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La farce de la « paix » de Kiev et le mythe des « Wunderwaffen » !

By: A A
18 October 2026 at 16:00

La « paix » factice des Gontcharenko ukrainiens et les « Wunderwaffen » de Kiev.

par Paolo Hamidouche

6 octobre 2026. La nouvelle — si l’on peut l’appeler ainsi, étant donné qu’il s’agit essentiellement d’une tentative maladroite et manifeste de « rouler » Moscou — est que le député de la Rada Alekseï Gontcharenko, un homme habitué par le passé à se faire photographier en compagnie de Joe Biden ou au cœur des scènes les plus violentes du Maïdan ukrainien, a récemment fait une déclaration dictée par la panique, tout en surfant sur l’humeur de la population qui, selon les sondages officiels ukrainiens, penche à 72 % en faveur d’un accord avec la Russie. « Ponts partiellement fermés à Kiev », a déclaré Gontcharenko, « attaques contre le secteur énergétique. Attaques contre les entreprises. Attaques contre les dépôts. Attaques contre les centres de données. Nous sommes confrontés à un problème énorme. Et la stratégie choisie par le gouvernement, à savoir la quête d’une « Wunderwaffe » [arme miracle] qui résoudrait tous nos problèmes, est absurde ».

Gontcharenko appartient au groupe parlementaire « Solidarité européenne », dirigé par l’ancien président issu du coup d’État Petro Porochenko, bien que, officiellement, ce groupe ne soutienne pas de telles positions ; celles-ci sont en revanche partagées par certains députés du groupe « Serviteur du peuple » de Vladimir Zelensky — chef de file du régime issu du coup d’État néo-nazi —, selon qui, toutefois, la sortie de Gontcharenko répondrait à des instructions précises reçues d’émissaires non identifiés de Donald Trump. « La réalité est la suivante : nous sommes en train de perdre la guerre », affirme Gontcharenko ; « nous perdons un nombre considérable d’hommes ; nous n’avons pas assez de fonds propres pour financer la guerre, et encore moins pour gouverner le pays ; nous perdons des activités commerciales et économiques : pour la première fois en 100 ans, nous n’avons pas produit une seule tonne d’acier en une semaine ». Il propose donc de parvenir à un accord avec la Russie, tout en tablant sur le fait que le régime bandériste conserve le contrôle de la majeure partie de l’Ukraine. « Si nos alliés américains veulent des prix de l’énergie bas… et que les sanctions contre la Russie sont de toute façon levées, peut-être ne devrions-nous pas être assez stupides pour ne pas en profiter. »

« Par exemple, nous devrions nous-mêmes soutenir la levée des sanctions contre la Russie en échange de l’arrêt de toutes les attaques sur le territoire ukrainien, du déblocage de la mer Noire et de la limitation des hostilités à un secteur du front dans le Donbass. »

Goncharenko propose donc d’accepter de renoncer à l’adhésion à l’OTAN — bien que, comme le laisse entendre son raisonnement, ce ne soit qu’en paroles, l’Ukraine demeurant une force agissant par procuration pour l’Alliance atlantique, sous le parapluie occidental : « Pour tenter de parvenir à un accord, nous devons envoyer un signal. Prenons la question de la neutralité, par exemple. Revenons à la réalité. Serons-nous admis dans l’OTAN ? Si nous sommes admis, l’OTAN nous aidera-t-elle en cas de guerre ? Nous connaissons la réponse à ces questions… Laissons entendre que nous sommes prêts à discuter de neutralité… Nous poursuivrons notre coopération avec l’OTAN comme c’est le cas actuellement. Nous créerons un budget européen commun pour financer notre armée. Nous poursuivrons le réarmement. » Telle est l’idée maîtresse, exprimée sans détour et assez ouvertement pour, d’une part, s’aligner sur un sentiment populaire las de la guerre et, d’autre part, éviter d’être accusé de « trahison » par les nazis et les nationalistes.

Le politologue Vladimir Fesenko, proche du camp présidentiel ukrainien, estime que la déclaration de Goncharenko reflète un sentiment répandu dans le pays : « Beaucoup de gens disent qu’il est nécessaire d’entamer des pourparlers de paix avec la Russie et qu’il faut faire des concessions ; certains le disent à voix basse, d’autres entre eux, et d’autres encore lors de discussions privées. » Goncharenko se contente d’exprimer publiquement la même position que celle qui, d’une manière ou d’une autre, fait déjà l’objet de discussions à huis clos au sein de notre société… Je ne m’avancerai pas sur une évaluation chiffrée pour l’instant — bien qu’il existe des données sociologiques —, mais je pense que le nombre réel de ces personnes est plus élevé ; tout le monde ne répond pas aux questions des sociologues. » Quoi qu’il en soit, ajoute-t-il, Goncharenko cherche à tirer parti de la situation militaire, politique et socio-psychologique actuelle : « Il se rend compte que les gens sont fatigués, que beaucoup sont déprimés. De plus en plus de personnes souhaitent sincèrement mettre fin à la guerre, quitte à faire des concessions. Il a perçu ce sentiment et veut surfer sur cette vague, en devenir le leader, élaborer son programme politique et exploiter ce moment favorable. Telle est sa stratégie politique. »

« Le sien », tout est relatif, objecte le politologue ukrainien et farouche russophobe Iouri Romanenko : connaissant le personnage, on peut dire que Trump est en train de façonner une fausse image de « pacificateur » à travers ce « prostitué » qu’est Gontcharenko, lequel est promu par les Américains comme l’une des alternatives politiques pour l’Ukraine de l’après-guerre. Quant à Porochenko, bien que le groupe « Solidarité européenne » ait pris ses distances avec les déclarations de Gontcharenko, l’ancien président joue un jeu bien précis, puisque Gontcharenko n’a pas été exclu du groupe à la Rada : Porochenko « est habile à cet égard. Sa stratégie est rationnelle… on se prémunit contre les risques, on lance un appât et, s’il se passe quelque chose, on a les outils adéquats en main… Supposons que Gontcharenko se présente à la présidence et lance sa campagne ; Porochenko observera les sondages et évaluera les chances respectives de Zaloujny et de Gontcharenko, ou de quelqu’un d’autre… si des élections ont lieu, s’il reste un pays, si un État existe encore à ce moment-là. Voilà comment les choses vont se passer ».

Outre les velléités « pacifistes » de Gontcharenko, Romanenko évoque également la situation militaire, qu’il est légitime de supposer étroitement liée à la sortie du député de « Solidarité européenne ». Ainsi, selon Romanenko, dans la guerre contre la Russie, l’Ukraine a misé sur un miracle, espérant un coup de chance. La référence est évidente aux fameux « Flamingo » (FP-7), dont la production, en accord avec l’Allemagne, a également été abordée lors de la visite de Friedrich Merz à Kiev le 4 octobre. Romanenko explique : « Le schéma est à peu près celui-ci : on croit aux miracles, on attend une arme miracle qui changera tout, on espère que la Russie s’effondrera d’elle-même ou que l’OTAN interviendra. En attendant, combien de temps combattrons-nous ? Jusqu’au bout, jusqu’au dernier Ukrainien. Le gouvernement est en quête d’une « Wunderwaffe », une arme miracle qui résoudra tous nos problèmes. »

Le fait est, affirme le politologue, que même l’apparition de missiles balistiques ukrainiens ne changerait pas la donne, étant donné que la Russie en posséderait de toute façon bien davantage, même si Kiev, précise-t-il, pourrait trouver une parade aux drones à réaction russes.

Mais la Russie en concevra alors de nouveaux et « nous chercherons à nouveau une parade. Et ainsi de suite, dans un cercle vicieux. Chaque cycle nous coûte des milliers de vies et d’immenses destructions. Les Ukrainiens aiment le mysticisme. Nous croyons aux signes, au salut miraculeux qui surviendra on ne sait comment, à l’idée que nous finirons par nous en sortir. Mais la réalité est cruelle. Les bons meurent, et les armes miracles arrivent trop tard ou n’arrivent jamais. »

Même un nazi convaincu, comme l’ancien commandant de compagnie du bataillon « Aïdar », Evgueni Dikiy, affirme qu’il est inutile d’annoncer sans cesse des dates de lancement de missiles balistiques ukrainiens contre Moscou, puisque la Russie a déjà frappé avec succès les sites de production de FirePoint et de ses sous-traitants. Indiquer des « dates précises, dans ces circonstances, est à mon avis une erreur : il aurait mieux valu garder le silence, comme cela a été fait pour le FP-7. » « Ils ne l’ont annoncé qu’une fois le déploiement au combat déjà entamé… Je pense qu’il serait judicieux d’imposer le silence également au sujet du FP-9, destiné au Moskva. » Les inquiétudes des nazis sont compréhensibles, commente Anatoli Lapine sur PolitNavigator ; mais, alors que les « Géraniums » « décommunisent » quotidiennement les infrastructures de Kiev, le régime de Zelensky a simplement besoin d’apaiser tant bien que mal le mécontentement de la population, et les promesses de représailles via les nouveaux « Flamingos » servent précisément à cela.

À cet égard, l’ancien secrétaire adjoint du Conseil de sécurité ukrainien, Serhiy Kryvonos, soutient que le programme de missiles balistiques FirePoint est une pure farce et que la démonstration du lancement du FP-7 n’est rien d’autre qu’une tentative de justifier le détournement de milliards de dollars. « Ce n’est pas le premier lancement de ce missile dont je me souvienne ; c’est le quinzième ou le seizième. Et, une fois de plus, il n’a donné aucun résultat. S’il y avait eu un résultat, les autorités l’auraient claironné sur tous les toits. Il s’agit d’une énième escroquerie populiste bon marché destinée aux naïfs… plus de deux milliards de dollars ont été dépensés ces deux dernières années pour la campagne FirePoint… avec cette somme, nous aurions pu bombarder l’Empire russe avec de simples tabourets, en termes de quantité… nous ne voyons pas de cibles effectivement touchées en territoire ennemi, nous ne voyons rien, et nous ne voyons pas l’argent investi dans ce projet… Regardez plutôt avec quelle systématicité, malheureusement, opère l’industrie de défense ennemie et comment elle accélère la modernisation de ses drones aériens, en étendant leurs capacités. Nous poursuivons un projet qui remonte à la Seconde Guerre mondiale, en essayant de présenter comme une arme miracle un missile dont le potentiel est épuisé. Que ferons-nous de cette arme miracle, même si elle parvenait à voler sur les 250 à 300 kilomètres promis ? Pour nous, cela ne résout absolument rien. »

En effet, affirme le politologue ukrainien Ruslan Bortnik, Kiev a amélioré ses contre-mesures face aux drones russes, mais en paie le prix fort. Selon lui, la proportion de drones russes atteignant Kiev aurait chuté à 10-15 % : « Nous pourrions assister à une baisse d’efficacité des drones russes — les fameux « paquets » — qui sont abattus plus fréquemment. Par ailleurs, une attaque balistique a visé Kiev cette semaine, mais certains missiles, y compris balistiques, ont été interceptés ; cela indique que le système de défense aérienne ukrainien s’est doté de munitions, notamment antimissiles, qui sont partiellement utilisées… et pourtant, la défense aérienne a un coût élevé… le rapport coût-efficacité ne joue pas en faveur de l’Ukraine. En d’autres termes, la Russie mobilise moins de ressources tout en infligeant des dégâts plus importants. L’Ukraine doit dépenser davantage pour abattre ces armes relativement bon marché. »

D’après Bortnik, la phase la plus intense de la guerre aérienne connaîtra un premier pic en décembre et un second en février ; « alors, amis, préparons-nous ». Surtout — permettons-nous d’ajouter — ne prêtons aucune importance aux discours de propagande de personnages comme Goncharenko : s’il en était encore besoin, la visite du chancelier allemand à Kiev a précisément servi à rappeler où et par qui se prennent les décisions concernant la guerre en Ukraine contre la Russie. La paix, nécessaire aux calculs électoraux de la Maison Blanche, pourra très bien faire fi des déclarations à la Goncharenko.

Publié à l’origine par Divergence Politique

Exclusif : L’Iran, un cobra lové prêt à frapper

By: A A
17 October 2026 at 19:31

L’Iran et le Pakistan sont pleinement engagés dans la construction d’un ordre financier post-américain à la croisée du Moyen-Orient et de l’Asie du Sud.

Allons droit au cœur du sujet : après avoir soigneusement examiné l’échiquier, les dirigeants politiques et militaires de Téhéran sont déjà parvenus à la conclusion qu’une attaque conjointe américano-israélienne, dont la planification avance à un rythme effréné, est inévitable.

Ils se positionnent donc désormais comme un cobra lové, prêt à frapper et à injecter son venin mortel au premier signe d’une menace imminente du syndicat Epstein — sans même attendre une attaque effective.

Cette offensive préventive, dont les contours sont déjà tracés, sera dévastatrice ; elle s’étendra au-delà des bases américaines au Moyen-Orient vers d’autres cibles régionales, et pourrait notamment inclure les infrastructures énergétiques du Golfe ainsi que les câbles sous-marins (ce qui, dans ce cas, affecterait principalement le Golfe et l’Inde, bien plus que les États-Unis et l’Europe).

Nous sommes en présence d’un danger clair et immédiat : une opération militaire américano-israélienne destinée à exercer une pression sera certainement interprétée à Téhéran comme le début d’une attaque.

Ainsi, la pression en faveur de la guerre exercée par le «culte de la mort» et par Trump se heurte désormais à un seuil de tolérance iranien dangereusement bas. Les options de frappe du Pentagone vont des installations nucléaires iraniennes aux infrastructures énergétiques.

Il va sans dire que le «sociopathe en chef» — déjà en pleine panique face à la débâcle imminente des élections de mi-mandat — est une proie facile pour le puissant lobby sioniste pro-guerre et ses donateurs. Le danger stratégique suprême réside donc dans le fait que cette pression incessante puisse envoyer un signal que Téhéran interpréterait comme une attaque imminente, même si Washington affirme publiquement qu’aucune frappe n’aura lieu avant les élections de mi-mandat.

Le Yémen fait passer la situation à un niveau supérieur

Parallèlement, des sources privilégiées à Islamabad confirment le succès d’un essai de missile pakistanais à Mach 7, d’une portée de plusieurs milliers de kilomètres. Cette nouvelle capacité a tout ce qu’il faut pour modifier concrètement l’équilibre des pouvoirs au Moyen-Orient, en renforçant la portée dissuasive du Pakistan et sa capacité à influencer tous les calculs de sécurité régionaux, tout en approfondissant les liens du Pakistan avec la Chine, l’Iran et les pétro-monarchies du Golfe.

Et voici une autre exclusivité : des membres des services de renseignement militaire israéliens, notamment un général de division, ont quitté Riyad après que MbS, dans un prétendu moment de lucidité, eut dit «non» à l’offre d’»assistance» de la secte de la mort. Et pourtant, plus de 100 membres du CENTCOM sont toujours sur place.

La décision de MbS lui a peut-être été imposée par la Turquie et le Pakistan — les deux autres signataires de l’Alliance de défense de La Mecque, qui se sont soudainement retrouvés dans la même salle de crise à Riyad, côte à côte avec des agents de la secte de la mort.

Si leur départ a peut-être écarté un risque d’escalade, les agents américains restent révélés : toute frappe, d’où qu’elle vienne, faisant des victimes américaines entraînera immédiatement Washington dans la guerre entre l’Arabie saoudite et Ansarallah.

La guerre entre l’Arabie saoudite et Ansarallah atteint en effet un nouveau niveau de volatilité. Le mélange explosif constitué par l’interception d’un missile de croisière au-dessus de la province de Médine, les interceptions de drones ailleurs en Arabie saoudite et les frappes de missiles des forces armées yéménites contre le complexe présidentiel du gouvernement fantoche d’Aden n’est qu’un début.

Ce qui s’est passé après qu’Ansarallah a pris pour cible Najran — l’une des provinces du sud de l’Arabie saoudite volées au Yémen en 1934 par les Britanniques — est tout à fait stupéfiant.

Un porte-parole saoudien a accusé Ansarallah d’avoir lancé un missile de croisière sur Médine. La réponse du porte-parole emblématique des forces armées yéménites, le général Yahya Saree, a été cinglante : «Nous n’avons mené aucune opération militaire visant le territoire saoudien aujourd’hui. Par conséquent, l’affirmation de l’ennemi saoudien selon laquelle Médine aurait été prise pour cible est une pure invention et un mensonge grave».

Traduction : le Yémen frappe l’une de ses anciennes provinces ; les Saoudiens se lancent dans des fausses informations à outrance, inventant de toutes pièces une attaque contre l’une des deux mosquées sacrées — sans doute en préparation d’une opération sous faux pavillon ; puis le Yémen nie aussitôt avoir frappé quelque (italiques de ma part) territoire saoudien.

Cela signifie que Sanaa déclare subtilement, pour que tout le monde comprenne, qu’elle ne mène plus d’opérations à l’étranger (italiques de ma part) sur les trois provinces : Jizan, Najran et Asir. Elle prépare déjà — psychologiquement et opérationnellement — le terrain pour récupérer son territoire volé.

Tout cela se résume dans cette analyse yéménite succincte de la déconstruction de la fastueuse Maison des Saoud :

«Le Yémen sape les piliers ultra-fragiles de l’économie non pétrolière sur lesquels les pirates du désert ont fondé tous leurs espoirs : l’image, les investissements (IDE), l’évasion de la réalité, ainsi que l’impunité et l’invulnérabilité face au terrorisme à l’étranger».

Comment le Pakistan et l’Iran contournent le FMI

Prêtez maintenant attention à un événement assez surprenant qui s’est produit en milieu de semaine à Bangkok, lors de la réunion annuelle du FMI et de la Banque mondiale — dûment accueillie par des manifestations de rue en Thaïlande.

Le gouverneur de la Banque centrale d’Iran, Abdolnaser Hemmati, a rencontré le gouverneur de la Banque centrale du Pakistan, Jameel Ahmad, en marge de ce rituel annuel de premier plan à la gloire du dollar américain.

Le Pakistan est soumis à la poigne de fer des ajustements structurels imposés par le FMI et la Banque mondiale — et, pour couronner le tout, menacé de sanctions américaines parce qu’il entretient des relations commerciales avec l’Iran.

Le fait que le Pakistan et l’Iran discutent de facto de la dédollarisation au cœur même de la tanière du lion — le temple du dollar américain — n’a donc pas de prix.

L’infrastructure est en place depuis 2023, grâce à un accord de swap de devises utilisant le rial et la roupie à la place du dollar américain. Le troc est géré par les deux banques centrales, et les flux bancaires transitent par la Banque Melli en Iran et la Banque Mellat au Pakistan. Leurs marchés frontaliers — au moins six d’entre eux — sont en plein essor : des routes commerciales physiques qui contournent complètement le dollar américain.

Ce dont ils discutaient à Bangkok en début de semaine, c’est la manière d’étendre ce système : ils se moquent éperdument des sanctions secondaires américaines. D’autant plus que Téhéran offre à Islamabad ce que le système américain ne peut tout simplement pas offrir : la souveraineté, pas de changement de régime, pas d’austérité, pas de leçons de morale et, surtout, pas d’ajustement structurel.

Sans compter que le Pakistan a cruellement besoin du gaz iranien — et des routes commerciales de la nouvelle Route de la soie rendues possibles par la Chine.

L’Iran a bâti toute une économie en contournant complètement le FMI — et capable de survivre à un tsunami de sanctions, à un blocus et à la guerre.

Aujourd’hui, l’Iran et le Pakistan sont en pleine construction d’un ordre financier post-américain à la croisée du Moyen-Orient et de l’Asie du Sud — avec des swaps de devises, du troc, des marchés frontaliers en plein essor et des canaux bancaires adaptés, tournant ainsi en dérision les sanctions secondaires.

Soit dit en passant, cela se produit au moment même où un immense train iranien, chargé de pétrole brut — et le premier d’une longue série —, s’apprête à partir pour… la Chine via l’Asie centrale, sur la ligne ferroviaire de la «nouvelle Route de la soie» construite par la Chine.

Le cobra lové est peut-être prêt à frapper. Mais le cobra, depuis des temps immémoriaux, adore aussi faire des affaires.

Traduction:  Reseau International

Le récit de la « guerre hybride russe ». Serait-ce une nouvelle stratégie de tension de l’OTAN ?

By: A A
16 October 2026 at 15:30

Par Thomas FAZI

Des preuves appuient-elles ce récit ? Ou cela indique-t-il plutôt une campagne de guerre psychologique menée par l’establishment UE-OTAN lui-même contre sa propre population ?

Dernièrement, il ne se passe pas un jour en Europe sans qu’une peur des drones, un incendie ou une panne d’électricité ne soient imputés à la Russie. On nous dit que ces incidents font tous partie d’une “guerre hybride” incessante que la Russie mène contre l’Europe ; une guerre qui implique des incursions de drones, des violations de l’espace aérien, des sabotages, des incendies criminels, des cyberattaques et plus encore. On nous dit que cela « inclue des complots pour placer des engins incendiaires à bord des avions cargo DHL, faire sauter des voies ferrées en Pologne et incendier des entrepôts et des centres commerciaux dans toute l’Europe », ainsi que « des actes de sabotage contre les entreprises de défense et l’industrie de la défense en Europe », et « des attaques contre les infrastructures critiques européennes » — mais aussi, apparemment, l’envoi d’agents secrets pour déféquer dans les toilettes des députés finlandais. On nous dit également que « [de] telles attaques ont commencé à se produire peu de temps après que la Russie a lancé son invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022 » et se sont intensifiées ces derniers mois et semaines. Selon Kaja Kallas, « l’Europe est confrontée à une prolifération rapide d’attaques de sabotage et de violations de l’espace aérien ».

Les tensions se sont intensifiées de façon spectaculaire le mois dernier après que l’Allemagne a officiellement attribué une tentative d’attaque par drone explosif à l’aéroport de Leipzig/Halle à la Russie, des enquêtes ultérieures remonteraient jusqu’aux renseignements militaires russes. Cela a considérablement augmenté la tension : il s’agissait de l’un des incidents les plus graves sur le sol allemand jamais officiellement attribué à Moscou par Berlin, même si cette opération a été un “échec”. Le ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul a déclaré que l’attaque « s’inscrit dans un schéma plus large d’opérations hybrides russes en Europe ».

En quelques heures, les dirigeants de l’UE et de l’OTAN avaient non seulement accepté l’attribution, mais s’étaient mis d’accord sur la signification de l’incident : un élément d’une campagne coordonnée, avec un motif connu, nécessitant une réponse prédéterminée, c’est-à-dire des sanctions et un soutien accru envers l’Ukraine. « Les preuves sont claires », a déclaré le Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, le jour même de l’annonce du gouvernement allemand ; bien qu’à ce moment-là, les Allemands n’avaient encore partagé aucune preuve, ni avec le public ni, semble-t-il, avec d’autres gouvernements UE-OTAN. Le président français Emmanuel Macron a également déclaré que l’attaque était une preuve claire que « la menace hybride russe contre les Européens… s’est intensifié ». Le ministre polonais des Affaires étrangères Radosław Sikorski a averti que la confrontation de la Russie avec l’Europe devenait de plus en plus « cinétique« , ajoutant que “la Russie est en guerre avec l’Europe”. « C’est la nouvelle norme », a déclaré la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Apparemment confirmant cela, quelques semaines plus tard, le 29 septembre, le gouvernement estonien a officiellement accusé les services spéciaux russes d’avoir commandité un incendie criminel contre le bâtiment de la société de défense estonienne Milrem.

Avertissements que cela pourrait empirer

Pendant ce temps, on nous dit aussi constamment que la Russie a l’intention d’intensifier encore plus ses attaques ; c’est-à-dire que nous devrions nous préparer à des attaques beaucoup plus graves contre l’Europe, peut-être juste au coin de la rue. En l’espace de quelques jours, il a été rapporté que « des responsables du renseignement européens ont évoqué la possibilité d’un test imminent de l’OTAN par la Russie, l’un d’eux disant qu’une attaque potentielle pourrait survenir dans quelques « mois, pas des années » » ; que, selon le FBI « la Russie prépare des assassinats ciblés à travers les États-Unis et dans les pays européens » ; et qu’il existe un rapport de la CIA avertissant l’Italie, la France et l’Espagne d’une potentielle opération russe impliquant des attaques de drones lancées depuis des navires marchands en Méditerranée, du moins c’est ce que le journaliste qui a publié le “scoop” dans El Mundo a affirmé avoir été informé par une source anonyme proche du ministère lituanien de la Défense.

L’article a reçu une couverture mondiale massive — pourtant, en moins de 24 heures, le ministre italien de la Défense Guido Crosetto et Macron ont fermement nié avoir reçu un tel avertissement et ont rejeté ces affirmations comme étant sans fondement, suggérant que l’histoire avait été concoctée soit par la « source anonyme », soit par le journaliste lui-même. L’épisode montre également que de telles affirmations, en particulier lorsqu’elles sont présentées sans aucune preuve à l’appui, doivent être traitées avec une extrême prudence — en particulier lorsqu’elles reposent sur une logique fragile pour commencer. Dans ce cas, par exemple, on peut raisonnablement se demander quel intérêt aurait la Russie à attaquer l’Espagne et l’Italie, deux des partisans les moins enthousiastes de la guerre éternelle en Ukraine.

Mais il y a eu des déclarations encore plus bizarres. Au cours des dernières semaines, il y a eu des messages coordonnés à travers l’OTAN disant que la Russie pourrait préparer une « attaque sous fausse bannière … dans les prochains mois » — c’est-à-dire une frappe de drone ou de missile que la Russie prétendrait être un “accident” ou même tenterait d’en accuser l’Ukraine. Mais comment la Russie bénéficierait-elle de l’un ou l’autre de ces scénarios ? Ils se sont déjà produits tous les deux — il y a eu plusieurs cas de drones russes et ukrainiens errants pénétrant dans l’espace aérien de l’OTAN près de la frontière avec l’Ukraine (voir ci-dessous), et le seul effet a été de durcir la position de l’OTAN. De plus, si la Russie visait un déni plausible, pourquoi aurait-elle laissé ses empreintes digitales partout pour la tentative d’attaque de drone à Leipzig/Halle ? Et comment ces affirmations concordent-elles avec l’affirmation contraire selon laquelle la Russie pourrait lancer une attaque ouverte contre un pays de l’OTAN “d’ici quelques mois”, comme l’ont récemment déclaré les services de renseignement danois ? Lequel est-ce ? Mais on ne s’attend pas à ce que nous posions des questions ou que nous signalions des incohérences dans l’histoire ; on s’attend simplement à ce que nous croyions ce que nos médias et nos gouvernements nous disent.

La Russie est-elle sur le point d’attaquer ? Même l’OTAN n’est pas sûre

Bien sûr, aucun d’entre nous n’a aucun moyen de savoir ce que la Russie envisage de faire, d’autant plus qu’il s’agit d’une situation dynamique dans laquelle les actions de la Russie sont influencées par les actions de l’OTAN et vice versa. Le président russe Vladimir Poutine, pour sa part, nie toutes les allégations et a déclaré à plusieurs reprises – le plus récemment le 19 septembre – que la Russie n’avait « aucune intention agressive envers l’Europe ou les pays européens » et était prête à rétablir les relations et à coopérer avec ses voisins européens – tout en accusant les dirigeants européens d’utiliser la prétendue menace russe pour justifier leurs propres politiques et rechercher une escalade avec Moscou. Bien sûr, on peut soutenir que si la Russie était prête à attaquer, elle ne le dirait pas à l’avance aux Européens, et donc ses paroles ne devraient pas être prises pour argent comptant.

C’est vrai, bien sûr. Dans le même temps, dans la mesure où la plupart des États sont des acteurs rationnels qui ont tendance à penser et à agir de manière stratégique – et la Russie correspond certainement à cette description – on peut se demander quel intérêt rationnel ou stratégique la Russie aurait à lancer une attaque contre l’Europe qui pourrait facilement conduire à une guerre totale OTAN-Russie, d’autant plus que le refus de la Russie jusqu’à présent de riposter en nature aux attaques ukrainiennes permises par l’OTAN sur son territoire, y compris contre des civils, a probablement été motivé précisément par le désir d’éviter un tel résultat. Il est intéressant de noter qu’un tel scepticisme est partagé même par certaines voix au sein de l’establishment de l’OTAN.

Le service de renseignement extérieur estonien, par exemple, a écrit dans son rapport annuel 2026, publié en février : « Il n’y a… aucune raison de paniquer. Selon l’évaluation du Service de renseignement extérieur estonien, la Russie n’a aucune intention d’attaquer militairement l’Estonie ou tout autre État membre de l’OTAN au cours de l’année à venir. Nous sommes susceptibles de parvenir à une évaluation similaire l’année prochaine ». Même le président finlandais, Alexander Stubb, par ailleurs très belliciste à l’égard de la Russie, a repoussé les avertissements de ses collègues dirigeants européens selon lesquels la Russie pourrait attaquer l’OTAN dans un proche avenir, affirmant que les renseignements d’Helsinki ne voyaient aucune preuve d’une menace militaire imminente. « Nous n’en voyons pas la preuve », a déclaré Stubb. « Dans nos renseignements, nous voyons qu’il y a de l’activité mais pas de menace militaire imminente pour le moment ». En effet, comme le rapporte Politico, même l’évaluation officielle de l’OTAN est qu’il n’y a pas de menace imminente : « Pour le moment, nous ne voyons aucune menace imminente d’attaque », a déclaré un responsable de l’OTAN s’exprimant au nom de l’organisation. Le 29 septembre, lors d’une conférence de presse conjointe de l’OTAN, le Premier ministre lituanien, Mindaugas Sinkevičius, a déclaré qu’il avait demandé à Mark Rutte de véritables preuves de renseignement selon lesquelles la Russie préparait une attaque imminente, recevant la confirmation qu’il n’en existait aucune. « J’ai demandé à [Rutte] y a-t-il une preuve, une preuve réelle, que la Russie prépare quelque chose ? Mais il n’y a en fait rien », a-t-il déclaré.

Cela montre que même les propres évaluations de l’OTAN sont très contradictoires. En termes d’opinion publique, cependant, cela ne fait guère de différence, car les allégations d’attaque imminente l’emportent de loin sur les évaluations les plus prudentes, qui ne reçoivent généralement pratiquement aucune couverture. Dans tous les cas, en l’absence de preuves allant dans un sens ou dans l’autre, les spéculations sur les scénarios futurs ne restent finalement que cela : des spéculations ; d’autant plus que nous devons supposer que la posture de la Russie n’est pas figée mais est inévitablement influencée par les actions de l’OTAN. Ce que nous pouvons évaluer avec une certaine certitude, c’est dans quoi la Russie s’est engagée jusqu’à présent, ce qui nous donne la meilleure idée possible de ce qu’elle pourrait faire ensuite. La question qui doit être posée est donc la suivante : les preuves soutiennent-elles les affirmations occidentales selon lesquelles la Russie est engagée dans une « guerre hybride » contre l’Europe ?

Les rapports sur la « guerre hybride » et leurs incohérences

Il existe plusieurs bases de données et rapports qui prétendent quantifier la guerre hybride russe, qui sont souvent cités comme preuve d’une campagne russe coordonnée et croissante. Ceux-ci incluent des ensembles de données et des rapports du Référentiel européen des Cyberincidents, qui se concentre strictement sur les cyberattaques, l’Université de Leiden, le Soufan Center, Associated Press, le groupe de réflexion américain Center for Strategic and International Studies (CSIS), l’Institut International d’Études Stratégiques (IISS) basé au Royaume-Uni et le groupe de réflexion GLOBSEC basé à Bratislava. Pris individuellement et au pied de la lettre, chacun de ces rapports brosse un tableau apparemment accablant comprenant des dizaines – et dans certains cas des centaines – de sabotages présumés, d’attaques et d’opérations d’influence couvrant plusieurs pays européens sur de nombreuses années. Inquiétant en effet. Lus côte à côte et en détail, cependant, ils racontent une histoire très différente : les chiffres divergent énormément ; le concept central n’est pas défini ; l’attribution ne repose souvent sur rien de plus que des articles de presse faisant état de soupçons officiels ; et les propres mises en garde des rapports – enfouies dans les notes de bas de page, les annexes et les sections méthodologiques – sapent souvent les affirmations faites dans leurs résumés exécutifs.

Pour commencer, les chiffres ne correspondent pas. Selon le rapport que vous lisez, la Russie a mené entre 52 et 255 attaques hybrides en Europe après février 2022 – du simple au quintuple pour ce qui est censé être la même campagne. Le Centre Soufan, qui ne couvre que six pays – dont deux, la Moldavie et la Géorgie, en dehors de l’UE – enregistre plus d’incidents pour la seule année 2025 que le SCRS pour trois ans sur l’ensemble du continent. Les chiffres divergent car il n’y a pas de réponse convenue à la question la plus fondamentale : qu’est-ce qu’une attaque hybride ? Le document de l’IISS lui-même concède que la guerre hybride est « un terme amorphe » avec de grandes variations dans les définitions. Certains rapports se limitent aux attaques physiques et aux complots et, même dans ce cas, ils vont de l’incendie criminel à la pose d’autocollants pro-Kremlin, au vandalisme et à la pulvérisation de graffitis ; d’autres incluent des « opérations d’influence » telles que des manifestations mensuelles pour la paix à Amsterdam ; et d’autres incluent même des passages de frégates russes à travers la Manche. En fin de compte, le terme peut être utilisé pour inclure presque tout. La plus grande différence de nombre est déterminée par le traitement des (présumées) observations de drones attribuées à la Russie – au nombre de centaines mais dans la plupart des cas finalement démystifiées (voir ci-dessous) – et donc exclues par la plupart des rapports, malgré une énorme couverture médiatique et étant l’un des plus grands contributeurs à l’hystérie de la « guerre hybride ».

