays vulnerable teens by encouraging dangerous behavior », Center for Countering Digital Hate, 6 août 2025.

(8) Cf. le site d'OpenAI : « Faire de la publicité dans ChatGPT ».

(9) Organisation mondiale de la santé, « De la solitude aux liens sociaux : ouvrir la voie vers des sociétés plus saines », 30 juin 2025.

(10) Paul Klotz, « Le capitalisme de la solitude. Lutter contre le nouveau fonds de commerce de la tech », Fondation Jean-Jaurès, 26 août 2026.

(11) Sur ce point, cf. Anne Alombert et Jean-Lou Fourquet, « Au lieu d'anthropomorphiser l'IA, humanisons nos réseaux numériques ! », Usbek & Rika, 26 novembre 2025, ainsi que la proposition de l'élue suisse Isabelle Chappuis sur son site

(12) Lire Evgeny Morozov, « La gauche et l'intelligence artificielle », Le Monde diplomatique, août 2026, et Anne Alombert, De la bêtise artificielle, Allia, Paris, 2025.

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Faillite de la mission européenne au Kosovo

Des crimes impunis, un déficit extérieur colossal, une partie de la population fuyant un chômage de masse, des responsables rêvant tout haut de « Grande Albanie » : le Kosovo semble livré à ses démons. Le patronage de l'Union européenne ne lui a pas permis de décoller, et des affaires de corruption entachent la mission internationale visant à instaurer un Etat de droit.

En moins d'un an, près de cent mille Kosovars auraient tenté de rejoindre l'Union européenne. Le flux a grossi avec l'arrivée du printemps. Chaque jour, des familles entières, parents, enfants, vieillards, traversent la Serbie pour gagner la frontière hongroise. Soixante mille Albanais du Kosovo auraient demandé des passeports serbes pour obtenir un visa européen, selon les autorités de Belgrade.

« Sept ans après la proclamation d'indépendance et la mise sous tutelle du Kosovo par l'Union européenne, c'est la débâcle », nous affirme M. Andrea Capussela, qui fut jusqu'en avril 2011 directeur des affaires économiques du Bureau civil international (International Civilian Office, ICO), l'une des principales missions déployées au Kosovo. « La situation est pire qu'avant l'arrivée de la mission européenne », ajoute l'expert italien, qui vient de publier un brûlot sur la politique européenne dans les Balkans (1). Selon lui, cette situation ne met pas seulement en cause les investissements de l'Union européenne dans le pays — plus de 4 milliards d'euros sur la période 1999-2013 —, mais aussi la crédibilité de sa politique étrangère.

Depuis l'automne dernier, la responsable de la diplomatie européenne, Mme Federica Mogherini, tente d'éteindre l'incendie qui gagne la mission européenne pour l'instauration de l'Etat de droit au Kosovo (Eulex). Celle-ci, décidée en février 2008, vise à renforcer les institutions judiciaire et policière. Dotée d'un financement annuel de 111 millions d'euros, elle mobilise mille six cents personnes afin, notamment, de combattre la corruption et la criminalité organisée. Mais plusieurs de ses responsables sont soupçonnés de malversations, tandis que l'institution est accusée d'avoir couvert ces dérapages.

« Pendant un an, ils ont non seulement enterré, mais aussi compromis l'enquête », dénonce Mme Maria Bamieh, par qui le scandale est arrivé. Cette procureure britannique travaillait pour la force d'intervention indépendante chargée des affaires criminelles au sein de la mission européenne. Dans un rapport de 2012, elle a averti ses supérieurs de soupçons de corruption visant notamment deux hauts responsables : le juge italien Francesco Florit, alors président de l'assemblée des juges d'Eulex, et la procureure en chef Jaroslava Novotna. La magistrate britannique fonde ses allégations sur les écoutes de conversations téléphoniques entre l'ex-secrétaire du ministère de la santé du Kosovo, M. Ilir Tolaj, poursuivi pour corruption et fraude fiscale en 2010, et des intermédiaires. Ceux-ci l'assuraient être en contact avec ces deux juges, capables de se montrer compréhensifs (2)…

« Nos chefs dînent avec des mafieux »

La procureure évoque d'autres cas de compromission en lien avec Eulex. En particulier ceux concernant le très influent Fatmir Limaj, ancien ministre des transports, inculpé pour crime organisé et détournement de fonds, ou M. Enver Sekiraqa, un petit chef mafieux de Pristina mis en cause dans une affaire d'attentat à la bombe. Mais, curieusement, son rapport disparaît et aucune suite n'est donnée.

