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L’Europe en tant que civilisation multipolaire et la diplomatie des » Logoi » !

Du mythe d’Europe à la double identité du Rimland, de la Méditerranée en tant que « mer-cœur » à la tradition occultée de de Gaulle et de Douguine, le continent doit se souvenir qu’il est né d’une traversée.

L’époque que nous vivons

Les Grecs racontaient l’histoire d’une jeune femme nommée Europe, fille d’un roi de Tyr, sur la côte de l’actuel Liban. Un matin, alors qu’elle jouait au bord de la mer, un taureau blanc émergea des flots. Elle monta sur son dos, et le taureau la transporta à travers les eaux jusqu’en Crète. C’est d’elle, disaient les poètes, qu’un continent tout entier a tiré son nom. [1]

Ce mythe est plus riche qu’il n’y paraît. Le nom « Europe » vient d’Asie et a traversé la Méditerranée sur le dos d’un dieu. Notre continent porte le nom d’une étrangère, d’une voyageuse, d’une jeune fille venue de l’autre rive. L’Europe est née d’une rencontre : avant d’être un territoire, elle fut une traversée.

Les Européens ont oublié cette histoire. Depuis quatre-vingts ans, on leur répète que l’Europe est un ensemble d’institutions, un marché commun, un périmètre de sécurité administré depuis l’autre côté de l’océan ; que l’Europe, c’est tout simplement « l’Occident ». Beaucoup ont fini par le croire.

La thèse défendue ici est différente. L’Europe est une civilisation — ou, plus précisément, plusieurs civilisations réunies sous un même toit. Et dans le monde multipolaire qui émerge, cette demeure n’est ni une province ni une périphérie. Elle se trouve au centre de la carte, et le nouvel ordre ne saurait être complet sans elle.

Une ère a pris fin. L’ordre unipolaire apparu après 1991 — celui que Francis Fukuyama s’était empressé de qualifier de « fin de l’histoire » [2] — se délite sous les yeux de tous. L’histoire n’était pas terminée. Elle patientait.

De nouveaux centres de gravité ont émergé en Eurasie, en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Des capitales dont d’autres parlaient depuis des siècles s’expriment désormais en leur nom propre. Même à Washington, le ton a changé : la Stratégie de sécurité nationale des États-Unis pour 2025 évoque ouvertement les intérêts, les charges et les transactions, et considère les anciens engagements multilatéraux comme des coûts à renégocier.[3] Le patron présente la facture.

Pour l’Europe, la question n’est donc plus de savoir si le monde multipolaire adviendra. Il est déjà là. La véritable question est de savoir si l’Europe y entrera en tant que sujet ou en tant qu’objet : si elle écrira l’histoire ou si elle sera le lieu où d’autres écriront la leur.

Dans *La Théorie du monde multipolaire*, Alexandre Douguine fait remarquer que la plupart de ceux qui évoquent la multipolarité n’en ont aucune théorie.[4] Ils imaginent un « noyau » du monde — les États-Unis, l’Europe et le bloc occidental — entouré de concurrents en pleine ascension. Dans ce schéma, l’Europe siège à la table de l’ancien centre en déclin.

Il faut rejeter cette position. L’Europe n’a jamais été véritablement maîtresse du monde unipolaire ; elle en fut le premier protectorat. Dans son manuel de géopolitique, Douguine écrit qu’après 1945, l’Europe occidentale était placée sous contrôle américain tout autant que l’Europe orientale l’était sous contrôle soviétique.[5] Les méthodes de gouvernance différaient, mais non le degré de dépendance. De nombreux Européens, de part et d’autre du rideau de fer, ont vécu cette division comme une tragédie, et certains ont tenté d’y mettre fin. Lorsque la France du général de Gaulle a quitté le commandement militaire intégré de l’OTAN en 1966, elle n’a commis aucun acte hostile à l’encontre de quiconque. Elle a accompli un acte de mémoire : l’Europe se souvenait qu’elle possédait une volonté propre.

Qu’est-ce que l’Europe ?

Si vous posez la question à Bruxelles, la réponse évoquera des compétences, des directives et des procédures. Si vous interrogez un géographe, vous obtiendrez des coordonnées : une péninsule bordée par l’Atlantique, la Méditerranée et les monts Oural. La première réponse relève de la bureaucratie ; la seconde, d’une carte sans légende. Aucune des deux n’explique pourquoi un berger sicilien, un charpentier bavarois et un moine du mont Athos appartiennent, au sens profond, à une même histoire.

Les eurasistes russes — et Piotr Savitski plus que quiconque — aimaient à dire que l’Europe n’est rien d’autre que le « promontoire occidental » de l’Eurasie. [6] De nombreux analystes occidentaux tiennent le même discours, mais avec moins d’affection : un petit cap rattaché à l’Asie.

L’image est recevable. Mais sur les caps, les hommes ont de tout temps érigé des phares. Au cap Sounion, les Athéniens bâtirent le temple de Poséidon, silhouette blanche se détachant sur la mer, pour que les marins sachent où commençait la Grèce. À la pointe de la Galice, les Romains nommèrent un cap *Finis Terrae* : la fin de la terre. Le promontoire est le point où un continent se tourne vers l’extérieur, où la terre dialogue avec la mer et le monde au-delà. La taille modeste de l’Europe sur la carte a toujours été la condition même de sa portée.

Au sein de ce promontoire, il n’existe pas une civilisation unique. On y trouve au moins quatre axes majeurs, dans une tension constante et féconde.

Il y a l’axe méditerranéen : Athènes et Rome, le droit et la philosophie, Byzance et la chrétienté latine, l’humanisme de la Renaissance né de la rencontre entre la théologie chrétienne et la science préservée et développée dans le monde islamique.

Il y a l’axe continental : le monde franc et germanique, le Saint-Empire romain germanique, l’université médiévale, la longue lignée de pensée allant de Kant et Hegel jusqu’à Heidegger, le vieux rêve d’une *Mitteleuropa* s’étendant de l’Atlantique à la steppe.

