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The EU’s ‘return regulation’ makes your home fair game for police — and Belgium is racing to use it

When we broke the story about police raids in the EU’s deportation bill last December, comparisons to Donald Trump’s paramilitary ICE anti-migrant forces were soon being made.

EU interior ministers on Thursday (1 October) in Luxembourg are now set to formally adopt the return regulation, which sets the legal framework for police to carry out raids and seize people’s “belongings, electronic devices, and other items of relevance.”

The logic is part of a maximalist effort to deport people, such as failed asylum seekers, back to their home countries or possibly even in yet-to-be defined transit centres in Rwanda or elsewhere.

The regulation targets anyone “for the purpose of preparing or ensuring an effective return” with raids being allowed in a “place of residence or other relevant premises.”

Although the item is but a mere footnote in Thursday’s agenda, the potential consequences of the law have roused alarm among civil rights organisations who continue to draw parallels with ICE.

The comparison is not alarmist.

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Commandé en 2018, 3,5 milliards d'euros, six rames livrées : le TGV du futur est toujours à quai

Commandé en 2018, 3,5 milliards d'euros, six rames livrées : le TGV du futur est toujours à quai

La SNCF et Alstom ont acté mi-septembre un nouveau report de la mise en service du TGV M, pourtant commandé en 2018 pour 3,5 milliards d'euros. Fin août, six rames seulement étaient livrées, treize sont prévues d’ici la fin de l’année. Le déploiement prévu en Italie est quant à lui repoussé de 2027 à 2028.

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Chacun accuse l'autre, l'addition reste au contribuable. Le voyageur qui arrive dix minutes trop tard à son embarquement perd son billet. Dans le monde des grands contrats industriels, deux ans de retard ne semblent pas produire les mêmes conséquences visibles.

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Une commande lancée en 2018, un calendrier qui glisse

En juillet 2018, SNCF Mobilités validait la commande de 100 TGV de nouvelle génération Avelia Horizon, avant que le programme ne soit porté à 115 rames, pour environ 3,5 milliards d’euros. Le projet promettait davantage de capacité, jusqu’à 740 voyageurs par rame, une consommation énergétique réduite et des coûts de maintenance inférieurs.

La mise en service des nouveaux TGV M encore reportée, la SNCF et Alstom tablent désormais sur “l’automne 2026”
Les entreprises évoquent cette fois des “réglages et améliorations” concernant “le confort” des voyageurs et le “service à bord”.

En décembre 2025, Alstom évoquait encore une mise en service au 1er juillet 2026. En mai 2026, l’entreprise annonçait finalement les premiers voyageurs pour début septembre, après l’obtention de l’autorisation de mise sur le marché délivrée par l’Agence de l’Union européenne pour les chemins de fer (ERA).

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Six rames livrées pour un marché de 3,5 milliards

Le calendrier industriel publié en mai prévoyait six rames livrées fin août et treize à la fin de 2026. La mise en service, promise de longue date, est d'abord repoussée à l'été 2026, puis à septembre, puis à « l'automne 2026 ». Mi-septembre, SNCF Voyageurs invoque les derniers réglages et Alstom une montée en cadence industrielle encore insuffisante. Alstom reconnaissait par ailleurs en mai 2026 des difficultés d’exécution sur certains contrats de matériel roulant, tout en affichant un carnet de commandes de 104,4 milliards d’euros.

Comment Trump pourrait amener le litre de diesel à 3 €
2,39 € le litre, 63 000 barils/jour de diesel américain, une décision à Washington sous cinq semaines. Pourquoi les 3 € ne se décideront pas sur le marché.

Deux versions, un seul constat : personne ne semble en mesure de dire quand la flotte sera réellement là. Reste une zone d'ombre. Aucune des annonces ne mentionne de pénalités de retard ni de contrepartie financière pour la SNCF. Or un marché de cette taille comporte, en principe, des clauses contractuelles précises sur les délais. Qui les fait jouer, et à quel prix ? Le silence en dit long.

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La SNCF est une entreprise publique, et Alstom un fleuron industriel adossé à la commande publique. Dans ce face-à-face entre partenaires institutionnels, l'usager n'a aucun recours, le voyageur ne choisit pas son transporteur et l'actionnaire, l'État, n'a guère d'intérêt à sanctionner l'un de ses champions.

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La stratégie touristique des monarchies du Golfe : du pétrole aux hôtels de luxe

Les monarchies du Golfe tissent un véritable collier de perles touristiques, dans l'océan Indien et au-delà. Outre la préparation de l'après-pétrole, quelles ambitions géopolitiques sous-tendent cette stratégie ? Éléments de réponse avec Tristan Coloma, journaliste et chercheur indépendant, auteur, cet été, avec Lindita Çela, d'une enquête parue dans Le Monde diplomatique : "Géopolitique des hôtels de luxe".

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Facturation électronique : l'agriculteur croule déjà sous la paperasse, l'État lui impose une plateforme de plus

Depuis le 1er septembre 2026, les exploitants doivent recevoir leurs factures via des plateformes agréées. Dès septembre 2027, les exploitants devront également les émettre et transmettre leurs données à l'administration fiscale. FDSEA, Coordination rurale et Jeunes agriculteurs dénoncent une charge de plus pour des paysans déjà submergés.

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Quand on travaille soixante heures par semaine, le temps passé devant un écran n’est pas abstrait. C’est du temps retiré aux animaux, aux cultures, aux récoltes ou au repos : 61 % des agriculteurs jugent que cette réforme est « source de stress ».

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Une réforme fiscale qui arrive jusque dans les exploitations

Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent être capables de recevoir des factures électroniques. Les grandes entreprises et les ETI doivent également les émettre sous ce format et transmettre certaines données à l’administration fiscale. À partir du 1er septembre 2027, les PME, TPE et micro-entreprises seront à leur tour concernées par l’émission et l’e-reporting.

Facturation électronique obligatoire : les agriculteurs dénoncent une nouvelle usine à gaz
Fiscalité. Alors que manifestation après manifestation, les agriculteurs réclament un allègement des tâches administratives, la généralisation de la facturation électronique à partir de septembre 2026 fait l’unanimité contre elle. En Occitanie, les syndicats alertent sur les conséquences de cette réforme qu’ils jugent contreproductive et qui pourrait pousser certains exploitants à jeter l’éponge.

Pour les exploitants agricoles, les syndicats FDSEA, Coordination rurale et Jeunes Agriculteurs rappellent que les agriculteurs consacrent déjà entre 9 et 15 heures par semaine aux démarches administratives. Ils dénoncent une interface supplémentaire venant s’ajouter aux dispositifs fiscaux et à la gestion de la PAC, avec, selon les situations, des coûts de logiciel, de plateforme ou d’accompagnement comptable.

Les sanctions sont prévues, elles. Une mise en demeure d'abord. Puis 500 euros d'amende si aucune plateforme n'est choisie sous trois mois, et 1 000 euros par trimestre tant que l'exploitant n'a pas régularisé. Les paysans, leurs syndicats et les associations agricoles le disent : dans les petites fermes, la réforme va peser sur un quotidien déjà saturé de formalités.

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Coûts cachés et contrôle renforcé

Le gouvernement présente la facturation électronique comme un moyen de fluidifier les échanges, de réduire les délais de paiement et de lutter contre la fraude à la TVA. Chaque entreprise doit néanmoins sélectionner une plateforme agréée ou utiliser une solution compatible.

Facturation électronique: l’artisan n’a plus le droit d’envoyer une facture
Depuis le 1er septembre 2026, la facturation électronique entre entreprises change les règles du jeu. Toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent pouvoir recevoir des factures électroniques, tandis que les grandes entreprises et ETI doivent déjà les émettre via une plateforme agréée. Depuis, les rejets se multiplient , et ce

Le décalage entre cette promesse administrative et le terrain mérite d’être regardé de près. En avril 2026, 80 % des chefs d’entreprise n’étaient pas équipés et 37 % déclaraient ne pas comprendre ce que la réforme impliquait. Pour un exploitant en pleine période de foins, apprendre un nouvel outil numérique n’a rien d’une formalité secondaire.

Certes, une réforme peut être gratuite sur le papier et néanmoins prélever une ressource économique réelle : le temps de travail. L’État mesure les recettes fiscales, les coûts de conformité et les investissements informatiques. Qui mesure les heures passées à saisir, vérifier, corriger et transmettre des données ?

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À force de « simplifier » l’administration par l’empilement de plateformes, on risque surtout de déplacer la charge vers celui qui produit. L’agriculteur devient alors, en plus de son métier, le comptable, l’opérateur informatique et l’agent de transmission d’une administration qui prétend pourtant lui faire gagner du temps.

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Game of drones

Sur les terres émergées, les ressources s'épuisent. Alors les regards des dirigeants, des militaires et des investisseurs se tournent vers l'océan. Et, plus précisément, vers les fonds marins. Une nouvelle ère s'ouvre : celle de l'exploitation des abysses. Le journaliste Guillaume Pitron y a consacré trois années d'enquête et un livre, dont nous publions les extraits en exclusivité.

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Fabrice Hyber. – « Bulle », 2024
© ADAGP, Paris, 2026 © Fabrice Hyber

Toutes les marines nationales d'Asie semblent s'être donné rendez-vous, en ce printemps 2025, dans un vaste hall d'exposition attenant à l'aéroport Changi, à Singapour, à l'occasion de l'International Maritime Defence Exhibition (Imdex) Asia 2025. Leurs émissaires portent beau dans leurs uniformes parés de galons, prenant langue avec une myriade de représentants de commerce. L'exposition est en effet un point de ralliement des leaders industriels du naval de défense, venus présenter leurs dernières innovations : le britannique Rolls-Royce (systèmes de propulsion pour sous-marins et frégates), l'israélien Elbit Systems (sonars), le singapourien ST Engineering (systèmes électroniques embarqués), le constructeur de navires de guerre américain Lockheed Martin, l'autrichien Schiebel et son Camcopter S-100, un drone aérien de reconnaissance tactique…

Également présent, le groupe allemand Euroatlas promeut son Greyshark. Long de huit mètres et pesant quatre tonnes et demie, ce drone sous-marin, silhouette de squale, museau effilé et propulsion à hélices, est taillé pour une grande variété de tâches, civiles comme militaires. « Cela dépend des besoins de l'opérateur », expliquent les deux commerciaux s'affairant autour du véhicule. Cartographie du plancher océanique, protection d'infrastructures sous-marines, récupération de munitions abandonnées… : ces missions sont permises par l'autonomie de seize semaines du Greyshark, qui en décuple les performances. Pour sûr, arguent les deux chargés d'affaires, l'avenir est à ces nouveaux engins, car « les hommes cèdent peu à peu la place, dans les océans, aux technologies autonomes ».