De plus, dans la plupart des cas, les preuves liant la Russie sont très faibles, voire inexistantes. Dans tous ces rapports, la preuve que la Russie était à l’origine d’un incident donné consiste généralement en un article de presse rapportant que des responsables le soupçonnent. Il n’y a pas de vérification indépendante : si un gouvernement dit “la Russie l’a fait”, il figure sur la liste, même en l’absence de toute preuve. De plus, l’ensemble de données de Leiden comprend des incidents liés à la Russie par des responsables ou des politiciens, ou découverts par des enquêtes journalistiques – mais aussi ceux qui “semblent simplement s’inscrire dans un schéma” d’événements similaires. Les rapports s’appuient également les uns sur les autres. L’ensemble de données de l’IISS est construit sur l’ensemble de données de Leiden ; GLOBSEC cite les chiffres de Leiden, l’IISS et un décompte AP ; le SCRS cite la recherche de Leiden ; le Soufan Center a interviewé l’auteur de l’ensemble de données de Leiden. En fin de compte, la plupart des chemins mènent au même pool de reportages médiatiques sur les affirmations officielles, dans la plupart des cas d’implication russe “possible” ou “probable”. Et ces affirmations officielles ne sont pas neutres. Le document de l’IISS, remarquablement, le dit lui-même : les décisions sur l’attribution sont “rarement prises dans un vide politique”, et les déclarations publiques “reflètent des calculs stratégiques plus larges autant que leur confiance dans les preuves”.

De nombreuses organisations à l’origine de ces rapports ne peuvent pas non plus être considérées comme neutres. L’IISS, le CSIS et GLOBSEC ont tous des liens de financement avec des fabricants d’armes américains et européens (GLOBSEC compte parmi ses donateurs la société de défense Helsing, dont la guerre en Ukraine a fait la start-up la plus profitable d’Europe), ainsi qu’avec l’establishment transatlantique, et sont connus pour leur approche belliciste de la guerre en Ukraine et de la Russie. Le langage des rapports eux-mêmes trahit leur engagement idéologique. Le mémoire du SCRS soutient que l’OTAN devrait abandonner son « état d’esprit d’auto-dissuasion » et lancer une « campagne offensive calibrée » contre la Russie. L’IISS exhorte à une « position plus affirmée et proactive« , son président, Lord Mark Sedwill, affirmant que la Grande-Bretagne est en guerre contre la Russie. Le rapport GLOBSEC parle de « terrorisme d’État ».

Mais, en fait, comme indiqué ci-dessus, les rapports eux-mêmes contiennent très peu de preuves, voire aucune, pour étayer le récit “La Russie est en guerre contre l’Europe”.

Mis à part la poignée de sabotages qui a abouti à des condamnations – discutées ci-dessous – et même alors avec seulement des liens ténus avec l’État russe, pratiquement tous les incidents consignés dans ces rapports sont basés uniquement sur des affirmations non fondées faites par des responsables occidentaux, des services de sécurité ou des médias, souvent sans présenter de preuves (comme nous le verrons, cela s’applique également aux actions formellement attribuées comme l’incident du drone de Leipzig/Halle). Comme l’admet Associated Press, « il est souvent difficile de prouver l’implication de la Russie, et le Kremlin nie mener une campagne de sabotage contre l’Occident. Mais de plus en plus de gouvernements attribuent publiquement des attaques à la Russie ». Ce discours constant sur les attaques russes « possibles » ou « potentielles » génère finalement une perception publique d’une campagne incessante menée contre l’Europe, même en l’absence de preuves. Comme l’a noté Ivo Capaul de l’ETH Zürich, l’effet de la couverture médiatique et du climat politique (entièrement intentionnel, j’ajouterais) est de créer des « biais cognitifs sous la forme d’une illusion de quantité » – voir des modèles entre des points de données qui ne sont pas nécessairement connectés, ou qui dans certains cas n’existent pas du tout.

Les revendications ne résistent pas à un examen minutieux

En effet, ce qui est étonnant, c’est le nombre d’allégations largement rapportées de sabotage russe qui ont fini par s’effondrer après un examen minutieux. L’un des cas les plus tristement célèbres s’est produit en septembre de l’année dernière, lorsqu’il a été largement rapporté (initialement par le Financial Times) que la Russie avait “imprudemment” bloqué le GPS de l’avion de von der Leyen au-dessus de la Bulgarie, forçant les pilotes à atterrir en utilisant des “cartes papier” après “avoir tourné autour de l’aéroport pendant une heure”. Le Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, n’a pas tardé à suggérer que l’incident s’inscrivait dans un schéma plus large de “guerre hybride” qui comprenait “des cyberattaques et la coupure de câbles sous-marins”. Un tollé général s’ensuivit. Cependant, l’histoire s’est effondrée en quelques heures : un service de suivi des vols a démontré que le signal n’avait jamais été perdu et que l’avion n’avait en fait que 9 minutes de retard. Le Premier ministre bulgare, Rosen Zhelyazkov, a déclaré qu’il n’y avait rien à enquêter. Il s’agissait d’un cas significatif d’affirmations promues par des sources proches du sommet de la Commission européenne qui ont été clairement exposées comme fausses, mais les déclarations n’ont jamais été rétractées ou clarifiées. Elles n’ont pas non plus donné lieu à un examen plus approfondi du récit sur la “guerre hybride russe”.

Mais ce n’était pas un cas isolé : il y a eu d’innombrables allégations de sabotage russe ou d’activité hybride qui ont été massivement amplifiées par les médias, pour être ensuite démystifiées ou prouvées fausses — ces rectifications n’ayant en grande partie pas été rapportées. En novembre 2024, une série d’incidents ayant endommagé des câbles en mer Baltique a été largement rapportée dans les médias. La couverture a été alimentée par des décideurs européens attribuant ouvertement les incidents à la Russie avant même que les enquêtes ne soient terminées. Le manque d’informations claires a suscité des spéculations publiques sur les responsables des incidents et sur la manière exacte dont ils se sont produits. Les autorités finlandaises ont arrêté un navire, soupçonné de faire partie de la “flotte fantôme” de la Russie utilisée pour éviter les sanctions, après que ce câble et d’autres aient été endommagés. Il s’est finalement avéré que les câbles sous-marins endommagés dans la mer Baltique avaient été causés par des navires battant pavillon de Hong Kong et de Chine – et non par des navires russes. Le service de renseignement finlandais SUPO a observé que « statistiquement, le nombre de cas de dommages aux câbles ces dernières années est assez typique de la mer Baltique ». Encore une fois, aucune excuse n’a été présentée par les autorités européennes pour cette fausse accusation.

Le même mois, un avion DHL s’est écrasé en Lituanie. Plusieurs responsables européens ont laissé entendre que le crash aurait pu être le résultat d’un sabotage russe, ces affirmations étant largement amplifiées dans les médias occidentaux. Le jour même de l’accident, avant qu’aucune enquête n’ait été menée, Annalena Baerbock, alors ministre allemande des Affaires étrangères, a évoqué la possibilité qu’il puisse s’agir d’un “incident hybride”, faisant référence à la récente rupture des câbles de la mer Baltique. Le général Carsten Breuer, chef de la Défense de la Bundeswehr, est allé encore plus loin, suggérant qu’il s’agissait peut-être d’un “test” de la Russie pour sonder les faiblesses, disant “Nous avons rencontré une situation similaire plus tôt cette année, et maintenant quelque chose s’est produit qui correspond à ce schéma” et que le Kremlin pourrait “tester les vulnérabilités”. Quelques jours après l’accident, Sir Richard Moore, alors chef du MI6, a allégué que la Russie avait lancé une “campagne de sabotage incroyablement imprudente” en Europe. En mars 2025, des enquêtes exhaustives menées par les Lituaniens ont révélé que l’accident avait été causé par une erreur du pilote, une constatation qui n’a pas été rapportée avec la même force que les allégations initiales selon lesquelles l’avion avait été abattu par l’action russe. Une fois de plus, il a été démontré que des accusations notables étaient manifestement fausses d’une manière qui devrait soulever des questions sur le récit plus large – mais cela ne s’est pas produit.

Une situation similaire s’est produite lorsque l’aéroport d’Heathrow près de Londres a fermé ses portes le 21 mars 2025, après qu’une sous-station électrique a pris feu. Les affirmations selon lesquelles l’incendie faisait partie d’une campagne de guerre hybride ont été largement médiatisées. Philip Ingram, un ancien colonel du renseignement militaire britannique, a déclaré que les attaques ressemblaient à quelque chose “tout droit sorti du manuel du renseignement militaire russe”. Quelques mois plus tard, la véritable cause de l’accident a été révélée, et elle s’est avérée beaucoup plus banale : une compagnie d’électricité privatisée n’avait pas correctement entretenu et modernisé l’installation. Le même schéma d’accusations précédant les faits a pu être observé dans d’autres cas, des explosifs trouvés près d’un pipeline de l’OTAN à un trou dans la clôture d’une installation allemande de traitement de l’eau.

La panique à propos des drones, beaucoup de bruit pour rien ?

Un schéma similaire peut également être observé dans l’hystérie du “drone russe” qui a fini par dominer le récit de la “guerre hybride” au cours de l’année écoulée. En particulier, l’automne 2025 a vu une véritable frénésie médiatique autour de ce sujet. De nombreux rapports ont été publiés sur des observations de drones dans toute l’Europe — en Allemagne, en Pologne, en France, en Norvège, en Lituanie, au Danemark et dans d’autres pays — entraînant souvent des fermetures d’aéroports. Les dirigeants européens, comme le chancelier allemand Friedrich Merz, ont ouvertement blâmé la Russie pour ces drones. « Nous soupçonnons que la Russie est derrière la plupart de ces vols de drones », a déclaré Merz après des incidents à l’aéroport de Munich, sans fournir aucune preuve. La Première ministre danoise Mette Frederiksen et von der Leyen l’ont qualifiée de « guerre hybride« . Le ministre danois de la Justice est allé jusqu’à comparer la situation au 11 septembre. La crise est survenue à un moment où les dirigeants européens étaient enfermés dans un débat intense sur la politique de défense commune de l’Europe, après que le président américain Donald Trump eut mis un terme (temporaire) aux livraisons militaires à l’Ukraine. En effet, plusieurs de ces observations ont eu lieu juste avant un sommet des dirigeants européens en octobre 2025 à Copenhague, où le financement d’un « mur anti drones » et d’autres mesures de défense figurait en bonne place à l’ordre du jour.

Cependant, pratiquement toutes les observations de “drones russes” se sont rapidement révélées infondées. L’incident de drone qui a conduit à la fermeture de l’aéroport de Francfort a été causé par un “pilote amateur de drone” de 41 ans. Il s’est avéré que la fermeture du plus grand aéroport de Lituanie n’était pas due aux drones russes, mais à des montgolfières utilisées par les contrebandiers de cigarettes. Dans un cas frappant, il a été rapporté que, selon le Premier ministre polonais Donald Tusk, la sécurité de l’État polonais avait neutralisé un drone au-dessus du palais présidentiel et que le président polonais avait demandé le soutien de l’OTAN. Mais le récit du Premier ministre était incorrect et a ensuite été corrigé ; l’une des personnes arrêtées était un jeune Ukrainien, l’autre sa petite amie biélorusse de 17 ans. Jacek Dobrzynski, porte-parole du ministre de la Coordination des Services spéciaux, a démenti peu après à Euronews toute rumeur selon laquelle il s’agissait d’une opération d’espionnage : “Nous rejetons les rumeurs selon lesquelles il s’agit d’une opération d’espionnage à grande échelle. Ce sont des jeunes, c’était peut-être de la négligence, peut-être de l’ignorance, peut-être qu’ils voulaient faire un film”.

En fait, une enquête du journal néerlandais Trouw a révélé que dans près de 60 autres incidents, il y avait “beaucoup de panique et pratiquement aucune preuve d’implication russe”. Les preuves dans 41 des observations de drones sont restées non concluantes. De plus, il y a eu 14 cas d’autres objets volants (avions civils, oiseaux) confondus avec des drones et trois se sont avérés être des drones civils “de loisir” utilisés par des particuliers. Par exemple, les Belges prenaient les (petits) avions et hélicoptères pour des drones, tandis que les objets volants du Sud du Limbourg et de Billund, au Danemark, étaient des étoiles. Des enquêtes menées au Danemark, en Belgique et en Norvège ont abouti à des conclusions similaires : dans la plupart des cas, les observations de drones étaient inexactes et non vérifiées et se sont avérées être des avions, des hélicoptères ou des satellites ; aucune preuve n’a été trouvée que ceux-ci étaient en aucune façon liés à la Russie.

Il y a eu des cas similaires plus récemment. À la mi-septembre, un avion de combat de l’OTAN a été brouillé après une possible observation de drone dans l’espace aérien lituanien, mais il s’est avéré qu’il s’agissait d’une volée d’oiseaux. Quelques jours plus tôt, le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre avait affirmé que l’avion de Zelensky avait “failli être touché par un drone” alors qu’il décollait de Moldavie en route vers Oslo. Cependant, des rapports officiels des autorités moldaves et des sources présidentielles ukrainiennes ont par la suite clarifié ce qui s’était réellement passé : le drone en question ne s’est jamais approché de l’aéroport ; il s’est écrasé à environ 160 kilomètres de là, près de la frontière moldave-ukrainienne. Et ainsi l’histoire a discrètement disparu des premières pages, sans corrections ni excuses – mais la presse grand public, désormais en permanence sur le pied de guerre de la Troisième Guerre mondiale, avait déjà atteint son objectif : pointer du doigt Moscou et attiser une nouvelle vague alarmiste.

Les retombées de la guerre dans le voisinage

Les autorités moldaves et les experts en sécurité ont déclaré plus tard que le drone était bien d’origine russe. Même si, comme toujours, aucune vérification indépendante n’a été possible, cela n’est pas improbable. Il y a eu une poignée d’incidents – en Roumanie, en Moldavie et en Pologne – où il a été confirmé que des drones russes étaient effectivement entrés dans l’espace aérien de ces pays. Mais dans pratiquement tous les cas, ces violations de l’espace aérien se sont produites près de la frontière de ces pays avec l’Ukraine, lors d’attaques russes contre des cibles ukrainiennes voisines, et étaient donc très probablement des drones errants – c’est-à-dire des drones qui avaient dévié de leur trajectoire, peut-être en raison du brouillage ukrainien anti-drone. En d’autres termes, cela ressemblent beaucoup plus à des retombées de la guerre dans le voisinage qu’à une campagne d’incursions délibérées.

Cela s’applique également au missile de croisière russe qui s’est écrasé dans un champ en Pologne en juillet, probablement parce qu’il a mal fonctionné ou a été dévié de sa trajectoire par des interférences. Même le Premier ministre polonais Tusk a souligné plus tard que “il n’y a aucune raison de penser que la Pologne était la cible prévue pour ce missile”. Pendant ce temps, les nouvelles d’avions de combat russes pénétrant occasionnellement dans l’espace aérien estonien, parfois juste pour quelques secondes, ont également tendance à attirer beaucoup l’attention des médias ces jours-ci. En fait, ces incidents ont tendance à se produire à proximité d’une étroite bande d’espace aérien international au-dessus du golfe de Finlande, où il est très facile de s’égarer accidentellement dans l’espace aérien de l’Estonie, et cela se produit depuis des années.

L’incident le plus récent à ce jour s’est produit en Lituanie, le 15 septembre, lorsqu’un drone est entré dans l’espace aérien du pays depuis la Biélorussie et a été abattu dans le centre de la Lituanie. Le président lituanien lui-même a déclaré que l’incident n’était probablement pas une attaque délibérée contre la Lituanie. “Très probablement, il s’agissait d’un drone russe destiné à l’Ukraine qui a été détourné de sa trajectoire par des mesures de guerre électronique ukrainiennes et est entré sur notre territoire, où il a été abattu”, a-t-il déclaré. En effet, les drones errants ne sont pas seulement russes. En mars et mai, plusieurs drones ukrainiens se sont écrasés en Finlande, en Lettonie et dans les autres États baltes lors des attaques à longue portée de l’Ukraine contre les infrastructures pétrolières russes, probablement à cause de la guerre électronique russe. La Russie, pour sa part, a nié les accusations et a accusé les Pays Baltes/OTAN d’autoriser activement les drones ukrainiens à utiliser leur espace aérien pour des frappes contre la Russie, qualifiant cela d’agression de la part de l’OTAN. Dans un cas, des drones ont frappé des infrastructures pétrolières en Lettonie, déclenchant la démission du Premier ministre letton et du ministre de la Défense, bien que l’histoire ait à peine fait la une des journaux.

Il y a cependant deux incidents impliquant (prétendument) des drones russes loin de la frontière ukrainienne : l’événement de septembre 2025 en Pologne et, bien sûr, « l’échec de l’attaque de drone » à l’aéroport de Leipzig/Halle en août, dont il est question plus loin. Dans la nuit du 9 au 10 septembre 2025, la Pologne a affirmé avoir abattu plusieurs drones russes qui avaient pénétré dans son espace aérien, dans certains cas à près de 300 kilomètres à l’intérieur du pays, avec des défenses aériennes de l’OTAN impliquées dans la riposte. Cela s’est produit pendant des exercices polonais, lituaniens et de l’OTAN impliquant 30 000 soldats polonais et juste avant les exercices russo-biélorusses Zapad 2025. Certains soupçonnent donc qu’il s’agissait soit d’une provocation délibérée de la Russie, soit d’une mission de reconnaissance bâclée, mais cela pourrait aussi être dû au brouillage de l’OTAN. De plus, une maison polonaise a été gravement endommagée. Des images de la maison lourdement endommagée ont été diffusées dans le monde entier comme preuve de l’assaut effronté de la Russie lors du tout premier engagement direct entre l’OTAN et Moscou. Cependant, il a été révélé plus tard que la maison avait été touchée par un missile tiré d’un F-16 polonais, et non par un drone russe, comme l’avait initialement affirmé le gouvernement de Varsovie. En tout cas, même des responsables du renseignement occidentaux ont admis “en privé” à CNN que l’incursion russe n’était probablement pas intentionnelle et que les trajectoires de vol suggéraient que les drones avaient perdu leurs repères à cause des contre-mesures de guerre électronique.

Leipzig/Halle : une évaluation mais peu de preuves

Il y a un incident majeur de drone – sans doute le plus important à ce jour en termes de répercussions politiques – qui reste à discuter : l’incident de Leipzig/Halle. Le 5 août, le ministère allemand de l’Intérieur a annoncé que le personnel de la veille au soir à l’aéroport de Leipzig/Halle – un important hub de fret qui, depuis 2022, est également devenu un centre logistique clé pour l’OTAN et pour les expéditions vers l’Ukraine, et le principal hub allemand pour les vols vers le pays – avait remarqué un petit drone posé sur le tarmac près d’un cargo Antonov ukrainien garé, prétendument transportant une charge explosive et un détonateur. L’explosion ne s’est pas déclenchée et les enquêteurs ont déclaré que l’engin explosif avait été désamorcé. À peu près au même moment, un avion cargo DHL approchant de l’aéroport serait entré en collision en vol avec un deuxième drone, bien qu’aucune épave n’ait été retrouvée, peut-être parce qu’elle a été détruite dans les moteurs. Environ trois semaines après l’attaque, les enquêteurs ont trouvé un autre drone dans un champ à Kabelsketal, une zone adjacente à l’aéroport de Saxe-Anhalt, transportant peut-être des explosifs militaires.

Le 1er septembre, le gouvernement allemand a officiellement accusé la Russie pour l’incident, affirmant que les renseignements indiquaient “des personnes impliquées qui agissaient au nom d’entités étatiques russes”. Le lendemain, les médias allemands ont rapporté que le Parquet fédéral enquêtait sur deux suspects – un Biélorusse et un Russe, dont au moins l’un serait lié à un service de renseignement russe – bien que cela n’ait pas été officiellement confirmé. Jusqu’à présent, personne n’a été arrêté ni même inculpé. Le même jour, l’Allemagne a également annoncé la fermeture du consulat russe à Bonn, le dernier consulat de Moscou dans le pays, et de la “Maison russe” à Berlin, une nouvelle dégradation des relations diplomatiques déjà bien basses.

La Russie a nié toute implication dans l’incident de Leipzig ; le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, avait précédemment qualifié les allégations d’une campagne de sabotage russe en Europe de « vides et éphémères« . Pourtant, quelques heures après l’annonce du gouvernement allemand – avant qu’un suspect ait été publiquement identifié ou que des preuves aient été rendues publiques – les dirigeants de l’OTAN, de l’UE et des pays se sont tous ralliés à l’Allemagne, dans une démonstration chorégraphiée de soutien qui suggérait une coordination préalable minutieuse. Ils ont tous publié des déclarations presque identiques, exprimant leur « pleine solidarité » avec l’Allemagne et accusant la Russie de mener une « attaque hybride » et même de se livrer à du « terrorisme parrainé par l’État », comme l’a dit Kaja Kallas. « Les preuves sont claires », a déclaré le Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte.

En fait, à ce moment-là, les autorités allemandes n’avaient fourni aucune preuve réelle au public ou, semble-t-il, aux autres gouvernements de l’UE. Au contraire, le ministre de l’Intérieur Alexander Dobrindt avait simplement déclaré que “pris ensemble, les enquêtes policières, les schémas des infractions et les résultats des services de Renseignement établissent la responsabilité russe de la tentative d’attentat à l’aéroport de Leipzig”, ajoutant que “les moyens utilisés pour commettre l’acte” de sabotage à Leipzig – et il a énuméré la configuration du drone, les divers composants utilisés et les explosifs – “nous sont communs à d’autres opérations hybrides menées par la Russie et sa guerre contre l’Ukraine”. Mais ce n’est pas une preuve ; c’est la description d’une évaluation ; une évaluation que le public est censé prendre pour argent comptant.

Même les voix et les médias alignés sur l’establishment ont exprimé des doutes. “Le gouvernement allemand maintient maintenant que le modus operandi, ainsi que les conclusions de la police et des services de renseignement, désignent la Russie comme l’auteur”, a déclaré Johannes Varwick, professeur de relations internationales et de politique européenne à l’Université Halle-Wittenberg, à EUobserver. « C’est peut être plausible, mais il n’y a évidemment aucune preuve – du moins aucune qui ait été rendue publique, même en termes qualifiés ou indirects », a déclaré Varwick. Les reportages ultérieurs des médias ont donné quelques détails – le type d’explosif, une supposée trace ADN – mais ceux-ci n’ont pas été confirmés par les autorités, laissant au public un ensemble de fuites anonymes se chevauchant partiellement, chacune attribuée aux cercles de sécurité. Compte tenu des antécédents de l’UE et de l’OTAN en matière de “guerre hybride russe” et de sa tendance à faire des accusations sans preuves contre la Russie, dont plusieurs ont ensuite été discrètement réfutées et beaucoup d’autres jamais étayées, un certain scepticisme semble justifié. En effet, l’AfD et le BSW populiste de gauche ont mis en doute le manque de preuves présentées lorsque le gouvernement de Berlin a fait son allégation.

Étant donné les conséquences potentielles d’accuser ouvertement la Russie de tenter de commettre un attentat terroriste en Allemagne, le moins que les autorités allemandes puissent faire est de fournir des preuves tangibles au public ; sinon, les gens pourraient être tentés d’être d’accord avec Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, qui a déclaré que les preuves de la responsabilité russe “n’existent tout simplement pas et ne peuvent pas exister”. Jusque-là, l’incident de Leipzig/Halle devrait être traité comme une énième affirmation non étayée faite par les gouvernements occidentaux et reprise par les médias, que le public est simplement invité à accepter pour argent comptant.

Le traitement de l’incident par le gouvernement allemand ressemblait étroitement à la réponse des autorités polonaises au sabotage ferroviaire de novembre 2025, lorsque deux engins explosifs ont endommagé des tronçons de la ligne Varsovie-Lublin. Le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski avait immédiatement qualifié l’acte de « terrorisme d’État » russe, tandis que le Premier ministre Tusk a qualifié l’incident de “probablement la pire attaque contre la sécurité de l’État depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine”, soulignant que “une ligne rouge a été franchie”. En seulement 70 heures, les forces de sécurité polonaises avaient identifié deux suspects présumés responsables des deux attaques qui avaient déjà fui en Biélorussie, tous deux ukrainiens “avec une longue histoire de collaboration avec les services de renseignement russes”, selon Tusk. Un troisième Ukrainien a ensuite été arrêté, mais l’affaire n’a pas encore été portée devant les tribunaux. La « pire attaque » contre la sécurité de la Pologne depuis des années semble avoir été rapidement oubliée.

Le récit de la « désinformation russe »

Un autre point qui mérite d’être brièvement mentionné est la prétendue dimension informationnelle de la supposée guerre hybride de la Russie. On nous dit que la Russie est engagée depuis des années dans une campagne massive d’influence et de désinformation visant à manipuler les électeurs européens impuissants ; en effet, il est maintenant devenu courant dans toute l’Europe de prétendre que les résultats électoraux indésirables – y compris le récent référendum islandais sur l’UE – sont dus à l’ingérence russe. Pourtant, c’est le domaine où les preuves sont les plus rares et où les conséquences sont les plus dramatiques. Il a servi d’excuse à l’introduction d’outils de censure, tels que la Loi sur les services numériques (DSA), et à des outils de plus en plus répandus “d’intégrité électorale”, tels que le Bouclier de la démocratie, qui permettent en pratique à l’UE d’interférer de plus en plus dans les élections nationales, sous prétexte de lutter contre l’ingérence russe.

La Roumanie représente le cas le plus flagrant. En novembre 2024, le candidat indépendant eurosceptique et critique de l’OTAN, Călin Georgescu, est sorti vainqueur du premier tour de l’élection présidentielle. Avant que le second tour, que les sondages suggéraient qu’il gagnerait confortablement, puisse avoir lieu, la Cour constitutionnelle a annulé le résultat dans une décision sans précédent, invoquant une prétendue ingérence russe, en particulier une campagne sur les réseaux sociaux sur TikTok soutenant Georgescu. Aucune preuve n’a jamais été fournie. En effet, des documents internes obtenus par la suite par la Commission judiciaire de la Chambre des représentants des États-Unis ont montré que TikTok avait explicitement informé la Commission qu’elle n’avait trouvé “aucune preuve” d’un réseau coordonné inauthentique. Néanmoins, le bureau électoral a par la suite interdit à Georgescu de participer à la nouvelle élection.

Ce qui reste réellement

Comme nous l’avons vu jusqu’à présent, le tableau qui se dégage en y regardant de plus près est très différent de celui brossé par les dirigeants et les médias européens. Bon nombre des cas les plus médiatisés de supposée “guerre hybride” russe – l’avion bloqué de von der Leyen, les coupures de câbles baltes, le crash de DHL à Vilnius, l’incendie d’Heathrow, la vague d’observations de drones qui a balayé l’Europe à l’automne 2025, la campagne roumaine TikTok – se sont avérés être des spéculations amplifiées par les médias qui se sont effondrées après un examen minutieux, les rétractations n’ayant reçu qu’une fraction de la couverture médiatiques qu’avaient reçu les accusations initiales. Beaucoup d’autres n’ont tout simplement jamais été étayés. Là où les drones russes ont manifestement pénétré dans l’espace aérien de l’OTAN, ils l’ont presque toujours fait près de la frontière ukrainienne lors de frappes sur des cibles ukrainiennes voisines, et très probablement par accident – un sous-produit de la guerre voisine plutôt qu’une campagne délibérée contre l’Europe. Et même dans le cas de Leipzig/Halle, l’incident le plus politiquement conséquent à ce jour, le gouvernement allemand n’a encore rendu publique aucune preuve réelle de la responsabilité russe.

En fin de compte, une fois que tous ces “incidents” spéculatifs, non prouvés ou carrément inexistants sont mis de côté, il ne reste qu’une poignée de cas de sabotage démontrable. Sur les centaines d’incidents attribués à la Russie, seul un petit nombre a conduit à des condamnations — et même pour celles-ci, le lien avec l’État russe a rarement été démontré. Les tribunaux ont condamné des recrues de bas niveau, généralement rémunérées ; la preuve de qui a donné les ordres n’a jamais été testée en audience publique, reposait sur des plaidoyers de culpabilité ou n’allait pas plus loin que le contact avec des gestionnaires anonymes sur Telegram. Pour aucun de ces cas un responsable russe n’a été identifié, et encore moins jugé.

La Pologne a obtenu le plus de condamnations, dont 14 membres d’un réseau qui prévoyait de faire dérailler des trains d’aide vers l’Ukraine en 2023 et trois Ukrainiens condamnés en 2025 pour appartenance à un groupe de sabotage. Pourtant, les accusations concernant l’incendie le plus notoire attribué à ce groupe, au centre commercial Marywilska de Varsovie, n’ont été déposées qu’en avril 2026, et les procureurs admettent que l’incendiaire, ainsi que le cerveau présumé ayant ordonné l’attaque depuis la Russie, n’ont pas été identifiés.

L’affaire la plus souvent citée comme preuve d’une campagne russe de colis piégés est encore plus trouble : en juillet 2026, un tribunal a condamné Igor Rogov, un ancien employé de la campagne Navalny ayant obtenu l’asile en Pologne, à sept ans pour avoir espionné des exilés russes pour le FSB, la principale agence de sécurité de Russie, et pour implication dans un colis d’explosifs intercepté en 2024. Le procès s’est déroulé à huis clos – et selon certains rapports, Rogov aurait en fait pu faire partie d’une opération de renseignement ukrainienne faisant entrer clandestinement des composants explosifs en Russie.

Ailleurs, le motif se répète. En Lituanie, un adolescent ukrainien a plaidé coupable de l’incendie criminel d’IKEA à Vilnius, tandis que l’enquête sur son commanditaire se poursuit. En Estonie, la condamnation d’un activiste pour avoir organisé une attaque contre la voiture du ministre de l’Intérieur au nom du GRU, l’agence de renseignement militaire russe, est intervenue sans audience publique. À Londres, les hommes qui ont incendié un entrepôt stockant du matériel Starlink pour l’Ukraine ont été reconnus coupables d’avoir agi pour le groupe Wagner, mais les preuves indiquaient un manutentionnaire contacté sur Telegram, et non un organisme d’État identifiable. Un Colombien qui a incendié des bus de Prague pour 3 000 dollars promis a été condamné sur un accord de plaidoyer qui n’a jamais établi qui était derrière son contact Telegram.

Le seul procès terminé en Allemagne est révélateur. En août, le tribunal de Stuttgart a conclu qu’un organisme d’État russe était à l’origine des colis GPS-tracker envoyés vers l’Ukraine, prétendument pour repérer des cibles et des itinéraires de transport à des fins de sabotage. Le procureur fédéral avait allégué que des colis transportant des engins incendiaires devaient suivre, mais le prétendu complot d’incendie criminel n’a pas pu être prouvé. Parmi les trois accusés ukrainiens, un courrier a été reconnu coupable et condamné à une peine qu’il avait déjà purgée ; les deux autres ont été acquittés. Le même schéma s’applique au cas le plus fréquemment cité dans les capitales occidentales comme preuve de la « guerre hybride » russe : les colis incendiaires qui ont pris feu dans les centres de messagerie de Birmingham, Leipzig et près de Varsovie en juillet 2024. Les enquêteurs pensent que les colis-envoyés de Lituanie et contenant des jouets sexuels, des cosmétiques et des oreillers de massage équipés d’appareils faits maison à base de magnésium-étaient un “essai à vide” dirigé par le GRU pour des attaques sur des vols cargo vers l’Amérique du Nord. Des arrestations ont suivi en Pologne et en Lituanie, et plusieurs suspects ont été accusés d’avoir agi pour le compte des services de renseignement russes. Des procès formels pour terrorisme ont débuté début 2026 à Varsovie et à Vilnius, où les procureurs visent à prouver que l’opération a été orchestrée par les services de renseignement militaires russes.

Pris ensemble, ces cas montrent que de véritables actes de sabotage ont eu lieu, mais alors que les agences de renseignement des capitales occidentales ont tendance à attribuer ces activités hybrides à la Russie, les preuves réelles testées par les tribunaux européens révèlent souvent une réalité opérationnelle de niveau beaucoup plus bas : mandataires rémunérés, gestionnaires numériques anonymes et opérations ambiguës qui aboutissent rarement à établir des liens avérés avec l’État russe. Mais même si la Russie était derrière chacun de ces cas, nous parlerions encore de quelques dizaines d’incidents par an au maximum — aucun d’entre eux n’ayant été mortel, et avec des dommages qui, bien que parfois graves, ont été confinés à des sites individuels. Un véritable problème de contre-espionnage, peut-être, s’il est réel ; mais pas la menace existentielle ou la guerre hybride totale soutenue que les dirigeants européens invoquent régulièrement – et incomparable à la campagne soutenue de frappes de drones que les pays de l’OTAN ont permis au plus profond de la Russie, y compris contre des cibles civiles, en fournissant à l’Ukraine des renseignements et un soutien satellitaire, et de plus en plus les drones eux-mêmes, ainsi que des missiles à longue portée (plus à ce sujet ci-dessous).

Les attaques dont personne ne parle

Mais le trou le plus béant dans l’histoire est peut-être le fait qu’il y a effectivement eu une attaque très grave contre les infrastructures européennes ces dernières années, qui n’a pas été perpétré par la Russie, mais, selon les procureurs allemands eux-mêmes, par l’Ukraine. Je fais référence, bien sûr, à la destruction du Nord Stream en 2022. Que l’on pense qu’elle a effectivement été menée par un groupe ukrainien agissant seul, ou que l’Ukraine fut utilisée pour détourner l’attention du rôle des États-Unis et de l’OTAN dans le sabotage, est hors de propos (personnellement, je suis partisan de cette dernière explication). Une analyse approfondie du sabotage lui-même n’entre pas non plus dans le cadre de cet article. Ce qui importe dans le cadre de la présente discussion, c’est que, même si nous prenons l’histoire officielle pour véridique – qu’il s’agissait d’une opération entièrement ukrainienne – la réaction des gouvernements allemand et d’autres gouvernements de l’UE reste néanmoins choquante : le pays officiellement accusé d’avoir mené le pire cas de terrorisme industriel de l’histoire de l’Europe, dans un complot qui, selon les médias, a été conçu au plus haut niveau de l’État ukrainien, n’a pas été soumis à des sanctions ou à une confrontation politique.; au contraire, on lui a promis un soutien financier et militaire illimité, et on l’a arrosé de centaines de milliards d’euros. Pendant ce temps, l’attaque elle-même a été rapidement balayée sous le tapis – mais pas avant que les médias occidentaux n’essaient, absurdement, de mettre l’attaque sur le dos de la Russie.