En octobre 2014, le principal quotidien du Kosovo, Koha Ditore, se procure des éléments du dossier et obtient un entretien avec Mme Catherine Fearon, la conseillère politique du nouveau chef d'Eulex, l'Italien Gabriele Meucci. Le journaliste Vehbi Kajtazi affirme que, lors de leur entrevue, Mme Fearon l'a sommé de livrer ses sources et l'a menacé de poursuites judiciaires. En dépit de ces pressions, le journal commence à publier une enquête dans son édition du 27 octobre 2014. Ces révélations provoquent la suspension… de Mme Bamieh ! « Epuisement au travail », décrète M. Meucci, qui reproche aussi à la Britannique d'avoir donné des informations aux médias. Rentrée depuis à Londres, Mme Bamieh accuse ses supérieurs d'être trop proches de puissants hommes politiques au cœur d'enquêtes criminelles : « Comment pouvons-nous remplir notre mission quand nos chefs dînent avec des mafieux et des politiciens kosovars soupçonnés de corruption ? »

Devant le scandale, Mme Mogherini ordonne une enquête, confiée au professeur Jean-Paul Jacqué, ancien directeur de l'Institut des hautes études européennes de Strasbourg. Cet expert en droit international a dirigé entre 1992 et 2008 le service juridique du Conseil des ministres de l'Union européenne, l'institution qui a mandaté Eulex. Dans son rapport, rendu public le 14 avril dernier, il ne considère pas qu'une affaire aurait été étouffée ; il invoque plutôt une série d'erreurs administratives. Bruxelles n'a pas été suffisamment informé du document détaillant les soupçons au sein d'Eulex, et ses cadres supérieurs auraient tardé à enquêter car ils ne trouvaient pas le contenu des interceptions téléphoniques « particulièrement crédible ». Il juge pourtant qu'une enquête « aurait dû être ouverte dès le départ », après l'avertissement de Mme Bamieh à sa hiérarchie. Evoquant les menaces contre Kajtazi (3), Jacqué estime que la conseillère du chef de la mission « a mis en garde le journaliste contre la divulgation d'informations concernant des cas criminels, puisque ce serait une infraction en vertu de la loi kosovare ».

Pour Kajtazi, on ne peut pas considérer le rapport de Jacqué comme indépendant : « Il conclut que je n'ai pas été l'objet de menaces. Il s'agirait d'une erreur de communication. La vérité est que la mission Eulex m'a bien menacé de poursuites si je venais à publier un article », nous affirme le journaliste. « Jacqué a essayé de minimiser la possibilité que la mission soit impliquée dans la corruption. »

Le rapport se démarque néanmoins du discours officiel des institutions européennes, qui présentent la mission au Kosovo comme un modèle de reconstruction. Le professeur constate de graves dysfonctionnements au sein de la représentation de l'Union et décrit une corruption « omniprésente » dans le pays, en précisant que « le secteur judiciaire ne fait pas exception ». Sept ans d'une action visant à restaurer l'Etat de droit n'ont pas suffi à éradiquer les prévarications, mais « il devait être néanmoins possible d'établir les fondations d'un système capable de combattre la corruption ». Selon lui, Eulex — dont le mandat s'achève en 2016 — perdra son sens si on ne parvient pas à la réformer. Mais son retrait lui apparaît prématuré, car le système judiciaire local ne semble pas capable de traiter certaines affaires.