Une variété d'engins autonomes

Embarqué dans des sous-marins et autres bathyscaphes, l'homme côtoie les fonds océaniques situés à plus de mille mètres de profondeur depuis la seconde moitié du XXe siècle. Pourtant, 80 % de ces contrées restent inexplorées. Il faut dire que passer au peigne fin les moindres recoins du plancher océanique à bord de Nautilus habités coûte des sommes insensées. De plus, c'est dangereux. Enfin, cela prend un temps fou. Dès lors, l'exploration des fonds marins a avancé à pas comptés… Ce triple obstacle pourrait être contourné grâce à la multiplication des drones. Le mot renvoie à une variété d'engins autonomes : des robots sous-marins filaires téléguidés, de petits vaisseaux naviguant en surface et surtout des véhicules sous-marins, souvent désignés par leur sigle anglais AUV (Autonomous Underwater Vehicles).

L'industrie pétrolière a été parmi les premières à manier ces engins légers et compacts, capables notamment de se substituer aux plongeurs lors d'interventions sur les fondations de plates-formes offshore. Leur autonomie permet également de rallonger la durée, donc l'efficacité, de missions d'exploration de gisements, et ce à des coûts compétitifs (un drone coûte « seulement » entre 1 et 10 millions d'euros). Leur force est d'agréger sous leur coque une variété de briques technologiques : une batterie lithium-ion offrant une autonomie allongée et un vaste rayon d'action, des sondeurs multifaisceaux permettant de capter des téraoctets de données à chaque plongée, une centrale inertielle pour le guidage et la navigation et, demain, toujours plus d'intelligence artificielle (IA) pour leur conférer une capacité de décision étendue.

« Les flottes d'AUV permettent de collecter trois à quatre fois plus de données qu'avec des moyens de surface équivalents », convient M. Jean-Marc Sornin, président d'Abyssa, une société d'exploration des grands fonds marins. On comprend pourquoi les drones sont devenus des opérateurs de choix pour une myriade d'industries mondiales — dont certaines promettent de répondre aux besoins grandissants en ressources générés par la croissance de la population mondiale. Ils servent ainsi à localiser des bancs de poissons, à explorer des gisements de diamants et d'hydrogène naturel, à prélever de l'acide désoxyribonucléique (ADN) environnemental, à repérer une fuite dans la coque d'un navire pétrolier échoué, à collecter du plastique, à inspecter les fondations de parcs éoliens offshore et même à dresser la carte de l'intégralité des fonds marins. Les drones sous-marins sont les émissaires de notre espèce dans les abysses, au point d'être, selon Jan Opderbecke, chercheur à la direction de la flotte océanographique au sein de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer), « devenus tout simplement irremplaçables ».

Un engouement que tempère le contre-amiral Éric Lavault, chargé de la maîtrise des fonds marins : « Plein de trucs “sexy” circulent à propos des drones, mais, comme de nombreux industriels, je demeure dubitatif. Cet élan technologique va, comme dirait l'autre, coûter “un pognon de dingue”. » La colonisation des mers par des outils souvent pompeusement qualifiés d'« avatars » par les réclames commerciales prendra longtemps… Quoi qu'il en soit, « des milliers d'AUV opèrent déjà aux quatre coins des océans », rappelle le scientifique portugais João Sousa.

Leur importance pourrait encore s'accroître lorsque, dotés d'une plus grande autonomie, ils se montreront capables d'effectuer des missions de plusieurs mois en haute mer, s'évitant d'intempestifs retours à terre. Révolution ultime, l'océan pourrait être, un jour, peuplé de « drones résidents » qui auront complètement rompu le cordon avec la terre ferme. Cette émancipation totale nécessitera l'installation de stations d'amarrage alimentées par l'énergie houlomotrice, jusque dans les replis des canyons immergés : les AUV s'y relaieront pour décharger leurs disques durs, recharger leurs batteries, subir des opérations de réparation automatisées, hiberner… avant d'être réactivés pour de futures missions. João Sousa voit dans ces relais abyssaux l'amorce de la colonisation d'un nouveau Far West. « Rappelez-vous la conquête de l'Ouest, soutient le scientifique. Au départ, il n'y avait rien. Puis on a édifié des villages, les relais de poste du Pony Express. Puis sont arrivés les chemins de fer… Je vois l'expansion océanique suivre cette même dynamique. »

« Leur armada est hallucinante »

Que la colonisation des océans soit une affaire de robots, cette évidence est acquise lorsque M. Anthony Clake et ses deux associés fondent Ocean Infinity (OI) en 2017. Aussi les trois hommes vont-ils investir dans des systèmes technologiques… proprement fous. « Dès sa création, les représentants d'OI ont déclaré : “Nous pouvons déployer simultanément huit AUV à 10 millions de dollars l'unité et couvrir ainsi des régions immergées immenses”, précise un concurrent. Aujourd'hui encore, personne n'a eu les reins financièrement assez solides pour faire cela. » Le groupe exploiterait à ce jour entre quinze et vingt drones sous-marins autonomes, ce qui en fait, selon certains, « le plus gros essaim mondial d'AUV ». S'ajoutent des véhicules filaires commandés à distance capables de descendre à six mille mètres de profondeur, plusieurs navires de ravitaillement et de prospection océanographique, des engins autonomes de surface, des navires télé-exploités… « Leur armada est hallucinante, leurs moyens gigantesques », explique, sous le couvert de l'anonymat, un scientifique qui les a vus à l'œuvre. Ces leviers font rapidement taire la concurrence ; Ocean Infinity décroche des missions de recherche d'épaves à fort impact médiatique : en 2018, la société retrouve le sous-marin argentin San Juan, disparu un an plus tôt dans l'Atlantique sud. La même année, elle participe — sans succès — à la recherche des boîtes noires du MH370, l'avion de la Malaysia Airlines disparu en 2014 dans l'océan Indien.

Pour exploiter une telle flotte, Ocean Infinity emploie plus de cinq cents personnes : « Des opérateurs de navires sans équipage, des pilotes de robots sous-marins téléguidés, des opérateurs d'AUV, des ingénieurs en robotique, (…) des analystes de données, des géomètres, des océanographes et des hydrographes », éparpillés en Amérique du Nord, en Europe ou encore en Asie, indique la société sur son site Internet. Ses activités convergent vers un quartier général situé à Southampton, dans le sud de l'Angleterre. Bien entendu, nous avons adressé une demande de visite, restée lettre morte… Un scientifique qui a arpenté les lieux nous décrit un campus aux airs de centre de la National Aeronautics and Space Administration (NASA). « Il faut imaginer un immeuble ultrasécurisé avec contrôle d'accès par reconnaissance d'empreinte rétinienne et, à l'intérieur, des postes de pilotage identiques à ceux que vous avez à bord des bateaux », relate-t-il. Une description qui résonne avec le film hollywoodien d'Andrew Niccol Good Kill (2014), lequel mettait en scène des pilotes de drones bombardant l'Afghanistan depuis des conteneurs situés dans le désert du Nevada… « Eh bien, là, c'est pareil, décrypte le scientifique : les mecs sont dans une pièce, entourés d'écrans géants, à commander des robots qui évoluent au milieu de l'océan Pacifique. »

À partir de 2021, Ocean Infinity rachète des concurrents et prend des participations dans des sociétés d'analyse géotechnique, de moteurs électriques pour navires, de services de sécurité maritime… L'objectif est d'être présent sur l'ensemble des métiers de l'exploration offshore et de se diversifier. Ocean Infinity est devenu un groupe multisectoriel, contractualisant avec des entreprises de télécommunications (pour l'optimisation du tracé des câbles sous-marins) et d'énergie (prospection, maintenance d'infrastructures…), comme en 2024 avec le pétrolier britannique Shell pour la fourniture de données géophysiques et géotechniques. Certains les voient également prendre pied sur le marché, en devenir, de l'exploration de gisements miniers sous-marins, ainsi que sur celui, en expansion, de la récupération d'actifs stratégiques.

Car les mers ne sont pas seulement le royaume de la méduse lumineuse, du calmar colossal et du poisson-lune trompeur ; elles sont également un cimetière de vieux câbles Internet et électriques, de fûts de déchets radioactifs, de réacteurs atomiques, de munitions abandonnées pendant la seconde guerre mondiale… Les fonds marins sont aussi jonchés de technologies de pointe que les armées veulent récupérer à tout prix : satellites espions, débris spatiaux contenant des alliages conçus dans le secret d'un laboratoire militaire, missiles, avions de chasse embarquant des systèmes d'encodage stratégiques. En 2022, les États-Unis mandatent la société américaine Phoenix International pour qu'elle repêche un F-35C Lightning II de l'US Navy abîmé en mer de Chine méridionale. L'avion militaire est récupéré avant que Pékin mette la main dessus et en espionne les technologies embarquées. L'ensemble de ces marchés tend les bras à Ocean Infinity, devenue l'une des rares entreprises d'exploration océanique à parler, aujourd'hui, d'égal à égal avec les États. Au point que certains pourraient faire le choix de lui déléguer des missions régaliennes de maîtrise des profondeurs, aux fins d'y surveiller des câbles ou des gazoducs. « Pourquoi ne pas associer Ocean Infinity à ce rôle de défense nationale ? », interroge un ingénieur du service hydrographique et océanographique de la marine (SHOM).

Mais combien de temps Ocean Infinity conservera-t-elle cette avance ? Ne serait-il pas temps de vendre cette multinationale des abysses, parée de ses splendides atours technologiques ? Des interrogations sur sa viabilité surgissent. Le groupe, qui ne communique pas sur son chiffre d'affaires, ne serait toujours pas rentable… De plus, le marché de l'étude des fonds marins est aujourd'hui investi par un nombre croissant d'acteurs privés — qu'ils soient constructeurs ou opérateurs de drones : les américains Phoenix International et Ocean Aero, les français Exail Technologies et Abyssa, le norvégien Eelume, le chinois Qingdao Ever Maritime… Sans oublier les États, qui, en développant leurs propres armadas, pourraient sérieusement contester l'autorité d'Ocean Infinity d'ici à une dizaine d'années.

« Toutes les grandes puissances maritimes sont en train de rattraper leur retard dans la course aux fonds marins, en s'équipant avec des moyens équivalents à ceux d'OI », constate un spécialiste de l'« économie bleue ». Traditionnellement peu intéressées par les abysses, les armées opèrent un revirement stratégique. La prise de conscience par la marine française de la nécessité de se doter de drones remonte à l'année 2019. Faute de moyens propres, celle-ci sous-traite alors les opérations de localisation de La Minerve, un sous-marin disparu en 1968 au large de Toulon avec, à son bord, cinquante-deux marins, à Ocean Infinity. Une campagne menée en un temps record. « Ils ont ratissé une surface équivalant à la ville de Paris en même pas trois jours ! », relate, encore éberlué, un témoin requérant l'anonymat. Le submersible fut retrouvé peu après.

Ce tour de force a laissé des souvenirs doux-amers dans les rangs des généraux… « Ça a été un choc », convient le contre-amiral Lavault. « Nous avons pris alors conscience du retard accumulé par l'armée française dans sa stratégie de maîtrise des fonds marins, et de la nécessité de mieux nous les approprier. » Bien au-delà du cas français, « la “dronisation” dans le domaine naval de défense se généralise, confirme la représentante d'un fabricant de systèmes autonomes. Les pays lançant des initiatives dans ce domaine se multiplient ».