Outre le sabotage du Nord Stream, il y a le cas de la bombe qui a explosé à l’entrée d’un immeuble à Monaco en juin, blessant grièvement un magnat ukrainien lié à la Russie et des membres de sa famille. L’auteur présumé de l’attentat, une Ukrainienne, s’est enfuie en Ukraine, où elle a été retrouvée abattue quelques jours plus tard. Bien que l’État ukrainien n’ait pas été formellement impliqué, un officier en service de l’agence de renseignement militaire ukrainienne a d’abord avoué son meurtre (bien qu’il soit revenu plus tard sur ses aveux). Pourtant, cette attaque, elle aussi, a rapidement disparu des gros titres. Il n’est pas difficile d’imaginer comment les dirigeants et les médias européens auraient réagi si l’officier en question avait appartenu au GRU russe.

La vraie guerre hybride

En fin de compte, un examen approfondi du récit de la “guerre hybride russe” ne peut conduire qu’à une conclusion inquiétante. Une « guerre hybride » est en effet menée contre l’Europe, mais elle est menée par l’establishment UE-OTAN lui-même, contre sa propre population. Les Européens sont soumis à une campagne soutenue de guerre cognitive ou psychologique visant à les conditionner à croire que l’Europe est attaquée par la Russie et que ces attaques hybrides sont un prélude aux hostilités conventionnelles ; une affirmation pour laquelle, dans l’ensemble, il y a peu ou pas de preuves. Ce que le dossier montre, en fait, est une campagne délibérée d’inflation des menaces dans laquelle les gouvernements, les médias et les “groupes de réflexion” financés par l’industrie de l’armement se sont entendus pour instiller un sentiment permanent de peur dans la population, à travers une couverture incessante des “incidents”, des “attaques”, des “sabotages” et des “campagnes” qui, dans la plupart des cas, n’existent tout simplement pas. Comme l’a écrit Mihail Evans, chercheur à l’Institut d’études avancées du New Europe College de Bucarest :

Lorsqu’un récit officiellement promu reste incontesté par la majeure partie des médias et est, en effet, activement soutenu, nous sommes dans une situation assez inhabituelle. Quelque chose de similaire s’est produit pendant la pandémie et on pourrait soupçonner que les techniques de gestion des médias perfectionnées à l’époque sont maintenant réutilisées. Dans les deux cas, il y a une tentative de modeler les perceptions et les comportements du public principalement par la peur. […] Après avoir examiné la faible base des allégations de « guerre hybride », nous pourrions commencer à soupçonner qu’il existe effectivement un “manuel” à l’œuvre, mais géré par l’OTAN et l’UE.

En effet, ce conditionnement psychologique s’étend bien au-delà des pages d’actualité. Prenons, par exemple, la sortie presque simultanée de deux longs métrages, au Royaume-Uni et en France, tous deux tournant autour d’un conflit OTAN-Russie. Dans la mini-série documentaire originale In the Sky The Wargame, sortie le mois dernier, des personnalités politiques réelles, telles que Michael Gove et Nicola Sturgeon, doivent réagir en temps réel à une simulation d’attaque russe sur le sol britannique ; pendant ce temps, dans le thriller géopolitique français Jupiter, qui sortira en salles en novembre, un président français nouvellement élu doit décider de lancer une attaque nucléaire unilatérale contre la Russie en réponse à l’ultimatum nucléaire lancé par la Russie contre l’Ukraine. Deux films ne forment pas un complot, mais ils montrent à quel point l’idée de guerre avec la Russie a migré de l’establishment de la sécurité vers le divertissement grand public.

Cui bono ?

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles l’establishment UE-OTAN pourrait avoir intérêt à gonfler sauvagement la menace russe. Pour commencer, il y a une opposition significative et croissante dans de nombreux pays européens à la guerre éternelle en Ukraine – aux sommes considérables qui continuent d’être versées dans le pays et aux coûts économiques de la guerre – et à la campagne de réarmement plus large UE-OTAN, qui, de l’aveu même des dirigeants européens, nécessitera des coupes douloureuses dans l’État providence. Lorsque les Européens observent les forces russes lutter, plus de quatre ans plus tard, pour avancer au-delà de l’est de l’Ukraine, ils pourraient bien se demander pourquoi de telles sommes devraient être dépensées pour défendre le continent contre un pays qui n’a montré ni la capacité ni l’intention évidente de l’attaquer. « C’est là qu’intervient l’idée d’une « guerre hybride » », soutient Evans. “Cela permet de boosters les dépenses de défense en affirmant que la Russie frappe offensivement les nations européennes de manière non conventionnelle et d’impliquer qu’une telle agression secrète pourrait à tout moment provoquer l’ouverture des hostilités”.

Un certain nombre de spécialistes respectés des relations internationales suggèrent que c’est effectivement ce qui se passe. Un rapport de février 2025 de Galvin Wade – ancien Directeur des affaires Russes, baltes et Caucasiennes au Conseil de sécurité nationale des États-Unis – pour l’Institut Letton des affaires internationales soutient que l’emploi du “slogan nébuleux” qu’est la guerre hybride est “motivé autant par la nécessité d’augmenter les budgets de défense et la cohésion décroissante de l’OTAN que d’analyser le comportement de Moscou”. En effet, à la fin de 2025, le commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius, a utilisé la peur (démystifiée par la suite) des « drones russes » pour plaider en faveur d’une augmentation des capacités de contre-drones. “Toute l’Europe est menacée”, a-t-il déclaré, ajoutant : “Les drones russes peuvent frapper la Belgique, les Pays-Bas, la France et plus encore. Depuis les navires, les drones peuvent cibler toutes les côtes d’Europe. Tous les États membres ont besoin de capacités pour détecter les drones”.

Ça a marché. Les allégations de sabotage ont entraîné une augmentation des allocations budgétaires de la défense, y compris un paquet de 250 millions d’euros de la Commission européenne pour les “capacités de drones et de contre-drones”. À l’été 2026, les pays de l’OTAN ont promis 40 milliards de dollars (environ 35 milliards d’euros) pour la même chose. Cela signifie que le secteur militaro-industriel a également tout intérêt à gonfler la menace russe. Comme déjà noté, de nombreux groupes de réflexion prônant le récit de la “guerre hybride”, tels que l’IISS, le CSIS et GLOBSEC, ont tous des liens de financement avec des fabricants d’armes américains et européens qui profitent directement de la guerre en Ukraine et d’une perception exagérée de la menace posée à l’Europe par la Russie. Depuis le début de la guerre en Ukraine, les entreprises de défense américaines ont connu une croissance régulière, tandis que la campagne de réarmement de l’Europe a fortement stimulé les revenus des fabricants d’armes européens. À lui seul, le marché européen des contre-drones devrait quadrupler d’ici 2030. Plus récemment, à la suite du reportage d’El Mundo sur le projet de la Russie de lancer des drones à partir de navires contre les pays méditerranéens (également rapidement démystifié), Robert Brovdi, commandant de l’unité de drones de l’Ukraine, a déclaré au quotidien italien la Repubblica que “L’Italie aussi doit mettre en place sa propre brigade de systèmes sans pilote ; ce sera crucial pour se défendre contre les attaques venant de la mer”.

L’establishment européen de la sécurité et du renseignement bénéficie également du récit de la “guerre hybride russe”. Ce n’est pas un hasard si bon nombre de ces réclamations proviennent des services de sécurité eux-mêmes – des agences qui obtiendront des budgets plus importants ou des pouvoirs plus étendus en raison de la perception d’une menace de sabotage, soulevant des questions évidentes de conflit d’intérêts. Le service de renseignement extérieur allemand, le BND, par exemple, a invoqué le danger du sabotage russe pour lever les restrictions sur ses activités datant de l’après-guerre, et pourrait désormais être autorisé à mener ses propres opérations de sabotage, ainsi que des cyberattaques offensives et un espionnage plus agressif. Aux Pays-Bas, le Premier ministre Rob Jetten a souligné la menace de sabotage lors du dévoilement d’une nouvelle loi sur la sécurité nationale accordant aux agences de renseignement des pouvoirs élargis.

Mais ce n’est pas seulement le complexe militaro-industriel et l’establishment de la défense et de la sécurité qui bénéficieront du spectre toujours présent d’une “menace russe” imminente. Cela fournit également à l’establishment de l’UE un dividende autoritaire plus large, dans la mesure où il est régulièrement invoqué pour justifier les attaques en cours contre les normes démocratiques et la gouvernance de plus en plus autoritaire – de la censure en ligne à la répression de la dissidence et à l’ingérence dans les élections nationales. Il fournit l’ennemi extérieur sans lequel cette consolidation autoritaire serait beaucoup plus difficile à justifier – un état d’urgence permanent, après tout, nécessite une menace permanente. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’establishment de l’UE se montre si résistant à toute désescalade avec la Russie.

Escalade déguisée en défense

Un dernier point mérite d’être mentionné : la manière dont le récit de la “guerre hybride” permet aux gouvernements occidentaux de présenter leur propre escalade contre la Russie comme une simple “réponse” à l’agression russe. En effet, l’amiral Giuseppe Cavo Dragone, président sortant du Comité militaire de l’OTAN, a ouvertement déclaré que l’OTAN envisageait une posture beaucoup plus “agressive” à l’égard des activités secrètes de la Russie – pouvant aller jusqu’à des frappes préventives, qui, selon lui, pourraient être considérées comme une forme “d’action défensive”. Fin septembre, quelques jours seulement après la dernière vague alarmiste de “guerre hybride”, l’Ukraine a lancé plus de 1 000 drones sur la Russie, y compris ce qui a été décrit comme sa plus grande attaque jamais menée contre Moscou. Ce n’était que la dernière d’une campagne soutenue de frappes contre les principales villes de la Russie, son infrastructure stratégique et, par extension, son leadership – une campagne soutenue par les services de renseignement occidentaux, exécutée avec des armes occidentales et désormais soutenue par un engagement explicite du G7 à “accélérer” la livraison de capacités à longue portée. Mais la logique occidentale se renforce d’elle-même : si la Russie devait riposter, sa réponse serait présentée comme la preuve que les avertissements étaient corrects. La logique est si effrontée qu’on ne peut s’empêcher de se demander si les élites occidentales tentent activement de provoquer une réponse russe.

Quoi qu’il en soit, le récit gonflé de la “guerre hybride” sert clairement les intérêts des gouvernements européens et de l’OTAN bien plus qu’une véritable guerre hybride ne servirait ceux de la Russie – sans parler d’une attaque conventionnelle contre l’OTAN. Selon des responsables européens, le sabotage russe vise à affaiblir le soutien européen à l’Ukraine. Pourtant, cela semble beaucoup plus susceptible d’avoir l’effet inverse. Commentant l’incident de Leipzig/Halle, par exemple, le politologue Johannes Varwick a demandé quel intérêt la Russie aurait pour une attaque susceptible de produire “un approfondissement de la perception de la menace en Allemagne donc un engagement plus fort à soutenir l’Ukraine”. « N’importe quel planificateur russe aurait reconnu qu’une provocation matériellement sans conséquence nuit finalement à la Russie et profite à l’Ukraine« , a-t-il ajouté. « La question est donc : cui bono ? ».

De Gladio à aujourd’hui

Exactement : cui bono? A qui profite le crime ? Cela entraine une question inquiétante : étant donné ce que les gouvernements européens et l’OTAN ont investi – et en sont venus à dépendre – du récit de la « guerre hybride » et de l’idée que la Russie est une menace existentielle pour l’Europe, continueront-ils à se limiter à gonfler une menace qui a peu de fondement dans la réalité ? Ou pourraient-ils à un moment donné se sentir obligés d’aller plus loin ? Il y a, après tout, un précédent historique impliquant l’OTAN. En octobre 1990, le Premier ministre Giulio Andreotti a confirmé au Parlement italien l’existence de “Gladio” : un réseau paramilitaire secret, établi au début de l’après-guerre dans divers pays de l’OTAN sous les auspices de l’OTAN avec la participation de la CIA, équipé de stocks d’armes cachées et maintenu pendant quatre décennies en dehors de tout contrôle parlementaire. La résolution du Parlement européen de novembre 1990 décrivait une organisation qui avait « échappé à tout contrôle démocratique » et avait été impliquée, « comme en témoignent diverses enquêtes judiciaires », dans de graves affaires de terrorisme dans certains États membres.

Des enquêtes parlementaires ont suivi en Italie, en Belgique, en Suisse et en Allemagne. En Italie, ces enquêtes ont abouti aux conclusions les plus nettes. Une décennie plus tard, un rapport des membres de la commission parlementaire sur les massacres concluait qu’une “stratégie de la tension” – explosions de bombes touchant des civils dans des lieux publics, imputée à la gauche pour effrayer l’électorat et le pousser vers la droite anticommuniste – avait été “organisée ou promue ou soutenue par des hommes à l’intérieur des institutions de l’État italien et, comme cela a été découvert plus récemment, par des hommes liés aux structures du renseignement américain”. C’est ce que l’on appelle communément aujourd’hui un faux drapeau : une opération secrète conçue pour dissimuler qui est vraiment responsable et rejeter la faute sur quelqu’un d’autre. Il est donc curieux que des responsables européens et de l’OTAN aient eux-mêmes accusé la Russie de planifier des attaques sous fausse bannière. Cela pourrait-il préparer le public à un scénario dans lequel une attaque ne porterait aucune trace de la Russie — et serait néanmoins imputée à Moscou précisément pour cette raison, comme un “faux drapeau russe” ?

Une prophétie auto-réalisatrice

Quelle que soit la réponse, un danger est déjà clair : celui d’une prophétie auto-réalisatrice. Un récit qui présente chaque tir, observation de drone ou câble endommagé comme un acte de guerre ne se contente pas de mal décrire la réalité ; il commence à la remodeler. Les gouvernements qui ont passé des années à dire à leurs citoyens qu’ils étaient déjà en guerre contre la Russie se laissent peu de place pour la retenue lors du prochain incident – et les incidents continueront d’arriver, qu’ils soient causés par des drones déréglés par la guerre électronique, par des oiseaux, par une erreur de pilotage ou par un véritable sabotage. La Pologne modifie ses règles d’engagement afin que les pilotes puissent ouvrir le feu sur la seule base des données radar ; les hauts responsables militaires de l’OTAN discutent ouvertement de frappes préventives ; les frappes de l’Ukraine au plus profond de la Russie, permises par les renseignements et les armes occidentaux, ne cessent de s’intensifier. Chaque étape est présentée comme une réponse à l’agression russe. Vu de Moscou, tout cela ressemble à la confirmation que l’OTAN se prépare à la guerre – et les contre-mesures de Moscou, à leur tour, seront lues dans les capitales européennes comme la preuve que les avertissements étaient corrects depuis le début.

C’est le dilemme de sécurité classique, et dans un tel climat, il suffirait de très peu de choses – un drone mal identifié, une piste radar mal interprétée, un incident attribué à la Russie avant que les faits ne soient établis – pour qu’une “guerre hybride” qui existe en grande partie sur le papier se transforme en une véritable guerre entre puissances nucléaires. C’est le danger ultime de la stratégie actuelle de la tension : non seulement elle exagère une menace, mais en l’exagérant suffisamment longtemps, elle peut finir par la créer. Pour éviter ce résultat, il faut précisément ce que les gouvernements européens ont jusqu’à présent refusé d’offrir : des preuves avant les accusations, des corrections rendues autant publiques que les accusations qu’ils rétractent et une volonté de parler à Moscou plutôt que de parler de Moscou.

Publié à l’origine par  Thomas Fazi 

Traduction:  Le Saker Francophone

Rutte se laisse aller : « presque certain », cela suffit pour attribuer la responsabilité à la Russie !

By: A A
15 October 2026 at 16:00

Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a exhorté les États membres à attribuer à la Russie la responsabilité de tout incident jugé suspect, même en l’absence de preuves irréfutables. Il a par ailleurs salué une récente accusation portée par l’Estonie à l’encontre de son voisin oriental et a invité les autres nations à suivre cet exemple.

Paolo Hamidouche

Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a exhorté les États membres à attribuer à la Russie la responsabilité de tout incident jugé suspect, même en l’absence de preuves irréfutables. Il a également salué une récente accusation portée par l’Estonie contre son voisin oriental et a invité les autres nations à suivre cet exemple.

Lors d’une conférence de presse conjointe tenue il y’a une semaine avec le Premier ministre lituanien Mindaugas Sinkevicius, M. Rutte a encouragé l’imputation publique de responsabilités concernant ce qu’il a qualifié d’« activités malveillantes dans la zone grise », généralement attribuées à la Russie par les membres de l’OTAN.

« Vous avez entendu hier le Commandant suprême allié dire : « Hé, quand vous le pouvez, quand vous êtes sûrs qu’il s’agit des Russes, ou presque sûrs que ce sont les Russes, attribuez-le aux Russes » – exactement comme l’a fait l’Estonie aujourd’hui. J’apprécie cela », a déclaré M. Rutte.

Lundi passé, le commandant suprême allié de l’OTAN en Europe, Alexus Grynkewich, a décrit l’attribution publique de ce type d’incidents à la Russie comme un « moyen de dissuasion » face à la « menace russe » présumée, lors d’une intervention devant une commission du Parlement européen. M. Rutte est connu pour sa position fermement anti-russe ainsi que pour son soutien ardent à Kiev dans le conflit qui l’oppose à Moscou. La semaine dernière, lors d’un événement organisé par le Chicago Council on Global Affairs dans l’Iowa, il a proposé d’aider à « protéger les États-Unis contre les menaces de la Russie ». Durant la conférence de presse conjointe avec M. Sinkevicius, il a par ailleurs soutenu que l’Alliance devait faire « encore plus pour l’Ukraine, et non moins ».

« Et je suis tout à fait d’accord. Quant à votre deuxième question, non, je ne dis pas que ces activités malveillantes dans la « zone grise » sont sans impact. Elles peuvent avoir un impact, et c’est parfois le cas, manifestement. Ce que je dis, c’est que nous disposons de toutes les options de réponse, parfois visibles, parfois non – pas toujours publiques, ni systématiquement fondées sur le principe du « œil pour œil ». Hier, vous avez entendu le Commandant suprême allié dire : « Hé, lorsque c’est possible, lorsque vous êtes sûrs qu’il s’agit des Russes, ou presque sûrs que ce sont eux, attribuez-leur la responsabilité » – exactement comme l’a fait l’Estonie aujourd’hui. Je m’en réjouis. Et partagez également toutes les informations dont vous disposez, en tant qu’Alliés, avec l’OTAN, le SHAPE et l’équipe du Commandant suprême allié, afin d’avoir une vue d’ensemble de la situation. Les options de réponse existent donc. Nous faisons ce qui est nécessaire, et les Alliés peuvent réellement apporter leur aide en attribuant la responsabilité, mais aussi en veillant à ce que nous ayons une vision globale de la situation. C’est exactement ce que nous faisons, dans un esprit de calme et de détermination. Nous sommes plus forts, et ils le savent. »

Et pendant ce temps, avec un « presque certain » de la part de Rutte, nous pourrions bientôt nous retrouver en guerre contre une puissance nucléaire…

Publié à l’origine par Divergence politique

La Chine est-elle le nouveau centre du monde ?

By: A A
14 October 2026 at 17:05

par Alvaro GARCIA LINERA

En 1858, Karl Marx avait prédit l’ascension de l’Asie au rang de centre du capitalisme. Aujourd’hui, la Chine confirme sa prophétie en occupant une position dominante dans l’économie mondiale (19,9% du PIB mondial en PPA) et dans le secteur industriel : elle est en tête dans 7 des 10 industries les plus avancées, dans la transition énergétique et dans la fabrication de haute technologie. Sa croissance a multiplié son économie par 54 depuis 1990 grâce à la planification et aux investissements de l’État. Bien que les États-Unis conservent la primauté du dollar et de leurs bases militaires, la Chine est le plus grand créancier mondial et la puissance décisive. L’article conclut en critiquant l’aveuglement des élites latino-américaines qui se tournent vers des puissances en déclin.

En 1858, Karl Marx s’était penché sur la marginalisation imminente de l’Europe et des États-Unis face à l’expansion du capitalisme en Asie. Dans une lettre adressée à Engels, il exprimait sa crainte qu’une future révolution européenne ne soit géographiquement réduite à un «petit coin» du monde, compte tenu de la montée de la société bourgeoise dans de vastes régions de la planète telles que la Chine, le Japon, l’Australie et la Californie (Œuvres complètes, vol. 40).

Nous étions au milieu du XIXe siècle, marqué par la domination mondiale absolue de l’Empire britannique, l’élan de la première révolution industrielle — la puissance de la vapeur, l’industrie textile — et la présence des États-Unis en tant que puissance intermédiaire fournissant du coton aux grandes usines de Manchester. Mais au-delà de tout cela, Marx voyait en Asie, et en Chine en particulier, la formation embryonnaire du nouveau cœur du capitalisme mondial.

Cent soixante-huit ans se sont écoulés, et les prédictions de Marx ont été confirmées par l’histoire. Aujourd’hui, la Chine est la plus grande économie de la planète. En mesurant le PIB en parité de pouvoir d’achat (PPA) — ce qui élimine les distorsions liées aux taux de change du marché et aux différences de coût de la vie —, le FMI estime que l’économie chinoise représente aujourd’hui 19,9% de l’économie mondiale, tandis que celle des États-Unis atteint 14,5% et celle de l’Union européenne (UE), 14%. En 1990, le PIB de la Chine ne représentait que 3% du total mondial, celui des États-Unis 19% et celui de l’Europe 23% (IMF DataMapper, 2026). Si l’on prend en compte l’ensemble de l’Asie, le PIB du continent atteint 49% du total mondial.

Cela n’a rien de surprenant. En 1700, l’économie asiatique représentait 60% de l’économie mondiale, tandis que celle de l’Europe atteignait un peu moins de 30% et celle de l’ensemble des États-Unis, 3% (Piketty, Le Capital au XXIe siècle, p. 76). À cette époque, le revenu moyen d’un Chinois était similaire à celui d’un habitant des Pays-Bas, alors leader commercial et financier de l’Europe. La colonisation européenne de l’Asie a détourné cette trajectoire pendant 200 ans, et aujourd’hui, ce continent est à nouveau à la tête de l’économie mondiale.

Mais la Chine n’est pas seulement en tête aujourd’hui en termes de taille de son PIB, mais aussi en ce qui concerne les fondements matériels sous-jacents de la puissance du pays.

En ce qui concerne la valeur ajoutée manufacturière, la Chine génère 29% du total mondial, tandis que les États-Unis et l’Union européenne y contribuent chacun à hauteur de 17% (Statista Research, 2025). On estime que d’ici 2030, cette part atteindra 45% (ONUDI, 2024). Ce leadership ne se limite pas à la fabrication de masse de jouets ou d’appareils électroménagers, mais s’étend également aux domaines des technologies de pointe et à la maîtrise de l’ensemble de la chaîne de valeur des produits. L’Information Technology and Innovation Foundation (ITIF) — un groupe de réflexion américain — montre que la Chine est déjà leader dans 7 des 10 industries les plus avancées au monde : les systèmes informatiques et électroniques, les produits chimiques, les machines et équipements, les métaux de base, les véhicules à moteur, les produits métalliques transformés et les équipements électroniques. De leur côté, les États-Unis occupent la première place dans la production de technologies de l’information et de services — en particulier la conception de puces d’IA —, dans le secteur pharmaceutique et dans d’autres secteurs des transports (ITIF, 2026).

En 2024, la Chine a fabriqué 86% des panneaux solaires mondiaux, 80% des batteries électriques, 72% des voitures électriques, 64% des smartphones, 54% des robots industriels et 49% des drones (El País, 25 septembre 2026).

En matière de consommation d’électricité, l’essor de la Chine a été spectaculaire. En 1990, la Chine consommait moins de 1 000 térawattheures (TWh), tandis que les États-Unis en consommaient 3 000 TWh. En 2025, la Chine a atteint 10 300 TWh, tandis que la consommation des États-Unis stagne depuis 20 ans autour de 4200 TWh (EIA, 2026).

De plus, la Chine est le premier «État électrique» au monde, étant à la fois le plus grand investisseur et le plus grand producteur mondial d’énergies alternatives. Elle a réussi à réduire le coût de production de l’énergie solaire de 350 dollars par MWh en 2016 à 35–60 dollars par MWh d’ici 2025. Ce coût est inférieur à celui de l’électricité produite à partir du gaz en cycle combiné (60–120 dollars par MWh) ou du charbon (71–170 dollars par MWh) (Lazard, LCOE, 2026).

La Chine est un pays qui ne produit pas de pétrole et qui, au cours du siècle dernier, a été l’un des plus grands extracteurs de charbon pour la production d’énergie. Cependant, au cours de la dernière décennie, c’est le pays qui a le plus contribué à la transition énergétique mondiale. Sa capacité installée de production d’énergie solaire s’élève aujourd’hui à 1175 TWh, alors que le reste du monde ne produit à lui seul que 1600 TWh (Statista, avril 2026). Aujourd’hui, la Chine dispose d’un complexe de production dont la capacité annuelle de fabrication de panneaux solaires s’élève à 1200 TWh, de sorte qu’en moins de 10 ans, une fois les problèmes de stockage et de transport surmontés, elle pourrait fabriquer suffisamment de panneaux pour enrayer le changement climatique (Tooze, 19 septembre 2025). Aucun pays au monde ne possède aujourd’hui une telle capacité de restauration écologique à l’échelle mondiale.

Dans l’ensemble, la croissance de l’économie chinoise représente entre 25% et 30% de la croissance de l’économie mondiale. De 1990 à 2025, la croissance moyenne de son PIB a été de 8,5%, atteignant 14% certaines années, bien qu’elle se soit stabilisée ces dernières années autour de 5%. Ce développement sans précédent lui a permis de multiplier la taille de son économie par 54 depuis 1990, alors que les États-Unis l’ont multipliée par 5,1 et l’Union européenne par 2,9 au cours de la même période (Banque mondiale, données ouvertes, 2026).

Grâce à une combinaison mûrement réfléchie d’ouverture aux investissements étrangers, de transferts de technologie, de soutien à l’investissement privé national et de création d’entreprises publiques dans des secteurs stratégiques de l’économie, la Chine a atteint cette position de leader tout en maintenant un taux d’investissement annuel qui, depuis plus de deux décennies, oscille entre 35% et 45% du PIB. À titre de comparaison, ce taux s’est établi à environ 17% aux États-Unis et à 22% dans l’Union européenne.

Sur le plan commercial, de 1990 à 2025, la Chine a accumulé un excédent commercial de 9 700 milliards de dollars. Pour la seule année 2025, alors que les États-Unis avaient déclaré une guerre commerciale, cet excédent a atteint 1100 milliards de dollars (BBC, janvier 2026). De plus, comme dans toutes les économies développées, la dette publique est élevée. Pour 2025, elle est estimée à 120% du PIB, un chiffre très proche des 125% des États-Unis (FMI, 2026). À cette différence près que la totalité de la dette chinoise est contractée en yuan auprès de banques d’État chinoises, tandis que la majeure partie de la dette américaine est détenue par des investisseurs privés et des gouvernements étrangers.

Ces flux de revenus ont permis à la Chine de devenir le premier créancier bilatéral mondial, devant la Banque mondiale ou le FMI. De 1990 à 2025, la Chine a accordé des prêts commerciaux d’une valeur de 2200 milliards de dollars, notamment aux États-Unis (AidData, novembre 2025). Ce chiffre est déjà supérieur aux 1300 milliards de dollars que, sur la même période, les États-Unis ont versés à titre d’aide militaire et économique à leurs pays alliés (USAFacts, septembre 2026). Ainsi, alors que la Chine a mis en place une infrastructure mondiale pour l’approvisionnement en matières premières et la distribution de marchandises (la «Route de la soie»), les États-Unis ont maintenu des armées et des dirigeants soumis à leurs desseins politiques.

Malgré toute cette puissance économique, la Chine — contrairement à ce qu’ont fait les États-Unis au XXe siècle et, avant eux, le Royaume-Uni — n’a pas encore établi l’hégémonie mondiale de sa monnaie, n’a pas déployé de bases militaires pour garantir sa suprématie politique, et n’exporte pas non plus sa culture ou son système politique comme un modèle à imiter par le reste des pays.

Aujourd’hui, le dollar continue de remplir la fonction de monnaie de réserve mondiale pour 85% des opérations de change mondiales, représente 58% des réserves internationales des banques d’États et sert de monnaie de règlement au sein du système SWIFT pour la plupart des paiements internationaux (BRI, 25 février 2026). Mais sur le plan intérieur, la Chine a déjà créé le deuxième plus grand marché obligataire au monde, évalué à 28 000 milliards de dollars, derrière celui des États-Unis, qui représente 61 000 milliards de dollars (Deutsche Bank, juillet 2026). De même, elle compte trois des dix centres financiers les plus importants au monde (Shanghai, Hong Kong et Shenzhen) et a lancé le système CIPS comme alternative pour les paiements internationaux.

Quant aux bases militaires à l’étranger, la Chine en possède trois, contre 750 pour les États-Unis, et, pour l’instant, elle ne semble pas intéressée par l’exportation de son modèle d’organisation politique appelé «socialisme aux caractéristiques chinoises». Quant à l’expansion culturelle, elle n’en est qu’à ses débuts — jeux vidéo, esthétique asiatique, plateformes de vente en ligne rapides —, alors que le marché intérieur gagne en importance pour la croissance économique. Aux États-Unis, la consommation des ménages représente 69% du PIB ; en Chine, 40% (Banque mondiale, 2026). À titre de comparaison, il y a vingt ans, le rapport entre le revenu par habitant de la Chine et celui des États-Unis était de 1 pour 20. Aujourd’hui, ce rapport est de 1 pour 3,5. Dans moins de 50 ans, il sera de 1 pour 1 (Milanovic, 2026). Tout indique que le «Grand Renouveau du pays chinois», par lequel ses dirigeants envisagent le rétablissement de la grandeur mondiale de leur pays, ne se mesure pas à l’aune de la précipitation de quelques décennies, mais à celle de la patience obstinée de plusieurs siècles.

Il ne fait aucun doute que la Chine est déjà aujourd’hui le centre du monde. Et, face à cela, il est tout simplement pathétique de voir les élites réactionnaires d’Amérique latine chercher désespérément à obtenir un visa américain ou acheter un appartement à Madrid pour rehausser leur statut de «modernes». Elles courent dans tous les sens, hébétées, à la poursuite des mirages de pays qui ne sont désormais plus que de «petits coins» du monde.

Publié à l’origine par  China Beyond the Wall

Traduction:  Reseau International

Diesel et crise diplomatique : Poutine durcit le ton, Zelensky pète uncâble et Trump exige sa tête

By: A A
13 October 2026 at 17:05

par Russia TRUTH

Une succession rapide de manœuvres diplomatiques a permis à Donald Trump d’être publiquement réhabilité, à Vladimir Poutine de garder le contrôle stratégique total et à Volodymyr Zelensky de sombrer dans une rage sans bornes :

• L’accord bilatéral sur le diesel : La Maison Blanche et le Kremlin ont conclu un accord en vertu duquel le Trésor américain accorde une dérogation renouvelable aux sanctions sur les exportations russes de diesel jusqu’au 7 avril 2027. En contrepartie, Moscou a accepté de lever son interdiction temporaire d’exportation nationale de distillats moyens, apportant ainsi un soulagement immédiat, tant psychologique que concret, à un marché mondial du diesel mis à mal par les interdictions de transport maritime imposées au Moyen-Orient.

• L’effondrement du mythe de la «trêve énergétique» : Les rumeurs relayées par les médias occidentaux alléguant que Moscou aurait accepté une cessation provisoire des frappes aériennes et des tirs de missiles sur le réseau électrique ukrainien en échange d’un allègement plus large des sanctions ont été totalement discréditées. La position russe reste inébranlable : pas de cessez-le-feu provisoire ni sur terre, ni en mer, ni dans les airs.

• Moscou suspend officiellement les négociations : Lors d’un point presse officiel rendant compte du sommet téléphonique entre Poutine et Trump, le conseiller du Kremlin en matière de politique étrangère, Youri Ouchakov, a lancé une bombe diplomatique : la Russie a officiellement révoqué sa décision de septembre dernier de reprendre les négociations trilatérales avec Washington et Kiev. Invoquant les tentatives d’attaques par drones menées par l’Ukraine contre des bureaux de vote russes lors des élections à la Douma d’État, Poutine a informé Trump que le processus de négociation est suspendu indéfiniment tandis que les forces russes progressent sur l’ensemble du front.

• Rupture entre Washington et Kiev : Axios a confirmé que Donald Trump a personnellement adressé six exigences distinctes à Zelensky, lui ordonnant de mettre immédiatement fin aux raids de drones ukrainiens visant les raffineries russes. Zelensky a défié ces six exigences. Piégé par la dépendance de son pays aux financements occidentaux, Zelensky s’en est ouvertement pris à Trump, qualifiant le dialogue entre Washington et Moscou de «trahison en coulisses» et accusant la Maison Blanche d’utiliser les réunions à Miami comme écran de fumée pour traiter directement avec le Kremlin.

1. La transaction sur le diesel : un levier stratégique négocié contre un répit électoral

L’accord conclu entre Washington et Moscou est présenté par la Maison Blanche comme une avancée majeure. En réalité, cet accord marque le recul logique d’une puissance hégémonique surendettée, confrontée aux réalités économiques à l’approche des élections de mi-mandat de novembre :

• Le mécanisme de la dérogation : tout comme le Trésor américain a discrètement délivré des licences renouvelables pour permettre aux raffineries indiennes d’acheter du pétrole brut russe acheminé par voie maritime à la suite des premières escalades dans le golfe Persique en février, Washington a de nouveau accordé une dérogation d’urgence pour le diesel russe. Confronté à la réalité des pénuries de diesel agricole et routier, Trump a cédé sur ce que son dispositif de sanctions s’efforçait d’empêcher depuis des années.

• Le levier calculé de Novak : le vice-premier ministre russe Alexandre Novak a signalé il y a plusieurs semaines que les stocks nationaux de diesel en Russie affichent un excédent, la récolte agricole de cette année étant suffisante et comparable à celle de l’année dernière. L’interdiction russe des exportations, loin d’être un acte de désespoir déclenché par les frappes de drones ukrainiens, constituait un instrument de levier géopolitique. Moscou a retenu les distillats hors du marché jusqu’à ce que Washington soit contraint de négocier un assouplissement des sanctions.