Dans une lettre ouverte à Jacqué, Mme Bamieh juge son rapport décevant et imprécis. Elle y voit davantage une note interne qu'un travail indépendant. « Les transcriptions [des écoutes] indiquent que l'argent a bien été versé », souligne-t-elle. Elle déplore que l'enquête ne concerne pas la procureure en chef Novotna. Elle regrette en outre que celle visant M. Florit n'ait été lancée qu'en 2013, après la réception d'informations provenant des services de renseignement allemands, et non sur la base de son propre rapport interne, transmis à ses supérieurs en 2012. Elle cite également les noms d'anciens collègues qui l'ont soutenue et qui ont dû quitter Eulex.

Après les errements du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) (4), et toujours dans l'attente de suites judiciaires au rapport du procureur américain Clint Williamson sur les trafics d'organe et les crimes de l'Armée de libération du Kosovo (UCK) (5), l'affaire Bamieh révèle l'ampleur des compromissions européennes : « On parle de la corruption, du crime organisé, mais on ne dit jamais que c'est un régime autoritaire semi-consolidé que nous avons créé, et qu'une élite de criminels issue de l'UCK vole l'argent public et s'accroche au pouvoir », s'enflamme M. Capussela, qui a travaillé durant quatre ans pour l'Union européenne au Kosovo.

Principale force de la guérilla soutenue par les Occidentaux dans le conflit de 1999, l'UCK a pris le pouvoir après les bombardements de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) et la capitulation de la Serbie. Les enquêtes de la procureure du TPIY, Mme Carla Del Ponte, puis de M. Dick Marty, au nom du Conseil de l'Europe, ont montré que cette milice s'était livrée à des exactions contre des civils serbes ou roms et contre ses opposants politiques albanais. Une partie de ces meurtres, enlèvements, séquestrations et tortures ont eu lieu dans les premières années de l'après-guerre, en présence des troupes de l'OTAN et de la Mission d'administration intérimaire des Nations unies au Kosovo (Minuk), dont le Français Bernard Kouchner fut le premier dirigeant.

« La mission n'était pas capable de défendre les civils », estime M. Christopher Decker, venu au Kosovo en 1999 comme membre de l'International Crisis Group, avant de rejoindre l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). « La police de l'ONU était mal équipée et pas du tout préparée. C'était facile pour l'UCK de se livrer à la violence », explique cet Américain qui a passé douze ans sur place. « La communauté internationale répète les mêmes erreurs : on intervient militairement, puis on laisse des éléments criminels prendre le pouvoir, ce qui empêche l'instauration de l'Etat de droit », se désole-t-il.

Dès le début, on a épargné l'élite locale, les « gros poissons », car cela pouvait déranger l'ordre établi et provoquer une instabilité. Mme Del Ponte affirme non seulement que les plus hauts dirigeants de l'UCK représentaient un danger pour l'accomplissement de sa mission, mais aussi qu'ils pouvaient mettre en péril tout l'édifice du processus de paix dans les Balkans : « Hashim Thaçi [premier ministre de 2008 à 2014] et Agim Ceku [de 2006 à 2008] étaient en mesure de déclencher des violences en Macédoine, dans le sud de la Serbie et dans d'autres régions, en appelant les minorités albanaises rebelles aux armes (6). »

« Au début, j'étais surpris par la négligence, l'incompétence et la paresse qui régnaient au sein de la mission. J'ai compris plus tard que des choix politiques expliquaient en partie cette attitude », raconte M. Capussela. « Ceux qui voulaient européaniser le Kosovo se sont balkanisés », estime le politiste kosovar Belul Beqaj. S'y ajoute une culture de l'impunité propre à toutes les missions internationales, puisque leurs membres échappent aux poursuites judiciaires. « Leurs employés ne sont pas justiciables. Les pays ne veulent pas que leurs représentants nationaux soient jugés », nous explique Mme Sian Jones, spécialiste du Kosovo à Amnesty International.

Poursuites contre des innocents

Dans son livre, M. Capussela dresse une liste des défaillances flagrantes d'Eulex, qu'elles soient économiques, financières ou relatives aux droits humains. Ainsi, la mission n'a pas enquêté sur les affaires de corruption liées aux privatisations (télécommunications, ciment), aux constructions de routes, à l'expropriation des terres, à la fraude électorale, à l'intimidation des journalistes, aux assassinats politiques, ni sur certains crimes de guerre.