Un espace vertical

Aux mains des armées, les drones peuvent participer à des activités de déminage des grands fonds, détecter des intrusions ennemies dans une zone économique exclusive (ZEE), surveiller et protéger les câbles sous-marins et même engager des combats — les militaires parlent de seabed warfare, la « guerre des fonds marins ». Et, dans la perspective d'un conflit avec la Chine, ces outils pourraient également permettre aux Américains de compenser leur infériorité numérique. « Avec cinq cents drones, je couvre le golfe Arabo-Persique pour huit fois moins cher que le prix d'un croiseur », a ainsi déclaré l'amiral Charles Bradford Cooper, ex-commandant des forces navales américaines au Proche-Orient. Nul doute, dès lors, qu'« il va se passer sous la mer ce qui s'est passé dans les airs : une démocratisation, une banalisation de cette technologie », prédit le dirigeant d'une société de robotique sous-marine.

Cette réalité confirme tout d'abord l'écrasante domination exercée par quelques grandes puissances dans la maîtrise des fonds marins. « Seuls une quinzaine de pays disposent de la capacité industrielle de descendre à six mille mètres de profondeur, parmi lesquels les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, le Canada, la Chine… Les Indiens et les Néo-Zélandais commencent tout juste à se doter des capacités adéquates », confirme, lors d'un entretien conduit en 2024, un haut fonctionnaire chargé de la politique maritime de la France.

La prolifération des drones s'insère en effet dans ce qu'il convient d'appeler une « verticale du pouvoir technologique », c'est-à-dire une chaîne ininterrompue de machines se relayant des fosses marines jusqu'à l'espace (satellites) en passant par la surface de l'eau (flotteurs connectés, frégates) et les airs (drones aériens) afin de capter et de se transmettre des informations, et in fine d'offrir à l'homme la connaissance la plus acérée de la réalité des océans. « La mer, aujourd'hui, c'est l'espace, l'atmosphère, la colonne d'eau et les fonds marins », insiste M. Thierry Duchesne, directeur du département maritime de la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques (FMES), et toutes ces dimensions se révèlent complémentaires.

Ce continuum technologique livre un enseignement-clé : les mers ne se conquièrent désormais plus comme les marines l'ont fait durant des millénaires, c'est-à-dire en contrôlant des coordonnées géographiques faites d'une longitude et d'une latitude ; elles se colonisent dorénavant par des robots déployés à toutes les profondeurs et toutes les altitudes possibles. Disons-le autrement : l'océan est fondamentalement un espace vertical ; et il appartiendra aux armées qui l'appréhenderont comme tel.

Voir en ligne : /2026/10/PITRON/70095
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Beyrouth, les sens de la fête

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Elle est souvent présentée, voire encensée, dans de nombreux médias occidentaux comme le « lieu de la fête au Proche-Orient » (1), ce qui attesterait sa « résilience », terme en vogue qui horripile de nombreux Libanais de la capitale, sinon du pays tout entier. L'exception beyrouthine tiendrait, selon la géographe Marie Bonte, dans son « offre festive mais aussi dans la capacité des habitants à faire la fête, quelle que soit la conjoncture ». Après avoir retracé l'émergence de la vie nocturne au « temps des cabarets » (1920-1960) et son adaptation durant la guerre civile (1975-1990), elle montre comment, à partir des années 2000, « des bars et les boîtes de nuit se concentrent dans des îlots denses de monde, de bruit et de lumière, donnant à la ville des allures d'archipel ». Ces îlots sont traversés par des dynamiques politiques où se mêlent concurrence économique, reconstitution de hiérarchies entre les professions, formes de distinction sociale diverses selon les lieux fréquentés ou encore « appropriation d'une mémoire politique de gauche » via les choix musicaux et un usage des lieux dépassant le cadre de la fête. Certes, il peut s'agir aussi d'une échappatoire face à l'incertitude du lendemain.

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C'est ce mélange qui innerve le roman graphique, plus exactement le récit autobiographique imagé Rue de Phénicie, de Lamia Ziadé (2), après Ô nuit, ô mes yeux (2015), Ma très grande mélancolie arabe (2017) et Mon port de Beyrouth (2021), tous parus chez POL. L'autrice vit depuis longtemps à Paris, où elle poursuit son interrogation et sa célébration d'une identité singulière, et de sa ville natale, avec une liberté stimulante, une fantaisie fantastique — au long d'une déambulation nocturne à travers Beyrouth ainsi qu'à travers sa propre histoire, inextricablement liée à son « obsession, l'histoire moderne du Liban et du Proche-Orient ». Durant ses longs séjours à Beyrouth consacrés à l'écriture et à des expositions après une « vie de noctambule délurée » à Paris, la fête lui apparaît comme une forme de résistance dans une ville qui ne veut pas s'éteindre, au propre comme au figuré. À la fermeture du Paradise, le dernier bar ouvert de la nuit, elle se lance à la recherche d'une boîte fantasmée — la Boîte de Pandore —, ce qui lui sert de prétexte pour déambuler dans l'histoire politique du pays et de la région à travers des lieux hautement symboliques, comme le Musée national, ou des cimetières. Mais Lamia Ziadé n'est pas dupe de la dimension illusoire de sa quête.

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Deux autres déclinaisons ajoutent leurs variations à cette évocation obsédante. Dans le deuxième volume de la bande dessinée Le Génie de Beyrouth (3), qui revient sur le siège en 1982 de Beyrouth-Ouest — fief de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) et de ses soutiens libanais — par l'armée israélienne, les rues sont plongées dans l'obscurité et, pour le journaliste qui écrit à la lueur de la bougie, la ville semble « coincée dans son dernier carré, (…) obligée de faire face », elle ne peut plus se réfugier dans la nuit. Mais elle a des ressources insoupçonnées.

Quant à la narratrice du premier roman, proche de l'autobiographie, de la Franco-Libanaise Manal Salamé, si elle déclare préférer la ville de jour (4), car, « le jour, elle ne sait pas mentir », elle ne se refuse pas à parcourir la nuit et ses faux-semblants, ceux que, de retour au Liban après dix-sept ans d'absence, elle retrouve lors d'une longue soirée alcoolisée. À Beyrouth, on n'éteint pas les lumières.

Voir en ligne : /2026/10/APPELT/70087

(1) Marie Bonte, Nuits de Beyrouth. Géographie de la fête dans une ville post-conflit, ENS Éditions, Lyon, 2023.

(2) Lamia Ziadé, Rue de Phénicie, POL, Paris, 2025, 392 pages, 34 euros.

(3) Sélim Nassib et Léna Merhej, Le Génie de Beyrouth. La fille tombée du ciel (tome 2), Dargaud, Paris, 2026, 112 pages, 23 euros.

(4) Manal Salamé, Habibi Beyrouth, Éditions La Tribu, Paris, 2026, 309 pages, 21 euros.

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Maquisards

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« Terroristes, c'était ainsi que l'on nommait les gars du maquis », chante Céline Girault. Avec le metteur en scène de théâtre Philippe Chuyen et sept jeunes en insertion issus de missions locales, le cinéaste se met, quatre-vingts ans plus tard, dans les pas de Gleb Sivirine, alias lieutenant Vallier, à la tête d'une troupe de très jeunes maquisards. Le journal de bord du résistant, son Cahier rouge (aux éditions Parole), sera suivi à la lettre jusqu'à sa représentation théâtrale, dans le strict respect de la temporalité du maquis Vallier (six mois, de février à août, en 1944 pour les résistants, en 2024 pour les comédiens). Des gorges de la Siagnole à la presqu'île de Giens en passant par le Verdon et Canjuers, on suit les apprentis comédiens qui vivent au jour le jour cette évocation, jusqu'au village de Collobrières, que d'autres jeunes, apprentis soldats, ont libéré huit décennies auparavant. En un crapahutage mémoriel dans les sentiers périlleux du Haut-Var, de bergeries en grottes, la troupe, un peu foutraque mais fidèle, fait revivre l'histoire d'une très modeste armée de l'ombre attendant désespérément un débarquement libérateur.

Voir en ligne : /2026/10/PLANTET/70081

2025, 90 min, en salles depuis le 16 septembre.

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François et ses frères. Biographie collective de François d'Assise

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« Le séjour terrestre de François n'est pas passé inaperçu », écrit Sylvain Piron dans le livre qu'il consacre au fondateur de l'ordre franciscain et à ses compagnons. Pourtant, la tâche du biographe n'est pas simple. François n'a laissé que peu d'écrits, et les récits de sa vie produits après sa mort, en 1226, sont des collections de souvenirs et de paroles rapportées, aux visées hagiographiques ou politiques. L'auteur entreprend de retrouver les faits derrière la légende rétrospective, l'anecdote inexacte, les histoires de miracle. Il s'appuie sur des avancées historiographiques, des arguments grammaticaux, géographiques ou patronymiques et des sources externes (légende locale, iconographie). Le plaisir de lecture tient à ce que Piron mêle le récit de la vie de François à celui de sa réflexion historique : il donne à voir les raisons qui le poussent à suivre une source et précise le degré de certitude à accorder à sa propre version d'un épisode. Cette conception horizontale du savoir reflète celle de son sujet qui, malgré son institutionnalisation dans l'Église, n'a cessé de vouloir être un frère et non un maître.


La Tempête, Bordeaux, 2026, 336 pages, 22 euros.

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La Mauvaise réputation. Essai sur les frontières africaines

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« Il semble plus difficile de déboulonner un mythe qu'une statue », reconnaît la chercheuse Caroline Roussy. Non, les frontières africaines n'ont pas été tracées lors de la conférence de Berlin en 1884-1885. Le mythe de leur « artificialité » nourrit les amertumes postcoloniales et les déclinaisons du discours panafricaniste. Sans jamais minorer les ressorts de cette « mauvaise réputation », ainsi que les blessures qu'elle signale, cet essai apporte un éclairage décisif sur les « processus longs et négociés » de ce qu'on peut nommer une coproduction entre puissances coloniales et acteurs locaux. Parce que toute frontière est un « objet politique », l'Organisation de l'unité africaine (OUA) a adopté, en 1964, le principe de leur intangibilité. Cette décision, pragmatique et lucide, consacre la compatibilité entre les souverainetés territoriales et l'idéal d'intégration panafricaine. On comprend alors comment les Africains sont devenus acteurs et dépositaires de leur géographie. Au gré des processus d'intégration, des crises et des recompositions géopolitiques.

Voir en ligne : /2026/10/LALOUPO/70072

Riveneuve, Paris, 2026, 224 pages, 11,50 euros.

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La Chine veut-elle « gagner » en Iran ?