• L’arithmétique du réel : comme l’ont démontré les analystes énergétiques, les volumes de diesel exportables par la Russie couvrent environ neuf jours de consommation intérieure américaine. Le véritable moteur de la crise énergétique mondiale reste le blocus du golfe Persique et de la mer Rouge. Pourtant, en acceptant de libérer ce volume, Moscou a obtenu une concession politique majeure de la part de Trump tout en démontrant aux pays du Sud que les régimes de sanctions occidentaux sont mis de côté dès que les prix intérieurs menacent une élection américaine.

2. Le point presse d’Ouchakov : la Russie claque la porte des négociations

La révélation géopolitique cruciale du jour provient du compte-rendu officiel de Youri Ouchakov sur le sommet téléphonique Poutine-Trump.

Pour la première fois depuis le lancement de l’opération militaire spéciale en 2022, la Fédération de Russie a officiellement et publiquement retiré son offre de pourparlers diplomatiques :

Poutine expose à Trump la doctrine russe durcie :

Les tentatives du régime de Kiev de perturber notre processus démocratique par des attaques terroristes contre des bureaux de vote ont réduit à néant toute possibilité de négociations. Nos forces armées détiennent l’initiative et avancent avec assurance. C’est à nous de déterminer si et quand des pourparlers auront un sens.

Il s’agit là d’un tournant décisif.

Tout au long du conflit, Moscou a maintenu une position cohérente : nous restons ouverts à un règlement politique et diplomatique selon nos conditions.

En lançant des attaques massives de drones contre les capitales provinciales russes et les bureaux de vote pendant les élections à la Douma, Bankova a fait le jeu de l’état-major russe.

Poutine a profité de cet incident pour mettre définitivement fin à cette voie de négociation, informant Trump que la Russie n’envisagera pas de discussions trilatérales tant que ses forces auront l’initiative opérationnelle totale.

Selon Ouchakov, Trump n’a pas réagi ; il a promis d’envoyer des «signaux» fermes à la délégation ukrainienne qui attendait à Miami.

3. Le coup de folie de Bankova : six défis, l’arnaque des 27 milliards d’euros et la rupture de Séoul

À Kiev, la prise de conscience que Donald Trump négocie des accords énergétiques directement avec Vladimir Poutine a provoqué une réaction démesurée de la part de Volodymyr Zelensky :

• Les six exigences : un reportage d’Axios a confirmé que la Maison Blanche a émis six directives distinctes à l’intention de Bankova, ordonnant la fin immédiate des attaques contre les infrastructures de raffinage russes. La motivation de Trump est purement intéressée : chaque frappe contre un craqueur de catalyseur russe fournit aux traders de Wall Street un prétexte pour faire grimper les cours à terme du diesel. Zelensky a rejeté toutes ces directives. Mettre fin aux frappes reviendrait à admettre que toute la campagne estivale de drones n’a abouti à aucun résultat stratégique.

• Le racket des 27 milliards d’euros : les dirigeants ukrainiens ne peuvent se permettre d’arrêter l’offensive de drones, car celle-ci constitue leur principal argumentaire utilisé pour extorquer des fonds à Bruxelles. Des responsables du ministère ukrainien de la Défense ont récemment déclaré que sans 27 milliards d’euros de subventions européennes immédiates, le montage de drones sur le territoire national serait interrompu. En déployant des munitions volantes pour incendier des réservoirs de stockage périphériques dans des villes de province russes, Bankova fabrique des images destinées à persuader des dirigeants européens comme Friedrich Merz et Ursula von der Leyen de continuer à faire affluer l’argent des contribuables dans les caisses du régime.

• La crise diplomatique avec Séoul : l’irritabilité diplomatique de Zelensky s’est étendue au-delà de Washington. Après la capture de deux soldats nord-coréens dans la région frontalière de Koursk, un accord a été conclu avec Séoul pour transférer secrètement les prisonniers en vue de les interroger. Ignorant la demande explicite de confidentialité formulée par la Corée du Sud pour éviter tout conflit avec Pyongyang, Zelensky a annoncé publiquement l’opération à des fins de relations publiques. Lorsque Séoul a protesté, Bankova a refusé de présenter des excuses, déclenchant une rupture diplomatique sans précédent qui a abouti au retrait par la Corée du Sud de son ambassadeur à Kiev — s’aliénant inutilement un partenaire qui avait fourni plus de 500 000 obus d’artillerie de 155 mm pour la campagne de 2023.

4. Le théâtre de la décapitation : sous-stations, centres de la SBU et le «Collegium» de Surovikin

Tandis que les diplomates échangent leurs reproches, la campagne aérienne stratégique russe contre Kiev est entrée dans une phase opérationnelle meurtrière :

1. La destruction du réseau électrique : des observateurs indépendants du secteur électrique confirment que les frappes russes sur la sous-station de Kievska de 750 kV et les nœuds de transformation du nord ont contourné les boucliers de protection en béton en ciblant les transformateurs de réduction de tension, les disjoncteurs et les parcs de refroidissement. Toute la rive droite (moitié ouest) de Kiev reste plongée dans une coupure d’électricité totale. Le réseau de métro étant à l’arrêt et les pompes de relevage d’eau à haute pression hors service, l’assainissement municipal a cessé de fonctionner, provoquant des refoulements d’eaux usées généralisés dans tout le centre administratif.

2. Les ogives coupe-câbles : les Forces aériennes russes (VKS) ont introduit des sous-munitions spécialisées, déployées par des appareils Geran-4 à propulsion à réaction, conçues spécifiquement pour sectionner les lignes aériennes à haute tension. En coupant les lignes reliant la production nucléaire de base de l’ouest à Kiev, les forces russes s’assurent que, même si les transformateurs des sous-stations sont réparés, le courant ne puisse physiquement atteindre la capitale.

3. Le collège de Surovikin : des sources militaires faisant autorité confirment que, bien que le chef d’état-major général Valery Gerasimov conserve officiellement le commandement suprême, le général Sergei Surovikin dirige activement la campagne d’interdiction et de destruction des infrastructures sur l’ensemble du théâtre d’opérations, à la tête d’un collège restreint de généraux supérieurs, dont Andrey Mordvichev et le vice-ministre de la Défense Yunus-Bek Yevkurov. Les caractéristiques de ce groupe de commandement — blocus systématique des ponts, ciblage méthodique des nœuds administratifs du SBU et publication de coupes architecturales du bunker souterrain de Zelensky situé sous la rue Bankova — indiquent une opération destinée à rendre la capitale fonctionnellement inhabitable pour le régime.

5. Usure sur le front : Dobropillya nettoyée, mines saisies, poches encerclées

Sur le terrain, les formations interarmes russes progressent à un rythme accéléré à travers les dernières lignes de fortifications ukrainiennes :

• La prise d’assaut de la mine de Dobropilska : le ministère russe de la Défense a confirmé que des groupes d’assaut de la 51e armée interarmes et des formations spécialisées d’infanterie de marine ont nettoyé les secteurs ouest de Dobropillya, pénétrant dans les galeries fortifiées de la mine de charbon de Dobropilska. Plus de 82 structures fortifiées ont été nettoyées en l’espace de 24 heures. La prise des imposants terrils de la mine offre aux observateurs d’artillerie russes un contrôle de tir direct et panoramique sur les lignes arrière de Druzhkivka.

• La liquidation des poches de résistance du nord : dans le nord-est de l’oblast de Kharkiv, les dernières poches de résistance du groupement frontalier ukrainien, fort de 1 700 hommes, ont été éliminées. Les forces russes ont libéré les hameaux centraux de la région, déplaçant ainsi le centre de gravité opérationnel du Groupe de forces Nord vers l’encerclement direct du nœud logistique de Velykyi Burluk. Au nord de Soumy, les positions avancées ukrainiennes le long des lisières de forêt se sont effondrées, rapprochant les détachements russes avancés à portée d’artillerie des limites municipales de Soumy.

• Le couloir mortel du Dniepr méridional : à Zaporijia, la fermeture du pont de Vantovyi (Khortytsia) a transformé les voies d’approvisionnement de la rive est en champ de bataille meurtrier. Les opérateurs de drones FPV russes, bénéficiant d’une ligne de visée ininterrompue au-dessus des fonds asséchés du réservoir de Kakhovka, ont établi un contrôle total des tirs sur tout le trafic routier tentant de renforcer le front sud.

Le crépuscule de la guerre par procuration

Les événements du 10 octobre 2026 marquent la fin d’une époque dans l’art de gouverner moderne :

• Donald Trump a obtenu sa dérogation temporaire sur le diesel pour protéger ses arrières sur le plan politique intérieur, reconnaissant ainsi que l’arme unipolaire des sanctions est inopérante.

• Vladimir Poutine a fait savoir que la Fédération de Russie ne se prêtera plus au jeu des négociations trilatérales théâtrales alors que ses soldats traversent les lignes défensives ukrainiennes.

• Et à Kiev, Volodymyr Zelensky est confiné dans une capitale plongée dans l’obscurité et envahie par les eaux usées — hurlant des insultes à ses protecteurs américains, rompant ses liens avec ses fournisseurs asiatiques et regardant ses brigades d’élite périr dans les tourbières du Donbass.

La transaction est conclue. Les illusions sont brisées.

Le maître impérial a conclu son accord parallèle sur le carburant, son mandataire a été abandonné à son sort, et la machine militaire souveraine de la Fédération de Russie achève méthodiquement la guerre dans la steppe eurasienne.

Publiéà l’origine par RussiaTruth 

Traduction:  ReseauInternational

Piratage de Élysée par l’israël et pseudo alerte russe : qui est vraiment la menace ?

By: A A
12 October 2026 at 16:00

Le Libre Penseur

Vendredi 18 septembre 2026, Emmanuel macron réunit à l’Élysée chefs de partis et candidats à la présidentielle de 2027. Les patrons de la DGSE et de la DGSI sont là, la situation est grave ! Il affirme que la menace hybride russe s’intensifie : drones, cyberattaques, sabotages… La fin du monde ! Il cite Leipzig, où un drone chargé d’explosifs a été trouvé près d’un avion-cargo. Il ordonne un plan de protection des infrastructures critiques. Le message est clair, le pays doit se tendre. Cette mise en scène de tension sert à éviter le bilan et à peser sur le climat électoral. Point.

Georges Malbrunot va par contre citer un agent du renseignement français (DGSI). La menace existe oui, mais macron la surestime largement, c’est du vent. Aucun nouvel épisode n’aurait été détecté ces dernières semaines. Pourquoi sortir cela maintenant ? Sauf stratégie de communication avant la présidentielle, en visant Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

L’agent ajoute autre chose. Poutine serait acculé en Ukraine, il perd beaucoup d’hommes. Des renforts nord-coréens arrivent et en Afrique, la logistique russe coince. Selon lui, mieux vaudrait frapper les télécoms russes que multiplier les discours. Il décrit aussi une offensive des services vers les médias pour appuyer la communication de l’Élysée. De la pure propagande bidon et grossière comme on en a l’habitude depuis 9 ans de macronisme dégénéré.

D’autant que ce n’est pas la première fois que macron ment concernant la menace russe, c’est un multi récidiviste. Il nous avait déjà fait le coup des cyberattaques des hôpitaux ! Pourtant les médias complices corrompus continuent de diffuser ses fake news sans aucun regard critique ou analyse sérieuse !

Malbrunot et la GDSI sur la menace russe

Le même jour, Poutine répète que la Russie n’a aucune intention agressive envers l’Europe. Aucun fondement, dit-il. Moscou serait prêt à rétablir des relations. Il ajoute : laissez-nous vivre en paix, sinon nous réagirons. On entend pourtant depuis des années que Poutine est mourant : multi cancers, tremblements, rumeurs de décès… Il a 73 ans certes mais il apparaît encore, il est allé en Inde. Rien de public ne prouve une mort imminente.

On dit aussi qu’il perd la guerre. En septembre 2026, c’est une guerre d’usure. La Russie avance peu et cher. L’Ukraine frappe Moscou et des raffineries. Ni effondrement russe ni victoire nette. Imaginer une attaque des 27 pays de l’UE est d’une grande absurdité et totalement contradictoire avec le discours dominant.

Deux jours plus tôt, Challenges révèle un autre fait. Le téléphone de Dora Cattuti, conseillère Afrique du Nord et Moyen-Orient à la cellule diplomatique de l’Élysée, aurait été piraté ; l’opération est attribuée au Mossad. Le logiciel espion a été mis en place via un faux mail de l’Autorité palestinienne. Découvert lors d’un contrôle de sécurité. L’Élysée parle d’inexactitudes et ne confirme pas. Le Quai d’Orsay se tait car il n peut pas sanctionner Tel-Aviv. Ce n’est pas une première : Pegasus, outil israélien, a déjà ciblé des responsables français. Paris avait même étudié son achat avant d’y renoncer.

Cette nouvelle affaire est d’autant plus grave qu’elle n’est pas une première et que l’Élysée ne fera absolument rien. Pas de sanctions, pas de convocation de l’ambassadeur israélien… walou ! Telles des serpillères, les membres de l’exécutif vont encore ramper.

Alors qui menace vraiment ? Mettre en scène une seule alerte et taire l’autre n’éclaire personne. Au contraire il est question de propagande et de tromperie. C’est aussi un joli écran de fumée pour camoufler 10 années de carnage de la macronie, 10 années de sabotage, 10 années de suicide français sans avoir besoin ni des Russes, ni des Iraniens, ni des fréristes…

Et ce n’est pas le risible air martial très théâtralisé de ce nain insignifiant qui va rendre réel un mensonge aussi pathétique.

Publié à l’origine par Reseau International

Menaces allemandes sur la France

By: A A
11 October 2026 at 17:05

par Jules  SEYES

Si l’Allemagne désirait interrompre les aéroports français, elle pourrait équiper ses Typhoon de missiles et créer une bulle de supériorité aérienne au-dessus du sol français. L’affirmation sonne-t-elle ridicule ? C’est exact, elle est pourtant l’exact miroir de l’alerte qu’El Mundo prête à la CIA selon laquelle les Russes pourraient équiper un navire de drones pour désactiver des aéroports occidentaux1. Comprendre pourquoi l’une sonne comme folle alors que l’autre paraît terrifiante suppose de saisir les méthodes d’analyse sur lesquelles elles reposent, avant d’analyser justement les présupposés des intentions.

Celles-ci étant un peu complexes, commençons par la doctrine, qui aura le mérite de clarifier le brouillard mental actuel. Un peu comme le brouillard de guerre auquel les militaires sont confrontés. Deux méthodes offrent un moyen de le briser : la méthode des moyens et celle des intentions.

La première repose sur un inventaire des ressources connues de l’adversaire pour évaluer l’ensemble des points qu’il peut toucher. C’est aujourd’hui l’exercice de la CIA : les Russes disposent de drones, ceux-ci peuvent être basés sur un navire, donc les Russes peuvent équiper un navire. L’exercice en début d’article relève de la même logique : prendre le nombre de chasseurs de la Bundeswehr, le nombre de Taurus en stock, puisque contrairement à nos SCALP ces armes n’ont pas été envoyées en Ukraine, et établir que cette combinaison a la capacité de mener une attaque surprise au-dessus de la France.

Le problème de cette méthode est de livrer un arc de menace souvent inutilisable, car il existe trop d’axes de vulnérabilité pouvant être exploités. L’automne 1944 en offre l’illustration2. Les Allemands retirent alors plusieurs divisions du front. La reconnaissance aérienne alliée photographie, à partir de la mi-novembre, un trafic ferroviaire intense autour de Cologne, de Coblence et dans l’Eifel : gares de triage saturées, locomotives sous pression, une vingtaine de wagons plats chargés de chars Tigre sur la ligne d’Euskirchen. Début décembre, cent soixante-dix wagons plats chargés de blindés et de véhicules roulent entre Cologne et Limbourg. La nuit, les chasseurs de nuit repèrent des convois aux phares masqués. Des dépôts de ravitaillement apparaissent à Rheinbach et à Schleiden, des piles de bois propres à jeter des ponts près d’Echternach, des trains sanitaires à l’ouest du Rhin. Les écoutes radio identifient une armée blindée nouvelle, la 6e Panzerarmee. À la mi-décembre, face aux Ardennes, le VIIIe corps américain signale une activité d’artillerie inhabituelle, aucun mouvement visible et presque plus de prisonniers. Cette force, dont la valeur combative était connue, pouvait être engagée de bien des manières.

Une seconde méthode doit alors entrer en jeu : celle des intentions. En fonction des moyens connus, on établit ce que l’ennemi voudra toucher. Plus précise, celle-ci possède l’inconvénient de reposer sur des déterminants bien moins solides, puisque liés à la compréhension de la psychologie de l’adversaire.

Ces indices remontent à tous les états-majors alliés, et chacun les interprète selon le tempérament de son chef. Au quartier général d’Eisenhower, commandant suprême des forces alliées, homme de coalition et de logistique, domine une conviction : les Allemands sont trop fatigués pour attaquer. Les divisions retirées sont donc évaluées comme des rotations de repos et une reconstitution de réserve. Le 15 décembre encore, son bureau des opérations n’a rien à signaler dans les Ardennes. Patton, chef de la Troisième Armée, passe pour le plus offensif des généraux américains : il ne conçoit la guerre qu’en mouvement et à l’attaque. Son état-major projette cette volonté offensive sur l’ennemi allemand. Elle reflète en réalité la psychologie des analystes, elle-même dérivée de la psychologie des chefs. Son chef du renseignement, le colonel Oscar Koch, lit les mêmes indices comme la préparation d’un coup et présente à Patton, le 9 décembre, sa conclusion : une contre-offensive allemande est possible dans les Ardennes. Patton fait aussitôt préparer les plans qui permettront à la Troisième Armée de pivoter vers le nord. Le lendemain du rapport rassurant d’Eisenhower, l’offensive allemande éclate. Autrement dit, la méthode des intentions en dit souvent plus sur la manière de penser des analystes que sur leur compréhension fine de l’adversaire. Bien conscients de ces défauts, les militaires appliquent les méthodes classiques d’analyse stratégique pour filtrer l’ensemble. La première d’entre elles est le rapport coût-avantage : qu’est-ce que l’adversaire a à gagner ? Pour quel coût ?

Ici, vous constatez par exemple la différence de pensée entre Eisenhower et Patton. Pour le premier, le coût est en carburant ; le second pense en termes d’avantage moral de l’offensive. D’où la divergence d’analyse. Si nous prenons notre exemple d’avions allemands équipés de Taurus, le coût est une guerre franco-allemande, voire OTAN-Allemagne si l’article 5 venait à jouer. Aucune attaque, même couronnée de succès, ne pourrait provoquer des dégâts suffisants pour compenser les coûts d’un conflit avec une puissance nucléaire. En pratique, l’Allemagne aurait beaucoup à perdre et peu à gagner, puisque son influence dans l’appareil d’État et l’UE lui permet d’obtenir satisfaction dans des domaines cruciaux, telle la fermeture de Fessenheim.

Alors, la Russie ?

La CIA vient de nous gratifier d’un de ces mémos qui relèvent à la fois de la plus pure vérité et du plus pur mépris du public destiné à recevoir la fuite. Voici la menace : «Le point faible de l’Europe» : la menace d’une attaque russe contre la France et l’Espagne est réelle, selon la CIA.

Le scénario de l’attaque impliquerait des drones Gerbera3, de petits appareils à la charge explosive réduite dont l’intérêt est perturbateur et non de faire des victimes : fermer un aéroport, par exemple. Ils seraient lancés depuis des navires marchands déguisés en trafic commercial ordinaire et postés en Méditerranée.

Je vous avouerai qu’en ouvrant ce mémo, je m’étais attendu à un scénario sérieux, pas à cela. À la découverte du propos, son outrance m’a fait passer à la limite de l’insulte. Voilà une proposition d’attaque étatique dont le but serait de «perturber» ? Se rend-on compte du terme ? Une attaque pour perturber ? Schlieffen se retourne dans sa tombe, Napoléon s’étrangle avec sa bataille décisive, Manstein est fort heureusement mort. Car, hélas, un État ne gaspille pas la surprise en lançant un tapotage gentil. S’il faut recourir à la violence, alors il faut d’emblée prendre un avantage définitif pour maintenir au plus court la durée de la campagne. Sun Tzu le notait déjà : aucun pays n’a jamais tiré profit d’une guerre prolongée.

Le projet proposé contredit tous ces principes et, dès lors, il ne pose qu’une seule question : le code militaire russe a-t-il supprimé la peine de mort pour les traîtres ? Eh oui, désolé de décevoir ces intervenants de plateaux qui se prétendent experts malgré leurs abus propagandistes, mais ce que la CIA nous propose est de lancer une attaque inefficace pour ruiner la réputation que les Russes ont acquise auprès du reste du monde. Nous parlons bien sûr des pays sérieux, hors de l’Occident malade où les journalistes reprennent ce scénario comme un sujet sérieux.

En clair, une balance coût-bénéfice où il n’y aurait que des coûts pour la Russie et aucun bénéfice. Eh oui, car fermer un aéroport fait peut-être perdre quelques millions à des entreprises, mais cela n’a AUCUN impact stratégique. Pire, il est inutile de mobiliser un drone Gerbera, un navire ou tout autre moyen militaire : un coup de fil d’un gamin pour annoncer une bombe suffit. Ou bien une voiture piégée.

Bref, l’aventure proposée n’apporte aucun bénéfice stratégique et se fait avec des moyens disproportionnés qui coûteraient énormément à la Russie. Seul un traître à la Russie peut avoir cette idée. Je sais, en Occident, nous sommes habitués avec les relais US, mais plus en Russie : les réseaux qui ont soutenu V. Poutine après son arrivée au pouvoir s’en sont assurés. Ou en tout cas, ils ont fait monter le prix de la passe. Un officier russe réclamerait une méga-malle de billets pour seulement proposer cela à ses chefs, vu qu’il sait que ce serait (si ses chefs sont gentils) la fin de sa carrière. Quant à le mettre en œuvre sans validation politique, il aurait intérêt à avoir le bon billet d’avion pour s’éclipser au plus vite.

Car là est le point qui permet aux individus tarés que l’Occident nomme journalistes de procéder à cette propagande goebbelsienne (enfin, je m’excuse auprès du docteur Goebbels pour cet amalgame insultant) : les moyens existent. Exact, la Russie possède les drones, les navires. Elle aligne même un porte-avions et surtout un arsenal de missiles de toute première qualité. Depuis les années cinquante, l’URSS dispose de bombardiers stratégiques et de missiles capables de frapper le territoire français. La menace n’a donc rien de nouveau, puisque la Russie peut transformer la France en parking si elle le désire.

L’alerte de la CIA ajoute-t-elle de nouvelles capacités ? La réponse est non, une fois, deux fois, mille fois NON !

Héritière, État successeur de l’URSS, la Russie dispose depuis sa naissance des moyens de nous mettre à terre si elle accepte les millions de morts qu’exigera l’absorption de la salve nucléaire française. Une poignée de drones n’y ajoute rien, n’y retranche rien. D’autant plus que la Russie dispose de missiles hypersoniques Orechnik en mesure d’infliger de douloureux dégâts à notre territoire. Par exemple, mais je ne voudrais pas exciter LCI, par une frappe d’Orechnik contre des centrales nucléaires ou, en non nucléaire, contre nos barrages. Nous n’aurions aucun moyen de riposte non nucléaire.

Dès lors, oui, les Russes peuvent monter des drones sur un navire, ils peuvent monter des Grad aussi, ou toute autre arme à plus ou moins grande portée. Dans un tel scénario, l’élément coûteux est le navire sacrifié, pas les munitions embarquées. L’alerte donnée, qui n’est que l’une des alertes autour desquelles on nous a fait résonner tambours et trompettes, n’apporte rien de structurellement nouveau. Un bricolage de drones pour frapper notre territoire n’a rien de complexe. Après tout, le gouvernement de Kiev a bien réussi à introduire des drones sur le territoire russe pour frapper des bombardiers stratégiques.

Seulement, à ce jeu, tout le monde peut jouer ou presque. Il faut le restreindre : l’équipe Le Maire, Breton ne peut pas jouer, mais c’est lié à l’incompétence des joueurs. La France, par exemple, possède encore quelques officiers de valeur capables d’organiser l’affaire. (Non, pas le colonel monté hors de propos en lui accrochant des étoiles comme des guirlandes de Noël, et qui fait aujourd’hui comme s’il dirigeait l’armée française.)

Le problème est que ces gens refuseraient de monter une telle opération. Frapper la Russie, comme frapper la France pour la Russie, exige que la première balle soit mortelle. On tire au cœur ou on ne tire pas, et dans ce cas, entre puissances nucléaires, la question n’est pas celle des moyens, mais celle de la volonté. Même si nous avons TOUT fait, par une politique irresponsable, pour irriter les Russes, ils n’ont nullement annoncé leur intention de répondre à la hauteur de notre bêtise.

Reste l’intention : les Russes peuvent nous frapper, c’est acquis, ils peuvent le faire depuis des décennies pour un coût fixé. Resterait le gain d’une frappe : faire cesser l’appui français à l’Ukraine. Dans ce domaine, hélas, hormis l’agacement entre les oreilles d’entendre les rodomontades et pseudo-discours d’Emmanuel Macron, qui justifient toute envie de retourner une paire de claques justement méritée, la vérité commande de constater l’épuisement de nos moyens : la macronie a déjà envoyé à peu près tout ce qu’elle pouvait racler dans les fonds de tiroirs ; quant à l’argent, l’Allemagne ou la Grande-Bretagne peuvent le fournir. Les véritables acteurs sont les Anglais, par l’usage des moyens de leurs services secrets très actifs dans la guerre des drones, et les Allemands pour la livraison de munitions. Pour peser sur les opérations en Ukraine, une frappe russe devrait cibler en priorité ces deux pays.

Sauf à vouloir faire de l’éducation prioritaire, mais dans ce cas, l’ambassade de Russie peut se contenter d’engager un professeur de SEGPA pour l’envoyer à l’Élysée. Pour la fessée, il serait même inutile d’engager : Montjoie Saint-Denis a fait des petits.

Prise sous un angle militaire, l’information n’apportait rien, et si les journalistes en avaient fait une lecture correcte, ils l’auraient classée verticalement.

Ce n’était bien évidemment pas le but, mais au contraire d’avoir un thème pour parler de menace russe afin de poursuivre la propagande par martèlement, qui vise à abrutir les téléspectateurs de menaces pour leur faire admettre le concept sans esprit critique. Ça marche avec les résidents de maison de retraite au stade pré-Rivotril.

Tel est le problème de nos gouvernants. Faute d’agression russe, il faut créer le sentiment d’une agression, ce qui est le but de ces annonces : entretenir l’hystérie et donner un prétexte pour prononcer les mots agression, guerre, menaces, puissants générateurs d’un sentiment d’insécurité dans la population soumise à ce discours anxiogène.

Ça n’a qu’un défaut : messieurs les journalistes, vous avez repris en connaissance de cause une publication des services américains pour engager notre pays sur une trajectoire fausse et dangereuse pour sa sécurité.

Soit vous êtes des idiots congénitaux, ce que la CIA n’exclut peut-être pas, et je vais m’offrir de partager le soupçon. Soit vous le faites délibérément. Même en tenant compte de votre bêtise, tous les journalistes français ne peuvent pas être aussi désavantagés par la nature ; il aurait donc dû en rester assez pour faire échouer la manipulation.

Cela fait de vous, en tant que catégorie, des traîtres à votre nation, susceptibles de subir les foudres judiciaires au moment où le pouvoir changera de main et cessera de couvrir vos abus. Il ne s’agit pas de menaces, mais d’une évaluation juridique. VOUS mettez objectivement notre nation en danger !

La méthode marcherait si, justement, conscients de la menace sur leur esprit, beaucoup de citoyens ne s’étaient pas dirigés vers internet.

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  1. L’alerte a été rendue publique par le quotidien espagnol El Mundo le 24 septembre 2026 (article de Xavier Colás), reprise notamment par Euronews : «La CIA alerte sur des drones russes visant l’Espagne, la France ou l’Italie», https://fr.euronews.com/2026/09/24/la-cia-alerte-sur-des-drones-russes-visant-lespagne-la-france-ou-litalie ;
    i24news : «Les États-Unis alertent l’Europe sur une possible attaque de drones russes depuis la Méditerranée», https://www.i24news.tv/fr/actu/international/artc-les-etats-unis-alertent-l-europe-sur-une-possible-attaque-de-drones-russes-depuis-la-mediterranee ;
    Meduza, sur le démenti italien : https://meduza.io/en/feature/2026/09/24/no-one-needs-more-fuel-on-the-fire-italy-pushes-back-on-report-that-cia-warned-of-possible-russian-sea-launched-drone-attacks
  2. Sur le renseignement allié avant l’offensive des Ardennes : U.S. Army, «Third Army G2 predicts Battle of the Bulge, 9 December 1944», https://www.army.mil/article/116038/third_army_g2_predicts_battle_of_the_bulge_9_december_1944 ;
    Carlo D’Este, «December 16, 1944 : Ardennes Offensive Begins, An “Abysmal Failure of Allied Intelligence”», https://www.thehistoryreader.com/military-history/december-16-1944-ardennes-offensive-begins-abysmal-failure-allied-intelligence/
    DVIDS, «First Army in the Battle of the Bulge», https://www.dvidshub.net/news/printable/385060 ;
    David T. Zabecki, «Patton at Bastogne», The Intelligencer (AFIO), vol. 29, n° 2, 2024, https://afio.com/publications/eprints_2024/ZABECKI_Patton_at_Bastogne_AFIO_INTELLIGENCER_Vol29_No2_SummerFall_2024.pdf ;
    Oscar W. Koch, G-2 : Intelligence for Patton, 1971.
    The Army Air Forces in World War II, vol. III, chap. 19, Third Army G2 Predicts Battle of the Bulge, First Army in the Battle of the Bulge, D’Este, The History Reader.
  3. «Gerbera (drone)», Wikipédia, https://en.wikipedia.org/wiki/Gerbera_(drone)

Publiéà l’origine par  Reseau International

L’Europe en tant que civilisation multipolaire et la diplomatie des » Logoi » !

By: A A
10 October 2026 at 17:00

Du mythe d’Europe à la double identité du Rimland, de la Méditerranée en tant que « mer-cœur » à la tradition occultée de de Gaulle et de Douguine, le continent doit se souvenir qu’il est né d’une traversée.

L’époque que nous vivons

Les Grecs racontaient l’histoire d’une jeune femme nommée Europe, fille d’un roi de Tyr, sur la côte de l’actuel Liban. Un matin, alors qu’elle jouait au bord de la mer, un taureau blanc émergea des flots. Elle monta sur son dos, et le taureau la transporta à travers les eaux jusqu’en Crète. C’est d’elle, disaient les poètes, qu’un continent tout entier a tiré son nom. [1]

Ce mythe est plus riche qu’il n’y paraît. Le nom « Europe » vient d’Asie et a traversé la Méditerranée sur le dos d’un dieu. Notre continent porte le nom d’une étrangère, d’une voyageuse, d’une jeune fille venue de l’autre rive. L’Europe est née d’une rencontre : avant d’être un territoire, elle fut une traversée.

Les Européens ont oublié cette histoire. Depuis quatre-vingts ans, on leur répète que l’Europe est un ensemble d’institutions, un marché commun, un périmètre de sécurité administré depuis l’autre côté de l’océan ; que l’Europe, c’est tout simplement « l’Occident ». Beaucoup ont fini par le croire.

La thèse défendue ici est différente. L’Europe est une civilisation — ou, plus précisément, plusieurs civilisations réunies sous un même toit. Et dans le monde multipolaire qui émerge, cette demeure n’est ni une province ni une périphérie. Elle se trouve au centre de la carte, et le nouvel ordre ne saurait être complet sans elle.

Une ère a pris fin. L’ordre unipolaire apparu après 1991 — celui que Francis Fukuyama s’était empressé de qualifier de « fin de l’histoire » [2] — se délite sous les yeux de tous. L’histoire n’était pas terminée. Elle patientait.

De nouveaux centres de gravité ont émergé en Eurasie, en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Des capitales dont d’autres parlaient depuis des siècles s’expriment désormais en leur nom propre. Même à Washington, le ton a changé : la Stratégie de sécurité nationale des États-Unis pour 2025 évoque ouvertement les intérêts, les charges et les transactions, et considère les anciens engagements multilatéraux comme des coûts à renégocier.[3] Le patron présente la facture.

Pour l’Europe, la question n’est donc plus de savoir si le monde multipolaire adviendra. Il est déjà là. La véritable question est de savoir si l’Europe y entrera en tant que sujet ou en tant qu’objet : si elle écrira l’histoire ou si elle sera le lieu où d’autres écriront la leur.

Dans *La Théorie du monde multipolaire*, Alexandre Douguine fait remarquer que la plupart de ceux qui évoquent la multipolarité n’en ont aucune théorie.[4] Ils imaginent un « noyau » du monde — les États-Unis, l’Europe et le bloc occidental — entouré de concurrents en pleine ascension. Dans ce schéma, l’Europe siège à la table de l’ancien centre en déclin.

Il faut rejeter cette position. L’Europe n’a jamais été véritablement maîtresse du monde unipolaire ; elle en fut le premier protectorat. Dans son manuel de géopolitique, Douguine écrit qu’après 1945, l’Europe occidentale était placée sous contrôle américain tout autant que l’Europe orientale l’était sous contrôle soviétique.[5] Les méthodes de gouvernance différaient, mais non le degré de dépendance. De nombreux Européens, de part et d’autre du rideau de fer, ont vécu cette division comme une tragédie, et certains ont tenté d’y mettre fin. Lorsque la France du général de Gaulle a quitté le commandement militaire intégré de l’OTAN en 1966, elle n’a commis aucun acte hostile à l’encontre de quiconque. Elle a accompli un acte de mémoire : l’Europe se souvenait qu’elle possédait une volonté propre.

Qu’est-ce que l’Europe ?

Si vous posez la question à Bruxelles, la réponse évoquera des compétences, des directives et des procédures. Si vous interrogez un géographe, vous obtiendrez des coordonnées : une péninsule bordée par l’Atlantique, la Méditerranée et les monts Oural. La première réponse relève de la bureaucratie ; la seconde, d’une carte sans légende. Aucune des deux n’explique pourquoi un berger sicilien, un charpentier bavarois et un moine du mont Athos appartiennent, au sens profond, à une même histoire.