Il y a l’axe oriental : les peuples slaves, le christianisme orthodoxe, l’héritage de Byzance transmis par Kiev et Moscou — une Europe pleinement européenne, et pourtant distincte de la modernité occidentale. Il y a aussi l’axe du Nord : les mondes scandinave et balte, avec leurs assemblées, leur sens du droit communautaire et leur proximité avec la beauté rude de la nature.

Douguine, dans le sillage de Heidegger, évoque le *Dasein* des peuples — la manière singulière dont chaque peuple existe au monde — et le *Logos* de chaque peuple, ce qui lui insuffle la vie « non seulement sur le plan biologique, mais aussi sur les plans ethnosociologique et métaphysique »[7]. L’Europe ne possède pas un *Logos* unique : elle en compte plusieurs. Elle a toujours été, en elle-même, un monde multipolaire en miniature.

Telle est la première thèse de cet essai. La pluralité qu’appelle aujourd’hui la planète entière, l’Europe la porte déjà en elle. Elle n’a pas besoin d’importer la multipolarité. Elle doit s’en souvenir.

Terre et mer

Pour comprendre pourquoi l’Europe occupe une place centrale, il faut remonter à l’opposition la plus ancienne de la géopolitique. Halford Mackinder l’a perçue, Carl Schmitt y a réfléchi et Douguine l’a systématisée : l’opposition entre la civilisation de la Mer et la civilisation de la Terre, entre thalassocratie et tellurocratie.[8]

La civilisation de la Mer est mobile, mercantile et individualiste ; elle appréhende le monde en termes de routes, de ports et de prix. La civilisation de la Terre est enracinée, communautaire et hiérarchique ; elle le mesure en termes de devoirs, de générations et de sacré. Il ne s’agit pas là de simples catégories militaires. Elles façonnent le droit, la religion, la philosophie et même la manière dont une famille s’attable pour le dîner du dimanche.

Mackinder situait l’origine de cette opposition en Méditerranée, dans les guerres opposant Rome à Carthage.[9] Douguine rappelle qu’à ce moment-là, la civilisation occidentale se trouvait à la croisée des chemins : fallait-il fonder une civilisation suivant la voie maritime — celle de Carthage — ou la voie terrestre — celle de Rome ? Chesterton faisait remarquer que Carthage signifiait littéralement « la Nouvelle Cité ». C’était une colonie fondée par des marchands venus de Tyr et de Sidon ; l’écrivain anglais la comparait — non sans arrière-pensée — à New York et à la Nouvelle-Zélande. Carthage a chuté, écrivait-il, parce qu’elle est restée fidèle à sa propre philosophie jusqu’au bout, et que son dieu a fini par dévorer ses enfants.[10]

Selon l’interprétation de Mackinder, les guerres puniques ne prennent jamais véritablement fin : elles resurgissent à chaque époque sous de nouveaux noms.[11]

Quelle est la position de l’Europe dans cette guerre perpétuelle ? Douguine apporte ici un éclairage que je considère comme décisif. L’Europe appartient à ce que les géopolitologues appellent le *Rimland*, la vaste ceinture côtière de l’Eurasie [12] ; or, le *Rimland* possède une double identité : il peut servir la Mer ou servir la Terre. C’est pourquoi, écrit Douguine, l’histoire européenne ne se résume pas au libre jeu d’États souverains s’entrechoquant comme des atomes, mais constitue « un champ unique traversé par des ondes générées par deux centres géopolitiques opposés ; un champ parcouru par les fils d’or du destin géopolitique ». [13]

Venise et Gênes ont parcouru toutes les mers ; les plaines de Pologne et de Bohême ainsi que les forêts d’Allemagne ont enraciné nos peuples dans le sol. L’Europe a le navire et la charrue dans le sang. C’est précisément pour cette raison que quiconque a cherché à dominer le monde a d’abord dû prendre le contrôle de l’Europe.

Dans un essai sur la Méditerranée, j’ai écrit que Rome est, en un certain sens, occupée par les émissaires de Carthage.[14] Carthage s’est déplacée. Elle ne siège plus sur la rive africaine : elle se trouve de l’autre côté de l’Atlantique et gouverne notre mer intérieure depuis l’extérieur. Je ne dis pas cela par haine envers quiconque. Je le dis parce qu’un peuple qui ignore qui gouverne sa mer ne peut gouverner son propre avenir.

Pourquoi l’Europe est au centre

Il reste à démontrer pourquoi l’Europe n’est pas simplement un pôle parmi d’autres — dont un monde multipolaire pourrait aisément se passer — mais un acteur indispensable. Il y a à cela quatre raisons.

La première est géographique, et les géopoliticiens de la mer l’ont compris avant tout le monde. La célèbre formule de Mackinder énonce : « Qui domine l’Europe orientale commande le Heartland ; qui contrôle le Heartland contrôle l’Île-Monde ; qui contrôle l’Île-Monde contrôle le monde. » Toute la pyramide de la puissance mondiale repose sur un socle européen. Nicholas Spykman, le stratège qui a jeté les bases intellectuelles de l’OTAN, a insisté — comme le note Douguine — sur l’importance du facteur intellectuel pour lier l’Europe occidentale à l’Amérique du Nord. [15] Ils avaient compris que l’Europe se conquiert d’abord dans les esprits avant de l’être sur le terrain ; c’est pourquoi ils ne l’ont jamais lâchée. Un monde multipolaire dans lequel l’Europe resterait captive préserverait l’ancien ordre unipolaire en son cœur même, au point de pivot entre l’Atlantique et l’Eurasie.

La seconde raison est historique. L’Europe a donné au monde la grammaire de l’ordre international moderne. Le système westphalien, né en 1648 à l’issue de la guerre de Trente Ans, ne concernait à l’origine que les puissances européennes ; les colonies, comme le souligne Douguine, étaient traitées comme de simples appendices. C’est de l’Europe qu’ont émergé l’État souverain, l’équilibre des puissances et même la prétention d’une civilisation à l’universalité. Schmitt l’a appelé le *Jus Publicum Europaeum*, ce droit public européen qui, durant trois siècles, a donné au monde entier son *Nomos*, son ordre fondamental.[16]

Ceux qui ont élaboré ce cadre peuvent le réécrire. La critique de l’universalisme occidental ne peut s’arrêter aux frontières de l’Europe, car c’est en Europe que cet universalisme est né. Si l’Europe n’est pas la première à dépasser l’idée que ses propres valeurs constituent l’étalon de toute l’humanité, cette vieille prétention survivra en son lieu d’origine, et toutes les autres civilisations devront continuer à s’en défendre. Seule une Europe ayant redécouvert sa propre pluralité peut dire au monde, avec autorité : nous avons eu tort de croire qu’il n’existait qu’une seule voie, et nous sommes les premiers à renoncer à cette erreur.