L'univers médiatique ressemble au « monde à l'envers » que décrivait l'écrivain uruguayen Eduardo Galeano. Plus les États-Unis piétinent le droit international, plus la Chine est accusée de se montrer menaçante. Ainsi du conflit en Iran, déclenché par Washington et Tel-Aviv, mais qui verrait surtout Pékin « avancer ses pions » et laisser libre cours à ses velléités impériales…

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Chow Chun Fai. – « A Battle of Wits [Une bataille d'esprit]. La victoire viendra lorsqu'il sera impossible de battre en retraite », 2017
© Chow Chun Fai - courtesy Eli Klein Gallery, New York

Certaines analyses ressemblent à des autoportraits. En révélant les présupposés qui les sous-tendent, elles décrivent surtout ceux qui les formulent. Ainsi de bien des décryptages occidentaux consacrés aux ambitions chinoises dans le contexte de la guerre opposant Washington et Téhéran. Pékin « entend exploiter le conflit pour affaiblir la puissance des États-Unis (…) et torpiller l'ordre international sous domination américaine », assurent deux experts dans Foreign Affairs. « La Chine s'apprête-t-elle à porter le coup de grâce ? », se demande de son côté l'universitaire Phillips O'Brien, cependant que, dans Le Parisien, le journaliste François Lenglet détaille les raisons pour lesquelles « Pékin va gagner la guerre d'Iran » (1).

Rien n'indique pourtant que le Parti communiste chinois (PCC) soit obnubilé par l'ambition de détrôner l'hégémon américain. En dépit des discours alarmistes sur le « grand remplacement » géopolitique, tout suggère au contraire que Pékin subit plus qu'il n'engendre l'effritement de l'« ordre international sous domination américaine » dont il a tant profité. Il existerait donc bien une forme d'« impérialisme chinois », moins intuitive toutefois que celle qui alarme médias et dirigeants occidentaux. Non pas la volonté de voir la Chine prévaloir, mais la conviction que la suprématie américaine est préférable au chaos. Disposition géopolitique singulière — et temporaire —, celle-ci conduirait Pékin à souhaiter que les États-Unis conservent leur position dominante. Dès lors qu'ils ne chahutent pas trop les équilibres globaux dont ils ont longtemps été garants, et qu'ils n'entravent pas le développement du pays du Milieu.

Le talon d'Achille de Pékin

Que la Chine se réjouisse de l'incapacité des États-Unis à remporter en Iran la victoire-éclair annoncée, c'est fort probable. Le 20 janvier 2026, avant même le déclenchement du conflit, un groupe d'universitaires nationalistes publie un document moqueur : « “Merci” à Trump ». « Merci » pour les droits de douane, « un piège qui s'est refermé sur les États-Unis » et qui a « contraint la Chine à l'autonomie technologique ». « Merci » pour la « politique hégémonique de l'“Amérique d'abord”, qui a révélé le vrai visage de l'“ordre fondé sur des règles” ». « Merci » pour « votre gouvernance par les tweets » et « vos théories farfelues » qui ont « sapé la crédibilité » de Washington. « Merci », enfin, d'agir « comme un accélérateur du déclin politique américain » (2). Nul doute que, publiés un mois plus tard, les auteurs du texte auraient également rendu grâce à M. Donald Trump pour son équipée iranienne.

De l'avis du sénateur néoconservateur Lindsey Graham (décédé depuis), l'une des motivations du déclenchement du conflit aurait été d'affaiblir le principal rival des États-Unis. Le 8 mars 2026, sur Fox News, il se félicite du bombardement de la République islamique, après l'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro : « Le Venezuela et l'Iran ont 31 % des réserves de pétrole mondiales. » Une fois le pouvoir iranien tombé, « nous aurons des partenariats couvrant 31 % des réserves connues. C'est le cauchemar de la Chine ». Derrière Caracas et Téhéran, donc, Pékin, dont la dépendance aux importations d'hydrocarbures constituerait le talon d'Achille.

Raté. Six mois après le déclenchement des hostilités, The Economist constate que ses colossales réserves stratégiques ont élevé la Chine au rang de « principale puissance pétrolière mondiale » (9 août 2026). « La guerre en Iran a provoqué le plus grand choc d'offre de l'histoire de l'exploitation pétrolière. Pourtant, même au plus fort des combats, le cours du pétrole n'a jamais atteint les 150 dollars le baril que de nombreux analystes avaient prédits au début du conflit. » Si, à cette époque, les prix ne s'envolent pas, c'est en grande partie parce que Pékin en a voulu autrement : « Entre février et juin, la Chine a réduit de moitié ses importations de brut, soit 5,5 millions de barils par jour — une baisse suffisante, selon les experts, pour faire baisser de 30 dollars ou plus le brent, la référence mondiale. » Une guerre qui devait fragiliser Pékin « a montré que, dans la pratique, la Chine est capable, à elle seule, de stabiliser le marché mondial du pétrole pendant plusieurs mois ».

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Chow Chun Fai. – « La Cité interdite. Ce que je ne te donne pas, ne le prends pas par la force », 2018
© Chow Chun Fai - courtesy Eli Klein Gallery, New York

Si, côté pile, le pays du Milieu affiche une relative immunité face aux stratégies d'étranglement de ses approvisionnements en hydrocarbures, côté face il profite des inquiétudes soulevées par la perspective d'une flambée incontrôlée des cours de l'« or noir ». Au mois de mai 2026, ses exportations de véhicules électriques et de panneaux solaires — deux secteurs d'activité qu'il domine largement — ont bondi en volume de 110 % et 60 % par rapport à l'année précédente (The Guardian, 30 juin 2026). Alors qu'une nation dirigée par un parti proclamant s'inspirer de Karl Marx et de Lénine compte désormais pour près d'un tiers de la production manufacturière mondiale, même la sacro-sainte « science économique » se trouve bousculée. « Si les États-Unis veulent obtenir des résultats similaires à ceux de la Chine, avancent les chercheurs Damien Ma et Lizzi C. Lee dans une revue conservatrice américaine, ils devront s'inspirer davantage du modèle chinois (3). » Ce serait déjà le cas selon le chercheur Nathan Sperber, qui pointe l'« imitation partielle, déséquilibrée et largement méconnue, par les États-Unis, de certains aspects de la planification du développement chinois dans leurs propres initiatives de politique industrielle sous les administrations Biden et Trump ». À commencer par l'Inflation Reduction Act, qui vise à accélérer le développement des énergies renouvelables et des technologies vertes, et « ne se serait pas concrétisé sous cette forme sans l'exemple donné par l'État chinois » (4).

Ce qui explique peut-être pourquoi M. Trump estimait au mois de juillet dernier que l'une des vertus de l'opération « Epic Fury » en Iran était de rappeler à tous que le socle de la puissance américaine demeurait intact : « Nous avons l'armée la plus puissante du monde (5). » Une démonstration de force censée « donner à nos ennemis, à commencer par la Chine rouge, la Russie et la Corée du Nord, matière à réflexion », selon le rédacteur en chef du site Conservative HQ (« quartier général conservateur ») (6).

« Avant-goût du futur »

Raté à nouveau. L'importance acquise par les drones rebat les cartes stratégiques : disposer d'un tissu industriel en mesure de débiter des engins rudimentaires mais efficaces pourrait bientôt peser davantage que la capacité de développer des merveilles de technologie au prix exorbitant. Deux semaines après le début du conflit, les États-Unis avaient probablement utilisé plus de mille missiles Patriot — dont ils n'avaient produit que six cents exemplaires en 2025. L'épuisement rapide de leur arsenal les a conduits à rapatrier vers le Proche-Orient les batteries Thaad (Terminal High Altitude Area Defense) — utilisées pour détruire les missiles balistiques de portée moyenne ou intermédiaire — déployées en Corée du Sud (7). Au mois d'août, le porte-avions USS George Washington a quitté le Pacifique occidental, dont il était censé garantir la sécurité, pour voguer vers le théâtre iranien. Hier en mesure d'asseoir leur domination militaire en tous points de la planète, les États-Unis semblent désormais incapables d'assurer certains de leurs engagements stratégiques envers leurs alliés, à commencer par les livraisons d'armes. Un phénomène qui, comme le souligne l'éditorialiste américain Fareed Zakaria, accroît l'« imprévisibilité » américaine : « Quand des alliés n'ont pas les moyens de savoir si les troupes américaines arrivent ou partent, si les tarifs douaniers vont augmenter ou baisser, si un accord signé aujourd'hui survivra jusqu'à demain, ils ne deviennent pas plus obéissants. Ils deviennent plus indépendants » (The Washington Post, 14 août 2026).

On l'imagine volontiers, le lustre d'un État qui enlève des dirigeants politiques (Venezuela), en assassine d'autres (Iran) et facilite un génocide (Israël) se ternit. Pour la première fois en près de deux décennies, l'enquête du Pew Research Center dans trente-six pays (allant du Chili au Pakistan, et de la France à l'Afrique du Sud) montre que « la Chine est désormais perçue de façon plus positive que les États-Unis dans la plupart des pays interrogés (8) ». De telle sorte que, pour beaucoup, l'avenir ne s'écrit plus là où le soleil se couche. « Il fut un temps où Hollywood et une kyrielle d'exportations américaines offraient au reste du monde un avant-goût de ce qu'était la vie moderne et du futur auquel il pouvait aspirer. Pour les jeunes d'Afrique, d'Amérique latine et même certains Américains, c'est désormais la Chine », constate le politiste britannique Mark Leonard (9).

Dans de telles conditions, Pékin pourrait activement œuvrer à la fragilisation des États-Unis sur la scène internationale. S'opposer systématiquement aux résolutions qu'ils proposent à l'Organisation des Nations unies (ONU) et s'y afficher en garant effectif de l'ordre international — ce n'est pas le cas. Soutenir ouvertement les adversaires de Washington et de ses alliés (Russie, Iran, Palestine…) — il ne le fait que peu, et dans un cadre souvent moins stratégique que commercial. Utiliser son contrôle de la production mondiale de terres rares afin d'étrangler l'économie américaine — il ne brandit cette menace que pour contraindre les États-Unis à renoncer aux mesures qui affectent directement l'économie chinoise. Quand les autorités du pays activent une loi passée en 2021 visant à lutter contre les sanctions extraterritoriales américaines en condamnant à leur tour les entreprises qui s'y plieraient, elles la réservent aux cas où des intérêts intérieurs sont menacés.

Gendarme planétaire

À n'en pas douter, une telle attitude s'explique en partie par l'attachement au principe de non-ingérence dans les affaires d'autrui, que Pékin ne manque pas une occasion de défendre. Et qui lui vaut la gratitude de ses partenaires. « Si vous faites affaire avec la Chine, aucune crainte qu'elle vous explique comment gouverner votre pays ou qu'elle vous sanctionne si votre système politique diffère du sien », relève l'universitaire Stephen M. Walt, qui regrette que les États-Unis se perçoivent, eux, comme les « défenseurs d'une série de valeurs universelles » qu'il leur reviendrait de promouvoir y compris de manière coercitive (10). Mais, alors que certains analystes voient la Chine en championne d'un « Sud global », le chercheur sud-africain Adekeye Adebajo décrit, lui, un pays qui préfère « consolider son pouvoir dans le système international existant plutôt que d'en créer un autre qui profite à tous ». Bref, un pays qui « se satisfait de préserver le statu quo » (11). Pourquoi ?