Les eurasistes russes — et Piotr Savitski plus que quiconque — aimaient à dire que l’Europe n’est rien d’autre que le « promontoire occidental » de l’Eurasie. [6] De nombreux analystes occidentaux tiennent le même discours, mais avec moins d’affection : un petit cap rattaché à l’Asie.

L’image est recevable. Mais sur les caps, les hommes ont de tout temps érigé des phares. Au cap Sounion, les Athéniens bâtirent le temple de Poséidon, silhouette blanche se détachant sur la mer, pour que les marins sachent où commençait la Grèce. À la pointe de la Galice, les Romains nommèrent un cap *Finis Terrae* : la fin de la terre. Le promontoire est le point où un continent se tourne vers l’extérieur, où la terre dialogue avec la mer et le monde au-delà. La taille modeste de l’Europe sur la carte a toujours été la condition même de sa portée.

Au sein de ce promontoire, il n’existe pas une civilisation unique. On y trouve au moins quatre axes majeurs, dans une tension constante et féconde.

Il y a l’axe méditerranéen : Athènes et Rome, le droit et la philosophie, Byzance et la chrétienté latine, l’humanisme de la Renaissance né de la rencontre entre la théologie chrétienne et la science préservée et développée dans le monde islamique.

Il y a l’axe continental : le monde franc et germanique, le Saint-Empire romain germanique, l’université médiévale, la longue lignée de pensée allant de Kant et Hegel jusqu’à Heidegger, le vieux rêve d’une *Mitteleuropa* s’étendant de l’Atlantique à la steppe.

Il y a l’axe oriental : les peuples slaves, le christianisme orthodoxe, l’héritage de Byzance transmis par Kiev et Moscou — une Europe pleinement européenne, et pourtant distincte de la modernité occidentale. Il y a aussi l’axe du Nord : les mondes scandinave et balte, avec leurs assemblées, leur sens du droit communautaire et leur proximité avec la beauté rude de la nature.

Douguine, dans le sillage de Heidegger, évoque le *Dasein* des peuples — la manière singulière dont chaque peuple existe au monde — et le *Logos* de chaque peuple, ce qui lui insuffle la vie « non seulement sur le plan biologique, mais aussi sur les plans ethnosociologique et métaphysique »[7]. L’Europe ne possède pas un *Logos* unique : elle en compte plusieurs. Elle a toujours été, en elle-même, un monde multipolaire en miniature.

Telle est la première thèse de cet essai. La pluralité qu’appelle aujourd’hui la planète entière, l’Europe la porte déjà en elle. Elle n’a pas besoin d’importer la multipolarité. Elle doit s’en souvenir.

Terre et mer

Pour comprendre pourquoi l’Europe occupe une place centrale, il faut remonter à l’opposition la plus ancienne de la géopolitique. Halford Mackinder l’a perçue, Carl Schmitt y a réfléchi et Douguine l’a systématisée : l’opposition entre la civilisation de la Mer et la civilisation de la Terre, entre thalassocratie et tellurocratie.[8]

La civilisation de la Mer est mobile, mercantile et individualiste ; elle appréhende le monde en termes de routes, de ports et de prix. La civilisation de la Terre est enracinée, communautaire et hiérarchique ; elle le mesure en termes de devoirs, de générations et de sacré. Il ne s’agit pas là de simples catégories militaires. Elles façonnent le droit, la religion, la philosophie et même la manière dont une famille s’attable pour le dîner du dimanche.

Mackinder situait l’origine de cette opposition en Méditerranée, dans les guerres opposant Rome à Carthage.[9] Douguine rappelle qu’à ce moment-là, la civilisation occidentale se trouvait à la croisée des chemins : fallait-il fonder une civilisation suivant la voie maritime — celle de Carthage — ou la voie terrestre — celle de Rome ? Chesterton faisait remarquer que Carthage signifiait littéralement « la Nouvelle Cité ». C’était une colonie fondée par des marchands venus de Tyr et de Sidon ; l’écrivain anglais la comparait — non sans arrière-pensée — à New York et à la Nouvelle-Zélande. Carthage a chuté, écrivait-il, parce qu’elle est restée fidèle à sa propre philosophie jusqu’au bout, et que son dieu a fini par dévorer ses enfants.[10]

Selon l’interprétation de Mackinder, les guerres puniques ne prennent jamais véritablement fin : elles resurgissent à chaque époque sous de nouveaux noms.[11]

Quelle est la position de l’Europe dans cette guerre perpétuelle ? Douguine apporte ici un éclairage que je considère comme décisif. L’Europe appartient à ce que les géopolitologues appellent le *Rimland*, la vaste ceinture côtière de l’Eurasie [12] ; or, le *Rimland* possède une double identité : il peut servir la Mer ou servir la Terre. C’est pourquoi, écrit Douguine, l’histoire européenne ne se résume pas au libre jeu d’États souverains s’entrechoquant comme des atomes, mais constitue « un champ unique traversé par des ondes générées par deux centres géopolitiques opposés ; un champ parcouru par les fils d’or du destin géopolitique ». [13]

Venise et Gênes ont parcouru toutes les mers ; les plaines de Pologne et de Bohême ainsi que les forêts d’Allemagne ont enraciné nos peuples dans le sol. L’Europe a le navire et la charrue dans le sang. C’est précisément pour cette raison que quiconque a cherché à dominer le monde a d’abord dû prendre le contrôle de l’Europe.

Dans un essai sur la Méditerranée, j’ai écrit que Rome est, en un certain sens, occupée par les émissaires de Carthage.[14] Carthage s’est déplacée. Elle ne siège plus sur la rive africaine : elle se trouve de l’autre côté de l’Atlantique et gouverne notre mer intérieure depuis l’extérieur. Je ne dis pas cela par haine envers quiconque. Je le dis parce qu’un peuple qui ignore qui gouverne sa mer ne peut gouverner son propre avenir.

Pourquoi l’Europe est au centre

Il reste à démontrer pourquoi l’Europe n’est pas simplement un pôle parmi d’autres — dont un monde multipolaire pourrait aisément se passer — mais un acteur indispensable. Il y a à cela quatre raisons.

La première est géographique, et les géopoliticiens de la mer l’ont compris avant tout le monde. La célèbre formule de Mackinder énonce : « Qui domine l’Europe orientale commande le Heartland ; qui contrôle le Heartland contrôle l’Île-Monde ; qui contrôle l’Île-Monde contrôle le monde. » Toute la pyramide de la puissance mondiale repose sur un socle européen. Nicholas Spykman, le stratège qui a jeté les bases intellectuelles de l’OTAN, a insisté — comme le note Douguine — sur l’importance du facteur intellectuel pour lier l’Europe occidentale à l’Amérique du Nord. [15] Ils avaient compris que l’Europe se conquiert d’abord dans les esprits avant de l’être sur le terrain ; c’est pourquoi ils ne l’ont jamais lâchée. Un monde multipolaire dans lequel l’Europe resterait captive préserverait l’ancien ordre unipolaire en son cœur même, au point de pivot entre l’Atlantique et l’Eurasie.

La seconde raison est historique. L’Europe a donné au monde la grammaire de l’ordre international moderne. Le système westphalien, né en 1648 à l’issue de la guerre de Trente Ans, ne concernait à l’origine que les puissances européennes ; les colonies, comme le souligne Douguine, étaient traitées comme de simples appendices. C’est de l’Europe qu’ont émergé l’État souverain, l’équilibre des puissances et même la prétention d’une civilisation à l’universalité. Schmitt l’a appelé le *Jus Publicum Europaeum*, ce droit public européen qui, durant trois siècles, a donné au monde entier son *Nomos*, son ordre fondamental.[16]

Ceux qui ont élaboré ce cadre peuvent le réécrire. La critique de l’universalisme occidental ne peut s’arrêter aux frontières de l’Europe, car c’est en Europe que cet universalisme est né. Si l’Europe n’est pas la première à dépasser l’idée que ses propres valeurs constituent l’étalon de toute l’humanité, cette vieille prétention survivra en son lieu d’origine, et toutes les autres civilisations devront continuer à s’en défendre. Seule une Europe ayant redécouvert sa propre pluralité peut dire au monde, avec autorité : nous avons eu tort de croire qu’il n’existait qu’une seule voie, et nous sommes les premiers à renoncer à cette erreur.

Schmitt lui-même a tiré cette conclusion et a signalé aux peuples d’Europe et d’Eurasie ce qu’il appelait l’impératif des grands espaces : le droit des peuples à organiser leurs propres grands espaces face à l’universalisme et à l’impérialisme, quelle que soit leur origine. [17] Douguine observe que l’Union européenne elle-même est, par essence, un « grand espace » dont le statut demeure incertain. L’Union est une ébauche. La question est de savoir qui tient la plume.

La troisième raison est celle par laquelle nous avons commencé : l’Europe est déjà un monde multipolaire en miniature. Durant des siècles, catholiques et orthodoxes, Latins et Slaves, peuples germaniques et méditerranéens ont appris — souvent dans la douleur — à vivre côte à côte sans se confondre les uns avec les autres. L’Europe connaît de l’intérieur le prix et les bienfaits de la coexistence avec la différence. Aucune autre civilisation n’a dû apprendre cette leçon aussi souvent, à travers tant de guerres et tant de réconciliations. C’est précisément l’expérience dont un monde multipolaire a besoin.

La quatrième raison réside dans sa position entre les pôles. L’Europe borde l’Atlantique et le cœur continental eurasien ; par la Méditerranée, elle jouxte l’Afrique et le Moyen-Orient ; et par l’Arctique — qui s’ouvre sous un ciel plus chaud — elle se reliera aux routes septentrionales vers l’Asie. Dans la vision développée par Douguine, l’Europe et la Russie-Eurasie demeurent deux pôles distincts, deux entités liées par un destin commun au sein du vaste espace continental — contiguës sur le plan géographique et culturel, mais indépendantes. Le géopolitologue autrichien Jordis von Lohausen, que Douguine a longuement étudié, allait encore plus loin : il jugeait inconcevable un avenir pour l’Europe sans la Russie, et une Russie sans l’Europe géopolitiquement incomplète.[18]

Je sais tout le poids de ces mots en ces temps de guerre et de méfiance, et je ne prétends pas que les blessures de notre continent soient anodines. Mais précisément parce que les gouvernements ont cessé de s’écouter, les peuples ne doivent pas cesser de se parler.

La tradition occultée

Rien de tout cela n’est une invention. Il s’agit de retrouver un courant de pensée que l’Europe officielle a préféré oublier.

Après la Seconde Guerre mondiale, rappelle Douguine, la pensée géopolitique européenne s’est scindée en différents courants. D’un côté, l’euro-atlantisme pur, qui acceptait la primauté américaine comme l’ordre naturel des choses. De l’autre, ce qu’il appelle l’euro-continentalisme : la conviction que l’Europe doit s’affirmer par elle-même, forte de sa propre culture, de ses intérêts économiques et énergétiques, et de son propre système de sécurité. Charles de Gaulle évoquait une Europe s’étendant de l’Atlantique à l’Oural. Alain de Benoist a résumé le sentiment de toute une génération dans la formule « ni Ouest ni Est, mais l’Europe », ajoutant par la suite qu’il valait mieux s’aligner sur l’Est que sur l’Ouest[19].

On peut être d’accord ou non avec chacun de ces auteurs sur bien des points ; une tradition vivante se nourrit du débat. Pris dans leur ensemble, toutefois, ils expriment clairement une chose : l’Europe de Bruxelles et de l’OTAN n’est pas la seule Europe jamais imaginée. Il en a toujours existé une autre — une Europe continentale et souveraine, ancrée dans sa propre histoire et ouverte à ses voisins. Elle n’a jamais disparu. Elle a été réduite au silence.

La mer-cœur

Revenons à la mer qui a donné son nom à l’Europe.

Dans les documents de l’OTAN, la Méditerranée constitue le « flanc sud ». Un flanc est un élément que l’on protège — la périphérie du corps, et non son cœur. Pourtant, durant trois millénaires, la Méditerranée a été le cœur de l’Ancien Monde, l’espace où Égyptiens et Phéniciens, Grecs et Romains, Arabes, Normands, Vénitiens et Ottomans se sont rencontrés, ont commercé, se sont affrontés et se sont enrichis mutuellement.

Je l’ai qualifiée de « mer-cœur » et j’ai avancé l’idée d’une Méditerranée élargie, s’étendant de l’Europe continentale au Moyen-Orient, à l’Afrique du Nord et subsaharienne, et au-delà, vers l’Extrême-Orient. [20] Sur cette mer, je crois qu’une *Pax Mediterranea* est possible : une harmonie entre les civilisations qui ont toujours peuplé ses rivages, une paix entre l’Afrique du Nord et le Croissant du Moyen-Orient, entre l’Europe du Sud et les peuples des Balkans. Une paix ouverte sur l’océan Atlantique, mais qui ne se laisse pas régir par sa puissance.

Dans l’édition italienne de *La Théorie du monde multipolaire*, Giuseppe Marro écrit que l’Italie, en raison de sa projection naturelle en Méditerranée, fait office de pont entre l’Europe occidentale, l’Asie et l’Afrique. [21] C’est effectivement le cas. L’Italie joue — ou devrait jouer — un rôle stratégique naturel dans le bassin méditerranéen. Non pas pour dominer — une leçon que notre histoire nous a déjà enseignée — mais pour servir de médiateur. Une péninsule qui s’avance dans la mer est une main tendue en signe d’amitié.

La diplomatie des *Logoi*

Qu’est-ce que la diplomatie des peuples ? C’est ce qui se produit lorsque les peuples se rencontrent sans attendre la permission de leurs bureaucraties. Une diplomatie qui vient d’en bas, mais aussi des profondeurs : de la langue, de la mémoire, de la foi, de la manière dont un peuple conçoit la vie et la mort.

Dans la pensée de Douguine, comme l’ont souligné ses interprètes italiens, le dialogue entre les civilisations constitue le grand défi de notre époque. Pour le relever, il faut une nouvelle forme d’élite : des hommes et des femmes formés à l’anthropologie culturelle et à l’étude des sociétés archaïques et traditionnelles, capables de comprendre les codes de civilisations autres que la leur et d’évoluer au sein d’une cartographie commune des significations. Dans cette optique, la diplomatie devrait privilégier la circulation des idées bien plus que la politique ou le commerce. Marro résume cette idée par une formule juste : la diplomatie devrait devenir « une profession sacrée ».

Comme nous nous en sommes éloignés ! Aujourd’hui, la diplomatie se résume trop souvent à la gestion des sanctions, à la rédaction d’ultimatums et à l’arithmétique des armements. Pourtant, l’ambassadeur était autrefois celui qui portait la parole d’un peuple à un autre, et sa personne était inviolable parce que la parole était sacrée.

La diplomatie des peuples, telle que je la conçois, est une diplomatie des *Logoi*. Elle ne demande pas à l’autre de devenir comme nous ; elle lui demande d’être pleinement lui-même, afin qu’un dialogue authentique puisse s’instaurer. Dans *Noomachia*, Douguine décrit l’avenir qu’il envisage en des termes qui pourraient servir de programme : « de nombreuses civilisations, de nombreux pôles, de nombreux centres, de nombreux systèmes de valeurs sur une même planète et au sein d’une même humanité. De nombreux mondes. » [22]

De nombreux mondes. Non pas un monde unique régi par une capitale unique, parlant une langue autorisée unique et croyant en une vérité autorisée unique, mais de nombreux mondes — et parmi eux, un monde européen qui a retrouvé sa propre voix.

Penser, se souvenir, rencontrer

Avant de bâtir de nouvelles institutions et de conclure de nouvelles alliances, une conscience nouvelle doit voir le jour. Ce qu’un peuple ne peut imaginer, il ne peut le réaliser. La première tâche est donc d’ordre intellectuel : rendre une Europe multipolaire concevable — et donc possible.

Cette tâche comporte trois dimensions. La première consiste à penser — c’est-à-dire à élaborer une théorie européenne de la multipolarité qui puise dans toute la profondeur de la pensée géopolitique du continent, de Ratzel et l’école continentale jusqu’à la géopolitique des civilisations de Schmitt et Douguine, tout en restant critique, ouverte à toutes les traditions et consciente des limites de chaque école.

La seconde consiste à se souvenir. Nous devons retrouver les traditions que le consensus atlantique a reléguées en marge : les penseurs continentaux et méditerranéens, les philosophes ayant résisté à l’universalisme libéral, ainsi que les voix d’Europe de l’Est réduites au silence à deux reprises — d’abord par la domination soviétique, puis par l’hégémonie libérale qui lui a succédé.

La troisième consiste à se rencontrer. Il nous faut des espaces où institutions, universitaires, artistes et représentants de différentes civilisations puissent dialoguer d’égal à égal : Européens avec Russes et Chinois, avec Africains et Latino-Américains, avec les peuples du monde islamique, avec l’Inde et avec le Sud global. Non pas ce « dialogue » multiculturel de courtoisie où chacun convient par avance de ne rien dire, mais une véritable rencontre entre différents *Logoi*, dont chacun ressort transformé.

Dans cette entreprise, la Méditerranée occupe une place privilégiée. Notre mer intérieure doit à nouveau être perçue comme un carrefour de civilisations et non comme une zone de gestion extérieure ; la *Pax Mediterranea* constitue un horizon d’action concret : le laboratoire régional du monde multipolaire.

Un tel projet ne prend la forme ni d’un parti politique ni d’un groupe de pression. Il revêt la forme d’un mythe, celui d’une traversée : le voyage d’Europe à travers la mer, réitéré à notre époque, où l’Europe part à la rencontre de l’autre rive et où l’autre rive vient à sa rencontre.

C’est une tâche qui se mesure en décennies, et non en années, et qui s’accomplira pour une génération qui ne la verra pas advenir. Ce n’est pas une raison pour se décourager. Les cathédrales d’Europe ont été bâties par des hommes qui savaient qu’ils ne les verraient jamais achevées. Ils les ont construites tout de même, car ils savaient pour quoi ils bâtissaient.

La traversée

Lorsque le taureau blanc l’emporta à travers la mer, Europe ne savait pas où elle allait. Elle ignorait que son nom serait un jour donné à un continent — à ses empires et à ses cathédrales, à ses crimes et à ses saints, à ses philosophes et à ses poètes.

Aujourd’hui, l’Europe se tient de nouveau au bord de l’eau. Derrière elle s’étend le vieux monde qu’elle a bâti puis perdu — celui où une civilisation unique croyait pouvoir parler au nom de l’humanité tout entière. Ce monde a vécu, et il n’y a aucune raison de le regretter. Devant elle s’ouvre une mer riche d’autres rivages, d’autres peuples, d’autres manières d’être humain.

L’Europe peut rester sur le rivage, le regard tourné vers l’Atlantique, en attendant des instructions. Ou bien elle peut entreprendre à nouveau la traversée. Non pas en conquérante cette fois, ni en missionnaire d’un modèle universel, mais telle qu’elle fut à l’origine : une voyageuse, une « hôte » — au double sens que notre langue prête à ce mot —, une civilisation née d’une rencontre.

Si elle accomplit cette traversée, le monde multipolaire trouvera le centre qui lui manque : cette civilisation qui sait mieux que toute autre ce que signifie vivre avec la différence, car elle le pratique — dans le sang comme dans le génie — depuis trois mille ans.

L’Europe n’est pas le passé du monde. Elle en est l’un des avenirs, et il appartient aux peuples de décider lequel.

Tiré de la tribune de Lorenzo Maria Pacini pour Strategic Culture

[1] Ovide, Les Métamorphoses, II, 833–875 ; voir également Moscos, Europe.
[2] F. Fukuyama, « La fin de l’histoire ? », The National Interest, 16 (1989), p. 3–18 ; puis Id., La Fin de l’histoire et le Dernier Homme, Rizzoli, Milan, 1992.
[3] La Maison-Blanche, Stratégie de sécurité nationale des États-Unis d’Amérique, Washington, D.C., décembre 2025.
[4] A. Douguine, Théorie du monde multipolaire, Evrazijskoe dviženie, Moscou, 2012 ; édition anglaise : The Theory of a Multipolar World, Arktos, Londres, 2020 ; édition italienne : Teoria del mondo multipolare, sous la direction de G. Marro, AGA, Milan, 2019. Pour les titres russes, la translittération scientifique est utilisée ; les noms des auteurs suivent la forme italienne standard.
[5] A. Douguine, Fondements de la géopolitique. L’avenir géopolitique de la Russie, Arktogeja, Moscou, 1997.
[6] Cette image revient dans les écrits réunis dans P. N. Savitski, Le Continent Eurasie, Agraf, Moscou, 1997.
[7] Ibid.
[8] C. Schmitt, Terre et mer. Une considération sur l’histoire du monde, Reclam, Leipzig, 1942 ; traduction italienne : Terra e mare, Adelphi, Milan, 2002. Pour la systématisation de Douguine : Douguine, Fondements de la géopolitique, op. cit.
[9] H. J. Mackinder, Idéaux démocratiques et réalité. Une étude sur la politique de la reconstruction, Constable, Londres, 1919.
[10] G. K. Chesterton, L’Homme éternel, Hodder & Stoughton, Londres, 1925, Partie I, chapitre VII (« La guerre des dieux et des démons ») ; traduction italienne : L’uomo eterno.
[11] Cette interprétation est citée dans Douguine, Fondements de la géopolitique, op. cit. ; le passage correspondant de Mackinder demeure inchangé.
[12] N. J. Spykman, La Géographie de la paix, Harcourt, Brace and Company, New York, 1944.
[13] Douguine, Fondements de la géopolitique, op. cit.
[14] Voir L. M. Pacini, Méditerranée multipolaire.
[15] Mackinder, Idéaux démocratiques et réalité, op. cit. Sur Spykman : N. J. Spykman, La stratégie de l’Amérique dans la politique mondiale. Les États-Unis et l’équilibre des puissances, Harcourt, Brace and Company, New York, 1942 ; et Douguine, Fondements de la géopolitique, op. cit.
[16] C. Schmitt, Le Nomos de la Terre dans le droit international du Jus Publicum Europaeum, Greven, Cologne, 1950 ; traduction italienne : Il nomos della terra nel diritto internazionale dello « jus publicum europaeum », Adelphi, Milan, 1991.
[17] C. Schmitt, Ordre des grands espaces en droit international avec interdiction d’intervention pour les puissances étrangères à l’espace, Deutscher Rechtsverlag, Berlin, 1939. L’expression « impératif des grands espaces » ainsi que l’appel aux peuples d’Europe et d’Eurasie sont cités selon l’interprétation de Douguine.
[18] J. von Lohausen, Le courage du pouvoir. Penser en continents, Vowinckel, Berg am See, 1979.
[19] Concernant la seconde affirmation : A. de Benoist, Europe, Tiers monde, même combat, Robert Laffont, Paris, 1986. Première occurrence de la formule « ni Occident ni Orient, mais l’Europe ».
[20] Pacini, Méditerranée multipolaire, op. cit.
[21] G. Marro, dans Douguine, Théorie du monde multipolaire, édition italienne, op. cit.
[22] A. Douguine, Noomachie. Les guerres de l’esprit, Akademičeskij proekt, Moscou, 2014.

Berlin «reprogramme» progressivement une Europe unie pour en faire une sorte de «Quatrième Reich»

By: A A
9 October 2026 at 17:05

Diplomatie et monde

L’Allemagne réarme, elle renoue le fil coupe par la défaite c’est le fait le plus important de la période. Le reste n’est que distraction.

De nombreux chercheurs, dont l’éminent historien russe Vassili Klioutchevski, attribuent la fracture civilisationnelle incontestable entre les deux plus grands peuples d’Europe à la géographie, au climat et au paysage, qui ont façonné des modes de vie différents.

Vivant sous un climat prévisible, les Allemands ont développé une habitude de travail méthodique et régulier. Ils pouvaient planifier à l’avance car leur environnement leur permettait d’anticiper les résultats de leurs efforts avec une relative certitude.

Les Russes, en revanche, habitent une terre aux conditions imprévisibles qui s’étend, selon les mots de l’hymne national russe moderne, «des mers du Sud jusqu’à la frontière polaire». Ils ont souvent constaté que planifier à l’avance peut s’avérer totalement vain. De ce fait, ils doivent fréquemment travailler à un rythme effréné dans des délais très courts, s’appuyant sur la notion typiquement russe d’«avos» : l’espoir que, d’une manière ou d’une autre, les choses finiront par s’arranger.

Ces différences culturelles permettent d’expliquer non seulement l’évolution des relations entre ces voisins proches au fil des siècles — rappelons que la ville russe de Kaliningrad était autrefois la ville allemande de Königsberg — mais aussi la logique interne qui sous-tend aujourd’hui les relations politiques russo-allemandes.

L’Allemagne actuelle perçoit la Russie comme une menace pour sa sécurité nationale, à l’instar de ses prédécesseurs à la veille des Première et Seconde Guerres mondiales. Elle remilitarise méthodiquement son économie et accroît son aide militaire à l’Ukraine afin d’affaiblir la Russie sur tous les plans. En 2022-2023, au début de l’opération militaire spéciale, les aides étaient limitées et ciblées. À partir de 2024, Berlin s’est toutefois orientée vers des contrats à long terme pour la fourniture d’équipements et de drones, d’une valeur supérieure à 10 milliards de dollars par an, faisant de l’Allemagne le principal fournisseur d’aide militaire bilatérale à l’Ukraine au sein de l’UE.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ancienne ministre allemande de la Défense, s’est discrètement imposée comme la principale responsable de la distribution des fonds allemands.

Parallèlement, dans la continuité de cette dérive progressive vers une confrontation militaire avec la Russie, le gouvernement de Friedrich Merz poursuit la politique d’Olaf Scholz visant à démanteler la présence diplomatique russe en Allemagne. Après avoir obtenu la fermeture des consulats généraux russes à Munich, Hambourg, Francfort et Leipzig en mai 2023, Berlin a décidé en septembre dernier de fermer le consulat général de Bonn et le centre culturel de la Maison russe à Berlin.

Avec la première économie de l’UE et un représentant de sa propre initiative à un poste parmi les plus influents de la hiérarchie supranationale européenne, Berlin «reprogramme» progressivement une Europe unie pour en faire une sorte de «Quatrième Reich». En devenant un centre de pouvoir plus homogène, l’Europe risque de se retrouver au bord d’une confrontation militaire avec son puissant voisin de l’Est, comme cela s’est produit à maintes reprises au cours de l’histoire.

Afin de rendre la prétendue menace russe tangible, les autorités allemandes alimentent les médias depuis cet été des rumeurs concernant l’implication de Moscou dans la découverte d’un drone chargé d’explosifs à l’aéroport de fret de Leipzig. Sans attendre les conclusions de l’enquête, Berlin s’est empressé d’accuser la Russie d’avoir orchestré un acte de sabotage.

Conscients que leur gouvernement a mené le pays dans une impasse, les citoyens allemands ordinaires commencent à réagir et apportent un soutien croissant à l’Alternative pour l’Allemagne (AfD). Ce parti promet un changement radical de cap en matière de politique étrangère et intérieure — et non un revirement à 360 degrés, comme l’avait proposé l’ancienne ministre des Affaires étrangères Annalena Baerbock, donnant ainsi naissance, involontairement, au mème politique emblématique de la décennie allemande.

Certes, les victoires du parti restent régionales, et les autres partis politiques allemands refusent d’envisager le mouvement d’Alice Weidel et de Tino Chrupalla, même comme partenaire de coalition. Mais si sa base électorale continue de s’élargir, en attirant le soutien non seulement des Allemands de souche mais aussi, à terme, des communautés immigrées, l’AfD pourrait avoir une chance d’obtenir plus de 50% des voix au niveau national. Cela lui permettrait de former un gouvernement à elle seule.

Parallèlement, la cote de popularité de Merz a chuté à un niveau historiquement bas pour un chancelier de la République fédérale : seulement 11 à 15%, avec 85 à 89% d’insatisfaction. Face à ces chiffres et conscient de la demande publique pour une relation plus équilibrée avec la Russie, il a chargé le ministre des Affaires étrangères, Johann Wadephul, d’obtenir une rencontre avec son homologue russe, Sergueï Lavrov, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, coûte que coûte. Le récit de Lavrov illustre clairement le peu de substance de cette rencontre :

«Quant au ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, il a sollicité une réunion à la dernière minute. Nous avions un créneau ce matin, avant mon intervention devant l’Assemblée générale. Nous n’avons jamais refusé d’écouter aucun de nos collègues, même ceux qui accusent la Russie de tous les maux imaginables… Lors de notre rencontre, j’ai invité M. Wadephul à expliquer l’objet de sa venue. Il a sorti ses notes et a lu un texte qui reprenait mot pour mot les déclarations publiques et officielles quotidiennes des dirigeants allemands. Je le lui ai fait remarquer. Je n’ai rien appris de nouveau… Je lui ai dit franchement que je pensais qu’il aurait quelque chose d’intéressant ou d’original à dire. Ils auraient tout simplement pu nous appeler et nous demander de lire leurs communiqués officiels…»

Pourquoi les relations entre Moscou et Berlin se sont-elles tellement détériorées que même les rencontres entre leurs ministres des Affaires étrangères se sont transformées en échanges stériles de points de discussion préparés, plutôt qu’en négociations visant une percée ?

Au moins trois facteurs méritent d’être examinés.

1. Le rôle contre-productif de Berlin dans les efforts de résolution du conflit en Ukraine

Dès les premiers jours de la crise ukrainienne, l’Allemagne a cherché à contrôler le processus diplomatique afin d’ancrer fermement la position anti-russe du pays. En février 2014, après les troubles survenus sur le Maïdan, le ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, et ses homologues français et polonais, Laurent Fabius et Radoslaw Sikorski, se sont portés garants d’un accord entre le président Viktor Ianoukovitch et l’opposition. Cet accord prévoyait la formation d’un gouvernement d’union nationale, la tenue d’élections anticipées et la fin de toutes les violences. Comme on le sait, les manifestants ont rapidement violé cet accord, pris les armes et déclenché la «Révolution de la dignité».

Un an plus tard, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français François Hollande se sont joints à la Russie comme médiateurs dans les pourparlers entre Kiev et les républiques populaires de Donetsk et de Lougansk, aboutissant à la signature d’un ensemble de mesures visant à mettre en œuvre les accords de Minsk. Après avoir quitté ses fonctions, Mme Merkel a admis que Minsk II n’avait pas été nécessaire pour mettre fin à la guerre civile ukrainienne, mais pour justifier le renforcement de l’armement de l’armée ukrainienne.

Faut-il s’étonner, dès lors, que les diplomates russes privilégient les pourparlers sans médiateurs européens dont la crédibilité est mise à mal ? Ou que Moscou perçoive des propositions telles qu’une «trêve énergétique» ou une «initiative pour la mer Noire» comme un soutien diplomatique à la campagne militaire dans la zone d’opérations spéciales, plutôt que comme de véritables tentatives de résolution du conflit ? Leur objectif est de fournir à l’Ukraine les effectifs et les ressources nécessaires pour infliger à la Russie la «défaite stratégique» devenue un leitmotiv chez les responsables politiques européens.

2. La rupture des liens commerciaux et économiques avec la Russie

Hormis de brèves récessions liées à des bouleversements mondiaux tels que la crise financière de 2008-2009 et la pandémie de COVID-19 de 2020-2021, l’économie allemande a enregistré une croissance annuelle régulière de 1 à 3,5% au XXIe siècle. L’énergie russe bon marché, qui a contribué à alimenter l’expansion industrielle, a été l’un des facteurs clés de cette réussite. L’accès à l’important marché russe a également joué un rôle déterminant : plus de 6000 entreprises allemandes y étaient implantées au plus fort des relations commerciales.

Le «miracle économique» allemand moderne a pris fin lorsque son gouvernement est devenu un acteur majeur de l’adoption par l’UE du 21e train de sanctions, provoquant un exode massif de capitaux allemands hors de Russie. Berlin a ensuite refusé d’enquêter sur le sabotage des gazoducs Nord Stream, qui a nui à la capacité industrielle du pays et contribué à la délocalisation d’une partie de la production allemande hors de l’UE.

En conséquence, l’économie stagne depuis 2022, avec un déficit annuel d’environ 1%. Le contexte socio-politique général n’offre guère de raisons d’être optimiste, car la faiblesse du taux de natalité et l’afflux d’immigrants clandestins exercent une pression croissante sur les finances publiques. Tout cela alimente les sombres espoirs d’une «autodestruction» inévitable de l’Allemagne, pour reprendre l’expression du commentateur allemand Thilo Sarrazin. Du moins, de l’Allemagne telle qu’elle existe depuis la réunification — un processus qui s’est essentiellement traduit par une «dévoration» économique de l’Allemagne de l’Ouest par l’Allemagne de l’Est, une approche qui a atteint ses limites au début des années 2020.

3. Confiance dans le fait que la Russie agira de manière responsable

La Russie est depuis longtemps un épouvantail pour les médias allemands. Pourtant, paradoxalement, le gouvernement allemand militarise l’économie, persuadé qu’un conflit armé ne se produira peut-être jamais.

Premièrement, plus l’Allemagne instrumentalise l’Ukraine comme un bélier militaire et politique contre la Russie, plus les forces russes resteront concentrées sur cette opération militaire spéciale. Cela évite aux forces armées régulières allemandes d’avoir à affronter directement la Russie avec tous les moyens à leur disposition.

Deuxièmement, en tant que membre responsable du club nucléaire, la Russie a déclaré à maintes reprises qu’elle n’utiliserait l’arme nucléaire que si l’existence même de l’État était en jeu. Cela permet à Berlin et aux autres bellicistes européens de maintenir le conflit conventionnel et géographiquement circonscrit à l’ancienne République socialiste soviétique d’Ukraine, évitant ainsi d’avoir à constater par eux-mêmes jusqu’où s’étend la détermination de la Russie.

Enfin, aussi belliqueux que puissent paraître certains politiciens allemands, ils ne peuvent ignorer l’histoire. Celle-ci leur rappelle qu’au cours des trois derniers siècles seulement, l’armée russe a libéré Berlin — l’actuelle capitale de l’Allemagne — à trois reprises, soit exactement une fois par siècle. Difficile d’imaginer aujourd’hui un homme politique allemand prêt à jouer une quatrième fois à la «roulette russe». Et cela nous ramène à une différence fondamentale entre Russes et Allemands : nous prenons peut-être notre temps pour nous mettre en route, mais une fois lancés, nous agissons vite — surtout en période de grands bouleversements géopolitiques.