Schmitt lui-même a tiré cette conclusion et a signalé aux peuples d’Europe et d’Eurasie ce qu’il appelait l’impératif des grands espaces : le droit des peuples à organiser leurs propres grands espaces face à l’universalisme et à l’impérialisme, quelle que soit leur origine. [17] Douguine observe que l’Union européenne elle-même est, par essence, un « grand espace » dont le statut demeure incertain. L’Union est une ébauche. La question est de savoir qui tient la plume.

La troisième raison est celle par laquelle nous avons commencé : l’Europe est déjà un monde multipolaire en miniature. Durant des siècles, catholiques et orthodoxes, Latins et Slaves, peuples germaniques et méditerranéens ont appris — souvent dans la douleur — à vivre côte à côte sans se confondre les uns avec les autres. L’Europe connaît de l’intérieur le prix et les bienfaits de la coexistence avec la différence. Aucune autre civilisation n’a dû apprendre cette leçon aussi souvent, à travers tant de guerres et tant de réconciliations. C’est précisément l’expérience dont un monde multipolaire a besoin.

La quatrième raison réside dans sa position entre les pôles. L’Europe borde l’Atlantique et le cœur continental eurasien ; par la Méditerranée, elle jouxte l’Afrique et le Moyen-Orient ; et par l’Arctique — qui s’ouvre sous un ciel plus chaud — elle se reliera aux routes septentrionales vers l’Asie. Dans la vision développée par Douguine, l’Europe et la Russie-Eurasie demeurent deux pôles distincts, deux entités liées par un destin commun au sein du vaste espace continental — contiguës sur le plan géographique et culturel, mais indépendantes. Le géopolitologue autrichien Jordis von Lohausen, que Douguine a longuement étudié, allait encore plus loin : il jugeait inconcevable un avenir pour l’Europe sans la Russie, et une Russie sans l’Europe géopolitiquement incomplète.[18]

Je sais tout le poids de ces mots en ces temps de guerre et de méfiance, et je ne prétends pas que les blessures de notre continent soient anodines. Mais précisément parce que les gouvernements ont cessé de s’écouter, les peuples ne doivent pas cesser de se parler.

La tradition occultée

Rien de tout cela n’est une invention. Il s’agit de retrouver un courant de pensée que l’Europe officielle a préféré oublier.

Après la Seconde Guerre mondiale, rappelle Douguine, la pensée géopolitique européenne s’est scindée en différents courants. D’un côté, l’euro-atlantisme pur, qui acceptait la primauté américaine comme l’ordre naturel des choses. De l’autre, ce qu’il appelle l’euro-continentalisme : la conviction que l’Europe doit s’affirmer par elle-même, forte de sa propre culture, de ses intérêts économiques et énergétiques, et de son propre système de sécurité. Charles de Gaulle évoquait une Europe s’étendant de l’Atlantique à l’Oural. Alain de Benoist a résumé le sentiment de toute une génération dans la formule « ni Ouest ni Est, mais l’Europe », ajoutant par la suite qu’il valait mieux s’aligner sur l’Est que sur l’Ouest[19].

On peut être d’accord ou non avec chacun de ces auteurs sur bien des points ; une tradition vivante se nourrit du débat. Pris dans leur ensemble, toutefois, ils expriment clairement une chose : l’Europe de Bruxelles et de l’OTAN n’est pas la seule Europe jamais imaginée. Il en a toujours existé une autre — une Europe continentale et souveraine, ancrée dans sa propre histoire et ouverte à ses voisins. Elle n’a jamais disparu. Elle a été réduite au silence.

La mer-cœur

Revenons à la mer qui a donné son nom à l’Europe.

Dans les documents de l’OTAN, la Méditerranée constitue le « flanc sud ». Un flanc est un élément que l’on protège — la périphérie du corps, et non son cœur. Pourtant, durant trois millénaires, la Méditerranée a été le cœur de l’Ancien Monde, l’espace où Égyptiens et Phéniciens, Grecs et Romains, Arabes, Normands, Vénitiens et Ottomans se sont rencontrés, ont commercé, se sont affrontés et se sont enrichis mutuellement.

Je l’ai qualifiée de « mer-cœur » et j’ai avancé l’idée d’une Méditerranée élargie, s’étendant de l’Europe continentale au Moyen-Orient, à l’Afrique du Nord et subsaharienne, et au-delà, vers l’Extrême-Orient. [20] Sur cette mer, je crois qu’une *Pax Mediterranea* est possible : une harmonie entre les civilisations qui ont toujours peuplé ses rivages, une paix entre l’Afrique du Nord et le Croissant du Moyen-Orient, entre l’Europe du Sud et les peuples des Balkans. Une paix ouverte sur l’océan Atlantique, mais qui ne se laisse pas régir par sa puissance.

Dans l’édition italienne de *La Théorie du monde multipolaire*, Giuseppe Marro écrit que l’Italie, en raison de sa projection naturelle en Méditerranée, fait office de pont entre l’Europe occidentale, l’Asie et l’Afrique. [21] C’est effectivement le cas. L’Italie joue — ou devrait jouer — un rôle stratégique naturel dans le bassin méditerranéen. Non pas pour dominer — une leçon que notre histoire nous a déjà enseignée — mais pour servir de médiateur. Une péninsule qui s’avance dans la mer est une main tendue en signe d’amitié.