Pour des raisons de philosophie politique, explique-t-on volontiers du côté chinois. « Dès les origines, la civilisation chinoise a été animée par une quête d'ordre social et de stabilité », avance par exemple l'universitaire Han Jianye (12). On peut en effet, sans prétendre résumer l'histoire intellectuelle pluriséculaire d'un pays aussi grand qu'un continent, observer que sa philosophie politique est marquée par un mouvement récurrent que décrivent aussi bien ses musées que ses grands mythes fondateurs : l'écartèlement du pays en fiefs rivaux, puis leur réunification sous la houlette de dirigeants érigés en héros, avant que ne débute un nouveau cycle de rupture, puis d'unification. La description de ce mouvement général offre sa première phrase au récit des Trois Royaumes, l'un des plus importants de la mythologie chinoise : « L'histoire du monde obéit à une loi : après une longue période de division vient l'unité, et après une longue période d'unité vient la division. » Ce terreau aurait nourri une conception de l'action politique reposant sur les idées d'ordre et de préservation de la stabilité — loin de la « destinée manifeste » américaine et de son mythe de la « conquête ».

L'histoire ne dicte cependant pas leur conduite aux dirigeants politiques. Mao Zedong, par exemple, exaltait les chambardements : « Tout n'est que chaos sous le ciel, la situation est excellente. » En prônant la constance et la modération, ses successeurs renouent donc avec l'histoire politique de longue durée, mais pas uniquement. Car, si le concept de stabilité prend un sens particulier aujourd'hui, c'est qu'il s'oppose au tohu-bohu engendré par les États-Unis de M. Trump : la « prédilection nationale » se voit ainsi promue au rang d'atout géopolitique. Au cours d'une série de déplacements à l'étranger préalable à sa rencontre avec son homologue américain, à la fin du mois de septembre, le président Xi Jinping s'est ainsi employé à « présenter la Chine comme un partenaire stable » (The Washington Post, 6 septembre 2026). Quelques mois auparavant, le ministre des affaires étrangères Wang Yi était allé plus loin en suggérant que le « pôle » de sérénité chinois pouvait contribuer à amortir les soubresauts géopolitiques (13). Lorsqu'elles empêchèrent les cours du pétrole de s'envoler à la suite de la guerre en Iran, les autorités chinoises joignirent le geste à la parole. Altruisme géopolitique ? L'envisager reviendrait à oublier que la stabilité a également des vertus économiques. Pour la Chine, s'assurer que le monde dispose d'un pétrole suffisamment bon marché — le cas échéant, en agissant en « fournisseur de dernier ressort (14) » — permet de protéger le principal moteur de son économie : les exportations.

On pourrait toutefois s'interroger sur la logique conduisant à souhaiter maintenir le statu quo dès lors que celui-ci pérennise la position centrale d'un pays par ailleurs identifié comme facteur de désordre et d'incertitude. Mais il s'agit moins pour Pékin de choisir la meilleure option que d'identifier la moins mauvaise. De son point de vue, les turpitudes de Washington restent préférables à une aggravation de la rivalité sino-américaine qui perturberait les flux de marchandises. Et amputerait l'extraordinaire excédent commercial chinois, qui a dépassé 1 100 milliards de dollars en 2025, et donc la croissance de son économie — elle-même déterminante pour la stabilité interne.

L'affaiblissement de l'actuel « gendarme planétaire », si patibulaire soit-il, contraindrait par ailleurs la Chine à se mêler davantage des affaires du monde. Sans nécessairement imiter les pratiques américaines, elle y parviendrait difficilement dépourvue de moyens humains, logistiques, militaires… Bref, sans investissements colossaux. Or, on l'oublie parfois en consultant les vidéos de ses mégapoles scintillantes, la Chine est toujours une économie émergente : sa priorité demeure son développement. Raison pour laquelle elle préfère à ce stade la « stabilité bancale » de l'hégémonie américaine plutôt que d'avoir à rééquilibrer le monde sur ses propres deniers. Quitte à montrer (un peu) les dents lorsque le « déclin » des États-Unis les conduit à brandir sanctions et tarifs.

Mais l'étrange « impérialisme » chinois dont il est ici question procède sans doute d'une explication plus fondamentale, et paradoxale : si le développement fulgurant de la Chine amène aujourd'hui certains analystes à se demander si elle va détrôner les États-Unis (une question que peu se posaient il y a cinquante ans…), les conditions mêmes qui y ont présidé lui barrent la voie qui conduit au statut d'hégémon. Du moins pour l'heure.

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Chow Chun Fai. – « Le Parrain 2. Garde tes amis près de toi, et tes ennemis encore plus près », 2018
© Chow Chun Fai - courtesy Eli Klein Gallery, New York

Dans un monde qui n'a pas fait la démonstration de sa capacité à la coordination, il est difficile d'imaginer qu'une domination américaine adossée à celle du dollar puisse céder la place à une autre, reposant sur une monnaie commune mondiale (15). Si Pékin prenait les rênes du monde, sa monnaie, le renminbi, se trouverait probablement précipitée au centre du système monétaire international (SMI). Ce qui présente au moins deux difficultés. La première concerne la mainmise du PCC sur les flux monétaires à travers le contrôle des capitaux. Déterminant en matière de développement, le dispositif lui permet également d'empêcher l'apparition d'une oligarchie capable de s'émanciper de l'État, voire de finir par le contrôler. « Si les riches Chinois pouvaient sortir leurs capitaux du pays sans restriction, ils seraient en mesure de sanctuariser leurs avoirs et donc leurs privilèges, souligne Sperber. Du fait des contrôles de capitaux, la propriété du capital demeure relative en Chine : elle est soumise au pouvoir politique, qui conserve la possibilité d'intervenir contre les individus qu'il souhaite sanctionner (16). » Que le renminbi devienne la monnaie de référence exigerait de lever ce dispositif. On l'imagine difficilement.

La seconde difficulté est liée à la fourniture actuellement insuffisante de renminbis pour assouvir les besoins de l'économie mondiale. Dans l'architecture monétaire contemporaine, le pays qui émet une monnaie appelée à jouer un rôle international majeur doit permettre au reste du monde d'accumuler suffisamment d'actifs libellés dans cette monnaie. Cette circulation peut passer par les échanges commerciaux, mais aussi, et de plus en plus, par le crédit et l'intermédiation du système financier. Or le programme économique de « réforme et ouverture » des années 1980 repose précisément sur une logique inverse : accumuler les excédents extérieurs grâce aux exportations et placer à l'étranger une partie des revenus correspondants, plutôt que de développer l'offre de crédit en renminbis au reste du monde. Ce choix implique, entre autres, le maintien de salaires bas — on parle de « répression salariale » — de façon à contribuer à la compétitivité de la production nationale. Rompre avec une telle dépendance aux excédents extérieurs exigerait de transformer le modèle économique qui a propulsé le développement du pays. En commençant par une augmentation des salaires de façon à faire passer le moteur de l'économie des exportations et de l'investissement vers la consommation.

On arguera que, dès 2007, M. Wen Jiabao (premier ministre de 2003 à 2013) avait proclamé que la Chine devait « ajuster l'équilibre entre investissement et consommation ». Et que, depuis son arrivée au pouvoir, M. Xi Jinping insiste sur la nécessité de renforcer ce second pôle de l'économie. Mais la multiplication des annonces dans ce domaine signale tout autant la détermination des autorités… que leur impuissance. D'un niveau de 51 % du produit intérieur brut (PIB) en 1980, la consommation des ménages s'établissait à 40 % en 2024, après un nadir de 35 % en 2010. En comparaison, elle oscille autour de 55 % en France et en Allemagne au cours de la même période, alors qu'elle bondit de 60 % à 68 % aux États-Unis (17). Comme l'expliquent les chercheurs Erik Green et Olivia Parker, « la stratégie macroéconomique de la Chine continue à limiter sa marge de manœuvre pour rééquilibrer son économie (18) ». Pékin reste donc confronté à une contradiction : son modèle de développement lui permet de prétendre au statut de première puissance mondiale, mais il repose sur des structures qui aujourd'hui l'en empêchent.

Léninistes affichés, les dirigeants chinois ne peuvent ignorer qu'à plus long terme leur choix du capitalisme expose la Chine à en atteindre le « stade suprême ». Certes, répondent-ils, mais le pays du Milieu n'est pas les États-Unis, et son capitalisme (le PCC parle de « socialisme avec des caractéristiques chinoises ») se distingue du néolibéralisme anglo-saxon. De sorte qu'il serait possible d'envisager l'émergence d'une puissance majeure sans la moindre velléité de coercition. Bref, d'une hégémonie sans impérialisme. Il n'est toutefois pas nécessaire au Soleil d'être expansionniste pour emprisonner la Terre dans son orbite : la différence de masse suffit. Même en créditant une Chine devenue première puissance mondiale d'œuvrer à l'émergence du monde qu'elle prétend vouloir créer — un monde multipolaire où la négociation prévaudrait —, celui-ci serait-il dépourvu de domination ? Ou, pour le dire autrement, est-il envisageable qu'un pays de 1,4 milliard d'habitants, qui contrôle bon nombre de filières technologiques, jouissant d'un quasi-monopole dans les terres rares et responsable d'un tiers de la production manufacturière, puisse discuter d'égal à égal avec les autres ?

Le PCC ne peut ignorer qu'un jour viendra où la question de l'hégémonie chinoise, et de sa nature, se posera. Le consensus en son sein demeure toutefois : il est encore trop tôt. Mieux vaudrait donc, pour l'heure, « ne pas gagner » en Iran. En Chine, on sait penser le temps long.

Mais il ne s'agit pas seulement pour Pékin de ne pas l'emporter : il faudrait également que Washington s'efforce de ne pas trop perdre. Or, dans ce domaine, M. Trump et ses acolytes ne s'épargnent aucun effort. À tel point que la « stabilité bancale » sous hégémonie américaine menace de se déliter plus vite qu'espéré au sein du PCC. Une Chine ne s'estimant pas encore prête serait alors contrainte d'agir, et de prendre le risque du chaos.

Voir en ligne : /2026/10/LAMBERT/70069

(1) Jon B. Alterman et Ali Vaez, « How China and Russia can exploit the Iran war », Foreign Affairs, New York, 23 avril 2026 ; Phillips O'Brien, « Is China going in for the kill ? », https://phillipspobrien. substack.com, 1er août 2026 ; François Lenglet, « Pourquoi Pékin va gagner la guerre d'Iran », Le Parisien, 29 mars 2026.

(2) Wang Wen et al., « “Merci” à Trump : évaluation par les think tanks chinois des politiques menées par Trump 2.0 à l'occasion du premier anniversaire de son mandat » (en chinois), Institut Chongyang de l'université Renmin, 19 janvier 2026.