EN PRIME

Le taux d’approbation de Merz est inférieur à 10%. Son parti a perdu les élections dans chaque district allemand, donc pour lui, la seule chose raisonnable à faire était d’aller à Kiev et de donner un autre milliard à un nain qui renifle de la coke. Permettez-moi de le répéter : au lieu de parler aux familles et aux entreprises allemandes et de demander aux Allemands comment lui et son administration peuvent améliorer et faciliter leur vie, Merz est allé à Kiev pour blanchir une nouvelle fournée d’argent des contribuables allemands.

Publié à l’origine par  ReseauInternational

Les véritables causes de la Troisième Guerre mondiale

By: A A
8 October 2026 at 17:00

Depuis plusieurs années, nos dirigeants politiques, refusant d’accepter leur perte de puissance, recourent dans l’arène internationale à des faux et à des mensonges répétés. Petit à petit, ils perdent de l’influence, mais à force de jouer, ils provoquent les conditions nécessaires pour débuter une Troisième Guerre mondiale. Elle ne surviendra pas par erreur, ni par hasard, elle sera le fruit de leur obstination.

par Thierry Meyssan

Nous savons tous que, si les guerres se déclenchent lorsque des évènements particuliers surviennent, elles ont des causes profondes, bien distinctes. Il s’agit généralement de conflits de territoire ou d’influence. La Troisième Guerre mondiale pourrait être déclenchée par une escarmouche en Ukraine ou au Moyen-Orient, mais elle aura pour véritable cause un affrontement entre deux visions de l’ordre du monde : d’un côté, la grande majorité des États, réunis autour de la Russie et de la Chine, souhaite respecter le droit international, tandis que, de l’autre, « l’Occident politique », soucieux de ne rien perdre de ce qu’ils ont gagné en écrasant les peuples du Sud, préfère s’en remettre aux « règles » qu’ils ont imaginées au G7.

Cela fait huit ans, que Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, a mis en évidence ce choix. Huit ans que « l’Occident politique » le poursuit comme si de rien n’était.

Le 28 septembre 2018, à la tribune de la 73° session de l’assemblée générale des Nations unies [1], il posa ce constat : « nous assistons tous à une collision de deux tendances opposées. D’une part, nous voyons le renforcement des principes polycentriques de l’ordre mondial, le développement constant de nouveaux centres de croissance économique, l’aspiration des peuples à préserver la souveraineté et à choisir des modèles de développement qui sont cohérents avec leurs identités nationales, culturelles et religieuses. D’autre part, nous voyons le désir de plusieurs États occidentaux de conserver leur statut autoproclamé de “leaders mondiaux” et de ralentir le processus objectif irréversible d’établissement de la multipolarité. »

Il poursuivait : « Nous observons l’offensive du révisionnisme belliqueux contre le droit international moderne. Les attaques ont été lancées contre les principes fondamentaux du règlement du Moyen-Orient, le Plan d’action global conjoint sur le programme nucléaire iranien, les engagements dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce, l’accord multilatéral sur le climat et beaucoup d’autres. »

Et plus loin : « Il est révélateur que les attaques agressives contre les institutions d’information s’accompagnent de tentatives de “privatiser” les structures de secrétariat [de l’ONU] et de leur accorder les mêmes droits qu’aux organes intergouvernementaux dans l’espoir de les manipuler plus tard. »

Il est difficile d’imaginer que certains puissent s’accrocher à leurs privilèges indus au point de provoquer une apocalypse. Et pourtant…

Toujours en 2018, après le retrait unilatéral des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien (JCPoA), trois anciens empires européens, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni (E3), ont d’abord souhaité compenser le retrait US puis, vu leur incapacité à violer les règles de leur suzerain, ont affirmé que les sanctions antérieures contre l’Iran s’appliquaient encore.

Ils avaient pourtant voté la résolution 2231 du Conseil de sécurité [2] qui y a mis fin.

Commence alors une longue période durant laquelle l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni (E3), faisant preuve d’une constante mauvaise foi, ont, à de nombreuses reprises, tenté de réimposer les sanctions contre l’Iran antérieures au JCPoA. Ces trois États ont prétendu qu’ils pouvaient revenir en arrière car l’Iran ne respectait plus ses engagements en ignorant que ce sont les États-Unis les premiers qui n’ont pas respecté les leurs.

Les échanges de lettres entre les différents négociateurs du JCPoA se sont intensifiés. Cependant, jamais les E3 n’ont accepté de reconnaître, ainsi que l’exigeaient les deux autres, la Chine et la Russie, que le traité ne permettait pas de revenir en arrière sans examen du non-respect par les États-Unis de ses engagements.

C’est bien là le cœur du problème : « l’Occident politique » refuse de reconnaitre ses torts et tente de maintenir les situations où il disposait d’un avantage.

Le 19 septembre 2025, conscients qu’ils ne pouvaient pas appliquer seuls les fameuses « sanctions », les E3 ont demandé au Conseil de sécurité de les rétablir. La Chine et la Russie leur ont opposé leur veto et ont proposé de relancer les négociations du JCPoA. Mais les anciens empires européens ont préféré corrompre des fonctionnaires internationaux. Ces derniers ont publié deux faux comptes-rendus de la réunion du Conseil, afin de faire accroire que le rejet de la proposition sino-russe suffisait à rétablir les sanctions [3]. Pis : contre l’avis du Conseil, le secrétaire général a publié des instructions les rétablissant [4]. La remarque de Sergueï Lavrov, en 2018, sur la « privatisation » des Nations unies se trouvait vérifiée.

Ne croyez pas que les choses en soient restées là.

Le Royaume-Uni a repris les « sanctions » contre l’Iran, en janvier, puis les États-Unis, fin mars 2026. Ces décisions ont été mal interprétées par la presse qui y a simplement vu un épisode de l’actuelle guerre du Golfe alors qu’il s’agissait de la reprise de ce que les États-Unis n’avaient pas osé faire lorsqu’ils se sont retirés unilatéralement du JCPoA, puis les E3.

Rappelons que le terme de « sanction » ne peut, en droit international, que désigner une décision prise par le Conseil de sécurité après un débat contradictoire. Ce à quoi nous assistons sont des « mesures coercitives unilatérales », adoptées sans débat contradictoire et violant la Charte des Nations unies.

Le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, a qualifié la guerre israélo-états-unienne contre l’Iran, le 22 mai 2026, « d’évitable ». Il a déploré le retrait unilatéral des États-Unis du JCPoA, disant : « Il aurait été préférable de maintenir cet accord. Les conséquences que nous constatons aujourd’hui ne se seraient pas produites. » Pour conclure : « Cette guerre est inutile ».

Ce faisant, Frank-Walter Steinmeier manifeste sa conscience de la responsabilité franco-britanno-germanique dans l’actuelle guerre du golfe. Bien que, simultanément, il manifeste la même supériorité que ses complices en parlant de guerre « évitable » ou « inutile », deux qualificatifs qui n’ont pas leur place en droit international.

Il y a trois semaines, le 17 septembre 2026, les E3 ont convoqué une réunion du Conseil de sécurité sur « la non-prolifération ». Ils ont, à nouveau, tenté de faire rétablir les sanctions contre l’Iran et se sont heurtés à nouveau aux vétos chinois et russe [5]. La presse occidentale ne s’en est pas fait l’écho, elle aurait dû reconnaître la mauvaise foi de ses gouvernements.

Faire usage de faux documents, mentir effrontément et veiller à camoufler ses fautes, c’est rendre la guerre possible.

Constatant qu’ils ne pouvaient plus progresser aux Nations unies, les États-Unis et les E3 les ont contournées. Ils ont activé la Proliferation Security Intitiative (PSI), un réseau étatique, créé en 2003 par le président George W. Bush, sur les conseils de John Bolton [6]. Celui-ci a trouvé une quarantaine d’États — dont les E3 — pour signer, le 2 octobre 2026, une déclaration absurde [7] : elle réaffirme que Téhéran ne remplit pas ses engagements du JCPoA, sans dire qu’il en est dispensé depuis le retrait unilatéral des États-Unis. Puis, elle pose que ce manquement justifie l’opération Economic Outcast (« Paria économique »), que Washington vient de lancer contre Téhéran.

Par cette opération, le secrétariat au Trésor tente d’affamer le peuple iranien. La Chine et la Russie ont déjà dit qu’ils s’y opposeraient. Les signataires, au contraire, annoncent qu’ils l’appliqueront.

Certes, seuls un gros tiers des États qu’ils avaient sollicités ont signé ce texte. C’est déjà bien assez pour faire une guerre.

Pour la première fois dans un texte de ce type, les auteurs affirment, sans rire, leur « adhésion à l’ensemble du droit international et des cadres pertinents, y compris les résolutions du Conseil de sécurité ». Oui, vous avez bien lu, c’est au nom de la résolution 2231 et de la réunion du conseil du 17 septembre dernier que les signataires feront le contraire de ce qui a été décidé collectivement.

Comme nos dirigeants ont conscience de jouer avec le feu, ce texte est absent de leurs sites officiels. Il faut aller sur celui de la Proliferation Security Intitiative (PSI) pour le trouver.

À l’évidence, à force de faux et d’usage de faux, à force de mensonges et de menaces, nous provoquerons, sans le vouloir, la Troisième Guerre mondiale qui nous emportera.

Publié à l’origine par voltairenet.org

[1] « Remarks by Sergey Lavrov to the 73rd Session of the United Nations General Assembly », par Sergueï Lavrov, Réseau Voltaire, 28 septembre 2018.
[2] « Résolution 2231 », adoptée le 20 juillet 2015.
[3] « Le Conseil de sécurité s’oppose au maintien de l’allégement des sanctions de l’ONU contre l’Iran » et « Nucléaire iranien : le Conseil de sécurité entérine le retour aux sanctions de l’ONU contre l’Iran en rejetant une prorogation de la résolution 2231 de 2015 », Nations unies.
[4] « Le secrétariat général rétablit les sanctions contre l’Iran », ONU (secrétariat général), Réseau Voltaire, 27 septembre 2025.
[5] « Compte-rendu de la réunion du 17 septembre 2026 », Conseil de sécurité des Nations unies.
[6] « John Bolton et le désarmement par la guerre », Réseau Voltaire, 30 novembre 2004.
[7] « Déclaration commune à l’occasion de l’anniversaire du rétablissement des restrictions des Nations Unies imposées à l’Iran et liées à ce pays », Réseau Voltaire, 2 octobre 2026.

L’Europe revient au charbon alors que les prix du gaz explosent

By: A A
7 October 2026 at 17:05

La crise énergétique européenne n’est pas terminée.

La crise énergétique européenne n’est pas terminée. Les prix du gaz restent obstinément élevés sur tout le continent alors que les Européens affrontent un long hiver.

En réponse à une crise énergétique découlant de la dépendance continue de l’Europe aux importations de gaz naturel liquéfié, sur fond de volatilité géopolitique mondiale persistante, les dirigeants européens poussent à diversifier le mix énergétique du bloc. Si cela signifie que l’Europe développe rapidement ses capacités en énergies renouvelables, cela marque aussi un retour significatif au combustible fossile le plus polluant du monde – le charbon.

Plus tôt cette année, lorsque les États-Unis et Israël ont lancé une offensive en Iran, provoquant ainsi la perturbation d’un cinquième des échanges mondiaux de pétrole et de gaz, l’Europe s’est réveillée pour réaliser qu’elle s’était laissée aller, en somnambule, à une nouvelle crise énergétique – sa troisième en seulement quatre ans. « Nous avions juré d’apprendre. Nous avions promis que les choses changeraient, mais nous voilà », a récemment déclaré un « diplomate européen très frustré », cité anonymement par la BBC.

« Au lieu de se concentrer sur des plans à long terme indispensables – sur la manière de rendre l’Europe plus compétitive dans ce monde de plus en plus instable, les premiers ministres et présidents [européens] sont maintenant pris de panique face aux prix [de l’énergie], inquiets des électeurs en colère et à la recherche de solutions à court terme », poursuit la source. « Exactement comme lors de la crise après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. Conflit différent. Mêmes divisions européennes ; mêmes dilemmes énergétiques. Nous ne pouvons pas continuer à tourner en rond comme ça. Il va falloir que quelque chose cède. »

Aujourd’hui, six mois après le déclenchement de la guerre en Iran et la fermeture initiale du détroit d’Ormuz, l’Europe continue d’en subir les conséquences, les prix du gaz restant brutalement élevés. Rien que ce mois-ci, les prix du gaz ont atteint leur plus haut niveau en trois ans, dépassant les 80 € (90,98 $) par mégawattheure.

Les prix sont si élevés, en fait, que l’électricité produite au charbon est devenue moins chère que celle produite au gaz en Europe pour la première fois depuis des années. Cela a poussé de nombreux pays européens, et en particulier la plus grande économie de l’Union européenne, l’Allemagne, à revenir au charbon. Et, inquiétant, les experts affirment que cette tendance se poursuivra pendant des années encore.

« Le charbon devrait rester moins cher que le gaz pour la production d’électricité jusqu’à l’année prochaine, et potentiellement jusqu’en mars 2028 », rapportait Reuters plus tôt cette semaine, citant une conversation avec Marta Wroniszewska, analyste chez Veyt. « Les prix du gaz à plus long terme indiquent que les traders s’attendent à ce que les contraintes d’approvisionnement persistent. »

Cependant, le potentiel de croissance du charbon en Europe comporte des limites notables. Des années de politiques visant à réduire puis à éliminer progressivement le charbon ont laissé au continent beaucoup moins de centrales à charbon qu’auparavant. En 1990, l’Union européenne tirait plus d’un tiers de sa production d’électricité du charbon. En 2025, cette part était tombée à seulement 9,2 %, selon les données d’Eurostat. Ainsi, même si les centrales à charbon restantes en Europe bénéficieront d’une aubaine grâce aux prix actuels du gaz, le potentiel de rebond du charbon dans la région a un plafond.

Hors d’Europe, cependant, c’est une autre histoire. À l’échelle mondiale, le charbon reste la plus grande source unique de production d’électricité. Et tandis que l’Europe ferme ses capacités à charbon, de nombreuses économies émergentes continuent de développer les leurs, avec une croissance particulièrement forte aux Philippines, en Indonésie et dans d’autres pays en développement rapide d’Asie. Ce n’est pas un hasard si c’est aussi la région la plus durement touchée par la fermeture du détroit d’Ormuz.

Si le charbon est bon marché, abondant et considéré comme un outil essentiel pour permettre le développement économique des pays pauvres, la prolongation continue du règne du charbon présente des compromis qui l’emportent largement sur les bénéfices. Le charbon est le principal moteur du réchauffement climatique, responsable d’environ 40 % de toutes les émissions de gaz à effet de serre. Cependant, tout n’est pas négatif – le retour du charbon se produit en parallèle d’une augmentation mondiale majeure des ressources en énergie propre. De plus en plus, les énergies renouvelables sont adoptées pour leur rôle dans un avenir plus sûr sur le plan énergétique, et sont considérées comme un rempart essentiel contre la prochaine crise énergétique mondiale.

Contrairement au gaz naturel, au pétrole et au charbon, « l’éolien et le solaire ne peuvent pas être soumis à un embargo, bloqués ou coupés par une puissance étrangère », écrivait David Frykman, associé général du groupe de capital-risque basé à Stockholm Norrsken, dans une tribune publiée par Fortune plus tôt cette année. « Chaque térawattheure de production renouvelable nationale est un térawattheure qu’aucun adversaire ne peut transformer en arme. »

« Fear porn » : comment Londres entraîne les médias occidentaux dans sa chute

By: A A
6 October 2026 at 18:30

L’arrestation d’Ian Proud par la police secrète à l’aéroport de Londres marque un nouveau plus bas dans la mesure où l’État profond peut aller pour contrôler un faux récit.  

L’arrestation d’Ian Proud par la police secrète à l’aéroport de Londres marque un nouveau plus bas dans la mesure où l’État profond peut aller pour contrôler un faux récit. Mais cela montre aussi un nouveau niveau de peur.

Aussi fou que cela puisse paraître, il semble bien que les nations d’Europe occidentale, du moins, se préparent à entrer en guerre contre la Russie à un moment donné dans un avenir pas trop lointain. Ce qui est particulièrement inquiétant, c’est qu’il semble y avoir un vide distinct dans tous les domaines de ce que nous pourrions appeler largement les « médias » pour remettre en question ce récit. Il y a trente ans, il était considéré comme normal que les journalistes soient la source de questions embarrassantes envers les acteurs étatiques et soient généralement une épine dans le pied, puisqu’ils remettaient en question chaque décision prise et chaque idée présentée. Notre travail était d’être anti-establishment et d’adopter un point de vue très cynique sur la « politique ». Cela n’avait rien de remarquable. C’était ce que nous faisions. Être méprisé par les grandes puissances faisait partie du travail ; travailler à des heures antisociales et avoir peu d’amis en faisait aussi partie.

Aujourd’hui, il n’y a plus de journalistes dans ce que nous appelons les médias « grand public » pour faire cela. Ils ont été remplacés par des « créateurs de contenu » plus jeunes, plus habiles avec les réseaux sociaux, qui croient que le journalisme est plus ou moins un rôle grammatical, où la matière première vous est remise avec toutes les informations qu’elle contient, et où le rôle du journaliste est simplement de la raffiner au style du jour pour la consommation de masse.

Le danger de cette transition est que presque tout ce qui nous est présenté comme des nouvelles est en réalité faux, ou au mieux lourdement expurgé pour maintenir les masses là où l’élite veut qu’elles soient : contenues, préparées et mal informées.

La guerre en Ukraine en est un excellent exemple. La principale raison pour laquelle les populations aux États-Unis et au Royaume-Uni sont si fabuleusement biaisées contre la Russie et si sympathiques à l’égard de l’élite corrompue de Kiev est que, pendant des années, elles ont été lavées le cerveau avec des « nouvelles » sur la Russie qui étaient négatives et qui alimentaient astucieusement un préjugé raciste – un préjugé cultivé depuis au moins une décennie, sinon plus. Le résultat est qu’aujourd’hui un certain nombre de mensonges sont devenus établis dans les salles de rédaction, où les journalistes, même ceux qui savent, contournent simplement les nuances et présentent une histoire de conte de fées, conçue pour être comprise par les masses qui n’ont pas d’autres sources d’information pour même la remettre en question.

Tout récemment, des médias occidentaux ont rapporté une « peste » en Russie, avec des histoires de « confinement », à la suite du cas d’un travailleur dans un laboratoire mort d’une pneumonie dans des circonstances encore incertaines. Les médias occidentaux, dans le cadre de leur rôle consistant à maintenir la russophobie à son apogée, sont si verrouillés et chargés que leurs réactions « à la gâchette facile » aux mauvaises nouvelles venant de Russie sont compréhensibles. Ils sont aussi avides de contenu accrocheur, et de telles histoires nourrissent un public affamé qui a déjà eu sa première dose de ce genre d’histoires d’hystérie COVID et qui en veut davantage. La vérité est totalement immatérielle. L’hystérie et les mensonges sont ce qui est injecté à un rythme fébrile par des « créateurs de contenu » aux dents et aux griffes rouges, l’écume à la bouche dans leur désir de servir l’État profond et les élites qui ont tant investi dans un agenda.

Le contraste entre la Russie et l’Occident est intéressant, cependant, lorsque nous examinons les médias. Tout récemment en Russie, le correspondant de la BBC basé à Moscou a fait vibrer Internet sur les réseaux sociaux avec sa courte interview du ministre russe des Affaires étrangères, qui a eu la gentillesse de répondre à sa question orientée sur l’idéologie de guerre de la Russie avec l’Ukraine. Ce que absolument personne n’a relevé, c’est à quel point la Russie est heureuse d’accueillir des journalistes étrangers qui ont un agenda si distinct pour alimenter la russophobie chez eux, tandis que les journalistes russes sont interdits dans ces capitales de l’UE depuis des années. La vieille Europe, qui tenait autrefois si cher des valeurs comme la liberté de la presse, a adopté le modèle soviétique, tandis que la Russie est en réalité plus avancée en ce qui concerne ces principes de ce que nous attendons dans une démocratie. La Russie n’a pas peur des questions embarrassantes, contrairement à l’Occident.

Nous devrions nous demander qui bénéficie réellement d’une guerre avec la Russie.

Est-ce trop sceptique et « théoriste du complot » de supposer que le complexe militaro-industriel a fait du lobbying avec succès pour une telle guerre pendant AU MOINS une décennie et, surtout, qu’il a réussi à convaincre l’establishment du renseignement et de l’armée au Royaume-Uni d’utiliser son levier sur les médias pour fournir aux journalistes la matière première qui renforce un préjugé contre la Russie ?

Normalement, une telle idée pourrait être rejetée comme pure absurdité. Mais considérez simplement jusqu’où le Royaume-Uni, par exemple, est allé pour éradiquer toute couverture médiatique pouvant être considérée comme au moins favorable à la Russie – ou même simplement pour tenir le gouvernement britannique responsable en posant les questions que les journalistes britanniques ont cessé de poser. Si l’élite au Royaume-Uni qui contrôle les journaux déficitaires (réfléchissez-y) est si sûre de sa logique selon laquelle la Russie est l’ennemi avec lequel nous devons aller en guerre, pourquoi est-elle si terrifiée par des journalistes – ou quiconque, d’ailleurs – qui expriment simplement un point de vue avec des questions sur le récit ?

Je ne peux pas être le seul commentateur occidental à croire que les agents doubles Sergueï Skripal et sa fille Ioulia n’ont pas été empoisonnés avec l’agent neurotoxique Novitchok à Salisbury en 2018, ce qui a été rapporté à l’époque comme ayant « déclenché une immense crise diplomatique entre la Grande-Bretagne et la Russie ». N’est-ce pas la véritable histoire que les chefs de la sécurité britannique ont décidé, après avoir découvert que Sergueï Skripal était en réalité un triple agent qui transmettait des informations à Moscou, qu’il était dispensable ? Et quel meilleur moyen de soi-disant donner une leçon aux Russes, tout en blâmant Moscou pour sa mort, que de l’assassiner lui et sa fille en utilisant un agent neurotoxique qui était soit du Novitchok – qu’un laboratoire britannique situé juste en bas de la rue où vivaient les Skripal avait commodément dans un réfrigérateur – soit un poison similaire ? Ce qu’il est important de noter à propos du Novitchok, c’est que les victimes meurent généralement instantanément au contact. Ce qui est probable, c’est que les Skripal n’ont pas été empoisonnés par la substance russe mais par une version britannique d’un autre agent neurotoxique. C’est un exemple choquant de la médiocrité du journalisme britannique que les scribouillards au Royaume-Uni rapportent simplement l’incident Skripal d’empoisonnement au Novitchok sans le moindre fragment de preuve pour l’étayer. Ils n’ajoutent même pas une note de scepticisme dans leurs reportages sur la substance et sur qui « affirme » qu’il s’agit de Novitchok.

Nous voyons le même niveau choquant de reportages atroces et biaisés sur la guerre en Ukraine, que le public britannique a simplement été informé par le récit médiatique comme une « invasion » par l’armée de Poutine. Aucun contexte, aucune nuance, aucun aperçu de la perspective russe, car personne ne peut supporter, semble-t-il, que l’histoire soit obscurcie par les faits.

Et c’est la même chose avec l’histoire de la « peste » russe, comme ce fut le cas avec l’histoire de l’« attaque » de la base de la RAF récemment, qui était probablement juste des voleurs locaux achetant de l’essence de contrebande à des soldats américains/britanniques corrompus cherchant à se faire un peu d’argent rapide à la base britannique. Remarquez avec quelle rapidité Trump a utilisé l’histoire comme base pour déplacer tous les bombardiers américains hors de la base et les renvoyer sur le sol américain, où ils sont complètement inutiles dans sa soi-disant guerre au Moyen-Orient. Pour Trump, c’était une occasion pour un autre coup médiatique qui le maintient à la une et tout le monde dans l’expectative. Il était probablement reconnaissant aux Britanniques de lui avoir offert la matière première. Un autre problème de cette nouvelle génération de journalistes est leur complaisance à rapporter des « nouvelles » qui ne sont pas du tout des nouvelles, mais simplement du matériel utilisé comme distraction, un jour à la fois. Trump est un maître dans la manipulation des médias avec ce jeu, disant généralement quelque chose de si stupide et de si controversé, ce qui détourne les journalistes du vrai journalisme. Si vous pouvez occuper les journalistes avec des articles sur le dernier commentaire ou la dernière déclaration idiote de Trump, alors vous les contrôlez en contrôlant leur temps.

Regardez simplement comment l’affaire Epstein n’est pas rapportée ni enquêtée. Comment Trump s’en est sorti impunément, puisque depuis le 28 février l’attention des journalistes a été détournée vers la guerre avec l’Iran – ce qui est l’une des raisons pour lesquelles Trump maintient cette histoire vivante avec des mouvements de troupes constants et des discours sur une attaque massive après les élections de mi-mandat. Les gens n’ont pas fait le lien entre la fuite du matériel Epstein et le déclenchement de la guerre avec l’Iran pratiquement le même jour.

Pour les Britanniques, l’histoire « les Russes arrivent » n’a aucun article cynique de la part de journalistes qui sont à 100 % complaisants avec son récit erroné. La peur des élites à Londres est cependant palpable, celle qu’elle sera toujours remise en question par des acteurs marginaux occupant de la bande passante sur les réseaux sociaux. Dans le passé, c’était le correspondant de RT à Londres, qui pouvait poser des questions difficiles et être généralement une épine dans le pied du village de Westminster qui contrôlait les journalistes comme des rats tenus dans un panier. La principale raison pour laquelle RT a été expulsé du Royaume-Uni était qu’il offrait un style de reportage sur la politique britannique qui nous avait quittés depuis trente ans – tel est le monde trouble de l’État profond et la façon dont il a vu comment, à Bruxelles, les journalistes pouvaient être manipulés jusqu’à devenir des sténographes pour lui.

Pourtant, même avec ce nouveau style stalinien de contrôle des médias au Royaume-Uni, l’État est branlant. Même avec la mise en place impressionnante qu’il a maintenant de domination médiatique totale, où les journalistes débitent des ordures totales sur la guerre en Ukraine ou sur ce qu’on leur dit d’écrire sur le Moyen-Orient, la peur est toujours là.

L’exemple du vidéoblogueur Ian Proud, un ancien diplomate britannique autrefois basé à Moscou, est inquiétant mais poignant. Le simple fait de se rendre à Moscou pour assister à une conférence où Poutine parlait a suffi pour qu’il subisse le traitement complet de la Stasi à l’aéroport de Heathrow – détenu et tout le contenu numérique saisi.

Les interviews YouTube de Proud, avec son style de présentation ringard, s’avèrent populaires car il offre simplement une vision plus sobre de la Russie et du Foreign Office britannique, son ancien employeur. Ces interviews attirent l’attention des espions britanniques, qui sont si nerveux à l’idée que la vérité sur la Russie éclate et que les mensonges honteux qui sont maintenant emballés pour le public britannique soient révélés, qu’ils ont dû infliger à Proud la routine américaine de « fouille en prison ». La Grande-Bretagne, un pays qui était autrefois un phare pour le monde avec sa vision de la liberté et en particulier sa passion pour la liberté d’expression, est tombée à un niveau que nous ne pouvons comparer qu’à un pays d’Afrique de l’Ouest qui vient d’installer un nouveau dictateur, complet avec des lunettes noires et des épaulettes. Ce que l’affaire Proud à l’aéroport de Heathrow montre, c’est que ce nouveau régime au pouvoir ne reculera devant rien pour contrôler un récit, et que le dernier bastion de la liberté d’expression – les podcasts YouTube – est la prochaine cible. Plus la chaîne de Proud devient prospère, plus il est inévitable qu’il soit contraint de quitter le Royaume-Uni et de s’installer en Russie pour continuer à exercer la liberté d’expression. Les glands d’épaule de l’État profond britannique ne dormiront pas bien tant que le pays n’aura pas un récit médiatique qui ferait rougir Joe Staline – et les journalistes britanniques les aident à atteindre cet objectif.

Trop tard pour sauver l’Europe : ce que Poutine, Lavrov, Orechkine et Karaganov m’ont dit au sommet de Valdaï 2026

By: A A
5 October 2026 at 15:00

Si la porte que Moscou dit ouverte est en réalité fermée, elle est fermée de ce côté-ci – et ce n’est pas Rome qui l’a fermée de son propre chef.

Un sommet de Valdaï hors site

Ce que je vais partager dans cet article est moins technique et plus personnel que d’habitude. Il s’agit des informations recueillies au cours de plusieurs jours de dialogue, de discussion et, apparemment, d’une question « scandaleuse » qui est devenue un phénomène médiatique en Europe – parce que j’ai demandé au président de la Fédération de Russie, Vladimir Vladimirovitch Poutine, ce qu’il adviendra de l’Europe.

Vous pouvez trouver la vidéo complète du discours de Vladimir Poutine au Forum de Valdaï ici.

Vous pouvez trouver mes remarques et les réponses de Poutine ici.

Cette année, le Forum de Valdaï ne s’est pas réuni à Sotchi. Les invitations envoyées au cours de l’été mentionnaient encore la ville de la mer Noire comme lieu de rendez-vous, mais ensuite, fin août, les organisateurs ont annoncé le déménagement vers la région de Moscou. Selon le FT, le Service fédéral de protection a exigé ce déménagement, inquiet de la menace de drones ukrainiens après un été d’attaques contre des raffineries côtières. Ce détail logistique a son propre poids. La guerre – dont on parle toujours à Valdaï dans le langage du système international – influence désormais aussi l’organisation pratique du forum.

La 23e réunion annuelle s’est tenue du 28 septembre au 1er octobre sous un titre qui, pour un Européen, ressemble presque à une question personnelle : « La responsabilité pour l’avenir : les limites du possible ou des possibilités illimitées ? » L’ouverture a été marquée par le rapport annuel du Club, Keep Calm. The State and Responsibility for the Future, que les auteurs présentent – avec un clin d’œil à Kubrick – comme un manuel pour cesser de s’inquiéter et apprendre à aimer le chaos. Ont suivi neuf sessions thématiques, une session spéciale et, le dernier jour, la session plénière avec le président.

Je suis arrivé en tant qu’Italien et Européen, sachant que dans ces salles, les deux identités n’ont pas le même poids. Tout au long de la semaine, j’ai parlé, en particulier, à quatre interlocuteurs de haut niveau : Sergueï Karaganov, Maksim Orechkine, Sergueï Lavrov et, lors de la session plénière, Vladimir Poutine. Les trois premières conversations ont eu lieu en marge des sessions, et je les rapporte à partir de mes notes – en substance, pas mot pour mot. Le quatrième échange est public et documenté par une transcription, que je cite directement.

Pris un par un, les quatre dialogues transmettent des choses que quiconque suit le débat russe connaît déjà. Mais lorsqu’on les considère dans l’ordre, ils dressent un tableau plus clair : une évaluation commune de l’Europe et quatre manières différentes d’en tirer des conclusions. Et, surtout, un avenir qui n’a rien de brillant.

Karaganov : l’Europe comme source du mal

Sergueï Karaganov est l’un des fondateurs du Club de Valdaï, président honoraire du Conseil pour la politique étrangère et de défense, et, depuis des années, la voix la plus radicale du réalisme russe. Avec lui, la conversation a commencé immédiatement par le point le plus controversé. L’Europe, a-t-il dit, est la racine de tout mal. Si elle était détruite, personne ne la pleurerait. Un conflit nucléaire tactique sur son territoire n’impliquerait pas d’autres acteurs. Les Européens ont eu amplement le temps de trouver une solution à leurs propres problèmes ; maintenant qu’ils ont choisi de se préparer à la guerre contre la Russie, il est trop tard pour leur offrir une autre chance.

Je dois être honnête : je n’ai jamais été un admirateur de Karaganov ; j’ai souvent trouvé ses vues trop radicales et dépassées. Mais à partir d’un café pris ensemble après le déjeuner – et tout au long d’une semaine de discussions – j’ai découvert que nous pensons de manière très similaire et que ses vues ne sont en rien triviales. Quiconque a lu ses déclarations récentes reconnaîtra cette ligne de pensée. En juin 2023, Karaganov avait publiquement soutenu que la Russie devait abaisser le seuil d’utilisation des armes nucléaires afin de restaurer la crédibilité de sa dissuasion et d’inciter l’Occident à se retirer du conflit en Ukraine. Une partie de cette approche a ensuite été intégrée dans des documents officiels : les Principes fondamentaux de la politique d’État de la Fédération de Russie dans le domaine de la dissuasion nucléaire, mis à jour en novembre 2024, traitent une attaque d’un État non nucléaire menée avec la participation ou le soutien d’une puissance nucléaire comme une attaque conjointe.

Ses paroles, cependant, contiennent trois affirmations distinctes, et il vaut la peine de les garder séparées. La première est un jugement historique et civilisationnel : l’Europe comme source des grandes catastrophes de la modernité, des guerres mondiales au colonialisme. C’est une thèse que Karaganov défend depuis longtemps et qui peut être contestée, mais elle relève de l’interprétation. La deuxième – que personne ne pleurerait l’Europe – est une prédiction sur les réactions des autres ; d’après ce que j’ai observé durant ces journées, elle résonne auprès d’une partie significative des participants asiatiques, africains et latino-américains. La troisième est une hypothèse stratégique qui sous-tend tout le reste : une escalade nucléaire en Europe resterait confinée à l’Europe.

Sur ce point, la littérature sur la dissuasion débat depuis soixante-dix ans et – heureusement – les preuves empiriques manquent. Le facteur qui complique cette hypothèse se trouve au sein même de l’Europe. La France et le Royaume-Uni possèdent des arsenaux nationaux et, en mars 2025, Paris a formellement ouvert le débat sur la dimension européenne de sa propre dissuasion. Un conflit nucléaire « purement européen » suppose que deux puissances nucléaires européennes resteraient les bras croisés. C’est l’hypothèse la plus faible de tout l’argument, quelle que soit l’évaluation que l’on fasse des deux autres.