Pis, Eulex a parfois poursuivi des innocents. La mission a par exemple gardé en détention pendant quatre mois le gouverneur de la banque centrale sans révéler les charges pesant contre lui — qui furent abandonnées par la suite. Pour l'économiste italien, qui a alerté Eulex sur des accusations qu'il jugeait peu crédibles, l'homme a été arrêté parce qu'il s'opposait aux intérêts de personnages puissants.

Avec la corruption et l'impunité qui règnent au Kosovo, les tensions montent. Les politiciens, l'homme fort du pays Hashim Thaçi en tête, détournent l'attention vers l'extérieur : « Grâce à leurs réseaux, ils peuvent provoquer des émeutes en Macédoine, où la situation est très instable, contre les Serbes du Kosovo, ou contre les représentants de l'Union, estime M. Capussela. Ils enverraient ainsi un message à Bruxelles et à Washington : “Vous franchissez la ligne rouge.” » Pour M. Decker aussi, la classe dirigeante kosovare sait tirer parti de la violence : « S'il n'y avait pas eu d'émeutes en 2004 [contre les Serbes et les autres minorités], il n'y aurait pas eu autant de pressions pour l'indépendance. »

L'incapacité d'Eulex, après celle de la Minuk, à établir une justice fonctionnelle ne pose pas seulement la question des investissements européens dans la mission — plus d'un milliard d'euros —, mais aussi celles du respect des droits des citoyens kosovars et du maintien de la paix dans la région.

Voir en ligne : /2015/06/OTASEVIC/53059

(1) Andrea Lorenzo Capussela, State-Building in Kosovo : Democracy, Corruption and the EU in the Balkans, I. B. Tauris, Londres, 2015.

(2) Julian Borger, « EU's biggest foreign mission in turmoil over corruption row », The Guardian, Londres, 7 novembre 2014.

(3) « Un journaliste d'investigation menacé par la mission européenne au Kosovo », Reporters sans frontières, 31 octobre 2014.

(4) Lire Jean-Arnault Dérens, « Justice borgne pour les Balkans », Le Monde diplomatique, janvier 2013.

(5) « Statement by the Chief Prosecutor of the Special Investigative Task Force (SITF) on investigative findings », 29 juillet 2014. A partir de ce rapport, le Parlement du Kosovo avait jusqu'à la fin mai pour mettre en place le tribunal spécial devant juger ces crimes, qui sont hors du mandat du TPIY.

(6) Carla Del Ponte, La Traque, les criminels de guerre et moi, Editions Héloïse d'Ormesson, Paris, 2009.

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From Prediction to Resilience: Rethinking National Security in the 21st Century

In an increasingly unpredictable and multidimensional strategic environment, states can no longer rely solely on anticipating future crises; they must complement strategic foresight with national resilience capable of absorbing and withstanding crises they fail to predict. The Erosion of Strategic Predictability Technological advancement, especially in warfare and security, has made certainty an illusion. For much […]
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Tous américains

L'Amérique, c'est le monde. En deux propositions d'un enchaînement logique audacieux, le président George W. Bush a en effet expliqué : « Maintenant que la guerre nous a été déclarée, nous conduirons le monde à la victoire. » Le 11 septembre 2001, en tout cas, les Etats-Unis ont essuyé des pertes supérieures à celles causées par toutes leurs opérations militaires menées successivement depuis vingt ans contre la Grenade, la Libye, le Panama, l'Irak, la Somalie, Haïti, l'Afghanistan, le Soudan et la Yougoslavie. Un tel événement — et la destruction d'une aile du Pentagone — méritait peut-être mieux que le traitement médiatique presque exclusivement compassionnel auquel il a d'abord donné lieu.

Œil pour œil… Devant les décombres du World Trade Center, 67 % des Américains ont admis que l'éventualité de « plusieurs milliers de victimes civiles innocentes » causées par une riposte militaire n'apaiserait pas leur soif de revanche (1). Sans doute imaginent-ils que ces victimes-là se trouveront dans le camp de leur adversaire. Ce qui compte moins. Pour eux. Et donc pour nous, puisque « nous sommes tous américains ».