La diplomatie des *Logoi*

Qu’est-ce que la diplomatie des peuples ? C’est ce qui se produit lorsque les peuples se rencontrent sans attendre la permission de leurs bureaucraties. Une diplomatie qui vient d’en bas, mais aussi des profondeurs : de la langue, de la mémoire, de la foi, de la manière dont un peuple conçoit la vie et la mort.

Dans la pensée de Douguine, comme l’ont souligné ses interprètes italiens, le dialogue entre les civilisations constitue le grand défi de notre époque. Pour le relever, il faut une nouvelle forme d’élite : des hommes et des femmes formés à l’anthropologie culturelle et à l’étude des sociétés archaïques et traditionnelles, capables de comprendre les codes de civilisations autres que la leur et d’évoluer au sein d’une cartographie commune des significations. Dans cette optique, la diplomatie devrait privilégier la circulation des idées bien plus que la politique ou le commerce. Marro résume cette idée par une formule juste : la diplomatie devrait devenir « une profession sacrée ».

Comme nous nous en sommes éloignés ! Aujourd’hui, la diplomatie se résume trop souvent à la gestion des sanctions, à la rédaction d’ultimatums et à l’arithmétique des armements. Pourtant, l’ambassadeur était autrefois celui qui portait la parole d’un peuple à un autre, et sa personne était inviolable parce que la parole était sacrée.

La diplomatie des peuples, telle que je la conçois, est une diplomatie des *Logoi*. Elle ne demande pas à l’autre de devenir comme nous ; elle lui demande d’être pleinement lui-même, afin qu’un dialogue authentique puisse s’instaurer. Dans *Noomachia*, Douguine décrit l’avenir qu’il envisage en des termes qui pourraient servir de programme : « de nombreuses civilisations, de nombreux pôles, de nombreux centres, de nombreux systèmes de valeurs sur une même planète et au sein d’une même humanité. De nombreux mondes. » [22]

De nombreux mondes. Non pas un monde unique régi par une capitale unique, parlant une langue autorisée unique et croyant en une vérité autorisée unique, mais de nombreux mondes — et parmi eux, un monde européen qui a retrouvé sa propre voix.

Penser, se souvenir, rencontrer

Avant de bâtir de nouvelles institutions et de conclure de nouvelles alliances, une conscience nouvelle doit voir le jour. Ce qu’un peuple ne peut imaginer, il ne peut le réaliser. La première tâche est donc d’ordre intellectuel : rendre une Europe multipolaire concevable — et donc possible.

Cette tâche comporte trois dimensions. La première consiste à penser — c’est-à-dire à élaborer une théorie européenne de la multipolarité qui puise dans toute la profondeur de la pensée géopolitique du continent, de Ratzel et l’école continentale jusqu’à la géopolitique des civilisations de Schmitt et Douguine, tout en restant critique, ouverte à toutes les traditions et consciente des limites de chaque école.

La seconde consiste à se souvenir. Nous devons retrouver les traditions que le consensus atlantique a reléguées en marge : les penseurs continentaux et méditerranéens, les philosophes ayant résisté à l’universalisme libéral, ainsi que les voix d’Europe de l’Est réduites au silence à deux reprises — d’abord par la domination soviétique, puis par l’hégémonie libérale qui lui a succédé.

La troisième consiste à se rencontrer. Il nous faut des espaces où institutions, universitaires, artistes et représentants de différentes civilisations puissent dialoguer d’égal à égal : Européens avec Russes et Chinois, avec Africains et Latino-Américains, avec les peuples du monde islamique, avec l’Inde et avec le Sud global. Non pas ce « dialogue » multiculturel de courtoisie où chacun convient par avance de ne rien dire, mais une véritable rencontre entre différents *Logoi*, dont chacun ressort transformé.

Dans cette entreprise, la Méditerranée occupe une place privilégiée. Notre mer intérieure doit à nouveau être perçue comme un carrefour de civilisations et non comme une zone de gestion extérieure ; la *Pax Mediterranea* constitue un horizon d’action concret : le laboratoire régional du monde multipolaire.

Un tel projet ne prend la forme ni d’un parti politique ni d’un groupe de pression. Il revêt la forme d’un mythe, celui d’une traversée : le voyage d’Europe à travers la mer, réitéré à notre époque, où l’Europe part à la rencontre de l’autre rive et où l’autre rive vient à sa rencontre.

C’est une tâche qui se mesure en décennies, et non en années, et qui s’accomplira pour une génération qui ne la verra pas advenir. Ce n’est pas une raison pour se décourager. Les cathédrales d’Europe ont été bâties par des hommes qui savaient qu’ils ne les verraient jamais achevées. Ils les ont construites tout de même, car ils savaient pour quoi ils bâtissaient.

La traversée

Lorsque le taureau blanc l’emporta à travers la mer, Europe ne savait pas où elle allait. Elle ignorait que son nom serait un jour donné à un continent — à ses empires et à ses cathédrales, à ses crimes et à ses saints, à ses philosophes et à ses poètes.

Aujourd’hui, l’Europe se tient de nouveau au bord de l’eau. Derrière elle s’étend le vieux monde qu’elle a bâti puis perdu — celui où une civilisation unique croyait pouvoir parler au nom de l’humanité tout entière. Ce monde a vécu, et il n’y a aucune raison de le regretter. Devant elle s’ouvre une mer riche d’autres rivages, d’autres peuples, d’autres manières d’être humain.

L’Europe peut rester sur le rivage, le regard tourné vers l’Atlantique, en attendant des instructions. Ou bien elle peut entreprendre à nouveau la traversée. Non pas en conquérante cette fois, ni en missionnaire d’un modèle universel, mais telle qu’elle fut à l’origine : une voyageuse, une « hôte » — au double sens que notre langue prête à ce mot —, une civilisation née d’une rencontre.

Si elle accomplit cette traversée, le monde multipolaire trouvera le centre qui lui manque : cette civilisation qui sait mieux que toute autre ce que signifie vivre avec la différence, car elle le pratique — dans le sang comme dans le génie — depuis trois mille ans.

L’Europe n’est pas le passé du monde. Elle en est l’un des avenirs, et il appartient aux peuples de décider lequel.