(3) Damien Ma et Lizzi C. Lee, « An industrial policy with American characteristics », Foreign Affairs, 1er juillet 2025, cité par Nathan Sperber, « Beyond neoliberalism ? », New Left Review, n° 158, Londres, mars-avril 2026.

(4) Nathan Sperber, « Beyond neoliberalism », op. cit.

(6) George Rasley, « Will operation Epic Fury be another tactical victory leading to a strategic defeat ? », Conservative HQ, 9 avril 2026.

(7) Damien Cave, Choe Sang-hun, Javier C. Hernández et Eric Schmitt, « How the war in Iran could help China and change Asia », The New York Times, 13 mars 2026.

(8) Huang Yanzhong, « China now outranks the United States in global favorability. What happened ? », Council on Foreign Relations, Washington, DC, 27 juillet 2026.

(9) Mark Leonard, « A future with Chinese characteristics », Project Syndicate, 18 août 2026.

(10) Stephen M. Walt, « What the United States can learn from China », Foreign Policy, Washington, DC, 20 juin 2024.

(11) Adekeye Adebajo, « Is China really a champion of the Global South ? », 27 août 2026.

(13) « Ouvrir de nouvelles perspectives pour la diplomatie d'une grande puissance aux caractéristiques chinoises à un tournant décisif de l'évolution historique » (en chinois), discours du ministre des affaires étrangères chinois Wang Yi, 30 décembre 2025.

(14) Tej Parikh, « The Iran war will cement China's superpower status », Financial Times, Londres, 29 mars 2026.

(15) Lire Renaud Lambert, Frédéric Lemaire et Julien Trévisan, « La lame du dollar et la plaie monétaire », Le Monde diplomatique, septembre 2026.

(16) Citation recueillie pour l'article « Est-ce vraiment la fin du dollar ? », coécrit avec Dominique Plihon, Le Monde diplomatique, novembre 2023.

(17) Chiffres de la Banque mondiale.

(18) Erik Green et Olivia Parker, « China's consumption problem », The International Institute for Strategic Studies, Londres,19 février 2026.

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L'État de Judée contre Israël

Le 27 octobre, les électeurs israéliens se déplaceront aux urnes pour renouveler leur Parlement. Au-delà de la question de l'avenir politique du premier ministre sortant Benyamin Netanyahou, l'enjeu du scrutin réside dans la confirmation, ou non, de l'essor du sionisme religieux. Partisan d'une annexion des territoires palestiniens, ce courant contribue à une polarisation extrême de la société.

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Khaled Hourani. – « Rolling Pin » (​​Rouleau à pâtisserie), 2026

La mise en œuvre du projet sioniste a pris des décennies avant la naissance d'Israël. La situation actuelle doit interroger sur l'avenir de cet État, du moins dans sa forme actuelle. Sans chercher à susciter la crainte ni à faire de prophéties. Un éventuel effondrement ne se ferait pas en un jour. Mais une fissure majeure ronge les fondations : la montée en puissance de ce qu'il convient d'appeler l'État de Judée, par opposition à l'État d'Israël. Autrement dit, l'irrésistible émergence d'un mouvement fusionnant sionisme religieux et judaïsme orthodoxe, et dont les partisans veulent un État théocratique. Une forme de sionisme raciste et suprémaciste façonne leur projet radical de création d'un « Grand Israël » étendu à toute la Palestine historique. La situation des Palestiniens se dégraderait plus encore si cette force politique devenait hégémonique. Mais les citoyens juifs qui veulent vivre dans un État libéral, démocratique et pluraliste en pâtiraient également.

Au cœur idéologique de l'État de Judée, on trouve les colons religieux de Cisjordanie, pour beaucoup des disciples des rabbins Kook, père et fils. Le père, Abraham Isaac Kook (1865-1935), né en Lettonie, dans l'Empire russe, a fondé le sionisme religieux. À son arrivée en Palestine, en 1904, il devient la figure rabbinique de la remise en cause du point de vue juif orthodoxe selon lequel le sionisme est une tentative laïque d'interférer avec la volonté de Dieu qui ne saurait être soutenue par des Juifs pratiquants (1). Kook rallie à lui une partie de la communauté orthodoxe. Son legs principal à la cause ? Le centre d'études Merkaz HaRav (le « centre du rabbin »), soit le foyer de la forme la plus extrême du sionisme, un mélange d'idées messianiques, de racisme éhonté à l'égard des Palestiniens et de mépris pour le judaïsme réformé et laïque.

Le fils, Zvi Yehouda Kook (1891-1982), est, lui, le père spirituel du mouvement messianique Goush Emounim. Après la victoire de 1967 contre les armées arabes, ce « Bloc des fidèles », fondé en 1974, a judaïsé la Cisjordanie occupée et la bande de Gaza. Année après année, il a quitté les marges du système politique israélien jusqu'à en occuper le centre. Toute sa vie, le fils Kook a défendu la colonisation comme un impératif religieux, pour hâter la rédemption du peuple juif. Sa voix a pu se retrouver quelque peu étouffée dès lors que le Parti travailliste au pouvoir de 1967 à 1977 se montrait lui-même enclin à la judaïsation, en particulier dans les régions palestiniennes rurales qui sont aussi les moins densément peuplées. Et les disciples de Kook ne s'en satisfaisaient pas ; ils voulaient s'implanter dans les villes bibliques de Cisjordanie, où les Palestiniens vivaient alors très nombreux.

Le prix à payer

Mais une politique d'État finit par associer ces deux branches du projet d'accaparement de la Cisjordanie — la première fondée sur des considérations sécuritaires, la seconde portée par les aspirations religieuses de Goush Emounim — lorsque le Likoud arrive au pouvoir en 1977, avec comme premier ministre Menahem Begin. Sous ce premier gouvernement de droite de l'histoire d'Israël, le fils Kook s'impose comme le maître à penser des Juifs qui colonisent de grandes parties de la Cisjordanie, bâtissant leurs avant-postes au cœur de régions densément peuplées de Palestiniens. Cette colonisation agressive devait à leurs yeux accélérer la « désarabisation » de la Cisjordanie en rendant plus difficile l'accès des habitants palestiniens aux ressources essentielles comme la terre, l'eau et même l'emploi.

Sous l'œil attentif de l'armée israélienne, sinon avec son aide, cette stratégie impitoyable est mise en œuvre quotidiennement. Les Palestiniens subissent un harcèlement continu. Des colons les blessent parfois, ou les tuent. Si les gouvernements israéliens successifs condamnent formellement les violences et prétendent ne pas avoir connaissance de ce qui se passe sur le terrain, les forces armées stationnées en Cisjordanie appuient les colons religieux qui créent une nouvelle réalité, à la place de leurs dirigeants : celle d'un Israël étendu.

De leur point de vue, leurs agressions relèvent d'une forme de représailles, le « prix à payer » (tag meir) par ceux qui s'opposent à l'entreprise de colonisation. Quand bien même il s'agit le plus souvent d'attaques non provoquées et d'une grande violence contre des villages, des fermes, des véhicules, des commerces ou des champs appartenant à des Palestiniens (lire « Terreur coloniale en Cisjordanie ».) La participation au gouvernement actuel de deux partis pro-colons — Otzma Yehudit (Force juive) et HaTzionout HaDatit (Parti sioniste religieux) — conforte cette politique. Leurs représentants respectifs, MM. Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich, chargés de la sécurité nationale et des finances, ont joué un rôle déterminant dans la phase en cours d'attaques terrifiantes contre les Palestiniens en Cisjordanie, qui a fait plus de mille morts depuis octobre 2023.

Pour les partisans de l'État de Judée, une théocratie doit terminer le travail que le sionisme laïque n'a pas su mener à bien : la destruction du peuple palestinien et la formation d'un « Grand Israël » conforme à celui que décriraient les Écritures — ce qui, en clair, signifie l'annexion de territoires voisins. Les sionistes laïques ont certes accompli la basse besogne consistant à créer l'État d'Israël — un travail de plusieurs décennies, commencé en 1892 lorsque les premiers colons sionistes sont arrivés à Jaffa —, mais là s'arrête leur mission historique. Les Juifs religieux estiment qu'il leur revient, à présent, de transformer leur ancienne terre en un véritable État juif.

Mais là n'est pas ce qui fissure les fondations d'Israël ; la plupart des Juifs laïques s'accommodent de cette transformation aux dépens des Palestiniens et, sur le plan territorial, des voisins arabes, notamment libanais et syriens. Le vrai problème tient à l'hostilité des forces qui portent l'État de Judée à l'égard des Juifs laïques. Tôt ou tard, elle finira par saper ce qui unifie et rassemble la société israélienne. Et la confrontation est déjà là.

L'État de Judée a remporté les élections législatives de novembre 2022 et formé un gouvernement de coalition fondé sur une étroite majorité à la Knesset de soixante-quatre députés sur cent vingt. Sa première décision, en janvier 2023, a consisté à modifier le système judiciaire du pays pour le conformer à son idéologie et à sa vision, en permettant au gouvernement de nommer les juges et en restreignant les capacités de la Cour suprême à juger de la constitutionnalité des lois votées au Parlement. Cette décision a fait monter les tensions entre les deux camps et provoqué des manifestations de laïques d'une ampleur sans précédent et toujours plus massives, jusqu'aux attaques du 7 octobre 2023 (2). Le bras de fer a révélé l'ampleur de la division entre les deux camps. Il s'agit en effet d'un combat existentiel entre des projets antagonistes, d'une lutte à mort autour de la vocation même de cet État fondé en 1948.

Pour l'heure, seule la crainte d'une disparition d'Israël oblige les deux parties à ne pas se désolidariser de manière définitive. Leur dénominateur commun demeure la perpétuation d'un système qui déshumanise les Palestiniens et nie leurs droits civiques et humains fondamentaux. On sait comment l'État de Judée considère les Palestiniens. Mais l'État d'Israël ne fait guère mieux. Certes, il est laïque, puisque surtout composé de descendants de Juifs européens qui souhaitent profiter d'une démocratie libérale. Mais ceux-ci n'ont

eux-mêmes cessé d'asseoir leur pouvoir sur la subordination des Palestiniens. Ils ne peuvent rien leur proposer de plus que le retrait des colonies de quelques parties de la Cisjordanie occupée et la levée de certaines des restrictions imposées aux habitants de la bande de Gaza. Leur vision actuelle de l'État juif ne remet pas fondamentalement en cause le régime d'apartheid qu'Israël est devenu.

L'État de Judée, quant à lui, se satisfait pour l'heure de sa situation favorable sur l'échiquier politique. Mais plus il gagne du terrain sur le plan électoral, plus Israël est menacé. Car l'élite technologique et financière, sur laquelle repose la prospérité de cet État, appartient majoritairement au camp laïque. Qu'elle vienne à quitter le pays, et c'est l'économie et la cohésion sociale qui en pâtiront. Or, depuis le 7 octobre 2023, on estime que plus d'un demi-million de membres du camp laïque-libéral auraient émigré. Cela ouvre la voie à de nouveaux triomphes électoraux d'un État de Judée qui ne dispose pas des capacités économiques et militaires ni même du sens stratégique nécessaires à la survie d'Israël.