Ce genre de citoyenneté ne va pas sans contraintes. Après avoir réclamé la liberté de conduire une politique étrangère dictée par leurs seuls intérêts, les Etats-Unis exigent en effet, au moment de l'épreuve, une solidarité sans faille, l'alignement de leurs alliés. « La coopération dans l'effort de guerre, prévient le Washington Post, doit être une exigence absolue. Tout refus de coopérer (…) devrait définir un adversaire de l'Amérique et entraîner des conséquences sérieuses, économiques ou militaires  (2). »

« Sur toutes nos lèvres »

On coopéra. Le 18 septembre 2001, lors d'une de ces innombrables émissions, « spéciales » à force d'être vides, réalisées en direct de New York par France-Inter, le journaliste de service crut bon d'égrener presque chaque minute l'heure de la côte Est. Elle était vraisemblablement devenue la nôtre. Tous américains, nous vivions à New York et nous parlions tous anglais. « Les attaques, précisa The International Herald Tribune, ont remis en cause l'idée que les autres pays, en particulier en Europe, pouvaient avoir des systèmes de valeur et des niveaux de confort proches de ceux de l'Amérique tout en refusant de s'impliquer dans la confrontation entre les Etats-Unis et les forces terroristes qui narguent l'Occident (3). »

Interrogé par France-Inter, le réalisateur Michael Cimino n'avait rien à dire. Mais il le disait de Los Angeles, et en anglais. La politologue-journaliste Nicole Bacharand, éblouie par son babillage, lui donna la réplique : « Thank you, Michael, and remember this : we are all Americans (4). » Et puis, le 14 septembre, sur France-Musiques : « Bonjour à tous. Aujourd'hui à midi, nous serons tous américains en faisant, trois minutes durant, silence. (…) Huit cents millions d'Européens communieront peu ou prou dans la même attitude à la même heure, rejoignant en cela vos quotidiens qui, le premier choc passé, s'arrêtent un instant ce matin pour se recueillir et réfléchir. » « Réfléchir », le mot fut donc prononcé au moins une fois pendant ces journées-là.

Peut-être inspiré par le grand instant de recueillement européen, Jean d'Ormesson adressa deux jours plus tard, par l'entremise du Figaro, une « Lettre ouverte au président Bush ». Il lui écrivait : « Vous connaissez le cri qui est sur toutes nos lèvres : “Nous sommes tous des Américains.” » Mais, pour Le Journal du dimanche, il était dit qu'on n'en resterait pas là : « Si c'est l'Amérique qui est en deuil, ce sont toutes les démocraties qui sont frappées. Et en danger. En ce sens, oui, nous sommes tous des Américains. »

« Nous » ? « Tous » ? Sans indiquer au nom de quelle autorité ils le faisaient — celle de l'information ? -, nombre de commentateurs dominants se sont ainsi jugés habilités à « nous » prescrire des appartenances collectives, des minutes de silence, des cris sur nos lèvres. Au moment où un journaliste présumé trop impertinent se voyait, lui, imposer « non pas trois minutes, mais une semaine de silence (5) », la démocratie attaquée nous valut même une revue de presse involontairement éclairante : « Lisez Jean-Marie Colombani à la “une” du Monde. Lisez Serge July, de Libération, Michel Schifres dans Le Figaro. Lisez la chronique de Jacques Julliard, l'éditorial de Jean Daniel dans Le Nouvel Observateur. Celui de Claude Imbert dans Le Point ou de Denis Jeambar dans L'Express. Lisez ces dizaines de pages, ces centaines d'articles qui expliquent finalement tous la même chose (6). » Oui, la même chose. Mais alors pourquoi tout lire ?