Tiré de la tribune de Lorenzo Maria Pacini pour Strategic Culture

[1] Ovide, Les Métamorphoses, II, 833–875 ; voir également Moscos, Europe.
[2] F. Fukuyama, « La fin de l’histoire ? », The National Interest, 16 (1989), p. 3–18 ; puis Id., La Fin de l’histoire et le Dernier Homme, Rizzoli, Milan, 1992.
[3] La Maison-Blanche, Stratégie de sécurité nationale des États-Unis d’Amérique, Washington, D.C., décembre 2025.
[4] A. Douguine, Théorie du monde multipolaire, Evrazijskoe dviženie, Moscou, 2012 ; édition anglaise : The Theory of a Multipolar World, Arktos, Londres, 2020 ; édition italienne : Teoria del mondo multipolare, sous la direction de G. Marro, AGA, Milan, 2019. Pour les titres russes, la translittération scientifique est utilisée ; les noms des auteurs suivent la forme italienne standard.
[5] A. Douguine, Fondements de la géopolitique. L’avenir géopolitique de la Russie, Arktogeja, Moscou, 1997.
[6] Cette image revient dans les écrits réunis dans P. N. Savitski, Le Continent Eurasie, Agraf, Moscou, 1997.
[7] Ibid.
[8] C. Schmitt, Terre et mer. Une considération sur l’histoire du monde, Reclam, Leipzig, 1942 ; traduction italienne : Terra e mare, Adelphi, Milan, 2002. Pour la systématisation de Douguine : Douguine, Fondements de la géopolitique, op. cit.
[9] H. J. Mackinder, Idéaux démocratiques et réalité. Une étude sur la politique de la reconstruction, Constable, Londres, 1919.
[10] G. K. Chesterton, L’Homme éternel, Hodder & Stoughton, Londres, 1925, Partie I, chapitre VII (« La guerre des dieux et des démons ») ; traduction italienne : L’uomo eterno.
[11] Cette interprétation est citée dans Douguine, Fondements de la géopolitique, op. cit. ; le passage correspondant de Mackinder demeure inchangé.
[12] N. J. Spykman, La Géographie de la paix, Harcourt, Brace and Company, New York, 1944.
[13] Douguine, Fondements de la géopolitique, op. cit.
[14] Voir L. M. Pacini, Méditerranée multipolaire.
[15] Mackinder, Idéaux démocratiques et réalité, op. cit. Sur Spykman : N. J. Spykman, La stratégie de l’Amérique dans la politique mondiale. Les États-Unis et l’équilibre des puissances, Harcourt, Brace and Company, New York, 1942 ; et Douguine, Fondements de la géopolitique, op. cit.
[16] C. Schmitt, Le Nomos de la Terre dans le droit international du Jus Publicum Europaeum, Greven, Cologne, 1950 ; traduction italienne : Il nomos della terra nel diritto internazionale dello « jus publicum europaeum », Adelphi, Milan, 1991.
[17] C. Schmitt, Ordre des grands espaces en droit international avec interdiction d’intervention pour les puissances étrangères à l’espace, Deutscher Rechtsverlag, Berlin, 1939. L’expression « impératif des grands espaces » ainsi que l’appel aux peuples d’Europe et d’Eurasie sont cités selon l’interprétation de Douguine.
[18] J. von Lohausen, Le courage du pouvoir. Penser en continents, Vowinckel, Berg am See, 1979.
[19] Concernant la seconde affirmation : A. de Benoist, Europe, Tiers monde, même combat, Robert Laffont, Paris, 1986. Première occurrence de la formule « ni Occident ni Orient, mais l’Europe ».
[20] Pacini, Méditerranée multipolaire, op. cit.
[21] G. Marro, dans Douguine, Théorie du monde multipolaire, édition italienne, op. cit.
[22] A. Douguine, Noomachie. Les guerres de l’esprit, Akademičeskij proekt, Moscou, 2014.

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“O contexto social molda a forma como sentimos a dor"

A dor não se resume ao corpo e mente. A psicóloga e investigadora Sónia Bernardes lembra que as relações, as condições de vida e os preconceitos interferem na experiência.

© FRANCISCO ROMÃO PEREIRA/OBSERVADOR

Sónia Bernardes é psicóloga social, psicóloga clínica e investigadora no ISCTE, onde estuda há mais de duas décadas a relação entre fatores psicossociais e a dor crónica
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Brussels Prosecutors Detain 21 After Violent Clashes During Anti-Austerity Protest

Seventeen minors are among those detained following riots in the Belgian capital that left buses damaged, vehicles burnt and public infrastructure vandalised. Prosecutors have promised criminal proceedings as the government faces mounting opposition to its budget reforms.

Belgian prosecutors have confirmed that 21 people, including 17 minors, have been placed under judicial arrest following violent disturbances in Brussels on Friday, 9 October, when a national trade union demonstration against the federal government’s economic policies was overshadowed by clashes between groups of youths and police.

The Brussels Public Prosecutor’s Office announced the updated figures on Saturday morning, reducing the number of judicial arrests previously reported by police while confirming that minors accounted for the substantial majority of those detained. Four adults are also in custody, with questioning scheduled throughout Saturday to determine which cases should proceed to further judicial action.

The disturbances caused extensive damage around Brussels-Central and Brussels-Midi railway stations, where masked youths attacked public transport vehicles, set fires and threw projectiles at officers. The violence occurred separately from the main trade union procession, which police described as peaceful.

Prosecutors promise criminal action

The prosecutor’s office has assigned three additional magistrates to handle cases arising from Friday’s disturbances. Investigations concern suspected arson, vandalism, possession of weapons, threats, armed resistance to police and acts of violence.

In a statement released on Saturday, prosecutors reaffirmed that freedom of expression and peaceful assembly are fundamental rights, while warning that criminal conduct during demonstrations would be prosecuted. The authorities said they would respond strictly and systematically to offences committed during the unrest. Investigators have not yet established the total financial cost of the damage.

Friday evening’s preliminary police figures recorded 80 administrative detentions and approximately 30 judicial arrests. The prosecutor’s subsequent announcement identifies 21 people being held judicially; the two figures reflect different reporting stages and categories of detention.