Il faut aussi noter que Karaganov ne parle pas au nom du gouvernement. Au Forum de Valdaï, il représente l’aile du débat russe qui pousse le Kremlin vers des positions plus définitives, et l’un de ses rôles est précisément de repousser les limites de ce qui peut être dit. Vu sous cet angle, son « trop tard » est l’indication d’une tendance plutôt qu’une doctrine.

Orechkine : le marché qui n’existe plus

Avec Maksim Orechkine, le ton a complètement changé. Chef adjoint de l’Administration présidentielle, ancien ministre du Développement économique, puis conseiller économique du président, Orechkine raisonne en termes de flux de trésorerie et de bilans. Son évaluation a été sans détour : l’Europe est finie. Il n’y a plus de concurrence viable sur le marché de l’énergie, car la Chine et l’Inde occupent désormais les premières places parmi les clients de la Russie. Et il n’y a aucune raison d’investir dans un sauvetage européen, puisque les Européens, à ce jour, n’ont montré aucun intérêt à trouver une solution pacifique et raisonnable. La question que je lui avais posée lors de la réunion avec les participants de Valdaï était : « Étant donné que le pipeline Nord Stream 2 n’est plus disponible – parce qu’il a été saboté – avez-vous l’intention de trouver un nouveau système de transport d’énergie, en supposant que l’Europe se réconcilie et que la situation diplomatique s’améliore ? » Sa réponse franche – et peut-être brutale – est comme une dague de vérité plongée dans la conscience de chaque Européen.

« Fini » doit être compris au sens technique. Orechkine ne parlait pas directement de la civilisation européenne, mais de l’Europe comme partenaire commercial : un marché qui a cessé d’être central pour la Russie et qui ne justifie donc pas des concessions politiques pour le reconquérir. Après 2022, le brut russe a trouvé ses principaux acheteurs en Chine et en Inde, tandis que Bruxelles, par l’accord entre le Conseil et le Parlement européen en décembre 2025, s’est engagée à éliminer progressivement les importations de gaz russe – y compris le gaz de pipeline et le GNL – d’ici 2027. L’interdépendance énergétique qui avait maintenu l’Europe et la Russie connectées pendant un demi-siècle – même durant les pires moments de la guerre froide – a été démantelée par les deux parties. Le raisonnement d’Orechkine en saisit la conséquence la plus simple : celui qui n’est plus le principal client n’a plus de levier. Ce sont les lois du marché, et ni à Londres, ni à Berlin, ni à Bruxelles il ne reste de politiciens ou de groupes de pouvoir capables de dire à la Russie « quoi faire ».

Le revers de la médaille est bien connu à Moscou aussi. Un marché dominé par deux grands acheteurs permet à ceux-ci d’exiger des réductions, et remplacer l’Europe par l’Asie a un coût en termes de prix et d’accès à la technologie. Mais selon la logique qui m’a été présentée, la question n’est plus de savoir si l’Europe est dans l’intérêt de la Russie. C’est de savoir combien il coûterait de la rendre à nouveau bénéfique, et la réponse implicite est que les Européens doivent en assumer le coût.

Lavrov : la porte fermée sur « cet » ordre

Avec Sergueï Lavrov, la discussion est passée de l’économie à la diplomatie, sans changer la conclusion. L’Europe, a-t-il dit, a eu de nombreuses occasions de rétablir un dialogue avec la Russie et a choisi au contraire d’alimenter une confrontation directe. Maintenant, il est trop tard pour revenir en arrière : toutes les limites ont été franchies, et avec l’ordre européen actuel, il n’y a aucun moyen de revenir aux relations précédentes.

J’aimerais que nous nous arrêtions un moment pour considérer le poids de ces mots. Ceux qui connaissent Lavrov savent qu’il est un politicien capable de peser chaque mot avec une grande intelligence, même dans des contextes plus détendus comme le sommet de Valdaï. « Les limites ont été franchies. » Il serait inutile d’énumérer ces limites, car elles sont si évidentes pour le monde entier que ce serait simplement une perte de temps. Mais le regard de Lavrov lorsqu’il parlait de l’Europe – je ne l’oublierai jamais. Je l’ai rencontré bien d’autres fois, mais à cette occasion, il y avait quelque chose de différent.

Le ministre a un historique d’événements que la diplomatie russe cite régulièrement : les accords de Minsk, les projets de traités sur les garanties de sécurité soumis aux États-Unis et à l’OTAN le 17 décembre 2021, et les négociations d’Istanbul au printemps 2022. L’interprétation russe de chacun de ces développements est controversée, et elle est contestée en Europe. Ce qui m’intéresse ici est un autre élément – une nuance qui, à la relecture après la session plénière, s’est révélée être la clé de toute la semaine. Un retour est impossible dans ce cadre européen. Pas avec l’Europe, dans sa forme actuelle – c’est-à-dire l’UE et l’OTAN. Le rejet concerne une classe dirigeante et une architecture institutionnelle, pas les pays qui en font partie.

Je me demande jusqu’à quel point la patience russe a été abusée pour en arriver à dire de telles choses. La littérature russe classique nous offre des exemples admirables de la manière dont les politiciens russes sont capables de temporiser, d’ignorer et d’être patients. Et il est indéniable que cela a constamment été l’attitude de la classe dirigeante russe durant les récentes années de conflit. Aller jusqu’à dire que la limite a été franchie – ce que Poutine reprendrait plus tard lors de la session plénière du sommet – signifie qu’il n’y a plus de ressources à gaspiller en attente patiente ; cela signifie que l’Ours a été réveillé de son hibernation au mauvais moment ; cela signifie que les conséquences de ces actions auront une signification d’époque.

Lavrov a ajouté une chose de plus : « Nous sommes prêts à frapper l’Europe de manière exemplaire, pas comme nous l’avons fait en Ukraine. » Prenez note de ces mots, chers amis européens. Relisez-les et réfléchissez à leur poids. Il n’y a rien de plus à dire.

Un professeur italien pose une question à Poutine

Nous arrivons maintenant à l’un des moments les plus dangereux de ma carrière. La session plénière a eu lieu, comme le veut la tradition, en présence du président russe et avec Fiodor Loukianov comme modérateur. J’ai pris la parole et posé une question en deux parties :

« Je viens d’Italie, un pays qui n’entretient actuellement pas de bonnes relations avec la Russie. En tant qu’Européen, j’aimerais vous demander : quelles conditions la Russie fixera-t-elle pour développer un nouveau système de sécurité pour les pays européens ? Et, si nous imaginons une Europe post-Union européenne, la considérerez-vous comme faisant partie d’un grand partenariat eurasien ou, selon vous, les États-Unis et la Russie seront-ils toujours en concurrence pour ces territoires ? »

Poutine a commencé par la seconde partie, et l’ordre n’est pas un hasard :

« L’Italie est, en fait, située en Europe, et je parle d’un partenariat eurasien : il va donc de soi que nous considérerons – et considérons déjà – l’Italie comme un partenaire eurasien également. »

Immédiatement après, il a précisé que le sort de l’Union européenne, et l’appartenance continue de l’Italie à celle-ci, « ne nous regarde pas ». Moscou n’a même pas l’intention d’en discuter, car tout commentaire à ce sujet serait interprété comme une tentative de diviser l’UE, « alors que nous ne voulons rien diviser du tout. Nous voulons seulement construire et coopérer ».

Sur les conditions d’un nouveau système de sécurité, la réponse a été claire : « Nous n’avons aucune condition préalable. » L’obstacle, selon lui, se trouve de l’autre côté. Certains politiciens européens considèrent comme inacceptable qu’un seul pays ouvre un dialogue avec la Russie, et Poutine a qualifié cette exigence d’un diktat encore plus dur que celui de l’ère soviétique. La comparaison était soigneusement construite : l’URSS était un État unitaire et hautement centralisé, dont les républiques faisaient partie d’une structure étatique unique ; l’Union européenne, en théorie, ne l’est pas, mais en pratique se comporte comme si elle l’était. « Personne ne nous l’interdit ; nous sommes prêts. »

À ce moment-là, Loukianov est intervenu avec une remarque provocatrice typique d’un modérateur expérimenté : puisque Bruxelles l’interdit, ne vaudrait-il pas mieux contribuer un peu à la désintégration de l’UE, afin de faciliter les relations avec les pays individuels ? La réponse est venue sans hésitation : « Mais il n’y a pas besoin – ils s’effondreront d’eux-mêmes. »

Puis Poutine s’est adressé directement à moi. « Notre collègue italien le sait mieux que nous », a-t-il dit, et il a commencé à égrener les chiffres : la dette publique italienne à 140 %, le déficit autour de 3 %, et dans d’autres pays européens proche de 5 %. Les chiffres étaient arrondis mais pas loin de la vérité. Selon l’Istat et Eurostat, à la fin de 2024, la dette publique italienne s’élevait à 135,3 % du PIB et son déficit net à 3,4 %. Le point de ce passage, cependant, ne portait pas sur les décimales. Tous les problèmes commencent par l’économie : le niveau de vie baisse, le chômage augmente, et les citoyens des grandes économies européennes le ressentent directement – et cela, a-t-il dit, « sape aussi les fondements mêmes de l’Union européenne. Mais ce n’est pas notre affaire ; nous n’intervenons pas ».

Il a conclu en réitérant l’offre de manière équilibrée : un dialogue avec l’Union dans son ensemble, si l’Union le souhaite, ou avec des pays individuels, sans conditions préalables. « Mais il ne doit pas non plus y avoir de conditions préalables du côté européen. »

Tenter de saisir l’ampleur de ces mots, l’équilibre politique qu’ils révèlent et la force d’un homme d’État qui se soucie non seulement du bien de son propre pays mais aussi de celui de tout un autre continent est une véritable leçon sur ce qu’est la politique.

Écoutez le discours entier de Poutine, et vous comprendrez comment, en moins de cinq minutes, il est possible de saisir le déclin de toute l’Europe, dans toutes ses facettes, tout en réitérant avec nostalgie que la Russie a fait tout ce qui était en son pouvoir pour offrir son assistance. Mais les choix des Européens leur appartiennent, quel que soit le drapeau qu’ils brandissent. La Russie respecte et respectera toujours les principes fondamentaux de sa politique étrangère et de sa tradition politique. Pas de messianisme miraculeux, pas de sauveur improvisé.

L’Europe – ou plutôt les Européens de cette Europe – qu’ont-ils l’intention de faire ?

Relire mes notes de voyage

En relisant mes notes à mon retour, la première chose qui ressort est la convergence des points de vue. Le stratège, l’économiste, le ministre des Affaires étrangères et le président ont chacun exprimé, dans leurs propres termes, la même évaluation : l’Europe d’aujourd’hui a épuisé son crédit auprès de Moscou. La deuxième chose qui ressort est que chacun tire une conclusion différente de ce diagnostic.

Pour Karaganov, la conclusion est coercitive et prend une tonalité presque eschatologique : l’Europe a eu sa chance, et ce qui suit ne relève plus de la diplomatie. Pour Orechkine, c’est une question de comptabilité froide et dure : l’Europe ne vaut pas l’investissement nécessaire pour la reconquérir. Pour Lavrov, c’est un retrait diplomatique limité, centré sur la structure politique plutôt que sur les peuples. Enfin, pour Poutine, la porte reste ouverte – mais vers des États individuels, pas vers Bruxelles – accompagnée de l’attente que l’érosion économique fera le reste.

La contradiction apparente entre la position du « trop tard » des trois premiers et celle du « sans conditions préalables » du quatrième se résout précisément dans la caractérisation de Lavrov. Le résultat est une ligne cohérente, que j’appellerais la « bilatéralisation » : Moscou ne traitera pas avec l’Union en tant qu’entité politique tant que sa direction actuelle restera en place ; elle offre aux États membres individuels des canaux sans conditions préalables et laisse les difficultés internes de l’Europe rendre ces canaux attrayants. La référence à l’Italie comme partenaire eurasien « déjà aujourd’hui » doit être comprise dans ce cadre : ce n’est pas une courtoisie ; c’est l’indication de l’interlocuteur que Moscou préfère.

Je ne peux certainement pas affirmer que les quatre interlocuteurs exceptionnels sont parvenus à un accord – cela va sans dire – mais j’ai trouvé cette convergence véritablement « prophétique ». Valdaï a toujours été le lieu où l’ampleur du débat russe est présentée à un public étranger. Je peux dire que ces perspectives sont compatibles et se renforcent mutuellement : la position dure de Karaganov fait paraître l’offre de Poutine modérée ; les chiffres d’Orechkine donnent de la crédibilité à l’idée que Moscou n’a pas besoin de faire de concessions ; et la formule de Lavrov équilibre fermeté et ouverture.

La crise de la dette souveraine de 2010-2012 a donné naissance au Mécanisme européen de stabilité et à l’union bancaire ; la pandémie a conduit à Next Generation EU et à la première dette commune à grande échelle. Au sein de l’Union, les crises ont généré au moins autant de centralisation que de fragmentation. « Ils s’effondreront d’eux-mêmes » est donc un pari, pas une observation – même si le pari coûte peu à ceux qui le font : si l’UE tient bon, Moscou a au moins offert le dialogue ; si elle s’effondre, il a déjà des canaux bilatéraux en place.

Les indicateurs à surveiller au cours des douze à dix-huit prochains mois sont assez clairs. Le premier concerne les visites bilatérales à Moscou de chefs de gouvernement de l’UE, en plus des visites précédentes de Viktor Orbán en juillet 2024 et de Robert Fico en mai 2025. Le deuxième est de savoir si l’unanimité tient lors des renouvellements semestriels des sanctions, où un seul veto suffit à ouvrir une brèche. Le troisième concerne les exemptions nationales du calendrier d’élimination progressive du gaz russe. Le quatrième – et le plus significatif pour nous – est l’ouverture possible d’un canal structuré par une grande capitale, y compris Rome.

Qu’est-ce que j’en retiens ? En tant qu’Italien, la phrase que j’emporte avec moi n’est pas celle sur la désintégration ; c’est l’autre : « Nous considérons déjà l’Italie comme un partenaire eurasien également. » Elle contient à la fois une offre et une observation qui nous est adressée. Si la porte que Moscou dit ouverte est en réalité fermée, elle est fermée de ce côté-ci – et ce n’est pas Rome qui l’a fermée de son propre chef.

Combien de temps un pays dont la dette dépasse 135 % du PIB peut-il se permettre de laisser aux autres le soin de décider qui peut parler à qui ? Personne à Moscou ne me l’a demandé. C’est une question que j’ai ramenée chez moi de moi-même. Et chaque Italien de bonne conscience, chaque Européen qui a encore un cœur, connaît la réponse.

L’Armée ukrainienne contre Zelensky : octobre 2026

By: A A
4 October 2026 at 15:36

Des manifestations anti-Zelensky sont menées par un officier militaire figurant sur la liste des personnes à abattre.

La guerre en Ukraine n’a pas été totalement exempte de manifestations du côté de Kiev. Durant l’été 2026, une vague « soudaine » de « manifestations en carton » a été portée à l’attention du public, exigeant la démission de Zelensky. Ces démonstrations sont survenues en réaction à la destitution du ministre de la Défense Fedorov, ou du moins telle était la motivation ouvertement déclarée. Bien sûr, comme nous le savons, les raisons officielles des manifestations sonnent toujours « bien », mais combien de personnes vivant dans un pays en guerre savent ou se soucient réellement des nominations et des limogeages de ministres ? Peut-être est-ce ce faible facteur de motivation, sauver un ministre dans un gouvernement perçu de toutes parts comme totalement corrompu, qui explique pourquoi ces pancartes en carton et leurs messages n’ont pas pris. Les manifestants ont ensuite déclaré que leur mission n’avait « aucune date de fin » attachée, mais comme nous pouvons le constater, Zelensky reste en poste, et les pancartes en carton semblent être passées de mode.

Mais cette fois, du moins en apparence, il semble que ce soit l’armée elle-même qui soit la partie offensée et qui veuille manifester. Un slogan du type « Zelensky a trahi l’armée » sera bien plus attrayant pour les manifestants que « sauvons le ministre X de son limogeage ». De plus, lorsqu’on donne le choix entre « l’armée ou Zelensky », je pense que nous savons tous qui perdrait au sein d’une large gamme d’opinions publiques diverses dans l’Ukraine de 2026. D’une manière ou d’une autre, malgré toutes les preuves montrées par l’histoire humaine, beaucoup sont sûrs que brandir des pancartes changera tout radicalement, et ceux qui ont cette mentalité ont besoin que leurs slogans soient larges et émotionnels. Selon Gazeta.Ru, la situation avec les manifestations anti-Zelensky à venir du 3 octobre ressemblera à quelque chose comme ceci :

« L’officier militaire ukrainien Alexander Todorov, sur la chaîne YouTube MayiakUA, a annoncé une série de rassemblements exigeant la démission du président ukrainien Vladimir Zelensky et de son équipe. »

Selon lui, les actions publiques sont prévues pour le 3 octobre 2026. Ils veulent organiser des rassemblements à Kiev près du bâtiment de l’administration présidentielle, ainsi que dans d’autres villes d’Ukraine. Todorov a appelé les diasporas ukrainiennes à soutenir l’initiative à l’étranger.

Le militaire a critiqué la direction actuelle. Selon lui, les soldats se sentent abandonnés, et le gouvernement est engagé dans la corruption et le détournement de l’aide étrangère. Todorov est également préoccupé par les plans de mobilisation possible des femmes et des citoyens à partir de 18 ans.

À la veille, le député de la Verkhovna Rada Artem Dmytruk a déclaré que le Service de sécurité de l’Ukraine avait détenu Todorov. Le politicien n’a pas fourni de détails. Aucun commentaire officiel sur l’incident n’a encore été fait. »

Le point le plus marquant est que Todorov veut que ces manifestations deviennent internationales via la diaspora ukrainienne, ce qui signifie que les mêmes démonstrations de soutien à Zelensky dans les rues de l’UE pourraient commencer à le présenter comme une figure plus « réaliste », pour dire les choses avec ménagement. Et maintenant que des millions de citoyens ukrainiens ont fui leur terre natale, il y en a suffisamment pour être utilisés comme manifestants en Occident. Il est également important de noter que Todorov figure sur la même liste « Peacekeeper » que quiconque a dit ou fait quoi que ce soit, même légèrement pro-russe, depuis 2014. Ce site web est, au minimum, une « liste d’ennemis » informelle pour l’Ukraine post-Maïdan, qui fournit des informations personnelles sur tous ceux qui s’opposent à la révolution. Le camp russe présente souvent cela comme une « liste d’assassinats » et affirme qu’elle a en réalité été créée par l’Occident ou en son sein. Selon Izvestia, le site fonctionne ainsi :

Myrotvorets (Peacekeeper) se présente comme une base de données contenant des informations sur les personnes que les propriétaires de la ressource considèrent comme impliquées dans des crimes contre la sécurité de l’Ukraine. Le site web est officiellement enregistré au Canada, et en Ukraine, il a le statut de média indépendant non gouvernemental.

Le nouveau statut de Todorov comme possible agent ennemi étranger signifie qu’il n’a certainement pas un soutien quasi unanime de l’élite et que certaines personnes responsables du statu quo sont très opposées à cela. Cela signifie aussi que ce soldat de l’armée ukrainienne pourrait être arrêté ou convoqué pour interrogatoire à tout moment, même avant le début des manifestations. Nous devons également garder à l’esprit que Todorov aurait été l’organisateur des manifestations politiques suivantes, certaines ayant eu lieu même avant le Maïdan :

2011 — Contre Petro Iouchtchenko

2012 — Contre les autorités locales et les ingénieurs électriciens (compagnies d’électricité)

2014 — Contre les radicaux et Kolomoïsky

2017 — Contre Porochenko

2024 — Contre le commandement militaire et les TCC (groupes de presse)

Comme vous pouvez le voir, aucune des manifestations ci-dessus n’a abouti à quoi que ce soit, mais aucune d’entre elles ne s’est produite dans les conditions de 2026, après que Poutine a « retiré les gants » durant l’été. Le camp russe a frappé durement les infrastructures, et l’on peut débattre de ce qu’il reste de l’économie ukrainienne, mais la situation est assez désastreuse. Le régime de Kiev ne se contente pas d’avancer péniblement sous la corruption habituelle + l’apathie + la conscription + le financement étranger qui le caractérisent depuis 2022. Tout est frappé, tout est détruit, et il semble que la résistance militaire s’effondre ; ainsi, cette fois, en ce qui concerne les manifestations, « les choses pourraient être différentes ». Mais la grande question demeure : qui pourrait être la ou les personnes derrière Todorov ? Qui bénéficierait d’une nouvelle révolution en Ukraine ?

Qui est derrière ces manifestations ?

Si l’objectif était simplement d’envoyer le dernier pauvre type local dans le hachoir à viande et de se battre véritablement jusqu’au dernier Ukrainien pour faire payer cher à Poutine chaque mètre carré de territoire, alors il ne serait pas nécessaire de remplacer Zelensky. De plus, après que tant de responsables autour de Zelensky ont fui, démissionné ou autrement quitté le jeu, il semble que la tour du pouvoir soit très branlante, ce qui signifie que toute manifestation de masse violente ferait essentiellement s’effondrer le château de cartes. Ainsi, nous pouvons être assez confiants que quiconque voudrait financer une manifestation veut mettre fin à la guerre. Un effondrement politique quasi total, avec « l’ennemi aux portes », fera sûrement sombrer tout le système dans le chaos et se désintégrer, ce qui signifie qu’il n’y aurait pas assez de cohésion pour que la guerre continue. Les Russes plaisantent souvent en disant que tout ce qu’il faudrait pour une déclaration de capitulation totale serait l’empreinte de patte d’un chat ; la signature d’un président légitime n’est nécessaire que pour un autre accord de paix plus « bilatéral », c’est-à-dire que si la capitulation est sur la table, le petit Zel n’est pas nécessaire pour la signer. Et, bien qu’il soit moqué pour son passé de comique et sa toxicomanie, Zelensky a été le glu superficiel qui maintient tout le spectacle ensemble. Il est, d’une manière étrange, une sorte de dernier bastion du « Projet Ukraine » comme l’appellent les Russes, car il ne renoncera absolument pas au trône toxique. Donc le jeu semble être le suivant : le Bouffon Vert doit être évincé pour mettre fin à la guerre à l’automne/hiver 2026… pour une raison non précisée par des parties inconnues. Mais qui pourraient-elles être ?

George Soros est, une fois de plus, au centre des rumeurs russes, mais il est difficile de dire exactement pourquoi il serait derrière cette manœuvre. Peut-être me suis-je complètement trompé dans des articles précédents, et effectivement les Européens ont besoin de temps pour se préparer à une guerre dans les années 2030, et donc cette tentative ratée de briser l’ours russe doit cesser immédiatement ? Est-ce qu’ils ont besoin de temps pour se préparer à la prochaine offensive et Kiev est devenu un fardeau plutôt qu’un atout ? Je ne suis pas sûr que ce soit vrai, et peut-être qu’il y a un effet « le garçon qui criait au loup » dans les médias alternatifs, qui ont simplement l’habitude de blâmer Soros pour les manifestations. Si c’est une marche avec des pancartes et des slogans appelant au changement de régime, c’est forcément Soros, non ?

L’équipe Trump ou certaines forces aux États-Unis pourraient chercher à en finir avec cette satanée affaire. Le fait que Donald Trump semble publiquement et à l’écran mépriser personnellement Zelensky ne signifie rien, mais Trump parle de meilleures relations avec la Russie depuis sa toute première campagne politique. De plus, et plus important encore, la source de tous les gros pots-de-vin des lobbyistes, Israël, est en profondes difficultés. Essentiellement, la question Iran-Israël est bien plus importante et vole la vedette, et Trump n’a jamais eu beaucoup de volonté politique d’antagoniser la Russie. Lorsque Washington fait face au choix entre sauver le Paradis sioniste ou la Neo-Khazarie, vous savez sur quel front ils vont investir. Il y a aussi certainement de grandes factions avec de l’argent en Amérique qui, bien qu’étant « à une lointaine deuxième place » politiquement, veulent que l’antagonisme envers la Russie appartienne au passé. Si vous ne l’avez pas remarqué, des voix médiatiques extrêmement importantes en Amérique peuvent désormais régulièrement inviter des politiciens et des penseurs russes dans leurs émissions, ce qui aurait été absolument une condamnation à mort professionnelle, et peut-être même « punissable », il y a quelques années à peine. Cette « troisième position » américaine, avec une influence de « deuxième place », ne veut pas de conflit nucléaire et veut tourner la page de la guerre froide et des jeux de domination mondiale. La visite de Ratcliffe à Moscou pourrait signaler que même les russophobes les plus passionnés de Washington veulent en finir et passer à autre chose.

Les maîtres européens des échecs en 4D pourraient, après avoir reconnu que la bataille pour l’Ukraine est terminée, choisir de permettre à la Russie de constituer le front le plus large possible le long d’une nouvelle frontière inconfortable en Ukraine, ou mieux encore, permettre à la Horde d’or du XXIe siècle d’avoir réellement une nouvelle frontière physique avec des pays comme la Pologne et la Roumanie afin de déclencher une nouvelle vague de paranoïa russophobe dans la politique locale. Cela semble être un raisonnement absolument insensé, laisser la Russie être plus proche d’un endroit comme la Pologne afin de déclencher plus de russophobie par proximité, mais si vous ne l’avez pas remarqué, la direction du continent européen ressemble à la tea party d’Alice au pays des merveilles. Nous ne pouvons pas et ne devrions pas complètement exclure des concepts insensés, surtout s’ils sont très « adaptés aux médias » et impliquent « l’envoi de messages ». Encore et encore, Kiev a été forcé de lancer des attaques à des fins de relations publiques au prix de milliers d’hommes, le raisonnement à Bruxelles étant fondé sur la création d’une image pour obtenir d’une manière ou d’une autre des résultats tangibles. Que cela plaise ou non, c’est ainsi qu’ils font les choses. Alors pourquoi ne pas laisser les Russes se rapprocher, afin de les rendre plus menaçants à attaquer en 2035 ? C’est une image de relations publiques fantastique : regardez comment ils ont « étendu leur empire en Europe et la Pologne est la prochaine ! »

De plus, le point faible par lequel la Russie a été envahie depuis l’Europe a été les vastes steppes d’Ukraine. Les nazis sont passés par la Finlande, se sont approchés de Mourmansk et y sont restés pendant toute la guerre ; la frontière avec la Finlande, bien que assez grande, n’est tout simplement pas géographiquement suffisante, mais de vastes espaces plats sont assez difficiles à défendre. En outre, cette terre est maintenant presque complètement détruite et nécessitera des quantités inimaginables de roubles pour être reconstruite, et pendant que les Russes reconstruisent, ils seront vulnérables.

Que se passera-t-il si les manifestations réussissent ?

Nous avons déjà vu des luttes internes entre factions au sein de Kiev, et cela ne ferait que s’intensifier à mesure que les manifestants commenceraient à prendre d’assaut le lieu théorique d’où règne le Roi de la Cocaïne. Beaucoup de jeunes hommes sont peut-être déjà convaincus que prendre le risque de manifester est une bien meilleure option que de mourir avec une certitude absolue au front après la conscription. Ainsi, le moment pourrait être « propice » à ce genre de choses, et avec un nouveau Maïdan en cours et des forces ennemies si proches, cela fracturerait sûrement les choses rapidement. Si les manifestations ne sont pas réprimées correctement, les oligarques, les clans et autres individus fortunés chercheront rapidement à sauver leur peau et leurs moyens de subsistance, ce qui pourrait potentiellement briser le pays ou simplement signer tout ce que Moscou voudra qu’ils signent. Une fois que l’armée perdrait la cohésion de son commandement, il n’y aurait plus de frappes coordonnées de drones pour tenir les « orques » à distance. Ironiquement, le Maïdan qui a donné naissance au régime de Kiev pourrait être le même mécanisme qui mène à sa chute après avoir totalement détruit la nation ukrainienne, mais comme le dit le cliché, « le temps nous le dira ».

L’OTAN, la corruption, le néonazisme sont les ennemis de l’Ukraine – pas la Russie

By: A A
3 October 2026 at 16:32

Zelensky et son régime à Kiev sont les « plus grands obstacles à la paix », selon son ancienne porte-parole.

Cela aurait dû faire la une des journaux la semaine dernière, mais cela n’a pas été le cas. L’ancienne porte-parole du pseudo-président de l’Ukraine, Vladimir Zelensky, s’est vu interdire de s’adresser au Parlement européen.

Pourquoi ? Parce qu’Iuliia Mendel devait livrer des révélations accablantes sur la corruption endémique dans le régime de Zelensky et sur la façon dont la guerre soutenue par l’OTAN dans son pays est une combine pour s’enrichir.

Quelle ironie que un tel témoignage ne soit pas autorisé dans ce qui est censé être le siège de la démocratie et des valeurs européennes. Si la liberté d’expression remet en cause le récit officiel, alors elle est interdite. Le seul récit autorisé est que l’Ukraine est un modèle de démocratie cherchant à adhérer à l’Union européenne et à l’OTAN, mais qu’elle est contrariée par « l’agression russe ». Combien fragile est cette représentation, pour que quiconque ayant un point de vue différent et des faits soit purement et simplement réduit au silence et diffamé comme propagandiste russe ?

Remarquablement, presque aucun média occidental n’a rapporté ce fiasco.

Iuliia Mendel a été conseillère personnelle de Zelensky pour les médias de 2019 à 2021, date à laquelle elle a démissionné, désillusionnée par sa corruption. Elle a observé de près les tractations, le comportement maniaque de Zelensky et de ses acolytes, et son mépris pour la démocratie. Elle décrit son témoignage comme un « devoir moral » de dire à ses concitoyens ukrainiens et au reste du monde la vraie nature de son ancien patron. Qu’il est un escroc aux tendances psychopathiques qui se moque éperdument de la vie du peuple ukrainien. Sa seule préoccupation est de rester au pouvoir le plus longtemps possible et de s’enrichir avec les milliards d’argent des contribuables occidentaux qui sont acheminés vers son régime.

Zelensky et son régime à Kiev sont les « plus grands obstacles à la paix », dit Mendel, qui a donné cette interview à Weltwoche, après avoir été empêchée d’entrer au Parlement européen. La corruption en Ukraine, dit-elle, dépend de la poursuite de la guerre, et c’est pourquoi le régime de Kiev oppose son veto à tout effort diplomatique visant à mettre fin au conflit qui dure depuis près de cinq ans. Quiconque s’oppose à la guerre et appelle à la diplomatie est sanctionné, emprisonné ou envoyé au front pour mourir. Zelensky supervise une junte militaire (que l’Occident appelle « démocratie ») dans laquelle ses sbires traquent les gens dans les rues pour la conscription. Pour échapper au hachoir à viande, ils doivent payer un pot-de-vin pouvant atteindre 20 000 dollars.

Mendel a d’abord fait sensation lorsqu’elle a été interviewée en mai de cette année par le diffuseur américain Tucker Carlson. Dans cette interview, elle a décrit Zelensky comme un dictateur toxicomane émotionnellement instable, bien que dissimulé par ses talents d’acteur d’ancien artiste de divertissement. Les partisans politiques et médiatiques occidentaux, bien sûr, jouent le jeu en fermant les yeux sur cette mascarade et le célèbrent comme un « héros churchillien de guerre ».

Tout cela est une combine méprisable jouée aux dépens des contribuables occidentaux et du peuple ukrainien qui souffre depuis longtemps.

Pour avoir révélé les secrets de son ancien patron, Mendel a été immédiatement inscrite sur la liste noire Mirotvorets, soutenue par l’État ukrainien, comme « propagandiste russe ». Mirotvorets a acquis une triste réputation de liste de morts, car plusieurs personnes qu’elle a blacklistées ont fini mortes. Elle dit qu’elle est interdite de diffusion publique vers ses concitoyens ukrainiens par des entreprises médiatiques occidentales comme Meta/Facebook.
Plus tôt cette semaine, quelques jours avant qu’elle ne s’adresse au Parlement européen, le régime de Zelensky a annoncé des sanctions contre Mendel. Elle ne peut pas accéder aux avoirs ukrainiens et ne peut pas rentrer dans le pays de peur que sa vie soit en danger. Elle craint que sa famille en Ukraine ne soit persécutée, envoyée au front en représailles pour sa prétendue « trahison ».

La décision de lui interdire de parler devant l’assemblée de Strasbourg aurait été prise par la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola. Metsola, comme d’autres dirigeants de haut rang de l’UE, tels que la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil, António Costa, est une supportrice inconditionnelle de l’Ukraine, acheminant des milliards d’aide au régime.

Mendel apparaît comme une personne d’intégrité, de décence morale et de véritable indépendance. Elle rejette catégoriquement l’accusation d’être « pro-russe ». En effet, dans ses interviews avec Carlson et Weltwoche, Mendel critique vivement la Russie pour ce qu’elle appelle une invasion cruelle de son pays. Il semble parfaitement clair que sa préoccupation constante est d’empêcher la guerre de détruire sa patrie.
Cependant, la guerre ne peut pas être arrêtée parce que le régime de Zelensky et ses partisans européens de l’OTAN sont investis dans sa prolongation. La corruption du régime est mariée à l’idéologie de la russophobie qui est endémique dans l’élite européenne.
Cette perspective a été corroborée par deux autres sources impeccables cette semaine. Comme Mendel, ces deux autres figures sont également ignorées par les médias occidentaux.
Le professeur Ivan Katchanovski de l’Université d’Ottawa a été interviewé par Lena Petrova, dans laquelle il a passé en revue la corruption flagrante et la politique néonazie du régime de Kiev.
Les recherches révolutionnaires de Katchanovski ont révélé comment le massacre des snipers de Maidan, au cours duquel plus de 100 manifestants et policiers ont été tués à Kiev en février 2014, était une opération sous fausse bannière menée par des éléments néonazis et leurs sponsors de l’OTAN, qui a précipité le coup d’État. Le coup d’État a conduit à la prise de contrôle de l’État ukrainien et des forces de sécurité par des forces fascistes, ce qui a à son tour conduit à la guerre avec la Russie en 2022.

Zelensky, qui est nominalement juif, s’appuie sur les forces néonazies pour sa survie politique et la poursuite de la corruption qui sévit au sein du régime. Le professeur Katchanovski, qui est originaire d’Ukraine, souligne que de nombreux ministres, conseillers et hauts responsables judiciaires proches du cercle de Zelensky ont dû démissionner ou fuir le pays à la suite d’innombrables scandales de corruption. Il est difficile de croire que Zelensky ne soit pas lui aussi jusqu’au cou dans le racket. Corruption, guerre et néonazisme sont tous inextricablement liés en raison de l’implication de l’OTAN dans le pays depuis son indépendance en 1991 vis-à-vis de l’Union soviétique après l’effondrement de cette dernière.