Et l'Etat opéra son retour. Désormais les marchés le réclamaient. Car, ainsi que l'annonça un de leurs plus loyaux interprètes, « la seule réponse qu'attendent les milieux d'affaires, les milieux économiques, c'est évidemment une réponse politique très forte, parce que c'est le système capitaliste même qui a été touché en son cœur (7) ». Le 17 septembre, peut-être pour rassurer les actionnaires épouvantés et conforter notre patriotisme désormais délocalisé, on annonça, à tort, que la baisse des cours avait été enrayée à Wall Street. Le correspondant de France-Inter précisa aussitôt : « Il s'agit de ne pas offrir une deuxième victoire aux ennemis de l'Amérique (8). »

Puis on s'interrogea : dans quel chaudron intellectuel et politique avait pu bouillonner autant de haine et de détermination ? La réponse ne tarda pas : « Les primates vociférateurs et casseurs de l'antimondialisation, en déshérence de maoïsme, s'en prennent en réalité à l'Amérique, synonyme de capitalisme. Cette obsession aboutit à une véritable déresponsabilisation du monde (9). » Complaisamment cité par un quotidien du matin que ce filon-là allait beaucoup mobiliser, un « décideur » économique trop longtemps bâillonné libéra enfin sa plume : « En s'attaquant à un tel symbole (le World Trade Center), les terroristes rejoignent le discours des antimondialistes, dont la parole est devenue omniprésente (10). » Très présents en effet sur les ondes pendant l'été, les « antimondialistes » se voyaient désormais sommés de rendre gorge : qui sème le vent récolte la tempête, New York permettrait d'effacer Gênes. Un journaliste américain à Paris commit ces quelques lignes : « L'horreur de ces avions détournés qui s'écrasent sur ce symbole du World Trade Center souligne l'absurdité de cette violence déplacée contre la mondialisation et renforce la main des autorités qui doivent y faire face. Diaboliser de manière violente les Etats-Unis et les organisations du commerce mondial s'apparente à présent à une entreprise potentiellement meurtrière (11). » World Trade Center ne signifiait-il pas Centre du commerce mondial… ?

Les galeux et les pelés

Quand il apparut que, quelques jours avant l'attentat, Oussama Ben Laden avait peut-être spéculé de manière à profiter de la réaction prévisible des marchés à un événement dont il aurait eu connaissance avant les autres, nul n'eut l'idée sacrilège de mettre en cause le système capitaliste, les milliardaires et les délits d'initiés. Les galeux et les pelés avaient déjà été repérés ailleurs. Ainsi, interrogeant un dirigeant d'Attac-France sur les ondes d'Europe 1 (groupe Matra-Hachette-Lagardère), la journaliste-commissaire lui demanda : « Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui disent : qui vole un œuf, vole un bœuf ? Je traduis : qui arrache un pied de maïs transgénique est capable un jour — on ne sait pas — de poser une bombe ? » Effectivement, on ne sait jamais…

On sait cependant que la pudeur qui recommandait de ne pas faire son miel de la mort de milliers de civils new-yorkais ne fut pas longtemps de mise. Des industriels profitèrent de l'émotion générale pour annoncer, en catimini, de gigantesques « plans sociaux ». Et, le 17 septembre, M. Franz-Christoph Zeitler, membre du conseil de la Bundesbank, estima que, « dans cette situation difficile psychologiquement et économiquement, la priorité est de maintenir le bon fonctionnement et la liquidité des marchés financiers. La discussion sur une nouvelle taxation des marchés internationaux des capitaux, telle que la taxe Tobin, est extrêmement contre-productive ». Ne serait-elle pas même carrément criminelle ?

Voir en ligne : /2001/10/HALIMI/7965

(1) Sondage du New York Times, réalisé les 13 et 14 septembre 2001. La question posée était : « Les Etats-Unis doivent-ils prendre des mesures militaires contre les auteurs de l'attaque même si cela signifie que des milliers de civils innocents peuvent être tués ? »

(2) Editorial du Washington Post publié dans l'International Herald Tribune du 14 septembre 2001.

(3) John Vinocur, « The New World Order Is a Clash of Civilizations », International Herald Tribune, Paris, 13 septembre 2001. Hors Occident, et en particulier dans les pays du Sud, l'émotion causée par les événements fut moindre. Au Cameroun, par exemple, le journal Le Messager estima que « cet attentat-surprise a été à la mesure de l'arrogance avec laquelle le pays de George Bush tente aujourd'hui d'affirmer sur le monde une domination de mauvais aloi ».

(4) « Merci Michael, et souvenez-vous bien que nous sommes tous américains. »

(5) Daniel Mermet, comme il en fit lui-même la révélation sur France-Inter, le 17 septembre.