Police reported that groups comprising more than 1,000 people were involved in serious incidents, although this figure does not establish how many individuals personally committed offences. Officers were attacked with glass bottles, cobblestones, bricks, sticks and pyrotechnic devices. Police also reported seizing potentially dangerous materials, including Molotov cocktails and other objects that could have been used as weapons.

Water cannon, tear gas and batons were deployed as officers attempted to disperse groups involved in the disturbances.

Buses attacked and vehicles set alight

Public transport services suffered considerable damage, particularly near Brussels-Midi station, where three STIB-MIVB buses and a De Lijn bus were attacked. The Brussels transport operator said police helped drivers and passengers leave the affected vehicles. No injuries were reported in those incidents.

The De Lijn bus sustained extensive damage while parked at a terminus. Its windows were smashed, its fuel cap was removed and security barriers were thrown inside. The vehicle had to be recovered because it could no longer operate.

A separate STIB-MIVB bus was destroyed during the unrest. Several Poppy car-sharing vehicles, electric scooters and bicycles were also damaged or set alight. Police and fire service vehicles sustained damage, while bus shelters and other street infrastructure were vandalised.

Brussels-Central station was temporarily closed, and access to Brussels-Midi was restricted as police attempted to regain control. Both stations subsequently reopened, although tram services around Brussels-Midi remained disrupted into Friday evening.

Political dispute over responsibility

The disorder has prompted a dispute over who should bear the financial consequences of violence committed during demonstrations. Belgian Interior Minister Bernard Quintin, of the liberal Mouvement Réformateur (MR), condemned the attacks on police and said the state would not be intimidated by those responsible for destruction.

MR chairman Georges-Louis Bouchez went further, proposing legislation that would make trade unions financially liable for damage associated with demonstrations, drawing a comparison with the responsibility imposed on football clubs for the behaviour of supporters.

The proposal raises questions about how responsibility could be established when violence is committed by individuals operating separately from an authorised demonstration. Police have explicitly distinguished Friday’s disturbances from the trade union march, which proceeded without serious incidents.

Wider protests against government reforms

Friday’s demonstration was organised by Belgium’s socialist ABVV-FGTB and Christian ACV-CSC trade unions as opposition intensifies to the economic programme of Prime Minister Bart De Wever’s federal coalition.

The unions oppose proposed spending reductions and changes affecting pensions, unemployment benefits, taxation and purchasing power. Students and teachers also participated, expressing concerns about education funding, deteriorating school infrastructure and the affordability of higher education.

The dispute follows earlier confrontations over the government’s fiscal programme. As EU Today’s coverage of the previous national strike wave detailed, the coalition’s budget agreement in November 2025 failed to prevent widespread industrial action over proposed reductions in public expenditure.

The government argues that reforms are necessary to address Belgium’s persistent budget deficit and growing debt burden. Trade unions maintain that the proposed measures place disproportionate pressure on workers, pensioners and lower-income households.

Further disruption expected on Monday

Public services face another round of industrial action on Monday, 12 October, when socialist trade unions are planning strikes across several sectors.

Flemish public transport operator De Lijn expects to operate approximately 61 per cent of its normal bus and tram services, with substantial regional differences. In Antwerp city, only 45 per cent of services are expected to run, compared with 57 per cent across Antwerp province.

Belgian rail services will also be affected from 10pm on Sunday until the end of Monday. Disruption is anticipated in schools, postal services and public broadcasting.

The City of Brussels has warned of disruption to municipal administrative services on both 9 and 12 October as a consequence of the national trade union actions.

Meanwhile, Brussels prosecutors will continue questioning those arrested on Friday, with decisions on possible charges and referrals to the appropriate courts expected to depend on the evidence gathered.

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Terramoto de magnitude 7,6 atinge o Panamá, informa o USGS dos EUA

Tremor teve epicentro próximo ao extremo sul do país e foi sentido na capital, onde moradores deixaram edifícios e se reuniram nas ruas

Um forte terremoto de magnitude 7,6 Richter atingiu o Panamá na manhã desta sexta-feira, 9 de outubro, sacudindo edifícios até mesmo na capital e provocando evacuações, segundo o Serviço Geológico dos Estados Unidos (USGS, na sigla em inglês).

O tremor foi registado, inicialmente, com magnitude 8,0, mas, depois, foi revista a intensidade para 7,6, e posteriormente, para 7,7 Richter.

O epicentro do tremor foi localizado a cerca de 10 quilómetros a sudoeste da comunidade isolada de Pitaloza Arriba, próxima ao extremo sul do Panamá, informou também o USGS.

Os tremores foram sentidos na Cidade do Panamá, onde edifícios balançaram e moradores deixaram os imóveis, dirigindo-se às ruas agurdando as réplicas.

Visivelmente abalados, os moradores reuniram-se do lado de fora enquanto aguardavam informações sobre os impactos do terramoto. Ainda não há informações sobre vítimas.

O Sistema de Alerta de Tsunami dos Estados Unidos alertou para o risco iminente de grandes ondas em praias e ilhas do México ao Peru, incluindo Guatemala, El Salvador, Nicarágua, Costa Rica, Colômbia e Equador.
O Havaí também está sob alerta.

Fonte: Associated Press.

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Gerhard Schröder: Putin’s Shameless Apologist Returns to Moscow to Celebrate His Master’s Birthday

As Russian missiles continue to devastate Ukraine, Germany’s disgraced former Chancellor Gerhard Schröder finds time to celebrate Vladimir Putin’s birthday. His latest Moscow pilgrimage is another reminder of the scandalous relationship between German political power and Russian energy money.

There are few spectacles quite so nauseating as a former democratic leader enthusiastically embracing the dictator whose aggression has brought death and destruction to Europe.

Yet there was Gerhard Schröder, Germany’s former Chancellor, grinning alongside Vladimir Putin at the Russian president’s 74th birthday celebrations, apparently oblivious to the moral obscenity of the occasion.

According to Reuters, Schröder visited Putin’s home in Moscow, where the two old friends were photographed smiling and shaking hands against a suitably cosy backdrop of traditional Russian furnishings.