« Abandonnés, oubliés, délaissés »

Et cette perspective est d'autant plus inquiétante que les institutions du pays sont déjà très fragilisées. Plus d'une décennie avant les attaques du 7 octobre 2023, Israël était déjà en crise. En décembre 2010, un feu de forêt a fait rage pendant plus de trois jours sur le mont Carmel, tuant quarante-quatre personnes. La gravité de la situation était telle que le gouvernement de M. Benyamin Netanyahou a fait appel à l'aide étrangère, notamment celle de la Grèce, de l'Italie, de la Russie et de la Turquie (3), pour venir à bout de l'incendie. Cet appel au secours a provoqué la stupéfaction des observateurs internationaux, qui s'attendaient à ce qu'un pays qui a connu plusieurs guerres dans son histoire récente soit doté d'un matériel de lutte contre le feu adéquat. Plus récemment, en avril 2021, la bousculade lors du pèlerinage du mont Méron, dans le nord du pays, qui a fait quarante-cinq morts et près de cent cinquante blessés, est un autre exemple de l'impéritie des autorités. De nombreuses mises en garde avaient pourtant été lancées contre le danger que pouvaient constituer d'importants mouvements de foule dans un lieu aussi étroit. En mars 2024, qualifiant le drame de « désastre qui aurait pu être évité », une commission d'enquête a directement mis en cause le premier ministre (4).

« Où est l'État ? » Voilà la question que de nombreuses personnes se posent en Israël, y compris les citoyens arabes confrontés, depuis plusieurs années, à une flambée de meurtres liés au crime organisé (5). Au lendemain des attaques du 7 octobre 2023, cette interrogation a pris une importance nouvelle en raison des pertes humaines jusqu'alors inimaginables subies par le pays. Ni le gouvernement ni les services publics dans leur ensemble n'ont semblé en mesure de répondre aux milliers de personnes qui avaient besoin d'aide pendant et après les affrontements. Des dizaines de milliers d'habitants des zones frontalières avec le Liban et Gaza ont dû être évacués, et le gouvernement n'avait pas de plan concret pour leur hébergement, leur scolarisation ou leur emploi à long terme. Les autorités ont d'ailleurs tout fait pour que ces déplacés retournent chez eux aussi vite que possible. Si ce fut le cas pour 90 % d'entre eux, l'avenir demeure incertain pour les 10 % restants — pour la plupart des survivants des kibboutz presque entièrement détruits au cours des affrontements. Les autorités demeurent réticentes à continuer de financer leur relogement dans d'autres régions. Certaines des personnes évacuées de la région frontalière avec le Liban ont découvert avec stupéfaction combien Israël avait négligé leurs communautés depuis des décennies. L'une d'elles témoignait ainsi dans le quotidien Haaretz : « Nous avons été abandonnés, délaissés, oubliés. (…) Pendant des années, nous étions invisibles, on se débrouillait avec presque rien, et tout d'un coup nous avons découvert un autre Israël — un Israël où les services de santé sont accessibles, où il y a de la culture, des transports publics (6). »

Pourquoi Israël, qui ne cesse de rappeler à qui veut l'entendre les dangers que représentent ses voisins et qui sollicite régulièrement une assistance militaire généreuse, était-il si peu préparé aux défis logistiques que les guerres entraînent dans leur sillage ? Pourquoi n'existait-il pas de plan d'évacuation des zones frontalières ? Cela s'explique par une fonction publique à la botte du système politique, où les nominations viennent récompenser des positions d'allégeance, sous la supervision de ministres pour qui la rhétorique prime sur tout le reste, notamment sur la mise en œuvre concrète des politiques. Bien sûr, les défaillances de la fonction publique ne constituent pas nécessairement une fissure dans les fondations du pays — des réformes et des changements dans l'administration pourraient améliorer la situation. Cependant, tant que l'État de Judée sera au pouvoir, il est très improbable qu'il mette l'infrastructure publique parmi ses priorités, ce qui ne peut qu'exacerber la désagrégation sociale.

Voir en ligne : /2026/10/PAPPE/70067

(1) Lire Anne Waeles, « “Dieu n'existe pas, mais il nous a donné cette terre” », Le Monde diplomatique, avril 2024.

(2) Lire Charles Enderlin, « Israël, le coup d'État identitaire », Le Monde diplomatique, février 2023.

(3) « Israel accepts foreign aid in tackling deadly forest fire », France 24, 4 décembre 2010.

(6) Shlomit Tsur, « “We suddenly discovered another Israel” : Why these war evacuees chose not to return home », Haaretz, Tel-Aviv, 22 octobre 2024.

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Baptism of Houthi fire for Mecca mutual defense pact

When Saudi Arabia, Turkey and Pakistan agreed to a mutual defense pact in August, it was principally seen as a political commitment. The “Mecca alliance,” as it was dubbed, stipulated that an armed attack on one would be treated as an attack on all three, accompanied by deeper military cooperation. That pact is no longer […]

The post Baptism of Houthi fire for Mecca mutual defense pact appeared first on Asia Times.

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The Sports Gambling Epidemic is Only Getting Worse

Plenty of Christians enjoy sports. That means plenty of Christians are exposed to and are likely enticed by the idea of sports gambling. But many are wondering if it’s something they should be participating in.   Sports betting is the new opioid crisis, former U.S. Surgeon General Jerome Adams warns. “Our kids, especially our boys,... Continue Reading
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Ansar Allah’s Unperceived Advantages Against Saudi Arabia, by Alastair Crooke

Geography, Yemen’s Revolutionary Inheritance, Saudi Internal Factionalism and its Contested Islamic Credentials Are Yemen’s Trump Cards Ansar Allalah [Houthis] enjoys many perhaps unperceived advantages in its conflict against the ‘wealthy', westernised Saudi Kingdom. This is a war recently rekindled by Saudi’s September rupture of the 2022 Truce, when it bombed Sanaa’s international airport in July...
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America’s Diesel Surplus Is an Illusion (An Update from Karl Miller), by Larry C. Johnson

On paper, the United States should be the world’s safety valve in this fuel crisis. American refineries make far more diesel than Americans burn. But every one of those barrels is already spoken for. Between rising domestic demand, heavy export commitments and refineries running near their limit, the U.S. is drawing down its own stocks,...
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Iwi and community-led effort return kiwi to Wellington for first time in over a century

For the first time in 150 years, kiwi once again live in the hills surrounding Wellington, Aotearoa New Zealand. More than 250 manu (“birds” in the Māori language) were successfully translocated back to the region, thanks to the efforts of the iwi (nations of Aotearoa), community members, and landowners behind the Capital Kiwi Project. Paul Ward, the project lead and founder, joins the Mongabay Newscast this week to explain the yearslong effort to make this possible. A large part of it was removing stoats, which prey on kiwi before the chicks reach “fighting weight” (1 kilogram, or 2.2 pounds), which is when they can defend themselves. The project did this by deploying more than 5,300 traps to remove stoats from the project area, covering about 24,000 hectares (59,300 acres). But removing predation threats to the kiwi was only the start, as it took years of relationship building with iwi, translocating birds, and educating community members on care — many of whom had never seen a kiwi in person before. “The three legs on which this project are based are those relationships with iwi, with Māori, the relationships with the communities, and the relationships with the landowners. And if you pull one of those legs off, the tripod falls over,” Ward says. “This is a relational project as much as it is what you might traditionally call a conservation project. And I think at a fundamental level that if we lose our relationship with these animals, with these manu … they…This article was originally published on Mongabay

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Pesquisa: Vídeo de Porchat sobre Master “fura bolha” mas campanha de Lula falha nas redes

O vídeo “Grandes Igrejas, Master Negócios, publicado pelo ator e comediante Fábio Porchat, na semana passada conseguiu dois feitos almejados pela campanha eleitoral do presidente Luiz Inácio Lula da Silva, candidato à reeleição. O primeiro foi “furar a bolha” dos grupos já alinhados com as pautas de esquerda, e o segundo foi explicitar o elo entre o maior escândalo financeiro do país, o caso Master, e o grupo político ligado ao principal adversário de Lula na corrida presidencial, senador Flávio Bolsonaro (PL-RJ). A conclusão é do cientista político e diretor executivo da Ipse Global, Leonardo Magalhães. 

“O Flávio Bolsonaro aparece como o segundo nome mais citado em um caso que nem é diretamente sobre ele, mas o envolve como um potencial beneficiário ou agente envolvido. Depois vêm o André Valadão com 11,6%, e o Nicolas Ferreira com 2,9%.”

O vídeo de Porchat foi alvo de um relatório da Ipse Global que realiza monitoramentos dos temas que movimentam a esfera pública digital para o desenvolvimento de estratégias de marketing político e eleitoral. Em entrevista à Agência Pública, Magalhães não aponta apenas pontos positivos sobre a campanha do presidente candidato à reeleição. 

Magalhães explica que o acesso ao vídeo do Porchat para fora da “bolha” de Lula não significa conversão em voto. “O material circulou mais fora do campo que o produziu do que dentro dele, o que é um caso raro. Mas o alcance não é [necessariamente] adesão. Nós medimos a exposição”, explica. 

Além disso, o cientista político afirma que o marketing eleitoral dos dois principais candidatos à Presidência da República estão perdendo oportunidades de obter resultados melhores nas redes sociais. O motivo seria a adoção de estratégias rígidas, ou como Magalhães nomeou: “receitas de bolo”. Para o diretor, o sucesso do filho do ex-presidente Jair Bolsonaro tem ocorrido nas frentes digitais da corrida eleitoral “mais por lacunas deixadas pela campanha do Lula do que por outra coisa.”  

O diretor executivo também faz um alerta, vindo das pesquisas qualitativas realizadas pela Ipse Global. A falta de confiança do eleitor nas instituições e no futuro segue crescendo, o que mantém um forte sentimento anti-sistema. 

“Quem vem com uma proposta de resetar o sistema, uma coisa muito forte em 2018, fabricada pelo [Jair] Bolsonaro, acaba mantendo um eleitorado cativo. E quem sugere uma mudança no sistema, segura esse eleitorado”, argumenta.

Segundo Magalhães, isso é um desafio para o presidente que está no poder e, para o eleitor, mantém e representa esse mesmo sistema. “A campanha do Lula não entendeu que precisa dar esperança, que as pessoas precisam de caminho. [Falta dizer] ‘olha, nós também estamos insatisfeitos, se nós pudéssemos, teríamos feito mais, não tivemos oportunidade, mas, a gente quer fazer mais’”, conclui. 

Leia os principais trechos da entrevista de Leonardo Magalhães à Pública: 

Cientista político e diretor executivo da Ipse Global, Leonardo Magalhães
Cientista político e diretor executivo da Ipse Global, Leonardo Magalhães

No relatório sobre as reações ao vídeo do ator Fábio Porchat, os dados mostram que o engajamento diário saltou de 1,15% para 5,78% em uma semana. Esse vídeo conseguiu furar a bolha e chegar aos eleitores indecisos?