(6) France Info, 13 septembre 2001.

(7) Jean-Marc Sylvestre, TF1, 12 septembre 2001.

(8) Flash de 18 heures. Ce jour-là, Wall Street perdit 7,1 %.

(9) Jean-François Revel (de l'Académie française), « Pourquoi tant de haine ? », Le Point, 14 septembre 2001.

(10) Le Figaro Economie, 13 septembre 2001. Le site de l'Acrimed a réuni nombre de citations de ce type.

(11) John Vinocur, op. cit. Lire aussi « Terrorists Exploit Anti-Globalization », International Herald Tribune, 22-23 septembre 2001.

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The Anti-Sunscreen Movement Is Coming for You

For Men’s Health, Brian Underwood investigates the flood of sunscreen misinformation on Instagram and TikTok, where influencers push inaccurate data about chemical UV filters, play chemist and promote their own DIY formulas, or even encourage no sun protection at all. Underwood sorts fact from fear, talking with dermatologists, chemists, and professionals who are working to reshape the messaging around sun exposure and sunscreen.

Environmental concerns may have also shown up in your feed, with suggestions that these same filters are poisoning our oceans, giving rise to a whole category of sunscreens labeled “reef safe”—a meaningless marketing term that’s not regulated by the FDA (the same goes for products labeled “natural” or “organic”). Dr. Nelson’s point about “low-relevance models” is something to consider here too: The research demonstrating that oxybenzone, octinoxate, and other active ingredients may lead to reef bleaching was done in a lab setting where coral was exposed to levels of these chemicals significantly higher than has been found in the natural environment. It conveniently left out the fact that inorganic filters like zinc oxide (the one typically used in “reef safe” formulas) would have the same effect in similar doses.

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How Brazil is starting to rein in Big Tech

On April 24, Brazil’s competition authority, the Administrative Council for Economic Defense (CADE) announced it was opening an investigation to assess whether Google’s use of news content amounted to unfair competition practices against the Brazilian press. The announcement was welcomed by civil society organizations that have tried to push regulation to limit the reckless power of Big Tech for years. Ajor, Brazil’s Digital News Association, said that “a balanced relationship between digital platforms and journalism organizations is fundamental to the flourishing of journalism committed to the public interest. By ensuring a fair competitive environment, Cade directly advances that goal.”

In spirit and intent, CADE’s investigation into Google is similar to legislation in Australia that recognized that value is being extracted from news publishers without proportionate recompense. In Brazil, the case has been debated since 2019, but the adoption of AI Overviews helped alter the perspective of Brazilian judges. The overviews are artificially generated summaries that synthesize information from several sources and appear at the top of Google Search results. They “raise potentially more concerns,” ruled Judge Camila Cabral Pires Alves, “as they may more profoundly alter the economic function of the interface and expand the ability to retain attention within the platform's own environment.”

CADE will now investigate whether Google should be sanctioned for “alleged abusive exploitation of a dominant position, in light of the technological evolution of the conduct.” While there is perhaps a greater global appetite to regulate the impacts of AI – even the Trump administration has recently acknowledged that some oversight may be necessary – the CADE judges have been under considerable pressure from Big Tech executives to stop investigations into how their control of the market harms Brazilian businesses. 

For those of us who have reported on Big Tech, this aggressive lobbying is not surprising. Companies like Google, Meta, Twitter, TikTok, Amazon, and Microsoft have long attempted to interfere in any decision or legislation that can harm their interests in Latin America. According to a joint investigation by journalists across 13 countries, Big Tech lobbyists got away with convincing legislators in Colombia to weaken a rule meant to protect children’s mental health and prevent enforcement of privacy regulations in Ecuador. It took a team of over 40 journalists from 13 countries to uncover this while reporting on the ‘Big Tech Lobby’ in the continent and across the world.   

Threats by the U.S. government to retaliate against any country or international entity that sought to regulate Big Tech added another layer to an already complicated and uneven relationship with Silicon Valley. “Digital Taxes, Digital Services Legislation, and Digital Markets Regulations are all designed to harm, or discriminate against, American Technology,” wrote Donald Trump on social media. “Show respect to America and our amazing Tech Companies or consider the consequences!” During the past year, Trump’s envoys have forced dozens of governments around the world to dilute or even shelve regulation in exchange for lifting tariffs. 