How touching. While Ukrainians endure another year of Russian bombardment, Schröder enjoys the hospitality of the man responsible.

The photographs could scarcely provide a more damning illustration of how completely one of Germany’s former leaders has lost his moral compass.

From German Chancellor to Kremlin’s Favourite German

Schröder’s relationship with Putin has long since ceased to be merely an embarrassing personal friendship. It represents one of the most troubling examples of the revolving door between European political office and Russian commercial interests.

Having served as German Chancellor between 1998 and 2005, Schröder promptly embarked upon a remarkably lucrative second career in the Russian energy industry.

His involvement with Nord Stream was particularly scandalous.

While still Chancellor, Schröder championed the Baltic Sea gas pipeline linking Russia directly to Germany. Shortly after leaving office, he accepted a senior position with the consortium responsible for the project.

The arrangement raised an obvious and deeply uncomfortable question: had German energy policy been shaped exclusively by national interests, or had the groundwork also been laid for an exceptionally rewarding retirement?

There is no need to allege criminal wrongdoing to recognise the appalling appearance of a conflict of interest.

Schröder subsequently became chairman of the supervisory board of Rosneft, Russia’s state-controlled oil giant, in 2017.

This was three years after Putin’s illegal annexation of Crimea, when any responsible European statesman should already have understood the dangers of strengthening Moscow’s financial and strategic position.

Instead, Schröder continued to prosper within the Russian energy establishment.

Nord Stream: The Pipeline That Helped Putin

The Nord Stream controversy was never simply about natural gas.

It was about geopolitical leverage, European security and the extraordinary willingness of successive German governments to disregard warnings from Poland, Ukraine and the Baltic states.

Those countries understood precisely what Berlin preferred not to acknowledge: energy dependence on an authoritarian Russia was a strategic vulnerability.

Schröder became one of the most prominent advocates of precisely that dependence.

The Nord Stream 2 project subsequently became entangled in further controversy surrounding a foundation established in Mecklenburg-Western Pomerania, ostensibly for environmental purposes, which helped companies involved in completing the pipeline navigate American sanctions.

The foundation received €20 million from Nord Stream 2 AG. The affair prompted parliamentary scrutiny and questions about Russian corporate influence over German political decision-making.

Schröder’s involvement in the wider Nord Stream enterprise remains a central feature of that controversy.

No Shame, No Apology

Even Russia’s full-scale invasion of Ukraine in February 2022 failed to produce the moral reckoning that Schröder’s conduct demanded.

He eventually relinquished his Rosneft position and declined a proposed Gazprom board appointment. His political reputation, however, was already in ruins.

The Bundestag stripped him of his parliamentary office and staff privileges. His own Social Democratic Party faced demands to expel him, although attempts to remove him ultimately failed.

Yet Schröder apparently remains incapable of recognising why his behaviour disgusts so many Germans.

His latest Moscow appearance has provoked outrage from Chancellor Friedrich Merz, whose government described the birthday visit as profoundly immoral. SPD co-leader Lars Klingbeil condemned it as completely unacceptable.

A Useful Friend for the Kremlin

There is another dimension to this disgrace.

Putin has previously suggested that Schröder could serve as an intermediary in negotiations concerning European security. European governments understandably rejected the proposal.

Why would Europe entrust its security to a man whose professional judgement has been so closely associated with Russian commercial interests?

Schröder’s latest Russian appointment, on the supervisory board of supermarket operator Hyperglobus, merely reinforces the impression that Moscow remains an irresistible attraction.

Perhaps he regards himself as a bridge between Russia and Germany. If so, it is a bridge built upon extraordinary political misjudgement.

Schröder is entitled to choose his friends. Europeans are equally entitled to judge him by those choices.

History will remember that, while Ukraine fought for its survival, a former German Chancellor travelled to Moscow to celebrate the birthday of Vladimir Putin, the man directing its destruction.

It is difficult to imagine a more humiliating epitaph for a once-powerful European statesman.

Main Image: Kremlin.ru
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Trump’s Diesel Deal with Putin Undermines US Sanctions Pressure as Ukraine Peace Talks Stall

President Donald Trump announced an agreement with Vladimir Putin on Friday, 9th October, under which Russia will resume substantial diesel exports to American and international markets, despite Washington’s existing sanctions against Moscow over its invasion of Ukraine.

According to Trump’s announcement following the telephone conversation, Russia will immediately release more than 300,000 tonnes of diesel, followed by 500,000 tonnes in November and another million tonnes shortly afterwards. A further three million tonnes could become available once Russian refining capacity permits.

The announcement was accompanied by a temporary authorisation from the US Treasury allowing transactions involving Russian diesel until 7 April 2027. It represents a substantial departure from the administration’s recent sanctions policy, which had sought to restrict Russian energy revenues and strengthen Washington’s negotiating position over Ukraine.

The timing is politically significant. Trump faces congressional midterm elections on 3 November, while diesel prices have become a growing economic concern for American businesses and consumers. The agreement gives the White House an opportunity to present itself as addressing fuel costs, although its practical effect on prices remains uncertain.

Russian diesel cannot resolve the global supply shortage

Trump has linked the proposed Russian deliveries to his administration’s efforts to restore energy flows through the Strait of Hormuz, arguing that the combined measures will produce a rapid reduction in diesel prices.

The disruption of maritime energy supplies following the confrontation with Iran has, however, created a problem considerably larger than the quantities Russia has initially promised.

The first two deliveries amount to approximately 800,000 tonnes. Even including the subsequent million tonnes, the announced volumes are modest relative to global consumption. Their arrival may provide temporary relief in individual markets, but there is little evidence that they could independently reverse the wider shortage.

Russia’s capacity to maintain larger exports is also uncertain.

Ukrainian attacks on Russian refineries have disrupted production and contributed to restrictions on petroleum exports. Moscow has periodically imposed limits to protect domestic supplies, while damaged facilities require repairs before returning to normal operations.

The condition of those refineries is explicitly acknowledged in Trump’s announcement, which makes the proposed additional three million tonnes dependent on their recovery.

This introduces a further contradiction. Washington is seeking Russian diesel at precisely the moment Ukraine is attempting to reduce Moscow’s capacity to refine and export petroleum products.