Chegou a quem não tem lado fixo, mas não há evidência matemática de que tenha convertido alguém. Na análise de mídias sociais, você não consegue cravar a conversão de voto a menos que tenha uma massa histórica de dados muito explícita. O que o dado preciso nos mostra é que o engajamento quintuplicou em uma semana, e o pico não aconteceu no dia do lançamento do vídeo, mas no dia da remoção do perfil do ator pelas plataformas.

Foram duas pautas que se somaram: a denúncia original e a pauta da censura. Essa segunda acabou se sobrepondo, o que atraiu muito o público que consome teorias de conspiração e polêmicas. Entre os perfis sem posicionamento definido, uma em cada quatro publicações nomeava o vídeo ou o Porchat. Na bolha de esquerda, era apenas uma em cada oito. O material circulou mais fora do campo que o produziu do que dentro dele, o que é um caso raro. Mas o alcance não é [necessariamente] adesão. Nós medimos a exposição. 

Entre os nomes citados no caso, Daniel Vorcaro concentra o maior desgaste, seguido por Flávio Bolsonaro; instituições como a Igreja Batista da Lagoinha lideram o engajamento. É possível concluir que o episódio conseguiu ‘colar’ o escândalo do Banco Master ao campo bolsonarista?

Sim, eu diria que sim, os nomes citados e a forma como eles são citados também evidenciam isso. O Flávio Bolsonaro aparece como o segundo nome mais citado em um caso que nem é diretamente sobre ele, mas o envolve como um potencial beneficiário ou agente envolvido. Depois vêm o André Valadão com 11,6%, e o Nicolas Ferreira com 2,9%.

O dado mais forte é que a associação da Igreja da Lagoinha com o caso, que lidera com 49% do engajamento, não foi construída por um argumento lógico-racional, mas, sim, por cenas e imagens que circularam massivamente. O caso produziu uma quantidade enorme de registros visuais e testemunhos, o que fixa a denúncia no imaginário de forma muito mais profunda do que um texto escrito. 

A campanha de Lula tenta explorar esses episódios de corrupção do adversário, mas sem o mesmo sucesso digital. Por que o vídeo do Porchat funcionou e a comunicação oficial do governo não funciona?

Porque o emissor faz parte da mensagem. No caso do Banco Master, os influenciadores respondem por 38,5% do engajamento e os políticos por apenas 21,2%. No debate digital sobre o presidente Lula na ONU, por exemplo, a proporção se inverte: 55,3% da indignação da oposição é produzida diretamente por agentes políticos e não por influenciadores.

[Essa] denúncia feita por um político é imediatamente lida pelo eleitor como peça de campanha. Ela ativa o modo de defesa do campo adversário na mesma hora. Já a denúncia feita por alguém de fora do sistema partidário é lida como apuração independente ou como uma resposta legítima da sociedade. 

O adversário fica sem saber como responder, porque ele não pode atacar a sociedade civil diretamente, a menos que tente rotular aquele emissor como militante. Esse caminho de usar influenciadores, a campanha pode estimular na informalidade, mas não pode assinar, porque no momento que assina, que isso faz parte da campanha, o efeito [positivo] acaba sendo desfeito.

O campo bolsonarista optou pelo silêncio estratégico sobre o vídeo do Porchat. Essa tática de não responder foi positiva para eles nas redes?

Para eles foi, na verdade, a melhor opção que tinham à disposição. E, claramente, foi bem mais deliberado do que parece. Na bolha de direita, não localizamos publicações de destaque mencionando o Porchat ou o vídeo. Eles falam do “caso Master”, mas ignoram a peça que os acusa.

Na lógica das plataformas, responder equivale a distribuir. Cada refutação que eles tentassem fazer entregaria ao denunciante uma audiência que ele não teria sozinho, transformando uma acusação de terceiros em uma conversa entre pares. 

Por outro lado, o silêncio custa caro para o Flávio Bolsonaro: quem não responde, não enquadra o assunto. Eles perderam a chance de definir o significado do caso, aceitaram o enquadramento do adversário e deixaram o tema livre para ser reciclado no futuro. 

O que a força desses escândalos e a fragilidade do debate eleitoral formal revelam sobre quem pauta uma campanha digital hoje?

Não existe uma resposta única e isso fica evidente na diferença entre os casos [analisados]. O escândalo [do Master] é pautado por quem está fora da política institucional, ou na oposição. Já a disputa eleitoral, propriamente dita, continua nas mãos dos políticos. 

No debate sobre o presidente Lula na ONU, 55,3% [do engajamento] foi gerado por políticos da oposição e 38,2% [gerado por políticos aliados] de apoio. [A soma é de 93% do engajamento total]. 

A imprensa é minoritária em engajamento nos dois casos citados: Master ou campanha eleitoral. […] A gente está vendo também um desarranjo muito grande do sistema de mídia, que é um sistema híbrido [tradicional e redes sociais]. 

A gente tem uma pauta que está ocupando a agenda inteira [caso Master]. A campanha está muito morna, não se fala praticamente de campanha, não se sente um clima de campanha. Isso de alguma maneira está gerando um prejuízo para a campanha do Lula, que é quem deveria, ou poderia, estar falando dos feitos deste último governo, de qual direção quer para o futuro, e não estão conseguindo. Está falando basicamente [do caso Master]. 

A própria mídia ajuda muito nisso e eu entendo. É interessante falar e explorar o caso Master por uma questão de audiência. Se não fizer isso, vai perder a audiência para outro que vai fazer. É o caso mais interessante e ficar falando de proposta acaba não sendo tão palatável, pensando na lógica da economia da atenção.

Pensando em Lula e Flávio Bolsonaro, alguma campanha está vencendo o debate sobre o caso Master?   

Não acredito que o campo da oposição, dos bolsonaristas, tenha entendido como usar melhor o caso. Acredito que a campanha do Lula está comendo algumas bolas, [vejo] oportunidades perdidas. Talvez por não entender como utilizar o marketing político, porque ele está cheio de “receita de bolo”. Por mais que a gente fale de profissionalização e modernização das campanhas eleitorais, e de uso maior de dados segmentados, que é como a Cambridge Analytica, que ficou famosa há anos atrás.

Na minha visão, ambas as campanhas estão usando essas “receitas de bolo” para ganhar vantagem em cima do adversário. A do Flávio Bolsonaro está usando uma estratégia mais de contenção e está se dando bem mais por lacunas deixadas pela campanha do Lula do que por outra coisa.

A campanha do Lula aplicou uma regra que tende a funcionar em eleições genéricas que é a da campanha negativa, para desidratar um adversário. Principalmente, quando o adversário está tão associado, de forma tão óbvia, com provas, com imagens, a um caso de corrupção grande como é o caso Master. 

Só que eles [da campanha de Lula] estão esquecendo de analisar o presente, como as coisas estão funcionando de fato, com uma mentalidade mais pragmática, não o que normalmente funciona. Na questão do Banco Master, tudo aquilo que envolve corrupção, as pessoas [que votam em Flávio] já colocaram na conta. 

A campanha de Lula não entendeu [isso], apesar de todo o barulho que vários atores estão fazendo, imprensa, influenciadores, a própria campanha, toda a esfera política aliada ao Lula, e nem isso está desidratando o Flávio. 

Como o governo poderia quebrar essa dinâmica?

A oposição não tem como lutar no terreno da entrega material, campo no qual o governo teria vantagem, mas, por algum motivo, está ignorando isso. Acredito que seja porque [Lula optou por] aplicar uma “receita de bolo” na campanha eleitoral. 

O que a oposição faz é lutar num terreno mais favorável e o próprio campo governista está contribuindo. Em qualquer outra eleição, com qualquer outro candidato, em qualquer outra circunstância, um candidato com as suspeitas que recaem sobre o Flávio Bolsonaro não teria a menor chance de vencer. Não alcançaria nem 5% [dos votos]. Mas, evidentemente, tem alguma coisa ligada ao antipetismo [ou] ao bolsonarismo, que faz a oposição lutar em um terreno mais favorável.

Para reverter isso [é preciso] atuar com mais informação. [A campanha de Lula] tem que dar uma forma narrativa ao que já foi entregue [pelo governo]. Com rosto, emoção, lugar, conflito, mostrar um antes e um depois, indicar para onde quer ir.

Isso que o governo deveria fazer, enriquecer essa narrativa para se diferenciar do adversário, ele pode fazer isso. Mas tem que entregar de uma maneira mais sistêmica essa narrativa. Não é colocar todas as fichas em cima de falar sobre os defeitos do adversário, quando isso não está funcionando e talvez não funcione também no segundo turno. 

O vídeo [do Porchat] é um modelo de formato. Ele conta uma história que funciona, com personagens, não é um balanço de governo. Como campanha negativa, [porém], não é a resposta ideal para a campanha do Lula porque continua jogando exclusivamente nesse campo [de abordar o escândalo do Master] que é um campo menos pior para o adversário [Flávio Bolsonaro].  

O relatório aponta que o enquadramento de “corrupção moral” responde por 67,2% dos debates do caso Master. Já os sentimentos de indignação e desprezo geram 85% de reações relacionadas a ele. Por que a pauta moral engaja tanto mais do que os debates sobre economia e entregas sociais?

A razão disso é mais econômica, no sentido de custo [pessoal]. A acusação moral não exige que o eleitor verifique nada, é o suficiente. [O eleitor] precisa apenas reconhecer uma cena. Já a entrega material exige que o eleitor identifique um benefício na própria vida, ou na vida de quem ele reconhece como família, ou, de maneira um pouco mais ampliada, como comunidade. E esse processo é bem mais lento e menos compartilhável.

O que as pesquisas qualitativas estão identificando e como isso afeta o comportamento eleitoral brasileiro?

O que a gente vê é uma falta de confiança enorme, crescente, nas instituições, no futuro, no outro. E também uma insatisfação muito grande com o sistema. Como se, após várias décadas de promessas de que haveria crescimento na qualidade de vida, isso não se sustentasse mais.

As pessoas estão insatisfeitas, têm que colocar a culpa em alguém. Então, quem vem com uma proposta de resetar o sistema, uma coisa muito forte em 2018, fabricada pelo [Jair] Bolsonaro, acaba mantendo um eleitorado cativo. E quem sugere uma mudança no sistema, segura esse eleitorado.

A campanha do Lula não entendeu que precisa dar esperança, que as pessoas precisam de caminho. [Falta dizer] ‘olha, nós também estamos insatisfeitos, se nós pudéssemos, teríamos feito mais, não tivemos oportunidade, mas, a gente quer fazer mais’. 

A resposta que [o governo Lula] deu nos últimos anos é muito baseada na defesa do sistema, em fazer certos acordos, e não em combater o bolsonarismo. Apesar de ser mais neoliberal, mais pró-sistema do que o governo Lula, [o bolsonarismo] habilmente monopolizou a rebelião antissistema.

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