In “Big Tech’s Invisible Hands,” which I coordinated alongside Maria Teresa Ronderos, from CLIP (Centro Latinoamericano de Investigación Periodistica), journalists mapped a total of 75 executives that were part of “public policy” or “government relations” teams in Brazil. Tech companies utilized a “revolving door” in which public sector employees could go straight into highly paid jobs leveraging their contacts and influence. Doors opened more easily. Invitations to hangouts and events were more likely to be accepted. 

Brazilian President Luiz Inacio Lula da Silva meets with U.S. President Donald Trump at the White House on May 7, 2026. Brazilian Government / Ricardo Stuckert / Handout/Anadolu via Getty Images.

Lobbying in Brazil is dialed up to eleven. The country has 163 million internet users, with over 150 million on WhatsApp, and over 120 million on YouTube, Instagram and Facebook. With AI, Brazil is a similarly large, influential market. Portuguese is the sixth most widely-spoken language in the world, with 70% of speakers based in Brazil. Which means that, if an LLM has been trained in this language, it probably used content created by millions of Brazilians going about their business of making friends, debating politics and football online. It’s not just about journalists; we are all unpaid labor for Big Tech. 

In the words of Arthur Lira, the Speaker in Brazil’s Congress who filed a criminal complaint against Big Tech executives in 2023, companies adopted a variety of tactics “to shut down democratic debate and intimidate lawmakers” and defeat any attempt at using legislation to force accountability. Google, he said, used its search homepage, used by over 85% of Brazilians, to spread fear that proposed laws would “make the internet worse” or “make it harder to know what is true or false on the internet.” A report by the Federal University of Rio de Janeiro found that Google invested in ads on its own platform so extensively that it tweaked the search, prominently featuring the word “censorship” in connection to the Brazilian bill. Google also hired Michael Temer, a lawyer and former President of Brazil, to influence lawmakers and Supreme Court Justices. Of course, it was not Google alone. Meta executives, for instance, even argued that proposed legislation in Brazil could lead to the Bible being censored.

But Brazilian lawmakers, the Supreme Court, and civil society have persisted. On August 28, 2025, the “Felca Law” was approved, after a video by the influencer Felca denounced the exploitation and exposure of children on social media. The law establishes that digital platforms must take measures like verifying user age, implementing parental controls, and preventing children's exposure to adult content, gambling, and pornography. They must create reporting channels and may face fines of up to 10% of their annual revenue in Brazil.

Brazil’s president Luiz Inácio Lula da Silva and Donald Trump have had a testy relationship, in part because of Lula’s criticism of Big Tech. In February, at the AI Impact Summit in New Delhi, Lula called for global governance of AI, warning: “When few control the algorithms, it is not innovation, but domination. Regulating the so-called Big Tech companies is linked to the imperative of safeguarding human rights in the digital sphere, promoting information integrity, and protecting our countries’ creative industries.”

By sticking to his guns, Lula may now be seeing the tide turn. He was in the White House on May 7, and though neither he nor Trump took questions, both appeared encouraged by the meeting. “Very dynamic,” was how Trump described Lula, while Lula said he was “very, very satisfied” with how the talks went. With a general election in Brazil approaching in October, Lula will be sensitive to how the White House, as it has done in other elections, and Big Tech might offer vocal support for right wing candidates.

But his willingness to stand up to Big Tech is popular with voters. A recent poll found that 78% of Brazilians want to see tech companies being held responsible for the content they publish. Another poll found that 55% of Brazilians defend regulating Big Tech, with 43.9% against it. 

And as scams, fake news, and AI slop dominate ever larger swathes of all our digital space, in Brazil, as in much of the rest of the world, the entire experience of the internet is becoming more unappealing. Big Tech, with the assistance of the U.S. government, may be succeeding in slowing down the pace of regulation and watering down the content of that regulation, but in the long run its victories might be pyrrhic. People have had enough and their governments might be forced to listen.

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