The economic benefits of the agreement may consequently depend partly on developments in a military campaign that the United States has previously supported through intelligence cooperation with Kyiv.

Zelenskyy rejects sanctions relief without Russian concessions

President Volodymyr Zelenskyy responded critically to the agreement, describing the relaxation of economic pressure as a concession to Putin that had not been accompanied by any meaningful Russian commitment to de-escalation.

In his response to the American decision, Zelenskyy argued that Moscow would exploit renewed export revenues to prolong its war rather than make concessions towards a settlement.

Ukraine has indicated that it remains prepared to consider reciprocal measures concerning attacks on energy infrastructure. Such arrangements would require Russia to stop striking Ukrainian facilities in exchange for restrictions on Ukrainian operations against Russian energy targets.

No comparable undertaking was announced as part of Friday’s diesel agreement.

This distinction is central to Kyiv’s objections. Sanctions relief has traditionally been regarded as leverage to obtain changes in Russian behaviour. In the present arrangement, Moscow stands to receive additional commercial opportunities without publicly agreeing to alter its military campaign.

Lukoil negotiations raise further questions

The agreement also comes amid separate discussions concerning the international assets of Lukoil, Russia’s second-largest oil producer.

A recent account of negotiations involving American investors and Russian officials described proposals involving Lukoil’s overseas oilfields, refineries and distribution businesses.

The discussions have reportedly involved figures connected to Trump’s diplomatic efforts, including Steve Witkoff and Jared Kushner, alongside Russian representatives.

On Friday, another development complicated the proposed transaction when Carlyle withdrew from the competition to acquire Lukoil’s international assets, previously valued at approximately $22 billion.

The negotiations illustrate the extent to which potential commercial cooperation has entered the broader American-Russian relationship.

There is no verified evidence, however, that the diesel agreement was concluded to facilitate a particular acquisition or benefit individuals connected to Trump’s administration. The commercial negotiations and Friday’s sanctions decision remain separate developments unless further evidence establishes a direct connection.

Washington and Europe move in different directions

The American decision creates an additional complication for European sanctions policy.

On 7th October, EU ambassadors agreed to expand sanctions against Russia’s military-industrial network, approving 1,646 additional designations, many directed at the production of ballistic missiles used against Ukraine.

Britain has also introduced further restrictions on Russian oil-related businesses, tankers and financial intermediaries, reinforcing its stated objective of limiting Moscow’s ability to finance the war.

The contrast with Washington’s diesel authorisation is substantial. While European governments are attempting to restrict Russian petroleum revenues, the United States is providing a temporary legal route for renewed sales.

The development also recalls the difficulties already examined by EU Today in its reporting on sanctions enforcement against Russia’s shadow fleet, where differences in national restrictions and their application have complicated efforts to control petroleum exports.

For Moscow, the significance of Friday’s agreement extends beyond the immediate revenue generated by diesel sales. It establishes that the United States is prepared to relax particular economic restrictions before securing a settlement over Ukraine.

Whether the arrangement ultimately lowers American fuel prices will depend on production, shipping and international market conditions. The diplomatic consequence is already apparent: Russia has obtained an opportunity to restore part of its international energy trade without accepting publicly announced conditions concerning its war against Ukraine.

For Kyiv and European governments, the question is whether this remains a narrowly defined response to an energy shortage or marks the beginning of a broader American policy of separating commercial relations with Moscow from negotiations over Ukraine.

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The Weekend the Money Stops: A Bank Collapse, Hour by Hour

by Milan Adams, Preppgroup: The notification arrives at 4:47 on a Friday afternoon, from an app you rarely open. It says that one of the big banks, a name you have used for most of your adult life, has been seized by the government. You read it four times before the words settle. Regulators tend […]
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The Revisionist Evolution of Historian Charles A. Beard

by Antonius Aquinas, Antonius Aquinas: CHARLES AUSTIN BEARD, 1874-1948 Charles Beard was born in Knightstown, Indiana on November 27, 1874 in the heart of the state’s corn belt. By the close of his life in 1948, Beard was considered the foremost American historian of the first half of the 20th century, and his works and life […]
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MUST HEAR: THEY WARNED HIM, WE COULD EASILY KILL YOU OVER THIS.

from SGT Report: The BOMBSHELL information you are about to hear comes at great cost to the personal safety of Jesse Beltran, Matt Hazen and the whistle blowers who are bringing it to light. We have all been transfected by bioweapons, GHOST technology, RF emitting devices and nanotech which now lives in many of us, […]
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Is Trump Stupid Enough to Renew Attacking Iran Just before the Midterm Election?

by Paul Craig Roberts, Paul Craig Roberts: Bloomberg reports that Oil Soars Above $105 a barrel as Trump orders Pentagon to prepare for renewed attack on Iran. Why renewed attack if the Trump administration is telling the truth that the Strait is open, under US control,  and oil deliveries are back to normal? Renewed attack would […]
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Polícia localiza mulher em hotel após furto de celular em academia de Goiânia

Uma mulher natural do Rio Grande do Sul foi presa após furtar um celular esquecido por um cliente em uma academia de Goiânia. O caso veio à tona após o sistema de vigilância do estabelecimento registrar a retirada do aparelho, fato que permitiu à polícia identificar a suspeita e iniciar as buscas.

As gravações de segurança tiveram papel decisivo na apuração. Após analisar as imagens e reunir informações sobre o caso, as equipes policiais localizaram a mulher em um hotel no Setor Marista, região nobre da capital. Segundo as informações divulgadas, ela estava em Goiânia a trabalho e permanecia temporariamente na cidade.

A abordagem ocorreu sem resistência. Após a localização da suspeita, os policiais recuperaram o celular e a encaminharam à delegacia para os procedimentos legais. O caso ficou sob responsabilidade da Polícia Civil, que dará continuidade à apuração da ocorrência.

O episódio evidenciou a importância das câmeras de segurança na identificação de suspeitos e na recuperação de objetos furtados. A vítima conseguiu reaver o aparelho após a ação policial, enquanto o caso seguiu para as providências previstas em lei.

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