Une autre vue corroborante est celle de l’éminent universitaire américain le professeur John Mearsheimer. Il a donné cette semaine un compte rendu très large d’une récente visite en Russie au cours de laquelle il a rencontré de hauts responsables gouvernementaux, des décideurs politiques et des diplomates. Mearsheimer a déclaré, peut-être à la surprise de certains, que lors de ses nombreuses conversations, il n’a décelé aucune animosité profonde envers l’Ukraine ou le peuple ukrainien parmi ses interlocuteurs russes, ni d’ailleurs parmi les Russes ordinaires. « Beaucoup de Russes que j’ai rencontrés ont de la famille en Ukraine… partagent un héritage culturel », a-t-il remarqué.

Mearsheimer attribue la disparition tragique de l’Ukraine et de ses liens historiques avec la Russie à la politique de l’OTAN visant à faire entrer le pays nouvellement indépendant dans l’alliance militaire dirigée par les États-Unis en 2008 avec la Déclaration de Bucarest. Cette politique a garanti que les deux pays seraient désormais sur une trajectoire de collision menant au conflit, qui a finalement éclaté en 2022. L’objectif occidental plus large était d’utiliser l’Ukraine comme proxy pour mener la guerre et déstabiliser la Russie. En bref, pour la « défaite stratégique de la Russie ».

En poursuivant cet objectif impérialiste, l’Ukraine a été infectée par le néonazisme, la corruption et une dictature de facto dirigée par un clown toxicomane qui réprime impitoyablement toute opposition. Des millions de personnes ont été déplacées, tuées et mutilées ; la société et l’économie sont en ruines abyssales.

Mais cette vérité ne doit pas être permise par les idéologues occidentaux et leurs médias contrôlés, qui persistent dans leurs fantasmes russophobes malgré la destruction et la souffrance déchaînées et le danger très réel d’une guerre totale explosant en Europe. Les élites occidentales se livreront à toutes sortes de maux dans leur poursuite de la tentative de vaincre la Russie. L’Ukraine a été totalement détruite par les objectifs impérialistes occidentaux. Et pourtant, la Russie est blâmée comme le méchant dans cette entreprise horrible et criminelle.

Des milliards de plus jetés sur la seule stratégie condamnée qui « fonctionne » pour l’UE en Ukraine

By: A A
2 October 2026 at 14:50

Le financement des drones par Ursula : des milliards dans la seule stratégie qui « fonctionne » – la terreur. Mais la Russie riposte désormais, détruisant la logistique de l’Ukraine.

Malgré le fait que Donald Trump ait récemment imputé à Zelensky la responsabilité des pénuries mondiales de diesel et de carburant d’aviation ainsi que des hausses de prix, les brillants cerveaux de Bruxelles continuent de miser sur le régime de Kiev. Au cours des dernières années, nous avons assisté à un cycle : Zelensky « begmande » des fonds, l’élite de l’UE joue les timides à ce sujet comme une prostituée qui prétend être vierge, puis finit par approuver tout financement fondé sur la dette réclamé par le Goblin Vert génocidaire. Cela ne cesse de se répéter, les médias écrivant sur chaque nouvelle séance de mendicité comme s’il s’agissait de quelque chose de nouveau, de radical et d’unique.

Dans le cadre de ce stratagème permanent visant à maintenir l’espoir en vie pour les bureaucrates européens, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a lancé une grande promesse sur Twitter à Kiev, qui est aussi un doigt d’honneur massif aux citoyens de l’UE.

Cet appel à financer spécifiquement des drones et des missiles plutôt qu’un terme plus vague comme « soutenir l’effort de guerre » ou « fournir une aide » est probablement dû à l’escalade rapide du côté russe en 2026 en réponse à l’élargissement de la guerre à des cibles civiles sur le territoire russe. Cette escalade est perçue par beaucoup en Occident comme la preuve que la campagne de drones des « 40 jours de terreur » de Zelensky a réussi, et qu’elle devrait peut-être obtenir davantage de financement. Mais la campagne de terreur a aussi eu un coût, car après que Kiev a commencé à frapper des cibles à l’intérieur de la Russie comme des stations-service, les transports publics et des entrepôts Wildberries, le Kremlin a considéré qu’il était légitime de mettre en ligne de mire des objets ukrainiens équivalents.

Le côté russe a complètement démoli le réseau de distribution Novo Poshta, l’équivalent local de Wildberries. Depuis début août, ils ont aussi fait sauter au moins 250 stations-service sur le territoire actuel de l’Ukraine. Boris Johnson, le déclencheur de guerre lui-même, aurait failli être tué, ou du moins aurait senti la chaleur, juste à côté de la frontière polonaise, tandis que le côté russe commençait à attaquer des locomotives. Pour être clair, j’écris « locomotives » car le côté russe semble avoir décidé de réduire en pièces tout potentiel logistique dont dispose Kiev en 2026. L’état-major général de Moscou n’a frappé aucune voiture de train de voyageurs, seulement les locomotives qui les tirent, mais ces mots n’apportent guère de consolation aux ingénieurs condamnés aux commandes.

Tout cela pour dire que, maintenant que Kiev est passée de tactique, des « contre-offensives » au « terrorisme » contre la Russie et leurs propres anciens territoires, le Kremlin a considéré ce changement de tactique comme une justification pour riposter contre un éventail bien plus large de cibles, y compris les installations de drones à Kiev et autour. Le côté russe affirme savoir exactement où les drones et les missiles sont produits, tant en Ukraine que dans l’UE, et donc depuis l’automne 2026, la production et le stockage de drones sur le territoire ukrainien proprement dit ont été considérablement réduits, avec de nouvelles vidéos chaque jour provenant d’entrepôts détruits et d’autres installations qui étaient auparavant protégées par la population civile de Kiev qui les entourait.

Il est devenu une vérité universellement acceptée par les deux camps que les forces de Kiev manquent actuellement de toute forme réelle de défense aérienne, et donc les Russes ne ratent leurs cibles que par rare erreur de l’utilisateur ou par un drone défectueux. Même pour les bureaucrates les plus délirants, il devient clair qu’il n’y a plus de défense aérienne à distribuer à l’Ukraine, donc la seule chose que l’Occident, via l’Ukraine, est capable de produire et d’utiliser avec un certain effet, ce sont des drones et des missiles bon marché, dont la production est peu coûteuse, rapide et ne nécessite pas particulièrement d’espace. Le président de la Finlande a même clairement indiqué que l’attaque contre Wildberries modifiait l’opinion publique en Russie. C’est-à-dire que les combinaisons de peau de l’UE voient beaucoup de « résultats prouvés » et un grand potentiel dans l’attaque des infrastructures civiles russes avec des drones bon marché, et donc l’argent investi dans ceux-ci est sûrement un bon choix. Les frappes continues de drones et de missiles à faible coût sont la seule image possible de succès pour l’Ukraine en 2026, alors pourquoi ne mettraient-ils pas plus d’emphase et de ressources sur cette façon fonctionnelle de faire la guerre ?

Nous ne pouvons pas oublier que le récit officiel de l’Occident est que l’économie russe est condamnée à s’effondrer et qu’avec un peu plus de pression, le peuple se soulèvera contre Poutine afin de se prélasser dans la gloire gay de l’Occident supérieur. Ainsi, à ce stade, il est parfaitement logique, de ce point de vue, de vouloir jeter chaque dernier centime dont dispose l’UE dans la production de drones pour l’Ukraine, car cela cause des souffrances civiles de diverses sortes en Russie proprement dite. Cela donne des résultats et c’est bon marché en plus !

Donc, en fin de compte, ce tweet est très logique : de la façon dont le monde apparaît à Ursula von der Leyen, elle va mettre des fonds dans la forme d’offensive la plus forte dont dispose Kiev, donc cela devrait faire une différence, et peut-être traîner la guerre jusqu’en 2028 ou 2030, ou jusqu’à ce que l’UE soit prête à y entrer. D’un point de vue bureaucratique, c’est une décision sage. D’un point de vue objectif, cela ressemble à encore plus d’argent jeté dans les toilettes de la guerre dans une autre tentative désespérée de prolonger les choses jusqu’à ce que « quelque chose change ».

Un monde sens dessus dessous

By: A A
1 October 2026 at 14:05

Les civilisations peuvent-elles rassembler les fragments d’aperçus et de savoirs plus anciens pour redonner le contexte permettant de rendre le discours moral à nouveau intelligible ?

D’après une intervention donnée à la Higher School of Economics, Moscou, 7 septembre 2026

L’avenir global est souvent présenté comme celui d’un monde multipolaire ou multi-nodal, avec l’hypothèse implicite que les États s’entendraient mieux – et résoudraient leurs différends plus facilement par la discussion que par la guerre.

Ce fut un mème largement répandu dans les années précédant la Première Guerre mondiale. Des livres furent écrits pour suggérer que la guerre ne pouvait pas avoir lieu : le texte définitif sur ce concept, initialement publié en 1910 sous le titre The Great Illusion, devint un best-seller international.

Son auteur, Norman Angell, soutenait que, parce que les nations dépendaient fortement d’un système commercial mondial hautement imbriqué, le coût économique de la guerre dépasserait largement tout gain potentiel. Il affirmait qu’une nation victorieuse subirait tout autant de ruine économique que la vaincue – rendant obsolète le concept traditionnel de conquête militaire. Son argument fut populairement interprété comme rendant la guerre « impossible ».

Son argument se révéla fallacieux ; la Grande Guerre éclata en temps voulu.

Aujourd’hui, l’idée d’une certaine interaction multipolaire persiste, mais la menace de guerre demeure et est exacerbée par le refus de l’Occident d’entendre – ou de comprendre – ce que disent les États souverains civilisationnels. Cette incapacité à écouter avec un engagement empathique est à la racine des lectures catastrophiquement erronées du renseignement occidental concernant l’Iran et la Russie. Et de la présentation de la Chine comme si « autre » qu’elle en devient un livre fermé aux oreilles occidentales.

Dans son influent ouvrage de 1981, After Virtue, Alasdair MacIntyre soutenait que le projet des Lumières avait coupé l’homme occidental de ses racines traditionnelles, mais avait échoué à produire une morale contraignante fondée sur la seule Raison. Par conséquent, beaucoup de ceux qui vivent en Occident vivent dans un monde de « chaos moral et de fragmentation, où des forces “chaotiques” et désintégratrices ont presque entièrement effacé la véritable enquête morale de la culture européenne ».

Ce qu’il est important de comprendre, c’est que le « chaos moral et la fragmentation » de MacIntyre sont délibérément encouragés pour affaiblir l’attachement national, communautaire et religieux – précisément afin de cibler et d’affaiblir la cohésion nationale et la souveraineté civilisationnelle.

L’argument de MacIntyre est que seule la tradition culturelle, et ses récits moraux, fournissent un contexte aux termes tels que bien, justice et telos :

« En l’absence de traditions, le débat moral est disloqué et devient un théâtre d’illusions où la simple indignation et la simple protestation occupent le devant de la scène. »

« Les lignes sont tracées tôt, et les participants se précipitent pour prendre parti. Mais en prenant parti, ils semblent se rendre incapables d’entendre l’autre… Tout le monde ressent la chaleur, mais personne ne voit la lumière », souligne MacIntyre.

Ce que nous possédons aujourd’hui, suggère MacIntyre, ne sont rien de plus que de simples fragments d’une tradition plus ancienne (la société héroïque). Ces fragments sont tout simplement trop rares, puisque notre discours moral, qui utilise des termes comme bien, justice et devoir, a été dépouillé du contexte qui le rendrait intelligible. En d’autres termes, cela place la vertu du monde héroïque et homérique hors de portée de l’Occident.

Les lignes sont tracées. On se précipite pour prendre parti. Les forces « chaotiques » et désintégratrices d’aujourd’hui ont presque entièrement effacé l’enquête morale de la culture européenne. Le trait le plus frappant des débats moraux est leur tendance à ne jamais aboutir à une résolution.

Quand tous les jugements moraux – dépouillés de leur contexte – ne deviennent guère plus que des expressions de préférence, d’attitude ou de sentiment – l’émotivisme, en d’autres termes – le débat est disloqué ; il se transforme en un théâtre de récits où l’indignation et la polarité occupent le devant de la scène.

Mais, en prenant de tels partis émotifs, les acteurs se rendent incapables d’entendre l’Autre. Les « Autres », alors, qu’il s’agisse de la Russie, de l’Iran ou de la Chine, deviennent simplement invisibles selon les normes de cette approche – car leurs façons d’orienter l’attention humaine vers le monde sont tout à fait distinctes.

Ainsi, nous pouvons être (et sommes) conduits à la guerre par des messages narratifs spécifiquement destinés à contraindre les humains à spatialiser le monde d’une certaine manière, sans que nous en soyons conscients. Nous sommes conduits vers un « seul monde » issu des Lumières, dans lequel toute « altérité » – qu’elle soit russe, iranienne ou chinoise – devient invisible selon les normes, le mode de présence, par lesquels nous abordons les « choses ».

Dans cette « guerre », le monde est mis « sens dessus dessous ». La plupart des gens ne spatialisent pas activement le monde autour d’eux, mais semblent s’être contentés qu’il soit spatialisé pour eux. Les récits sont pétris et étalés sous nos yeux. C’est ainsi que la machine fonctionne. La plupart des gens en Occident croient avoir une prise ferme sur la réalité – les faits, les preuves et les conclusions. Mais en réalité, nous faisons face à une structure qui retourne délibérément comme un gant cette prise imaginaire sur la réalité.

Dans la machine, la « spatialisation » se fait à l’envers : d’abord, ils reçoivent le message, puis ils pétrissent et étalent un récit de la « réalité » comme de la pâte, jusqu’à ce qu’il corresponde au dessein. Et si nécessaire, ils mettent la machine médiatique en marche arrière et pétrissent cette même réalité dans la direction opposée.

Alors, comment les civilisations souveraines peuvent-elles échapper au « piège de MacIntyre » ? Les civilisations peuvent-elles rassembler les fragments d’aperçus et de savoirs plus anciens pour redonner le contexte permettant de rendre le discours moral à nouveau intelligible ?

Sortir de l’espace fustien de la pensée mécaniste et du récit manipulé n’est ni facile ni simple. Bien au contraire. Mais remarquez ce que cela exige – un changement dans notre mode de présence ; la manière dont nous disposons notre attention vers le monde.

La façon dont vous disposez la conscience vers le monde, nous dit le neurologue Iain McGilchrist, est cruciale : car la manière dont vous le faites altère et détermine ce que vous trouverez et comprendrez. Et à mesure que nous spatialisons le monde autour de nous différemment, la perception s’élargit et la spaciosité (jusque-là cachée) de ce qui se trouve au-delà devient visible.

Une récupération de modes de pensée plus anciens – la manière de penser « tout à la fois, tous ensemble » (penser par l’image) et d’autres sources de cognition – peut ouvrir une voie vers une médiation entre les polarités apparemment opposées du subjectif et de l’objectif que la rationalité mécanique laisse si souvent durcies en impedimenta insolubles. L’approche apophatique peut aussi émousser les arêtes vives de la pensée conceptuelle en introduisant l’« entre-deux », trouvant son espace entre les arguments angulaires et tranchants. Ces modes de pensée possèdent leur propre logique qui se tient à l’écart des rigidités des Lumières.

C’est la leçon que l’Iran et sa redécouverte de la pensée ancienne offrent au monde aujourd’hui.

Albert Einstein a un jour fait remarquer que « l’esprit rationnel est un serviteur ; mais l’esprit intuitif est un don précieux. Notre monde, cependant, honore le serviteur – mais oublie [ignore] le don ».

Pourquoi les ministres ont-ils perdu le contrôle du défaillant ministère britannique des Affaires étrangères ?

By: A A
30 September 2026 at 16:58

Par Ian PROUD

Il y a un double standard particulier que les journalistes appliquent aux dirigeants élus britanniques. Tout en soulignant le mécontentement du public à l’égard des politiques intérieures appliquées par les gouvernements successifs, ils continuent de dépeindre nos politiciens comme des titans sur la scène mondiale, en parlant du rôle central de la Grande-Bretagne dans la “Coalition des volontaires”, ou en insistant sur le fait que Boris Johnson, même s’il a été un mauvais premier ministre, est en quelque sorte un deuxième Churchill, même après avoir évité de peu un missile russe cette semaine en Ukraine.

Les fonctionnaires, quant à eux, les considèrent tous avec mépris. Au ministère des Affaires étrangères, les politiciens sont considérés comme des meubles, des meubles jetables. Dans une scène mémorable de Yes Minister, Sir Humphrey et le secrétaire du Cabinet discutent des remaniements, convenant avec complaisance que « le pouvoir est dans la permanence. L’impermanence est l’impuissance. Et la rotation est la castration ».

Depuis le début de la crise ukrainienne, la Grande-Bretagne a épuisé sept premiers ministres, neuf secrétaires à la Défense et onze secrétaires aux Affaires étrangères. Nos dirigeants élus sont si souvent changés qu’ils n’ont plus le courage de proposer de nouvelles idées. Le résultat ? La Grande-Bretagne a une politique étrangère monomaniaque et une seule obsession : soutenir l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie, ce qu’elle fait au détriment de pratiquement tout le reste.

Dans son premier discours en tant que premier ministre, Andy Burnham a décrit à quel point il était “parfaitement conscient” d’être le septième Premier ministre britannique en une décennie. Pour corriger ce bilan, a-t-il déclaré, « il faut que ma génération de politiciens élève notre niveau de jeu ». Mais ici, il fait face à un défi considérable. Les bureaucrates auront déjà supposé qu’il sera remplacé dans les trois prochaines années, et leurs ministres respectifs probablement plus tôt.

Pendant ce temps, même lorsqu’ils sont au pouvoir, nos dirigeants élus semblent avoir peu d’influence sur l’orientation de la politique, annulés par les fonctionnaires qui passent le plus clair de leur temps à échanger des commérages à leur sujet. Il y a toujours une tension créative entre l’inertie des fonctionnaires permanents et l’énergie des élus. Mais le jeu de chaises musicales de la dernière décennie a déplacé l’équilibre des pouvoirs de manière décisive entre les mains des fonctionnaires.

Dans sa première déclaration en tant que ministre des Affaires étrangères, Ed Miliband a parlé de la nécessité de mettre fin à la guerre en Iran, d’apporter la paix en Israël et en Palestine et de se tenir au coude à coude avec l’Ukraine. C’est exactement ce que ses prédécesseurs auraient été invités à dire par leurs administrations : continuez à vous battre jusqu’au dernier Ukrainien dans un pays qui a vu sa population diminuer de moitié depuis l’effondrement de l’Union soviétique.

Les ministres arrivaient chargés de leurs propres idées. J’ai travaillé au Ministère des Affaires étrangères pendant 24 ans, et William Hague est le dernier ministre des Affaires étrangères, dont je me souvienne, qui a été capable de plier la machine bureaucratique à sa volonté pendant son mandat de quatre ans. Il l’a fait en ayant une vision claire de ce qu’il voulait accomplir, mais aussi en conservant une courtoisie étudiée (bien que distante) lorsqu’il travaillait avec le personnel permanent. De plus, il s’est fait aider des ministres juniors bien appréciés comme Alastair Burt. J’ai organisé pour lui la Conférence de Londres sur la Libye avec un préavis de cinq jours en 2011, et son projet phare Preventing Sexual Violence in Conflict Initiative en 2012.

Hague avait également ouvert 50 nouvelles missions diplomatiques à travers le monde et augmenté le budget du Ministère des Affaires étrangères en s’emparant de 140 millions de livres sterling de financement du développement à l’étranger, en recrutant l’aide d’Andrew Mitchell, ministre du Ministère du Développement international, un ministère aujourd’hui dissous. Hague a rouvert une école de langues étrangères fermée sous le New Labour et a lancé une Académie diplomatique. Au total, il avait donc repris un certain contrôle sur la politique étrangère du gouvernement britannique, après sa capture par Tony Blair et Alastair Campbell à la suite du 11 septembre.

Au cours de ces années, le ministère des Affaires étrangères avait un sens renouvelé de son objectif ; Hague était suffisamment en sécurité dans son travail pour inciter la bureaucratie à agir, malgré les efforts de Sir Simon Fraser, alors secrétaire permanent, pour diluer ses efforts et faire les choses à marche lente. Le règlement budgétaire établi sur plusieurs années par le Foreign Office n’anticipe pas l’arrivée de nouvelles idées ; Fraser considérait que la Preventing Sexual Violence in Conflict Initiative était un gaspillage d’efforts. Après avoir bifurqué vers un nouveau centre de langues, il a mis en place l’Académie diplomatique avec un budget étriqué. J’ai dû mendier et emprunter de l’argent à d’autres ministères pour payer les 70 millions de livres sterling nécessaires pour le sommet du G8 de 2013.

Malheureusement, même Hague a finalement été castré, les responsables du Foreign Office s’étant assuré que la Grande-Bretagne soit exclue du processus de paix pour l’Ukraine dirigé par la France en juin 2014. La Grande-Bretagne avait joué un rôle de premier plan dans l’imposition de sanctions à la Russie après l’annexion de la Crimée, mais alors que David Cameron espérait que les sanctions contre la Russie seraient une mesure temporaire, les hauts fonctionnaires les considéraient comme le principal effort. Maintenant, Cameron est devenu obsédé par la tâche manifestement inutile d’empêcher Jean-Claude Juncker de devenir président de la Commission européenne, aspirant la majeure partie de l’énergie diplomatique britannique dans cette entreprise vouée à l’échec.

Le président français Hollande avait réussi à réunir les présidents Poutine et Porochenko autour d’une table, avec la chancelière Merkel, afin de mettre au point un processus de résolution du conflit dans le Donbass, mais le Ministère des Affaires étrangères rejetait l’importance de cette initiative. Ses experts sur la Russie ayant déclaré : « Eh bien, puisque les américains ne participent pas à l’initiative de paix de Hollande, pourquoi devrions-nous le faire ? »

Depuis lors, la Grande-Bretagne ne veut plus entendre parler d’efforts de paix en Ukraine. Phillip Hammond refuse simplement de s’engager directement avec les Russes dans la diplomatie et l’habitude de ne pas parler aux Russes s’est ancrée dans la politique étrangère, alors que la crise ukrainienne continue de s’aggraver, avec des hauts fonctionnaires toujours froidement au contrôle. Au cours de son mandat à King Charles Street, Boris Johnson a été rapidement rejeté comme “pas à la hauteur”, tandis que ses successeurs au poste de ministre des Affaires étrangères ont été évalués en fonction de la mesure dans laquelle ils suivaient les scripts politiques rédigés par leurs bureaucraties.

En ce qui concerne le dernier Premier ministre britannique, un haut responsable travailliste m’a récemment dit qu’Andy Burnham n’était “absolument pas un belliciste”. Pourtant, il a depuis remis à Kiev des propositions pour vendre des composants britanniques pour des missiles à longue portée, même si Zelensky est en grande difficulté au niveau national à la suite d’une série de scandales de corruption dans son entourage, parallèlement à une répression interne croissante. Burnham soutient également les nouvelles frappes profondes de Kiev sur le territoire russe, alors même que l’Ukraine risque de voir son infrastructure énergétique anéantie au cours d’un autre hiver froid, avec une défense aérienne insuffisante pour empêcher l’inévitable. Pendant tout ce temps, Burnham a proposé de soutenir l’Ukraine “aussi longtemps qu’il le faudra”, à un coût de 4,5 milliards de livres sterling par an pour les contribuables britanniques.

À son crédit, Miliband a maintenant modifié la politique étrangère du Royaume-Uni pour adopter une position plus dure envers Israël, à commencer par sa récente sanction sur le commerce avec les colons de Cisjordanie. [Bien que cela semble en grande partie un geste symbolique, dépassé par la fermeture par Israël du bureau diplomatique britannique avec la Palestine.] Mais je ne vois aucun indice d’un changement de cap sur la guerre en Ukraine qui, selon des estimations prudentes, a tué ou blessé plus de deux millions de personnes des deux côtés depuis 2022.

Il est donc clair pour moi que Burnham et son gouvernement ont reçu le script habituel de la part de ses fonctionnaires ; et ont décidé que c’était trop compliqué de le changer. Pour comprendre pourquoi vous devez comprendre comment fonctionne le Foreign Office. Cela commence par le vaste blob spécialiste de la Russie de Whitehall. Une grande unité siège au Foreign Office dans King Charles Street mais, remarquablement, elle semble incapable de proposer de nouvelles idées autres que celle de continuer à soutenir l’Ukraine. Puis elle croise les doigts en espérant une percée miraculeuse contre Poutine.

Il y a plusieurs raisons à cela. La principale est que, depuis 2015, la direction de l’Unité russe est partagée entre le Ministère des Affaires étrangères et la communauté du renseignement. Cela suite à la création d’un Fonds commun de sécurité de 1,5 milliard de livres sterling pour accroître la coordination entre les départements. Bien sûr, nos espions effectuent un travail d’une importance vitale pour ce pays ; mais ils ne devraient être qu’un outil au service de la politique étrangère, pas leur auteur. Les mettre en charge de la politique russe de la Grande-Bretagne a inévitablement satisfait leurs instincts égoïstes. Car pas d’ennemi veut dire pas de budget. Ce n’est pas un hasard si le week-end de réflexion post-Salisbury, en 2018, s’est déroulée avec une grande hospitalité au centre de formation du MI6 à Fort Monckton.

Deuxièmement, une augmentation considérable de la quantité de personnel n’équivaut pas à la qualité. Lorsque j’ai visité le GCHQ en 2017, certains des nouveaux membres du personnel que j’ai rencontrés ne semblaient manifestement pas avoir de connaissances de base ou d’expérience sur la Russie, mais représentaient simplement des sièges à pourvoir. La même chose est vraie au Ministère des Affaires étrangères. De nouvelles personnes sont expédiées, écoutent avec une grande admiration les vieilles sueurs du Groupe de recherche sur l’Est, puis suivent rapidement la ligne du parti. Il n’y a pas de fonction de remise en question critique.

De plus, la presse britannique, qui regorge d’anciens militaires et de types du renseignement servant d’analystes, étouffe toute suggestion de contacts avec la Russie pour mettre fin à la guerre, ce qui est dénigré comme étant un “apaisement”. Les personnes qui expriment un point de vue alternatif sont qualifiées de larbins du Kremlin.

Pourtant, la diplomatie n’est pas une question d’amitié, mais plutôt de parler à ceux avec qui vous êtes le plus en désaccord ; idéalement avant que des coups de feu ne soient tirés, mais encore plus lorsque les missiles volent.

Bien sûr, la diplomatie n’est qu’un bras de la politique étrangère, aux côtés de la guerre et de l’espionnage. Pourtant, alors que le Royaume-Uni a injecté des milliards dans l’espionnage, il a désinvesti dans les diplomates. Le rêve de Hague de développer une expertise spécifique à un pays s’est depuis longtemps évanoui, et il y a maintenant une pénurie d’officiers connaissant la Russie. Le ministère des Affaires étrangères continue d’avoir un bilan déplorable en matière de maîtrise des langues étrangères, y compris le russe. Parler des langues étrangères est de plus en plus considéré comme une option supplémentaire, en particulier à un moment où les universités britanniques ferment les programmes d’études en langues étrangères. Comme pour les connaissances spécifiques envers un pays, il en va de même pour les compétences diplomatiques. Lorsque j’ai quitté King Charles Street en 2023, il n’y avait toujours pas de programme systématique de formation aux compétences diplomatiques.

Comme je l’ai rapidement appris lors de mon propre séjour à Moscou, vous ne pouvez tout simplement pas opérer efficacement à partir de l’ambassade britannique là-bas à moins de parler russe et d’avoir des compétences de base pour parler à des gens qui sont violemment en désaccord avec vous. Lorsque les Russes acceptent des réunions, leurs fonctionnaires ne parleront que dans leur langue maternelle, même s’ils parlent couramment l’anglais. Je me souviens d’un gars qui me mitraillait en russe, puis s’est présenté aux réceptions de la résidence en parlant aussi bien l’anglais que moi. Après avoir expulsé tant de membres de notre personnel d’ambassade, l’État russe sait très bien que tous les nouveaux arrivants qui arrivent de Londres sont, le plus souvent, mal équipés pour faire leur travail.

Les diplomates doivent également sortir de leur ambassade, rencontrer des gens ordinaires et avoir des conversations difficiles dans les ministères. J’ai souvent eu de vigoureux débats avec des contacts russes autour d’un verre de vodka, mais nous les terminions en bon terme. De nombreux Britanniques n’aiment pas les désaccords ; Les Russes n’aiment pas la dissimulation ; et ils soupçonnent que nous sommes en train de préparer quelque chose dans leur dos.

Il y a un point plus important ici. Les Russes se moquent de savoir si nous ne leur parlons ou pas. Pourtant, par indignation pharisaïque et un sentiment largement exagéré de notre place dans le monde, nous restons évasivement distants, même si nous nous réduisons à une non-entité diplomatique. Je ne me souviens pas d’une époque où la Grande-Bretagne apparaissait aussi insignifiante.

La politique de parler de la Russie et non à la Russie est désormais gravée dans le marbre depuis juillet 2014, une aversion pour le dialogue qui a désormais infecté tous les grands États d’Europe, de sorte que personne ne voit l’intérêt de mettre fin à une guerre en Ukraine, qui nous coûte des milliards et nous rend moins en sécurité. Mais au milieu de tout cela, les faits fondamentaux restent les mêmes. Lourdement endettée et désindustrialisée, l’armée britannique est à son plus bas niveau depuis 200 ans. Burnham ne peut même pas s’engager à augmenter les dépenses de défense parce que le budget est maigre. Plus que cela, l’Ukraine ne peut pas gagner une guerre contre la Russie. L’État est en faillite et fonctionne sur la base de prêts au jour le jour venant de ses sponsors européens. Pas étonnant que Zelensky vienne de demander 27 milliards de dollars supplémentaires à l’Europe : son ministère de la Défense a déjà dépensé de l’argent prévu pour le second semestre de cette année.

Pendant ce temps, malgré la saisie de 300 milliards de dollars de ses réserves de change en février 2022, la Russie a surfé sur les prix élevés du pétrole et dispose désormais de 420 milliards de dollars supplémentaires, la plupart en or. Sa dette est de 20% du PIB. Certes, la Russie a souffert de pénuries d’essence à la suite des frappes ukrainiennes en profondeur, mais elle continue d’exporter de grandes quantités de pétrole brut non raffiné dans le monde entier à un moment où l’approvisionnement est limité. L’Ukraine et l’Europe sont toutes deux dépendantes de l’énergie, les laissant à la merci des prix élevés, les obligeant à fermer des usines, des Midlands à la Ruhr.

Dans le même temps, la Russie construit une formidable base industrielle, qui surpasse systématiquement les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Europe réunis dans la production de munitions. La Grande-Bretagne, bien sûr, a passé des décennies à sous-traiter sa production de défense à de gros entrepreneurs qui nous toisent et livrent systématiquement des kits qui arrivent en retard et ne fonctionnent souvent pas. La corruption en Ukraine n’aide guère non plus. Les alliés occidentaux ont versé 350 milliards de dollars à l’Ukraine dans l’espoir de battre la Russie, dont une partie a été volée par les copains de Zelensky.

J’ai visité Kiev à plusieurs reprises alors que j’étais en poste à l’ambassade britannique à Moscou et la corruption était le problème auquel les gens ordinaires voulaient le plus s’attaquer. Le « soutien » occidental n’a pas aidé l’Ukraine à découvrir la paix et l’indépendance que son pool de citoyens, en diminution rapide, mérite. Les deux tiers veulent maintenant que la guerre se termine, un renversement par rapport aux demandes de défaite totale de la Russie il y a quatre ans.

Puisque nous ne voulons pas la paix — mais que nous sommes trop faibles pour combattre directement la Russie — les sanctions économiques sont devenues notre principal levier pour influencer la pensée de Poutine. Mais là encore, la politique britannique n’a tout simplement pas fonctionné. Avant que quiconque ne m’accuse d’être un singe lâche et mangeur de fromage, je tiens à souligner que j’ai personnellement autorisé environ la moitié des sanctions britanniques contre la Russie après le déclenchement de la guerre en 2022. À l’époque, leur objectif déclaré était d’encourager “la Russie à cesser ses actions déstabilisant l’Ukraine ou sapant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté ou l’indépendance de l’Ukraine”. Cela a manifestement été un échec.

Certes, les sanctions ont modifié la structure de l’économie russe depuis 2014. Mais le pic de pression s’est produit entre 2014 et 2016, lorsque la Russie a été frappée par le double coup des sanctions et des bas prix de l’énergie. Depuis lors, la Russie a complètement réorienté sa politique monétaire et industrielle pour adopter un rouble faible comme article de foi, gérant l’inflation tout en accumulant ses réserves et en donnant la priorité à ses monopoles publics de l’énergie et de la défense.

L’économie forteresse de la Russie – un mélange d’austérité monétaire et de keynésianisme militaire – signifie qu’elle peut continuer à se battre avec peu de risque de manquer d’argent. Sa grande population signifie également que l’Ukraine manquera d’hommes avant elle, même si les deux pays ont déjà subi des centaines de milliers de morts et de blessés. S’engager avec Poutine pour négocier la paix en Ukraine n’est donc pas une faiblesse mais une nécessité. La diplomatie n’est pas une question d’amitié, elle sert à résoudre les conflits.

Le Ministère des Affaires étrangères n’a produit aucune nouvelle idée pour résoudre le conflit ukrainien depuis 2014. Si Andy Burnham veut vraiment réussir le « test de Makerfield » – s’assurer que chaque politique gouvernementale aide les travailleurs – il pourrait proposer ses propres idées sur la politique étrangère plutôt que de lire le script standard qui lui est donné par les mandarins du Foreign Office. Il est temps pour Burnham de montrer du courage en politique étrangère ou, mieux encore, de demander à Ed Miliband d’en avoir.

Publié à l’origine par  The Peace monger 

Traduction:  Le SakerFr ancophone

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